vendredi 4 novembre 2011

Kidnapped / Secuestrados. Mélies d'Argent à Espoo Ciné.


de Miguel Angel Vivas. 2010. Espagne. 1h22. Avec Guillermo Barrientos, Dritan Biba, Fernando Cayo, Cesar Diaz, Martijn Kuiper, Manuela Velles, Ana Wagener, Xoel Yanez.

Récompenses: Mélies d'Argent à Espoo Ciné.
Meilleur film, Meilleur Réalisateur au Fantastic Film Fest 2010.

FILMOGRAPHIE: Miguel Angel Vivas est un réalisateur, scénariste et acteur espagnol.
1998: Tesoro (court-métrage). 2002: El hombre del saco (court-métrage). 2002: Reflejos (réflections). 2003: I'll See you in my Dreams (court-métrage). 2010: Kidnapped


SĂ©lectionnĂ© au festival de Strasbourg 2011, Ă  Sitges 2010 et rĂ©compensĂ© du Meilleur Film et Meilleur RĂ©alisateur au Fantastic Fest 2010, Kidnapped est le second long-mĂ©trage d'un rĂ©alisateur espagnol dĂ©jĂ  multi-rĂ©compensĂ© auprès de courts-mĂ©trages. Mais rien ne semblait prĂ©sager l'Ă©motion traumatique qu'allait engendrer cet Ă©lectro-choc dĂ©nonçant avec rigueur le phĂ©nomène inquiĂ©tant de la violence urbaine sur le territoire ibĂ©rique: l'"enlèvement express". A savoir, kidnapper avec une extrĂŞme violence une famille lambda en un minimum de temps afin de leur soutirer de l'argent. 

Le Pitch: A Madrid, une famille aisĂ©e installĂ©e dans leur nouvelle demeure est victime de l'intrusion de trois individus cagoulĂ©s. LigotĂ©s et menacĂ©s de mort, les parents ainsi que leur fille sont contraints de leur divulguer leur numĂ©ro de carte bancaire pour les monnayer. C'est le dĂ©but d'une nuit de cauchemar auquel personne ne sortira indemne. 
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En tablant sur un canevas Ă©culĂ© mainte fois adaptĂ© au cinĂ©ma de genre (la Rançon de la peur, les Chiens de paille, la Maison des Otages, la Dernière Maison sur la gauche et plus rĂ©cemment The Strangers), Kidnapped exploite le fameux filon du "home invasion", huis-clos dĂ©diĂ© Ă  l'efficacitĂ© d'un suspense exponentiel chez une famille lambda sĂ©questrĂ©e par des malfrats sans vergogne. Le prĂ©ambule persuasif dans sa verdeur acerbe car illustrant un individu ligotĂ© allongĂ© sur le sol, nous impressionne lorsque celui-ci suffoque faute d'un sac plastique sur la tĂŞte. Après avoir rĂ©ussi Ă  rejoindre une chaussĂ©e, une nouvelle estocade nous est assĂ©nĂ©e après que ce dernier composa un appel tĂ©lĂ©phonique pour avertir sa famille. Parmi la froideur d'une photo blafarde et d'une camĂ©ra agressive portĂ©e Ă  l'Ă©paule, l'ambiance oppressante s'insinue instinctivement auprès du spectateur dĂ©jĂ  averti que le cheminement narratif sera loin d'ĂŞtre une partie de plaisir. GĂ©nĂ©rique liminaire... Après nous avoir furtivement prĂ©sentĂ© le profil Ă©quilibrĂ© d'un couple de bourgeois et de leur adolescente venus emmĂ©nager dans leur nouvelle rĂ©sidence, le rĂ©alisateur Miguel Angel Vivas va droit au but de son sujet pour nous assĂ©ner de plein fouet l'irruption brutale de trois individus cagoulĂ©s, implacablement dĂ©terminĂ©s Ă  s'approprier du magot tant convoitĂ©. L'intensitĂ© de l'intrigue, c'est de nous immerger frontalement dans sa plus terrifiante et pĂ©nible quotidiennetĂ©. En effet, l'horreur perpĂ©trĂ©e n'est ici nullement surnaturelle ou gentiment frissonnante mais bien ancrĂ©e dans la paisible rationalitĂ© d'un cocon familial en interne de leur foyer. Et donc, quoi de plus terrifiant et de dĂ©stabilisant qu'un groupe d'assaillants venu s'introduire dans leur maison au pĂ©ril de la vie des propriĂ©taires ! L'identification du spectateur auprès de la famille lambda demeurant idoine quand bien mĂŞme l'interprĂ©tation spontanĂ©e des comĂ©diens insuffle une Ă©motion viscĂ©rale auprès de leur affliction psychologique. Qui plus est, la nationalitĂ© de ces derniers mĂ©connus dans l'hexagone nous permet de nous familiariser auprès de leur trogne triviale.


Ainsi, sans vouloir Ă©pater la galerie, le metteur en scène applique de manière rĂ©currente les critères du plan-sĂ©quence et du split screen (Ă©cran scindĂ© en deux pour suivre en temps direct deux actions simultanĂ©es) afin de mieux nous imprĂ©gner de l'ambiance incisive dĂ©coulant du viol de cet environnement familial. Le sentiment de terreur oppressante proprement insupportable assĂ©nĂ©e aux victimes serviles est exacerbĂ© d'un rĂ©alisme rugueux proche du documentaire. La famille sĂ©vèrement prise Ă  parti, perpĂ©tuellement menacĂ©e et molestĂ©e, se confinant dans un climat intolĂ©rable de dĂ©sespoir. Tant et si bien que le spectateur tĂ©moin de cet engrenage infernal de violence gratuite ne peut que subir, endurer ce que les victimes sont acculĂ©es d'admettre et de supporter. De prime abord et intelligemment, sa violence Ă  la fois acerbe et brutale prime avant tout sur la psychologie tourmentĂ©e, humiliĂ©e des personnages plutĂ´t que l'outrance dĂ©monstrative des sĂ©vices endurĂ©s. A l'exclusion d'un final eschatologique d'une barbarie insoutenable. De surcroĂ®t, les Ă©vènements drastiques et situations de danger encourus par nos protagonistes sont plutĂ´t lestement pensĂ©s, crĂ©dibles, sans fioriture alors que d'autres nouveaux intervenants de l'histoire iront s'interposer afin d'accentuer un suspense davantage Ă©prouvant pour la survie des innocents. Avec une maĂ®trise probante, Miguel Angel Vivas offusque donc le spectateur jusqu'au malaise tangible lors d'une descente aux enfers proprement jusqu'au-boutiste. En nous posant notamment la fatale question de savoir ce que nous ferions en pareille situation d'effraction ! Il dĂ©montre Ă©galement les risques irrĂ©versibles encourus du point de vue des malfrats vĂ©reux lorsqu'une situation Ă©chappe Ă  leur contrĂ´le. NĂ©anmoins, leur caractĂ©risation n'Ă©vite pas le stĂ©rĂ©otype envers un des antagonistes, un peu plus compatissant, rĂ©flĂ©chi, subitement conscient pour Ă©luder un nouveau dĂ©bordement meurtrier. Mais le rĂ©alisme sordide suintant de chaque situation intempestive et l'intensitĂ© imputĂ©e au climat de malaise transcendent finalement ce menu clichĂ©.


Les EnragĂ©s. 
Terrifiant au sens le plus viscĂ©ral, oppressant et tendu Ă  l'extrĂŞme jusqu'Ă  l'intolĂ©rable car y affichant un rĂ©alisme d'une brutalitĂ© escarpĂ©e, Kidnapped culmine dautant plus sa besogne vers un traumatisant bain de sang. Point d'orgue peut-ĂŞtre discutable pour son outrance en chaine mais relativement couillu et rejoignant pourtant le pessimisme de faits-divers tragiques qui inondent nos journaux TV. Sa tonalitĂ© alerte nous plongeant dans un tel sentiment de paranoĂŻa, d'inconfort, de dĂ©sarroi et de peur qu'on en sort extĂ©nuĂ©, mutique, dĂ©sarmĂ© surtout. ConcentrĂ© d'adrĂ©naline forcenĂ©e 1h20 durant, Kidnapped est un bad-trip discourtois Ă  rĂ©server Ă©videmment Ă  un public averti. 

*Bruno
01.10.24. 2èx. Vostfr
04.11.11


jeudi 3 novembre 2011

Le Sang du Vampire / Blood of the Vampire


de Henry Cass. 1958. Angleterre. 1h24. Avec Donald Wolfit, Vincent Ball, Barbara Shelley, Victor Maddern, William Devlin.

Sortie salles France: 27 Avril 1960. U.S: Octobre 1958.

FILMOGRAPHIE: Henry Cass est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur et acteur britannique nĂ© le 24 Juin 1902 Ă  Londres, dĂ©cĂ©dĂ© en 1989. 1949: La Montagne de Verre. 1950: Jennifer. Vacances sur Ordonnance. 1951: Histoires de jeunes femmes. 1955: Windfall. No Smoking. 1956: Bond of Fear. 1957: Professor Tim. Booby Trap. 1958: Le Sang du Vampire. 1960: The Hand. 1965: Give a Dog of Bone. 1968: Happy Deathday.


La mĂŞme annĂ©e que la sortie du chef-d'oeuvre le Cauchemar de Dracula, le rĂ©alisateur anglais Henry Cass entreprend un film d'Ă©pouvante traitant du mĂŞme thème mais abordĂ© cette fois-ci d'un point de vue scientifique. Si bien que dans le Sang du Vampire, notre savant fou, accompagnĂ© de son traditionnel adjoint difforme, est contraint de rĂ©approvisionner son corps de sang humain en usant de transfusions sanguines. D'après un scĂ©nario de Jimmy Sangster (habituellement crĂ©ditĂ© Ă  l'Ă©curie Hammer) et produit par l'illustre duo Monty Berman / Robert S. Baker (l'Impasse aux Violences, Jack l'Eventreur), le Sang du Vampire dĂ©tonne par son ambiance malsaine dĂ©monstrative et son originalitĂ© Ă  renouveler le mythe du suceur de sang.

Synopsis: En Transylvanie, en 1874, un homme est exĂ©cutĂ© après avoir Ă©tĂ© accusĂ© de vampirisme. Son fidèle assistant rĂ©ussit cependant Ă  exhumer son corps avec l'aide d'un scientifique pour lui rendre la vie grâce Ă  une transplantation cardiaque. MalgrĂ© sa rĂ©surrection, l'homme qui avait ingĂ©rĂ© un sĂ©rum pour pouvoir rester en vie a subi une infection sanguine. Six ans plus tard, directeur d'un asile psychiatrique, il poursuit ses sinistres travaux avec la collaboration d'un mĂ©decin. 
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D'après un scĂ©nario de prime abord orthodoxe, Henry Cass rĂ©ussit avec une certaine audace Ă  dĂ©tourner le thème du vampire en quĂŞte de sang vierge pour le profil imparti au mythe du savant fou. Un scientifique contraint de pratiquer de multiples transfusions sanguines sur des cobayes humains au point de vidanger leur corps famĂ©lique. Le lieu baroque et sordide d'un asile psychiatrique surveillĂ© par des gardes et accompagnĂ©s de dobermans affamĂ©s, rĂ©ussit Ă  crĂ©er une ambiance inquiĂ©tante particulièrement tangible. La photographie criarde aux teintes jaunes sĂ©pia et au rouge pourpre accentue ce sentiment d'hostilitĂ© palpable jusque dans le laboratoire de Callistratus, environnement barbare suintant la mort putride des cadavres moribonds. L'efficacitĂ© du rĂ©cit s'Ă©tablit notamment auprès des rapports conflictuels d'un jeune mĂ©decin (leur relation houleuse ne manque pas de mordant dans leur divergence) contraint de subvenir Ă  un directeur utopiste en quĂŞte d'immortalitĂ©.  
Tandis que la prĂ©sence enjĂ´leuse de la charmante Barbara Hershey apporte un appui affectueux auprès de son amant vouĂ© au chantage. Il y a aussi l'assistant difforme Karl, endossĂ© par l'acteur Victor Maddern (comme sorti d'un "bossu de la morgue" ibĂ©rique). Sa prĂ©sence iconique exacerbe Ă  volontĂ© l'ambiance gothique hybride dans un raffinement putassier.
Mais si le Sang du Vampire se rĂ©vèle aussi captivant et particulièrement intense entre les enjeux des protagonistes, il le doit beaucoup Ă  la gĂ©niale interprĂ©tation de Donald Wolfit incarnant avec plaisir masochiste le rĂ´le du savant fou immoral. Un ĂŞtre abject obsĂ©dĂ© Ă  l'idĂ©e de survivre en soutirant le sang de victimes innocentes. Sa mĂ©galomanie arrogante, son faciès tĂ©nĂ©breux mis en valeur par de larges sourcils et surtout son regard sournois irradient l'Ă©cran de ses cyniques exactions.
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Baignant dans un climat glauque et malsain agencĂ© autour d'un univers gothique digne des productions Hammer, Le Sang des Vampires est un trĂ©sor d'Ă©pouvante rehaussĂ© de la conviction des comĂ©diens et d'un rĂ©cit habilement structurĂ© (Ă  une incohĂ©rence près comme ce final vite expĂ©diĂ© pour la sauvegarde du hĂ©ros). On est d'autant plus surpris pour l'Ă©poque du caractère brutal de certaines dĂ©rives sanglantes, Ă  l'instar de ces chiens insatiables dĂ©vorant ardemment deux protagonistes dĂ©soeuvrĂ©s. 

*Bruno
03.11.11.  
DĂ©cembre 2020. 4èx. 

mercredi 2 novembre 2011

POUPOUPIDOU


de Gérald Hustache Mathieu. 2010. France. 1h42. Avec Jean-Paul Rouve, Sophie Quinton, Guillaume Gouix, Olivier Rabourdin, Clara Ponsof, Arsinee Khanjian, Eric Ruf, Lyes Salem, Joséphine de Meaux, Ken Samuels.

Sortie en salles en France le 12 Janvier 2011

FILMOGRAPHIE: Gérald Hustache Mathieu est un réalisateur français né en 1968 dans la ville d'Echirolles, en Isère dans la banlieue sud de Grenoble.
1996: J'ai horreur de l'amour (assistant rĂ©alisation). 2001: Peau de Vache (court). 2003: La Chatte Andalouse (moyen mĂ©trage). 2006: Avril. 2011: Poupoupidou


Après un premier film remarquĂ© pour sa poĂ©sie libertaire, GĂ©rald Hustache Mathieu entreprend avec Poupoupidou (titre Ă©nigmatique un peu peu rĂ©ducteur), un polar insolite et dĂ©calĂ© façonnĂ© dans le moule de la comĂ©die atypique. IlluminĂ©e par la fonction pĂ©tillante de Sophie Quinton, cette ovni gracieux enchante subtilement le spectateur par son aura fantasmagorique. Un Ă©crivain en panne d'inspiration dĂ©couvre sur une route enneigĂ©e le cadavre d'une blonde surnommĂ©e Candice Lecoeur. IntriguĂ© par ce potentiel suicide, il va tenter de remonter le passĂ© pour dĂ©couvrir la vĂ©ritĂ© sur cette Ă©gĂ©rie de Franche ComtĂ© grâce Ă  son journal personnel. Peu Ă  peu, il se rend compte que d'Ă©tranges similitudes avec la vie notoire de Marilyn est agréée avec celle de Candice. Pour renouer avec l'ambition de sa profession, il profite Ă©galement de cette Ă©trange enquĂŞte pour entamer la rĂ©daction de son nouveau roman. 



Avec la structure dĂ©sincarnĂ©e et impondĂ©rable d'un scĂ©nario aussi insolite, difficile de rester inflexible face Ă  un film aussi Ă©trange, lyrique et enivrant. A partir d'un argument policier orthodoxe, l'intrigue foisonnante va rapidement s'acheminer vers un itinĂ©raire excentrique remplie de situations cocasses, attendrissantes ou graves, compromises avec des personnages sournois, indĂ©cis, distraits et rĂŞveurs, en quĂŞte de gloire ou de reconnaissance. Formellement, Poupoupidou flirte incessamment avec l'onirisme enchanteur dans un parti pris baroque (variante de nuances polychromes picturales) et avec la pĂ©tulance d'une jeune blonde avide de rencontrer l'amour mais persuadĂ©e d'ĂŞtre la rĂ©incarnation de Marilyn Monroe. GĂ©rald Hustache Mathieu oscille les genres avec une aisance fulgurante et nous narre avec fantaisir une idylle impossible entre deux ĂŞtres que tout sĂ©pare malencontreusement. En rĂ©sulte une perpĂ©tuelle puissance Ă©motionnelle sous-jacente dans les investigations utopistes d'un Ă©crivain passionnĂ© par les Ă©tats d'âme fĂ©briles d'une star trop vite Ă©levĂ©e au rang d'Ă©gĂ©rie jusqu'au fameux climax rĂ©vĂ©lateur d'une rĂ©demption dĂ©chirante.


Pour l'interprĂ©tation, Jean Paul Rouve surprend avec sobriĂ©tĂ© dans un rĂ´le Ă  contre-emploi de romancier contrariĂ© mais subitement inspirĂ© par un fait divers macabre simulĂ© en suicide. ModĂ©rĂ©ment touchant et discrètement amoureux d'une femme subitement balayĂ©e par la mort, il reconstruit peu Ă  peu le puzzle Ă©cornĂ© de sa nouvelle Marilyn pour finalement dĂ©couvrir un semblant de relation interposĂ©e. Sans fioriture, Sophie Quinton irradie l'Ă©cran de sa physionomie lascive pour Ă©mailler les campagnes publicitaires auquel elle doit user de sa suavitĂ© pour convaincre la sociĂ©tĂ© de consommation. Et en particulier la gente masculine fascinĂ©e par ses formes charnelles et son pouvoir Ă©rotique sensiblement aguichant. Sa prĂ©sence fĂ©minine d'une beautĂ© Ă©purĂ©e hors norme insuffle au fil du rĂ©cit une aura irrationnelle dĂ©licatement souple et envoĂ»tante. Le spectateur rendu transi n'Ă©tant pas prĂŞt d'oublier le talent de cette actrice nĂ©ophyte au potentiel naturel !


Lestement mis en scène dans une chimère romanesque inimitable, Poupoupidou est un poème en demi-teinte. Aussi frais, Ă©thĂ©rĂ©, drĂ´le, angĂ©lique et passionnĂ© que lugubre, nonchalant, touchant et tragique dans le rĂŞve insoluble que se partagent David et Candice. Par l'hypocrisie, la cupiditĂ© des hommes et la providence d'un hasard inĂ©quitable, leur frĂŞle destin s'Ă©difie en conte dĂ©senchantĂ© inscrit dans l'Ă©lĂ©gie. La dĂ©sillusion fatale de deux ĂŞtres candides sĂ©parĂ©s par la mort mais dont leur liaison sous-jacente va finalement se convertir au travers d'une lettre de compassion. Poupoupidou Ă©tant finalement l'histoire fragile d'une princesse incomprise par qui la cĂ©lĂ©britĂ© orgueilleuse aura tout dĂ©truit. On s'extrait de l'esprit de Candice bouleversĂ© et hantĂ© par sa stature de nouvelle Marilyn destinĂ©e Ă  rĂ©pĂ©ter sa lĂ©gende brocardĂ©e.

Dédicace à Damval Dulac.
02.11.11
Bruno Matéï



mardi 1 novembre 2011

Bad Boy Bubby. Prix Spécial du Jury à Venise 1993.


de Rolf De Heer. 1993. Australie/italie. 1h52. Avec Nicholas Hope, Claire Benito, Ralph Cotterill, Carmel Johnson, Syd Brisbane, Nikki Price, Norman Kaye, Paul Philpot, Peter Monaghan, Natalie Carr.

Sortie en salles en France le 1 novembre 1995. U.S: 26 Avril 2005

FILMOGRAPHIE: Rolf De Heer est un rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste et compositeur australien d'origine nĂ©erlandaise, nĂ© le 4 Mai 1951 Ă  Heemskerk (Pays-Bas). 1984: Sur les ailes du tigre. 1988: Encounter at Raven's Gate. 1991: Dingo. 1993: Bad Boy Bubby. 1996: La Chambre Tranquille. 1997: Epsilon. 1999: Dance me to My Song. 2001: Le Vieux qui lisait des romans d'amour. 2002: The Tracker. 2003: Le Projet d'Alexandra. 2006: 10 canoĂ«s, 150 lances et 3 Ă©pouses.

En 1995 sort dans une quasi-indiffĂ©rence un long mĂ©trage australien signĂ© d’un rĂ©alisateur nĂ©erlandais. InondĂ© de rĂ©compenses dans divers festivals internationaux, Bad Boy Bubby gagne, au fil du bouche-Ă -oreille, un statut d’ovni hybride : dĂ©rangeant, beau et sordide, oĂą l’humanisme candide de son protagoniste Ă©branle un public friand d’anticonformisme.

Le pitch : Bubby, 35 ans, vit reclus comme un animal dans sa maison familiale, sous la fĂ©rule d’une mĂ©gère incestueuse. EnfermĂ©, maltraitĂ©, rĂ©duit en esclave, il partage son isolement avec un chat de gouttière. Jusqu’au jour oĂą, jalousĂ© par les retrouvailles inespĂ©rĂ©es avec son père alcoolique, il dĂ©cide de se rebeller et de franchir les frontières industrielles de sa prison.

Éprouvante, profondĂ©ment malsaine et dĂ©rangeante, la première demi-heure rivalise de dĂ©viance dans ce foyer insalubre, oĂą quelques cafards jonchent le sol et un chat est sĂ©questrĂ© dans une cage. Sa mère, ventripotente et perverse, impose Ă  son rejeton inculte de rester assis sur une chaise toute la journĂ©e durant ses absences prolongĂ©es. Parfois, elle l’Ă©touffe tranquillement en lui bouchant bouche et nez. Pour sortir de la maison, elle se dĂ©place en ville avec un masque Ă  gaz, feignant auprès de son fils que l’air urbain est empoisonnĂ©, proche des bâtiments industriels. Abruti par une existence sans compassion, sans amour, sans notion du bien ni du mal, Bubby endure son ennui, son seul loisir Ă©tant d’asphyxier un chat domestique, par curiositĂ© morbide. Ces scènes, d’une cruautĂ© extrĂŞme et d’un rĂ©alisme glaçant, poussent Ă  s’interroger : le chat a-t-il vraiment souffert, sacrifiĂ© pour mieux nous Ă©branler ? Avec l’arrivĂ©e inopinĂ©e de son père alcoolique, Bubby s’extĂ©riorise, adoptant une attitude de dĂ©bauche sexuelle envers sa mère. 

Par la suite, après nous avoir fait vivre dans un souci documentaire — un peu comparable au climat ombrageux et dĂ©pressif d’Eraserhead de Lynch — le sordide quotidien d’un homme rĂ©duit Ă  l’Ă©tat primitif, le rĂ©alisateur amorce lentement une quĂŞte initiatique. Il s’agit d’illustrer le profil d’un quidam arriĂ©rĂ© — comparable au monstre de Frankenstein par son ignorance et sa pudeur dĂ©ficiente — rencontrant au hasard des rues la jungle des marginaux, intĂ©gristes, artistes bĂ©nĂ©voles et handicapĂ©s dystrophiĂ©s. Durant ce parcours d’un homme autrefois refoulĂ© et molestĂ©, Rolf De Heer filme de façon corrosive le portrait poignant d’un ĂŞtre esseulĂ©, perdu au cĹ“ur d’une citĂ© oĂą les citadins cherchent un sens mĂ©taphysique Ă  leur existence. Ă€ la manière d’un poème dĂ©calĂ© sur l’absurditĂ© humaine, Bad Boy Bubby se dĂ©ploie en magnifique rĂ©cit initiatique, vers la raison et la rĂ©demption. En fustigeant la religion responsable du fondamentalisme, le film devient aussi un hymne Ă  la libertĂ© la plus autonome, ainsi qu’Ă  l’Ă©panouissement de l’amour. Dans le rĂ´le du clochard fascinĂ© par les merveilles du monde, Nicholas Hope Ă©poustoufle par son jeu naturel et son regard empli d’innocence. Son chemin fantasque cristallise un message de tolĂ©rance, une fraternitĂ© envers les exclus, et une quĂŞte identitaire vers l’accomplissement.


