de Dario Argento. 1985. Italie. 1h49. Avec Jennifer Connelly, Donald Pleasance, Daria Nicolodi, Patrick Bauchau, Dalila Di Lazzaro.
FILMOGRAPHIE: Dario Argento est un réalisateur et scénariste italien né le 7 septembre 1940, à Rome (Italie).
1969: l'Oiseau au plumage de Cristal, 1971: Le Chat à 9 queues, Quatre mouches de velours gris, 1973: 5 Jours à Milan, 1975: Les Frissons de l'Angoisse, 1977: Suspiria, 1980: Inferno, 1982: Ténèbres, 1985: Phenomena, 1987: Opera, 1990: 2 yeux Maléfiques, 1993: Trauma, 1996: Le Syndrome de Stendhal, 1998: Le Fantome de l'Opéra, 2001: Le Sang des Innocents,2004: Card Player, 2005: Aimez vous Hitchcock ?, 2005: Jennifer (épis Masters of Horror, sais 1), 2006: J'aurai leur peau (épis Masters of Horror, sais 2), 2006: Mother of Tears, 2009: Giallo, 2011: Dracula 3D.
"Le cygne noir d’Argento : un poème d’insectes et de sang".
Dernière pièce maĂ®tresse du maestro Ă ce jour, Phenomena est un voyage onirique au pays des songes, sous l’allĂ©geance d’insectes mentors. Sous-estimĂ© lors de sa sortie en 1985, notamment Ă cause de l’utilisation belliqueuse d’une bande-son parfois hard rock, ce trip fĂ©erique s’avère une clef de voĂ»te du fantastique contemporain, transcendĂ©e par la virtuositĂ© d’une mise en scène clipesque et par l’interprĂ©tation candide de la divine Jennifer Connelly. Du haut de ses quatorze ans, l’actrice nĂ©ophyte (rĂ©vĂ©lĂ©e un an plus tĂ´t sous l’omnipotence de Leone dans Il Ă©tait une fois en AmĂ©rique) parvient, par sa prĂ©sence gracieuse, Ă vĂ©hiculer une aura trouble, Ă la mesure de son don surnaturel pour dialoguer avec les insectes. Si le scĂ©nario semblait, de prime abord, grotesque et Ă©culĂ©, Dario Argento rĂ©ussit, avec une ambition d’auteur, Ă juxtaposer merveilleux et horreur sous l’entremise d’un giallo hybride. Imaginez une seconde qu’une simple mouche puisse dĂ©busquer la tanière d’un tueur misogyne, sous l’investigation d’une adolescente tĂ©lĂ©pathe, somnambule de surcroĂ®t ! Sur le papier, l’idĂ©e prĂŞte Ă sourire, voire Ă railler. Pourtant, avec une ambition formelle dĂ©ployant un florilège d’images fastueuses, le maestro Ă©labore des sĂ©quences oniriques d’une poĂ©sie renversante, qui nous happent dans un trip merveilleux, semi-cauchemardesque (toutes les sĂ©quences expĂ©rimentales liĂ©es Ă l’hypnose de Jennifer !).
Tant et si bien qu’Argento n’oublie jamais de conjuguer suspense intense (l'inoubliable prologue meurtrier au souffle macabre, l’embuscade de Jennifer dans la demeure du tueur puis sa traque vers le lac) et frissons sanglants, avec des meurtres stylisĂ©s, acĂ©rĂ©s — Ă l’instar de cette tĂŞte tranchĂ©e dĂ©valant la pente d’une cascade vertigineuse !
Pour autant, Phenomena n’est pas une rĂ©ussite parfaite, lestĂ©e de quelques incohĂ©rences narratives (l’inconscience de Jennifer, trop aisĂ©ment embarquĂ©e dans une investigation criminelle sous les conseils d’un entomologiste infaillible, puis son insouciance Ă accepter l’hĂ©bergement d’une enseignante castratrice) et d’un jeu parfois caricatural chez certains seconds rĂ´les (l’inspecteur de routine, transparent, et l’amie de Jennifer, maladroitement naĂŻve). En dĂ©pit de ses failles — Ă l’image de cette musique hard rock, dĂ©stabilisante — cette Ĺ“uvre charnelle ne cesse de nous envoĂ»ter par son Ă©lĂ©gance immaculĂ©e (photo limpide, baignĂ©e de nĂ©ons azur et laiteux) et par son audace, presque surrĂ©elle, Ă nous rĂ©vĂ©ler l’univers secret des insectes tĂ©lĂ©pathes. Pour parachever le tout, impossible de passer sous silence la façon dont Argento transcende la beautĂ© surnaturelle d’une nature vernale en clair-obscur (la Transylvanie suisse !), et le rĂ´le majeur qu’il confère Ă l’impĂ©tuositĂ© du vent, acteur invisible, modèle Ă©thĂ©rĂ©, souffle ensorcelant.
"Phenomena ou le chant d’une nature possĂ©dĂ©e".
D’une beautĂ© lascive, presque olfactive, Phenomena est une fĂ©erie macabre, transfigurĂ©e par la candeur d’une adolescente mystique en symbiose avec le monde insecte. ScandĂ©e par l’Ă©loquence chorale des mĂ©lodies de Simonetti, cette Ă©meraude s’Ă©rige en poème naturaliste oĂą l’Ĺ“il et l’oreille du spectateur fusionnent en une conjonction extatique.
D’une beautĂ© lascive, presque olfactive, Phenomena est une fĂ©erie macabre, transfigurĂ©e par la candeur d’une adolescente mystique en symbiose avec le monde insecte. ScandĂ©e par l’Ă©loquence chorale des mĂ©lodies de Simonetti, cette Ă©meraude s’Ă©rige en poème naturaliste oĂą l’Ĺ“il et l’oreille du spectateur fusionnent en une conjonction extatique.
*Bruno
28.05.13. 4èx




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