"Au rayon des oubliés."
Il n’est jamais trop tard pour découvrir un film oublié, d’autant plus lorsqu’il fut injustement boudé par le public international de l’époque.
Et donc, à travers Le Bounty, réalisé par Roger Donaldson en 1984 et produit entre l’Amérique, la Nouvelle-Zélande et l’Angleterre, nous découvrons un superbe récit d’aventure plus complexe et substantiel que ce à quoi je m'attendais.
Car ici, nous n’avons pas affaire à une simple confrontation psychologique entre un lieutenant et son capitaine. Le film évoque également la survie, le désir de liberté, la romance entre un jeune officier et une Tahitienne, mais aussi le choc des cultures entre l’île paradisiaque de Tahiti et ces marins anglais issus de la Royal Navy partis récupérer des plants d’arbres à pain sous l’autorité du lieutenant William Bligh.
Ainsi donc, Le Bounty s’affiche comme un fabuleux récit d’aventure à l’ancienne, inspiré d’une histoire vraie dont le destin des protagonistes, rappelé par le texte final du générique, s’avère aussi surprenant que profondément mélancolique.
Visuellement, le film est magnifique. Immersif en diable, Roger Donaldson sublime autant l’immensité marine que cette île tahitienne ressemblant à un véritable Eden perdu au milieu de nulle part. Chaque image invoque l’évasion, la sensualité, le calme, la douceur et l’appel d’un autre monde, tandis qu’au cœur de la Royal Navy grandissent peu à peu la rancœur et la frustration de William Bligh, incapable de comprendre - ou même de tolérer - la romance naissante entre Fletcher Christian et une jeune Tahitienne.
Et c’est précisément là que réside toute la richesse du film : observer l’évolution tyrannique de ce lieutenant pétrifié à l’idée de voir deux cultures fusionner, tout en refusant inconsciemment ce qu’il aurait peut-être pu devenir s’il n’avait pas sacrifié toute forme d’épanouissement sentimental au profit de sa carrière militaire. Même si on ne connaîtra jamais son éventuel passé conjugal.
Le récit devient alors une fascinante étude psychologique d’un homme complexe, orgueilleux et tragique à la fois, obsédé par l’autorité, la discipline et la préservation de son statut, tandis que Fletcher Christian apparaît au contraire comme un jeune officier plus tendre, plus juste, plus équilibré et infiniment plus humain que son supérieur.
À travers cette opposition morale davantage tendue jusqu'à l'irréparable, Le Bounty évoque finalement le droit d’aimer, le désir d’émancipation et la possibilité de chérir une culture différente sans honte ni domination.
Le film nous enveloppe également d’une émotion discrète mais pourtant constante grâce au splendide score de Vangelis, dont les nappes tranquilles, utilisées avec délicatesse, embellissent des images souvent oniriques et ensorcelantes.
Durant tout ce périple tempétueux, la mise en scène oscille ainsi entre contemplation, tension et une mélancolie terrible, jusqu’à cette conclusion qui nous ramène brutalement à la réalité historique d’un fait divers aussi grave que singulier, dans cette quête désespérée d’un havre de paix que certains auront tenté de préserver jusqu’au bout au péril de leur vie.
Ainsi donc, Le Bounty demeure un formidable film d’aventure taillé dans la roche à redécouvrir avec intérêt, tant Roger Donaldson soigne autant le fond que la forme avec une sincérité et un amour indéfectible pour ses personnages, mais aussi pour cette nature édénique qui semble sans cesse leur tendre les bras.
— Celui du cœur noir des images 🖤






Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire