mardi 28 avril 2015

STILL ALICE. Oscar 2014 de la Meilleure Actrice, Julianne Moore.

                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site myrmorko.deviantart.com

de Wash Westmoreland et Richard Glatzer. 2014. U.S.A. 1h41. Avec Juliane Moore, Kristen Stewart, Alec Baldwin, Kate Bosworth, Hunter Parrish, Shane McRae.

Sortie salles France: 18 Mars 2015. U.S: 20 Février 2015

FILMOGRAPHIE: Richard Glatzer est un réalisateur et scénariste américain, né le 28 Janvier 1952 à New-York, décédé le 10 Mars 2015 à Los Angeles.
1993: Grief. 2001: The Fluffer (coréalisé avec Wash Westmoreland). 2006: Echo Park, L.A. (coréalisé avec Wash Westmoreland). 2013: The Last of Robin Hood (coréalisé avec Wash Westmoreland). Still Alice (coréalisé avec Wash Westmoreland).
Wash Westmoreland est un réalisateur anglais, né le 4 Mars 1966 à Leeds, Royaume-Uni.


MĂ©lodrame dĂ©chirant traitant du thème de la maladie d'Alzheimer, Still Alice est le genre d'expĂ©rience redoutĂ©e si la forme entretenait la complaisance de la sinistrose pour nous enseigner les tenants et aboutissants d'un sujet aussi grave que terrifiant. C'est Ă  dire la dĂ©liquescence cognitive du point de vue d'une professeur de linguistique âgĂ©e seulement de 50 ans. Avec l'aide d'un traitement palliatif, du soutien de ses proches et de sa propre volontĂ©, Alice va tenter de gĂ©rer sa dĂ©gradation cĂ©rĂ©brale en profitant du moment prĂ©sent et avant de privilĂ©gier le suicide.


D'une intensitĂ© dramatique terriblement Ă©prouvante au point d'en ressentir un malaise indĂ©crottable, Richard Glatzer et Wash Westmoreland relèvent nĂ©anmoins la gageure d'Ă©voquer prudemment la maladie d'Alzheimer sans effet indĂ©sirable de pathos ou de misĂ©rabilisme. Avec le rĂ©alisme scrupuleux du souci documentaire et le brio d'une mise en scène Ă©purĂ©e, c'est un accablant tĂ©moignage qu'ils nous relatent parmi la performance exceptionnelle de Julianne Moore ! LittĂ©ralement habitĂ©e par son rĂ´le nĂ©vralgique oĂą l'artifice du cabotinage aurait pu facilement la discrĂ©diter, la comĂ©dienne Ă©carte toute forme de racolage pour nous dĂ©crire avec humilitĂ© et anxiĂ©tĂ© viscĂ©rales son baroud-d'honneur contre sa dĂ©ficience mentale. CouronnĂ©e d'un oscar, Julianne Moore n'aura jamais parue aussi intime avec le spectateur pour nous extĂ©rioriser ses sentiments contradictoires d'espoir et de dĂ©sespoir, sa lutte sempiternelle de prĂ©server ses facultĂ©s cognitives après avoir consolidĂ© une illustre carrière professionnelle. A l'instar de sa confĂ©rence courageusement dictĂ©e devant une foule circonspecte pour Ă©noncer les Ă©tats d'âme de son calvaire. Epreuve de force morale de chaque instant oĂą la paranoĂŻa la contraint de mĂ©moriser faits et gestes du quotidien et d'en prĂ©server ses souvenirs les plus Ă©vocateurs, le calvaire d'Alice l'est Ă©galement pour les membres de sa famille, communĂ©ment piĂ©gĂ©s par l'atavisme puis tĂ©moins de sa dĂ©rive vers l'amnĂ©sie jusqu'au seuil de la dĂ©mence. Parmi leur manifestation empathique, assister de notre Ă©cran Ă  la dĂ©chĂ©ance psychologique de cette professeur Ă©rudite s'avère une affliction aussi terrifiante que bouleversante. 


Observant avec attention scrupuleuse, et sans position voyeuriste, le cheminement douloureux d'une patiente brimĂ©e par sa dĂ©ficience neurodĂ©gĂ©nĂ©rative, Still Alice peut faire office de tĂ©moignage documentĂ© dans sa pudeur de traiter Alzheimer du point de vue d'une mère motivĂ©e par sa constance et l'amour de son entourage. Un crève-coeur inĂ©vitablement inconsolable mais Ă©difiant pour une leçon de dĂ©cence peu abordĂ©e Ă  l'Ă©cran. 

A Richard Glatzer...
Bruno Matéï

RIP: Richard Glatzer, qui avait coĂ©crit et co-rĂ©alisĂ© avec son mari Wash Westmoreland le film Still Alice, est mort mardi 10 mars Ă  Los Angeles Ă  l'âge de 63 ans. Il Ă©tait atteint d'une sclĂ©rose latĂ©rale amyotrophique (ou maladie de Charcot). Le 22 fĂ©vrier dernier, Richard Glatzer avait appris que Julianne Moore qui, dans Still Alice, interprète une professeur de linguistique confrontĂ©e Ă  la maladie d'Alzheimer, avait obtenu l'Oscar de la Meilleure Actrice pour ce rĂ´le.

Récompenses:
Festival du film de Hollywood 2014 : Hollywood Actress Award pour Julianne Moore
Chicago Film Critics Association Awards 2014 : meilleure actrice pour Julianne Moore
Los Angeles Film Critics Association Awards 2014 : meilleure actrice pour Julianne Moore (2e place)
National Board of Review Awards 2014 :
Top 2014 des meilleurs films indépendants
Meilleure actrice pour Julianne Moore
Gotham Awards 2014 : meilleure actrice pour Julianne Moore
Washington D.C. Area Film Critics Association Awards 2014 : meilleure actrice pour Julianne Moore
Women Film Critics Circle Awards 2014 : meilleur film Ă  propos des femmes, meilleure actrice pour Julianne Moore
National Society of Film Critics Awards 2015 : meilleure actrice pour Julianne Moore (2e place)
British Academy Film Awards 2015 : Meilleure actrice pour Julianne Moore
Golden Globes 2015 : Meilleure actrice dans un film dramatique pour Julianne Moore
Screen Actors Guild Awards 2015 : meilleure actrice pour Julianne Moore
Oscars du cinéma 2015 : meilleure actrice pour Julianne Moore

lundi 27 avril 2015

WHITE GOD (Fehér isten). Prix "Un certain regard", Cannes 2014

                                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site thebluecornerlounge.com

de Kornél Mundruczo. 2014. Hongrie/Suède/Allemagne. 1h59. Avec Zsofia Psotta, Sandor Zsotér, Lili Horvath, Laszlo Gallfy, Erwin Nagy, Kornél Mundruczo.

Sortie salles France: 3 Décembre 2014. Hongrie: 12 Juin 2014

FILMOGRAPHIE: Kornél Mundruczo est un réalisateur, acteur et scénariste hongrois né le 3 Avril 1975 à Gödöllo.
2002: Pleasant Days. 2003: Jött egy busz... (segment "Szent Johanna). 2005: Lost and Found. 2005: Johanna. 2008: Delta. 2010: Tender Son: The Frankenstein Project. 2014: White God.


"On peut juger la grandeur et la valeur morale d’une nation Ă  la manière dont elle traite ses animaux". Mahatma Ghandi.

RĂ©compensĂ© du prix "Un certain regard" Ă  Cannes 2014, White Dog traite de la cause animale Ă  travers un rĂ©cit utopique oĂą le chien pourrait enfin parfaire sa revanche sur l'homme après avoir Ă©tĂ© impitoyablement maltraitĂ©. Que ce soit lors de son entraĂ®nement intensif afin de concourir aux combats de chiens clandestins ou lors de sa condition prĂ©caire entretenue en refuge au risque de subir l'euthanasie du dernier ressort. Sous couvert de fable caustique fustigeant l'intolĂ©rance de l'homme envers l'animal de compagnie, White Dog met en exergue, et de façon documentĂ©e, le traitement rĂ©servĂ© Ă  Hagen, chien lâchement abandonnĂ© par le père de Lili en pleine mĂ©tropole hongroise. C'est par la cause d'une nouvelle loi et d'une dĂ®me sur le recensement des chiens qu'il dĂ©cida de mettre un terme Ă  leur relation pour s'en dĂ©barrasser. Jaloux car refusant l'affection que peut Ă©prouver sa fille envers Hagen, KornĂ©l Mundruczo en profite pour mettre en parallèle le point de vue ingrat du père, sa dĂ©mission pĂ©dagogique et son manque de communication qu'il puisse maladroitement inculquer Ă  sa fille. RĂ©duit Ă  la solitude et affamĂ© dans un Budapest hostile oĂą les chiens errants sont systĂ©matiquement dĂ©noncĂ©s par la population, Hagen tente donc de survivre parmi la compagnie d'autres chiens dĂ©soeuvrĂ©s. Durant son cheminement pĂ©rilleux, il va devoir se plier Ă  la barbarie de marginaux sans vergogne dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  l'enrĂ´ler aux combats clandestins.


Cette première partie haletante et parfois Ă©prouvante se place Ă  hauteur de l'animal pour nous illustrer son ressenti subjectif face Ă  notre oppression et notre lâchetĂ©, l'homme n'hĂ©sitant pas Ă  recourir au subterfuge et Ă  la violence pour le conditionner ici en machine Ă  tuer. Par l'exercice inhumain de ce lavage de cerveau, le cinĂ©aste offrant la rĂ©ponse Ă  la responsabilitĂ© du maĂ®tre capable d'endoctriner son esclave docile en vĂ©ritable tueur sans vergogne ! La seconde partie, jouissive, car trĂ©pidante et fantasmatique dans l'aboutissement de sa situation improbable, empreinte la voie de la mĂ©taphore fantastique lors de l'assaut des chiens programmĂ©s Ă  rĂ©pandre la terreur sur la ville en guise punitive. Efficacement gĂ©rĂ©es, les scènes d'action s'avĂ©rant exĂ©cutĂ©es avec un sens aiguisĂ© du montage lorsque des centaines de chiens arpentent les rues de Budapest avec une frĂ©nĂ©sie vĂ©loce. L'insurrection animale profitant notamment d'attiser l'expectative des Ă©ventuelles retrouvailles entre Lili et Hagen, au moment oĂą cette dernière renoue l'amour avec son père. Par la symbolique de la musique, le film se clĂ´t dignement sur un Ă©pilogue bouleversant parmi la rĂ©action de masse d'une action dĂ©sintĂ©ressĂ©e et libre, la partition apportant au fil mĂ©lodique rĂ©confort et sentiment de sĂ©curitĂ©. Une sĂ©quence singulière touchĂ©e par la grâce dont nous ne sommes pas prĂŞts d'oublier l'Ă©vocation de sa poĂ©sie prude.  


RĂ©aliste, poignant et rempli de dignitĂ© pour la cause animale et la responsabilitĂ© parentale, White God offre ses lettres de noblesse au "chien" parmi la sincĂ©ritĂ© de comĂ©diens canins Ă©patants de naturel et l'assurance technique d'un cinĂ©aste plutĂ´t adroit lorsqu'il dĂ©voile en introspection leur sentiment d'incomprĂ©hension et d'impuissance avant leur sĂ©dition. Un beau moment d'Ă©motion, un message d'amour, de tolĂ©rance et de considĂ©ration Ă  prĂ©coniser en famille malgrĂ© la cruautĂ© de certaines scènes. 

Bruno Matéï

Récompenses:
Prix "un certain regard", Festival de Cannes 2014
Palme Dog pour Luke et Body
Octopus d’or du meilleur long-mĂ©trage fantastique international au Festival europĂ©en du film fantastique de Strasbourg (FEFFS), 2014.   

vendredi 24 avril 2015

Baiser Macabre / Macabro

                                                                            Photo appartenant Ă  Bruno Matéï

de Lamberto Bava. 1980. Italie. 1h31. Avec Bernice Stegers, Stanko Molnar, Veronica Zinny, Roberto Posse, Ferdinando Orlandi.

Sortie Salles France: 13 Mai 1981

FILMOGRAPHIE: Lamberto Bava est un rĂ©alisateur et un scĂ©nariste italien nĂ© le 3 avril 1944 Ă  Rome. Il est le fils de Mario Bava. 1980 : Baiser macabre (+ scĂ©nariste) , 1983 : La Maison de la terreur, 1984 : Apocalypse dans l'ocĂ©an rouge, 1985 : Demons (+ scĂ©nariste),1986 : Demons 2 (+ scĂ©nariste),1991 : Body puzzle, 1991 : La Caverne de la Rose d'Or : La Princesse Rebelle, 1992 : La Caverne de la Rose d'Or : La Sorcière Noire, 1993 : La Caverne de la Rose d'Or : La Reine des TĂ©nèbres, 1994 : La Caverne de la Rose d'Or : L'Empereur du Mal, 1994 : Desideria et le prince rebelle, 1996 : La Caverne de la Rose d'Or : Le Retour de Fantaghirò, 1996 : La LĂ©gende d'Alisea. 1997: La Princesse et le Pauvre, 1998 : Caraibi, 2001 : L'impero, 2006 : Ghost son.


Avant-propos
En effet c'est macabre, mais joliment, baroquement, tendrement, passionnément macabre. À la folie de Jane, qui ne tient même plus du fantasme mais à la construction d'une nouvelle dimension dans laquelle son amant serait vivant, le personnage de Robert offre un parfait contrepoint du quotidien, suintant la frustration, incapable de voir mais souffrant de tout ressentir. Dans une atmosphère étouffante de cruauté, le morbide circule de l'un à l'autre et plane tout du long, entre déraison et solitude, frénésie et impuissance, comme deux facettes d'un aveuglement partagé.
Lamberto Bava - Baiser Macabre

Première rĂ©alisation de Lamberto Bava attitrĂ© Ă©galement au poste de scĂ©nariste, Baiser Macabre fait parti de ces petites pĂ©loches oĂą la dĂ©viance prime dans ses thĂ©matiques accordĂ©es au fĂ©tichisme, Ă  la folie, Ă  l'obsession sexuelle et surtout Ă  la nĂ©crophilie. Un sujet scabreux peu abordĂ© au cinĂ©ma, malgrĂ© quelques classiques rĂ©putĂ©s (Nekromantik 1 et 2, Kissed, Blue Holocaust, Aftermath), que le cinĂ©aste dĂ©peint ici entre dĂ©rision macabre et aura malsaine. Alors qu'une fille vient de noyer son frère cadet dans la baignoire, la mère infidèle, Jane Baker, apprend par tĂ©lĂ©phone la tragĂ©die du domicile de son amant. Se prĂ©cipitant communĂ©ment sur les lieux du drame en vĂ©hicule, son partenaire cause un accident et meurt dĂ©capitĂ© par une poutrelle. Un an plus tard, après un sĂ©jour en psychiatrie, elle se rĂ©fugie dans l'ancien immeuble de son amant parmi l'hospitalitĂ© du concierge atteint de cĂ©citĂ©. Chaque soir, ce dernier Ă©tant interloquĂ© par les gĂ©missements sexuels de sa locataire ! SĂ©rie B de facture Bis dans sa mise en scène bricolĂ©e et pour le ressort saugrenu de son contexte morbide, Baiser Macabre tire-parti de son pouvoir de fascination avec l'Ă©laboration d'une ambiance glauque au sein d'un huis-clos gothique (couleurs rutilantes Ă  l'appui auprès du design d'ameublement !). Si la conception du suspense latent tourne Ă  vide lorsque l'on devine rapidement ce que renferme le dĂ©givreur du frigidaire, Lamberto Bava rĂ©ussit nĂ©anmoins Ă  maintenir notre attention par le biais du concierge aveugle toujours plus curieux Ă  espionner les agissements lubriques de sa locataire pour en dĂ©mystifier le secret. 


