de Juan Carlos Medina. 2012. France/Espagne. 1h45. Avec Alex BrendemĂĽhl, Irene MontalĂ , Derek de Lint, Tomas Lemarquis, Juan Diego.
Sorties salles France: 10 Octobre 2012. Espagne: 1er Février 2013
FILMOGRAPHIE: Juan Carlos Medina est un scénariste et réalisateur né en 1977 à Miami, en Floride. 1999: Trinidad (court-métrage). 2001: Rage (court-métrage). 2003: Mauvais jour. 2012: Insensibles
Violent rĂ©quisitoire contre le rĂ©gime franquiste qui perdura de 1939 Ă 1977, Insensibles s’impose comme le premier coup de maĂ®tre d’un cinĂ©aste engagĂ©, dĂ©cidĂ© Ă dĂ©noncer le despotisme hĂ©ritĂ© de la guerre d’Espagne. Ă€ partir d’une histoire d’enfants enlevĂ©s, martyrisĂ©s et sĂ©questrĂ©s dans de sordides cellules, parce qu’affligĂ©s d’un mal inconnu (ils ne ressentent ni douleur physique ni souffrance morale), le film nous entraĂ®ne dans leur calvaire avec une âpretĂ© rĂ©aliste. En parallèle, par un jeu de flash-back incessants entre passĂ© et prĂ©sent, une Ă©nigme tortueuse se dĂ©ploie autour d’un neurochirurgien en quĂŞte d’identitĂ©. Après avoir perdu le contrĂ´le de son vĂ©hicule en compagnie de sa femme enceinte, David se rĂ©veille Ă l’hĂ´pital : elle n’a pas survĂ©cu, mais le nourrisson, lui, a Ă©tĂ© sauvĂ©. FoudroyĂ© par un cancer, il entreprend en dĂ©sespoir de cause de retrouver ses parents biologiques pour une greffe. Ce cheminement jonchĂ© d’interrogations le conduit Ă remonter le temps, Ă exhumer le traitement inhumain infligĂ© Ă ses gĂ©niteurs et Ă interroger la part de responsabilitĂ© de ses parents adoptifs.
Ă€ travers deux intrigues parallèles parfaitement imbriquĂ©es, Juan Carlos Medina choisit une dĂ©marche baroque, originale, pour illustrer le sort rĂ©servĂ© aux enfants martyrs. Parce qu’ils sont condamnĂ©s Ă ne pas ressentir la douleur, un mĂ©decin nazi entreprend de les transformer en cobayes pour servir une race supĂ©rieure destinĂ©e Ă dominer le monde (thème dĂ©jĂ abordĂ© par Franklin J. Schaffner dans l’audacieux Ces garçons qui venaient du BrĂ©sil). Dans l’humanisme dĂ©sespĂ©rĂ© de cette innocence crucifiĂ©e par le fascisme, Insensibles devient une Ă©preuve de force que le spectateur subit pas Ă pas, contraint de sonder ses abĂ®mes. Figure centrale, l’enfant monstre mutique incarne toutes les souffrances : engendrĂ© par le conservatisme des nationalistes, conditionnĂ© Ă infliger les pires tortures aux otages anarchistes, il symbolise une enfance dĂ©chue, livrĂ©e Ă la dĂ©chĂ©ance. Ă€ travers son destin martyr, le rĂ©alisateur interroge la violence Ă©ducative, la discipline autoritaire, l’intolĂ©rance, et la manière dont certains enfants, dès l’aube de leur vie, reproduisent les effets dĂ©lĂ©tères de la haine. Derrière cette rĂ©flexion se dessine la quĂŞte identitaire de l’enfant en gestation, et son besoin instinctif d’amour maternel, seul rempart possible au sein de la cellule familiale.
Chronique de la douleur.
Superbement Ă©crit Ă travers une intrigue foisonnante, Insensibles est un chemin de croix hypnotique dont la rudesse psychologique fera chanceler plus d’un spectateur. MĂ©taphore de l’endoctrinement du mal, Ĺ“uvre humaniste profondĂ©ment dĂ©sespĂ©rĂ©e, cri d’alarme pour la postĂ©ritĂ© des enfants martyrisĂ©s. Si son rĂ©alisme cru se rĂ©vèle parfois insoutenable, Medina a l’intelligence de recourir au hors-champ pour Ă©luder la violence la plus ignoble (les tortures infligĂ©es aux partisans). Il demeure pourtant impossible de sortir indemne d’une Ĺ“uvre aussi abrupte, presque antipathique et bouleversante, fustigeant la candeur la plus sacrĂ©e : l’enfance violĂ©e.
Public averti
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
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