jeudi 30 mai 2013

Blue Velvet. Grand Prix Ă  Avoriaz,1987.

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site mhd-heaven.blogspot.com

de David Lynch. 1986. U.S.A. 2h01. Avec Isabella Rossellini, Kyle MacLachlan, Dennis Hopper, Laura Dern, Hope Lange, Dean Stockwell.

Sortie salles France: 21 Janvier 1987

FILMOGRAPHIE: David Lynch est un réalisateur, photographe, musicien et peintre américain, né le 20 Janvier 1946 à Missoula, dans le Montana, U.S.A. 1976: Eraserhead. 1980: Elephant Man. 1984: Dune. 1986: Blue Velvet. 1990: Sailor et Lula. 1992: Twin Peaks. 1997: Lost Highway. 1999: Une Histoire Vraie. 2001: Mulholland Drive. 2006: Inland Empire. 2012: Meditation, Creativity, Peace (documentaire).

PlongĂ©e introspective dans les entrailles des tĂ©nèbres dissimulĂ©es sous l’apparence tranquille d’une bourgade bucolique, Blue Velvet est une expĂ©rience inclassable au pouvoir de fascination imparable. AurĂ©olĂ© du Grand Prix Ă  Avoriaz en 1987, ce diamant noir Ă  l’aura hermĂ©tique nous projette dans un univers malsain oĂą stupre et SM viennent peu Ă  peu corrompre un jeune garçon attisĂ© par le mystère et le voyeurisme.

Synopsis: Après la dĂ©couverte d’une oreille humaine dans un champ, Jeffrey dĂ©cide de mener sa propre enquĂŞte afin d’en identifier le propriĂ©taire. Sa curiositĂ©, mĂŞlĂ©e Ă  une attirance pour l’inconnu, le conduit dans l’appartement d’une chanteuse de cabaret, sĂ©questrĂ©e et violentĂ©e par un psychopathe d’une cruautĂ© sans limites.

En empruntant le schĂ©ma classique du film noir, David Lynch s’impose ici en crĂ©ateur d’univers parallèles, oĂą le Bien et le Mal infiltrent le cĹ“ur de n’importe quelle bourgade urbaine. Ă€ travers l’investigation d’un voyeur juvĂ©nile attirĂ© par le Mal, Blue Velvet nous immerge par l’ornière d’une serrure, dĂ©voilant un monde sordide oĂą sexe et violence galvaudent l’Ă©thique de victimes soumises. Cette fascination pour la dĂ©bauche et la corruption nous renvoie inexorablement Ă  notre propre conscience existentielle : le Bien et le Mal sont instinctivement connectĂ©s Ă  notre rĂ©tine cĂ©rĂ©brale. Lynch convoque l’instinct primitif de l’ĂŞtre humain et sa dĂ©gĂ©nĂ©rescence potentielle lorsqu’il franchit les frontières de la moralitĂ©, car le monde est enracinĂ© dans la cruautĂ©. 

Avec une originalitĂ© sans Ă©gale, le cinĂ©aste bouscule le spectateur par une mise en scène expĂ©rimentale en perpĂ©tuelle mutation. Il utilise comme prĂ©texte une intrigue criminelle - un kidnapping et la dĂ©couverte insolite d’une oreille coupĂ©e - pour bâtir un fantastique obscur oĂą le genre demeure insaisissable. Ă€ travers ses dĂ©cors baroques, ses chansons rĂ©tro, sa mĂ©lodie envoĂ»tante et surtout la dimension nĂ©vrosĂ©e de ses personnages, Blue Velvet suggère un fantastique Ă©thĂ©rĂ©, profondĂ©ment psychologique. Sa structure narrative alterne sans cesse les tonalitĂ©s, opposant le monde obscur de la perversion - la confrĂ©rie Ă©trange de Frank et de ses sbires - Ă  celui, salvateur, de l’innocence, incarnĂ© par l’idylle naissante entre Jeffrey et Sandy.

Ce fantastique baroque culmine dans l’excentricitĂ© psychotique de Frank, mafieux sans vergogne, imbibĂ© de drogue et d’alcool, entourĂ© de sbires tout aussi dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s. Dennis Hopper livre ici son interprĂ©tation la plus effrontĂ©e : transi de dĂ©mence, il extĂ©riorise pulsions sexuelles et violence incontrĂ´lĂ©e, martyrisant son otage avec une errance aussi dĂ©rangeante qu’Ă©prouvante. PlongĂ©e dans la soumission et le dĂ©sarroi, Isabella Rossellini suscite une empathie douloureuse, retransmettant avec fragilitĂ©, Ă©motion et rancĹ“ur la condition d’une femme soumise, compromise par un penchant masochiste. Kyle MacLachlan, enfin, incarne avec sobriĂ©tĂ© et ambivalence un voyeur espionnĂ© par ses propres dĂ©sirs, attirĂ© par la perversion mais rattrapĂ© par le remords et l’affection.


"Un monde étrange."
Chef-d’Ĺ“uvre mĂ©taphorique sur le simulacre et l’instinct cruel de l’existence, rĂ©flexion troublante sur l’emprise de la perversion, Blue Velvet demeure un moment de cinĂ©ma fascinant, d’une Ă©trangetĂ© hypnotique. Une plongĂ©e endogène dans les mĂ©andres du Mal, mais aussi une catharsis sur la rĂ©demption par l’amour. Avec une puissance Ă©vocatrice et une Ă©motion candide, le film s’Ă©rige en exorcisme face Ă  nos dĂ©mons internes, combat quotidien pour la conquĂŞte fragile de la quiĂ©tude.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

30.05.13. 4èx

RĂ©compenses: Meilleur rĂ©alisateur et meilleur second rĂ´le masculin pour Dennis Hopper, lors des Los Angeles Film Critics Association Awards en 1986.
Meilleur acteur pour Dennis Hopper, lors du Festival des films du monde de MontrĂ©al en 1986.
Meilleur film et meilleure photographie, lors du Festival international du film de Catalogne en 1986.
Grand Prix au Festival d'Avoriaz en 1987.
Meilleur film, meilleur rĂ©alisateur, meilleure photographie et meilleur second rĂ´le masculin pour Dennis Hopper, lors des Boston Society of Film Critics Awards en 1987.
Meilleur film étranger, lors des Fotogramas de Plata (Espagne) en 1987.
Meilleure actrice pour Isabella Rossellini, lors des Film Independent's Spirit Awards en 1987.
Meilleur film Ă©tranger, lors des Joseph Plateau Awards (Belgique) en 1987.
Meilleur film, meilleur rĂ©alisateur, meilleure photographie et meilleur second rĂ´le masculin pour Dennis Hopper lors des National Society of Film Critics Awards en 1987.




mardi 28 mai 2013

Phenomena

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site stuffpoint.com

de Dario Argento. 1985. Italie. 1h49. Avec Jennifer Connelly, Donald Pleasance, Daria Nicolodi, Patrick Bauchau, Dalila Di Lazzaro.

FILMOGRAPHIE: Dario Argento est un réalisateur et scénariste italien né le 7 septembre 1940, à Rome (Italie).
1969: l'Oiseau au plumage de Cristal, 1971: Le Chat à 9 queues, Quatre mouches de velours gris, 1973: 5 Jours à Milan, 1975: Les Frissons de l'Angoisse, 1977: Suspiria, 1980: Inferno, 1982: Ténèbres, 1985: Phenomena, 1987: Opera, 1990: 2 yeux Maléfiques, 1993: Trauma, 1996: Le Syndrome de Stendhal, 1998: Le Fantome de l'Opéra, 2001: Le Sang des Innocents,2004: Card Player, 2005: Aimez vous Hitchcock ?, 2005: Jennifer (épis Masters of Horror, sais 1), 2006: J'aurai leur peau (épis Masters of Horror, sais 2), 2006: Mother of Tears, 2009: Giallo, 2011: Dracula 3D.


 "Le cygne noir d’Argento : un poème d’insectes et de sang".
Dernière pièce maĂ®tresse du maestro Ă  ce jour, Phenomena est un voyage onirique au pays des songes, sous l’allĂ©geance d’insectes mentors. Sous-estimĂ© lors de sa sortie en 1985, notamment Ă  cause de l’utilisation belliqueuse d’une bande-son parfois hard rock, ce trip fĂ©erique s’avère une clef de voĂ»te du fantastique contemporain, transcendĂ©e par la virtuositĂ© d’une mise en scène clipesque et par l’interprĂ©tation candide de la divine Jennifer Connelly. Du haut de ses quatorze ans, l’actrice nĂ©ophyte (rĂ©vĂ©lĂ©e un an plus tĂ´t sous l’omnipotence de Leone dans Il Ă©tait une fois en AmĂ©rique) parvient, par sa prĂ©sence gracieuse, Ă  vĂ©hiculer une aura trouble, Ă  la mesure de son don surnaturel pour dialoguer avec les insectes. Si le scĂ©nario semblait, de prime abord, grotesque et Ă©culĂ©, Dario Argento rĂ©ussit, avec une ambition d’auteur, Ă  juxtaposer merveilleux et horreur sous l’entremise d’un giallo hybride. Imaginez une seconde qu’une simple mouche puisse dĂ©busquer la tanière d’un tueur misogyne, sous l’investigation d’une adolescente tĂ©lĂ©pathe, somnambule de surcroĂ®t ! Sur le papier, l’idĂ©e prĂŞte Ă  sourire, voire Ă  railler. Pourtant, avec une ambition formelle dĂ©ployant un florilège d’images fastueuses, le maestro Ă©labore des sĂ©quences oniriques d’une poĂ©sie renversante, qui nous happent dans un trip merveilleux, semi-cauchemardesque (toutes les sĂ©quences expĂ©rimentales liĂ©es Ă  l’hypnose de Jennifer !). 
 
 
Tant et si bien qu’Argento n’oublie jamais de conjuguer suspense intense (l'inoubliable prologue meurtrier au souffle macabre, l’embuscade de Jennifer dans la demeure du tueur puis sa traque vers le lac) et frissons sanglants, avec des meurtres stylisĂ©s, acĂ©rĂ©s — Ă  l’instar de cette tĂŞte tranchĂ©e dĂ©valant la pente d’une cascade vertigineuse !

Pour autant, Phenomena n’est pas une rĂ©ussite parfaite, lestĂ©e de quelques incohĂ©rences narratives (l’inconscience de Jennifer, trop aisĂ©ment embarquĂ©e dans une investigation criminelle sous les conseils d’un entomologiste infaillible, puis son insouciance Ă  accepter l’hĂ©bergement d’une enseignante castratrice) et d’un jeu parfois caricatural chez certains seconds rĂ´les (l’inspecteur de routine, transparent, et l’amie de Jennifer, maladroitement naĂŻve). En dĂ©pit de ses failles — Ă  l’image de cette musique hard rock, dĂ©stabilisante — cette Ĺ“uvre charnelle ne cesse de nous envoĂ»ter par son Ă©lĂ©gance immaculĂ©e (photo limpide, baignĂ©e de nĂ©ons azur et laiteux) et par son audace, presque surrĂ©elle, Ă  nous rĂ©vĂ©ler l’univers secret des insectes tĂ©lĂ©pathes. Pour parachever le tout, impossible de passer sous silence la façon dont Argento transcende la beautĂ© surnaturelle d’une nature vernale en clair-obscur (la Transylvanie suisse !), et le rĂ´le majeur qu’il confère Ă  l’impĂ©tuositĂ© du vent, acteur invisible, modèle Ă©thĂ©rĂ©, souffle ensorcelant.
 

"Phenomena ou le chant d’une nature possĂ©dĂ©e".
D’une beautĂ© lascive, presque olfactive, Phenomena est une fĂ©erie macabre, transfigurĂ©e par la candeur d’une adolescente mystique en symbiose avec le monde insecte. ScandĂ©e par l’Ă©loquence chorale des mĂ©lodies de Simonetti, cette Ă©meraude s’Ă©rige en poème naturaliste oĂą l’Ĺ“il et l’oreille du spectateur fusionnent en une conjonction extatique.

*Bruno
28.05.13. 4èx

vendredi 24 mai 2013

Street Trash. Prix Très Spécial Avoriaz,1987.

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Kepster.com

de Jim Muro. 1986. U.S.A. 1h41. Avec Mike Lackey, Bill Chepil, Marc Sferrazza, Jane Arakawa, Nicole Potter, Pat Ryan.

Sortie salles France: 24 Juin 1987

FILMOGRAPHIE: Jim Muro est un réalisateur et scénariste américain, né en 1966 à New-York.
1986: Street Trash


SpĂ©cialiste de la steadycam sur de grosses productions ricaines, Jim Muro rĂ©alisa au prĂ©alable un unique long-mĂ©trage alors qu'il n'Ă©tait âgĂ© que de 19 ans ! Reniant aujourd'hui son film depuis qu'il se serait reconverti dans une secte (d'autres sources Ă©voquent notamment certaines pressions mafieuses qu'il aurait pu subir), Street Trash est un sommet de mauvais goĂ»t au gore festif, rĂ©compensĂ© Ă  juste titre du Prix Très SpĂ©cial Ă  Avoriaz. Le scĂ©nario quasi inexistant demeurant un prĂ©texte afin de dĂ©peindre une galerie de personnages marginaux par l'entremise de clodos et de vĂ©tĂ©rans du vietnam vautrĂ©s dans la dĂ©chĂ©ance, la souillure et l'alcoolisme. Du fond de la cave de son Ă©choppe, un commerçant retrouve une vieille caisse d'alcool frelatĂ© et dĂ©cide de le commercialiser auprès de sa petite clientèle. Cette boisson prĂ©nommĂ©e "Viper" se rĂ©vèle un vĂ©ritable poison mortel pour le consommateur avide d'Ă©motions fortes ! Si bien qu'après l'avoir ingurgitĂ©, les corps des victimes se liquĂ©fient ou explosent sous un dĂ©luge de chairs et de sang polychromes ! Au mĂŞme moment, un flic sans vergogne enquĂŞte sur le meurtre d'une jeune femme retrouvĂ©e nue dans le quartier mal frĂ©quentĂ© des clochards. Gore, violent, insolent et iconoclaste, vĂ©ritable pied de nez au politiquement correct, Street Trash est un sommet de dĂ©rision toujours plus dĂ©viant et malotru. EludĂ© du moindre hĂ©ros redresseur de tort ou de protagonistes altruistes, Street Trash ne fait que mettre en exergue la faune de laissĂ©s-pour-compte co-habitant au sein d'une casse de voiture avec l'accord de son directeur ventripotent. 


Avec sa rĂ©alisation inventive bourrĂ©e d'idĂ©es incongrues et d'effets de camĂ©ra vertigineux coordonnĂ©s par la steadycam, Jim Muro pallie la maigreur de son scĂ©nario par son esthĂ©tisme urbain en dĂ©labrement et une profusion d'effets gores dĂ©complexĂ©s. Les masses corporelles des pauvres clodos infectĂ©s se liquĂ©fiant ou explosant sous un dĂ©luge de couleurs criardes. A titre d'exemple emblĂ©matique, personne ne put omettre le trĂ©pas d'un clochard littĂ©ralement enseveli du fond de sa cuvette de WC après qu'il eut ingurgitĂ© le fameux "Viper". Le pauvre gars tentant en dĂ©sespoir de cause de se raccrocher Ă  la chasse d'eau. Pourvu d'effets spĂ©ciaux Ă©tonnamment soignĂ©s et spectaculaires, la plupart des mises Ă  mort improbables se rĂ©vèlent de belles prouesses techniques et ne cessent de vĂ©hiculer une rĂ©jouissance dĂ©sinhibĂ©e. L'humour noir et l'esprit potache (telle cette improbable partie de foot avec un pĂ©nis !) Ă©tant les maĂ®tres mots du rĂ©alisateur afin de nous compromettre Ă  un spectacle d'improvisation vouĂ© Ă  la transgression. Viol, meurtres, pillages et coups bas Ă©tant le lot quotidien d'une bande de clodos alcoolos incapables de vivre en communautĂ© car toujours plus contraints de se trahir pour la quĂŞte du profit. Alors qu'au mĂŞme moment, l'investigation d'un flic impassible aux mĂ©thodes expĂ©ditives est sur le point d'aboutir ! Si le rythme sporadique peut parfois prĂŞter Ă  une certaine dĂ©faillance, la manière dont Jim Muro nous immerge dans son univers de corruption ne manque pas de nous fasciner et maintient l'intĂ©rĂŞt par son esprit anarchiste d'irrĂ©vĂ©rence et de provocation. Car outre les meurtres gratuits et les viols crapuleux, le vomi et la pisse sont Ă©galement de la partie afin d'y discrĂ©diter l'ennemi rival.


Affreux, sales et méchants
Potache, dĂ©bridĂ©, immoral et violemment trivial, Street Trash s'Ă©rige en authentique film culte et se rĂ©vèle Ă©tonnamment moderne de par son esthĂ©tisme criard (très) proche d'une production Troma  dĂ©ployant Ă  outrance des effets gores jamais vu au prĂ©alable ! Une expĂ©rience glauque filmĂ©e Ă  l'arrache d'un semblant de documentaire mais canalisĂ©e d'une verve ironique proche du cartoon. Une expĂ©rience unique toujours aussi gĂ©niale et insensĂ©e. 

RĂ©compensesPrix Très SpĂ©cial Ă  Avoriaz, 1987
Prix "gore" au rex de Paris, 1987
Corbeau d'Argent au Festival du film fantastique de Bruxelles

*Bruno
21.02.24. 5èx. Vostfr
24.05.13



jeudi 23 mai 2013

Paper House. Grand Prix de l'Etrange Ă  Avoriaz, 1989.

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Zonebis.com

de Bernard Rose. 1988. Angleterre. 1h32. Avec Ben Cross, Charlotte Burke, Jane Bertish, Samantha Cahill, Glenne Headly, Sarah Newbold, Gary Bleasdale.

Sortie salles U.S: 10 Septembre 1988

FILMOGRAPHIE: Bernard Rose est un réalisateur, scénariste, acteur, directeur de photo et monteur britannique, né le 4 Août 1960 à Londres. 1986: Smart Money. 1987: Body Contact. 1988: Paperhouse. 1990: Chicago Joe and the Showgirl. 1992: Candyman. 1994: Ludwig van B. 1997: Anna Karénine. 2000: Ivans xtc. 2005: Snuff Movie. 2008: The Kreutzer Sonata. 2010: Mr Nice. 2011: Two Jacks.


"La force imparable du chef-d'oeuvre est que mĂŞme si on connait la fin, on a toujours autant de plaisir Ă  s'y replonger avec l'Ă©trange impression d'y (re) dĂ©couvrir une oeuvre inĂ©dite." 

Film culte des annĂ©es 80 honteusement inĂ©dit en salles, Paperhouse fit les beaux jours des fantasticophiles qui eurent l'aubaine de le louer auprès de leur vidĂ©o de quartier. Conte initiatique sur la pubertĂ© confrontĂ©e au deuil d'un ĂŞtre cher, le film de Bernard Rose est une denrĂ©e prĂ©cieuse du fantastique contemporain auprès de son improbable pouvoir de fascination en liaison direct avec l'au-delĂ  spirituel. 

Le PitchElève rebelle et chahuteuse au point d'avoir Ă©tĂ© expulsĂ©e d'un cours, Anna  entretient subitement une Ă©trange relation matĂ©rielle avec ses rĂŞves. En dessinant une maison sur une feuille de papier, elle se retrouve plongĂ©e dans un monde parallèle Ă©manant de son autosuggestion. Après avoir appris par son entourage la grave maladie d'un jeune garçon, elle rĂ©ussit Ă  Ă©tablir sa rencontre en interne du rĂŞve puis se motive Ă  perdurer leur relation amicale. 


D'après l'oeuvre de Catherine Storr, une Ă©crivaine spĂ©cialiste de conte pour enfants, Paperhouse est un ovni singulier Ă  mi-chemin entre le fantastique onirique (scĂ©nographie enfantine Ă  l'architecture baroque, nature clairsemĂ©e Ă©trangement feutrĂ©e) et l'horreur crĂ©pusculaire littĂ©ralement Ă©peurante (toute la partie belliqueuse au sein de la demeure centrĂ©e sur la venue du père s'avère rĂ©ellement terrifiante au point de supplanter Freddy Krueger). RĂ©alisĂ© avec souci de transgression afin d'y bafouer les codes des genres, l'impact immersif de cette oeuvre gracile rĂ©side dans son souci d'expĂ©rimenter, notamment cet instinct de persuasion Ă  Ă©tablir un rapport commun entre le monde rĂ©el et celui des songes. Avec la dimension humaine d'une fillette candide mais dĂ©sinvolte (magnifiquement campĂ©e par la nature innocente de Charlotte Burke absolument inoubliable !), Paperhouse nous confronte Ă  son introspection compromise par une absence paternelle (son père violent et alcoolique est en l'occurrence soignĂ© dans un centre spĂ©cialisĂ©). EsseulĂ©e, incomprise par sa mère et en quĂŞte d'identification, elle se conçoit instinctivement un monde parallèle par l'entremise du rĂŞve, puis tente par la mĂŞme occasion d'Ă©pargner de sa propre rĂ©alitĂ© la mort d'un enfant. Ainsi, par la chimère d'une adolescente Ă  l'imagination fertile, l'Ă©trange relation que l'oeuvre sensible Ă©labore auprès de notre matĂ©rialitĂ© quotidienne et celui du songe nous entraĂ®ne (par la main) dans son dĂ©lire fantasmatique aussi torturĂ© et franchement effrayant (j'insiste) que libĂ©rateur. L'esthĂ©tisme formel allouĂ© Ă  toutes les sĂ©quences oniriques participant grandement Ă  ce sentiment d'Ă©vasion que perçoit l'hĂ©roĂŻne en mĂŞme temps que le spectateur, Ă  ce besoin inhĂ©rent d'y escompter un monde meilleur afin de cueillir un climat plus serein. 


RĂ©flexion existentielle sur le sens de la rĂ©alitĂ© et la motivation du rĂŞve, hymne au pouvoir de l'irrĂ©alitĂ© (tant auprès du songe que d'une oeuvre cinĂ©matographique), mĂ©taphore sur la perte de l'innocence sous l'impulsion de nos terreurs enfantines (peur innĂ©e d'accĂ©der Ă  la maturitĂ©, affres de l'ogre symbolisĂ© ici par un paternel irresponsable), Paperhouse s'achemine en conte clair-obscur pour nous rappeler avec vibrante Ă©motion l'univers prodigieux de notre enfance candide apte aux rĂŞves les plus fous. Un vĂ©ritable chef-d'oeuvre Ă  la conclusion aussi salvatrice que bouleversante, l'un des plus beaux films fantastiques inscrits sur pellicule. 

*Bruno
06.06.24. Vostfr (une expérience proprement magique). 5èx
23/05/13. 03.02.11

Récompenses: Corbeau d'Or au BIFFF 1989
Grand Prix de l'étrange à Avoriaz, 1989.
Prix de la Meilleure actrice (Charlotte Burke) et Prix spécial du jury à Fantasporto en 1989

mercredi 22 mai 2013

The Nesting (Phobia / Massacre Mansion)

                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lantredelhorreur.blogspot.com

de Armand Weston. 1981. U.S.A. 1h43. Avec Robin Groves, Christopher Loomis, Michael David Lally, John Carradine, Gloria Grahame, Patrick Farrelly.

FILMOGRAPHIE:  Armand Weston est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, acteur et producteur amĂ©ricain, dĂ©cĂ©dĂ© le 26 Mai 1988. 1970: The Hot House. 1972: Personnals (documentaire). 1975: The Defiance of good. 1976: Expose me, lovely. 1976: The Taking of Christina. 1978: Take Off. 1979: Radical Sex Styles (documentaire). 1981: The Nesting. 1984: Blue Voodoo (non crĂ©ditĂ©, dtv).

InĂ©dit en salles dans nos contrĂ©es, The Nesting est une curiositĂ© horrifique rĂ©alisĂ©e par un cinĂ©aste mĂ©connu, ayant parfois Ĺ“uvrĂ© dans la pornographie (Defiance of Good demeure un incontournable pour les amateurs de X des seventies). Explorant le thème de la hantise au cĹ“ur d’une vaste demeure abandonnĂ©e, cette sĂ©rie B emprunte notamment Ă  Shining dans la caractĂ©risation d’une Ă©crivaine au bord de la rupture. Car au-delĂ  de son agoraphobie, Lauren Cochran est assaillie d’hallucinations cauchemardesques, fruits de fantĂ´mes revanchards.

Le pitch : pour transcender sa peur, Lauren s’exile et emmĂ©nage dans une vieille bâtisse octogonale, nichĂ©e au cĹ“ur d’une nature forestière hostile. Rapidement, d’Ă©tranges manifestations surnaturelles se mettent Ă  la persĂ©cuter. DĂ©terminĂ©e Ă  ne pas cĂ©der et Ă  combattre sa maladie, elle dĂ©cide d’y rester, mais sombre peu Ă  peu dans une folie paranoĂŻde, insidieuse et dĂ©vorante.

Amateurs d’ambiances latentes et feutrĂ©es, The Nesting s’appuie avant tout sur le principe de la suggestion pour distiller une angoisse diffuse, dĂ©licieusement palpable. Le soin apportĂ© aux dĂ©cors architecturaux, tout comme l’esthĂ©tisme de sa photographie rĂ©tro - notamment cette reconstitution flamboyante d’un bordel des annĂ©es 50 -, accentuent sans peine son pouvoir d’envoĂ»tement. Si sa structure narrative paraĂ®t d’abord Ă©culĂ©e, elle finit par surprendre grâce Ă  un alliage inattendu de dĂ©lire insolent - une traque presque cartoonesque impliquant l’hĂ©roĂŻne et les agissements psychotiques d’un fermier erratique - et d’Ă©pouvante vintage, nourrie par les apparitions rĂ©currentes de spectres farceurs au sein d’une demeure Ă  l’aura surnaturelle.

En amont, et avec une rĂ©elle maĂ®trise technique, une sĂ©quence vertigineuse confinĂ©e sur le toit de la bâtisse redouble d’intensitĂ©, mettant en jeu la survie de deux protagonistes sĂ©vèrement Ă©prouvĂ©s par la peur du vide et la prĂ©sence d’esprits dĂ©moniaques. Si le jeu hĂ©sitant de certains comĂ©diens et la pauvretĂ© des dialogues laissent parfois Ă  dĂ©sirer, le rĂ©alisateur conserve suffisamment d’intĂ©gritĂ© pour façonner un petit film d’Ă©pouvante affable, aussi intrigant qu’immersif. Sa dernière demi-heure, particulièrement dĂ©bridĂ©e, enchaĂ®ne les rebondissements cinglants jusqu’Ă  rĂ©vĂ©ler les secrets d’une filiation vĂ©nale, avant de basculer, dans un dernier acte frĂ©nĂ©tique, vers une violence rigoureuse : un carnage sanglant filmĂ© dans une chorĂ©graphie hypnotique au ralenti. Etonnant ! 


De cette production obscure Ă©mane au final un film un peu maladroit - direction d’acteurs approximative, rĂ©alisation parfois dilettante - mais largement contrebalancĂ© par un climat d’Ă©trangetĂ© irrĂ©sistiblement captivant et une structure narrative multiforme, Ă©tonnamment dĂ©tonante. Une belle surprise formellement Ă©purĂ©e, presque un ovni, injustement dĂ©nigrĂ© dans l’Hexagone.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

Dédicace à Céline Trinci Lavidalie
22.05.13



mardi 21 mai 2013

Histoires d'Outre-Tombe / Tales from the Crypt

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site slashershouse.com

de Freddie Francis. 1972. Angleterre. 1h32. Avec Joan Collins, Peter Cushing, Roy Dotrice, Richard Greene, Ian Hendry, Patrick Magee, Barbara Murray, Ralph Richardson.

Sortie salles U.S: 9 Mars 1972

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Freddie Francis est un rĂ©alisateur, directeur de photographie et scĂ©nariste britannique, nĂ© le 22 DĂ©cembre 1917 Ă  Londres, dĂ©cĂ©dĂ© le 17 Mars 2007 Ă  Isleworth (Royaume-Uni). 1962: La RĂ©volte des triffides. 1963: Paranoiac. 1964: Meurtre par procuration. 1964: l'Empreinte de Frankenstein. 1965: Le Train des Epouvantes. 1965: Hysteria. 1965: The Skull. 1966: The Deadly Bees. 1966: PoupĂ©es de cendre. 1967: Le Jardin des Tortures. 1968: Dracula et les Femmes. 1970: Trog. 1972: Histoires d'Outre-Tombe. 1973: La Chair du Diable. 1973: Les Contes aux limites de la folie. 1974: Son of Dracula. 1975: La LĂ©gende du Loup-Garou. 1975: The Ghoul. 1985: Le Docteur et les Assassins. 1987: Dark Tower.


Produit par la cĂ©lèbre firme Amicus, Freddie Francis s'Ă©tait dĂ©jĂ  attelĂ© en 1965 au film Ă  sketchs avec le sympathique Train des Epouvantes. Sept ans plus tard, il rempile auprès d'Histoires d'outre-tombe, nouvelle anthologie d'Ă©pouvante inspirĂ©e des fameux EC Comics (bande dessinĂ©e horrifique pour adultes fondĂ©e aux usa en 1945). Par ailleurs, elle prĂ©figure la fameuse sĂ©rie TV initiĂ©e en 1989 sous le titre homonyme des Contes de la crypte. ComposĂ© de 5 segments soigneusement Ă©laborĂ©s sur un rythme tout Ă  fait soutenu, Histoire d'outre-tombe suscite une sympathie ardente auprès du spectateur, notamment auprès des nostalgiques d'une Ă©poque rĂ©volue oĂą les films Ă  sketchs furent Ă  leur ascension (le Caveau de la terreur, Asylum, le Jardin des supplices, la Maison qui tue, puis un peu plus tard le Club des monstres
Le premier sketch empreinte la voie du psycho-killer si bien qu'il prĂ©figure par la mĂŞme occasion avec 12 ans d'Ă©cart les exactions du père noel tueur dĂ©couvert dans le controversĂ© Silent Night, deadly night. Joan Collins y incarnant avec cynisme le rĂ´le d'une Ă©pouse meurtrière lorsque cette dernière dĂ©cide de supprimer son mari la veille de NoĂ«l. Or, Ă  l'extĂ©rieur de sa demeure, un tueur fou en libertĂ© se prĂ©pare Ă  l'importuner ! Ce huis-clos fort efficacement menĂ©, qui plus est pourvu d'une angoisse davantage oppressante, bĂ©nĂ©ficie d'un humour macabre assez loufoque pour se railler de cette Ă©pouse incriminĂ©e. On reste Ă©galement impressionnĂ© par les effets de surprise terrifiants fonctionnant ici Ă  plein rĂ©gime afin d'y susciter une vĂ©ritable peur Ă  la fois anxiogène et gĂ©nialement dĂ©stabilisante. Le second sketch, n'apporte pas de grande surprise Ă  travers son cheminement narratif vouĂ© cette fois-ci Ă  l'adultère auquel un mari et sa maĂ®tresse dĂ©cident de plier bagage vers une contrĂ©e lointaine. 


