vendredi 21 octobre 2011

Territoires. Prix du Meilleur Thriller, BIFF 2010.


de Olivier Abbou. 2010. France/Canada. 1h35. Avec Roc LaFortune, Sean Devine, Nicole Leroux, Cristina Rosato, Michael Mando, Alex Weiner, Stephen Shellen, Tim Rozon.

Sortie en salles en France le 8 Juin 2011. 

FILMOGRAPHIE: Olivier Abbou est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste français, nĂ© le 21 Mars 1973 Ă  Colmar. 1997: Un jour de plus. 1999: Clin d'oeil. 2000: Le Tombeur. 2003: Manon. 2007: Madame Hollywood (sĂ©rie TV). 2010: Territoires. 2011: Yes, we can ! (tĂ©lĂ©-film).

.
"Pour moi, la vie c'est apprendre à mourir, c'est ce que la hache représente. Il faut savoir trancher les liens qui nous retiennent à la vie avant que la mort nous y oblige."
.
RĂ©compensĂ© Ă  Bruxelles mais passĂ© inaperçu lors de sa discrète sortie en salles, le premier long-mĂ©trage du français Olivier Abbou est un Ă©lectro-choc comme on en endure rarement dans l'hexagone. Car effroyablement dĂ©rangeant, âpre et oppressant, cette descente aux enfers jusqu'au-boutiste stigmatise les pratiques barbares d'une AmĂ©rique paranoĂŻaque et xĂ©nophobe, adepte de la torture pour dĂ©prĂ©cier ses prĂ©sumĂ©s coupables du terrorisme post 11 Septembre. Le pitchAprès avoir assistĂ© Ă  un mariage familial au Canada, un groupe d'amis s'engage dans une route forestière des Etats-Unis pour rejoindre leur bercail. Au milieu d'un sentier, deux douaniers en service leur dĂ©crète de stopper leur vĂ©hicule pour prĂ©senter leur papier. Les cinq individus d'origine Ă©trangère sont rapidement accusĂ©s de terrorisme et vont vivre la plus cauchemardesque des situations faite d'humiliations et de sĂ©vices corporels. Au premier abord, Territoires a tout du traditionnel tortur'porn agencĂ© au survival lorsque cinq modestes citadins se retrouvent sĂ©questrĂ©s, humiliĂ©s et torturĂ©s par deux bouseux, anciens soldats de la guerre du Golfe ayant exercer des interrogatoires drastiques sur des prisonniers islamistes du camp de Guatanamo. Ce qui frappe d'emblĂ©e Ă  la vue de ce shocker très Ă©prouvant, c'est son rĂ©alisme insupportable Ă©manant de situations toutes plus humiliantes les unes que les autres, ainsi que la qualitĂ© indĂ©niable du casting tout en sobriĂ©tĂ©.
.

En prime, pour une première rĂ©alisation, Olivier Abbou s'alloue d'une Ă©tonnante maĂ®trise technique de par le maniement d'une camĂ©ra plongĂ©e au coeur d'une forĂŞt clairsemĂ©e. La photographie dĂ©saturĂ©e et blafarde au grain prononcĂ© va Ă©galement alimenter son sentiment anxiogène et suffocant proche du malaise pour saisir le spectateur. De manière inspirĂ© et rigoureuse, le rĂ©alisateur illustre donc avec verdeur le calvaire quotidien d'une poignĂ©e d'innocents en situation de claustration. Constamment interrogĂ©s par deux tyrans extrĂ©mistes, les humiliations rĂ©currentes de tortures physiques mais surtout psychologiques infligĂ©es sur eux nous entraĂ®nent au coeur d'un enfer bien rĂ©el. Car Ă  travers ce kidnapping d'aimables quidams, faute de leur physique basanĂ©, Olivier Abbou Ă©tablit un parallèle avec les conditions de vie de prisonniers islamistes accusĂ©s de terrorisme et envoyĂ©s dans le camp de Guantanamo. Une base navale du sud-ouest de Cuba justifiĂ©e par le prĂ©sident George W. Bush oĂą des sĂ©vices barbares leur ont Ă©tĂ© administrĂ©s par des soldats amĂ©ricains vindicatifs, orduriers, pour ne pas dire cyniques. Si bien que leurs aveux forcĂ©s furent souvent confessĂ©s sous la contrainte d'une violence aussi sordide qu'intolĂ©rable. Ainsi, Ă  travers le portrait dĂ©risoire de ces deux rednecks esseulĂ©s au fin fond d'une AmĂ©rique profonde,  l'Ă©cho d'un climat insĂ©curitaire de tout un pays effrayĂ© par sa paranoĂŻa collective s'y avère tacite après que les attentats du 11 septembre frappèrent de plein fouet leur activitĂ© Ă©conomique.