"
Bad Boy Bubby : L’odyssĂ©e crue d’une âme captive".
Choquant, dĂ©stabilisant, glauque, parfois malsain lors de sa première partie effrontĂ©e, le film de Rolf De Heer adopte une mise en scène singulière, inscrite dans la cruditĂ©, pour dĂ©peindre avec sensibilitĂ© un univers aliĂ©nant et dĂ©bridĂ©. Caustique, dĂ©sincarnĂ©, dĂ©bridĂ©, poĂ©tique, drĂ´le et profondĂ©ment bouleversant, portĂ© par l’interprĂ©tation fĂ©brile d’un acteur au jeu infantile, Bad Boy Bubby est un ovni anticonformiste. Il transcende le portrait d’un homme chrysalide, dĂ©couvrant peu Ă  peu les nouveaux repères de son existence. Chef-d’Ĺ“uvre dĂ©diĂ© aux laissĂ©s-pour-compte, aux marginaux et aux athĂ©es, il s’impose comme une dĂ©claration d’amour Ă  la banalitĂ© de notre existence, ancrĂ©e dans l’instant prĂ©sent.

DĂ©dicace Ă  Isabelle et Eugène Rocton, et Philippe Blanc.
*Bruno 
01.11.11.

RĂ©compenses: Prix SpĂ©cial du Jury Ă  la Mostra de Venise en 1993.
Prix du Meilleur RĂ©alisateurmeilleur scĂ©nariomeilleur montage et meilleur acteur pour Nicholas Hope lors des Australian Film Institute Awards en 1994.
Prix du Meilleur Film, Meilleur Acteur, Meilleure Mise en scène au Festival du film de Seattle en 1994.
Prix du Public, Prix RFM, Prix des Etudiants, Prix SpĂ©cial du Jury au Festival d'action et d'Aventures de Valenciennes en 1995.
Prix Très SpĂ©cial Ă  Paris en 1995

Rolf De Heer



lundi 31 octobre 2011

2019, Après la chute de New-York / 2019 - Dopo la caduta di New York / 2019, After the fall of New-York


de Sergio Martino. 1983. Italie. 1h36. Avec Michael Sopkiw, Valentine Monnier, Anna Kanakis, George Eastman, Roman Geer, Vincent Scalondro, Haruhiko Yamanouchi, Edmund Purdom, Louis Ecclesia.

Sortie salles France: 11 Janvier 1984. Italie: 22 Juillet 1983

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Sergio Martino est un réalisateur, producteur et scénariste italien né le 19 Juillet 1938 à Rome (Italie). 1970: l'Amérique à nu. Arizona se déchaine. 1971: l'Etrange vice de Mme Wardh. La Queue du Scorpion. l'Alliance Invisible. 1973: Mademoiselle Cuisses longues. 1973: Torso. 1975: Le Parfum du Diable. 1977: Mannaja, l'homme à la hache. 1978: La Montagne du Dieu Cannibale. 1979: Le Continent des Hommes poissons. Le Grand Alligator. 1982: Crimes au cimetière étrusque. 1983: 2019, Après la Chute de New-York. 1986: Atomic Cyborg. 1989: Casablanca Express. 1990: Mal d'Africa. Sulle tracce del condor.


En 1981 dĂ©barquent en salle Mad Max 2 et New York 1997, deux Ĺ“uvres charnières de la science-fiction post-apo. Nos voisins transalpins s’empressent alors d’exploiter le filon, surenchĂ©rissant dans une frĂ©nĂ©sie homĂ©rique nourrie de bande dessinĂ©e et de western spaghetti. Deux ans après les modèles de Miller et Carpenter, Sergio Martino (auteur de quelques classiques tels Torso, La Queue du Scorpion, Mannaja ou Le Continent des Hommes-Poissons) livre sa version belliqueuse du post-nuke. D’autres cinĂ©astes, tout aussi cupides, dĂ©voilent Ă  leur tour des avatars Ă  maigre budget aussi improbables que Le Gladiateur du futur, Les Guerriers du Bronx ou Les Nouveaux Barbares, pour ne citer que les plus fameux.

Synopsis : En 2019, le monde est ravagĂ© par une apocalypse nuclĂ©aire, causant la stĂ©rilitĂ© des dernières femmes. Les Euraks, armĂ©e tĂ©mĂ©raire infiltrĂ©e dans les zones irradiĂ©es, traquent les rares survivants pour les Ă©tudier dans l’espoir de reproduire l’espèce humaine. ExilĂ© en Alaska, un prĂ©sident amĂ©ricain charge le mercenaire Parsifal de retrouver la dernière femme fertile. Celui-ci s’entoure de deux briscards aussi pugnaces que dĂ©glinguĂ©s pour mener Ă  bien cette mission-suicide au cĹ“ur des vestiges new-yorkais.


ÉrigĂ© sous le moule de la sĂ©rie Z (involontairement) pittoresque, faute de budget et d’acteurs chauvins Ă  la trogne risible, 2019, après la chute de New York peut sans conteste se targuer d’ĂŞtre le plus savoureux ersatz rital des classiques susnommĂ©s. Car grâce Ă  l’habiletĂ© d’un petit maĂ®tre du bis Ă  la carrière loin d’ĂŞtre nĂ©gligeable (Sergio, t'es pour moi un Dieu !), cette bisserie intrĂ©pide transcende ses flagrants dĂ©fauts par la fertilitĂ© d’une action pĂ©tulante (quel sens du montage !) et de pĂ©ripĂ©ties hautement colorĂ©es. Dans la posture gogo de hĂ©ros en mal de reconnaissance, le film puise son charme dans un dĂ©cor dĂ©charnĂ© de carton-pâte et via ses figures grotesques irrĂ©sistiblement attachantes : gueules irradiĂ©es, braconnier chinois adepte du fouet, homme-singe Ă  l’Ă©piderme boursouflĂ© (inĂ©narrable George Eastman en Sinbad dĂ©ficient), borgne humanoĂŻde au lasso mĂ©tallique, preux mercenaire prĂŞt au sacrifice, valeureux nabot s’Ă©ventrant par altruisme, ou encore esclave Ă©prise du cĹ“ur du hĂ©ros mad-maxien.


Dès le prĂ©ambule, une aura mĂ©lancolique plane sur l’horizon diaphane d’un New York azur, portĂ© par un air de trompette funèbre. Martino soigne son univers aride d’apocalypse, appuyĂ© par une voix-off monocorde exposant la situation radioactive avec gravitĂ©. Après une mĂ©morable course-poursuite façon auto-tamponneuse, menĂ©e par des gladiateurs motorisĂ©s, la trame s’aligne sur le canevas de New York 1997 : un hĂ©ros anarchiste, bellâtre et inexpressif, contraint d’accomplir une mission sous la houlette d’un chef d’État sournois.

Grâce Ă  la bonhomie de nos mercenaires, Ă  la fois rĂ©trogrades et extravagants (le nain sauteur Kirke est devenu, chez certains amateurs, une icĂ´ne impayable), Ă  l’action en roue libre inspirĂ©e de la BD destroy, et au dynamisme du montage, l’aventure dystopique dĂ©borde de gĂ©nĂ©rositĂ©. Chaque rencontre avec des belligĂ©rants en survie ouvre sur de nouveaux tableaux hallucinĂ©s. Quelques sĂ©quences gores, typiquement italiennes dans leur audace racoleuse, viennent animer les Ă©gouts new-yorkais d’une crasse rĂ©jouissante. Si cette Ă©popĂ©e Ă©chevelĂ©e s’avère si jubilatoire, c’est aussi grâce Ă  la drĂ´lerie (involontaire) de certaines rĂ©pliques prononcĂ©es avec un sĂ©rieux Ă  toute Ă©preuve.

Ajoutons Ă  cela une bande-son tapageuse : bruitages d’armes Ă  feu et de coups de poing tonitruants, typiques du cinĂ© rital, saturĂ©s par le score enlevĂ© des frères Guido et Maurizio De Angelis, qui dynamisent jusqu’Ă  l’Ă©puisement les confrontations belliqueuses.


Les nains aussi ont commencé petit !
Efficacement troussĂ© et nerveusement mis en scène sous le sceau d’une "pochette-surprise" narrative en pagaille, 2019... incarne le pur divertissement dĂ©complexĂ©. Un miracle de ringardise qui pallie ses moyens prĂ©caires par un savoir-faire aussi inspirĂ© qu’avisĂ©, et par l’attachante complicitĂ© de comĂ©diens cabotins se prĂŞtant au jeu avec une foi inĂ©branlable. Sans prĂ©tention (malgrĂ© ses Ă©lans de plagiat), loufoque, dĂ©bridĂ© et gĂ©nĂ©reux en portraits de marginaux dĂ©cadents, errant dans une scĂ©nographie rutilante (mention spĂ©ciale Ă  ses dĂ©cors urbains envoĂ»tants), 2019, après la chute de New York demeure le meilleur succĂ©danĂ© de Mad Max, portĂ© par une facture Z irrĂ©sistiblement latine. Et par je ne sais quel miracle, le film possède mĂŞme une âme et un coeur Ă  travers ses plages de tendresse Ă  la fois sensibles et envoĂ»tĂ©es. 

Reste une question improbable en guise de conclusion identitaire :
“Est-ce une faute grave d’ĂŞtre un nain ?!”

* Bruno
28.03.26. 8èx. VF. 01.01.19. 
31.10.11.

Sergio Martino

jeudi 27 octobre 2011

La Nuit des Masques / Halloween. Grand Prix de la Critique Ă  Avoriaz 1979.

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site boxofficestory.com

"Halloween" de John Carpenter. 1978. U.S.A. 1h31. Avec Donald Pleasance, Jamie Lee Curtis, Nancy Kyes, P.J. Soles, Charles Cyphers, Kyle Richards, Brian Andrews, John Michael Graham, Nancy Stephens, Arthur Malet.

Sortie salles France le 14 Mars 1979 (Int - 18 ans). U.S: 25 Octobre 1978.

FILMOGRAPHIE: John Howard Carpenter est un réalisateur, acteur, scénariste, monteur, compositeur et producteur de film américain né le 16 janvier 1948 à Carthage (État de New York, États-Unis). 1974 : Dark Star 1976 : Assaut 1978 : Halloween, la nuit des masques 1980 : Fog 1981 : New York 1997 1982 :The Thing 1983 : Christine 1984 : Starman 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin 1987 : Prince des ténèbres 1988 : Invasion Los Angeles 1992 : Les Aventures d'un homme invisible, 1995 : L'Antre de la folie 1995 : Le Village des damnés 1996 : Los Angeles 2013 1998 : Vampires 2001 : Ghosts of Mars 2010 : The Ward

 
"La GĂ©omĂ©trie de la peur". 
Après ses premiers essais Dark Star (1974) et Assaut (1976), le jeune rĂ©alisateur John Carpenter est sollicitĂ© par les producteurs indĂ©pendants Irwin Yablans et Moustapha Akkad pour dĂ©velopper un scĂ©nario centrĂ© sur un psychopathe s’en prenant Ă  des babysitters dans une petite bourgade amĂ©ricaine. D’abord intitulĂ© The Babysitter Murders, le script coĂ©crit par Carpenter et sa compagne de l’Ă©poque, Debra Hill, Ă©volue jusqu’Ă  fusionner avec la fĂŞte d’Halloween, pĂ©riode de la Toussaint oĂą se dĂ©roule l’action.

Avec un maigre budget de 325 000 dollars et un tournage express de 21 jours sous le soleil californien, Halloween s’impose comme un succès surprise, portĂ© par le bouche-Ă -oreille. Si la critique de l’Ă©poque se montre sĂ©vère avec ce modeste film d’horreur signĂ© par un quasi inconnu, Halloween finit par gĂ©nĂ©rer plus de 176 millions de dollars Ă  l’Ă©chelle mondiale (dont 47 millions aux États-Unis). Il devient le film indĂ©pendant le plus rentable de l’histoire du cinĂ©ma. En France, il n’attire que 283 934 spectateurs Ă  sa sortie. C’est avec le temps que ce chef-d’Ĺ“uvre indĂ©trĂ´nable gagnera ses lettres de noblesse.

Haddonfield, Illinois. 1963. Une nuit d’Halloween, alors que ses parents sont absents, le jeune Michael Myers poignarde sa sĹ“ur Judith. Quand ses parents rentrent, ils dĂ©couvrent leur fils figĂ© au seuil de la maison, vĂŞtu d’un costume, un couteau ensanglantĂ© Ă  la main. Quinze ans plus tard, toujours un soir d’Halloween, Michael s’Ă©chappe de l’asile psychiatrique oĂą il Ă©tait enfermĂ©, bien dĂ©cidĂ© Ă  revenir dans sa ville natale pour y perpĂ©trer de nouveaux crimes. Le docteur Loomis, hantĂ© par son patient, se rend Ă  Haddonfield pour tenter de l’arrĂŞter. Pendant ce temps, des babysitters se prĂ©parent pour la fĂŞte..

En 1978, Ă  l’aube d’une carrière encore balbutiante, John Carpenter (alors âgĂ© de 30 ans) rĂ©volutionne littĂ©ralement le cinĂ©ma d’horreur moderne, et transcende les codes naissants du slasher initiĂ© quatre ans plus tĂ´t par Black Christmas de Bob Clark. Avec presque rien — un script minimaliste, des acteurs inconnus (Ă  l’exception de Donald Pleasance), un budget rachitique —, Carpenter choisit de suggĂ©rer plutĂ´t que de montrer, d’Ă©voquer un tueur spectre, masquĂ©, qui joue Ă  cache-cache avec ses proies.

C’est dans cette simplicitĂ© que Halloween tire toute sa force anxiogène. Il impose une ambiance nocturne, hypnotique, oĂą la peur sourd de chaque ombre. La musique entĂŞtante, quasi permanente, Ă©pouse les tĂ©nèbres et fait de Michael Myers le maĂ®tre invisible des lieux. Sa silhouette Ă  peine dĂ©voilĂ©e, sa dĂ©marche raide, son masque inexpressif deviennent l’incarnation mĂŞme d’un mal silencieux. Il n’est plus un homme, mais une entitĂ© diffuse, capable de surgir dans n’importe quelle pièce de notre foyer supposĂ© sĂ»r.

Dans une banlieue paisible dĂ©sertĂ©e de parents, Carpenter construit un huis clos Ă©touffant autour de trois adolescentes lĂ©gères et insouciantes. Seule Laurie, ravissante et solitaire, adoptĂ©e par la famille Strode, veille sur deux enfants, entre ennui et soupirs. C’est aussi Ă  travers cette nuit d’Halloween, fĂŞte celtique dĂ©rivĂ©e des traditions britanniques, que se glisse le surnaturel : citrouilles sculptĂ©es, rituels enfantins, frissons du folklore. Michael Myers devient alors le croque-mitaine originel, ce monstre tapi dans l’ombre de nos terreurs enfantines — un fantĂ´me sans visage, au regard mort, mĂ©canique, impassible.

Mais l’ambition de Carpenter n’est pas de verser dans le gore, ni de multiplier les effets faciles. Halloween refuse l’esbroufe. Pas de gerbes de sang, pas de jump scares de pacotille. La peur naĂ®t ici d’un suspense diffus, lentement instillĂ©, d’une menace qui rĂ´de et prend son temps. L’effet meurtrier, tant redoutĂ©, est sans cesse diffĂ©rĂ©. Et quand il frappe, c’est sans crier gare — sec, brutal, sans fioriture.