Malencontreusement, un accident de la route va sĂ©vèrement compromettre leur tentative d'escapade. DĂ©figurĂ© et mĂ©connaissable, le mari infidèle dĂ©cide de retourner auprès de son domicile conjugal après un temps d'absence prolongĂ©. LĂ  encore, l'ambiance Ă  la fois inquiĂ©tante et mortifère qui s'y dĂ©gage et les sĂ©quences Ă©peurantes redoutablement efficaces qui empiètent le sombre rĂ©cit diluent Ă  merveille une ambiance cauchemardesque dĂ©lectable. Le troisième segment illustre le calvaire d'un vieillard reclus dans sa maisonnette parmi la fidĂ©litĂ© de ses chiens. Altruiste envers les enfants du voisinage, ce veuf inconsolable se retrouve subitement harcelĂ© par son voisin nanti, dĂ©libĂ©rĂ© Ă  le faire chasser de sa demeure. Peter Cushing s'insinue avec vibrante Ă©motion dans la peau du vieillard candide empli d'affection pour les enfants de son quartier ainsi que pour sa dĂ©funte Ă©pouse (il communique avec celle-ci par l'entremise du spiritisme). Le soin allouĂ© Ă  la rĂ©alisation et l'empathie Ă©prouvĂ© pour ce sexagĂ©naire nous impliquent sans peine dans son dĂ©sespoir vouĂ© Ă  une cruelle destinĂ©e. Mais la saveur macabre du twist final dĂ©diĂ© au sacre de la Saint-Valentin nous rĂ©conforte pour le châtiment invoquĂ© Ă  son oppresseur en suscitant Ă  nouveau une sĂ©quence terrifiante gĂ©nialement tangible auprès de cette vision d'effroi que n'aurait reniĂ© Fulci ou Ossorio ! Le 4è rĂ©cit s'articule autour d'une statuette ondine auquel un couple avide de richesse dĂ©cide d'invoquer un voeu qui en amènera deux suivants vers une horrible issue irrĂ©versible. MalgrĂ© sa courte durĂ©e, cet Ă©pisode cruel mĂ©chamment ironique culmine magistralement sa conclusion vers un terrifiant dĂ©nouement dans toutes les mĂ©moires (imaginez une seconde votre enveloppe corporelle et votre âme cĂ©rĂ©brale souffrir indĂ©finiment jusqu'Ă  l'Ă©ternitĂ© !). Pour l'anecdote subjective, ce sketch me traumatisa Ă  l'Ă©poque de mon adolescence et continue toujours de me hanter de manière obsĂ©dante Ă  chaque rĂ©vision. 


Enfin, le dernier chapitre, d'une durĂ©e plus longue de 30 minutes, clĂ´t magistralement cette anthologie de contes sardoniques avec le sombre rĂ©cit d'une histoire de vengeance localisĂ©e en interne d'un hospice pour aveugles. DominĂ© par la prestance renfrognĂ©e de Patrick MacGee en leader des aveugles et de Nigel Patrick en directeur castrateur, ce segment intitulĂ© "Blind Alleys" se rĂ©vèle un sommet de perversitĂ© et de sadisme acĂ©rĂ©. Si bien qu'une confrĂ©rie d'aveugles sera contrainte d'accomplir une vengeance mĂ©thodique auprès de leur directeur opiniâtre afin de le châtier de la mort innocente d'un des leurs. Ce sketch d'une perversitĂ© raffinĂ©e dans l'art d'Ă©tudier une vengeance littĂ©ralement impitoyable demeure le plus stimulant et jouissif tout en captant Ă  point nommĂ© notre attention Ă  travers la dimension clairvoyante de ces protagonistes atteints de cĂ©citĂ© mais redoutablement retors pour se dĂ©barrasser de leur bourreau rĂ©duite Ă  l'Ă©tat d'esclave. 


Merveilleusement contĂ©, interprĂ©tĂ© et mise en scène avec une distinction gothique; Histoire d'outre-tombe demeure constamment magnĂ©tique et passionnant auprès de sa facture vintage rigoureusement esthĂ©tisante. Enfin, son dernier segment, merveille de sadisme incongrue prĂ©figurant les exactions de Phibes ou Jigsaw, vaut Ă  lui seul la rĂ©putation de ce grand classique du film Ă  sketchs si bien que son pouvoir de fascination reste indĂ©crottable. 

*Bruno
17.07.24. 5èx
21.05.13. 



vendredi 17 mai 2013

LA POUPEE DE LA TERREUR (Trilogy of Terror)

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ddl.ph

de Dan Curtis. 1975. U.S.A. 1h10. Avec Karen Black, Robert Burton, John Karlen, George Gaynes. 

FILMOGRAPHIE: Dan Curtis est un producteur, scénariste et réalisateur américain, né le 12 Août 1927 à Bridgeport, Connecticut (Etats-Unis), décédé le 27 mars 2006 à Brentwood (Californie).
1966: Dark Shadows (série TV). 1970: La Fiancée du Vampire. 1971: Night of dark shadows. 1973: Dracula. 1973: The Night Strangler (télé-film). 1975: La Poupée de la Terreur. 1976: Trauma. 1977: Dead of Night. 1977: La Malédiction de la veuve noire (télé-film). 1992: Intruders (télé-film). 1996: La Poupée de la terreur 2 (télé-film).


A l'origine conçu pour ĂŞtre le pilote d'une sĂ©rie TV n'ayant jamais vu le jour, la PoupĂ©e de la Terreur est un tĂ©lĂ©-film Ă  sketchs rendu populaire grâce Ă  son troisième segment scĂ©narisĂ© par le cĂ©lèbre Ă©crivain Richard Matheson. D'ailleurs, le film reçut un tel impact auprès des spectateurs lors de sa diffusion US qu'une suite fut entreprise 20 ans plus tard. C'est au mĂ©sestimĂ© cinĂ©aste Dan Curtis que l'on doit cette trilogie de la terreur rĂ©alisĂ©e en 1975, alors qu'un an plus tard la pièce maĂ®tresse de sa carrière envahissait les Ă©crans amĂ©ricains ! Joyau d'effroi Ă  l'angoisse tangible, Trauma n'eut mĂŞme pas droit aux honneurs d'une sortie internationale dans notre pays hexagonal ! Le point commun entre ces deux oeuvres est imparti Ă  la prĂ©sence ombrageuse de Karen Black, dirigĂ©e en l'occurrence dans un quadruple rĂ´le ! 


Le premier sketch intitulé "Julie" nous illustre le chantage d'un étudiant pervers pour sa prof de littérature. Si l'histoire agréable à suivre s'avère la plus faible, faute d'un script peu cohérent et d'une chute finale peu surprenante, le jeu d'interprétation et l'efficacité de la réalisation nous permettent de suivre sans ennui cette idylle perfide ancrée dans la soumission et la misogynie. Le second sketch, "Millicent et Thérèse", relève un peu le niveau dans l'entreprise de son suspense ascendant, sa narration psychologique un peu plus dense et le jeu bicéphale de Karen Black. Persuadée que sa soeur thérèse est devenue une femme diabolique et meurtrière, Millicent décide en désespoir de cause d'invoquer l'aide de son docteur. Dans un double rôle, la comédienne réussit parfaitement à rendre convaincant les états d'âme contradictoires de ces deux soeurs à la rancune tenace. Si le twist est facilement prévisible, sa terrifiante révélation ne manque pas d'interpeller le spectateur et de provoquer un futile malaise. Pour parachever, le dernier sketch, "Amelia", est le segment perturbateur auquel une génération de téléspectateurs ainsi qu'une légion de cinéphiles lui vouent un véritable culte ! Après avoir acheté un fétiche africain pour son concubin, Amelia va vivre une véritable nuit d'horreur. Sous l'apparence sinistre de cette poupée de bois se cache un véritable démon délibéré à assassiner sa propriétaire ! Sur le thème des poupées maléfiques, "Amelia" fait sans aucun doute parti des oeuvres les plus incisives et frénétiques qui soit (Chucky n'a qu'a bien s'tenir !). D'une efficacité fertile en rebondissements, Dan Curtis enchaîne les altercations à un rythme effréné dans sa réalisation véloce. Mais surtout, par un habile montage géométrique et une multitude de plans concis, il crédibilise les méfaits meurtriers de cette poupée famélique par ses élans erratiques et furibonds ! Intense, haletant et terriblement sauvage, "Amelia" provoque un impact émotionnel aussi jouissif que terrifiant, notamment au niveau du look patibulaire de ce fétiche africain accoutré de dents acérées ! Jusqu'à la risée de sa chute sardonique !