C'est en prioritĂ© ce sous-texte politique implacable qui exacerbe le rĂ©alisme brutal de sa narration. Un drame frigide oĂą l'horreur inhumaine dĂ©ploie toute son arrogance et sa rancune Ă  daigner assĂ©ner sa haine raciale sur des quidams de nationalitĂ© Ă©trangère accoutrĂ©es d'une combinaison orange. Ainsi donc, ce huis-clos de terreur infatigable nous place dans une situation si inconfortable qu'elle semble nous infliger viscĂ©ralement la mĂŞme souffrance psychologique tolĂ©rĂ©e aux victimes. Quand bien mĂŞme la dernière demi-heure s'octroie d'un revirement inopinĂ© auprès de l'intrusion d'un dĂ©tective privĂ© addicte Ă  la drogue dure suite au dĂ©cès de sa fille. L'ambiance diaphane s'avère subitement plus Ă©trange et insolite Ă  travers ce nouveau protagoniste indemnisĂ© pour retrouver nos hĂ©ros rĂ©duits Ă  l'Ă©tat animal. Spoiler !!! Sur fond de philosophie indienne, la destinĂ©e de nos protagonistes semble tracĂ© dans un irrĂ©mĂ©diable no man's land et l'Ă©pilogue rebutant risque sĂ©vèrement d'en dĂ©concerter plus d'un tant il nous laisse amèrement sur le bas cĂ´tĂ© de la chaussĂ©e. Fin du Spoil
.

Martyrs.
Solidement interprĂ©tĂ© sans fioriture, rĂ©alisĂ© avec intelligence et d'un Ă©pouvantable nihilisme, Territoires demeure un suspense pĂ©niblement oppressant de par son intensitĂ© abrupte, autant qu'un drame dĂ©sespĂ©rĂ© d'une efficacitĂ© implacable. Sa conclusion rĂ©futant le potentiel happy end salvateur  enfonçant un peu plus le clou dans les cimes du pessimisme si bien que le spectateur y laissera des sĂ©quelles morales sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique de fin ! Oeuvre choc remarquable d'humilitĂ© empathique pour les suspects prĂ©sumĂ©s, Territoires transcende le genre horrifique avec un rĂ©alisme proche du documentaire.

Récompense: Prix du Meilleur Thriller au BIFF de Bruxelles en 2010.

21.10.11
Bruno 

Note (info wilkipedia):
Le camp de Guantanamo se trouve sur la base navale de la baie de guantanamo dans le sud-est de Cuba. Dans ce centre de détention militaire de haute sécurité, sont détenues des personnes qualifiées de "combattant illégal", capturées par l'armée américaine dans les différentes opérations qu'elle mène à l'étranger (Afghanistan, Irak, etc.) contre des millitants et "terroristes islamistes". Le choix de ce centre situé à Cuba sur une base militaire américaine a été justifié par le président George W. Bush afin de fonder juridiquement la décision de refuser de soumettre les détenus au système judiciaire fédéral américain, prenant appui sur l'extra-territorialité de la base.

Le 16 nomvembre 2008, Barack Obama, alors président-élu, a confirmé son intention de fermer le camp. Mais cette fermeture pose en particulier des problèmes de nature juridique comme le fait que des aveux ont été obtenus "sous contrainte", créant ainsi un vice de procédure, ce qui pourrait conduire la justice américaine à libérer des condamnés, dont au moins un, Khalid Cheikh Mohammed, a été jugé responsable des attentats du 11 septembre 2001. Le 22 Janvier 2009, Obama a signé un décret présidentiel ordonnant la fermeture du camp dans un délai d'un an. La prison de heute sécurité de la petite ville de Thomson dans l'Illinois, construite en 2001, mais dont les 2800 cellules ne sont pas toutes remplies, va être achetée par l'Etat fédéral. De nombreuses difficultés, tant politiques qu'administratives et juridiques, entravent la réalisation de la fermeture du camp de Guantanamo qui compte toujours 176 prisonniers en août 2010.



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire