de David Lynch. 1986. U.S.A. 2h01. Avec Isabella Rossellini, Kyle MacLachlan, Dennis Hopper, Laura Dern, Hope Lange, Dean Stockwell.
FILMOGRAPHIE: David Lynch est un réalisateur, photographe, musicien et peintre américain, né le 20 Janvier 1946 à Missoula, dans le Montana, U.S.A. 1976: Eraserhead. 1980: Elephant Man. 1984: Dune. 1986: Blue Velvet. 1990: Sailor et Lula. 1992: Twin Peaks. 1997: Lost Highway. 1999: Une Histoire Vraie. 2001: Mulholland Drive. 2006: Inland Empire. 2012: Meditation, Creativity, Peace (documentaire).
Plongée introspective dans les entrailles des ténèbres dissimulées sous l’apparence tranquille d’une bourgade bucolique, Blue Velvet est une expérience inclassable au pouvoir de fascination imparable. Auréolé du Grand Prix à Avoriaz en 1987, ce diamant noir à l’aura hermétique nous projette dans un univers malsain où stupre et SM viennent peu à peu corrompre un jeune garçon attisé par le mystère et le voyeurisme.
Synopsis: Après la découverte d’une oreille humaine dans un champ, Jeffrey décide de mener sa propre enquête afin d’en identifier le propriétaire. Sa curiosité, mêlée à une attirance pour l’inconnu, le conduit dans l’appartement d’une chanteuse de cabaret, séquestrée et violentée par un psychopathe d’une cruauté sans limites.
En empruntant le schéma classique du film noir, David Lynch s’impose ici en créateur d’univers parallèles, où le Bien et le Mal infiltrent le cœur de n’importe quelle bourgade urbaine. À travers l’investigation d’un voyeur juvénile attiré par le Mal, Blue Velvet nous immerge par l’ornière d’une serrure, dévoilant un monde sordide où sexe et violence galvaudent l’éthique de victimes soumises. Cette fascination pour la débauche et la corruption nous renvoie inexorablement à notre propre conscience existentielle : le Bien et le Mal sont instinctivement connectés à notre rétine cérébrale. Lynch convoque l’instinct primitif de l’être humain et sa dégénérescence potentielle lorsqu’il franchit les frontières de la moralité, car le monde est enraciné dans la cruauté.
Avec une originalité sans égale, le cinéaste bouscule le spectateur par une mise en scène expérimentale en perpétuelle mutation. Il utilise comme prétexte une intrigue criminelle - un kidnapping et la découverte insolite d’une oreille coupée - pour bâtir un fantastique obscur où le genre demeure insaisissable. À travers ses décors baroques, ses chansons rétro, sa mélodie envoûtante et surtout la dimension névrosée de ses personnages, Blue Velvet suggère un fantastique éthéré, profondément psychologique. Sa structure narrative alterne sans cesse les tonalités, opposant le monde obscur de la perversion - la confrérie étrange de Frank et de ses sbires - à celui, salvateur, de l’innocence, incarné par l’idylle naissante entre Jeffrey et Sandy.
Ce fantastique baroque culmine dans l’excentricité psychotique de Frank, mafieux sans vergogne, imbibé de drogue et d’alcool, entouré de sbires tout aussi dégénérés. Dennis Hopper livre ici son interprétation la plus effrontée : transi de démence, il extériorise pulsions sexuelles et violence incontrôlée, martyrisant son otage avec une errance aussi dérangeante qu’éprouvante. Plongée dans la soumission et le désarroi, Isabella Rossellini suscite une empathie douloureuse, retransmettant avec fragilité, émotion et rancœur la condition d’une femme soumise, compromise par un penchant masochiste. Kyle MacLachlan, enfin, incarne avec sobriété et ambivalence un voyeur espionné par ses propres désirs, attiré par la perversion mais rattrapé par le remords et l’affection.
"Un monde étrange."
— le cinéphile du cœur noir 🖤
30.05.13. 4èx
Récompenses: Meilleur réalisateur et meilleur second rôle masculin pour Dennis Hopper, lors des Los Angeles Film Critics Association Awards en 1986.
Meilleur acteur pour Dennis Hopper, lors du Festival des films du monde de Montréal en 1986.
Meilleur film et meilleure photographie, lors du Festival international du film de Catalogne en 1986.
Grand Prix au Festival d'Avoriaz en 1987.
Meilleur film, meilleur réalisateur, meilleure photographie et meilleur second rôle masculin pour Dennis Hopper, lors des Boston Society of Film Critics Awards en 1987.
Meilleur film étranger, lors des Fotogramas de Plata (Espagne) en 1987.
Meilleure actrice pour Isabella Rossellini, lors des Film Independent's Spirit Awards en 1987.
Meilleur film étranger, lors des Joseph Plateau Awards (Belgique) en 1987.
Meilleur film, meilleur réalisateur, meilleure photographie et meilleur second rôle masculin pour Dennis Hopper lors des National Society of Film Critics Awards en 1987.




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