Le casting, subtil, renforce cette tension : les jeunes actrices, loin des stéréotypes idiots, réagissent avec un naturel crédible, ce qui rend chaque péril plus palpable. Jamie Lee Curtis, encore inconnue, incarne Laurie avec une sobriété touchante, donnant chair à ses angoisses croissantes. Donald Pleasance, quant à lui, compose un Dr Loomis paranoïaque, maladroit, errant dans le quartier comme un détective à contre-temps, possédé par sa traque.


The Babysitter Murders
VoilĂ  ce que symbolise, au fond, l’horreur d’Halloween. Un chef-d’Ĺ“uvre du slasher sans artifice, forgĂ© pour Ă©veiller nos peurs archaĂŻques, celles de l’enfant terrĂ© dans le noir. Un film qui fait de la suggestion son arme absolue, et qui sublime ses limites budgĂ©taires par l’intelligence de sa mise en scène : gĂ©omĂ©trique, tendue, millimĂ©trĂ©e. Une leçon de tempo et d’efficacitĂ© qui grave pour toujours la silhouette spectrale de Michael Myers dans l’inconscient collectif. L’ombre du Boogeyman, Ă©ternelle, insaisissable.

*Bruno

Dédicace à Gérald Giacomini.
14.10.22
27.10.11


mercredi 26 octobre 2011

X Men, le Commencement / X Men: First class


de Matthew Vaughn. 2011. U.S.A. 2h11. Avec James McAvoy, Michael Fassbender, Rose Byrne, Nicholas Hoult, Jennifer Lawrence, January Jones, Kevin Bacon, Zoe Kravitz, Oliver Platt, Jason Flemyng.

Sortie en salles en France le 01 Juin 2011. U.S: 03 Juin 2011

FILMOGRAPHIE: Matthew Vaughn est un réalisateur, producteur et scénariste anglais, né le 7 Mars 1971 à Londres.
2004: Layer Cake.
2007: Stardust, le mystère de l'Etoile
2010: Kick-Ass
2011: X Men: First Class


PrĂ©quelle de la trilogie des X Men après deux essais concluants concoctĂ©s par Brian Singer et un ratĂ© discrĂ©ditĂ© par Brett Ratner, Matthew Vaughn s'implique Ă  transcender les personnages créés par Stan Lee et Jack Kirby, juste après nous avoir prodiguĂ© un bain de jouvence dĂ©sinhibĂ© avec l'Ă©quipĂ©e subversive de Kick-AssCharles Xavier et Erik Lenshere sont des mutants douĂ©s de pouvoirs surhumains depuis leur plus jeune âge. Ils vont devoir s'allier avec d'autres individus tout aussi exceptionnels pour crĂ©er la ligue des X mens afin de s'opposer Ă  Sebastian Shaw, un mĂ©decin Ă©galement dotĂ© de pouvoirs paranormaux et leader d'un trio de mutants mais dĂ©libĂ©rĂ© Ă  provoquer une 3è guerre mondiale entre la Russie et les Etats-Unis Ă  l'aide de missiles nuclĂ©aires dissimulĂ©s Ă  Cuba. Une lutte sans merci s'engage entre les deux clans rivaux au pĂ©ril du devenir de l'humanitĂ©. 

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X men, le commencement débute sa trame de manière cafardeuse dans son atmosphère belliqueuse nous rappelant la triste époque de l'Allemagne nazie. Ce superbe préambule acerbe s'emploie à nous dépeindre de manière réaliste le profil déchu du jeune garçon Erick Lenshere, contraint par son pouvoir mental de déplacer une pièce de monnaie apposée sur un bureau, mais témoin de l'assassinat de sa mère décrété par l'ignoble Dr Schmidt, faute de n'avoir pu cristalliser devant ce tortionnaire son talent surnaturel. Cette séquence dramatique déployant de manière démonstrative et en guise vindicative les fameux pouvoirs octroyés à Erick nous immerge dans son esprit offensé par le deuil familial et sa capacité physique à annihiler la matière par la force d'une pensée uniquement furieuse.
C'est ensuite quelques annĂ©es plus tard, en 1962, que l'on retrouve notre hĂ©ros dans la peau d'un traqueur de nazi, plus dĂ©terminĂ© que jamais Ă  retrouver les traces de son meurtrier orgueilleux. Au mĂŞme moment, il va faire la rencontre du tĂ©lĂ©pathe Charles Xavier, dĂ©jĂ  affiliĂ© avec une jeune mutante du nom de Raven, rencontrĂ©e par effraction dans sa cuisine. Au fil de leur cheminement et de leur compromis, ils vont Ă©galement s'affilier avec de jeunes recrus douĂ©s de phĂ©nomènes tout aussi improbables pour faire face Ă  la coalition de Shaw et ses disciples arrogants. Des mutants engagĂ©s dans une Ă©thique nihiliste pour entamer l'avènement d'une troisième guerre mondiale par l'entremise de missiles nuclĂ©aires dĂ©ployĂ©s entre les Etats-Unis et l'URSS. Leur cynique ambition est alors rĂ©solue Ă  dĂ©cimer la dĂ©mographie humaine pour devenir les maĂ®tres d'un nouveau monde Ă©rigĂ© par les Homo superior (nom scientifique des mutants dans l'univers des Marvel Comics).


Dans une mise en scène assidue d'une impressionnante virtuositĂ© technique et formelle pour l'Ă©laboration d'FX prodigieux et d'une architecture Ă©purĂ©e, Ă©maillĂ©e de dĂ©cors classieux, Matthew Vaughn rĂ©ussit personnellement Ă  s'approprier de l'univers des X men pour les renouveler dans une mise en forme adulte d'une tempĂ©rante conviction. En dehors d'une intrigue rondement menĂ©e ne laissant que peu de rĂ©pit au spectateur facilement immergĂ© dans l'aventure trĂ©pidante, sa rĂ©ussite prĂ©gnante et surtout privilĂ©giĂ©e par la densitĂ© humaine de ses protagonistes, superbement dessinĂ©s et Ă  la personnalitĂ© distincte parfois Ă©quivoque pour certains d'entre eux. Si tous les interprètes se rĂ©vèlent parfaitement probants dans leur prestance hĂ©roĂŻque dĂ©voilant communĂ©ment des pouvoirs surnaturels fascinants et singuliers (l'entrainement physique est un ludique exemple de leur persĂ©vĂ©rance tour Ă  tour dĂ©cuplĂ©e), l'importance substantielle des personnages clefs est largement exacerbĂ©e par deux acteurs remarquables au charisme dĂ©pouillĂ©. La prĂ©sence mature de James McAvoy dans celui de Xavier, leader tĂ©lĂ©pathe diplomate enrĂ´lĂ© dans une doctrine pacifiste et de Michael Fassbender, Erick, le vengeur inflexible dĂ©prĂ©ciĂ© par ses Ă©tats d'âmes rancuniers, davantage corrompu par sa devise meurtrière, participent pour beaucoup au caractère convaincant des enjeux encourus et Ă  leurs exactions coordonnĂ©es pour se mesurer face Ă  SĂ©bastian Shaw. C'est Kevin Bacon qui s'alloue d'endosser un ĂŞtre mĂ©galomane et opportuniste avide de pouvoir et notoriĂ©tĂ©. Il excelle dans son talent innĂ© Ă  composer un personnage dĂ©lĂ©tère dĂ©ployant ses funèbres ambitions grâce Ă  sa facultĂ© d'absorber sans vergogne l'Ă©nergie de ses antagonistes.


Sous ses travers de film d'action spectaculaire tributaire d'une narration remarquablement structurĂ©e en dĂ©ployant intelligemment quelques inventifs moments d'anthologie tous plus cinglants les uns que les autres, X men, le Commencement tend Ă  susciter une certaine rĂ©flexion sous le profil galvaudĂ© d'Erick. Sur sa rancune engagĂ©e dans la vengeance froide et la quĂŞte du pouvoir sournoisement influencĂ© vers l'alchimie du Mal. Sur la dualitĂ© universelle du choix inhĂ©rent de notre voie interne scindĂ©e entre le Bien et le Mal, Ă  l'image mĂ©taphorique du syndrome de Jekyll et HydePar le personnage de Henry McCoy / Le Fauve reniant ses origines et sa difformitĂ©, c'est aussi un message de tolĂ©rance pour le droit Ă  la diffĂ©rence et l'acceptation de soi, sur la facultĂ© de pouvoir refrĂ©ner ses doutes et ses craintes qui nous est illustrĂ© afin de mieux s'affirmer dans une sociĂ©tĂ© Ă©goĂŻste et conformiste. ScandĂ© de façon subtilement Ă©pique d'un score musical intense fignolĂ© par Henry Jackman, X men, le Commencement est un spectacle grandiose teintĂ© de lyrisme dans sa densitĂ© psychologique qui rend honneur et sacralise le mythe souverain du super-hĂ©ros rĂ©pudiĂ©. 

Dédicace à Luke Mars (spécialiste de l'esprit Marvel Comics. Voir ci-dessous).
http://darkdeadlydreamer.blogspot.com/2011/10/x-men-first-class-de-matthew-vaughn.html

26.10.11
Bruno Matéï


vendredi 21 octobre 2011

Territoires. Prix du Meilleur Thriller, BIFF 2010.


de Olivier Abbou. 2010. France/Canada. 1h35. Avec Roc LaFortune, Sean Devine, Nicole Leroux, Cristina Rosato, Michael Mando, Alex Weiner, Stephen Shellen, Tim Rozon.

Sortie en salles en France le 8 Juin 2011. 

FILMOGRAPHIE: Olivier Abbou est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste français, nĂ© le 21 Mars 1973 Ă  Colmar. 1997: Un jour de plus. 1999: Clin d'oeil. 2000: Le Tombeur. 2003: Manon. 2007: Madame Hollywood (sĂ©rie TV). 2010: Territoires. 2011: Yes, we can ! (tĂ©lĂ©-film).

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"Pour moi, la vie c'est apprendre à mourir, c'est ce que la hache représente. Il faut savoir trancher les liens qui nous retiennent à la vie avant que la mort nous y oblige."
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RĂ©compensĂ© Ă  Bruxelles mais passĂ© inaperçu lors de sa discrète sortie en salles, le premier long-mĂ©trage du français Olivier Abbou est un Ă©lectro-choc comme on en endure rarement dans l'hexagone. Car effroyablement dĂ©rangeant, âpre et oppressant, cette descente aux enfers jusqu'au-boutiste stigmatise les pratiques barbares d'une AmĂ©rique paranoĂŻaque et xĂ©nophobe, adepte de la torture pour dĂ©prĂ©cier ses prĂ©sumĂ©s coupables du terrorisme post 11 Septembre. Le pitchAprès avoir assistĂ© Ă  un mariage familial au Canada, un groupe d'amis s'engage dans une route forestière des Etats-Unis pour rejoindre leur bercail. Au milieu d'un sentier, deux douaniers en service leur dĂ©crète de stopper leur vĂ©hicule pour prĂ©senter leur papier. Les cinq individus d'origine Ă©trangère sont rapidement accusĂ©s de terrorisme et vont vivre la plus cauchemardesque des situations faite d'humiliations et de sĂ©vices corporels. Au premier abord, Territoires a tout du traditionnel tortur'porn agencĂ© au survival lorsque cinq modestes citadins se retrouvent sĂ©questrĂ©s, humiliĂ©s et torturĂ©s par deux bouseux, anciens soldats de la guerre du Golfe ayant exercer des interrogatoires drastiques sur des prisonniers islamistes du camp de Guatanamo. Ce qui frappe d'emblĂ©e Ă  la vue de ce shocker très Ă©prouvant, c'est son rĂ©alisme insupportable Ă©manant de situations toutes plus humiliantes les unes que les autres, ainsi que la qualitĂ© indĂ©niable du casting tout en sobriĂ©tĂ©.
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En prime, pour une première rĂ©alisation, Olivier Abbou s'alloue d'une Ă©tonnante maĂ®trise technique de par le maniement d'une camĂ©ra plongĂ©e au coeur d'une forĂŞt clairsemĂ©e. La photographie dĂ©saturĂ©e et blafarde au grain prononcĂ© va Ă©galement alimenter son sentiment anxiogène et suffocant proche du malaise pour saisir le spectateur. De manière inspirĂ© et rigoureuse, le rĂ©alisateur illustre donc avec verdeur le calvaire quotidien d'une poignĂ©e d'innocents en situation de claustration. Constamment interrogĂ©s par deux tyrans extrĂ©mistes, les humiliations rĂ©currentes de tortures physiques mais surtout psychologiques infligĂ©es sur eux nous entraĂ®nent au coeur d'un enfer bien rĂ©el. Car Ă  travers ce kidnapping d'aimables quidams, faute de leur physique basanĂ©, Olivier Abbou Ă©tablit un parallèle avec les conditions de vie de prisonniers islamistes accusĂ©s de terrorisme et envoyĂ©s dans le camp de Guantanamo. Une base navale du sud-ouest de Cuba justifiĂ©e par le prĂ©sident George W. Bush oĂą des sĂ©vices barbares leur ont Ă©tĂ© administrĂ©s par des soldats amĂ©ricains vindicatifs, orduriers, pour ne pas dire cyniques. Si bien que leurs aveux forcĂ©s furent souvent confessĂ©s sous la contrainte d'une violence aussi sordide qu'intolĂ©rable. Ainsi, Ă  travers le portrait dĂ©risoire de ces deux rednecks esseulĂ©s au fin fond d'une AmĂ©rique profonde,  l'Ă©cho d'un climat insĂ©curitaire de tout un pays effrayĂ© par sa paranoĂŻa collective s'y avère tacite après que les attentats du 11 septembre frappèrent de plein fouet leur activitĂ© Ă©conomique.


C'est en prioritĂ© ce sous-texte politique implacable qui exacerbe le rĂ©alisme brutal de sa narration. Un drame frigide oĂą l'horreur inhumaine dĂ©ploie toute son arrogance et sa rancune Ă  daigner assĂ©ner sa haine raciale sur des quidams de nationalitĂ© Ă©trangère accoutrĂ©es d'une combinaison orange. Ainsi donc, ce huis-clos de terreur infatigable nous place dans une situation si inconfortable qu'elle semble nous infliger viscĂ©ralement la mĂŞme souffrance psychologique tolĂ©rĂ©e aux victimes. Quand bien mĂŞme la dernière demi-heure s'octroie d'un revirement inopinĂ© auprès de l'intrusion d'un dĂ©tective privĂ© addicte Ă  la drogue dure suite au dĂ©cès de sa fille. L'ambiance diaphane s'avère subitement plus Ă©trange et insolite Ă  travers ce nouveau protagoniste indemnisĂ© pour retrouver nos hĂ©ros rĂ©duits Ă  l'Ă©tat animal. Spoiler !!! Sur fond de philosophie indienne, la destinĂ©e de nos protagonistes semble tracĂ© dans un irrĂ©mĂ©diable no man's land et l'Ă©pilogue rebutant risque sĂ©vèrement d'en dĂ©concerter plus d'un tant il nous laisse amèrement sur le bas cĂ´tĂ© de la chaussĂ©e. Fin du Spoil
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Martyrs.
Solidement interprĂ©tĂ© sans fioriture, rĂ©alisĂ© avec intelligence et d'un Ă©pouvantable nihilisme, Territoires demeure un suspense pĂ©niblement oppressant de par son intensitĂ© abrupte, autant qu'un drame dĂ©sespĂ©rĂ© d'une efficacitĂ© implacable. Sa conclusion rĂ©futant le potentiel happy end salvateur  enfonçant un peu plus le clou dans les cimes du pessimisme si bien que le spectateur y laissera des sĂ©quelles morales sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique de fin ! Oeuvre choc remarquable d'humilitĂ© empathique pour les suspects prĂ©sumĂ©s, Territoires transcende le genre horrifique avec un rĂ©alisme proche du documentaire.

Récompense: Prix du Meilleur Thriller au BIFF de Bruxelles en 2010.

21.10.11
Bruno 

Note (info wilkipedia):
Le camp de Guantanamo se trouve sur la base navale de la baie de guantanamo dans le sud-est de Cuba. Dans ce centre de détention militaire de haute sécurité, sont détenues des personnes qualifiées de "combattant illégal", capturées par l'armée américaine dans les différentes opérations qu'elle mène à l'étranger (Afghanistan, Irak, etc.) contre des millitants et "terroristes islamistes". Le choix de ce centre situé à Cuba sur une base militaire américaine a été justifié par le président George W. Bush afin de fonder juridiquement la décision de refuser de soumettre les détenus au système judiciaire fédéral américain, prenant appui sur l'extra-territorialité de la base.

Le 16 nomvembre 2008, Barack Obama, alors président-élu, a confirmé son intention de fermer le camp. Mais cette fermeture pose en particulier des problèmes de nature juridique comme le fait que des aveux ont été obtenus "sous contrainte", créant ainsi un vice de procédure, ce qui pourrait conduire la justice américaine à libérer des condamnés, dont au moins un, Khalid Cheikh Mohammed, a été jugé responsable des attentats du 11 septembre 2001. Le 22 Janvier 2009, Obama a signé un décret présidentiel ordonnant la fermeture du camp dans un délai d'un an. La prison de heute sécurité de la petite ville de Thomson dans l'Illinois, construite en 2001, mais dont les 2800 cellules ne sont pas toutes remplies, va être achetée par l'Etat fédéral. De nombreuses difficultés, tant politiques qu'administratives et juridiques, entravent la réalisation de la fermeture du camp de Guantanamo qui compte toujours 176 prisonniers en août 2010.



jeudi 20 octobre 2011

HELLRAISER 2: LES ECORCHES (Hellbound: Hellraiser 2). Version Non Censurée.

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de Tony Randel. 1988. U.S.A. 1h43. Avec Clare Higgins, Ashley Laurence, Kenneth Cranham, Imogen Boorman, Sean Chapman, William Hope, Doug Bradley, Barbie Wilde, Simon Bamford, Nicholas Vince.

Sortie en salles en France le 5 Juillet 1989. U.S.A: 23 DĂ©cembre 1988.

FILMOGRAPHIE: Tony Randel est un réalisateur, scénariste et monteur américain né le 29 Mai 1956. Il est parfois crédit sous le nom de Anthony Randel. 1985: Def-Con 4. 1988: Hellraiser 2. 1992: Inside Out 2. Amityville 1993. 1993: Ticks. 1995: North Star: la légende de Ken le Survivant. 1996: Confiance Aveugle. 1996: Morsures. 1998: Assignment Berlin. 2007: The Double Born.


Un an après le succès de Hellraiser, c'est au rĂ©alisateur novice Tony Randel de succĂ©der Ă  Clive Barker pour façonner la suite des aventures de Pinhead et ses acolytes. D'après un scĂ©nario de Peter Atkins, Kirsty, survivante du premier volet, est placĂ©e dans un institut psychiatrique gĂ©rĂ© par le Docteur Channard. Ce mĂ©decin fascinĂ© par le monde occulte des tĂ©nèbres fait infliger Ă  certains de ses sujets diverses tortures qu'ils pratiquent eux mĂŞmes sur leur corps scarifiĂ©. Grâce au matelas ensanglantĂ© sur lequel mourut Julia, un de ses patients est immolĂ© pour pouvoir subvenir Ă  sa renaissance. Après ses longues recherches sur l'origine du cube malĂ©fique, Channard exploite une jeune fille autiste afin de pouvoir dĂ©chiffrer ses secrets. Pendant ce temps, Kirsty reçoit un message de l'au-delĂ  lui sollicitant de sauver son père prisonnier de l'enfer. 


On ne peut pas dire que la carrière de Tony Randel soit un exemple de rĂ©ussites probantes dans le domaine du cinĂ©ma de genre. Pourtant, en 1988, il rĂ©alise avec ce deuxième mĂ©trage sa plus ambitieuse rĂ©ussite en s'appropriant de l'univers SM de Hellraiser. Une suite respectueuse dans le sens oĂą elle reprend la continuitĂ© des tragiques Ă©vènements survenus au prĂ©alable ainsi que le cheminement Ă©volutif des survivants. Cette fois, Kirsty (la fille de Franck), est soignĂ©e dans un centre psychiatrique suite Ă  son traumatisme subi par la confrĂ©rie de Pinhead. EpaulĂ©e d'une jeune patiente autiste, elles vont s'allier pour faire face Ă  la nouvelle menace des cĂ©nobites et se retrouver projetĂ©es dans un dĂ©dale de l'enfer. Le prologue illustrant le profil pervers d'un mĂ©decin obsĂ©dĂ© par la souffrance et l'agonie nous permet d'assister Ă  quelques moments glauques du plus rĂ©pugnant effet. Des malades moribonds et paranos, faute de prises de drogues hallucinogènes, sont enfermĂ©s dans les geĂ´les des sous-sols de l'institut pour s'infliger quotidiennement des tortures innommables. Mais le clou du spectacle dĂ©viant est sans conteste cette sĂ©quence maladive auquel un schizophrène se retrouve invitĂ© dans la demeure familiale de Channard. Par son influence perfide, le cobaye Ă  demi-nu nous laisse transparaĂ®tre un corps malingre lardĂ© de plaies et contusions.


Souffrant de visions infernales de lombrics et asticots lui grignotant la chair, il se mutile Ă  nouveau le torse en se lacĂ©rant des coups de rasoir. Une sĂ©quence viscĂ©rale d'une rare violence et d'une audace si malsaine que la censure de l'Ă©poque ne manquera pas de l'Ă©clipser pour sa diffusion en salles (mais aussi plus tard en dvd dans notre pays hexagonal). Quand Ă  la rĂ©surrection de Julia, cadavre dĂ©charnĂ© en proie Ă  la renaissance corporelle, la poĂ©sie morbide qui y Ă©mane donne lieu Ă  des moments de sensualitĂ© baroque lorsqu'elle dĂ©cide de s'embaumer le corps de bandelettes Ă  l'instar d'une momie.
La suite ambitieuse et Ă©pique est une exploration au cĹ“ur des enfers rĂ©gi par LĂ©viathan. Une bataille sans merci nous est donc livrĂ© entre Kirsty, Tiffany, les CĂ©nobites et notre nouveau duo mĂ©galo formĂ© par Julia et Channard. Ces sĂ©quences irrĂ©elles parfois dĂ©cousues permettent tout de mĂŞme de dĂ©ployer un florilège de sĂ©quences cauchemardesques Ă  l'inventivitĂ© formelle (couloirs interminables et dĂ©dales sans destination abritant des crĂ©atures hideuses). De surcroĂ®t, nous en saurons un peu plus sur le passĂ© du leader Pinhead ainsi que ces comparses autrefois humains. Et de manière couillu, le rĂ©alisateur n'hĂ©sitera pas Ă  les malmener pour les destituer de leur omnipotence avec un rival aussi orgueilleux. Justement, l'aspect le plus ludique sera cette fois-ci Ă©tabli au profit du praticien Channard, crĂ©ature tentaculaire inspirĂ©e de l'univers de Lovecraft. Un mutant humain avide de consĂ©cration et de dĂ©fiance pour se mesurer Ă  la stature de Leviathan, monolithe souverain aux pouvoirs Ă©sotĂ©riques impĂ©nĂ©trables.


Spectacle baroque et dĂ©bridĂ© dĂ©ployant avec une imagination fertile un univers aussi fantasmagorique que tĂ©nĂ©breux, Hellraiser 2 peut se targuer d'ĂŞtre la meilleure suite d'une saga inĂ©gale toujours plus mercantile. Hormis l'aspect anarchique d'une narration redondante dans ces incessants va-et-vient entre l'au-delĂ  et la terre, ce divertissement hardgore (du moins en version Uncut !) affiche une ambition horrifique encore plus extravagante et effrontĂ©e que son modèle.  

* Bruno
07.01.19. 3èx
20.10.11.