Si les deux premiers sketchs ont de quoi laisser dubitatif le spectateur exigeant, on ne peut passer outre le savoir-faire de Dan Curtis dans son art de conter une histoire et le jeu insidieux de l'Ă©tonnante Karen Black incarnant un quadruple rĂ´le. Mais c'est avec l'impact cinglant de son troisième segment que La PoupĂ©e de la Terreur dĂ©tonne et provoque une vĂ©ritable stupeur dans son dĂ©lirant survival en isolement !

17.05.13
Bruno Matéï


    jeudi 16 mai 2013

    La Nuit des Maléfices / Satan's Skin / Blood on Satan's Claw

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site culturopoing.com

    de Piers Haggard. 1971. Angleterre. 1h36. Avec Linda Hayden, Michele Dotrice, Patrick Wymark, Barry Andrews, Wendy Patbury, Anthony Ainley, Charlotte Mitchell.

    Sortie salles France: 19 Juillet 1972

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Piers Haggard est un réalisateur anglais, né le 18 Mars 1939 à Londres.
    1970: La Nuit des maléfices, 1979: The Quatermass conclusion, 1980: Le Complot diabolique du Dr. Fu Manchu, 1981: Venin, 1994: La Brèche, 2006: Les pêcheurs de coquillage Saison 1.


    Quel bien Ă©trange sabbat que cette Nuit des MalĂ©fices mis en scène par un rĂ©alisateur Ă©clectique ayant Ă  son actif une plĂ©thore de longs-mĂ©trages, tĂ©lĂ©films et diverses sĂ©ries TV. Si on lui doit en 1981 le formidable Venin et la 4è aventure de Quatermass rĂ©alisĂ©e deux ans plus tĂ´t, Piers Haggard ne possède pas plus de rĂ©ussites probantes au fil de sa carrière. A l'exception de cette modeste production horrifique rĂ©alisĂ©e avec un souci d'esthĂ©tisme poĂ©tico-funeste. Et si le rythme de sa première demi-heure avait gagnĂ© Ă  ĂŞtre un peu plus vigoureux (je chipote quand mĂŞme), la suite se rĂ©vèle toujours plus captivante, immersive et charpentĂ©e pour illustrer avec force et dĂ©tails nombre d'incidents inquiĂ©tants fondĂ©s sur l'emprise de la sorcellerie et le culte satanique.

    Synopsis: Dans un petit village anglais du 18è siècle, d'Ă©tranges Ă©vènements viennent Ă©branler la tranquillitĂ© des villageois. Alors qu'un paysan vient de dĂ©couvrir dans son champ une tĂŞte d'apparence humaine, certains citadins sont Ă©pris d'hallucinations collectives. Une main griffue semble daigner intenter Ă  leur vie sous l'allĂ©geance d'un dĂ©mon. En prime, au sein de la forĂŞt, une jeune fille perfide pratique d'Ă©tranges rites afin d'inciter la population Ă  invoquer Satan en personne. 


    Ce qui frappe d'emblĂ©e quand on dĂ©couvre La Nuit des MalĂ©fices, c'est la beautĂ© formelle impartie Ă  ces dĂ©cors bucoliques au sein de sa nature forestière. La gestion du cadre permet en outre de styliser certaines images oniriques d'une Ă©tonnante beautĂ© vĂ©gĂ©tale. Cette scĂ©nographie foisonnante, le soin allouĂ© au moindres dĂ©tails dĂ©gagent un charme vĂ©nĂ©neux Ă©trangement poĂ©tique. En prime, le jeu adroit de chaque comĂ©dien et la manière inĂ©dite Ă  laquelle ils se voient confrontĂ©s au Mal renforcent le caractère crĂ©dible de cette Ă©vocation malĂ©fique insinueuse. Si les violents incidents qui jalonnent le rĂ©cit s'avèrent rĂ©cursifs jusqu'au prĂ©sage du fameux cĂ©rĂ©monial, Piers Haggard rĂ©ussit Ă  insuffler une rĂ©elle efficacitĂ© Ă  travers sa conduite narrative sans surprise. Car par l'entremise d'un stigmate corporel horriblement velu, les villageois sont peu Ă  peu atteints d'une emprise dĂ©moniaque incontrĂ´lĂ©e. A l'instar d'une Ă©pidĂ©mie, la plupart d'entre eux Ă©prouvent un irrĂ©sistible besoin de provoquer le mal et pratiquer le sacrifice sous l'allĂ©geance d'une sorcière lascive. Le climat d'Ă©trangetĂ© prĂ©gnant qui Ă©mane du rĂ©cit et l'horreur de certaines sĂ©quences (en se resituant dans le contexte de l'Ă©poque) rĂ©ussissent Ă  provoquer un malaise sous-jacent, Ă  l'instar du viol communautaire et du sacrifice pratiquĂ©s sur une jeune vierge dĂ©munie. Si la plupart des protagonistes se retrouvent tributaires de  l'influence du Mal, le rĂ©alisateur leur invoque dans son dernier acte une traditionnelle "chasse aux sorcières" Ă©galement surprenante dans sa manière de la traiter Ă  l'Ă©cran par des effets de ralenti obscurcissant son climat cryptique des plus convaincant.


    Autour des thèmes de l'emprise malĂ©fique, l'influence superstitieuse et la traditionnelle chasse aux sorcières, Piers Haggard rĂ©alise avec La Nuit des MalĂ©fices une Ă©tonnante sĂ©rie B irrationnelle. Un film d'Ă©pouvante sĂ©culaire particulièrement soignĂ© dans son esthĂ©tisme naturaliste et l'aura inquiĂ©tante qui en dĂ©coule toujours prĂ©dominante. Une perle du genre au demeurant. 

    *Bruno
    12.04.2025. 2èx. 
    16.05.13

    mercredi 15 mai 2013

    Miss Bala

                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site downloadfilmkv.blogspot.com

    de Gerardo Naranjo. 2011. Mexique/U.S.A. 1h53. Avec Stéphanie Sigman, Noe Hernandez, Miguel Couturier, Jose Yenque, Irene Azuela, Gabriel Heads, James Russo.

    Sortie salles France: 13 Mai 2011 (Cannes) 2 mai 2012 (sortie nationale limitĂ©e). Mexique: 9 Septembre 2011.

    FILMOGRAPHIE: Nicolas Lopez est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur mexicain.
    2004: Malachance. 2006: Drama/mex. 2008: Voy a explotar. 2010: Revolucion. 2011: Miss Bala. 2020 : Viena and the Fantomes. 2020 : Kokoloko


    "Modèle de mise en scène."
    Oeuvre coup de poing d'une intensitĂ© dramatique Ă©prouvante, Miss Alba relate avec rugueux rĂ©alisme le destin de Laura Guerrero, jeune mexicaine postulant pour un concours de beautĂ© afin de subvenir Ă  sa famille. Après avoir Ă©tĂ© tĂ©moin de meurtres et de la disparition de son amie, elle est engagĂ©e par une organisation criminelle, l'Etoile, pour ĂŞtre impliquĂ©e contre son grĂ© dans des missions pĂ©rilleuses. Incapable d'avoir un quelconque soutien du cĂ´tĂ© de la police, elle se retrouve embarquĂ©e au sein d'une guĂ©rilla criminelle auquel l'Etoile envisage d'intenter un attentat contre le gĂ©nĂ©ral SalomĂłn Duarte. A l'instar d'un reportage pris sur le vif Ă  la maĂ®trise technique stupĂ©fiante (qui plus est inspirĂ© d'un fait rĂ©el concernant le profil de Laura Zúñiga), Gerardo Naranjo nous Ă©tablit le constat implacable d'un Ă©tat mexicain engluĂ© dans la corruption et la violence. Celui d'une criminalitĂ© omniprĂ©sente (la guerre de la drogue fit plus de 36 000 morts entre 2006 et 2011) auquel le trafic de drogue gĂ©nère plus de 25 milliards de dollars par an. Qui plus est, la ville au cours duquel se situe l'action fut considĂ©rĂ©e comme la plus violente du monde entre 1992 et 2001 (elle passera ensuite Ă  la seconde position Ă  partir de 2008). Ainsi, Ă  travers le sombre destin d'une jeune otage mexicaine contrainte de se corrompre auprès d'un cartel, le rĂ©alisateur nous fait pĂ©nĂ©trer Ă  l'intĂ©rieur de cette milice avec l'efficacitĂ© d'un souci de vĂ©ritĂ© Ă  couper le souffle ! 


    Si bien que parmi la prĂ©sence de l'hĂ©roĂŻne, nous sommes vĂ©ritablement plongĂ©s dans un univers chaotique de prĂ©caritĂ© puisque contrainte de suivre quotidiennement les exactions meurtrières de l'Etoile. Alors qu'au creux des citĂ©s urbaines, et en dĂ©pit de la prĂ©sence sournoise de la police, un sentiment d'insĂ©curitĂ© permanent y est infiltrĂ©. Avec une belle densitĂ© psychologique, Gerardo Naranjo nous dĂ©peint notamment un magnifique portrait de femme dĂ©chue au courage singulier. EpiĂ©e, fustigĂ©e, abusĂ©e, violĂ©e par son leader et incessamment expĂ©diĂ©e de force vers des missions belliqueuses pour le bĂ©nĂ©fice de la drogue, Laura Guerrero doit en alternance concourir (aussi paradoxal soit-il) au titre de  "Miss basse Californie" financĂ©e par sa propre organisation. StĂ©phanie Sigman (dont il s'agit ici de son 2è rĂ´le pour un long), nous rĂ©vĂ©lant une grâce fĂ©brile dans son humanitĂ© dĂ©chue, une bravoure insensĂ©e pour la survie, un dĂ©sespoir forcenĂ© de ne pouvoir s'extraire de sa hiĂ©rarchie arbitraire. Une actrice juvĂ©nile habitĂ©e par la candeur, tant par sa prĂ©sence longiligne que pour sa retenue Ă©motive si poignante.


    PonctuĂ© de sĂ©quences d'action frĂ©nĂ©tiques dans sa mise en scène virtuose et fort d'une ambiance particulièrement tĂ©nĂ©breuse (renforcĂ©e de la monochromie d'une photo sĂ©pia), Miss Bala fait d'autant plus la part belle au suspense sous-jacent afin de connaĂ®tre l'issue fataliste de cette femme objet. Un film choc hypnotique donc qui dĂ©nonce avec vigueur implacable toute forme de corruption implantĂ©e par les puissants cartels de la drogue tout en pointant du doigt la misogynie d'une sociĂ©tĂ© littĂ©ralement phallocrate. Or, cette violence radicale qui prĂ©domine l'intrigue se refuse d'autant mieux Ă  l'esbroufe afin de coller au plus près de la rĂ©alitĂ© sordide du sujet. On peut Ă©galement Ă©voquer le cinĂ©ma de John Carpenter auprès de l'incroyable maĂ®trise des sĂ©quences d'action stylisĂ©es renforcĂ©es du format large. 

    *Bruno
    15.05.13.
    26.02.25. Vost

    vendredi 10 mai 2013

    THE PLACE BEYOND THE PINES

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmsfix.com

    de Derek Cianfrance. 2012. U.S.A. 2h19. Avec Ryan Gosling, Bradley Cooper, Rose Byrne, Eva Mendes, Ray Liotta, Bruce Greenwood, Dane DeHaan.

    Sortie salles France: 20 Mars 2013. U.S: 29 Mars 2013

    FILMOGRAPHIE:  Derek Cianfrance est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 23 Janvier 1974.
    1998: Brother Tied. 2010: Blue Valentine. 2012: The Place Beyond the Pines. 2014: Chef.


    Un an après s'ĂŞtre fait rĂ©vĂ©lĂ© dans Drive, Ryan Goslin se retrouve Ă  nouveau cataloguĂ© dans le rĂ´le du "bad boy au grand coeur" dans un polar flamboyant traversĂ© d'Ă©clairs de poĂ©sie lyrique. Si l'acteur reprend le personnage qu'il avait incarnĂ© dans le polar stylisĂ© de Nicolas Winding Refn, il se rĂ©vèle ici un peu plus extraverti et beaucoup plus irrĂ©flĂ©chi dans son caractère obtus en multipliant les bourdes irrĂ©parables. Pourtant, le pitch de dĂ©part laisse craindre un film policier conventionnel entièrement bâti sur sa notoriĂ©tĂ© (un cascadeur paumĂ© dĂ©cide de braquer des banques pour subvenir Ă  sa famille). Mais The Place beyond the pines s'avère un astucieux simulacre constamment surprenant par la densitĂ© d'un scĂ©nario impeccablement charpentĂ©. Si les clichĂ©s usuels prĂ©citĂ©s pullulent dans sa première partie, le rĂ©alisateur rĂ©ussit Ă  les exploiter avec l'efficacitĂ© d'une rĂ©alisation circonspecte entièrement vouĂ©e Ă  l'Ă©tude caractĂ©rielle de ses personnages. ScindĂ© en trois parties distinctes, la trame prĂ©alablement Ă©culĂ©e va donc peu Ă  peu dĂ©velopper une nouvelle intrigue bâtie autour d'un autre personnage Ă©loquent, un flic de routine compromis Ă  une bavure policière. Par la faute de son acte, cette nouvelle entrĂ©e en scène de ce personnage Ă©quivoque va nous ensuite nous confronter vers un retournement de situation d'une audace inouĂŻe, Ă  tel point que le spectateur dĂ©routĂ© aura du mal Ă  concevoir cette rĂ©alitĂ© !


    C'est vĂ©ritablement Ă  partir de sa deuxième partie plus intense que le film empreinte une dimension plus inquiĂ©tante par son suspense sous-jacent en traitant d'un cas de corruption policière. LĂ  encore, les clichĂ©s reprennent du galop dans l'illustration scrupuleuse d'un flic Ă©pris de remord, prĂŞt Ă  balancer ses collègues ripoux (on pense Ă  Copland et Serpico) pour se racheter une conscience, et par la mĂŞme occasion accĂ©der Ă  un poste plus important. Sous ce canevas ressassĂ© mais inexorablement captivant de maĂ®trise, on se demande tout de mĂŞme oĂą souhaite nous mener le rĂ©alisateur ! Vers la dramaturgie  d'une troisième partie vertigineuse oĂą la fragilitĂ© des personnages va prendre un tournant dĂ©cisive pour leur destin imparti. Ainsi, Ă  travers le sort galvaudĂ© d'un braqueur solitaire sans repères, faute d'un père absent, Derek Cianfrance aborde donc sans fioriture les thèmes de la dĂ©mission parentale et de la filiation dĂ©pendante d'une dĂ©linquance juvĂ©nile. Des rĂ©percussions dĂ©sastreuses que peuvent subir les enfants quand la lâchetĂ© d'un homme de loi s'est rĂ©solu Ă  prĂ©server un odieux mensonge. De cet acte immoral va dĂ©boucher le remord, la quĂŞte de repentance mais aussi la rancoeur vindicative du point de vue des victimes, leur quĂŞte de vĂ©ritĂ© auquel deux adolescents vont communĂ©ment devoir s'affronter pour retrouver un semblant de dignitĂ©.


    Fascinant et incessamment envoĂ»tant, The Place beyond the Pines s'Ă©rige en drame humain en dĂ©montrant Ă  quel point l'absence parentale, le mensonge et la corruption peuvent vĂ©hiculer de lourdes contrariĂ©tĂ©s, voires des blessures incurables sur la postĂ©ritĂ©. RĂ©alisĂ© dans un souci de rĂ©alisme documentĂ© et magnifiquement dirigĂ© par des comĂ©diens vacillants (Eva Mendes et le jeune Dane DeHaan sont bouleversants de rancoeur meurtrie !), ce polar en trois actes exacerbe toujours un peu plus son cheminement irrĂ©versible jusqu'au dĂ©nouement irrĂ©vocable. Un grand moment de cinĂ©ma lyrique portĂ© par la grâce de ces acteurs (le bellâtre Bradley Cooper n'eut jamais Ă©tĂ© aussi convaincant !) au service d'une narration au cordeau.  

    10.05.13
    Bruno 


    jeudi 9 mai 2013

    ED WOOD

                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site alexandrestojkovic.blogspot.com

    de Tim Burton. 1994. U.S.A. 2h06. Avec Johnny Depp, Martin Landau, Patricia Arquette, Sarah Jessica Parker, Bill Murray, Jeffrey Jones, Lisa Marie.

    Sortie salles France: 21 Juin 1995. U.S: 28 Septembre 1994

    FILMOGRAPHIE: Timothy William Burton, dit Tim Burton, est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 25 Août 1958 à Burbank en Californie.
    1985: Pee-Wee Big Adventure. 1988: Beetlejuice. 1989: Batman. 1990: Edward aux mains d'argent. 1992: Batman, le Défi. 1994: Ed Wood. 1996: Mars Attacks ! 1999: Sleepy Hollow. 2001: La Planète des Singes. 2003: Big Fish. 2005: Charlie et la Chocolaterie. 2005: Les Noces Funèbres. 2008: Sweeney Todd. 2010: Alice au pays des Merveilles. 2012: Dark Shadows. 2012: Frankenweenie.


    Edward D. Wood Jr continua le combat Ă  Hollywood, mais le succès ne cessa de lui Ă©chapper. Après un lent naufrage dans l'alcool et des films d'horreur "dĂ©nudĂ©s", il mourut d'un crise cardiaque en 1978. Il avait 54 ans. 
    Deux ans après, il fut sacrĂ© "plus mauvais rĂ©alisateur de tous les temps", ce qui lui valut la reconnaissance internationale. Depuis, des cinĂ©philes du monde entier lui vouent un culte. 

    Voici mon hommage...

    Eloge Ă  l'industrie du cinĂ©ma Z Ă  travers un rĂ©alisateur en herbe, Ed Wood relate la biographie d'un personnage hors normes, considĂ©rĂ© comme le cinĂ©aste le plus mauvais de tous les temps. En alternant drĂ´lerie et Ă©motion, le film dĂ©clare Ă©galement une rĂ©vĂ©rence Ă  l'un des grands acteurs du cinĂ©ma d'Ă©pouvante (Bela Lugosi, transcendĂ© ici par la prestance du vĂ©tĂ©ran Martin Landau !). Dans une superbe photo monochrome, Tim Burton nous retrace le parcours improbable d'un artiste du cinĂ©ma transi de volontĂ© pour sa passion du cinĂ©ma. Avec une Ă©quipe d'accessoiristes et d'acteurs au rabais, ce rĂ©alisateur excentrique (il se travestissait parfois en femme durant ses tournages !) n'aura de cesse d'user d'impertinence et de boniment afin de convaincre n'importe quel producteur Ă  sa portĂ©e que son futur projet sera vouĂ© Ă  la notoriĂ©tĂ©. FascinĂ© par l'oeuvre emblĂ©matique d'Orson Welles baptisĂ©e   Citizen Kane, Edward D. Wood Jr se persuada qu'il possĂ©dait le talent innĂ© pour façonner des oeuvres aussi substantielles par l'entremise du cinĂ©ma de genre. Mais surtout, l'amour sincère qu'il allouait Ă  l'acteur hongrois Bela Lugosi Ă©tait si digne qu'il rĂ©ussit Ă  convaincre ce dernier d'incarner des rĂ´les de faire-valoir dans ces oeuvrettes les plus saugrenues. C'est d'ailleurs avec Plan Nine from outer space (financĂ© par l'Ă©glise catholique !), qu'Edward D. Wood parvint Ă  accĂ©der Ă  la postĂ©ritĂ©. 


    Avec une humble humanitĂ©, Tim Burton dĂ©livre notamment un poignant hommage Ă  un illustre comĂ©dien immortalisĂ© par son rĂ´le vampirique mais malencontreusement rĂ©duit Ă  l'indiffĂ©rence vers la fin de sa carrière. DĂ©pendant de la morphine et rĂ©duit Ă  la solitude depuis le dĂ©cès de son Ă©pouse, Bela Lugosi traĂ®ne ici sa silhouette sous l'apparence du comĂ©dien Martin Landau. LittĂ©ralement habitĂ© par son entitĂ©, l'acteur insuffle avec une Ă©motion Ă©lĂ©giaque le portrait dĂ©clinant d'une lĂ©gende sclĂ©rosĂ©e. Une ancienne cĂ©lĂ©britĂ© isolĂ©e du monde extĂ©rieur et rĂ©fugiĂ©e dans ses souvenirs populaires, hantĂ© Ă  jamais par son incarnation de Dracula. Sa relation amicale qu'il finit par entretenir avec Ed Wood  nous Ă©meut par leur complicitĂ© mais aussi leur tendresse commune impartie Ă  la chimère de la camĂ©ra ! Dans le rĂ´le d'Ed Wood, Johnny Depp vĂ©hicule une spontanĂ©itĂ© pleine d'extravagance pour retranscrire les Ă©tats d'âme d'un luron amateur Ă©merveillĂ© par l'omnipotence du cinĂ©ma ! Avec des moyens techniques dĂ©risoires et une Ă©quipe de seconds rĂ´les non professionnels, ce personnage facĂ©tieux usa de constance dans ces audaces, mensonges et subterfuges pour parvenir Ă  ses fins et filmer coĂ»te que coĂ»te les plus improbables divagations ! 


    TranscendĂ© par la prestance de comĂ©diens fĂ©rus de naturel et d'enthousiasme, Ed Wood condense la  flamboyante biographie d'un baladin entièrement vouĂ© Ă  sa passion de cinĂ©phage. Car en dehors du portrait allouĂ© Ă  une autre lĂ©gende du cinĂ©ma de genre, ces deux tĂ©moignages engendrent un vibrant hommage Ă  tous ces artisans discrĂ©ditĂ©s de leur prĂ©caritĂ© mais pour autant transis d'amour pour leur foi au 7è art. Depuis ses travaux, Ed Wood, le personnage, est devenu l'emblème du nanar dĂ©bridĂ© Ă  la poĂ©sie nonsensique ! Cette ultime dĂ©claration d'amour aux sĂ©ries Z se clĂ´turant sur un bouleversant mĂ©morial Ă  tous ces quidams laissĂ©s dans l'ombre des projecteurs.

    09.05.13. 2èx
    Bruno Matéï

    Récompenses: Oscar du Meilleur acteur dans un second rôle pour Martin Landau
    Meilleurs Maquillage pour Rick Baker, Ve Neill et Yolanda Toussieng
    Golden Globes du Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Martin Landau
    Saturn Awards du Meilleur Acteur pour Martin Landau, Meilleure Musique pour Howard Shore
    Screen Actors Guild Award: Meilleur Acteur dans un second rĂ´le pour Martin Landau
    NSFC Awards: Meilleur Acteur dans un second rĂ´le pour Martin Landau, Meilleure Photographie pour Stefan Czapsky.