On a beau deviner que cette dernière se confine chaque soir dans sa chambre pour se masturber avec la tĂŞte de son dĂ©funt amant, le fait de redouter explicitement cette relation aussi innommable fait naĂ®tre chez nous l'expectative de l'Ă©ventuelle promesse. En prime, et pour corser l'ambiance dĂ©rangĂ©e de ces pratiques sexuelles flirtant avec le fĂ©tichisme (elle collectionne divers objets et photos de son amant dans une brochure), la fille de Jane (dĂ©jĂ  responsable de la noyade de son frère par esprit de vengeance), la moleste Ă  nouveau, surtout lorsqu'elle finit par dĂ©celer ce que recèle le frigo. La charge Ă©rotique qui s'Ă©mane de l'immeuble constamment plongĂ© dans la pĂ©nombre (chaque volet restant cloisonnĂ©) est notamment contrebalancĂ©e par le refoulement du concierge secrètement Ă©pris de compassion pour sa locataire. Outre la sobriĂ©tĂ© des rĂ´les secondaires (Stanko Molnar se fond avec timiditĂ© naturelle dans le corps d'un aveugle sexuellement frustrĂ©, quand bien mĂŞme la petite Veronia Zinny est assaillie par le vice avec son regard pernicieux !), le charisme vĂ©nĂ©neux de Bernice Stegers (la CitĂ© des Femmes, X Tro) doit beaucoup Ă  l'aura de souffre que vĂ©hiculent ses exactions intimes. Pourvu d'un regard occulte aussi glaçant que sensuel, l'actrice dĂ©gage une concupiscence terriblement dĂ©rangeante lorsque nous nous portons tĂ©moins de ses rapports nĂ©crophiles avec une tĂŞte putrescente !


Si douces, si perverses
Glauque et malsain par son atmosphère aussi Ă©touffante que sexuellement dĂ©viante, mais aussi sardonique (notamment cet Ă©pilogue oĂą le surnaturel vient subitement taquiner le quotidien !), Baiser Macabre corrompt le poème nĂ©crophile parmi l'audace transalpine d'un cinĂ©aste jusqu'au-boutiste (les enfants boivent ouvertement la tasse tandis que la "folle" baise la tĂŞte de son dĂ©funt !) lorsqu'il s'agit d'observer par la p'tite serrure le dĂ©sĂ©quilibre d'une famille dysfonctionnelle. 

*Bruno
12.01.24. 6èx
24.04.15.
03.01.11. (292 v)


jeudi 23 avril 2015

Dark Water. Grand Prix, Prix du jury jeune et Prix de la critique, Gerardmer 2003.

                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site bmoviezone.wordpress.com

Honogurai mizu no soko kara de Hideo Nakata. 2002. Japon. 1h41. Avec Hitomi Kuroki, Rio Kanno, Asami Mizukawa, Mirei Oguchi, Fumiyo Kohinata, Yu Tokui.

Sortie salles France: 26 Février 2003. Japon: 19 Janvier 2002

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Hideo Nakata est un réalisateur japonais, né le 19 Juillet 1961 à Okayama.
1998: Ring. 1998: Ring 2. 1999: Chaos. 2002: Dark Water. 2005: Le Cercle 2. 2007: Kaidan. 2008: L: Change the World. 2010: Chatroom. 2010: Incite Mill. 2012: TV Show. 2013: The Complex. 2014: Monsterz.

Récompenses:
Corbeau d'argent, lors du Festival international du film fantastique de Bruxelles, 2002.
Grand Prix, Prix du jury jeune et Prix de la critique internationale au festival Fantastic'sArts 2003.

Rendu célèbre avec les deux premiers opus de la trilogie Ring, Hideo Nakata renoue avec la ghost story avec Dark Water, justement ovationné à Gérardmer avec trois récompenses.

Prenant pour thèmes l'abandon et la fragilitĂ© de l'enfance lorsque des parents divorcĂ©s se disputent la garde, Dark Water juxtapose angoisse et Ă©tude psychologique avec une rare intelligence. Tant par sa mise en scène Ă©purĂ©e, particulièrement soignĂ©e, que par la manière originale dont Hideo Nakata aborde la hantise Ă  travers la complicitĂ© d’un Ă©lĂ©ment naturel : l’eau.

Sur ce point, les sĂ©quences illustrant l’infiltration de l’humiditĂ© le long des tapisseries, jusqu’Ă  cette tache grandissante incrustĂ©e au plafond, parviennent Ă  distiller un malaise sous-jacent. Celui-ci ira crescendo lorsque les inondations gagneront du terrain, attisant la curiositĂ© de Yoshimi.

Pour rappel : après son divorce, Yoshimi tente d’obtenir la garde de sa fille Ikuko afin de reconstruire sa vie. Lorsqu’elle emmĂ©nage dans un appartement, des problèmes d’humiditĂ© viennent troubler leur tranquillitĂ©. Parallèlement, après avoir trouvĂ© un emploi, Yoshimi accumule retards et inattentions dans l’Ă©ducation de sa fille. Mais c’est avec les apparitions rĂ©currentes d’une silhouette enfantine qu’elle se laisse peu Ă  peu gagner par une paranoĂŻa grandissante.

Drame familial s’il en est, notamment lorsque l’on dĂ©couvre l’issue tragique de son dĂ©nouement, aussi effrayant que bouleversant, Dark Water parvient Ă  tĂ©lescoper l’inquiĂ©tude des apparitions spectrales avec l’Ă©tude de caractère d’une mère en perdition. Cette dernière redouble d’efforts pour prĂ©server la garde de sa fille, malgrĂ© ses erreurs quotidiennes qui trahissent un manque d’attention.

Cette relation d’amour compromise entre une mère et sa fille, Hideo Nakata la transcende Ă  travers la dimension humaine d’une femme fragilisĂ©e par l’oppression du travail, des juges et de la solitude. Et ce, au moment mĂŞme oĂą elle se voit contrainte de rĂ©soudre une troublante affaire de disparition infantile au sein de son immeuble.

RehaussĂ© d’une photographie aux teintes pastel contrastant avec l’Ă©pure de son angoisse latente, Dark Water cultive un goĂ»t pour le mystère et une approche Ă©thĂ©rĂ©e de la suggestion. Ce parti pris permet Ă  l’intrigue surnaturelle d’exacerber l’accumulation des incidents tout en nous interrogeant sur la responsabilitĂ© parentale, le sens du sacrifice et le sentiment d’abandon du point de vue de l’enfant.


En combinant angoisse et inquiĂ©tude, Hideo Nakata parvient avec Dark Water Ă  structurer une intrigue implacable, portĂ©e par la prĂ©sence oppressante de l’eau et d’une silhouette candide. DĂ©crivant avec rigueur et sensibilitĂ© le cheminement psychologique d’une mère en dĂ©rĂ©liction, le genre horrifique se double ici d’un drame bouleversant.

Sans doute l’Ĺ“uvre la plus aboutie de son auteur, en tout cas la plus subtile, lancinante et dense.
 
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
2èx

mercredi 22 avril 2015

4 de l'Apocalypse / I quattro dell'apocalisse

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site moviepostershop.com

de Lucio Fulci. 1975. Italie. 1h48 (version non censurée). Avec Fabio Testi, Lynne Frederick, Michael J. Pollard, Harry Baird, Adolfo Lastretti, Tomas Milian.

Sortie salles France: 22 Juin 1983. Italie: 12 AoĂ»t 1975. Interdit aux - de 18 ans lors de sa sortie en salles.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lucio Fulci est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et acteur italien, nĂ© le 17 juin 1927 Ă  Rome oĂą il est mort le 13 mars 1996. 1966: Le Temps du Massacre, 1969 : Liens d'amour et de sang , 1971 : Carole, 1971: Le Venin de la peur,1972 : La Longue Nuit de l'exorcisme, 1974 : Le Retour de Croc Blanc, 1975: 4 de l'Apocalypse, 1976: Croc Blanc, 1977 : L'EmmurĂ©e vivante, 1979: l'Enfer des Zombies, 1980 : la Guerre des Gangs, 1980 : Frayeurs, 1981 : Le Chat noir, 1981 : L'Au-delĂ , 1981 : La Maison près du cimetière , 1982 : L'Éventreur de New York , 1984 : 2072, les mercenaires du futur, Murder Rock, 1986 : Le Miel du diable , 1987 : Aenigma, 1988 : Quando Alice ruppe lo specchio, 1988 : les Fantomes de Sodome, 1990 : Un chat dans le cerveau, 1990 : Demonia, 1991 : Voix Profondes, 1991 : la Porte du Silence.

Après s’ĂŞtre dĂ©jĂ  prĂŞtĂ© au western en 1966 avec l’excellent Le Temps du massacre, Lucio Fulci renoue avec le genre neuf ans plus tard pour nous faire dĂ©river vers un voyage initiatique - celui de l’espoir -, une ballade dĂ©senchantĂ©e menĂ©e par un quatuor de marginaux livrĂ©s Ă  l’errance, perdus dans un no man's land en dĂ©composition. Au fil de leur pĂ©riple indĂ©cis, parfois jalonnĂ© de rencontres impromptues - comme cette communautĂ© de pèlerins chrĂ©tiens ou ces mineurs venus applaudir la naissance du couple -, ils croisent le mal Ă  l’Ă©tat brut : un vagabond solitaire sans foi ni loi, campĂ© par Tomas Milian, transi de vice, le regard reptilien.

Western atypique, 4 de l’Apocalypse dĂ©tonne par son atmosphère indicible, empreinte d’un surrĂ©alisme mystique (Ă  l’image de cette escale dans le village fantĂ´me oĂą Bud sombre dans une folie spirituelle), et par son brassage des genres. Fulci y oppose les fulgurances d’une horreur sadique - la fameuse scène de torture, dĂ©peçage et crucifixion du shĂ©rif, qui lui valut la foudre de la censure - Ă  la tendresse poignante de certaines accalmies. Un bad trip, sans doute, mais habitĂ© par une mĂ©lancolie tenace.

 
Au cĹ“ur d’un environnement blafard que nos voyageurs traversent, confrontĂ©s Ă  la mort la plus injustifiĂ©e, Fulci insuffle une Ă©motion Ă©lĂ©giaque, portĂ©e par des chansons aux accents flower power dissonants. ÉpuisĂ©s par des semaines de marche, affamĂ©s au point de se nourrir de rats - voire de chair humaine -, leur errance devient Ă©preuve de survie, quĂŞte d’un havre plus pacifiĂ© dans un dĂ©sert oĂą pourriture et dĂ©solation font loi. L’empathie que l’on Ă©prouve pour ces quatre laissĂ©s-pour-compte s’enracine dans leur solidaritĂ© amicale, et c’est malgrĂ© l’amertume de l’Ă©pilogue -vengeance expĂ©ditive en guise de rĂ©demption - que l’espoir finit, pourtant, par percer.

L’intervention symbolique de l’Ă©tranger au look hippie renforce la dimension insolite de cette errance. Figure pernicieuse, il drogue ses otages, les abuse, Ă©rigeant l’immoralitĂ© en dogme, pour mieux servir son propre profit.


"Ballade entre les tombes".
ProfondĂ©ment putride, malsain, perpĂ©tuellement malaisant (au point de suffoquer), 4 de l’Apocalypse s’impose comme une Ĺ“uvre dĂ©routante, Ă©lĂ©giaque, insolite. Un western au bord de l’asphyxie, oĂą naissance et mort s’imbriquent dans une idĂ©ologie religieuse gangrenĂ©e. Pourtant, derrière cette fange, quelque chose nous touche, nous envoĂ»te : l’excursion de ces âmes cabossĂ©es au seuil des limbes. Fulci dĂ©tourne radicalement les codes du genre, ose une violence crue, presque nausĂ©euse, sans jamais renier son humanitĂ©. Un western horrifique Ă  rĂ©habiliter d’urgence, tant il parvient Ă  nous dĂ©pouiller, Ă  nous attacher Ă  cette cohĂ©sion d’anti-hĂ©ros en quĂŞte d’un fragile bout de paix.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
25.03.22. 4èx

L'avis de Mathias Chaput:
Lucio Fulci est un réalisateur incroyable qui est souvent là où on ne l'attend jamais !

Avec ce "4 de l'apocalypse" (quel titre ! à la fois énigmatique et attisant la curiosité), il délivre un genre en état de déliquescence (le western spaghetti) et le fait éclater par le biais du cinéma fantastique de façon sidérante, imbriquant des touches oniriques presque "felliniennes", le tout avec une intelligence de traitement remarquable !

Le lot de sadismes inhérent au cinéma du Maestro est présent également mais distillé avec la plus grande parcimonie, Fulci se consacrant davantage à un aspect moins populaire qu'ésotérique...

Il n'a pas choisi la facilité et son métrage risque de déconcerter les aficionados de Sergio Leone ou des westerns transalpins qui florissaient entre 1965 et 1970, la singularité de "4 de l'apocalypse" réside justement dans sa manière de ne rien faire comme ses prédécesseurs, transgressant les conventions et ouvrant à l'extrême les perspectives et les possibilités, que ce soit au niveau des décors que du scénario !

Les gunfights avec impacts de balle saignants n'arrivent qu'au prologue pour que l'action pure et dure laisse place à l'investigation et au voyage, voyage au bout d'un enfer que les personnages vont prendre en pleine face, la faim, le froid, la douleur seront bien retranscrits et l'ignoble aura lieu jusqu'à une séquence de cannibalisme qui provoquera l'effroi !

Au niveau de l'interprétation, Testi est littéralement habité par son rôle, Milian est incroyable de folie et de sadisme, et on retrouve même la trogne patibulaire de Donald "Zombie Holocaust" O' Brien en shériff...

Il y a un atypisme fulgurant dans "4 de l'apocalypse" que l'on ne retrouve nulle part ailleurs et qui en fait son intérêt et sa qualité, loin de tous les stéréotypes habituels...

Fulci a frappé très fort et ce western hors normes restera inoubliable car novateur !

Véritable coup de pied dans la fourmilière, il possède une aura si singulière qu'il s'avère inimitable, témoignant de la force exceptionnelle qu'avait Fulci pour donner sa "touch'" dans ses films...

Note: 10/10

                                        

mardi 21 avril 2015

Schizo

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com

de Pete Walker. 1976. Angleterre. 1h49. Avec Lynne Frederick, John Leyton, Stephanie Beacham, John Fraser, Jack Watson.

Sortie salles 11 Novembre 1976

FILMOGRAPHIE: Pete Walker est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur britannique, nĂ© en 1939 Ă  Brighton. 1968: l'Ecole du sexe, For men only, 1970: Cool, c'est Carol, 1971: Man of violence, Die Screaming, Marianne, 1972: Quatre dimensions de Greta, le Théâtre de l'angoisse, 1973: Tiffany Jones, 1974: Flagellations, Frightmare, 1976: Mortelles Confessions, Schizo, 1978: Hallucinations, 1979: Home Before Midnight, 1983: House of the long shadows.


Modeste production du rĂ©alisateur Pete Walker, petit artisan d'un cinĂ©ma horrifique british dĂ©nuĂ© de prĂ©tention, Ă  l'instar des sympathiques productions d'exploitation de Norman J. WarrenSchizo se fit connaĂ®tre auprès des vidĂ©ophiles grâce Ă  sa Vhs Ă©ditĂ©e chez Warner Home Video. Ainsi, s'il essuya un certain succès dans ce format aujourd'hui vermoulu, si bien qu'il s'agit probablement de son oeuvre la plus populaire parmi l'excellent Hallucinations, sa faible renommĂ©e auprès des critiques l'empĂŞcha toutefois d'accĂ©der au classique du psycho-killer, faute Ă  une intrigue plutĂ´t mal construite il est vrai auprès de sa thĂ©matique de la schizophrĂ©nie faisant rĂ©fĂ©rence Ă  Psychose d'Hitchcock. Le PitchAlors que Samantha se marie, un Ă©trange individu se rend Ă  ces noces avec la volontĂ© de la tourmenter. PerpĂ©tuellement Ă©piĂ©e par ce dernier, elle commence Ă  prendre panique lorsqu'elle croit reconnaĂ®tre en lui le meurtrier de sa mère sauvagement assassinĂ©e durant son enfance. 


Jouant avec les codes du thriller horrifique dans sa plus conventionnelle expression avec son lot de clichĂ©s rebattus, Pete Walker accumule maladresses techniques (montage parfois dĂ©gingandĂ©, faux-raccords, intervention d'un technicien en arrière plan d'un miroir) / narratives et redondances sans sourciller de par sa volontĂ© infatigable de retarder l'Ă©ventuelle agression puis de nous convaincre que le potentiel tueur est lancĂ© aux trousses de notre frĂŞle hĂ©roĂŻne. Le problème, c'est qu'au bout de 20/30 minutes on devine aisĂ©ment que ce dernier, particulièrement cabotin, ne pourrait ĂŞtre l'auteur de ces exactions Ă  venir tant il accumule brimades et intimidation avec une apathie un peu trop ombrageuse, voire parfois grotesque (ses grimaces derrière la vitre pour terroriser sa victime). L'intronisation du suspense Ă©tant dĂ©samorcĂ©e par ce profil inexpressif et d'un arc narratif aux faibles ressorts dramatiques. Quand bien mĂŞme la psychologie superficielle (mais heureusement attachante) des protagonistes enfonce un peu plus cette sĂ©rie B au rayon de la Bisserie bonnard. Loin d'ĂŞtre dĂ©sagrĂ©able donc auprès de sa modeste efficacitĂ© et de son attachante naĂŻvetĂ© Ă  valoriser la contrariĂ©tĂ© des protagonistes au fil d'un climat gentiment inquiĂ©tant, le second acte narratif Ă©pouse d'autant mieux un parti-pris autrement haletant et complaisant Ă  travers la prolifĂ©ration des meurtres sanguinolents que l'entourage de l'hĂ©roĂŻne subit de plein fouet. Sans compter la rĂ©vĂ©lation stridente d'un flash-back traumatique, meilleure sĂ©quence horrifique du mĂ©trage auprès de son aura poisseuse, vulgaire (langage cru Ă  l'appui), couillue (mais chut !), insolente. 


Exclusivement rĂ©servĂ© Ă  la gĂ©nĂ©ration 80, Schizo ne pourra aujourd'hui que contenter d'un oeil Ă  la fois ludique et amusĂ© les nostalgique de cette Ă©poque rĂ©volue si bien que la sincĂ©ritĂ© (empotĂ©e) du rĂ©alisateur croyant dur comme fer Ă  son sujet dĂ©viant n'est point Ă  remettre en cause pour son amour immodĂ©rĂ© du sous-genre: le psycho-killer apparu sur nos Ă©crans au milieu des Seventies.  

*Bruno
5èx. Vo

lundi 20 avril 2015

L'EMMUREE VIVANTE (Sette note in nero)

                                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site caveofcult.co.uk

de Lucio Fulci. 1977. Italie. 1h35. Avec Jennifer O'Neill, Gabriele Ferzetti, Marc Porel, Gianni Garko.

Sortie salles Italie: 10 Août 1977

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lucio Fulci est un réalisateur, scénariste et acteur italien, né le 17 juin 1927 à Rome où il est mort le 13 mars 1996.
1966: Le Temps du Massacre, 1969 : Liens d'amour et de sang , 1971 : Carole, 1971: Le Venin de la peur,1972 : La Longue Nuit de l'exorcisme, 1974 : Le Retour de Croc Blanc, 1975: 4 de l'Apocalypse, 1976: Croc Blanc, 1977 : L'Emmurée vivante, 1979: l'Enfer des Zombies, 1980 : la Guerre des Gangs, 1980 : Frayeurs, 1981 : Le Chat noir, 1981 : L'Au-delà, 1981 : La Maison près du cimetière , 1982 : L'Éventreur de New York , 1984 : 2072, les mercenaires du futur, Murder Rock, 1986 : Le Miel du diable , 1987 : Aenigma, 1988 : Quando Alice ruppe lo specchio, 1988 : les Fantomes de Sodome, 1990 : Un chat dans le cerveau, 1990 : Demonia, 1991 : Voix Profondes, 1991 : la Porte du Silence.


Echec commercial lors de sa sortie malgrĂ© l'enthousiasme favorable des critiques, l'EmmurĂ©e Vivante s'allouait pourtant d'une certaine originalitĂ© Ă  exploiter les codes du giallo Ă  partir d'un argument surnaturel, la prescience. Au moment de traverser sous plusieurs ponts en vĂ©hicule, Virginia Ducci renoue avec sa clairvoyance pour entrevoir des fragments d'indices vis Ă  vis d'un homicide crapuleux, une victime emmurĂ©e vivante. ArrivĂ©e dans l'ancienne demeure de son mari, elle reconnait le mĂŞme endroit familier prĂ©alablement identifiĂ©e durant ses visions. IntriguĂ©e par la ressemblance frappante du mur de salon et motivĂ©e par son intuition, elle s'empresse de l'abattre Ă  coups de pioche pour y dĂ©couvrir le cadavre d'un squelette. 


Conjuguant l'investigation policière avec l'inconscient surnaturel d'une femme mĂ©dium, l'EmmurĂ©e Vivante agence adroitement ces genres afin de consolider un suspense exponentiel convergeant vers une dernière partie aussi haletante qu'anxiogène. Sur ce dernier point, on peut saluer la maĂ®trise technique Ă  laquelle Fulci fignole une longue course-poursuite entamĂ©e entre l'hĂ©roĂŻne et le potentiel tueur Ă  travers les bâtiments gothiques d'une chapelle et de demeures vĂ©tustes. EpaulĂ© d'un score ombrageux et d'une mĂ©lodie entĂŞtante de Franco Bixio, Fabio Frizzi et Vince Tempera, cette traque de longue haleine s'imprègne d'une atmosphère d'angoisse diffuse par le biais d'une hĂ©roĂŻne en proie Ă  l'affres de la survie. Jouant avec les indices en trompe l'oeil et l'Ă©ventail des faux coupables, Lucio Fulci cultive notre attention pour l'ossature d'une intrigue charpentĂ©e bâtie sur une Ă©nigme aussi nĂ©buleuse que sournoise. L'identitĂ© d'un squelette et celui d'un suspect Ă  la dĂ©marche boiteuse, la valeur notoire d'un tableau, un miroir brisĂ© et le visage ensanglantĂ© d'une sexagĂ©naire s'avĂ©rant les vecteurs du puzzle Ă  reconstituer sous l'impulsion de notre hĂ©roĂŻne et d'un adjoint en paranormal. Par le biais de ces indices scrupuleux Ă©manant d'une dĂ©marche irrationnelle de prĂ©monition, Fulci les exploitent avec un sens trompeur du faux-semblant. 


Epaulé de la facture solide de comédiens au charisme buriné et surtout dominé par la présence vénéneuse de Jennifer O'Neill (son regard azur nous magnétise à chacune de ses interventions !), l'Emmurée Vivante empreinte le profil du giallo parmi le pivot surnaturel d'une prescience, de manière également à mettre en appui un poème sur la relativité du temps. Un thriller machiavélique dont l'atmosphère latine participe autant à son pouvoir d'inquiétude !

Bruno 
07.01.24. Vistf. 4èx

vendredi 17 avril 2015

LA FAMILLE BELIER

                                                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Eric Lartigau. 2014. France. 1h45. Avec Louane Emera, Karin Viard, françois Damiens, Eric Elmosnino, Roxane Duran.

Sortie salles France: 17 Décembre 2014

FILMOGRAPHIE: Eric Lartigau est un réalisateur français né en 1964.
2003: Mais qui a tué Pamela Rose ? 2006: Un Ticket pour l'Espace. 2006: Prête-moi ta main. 2010:! L'Homme qui voulait vivre sa vie. 2012: Les Infidèles (segment Lolita). 2014: La Famille Bélier



Enorme succès au box-office français ayant cumulé 7 336 297 entrées, remise du César du Meilleur Espoir Féminin à Louane Emera, La Famille Bélier est la nouvelle comédie familiale célébrée en grande pompe par la majorité de nos critiques. Traitant du handicap de la surdité et du mutisme chez une famille de métayers normands, l'intrigue oppose le cheminement indécis de la fille aînée entendante lorsque son professeur de musique lui propose de postuler pour un concours de chant. Peu sûr d'elle, contrariée par une discorde sentimentale et démotivée par la réticence de ses parents (ils sont incessamment privés de ses performances vocales), Paula est sur le point de renoncer quand bien même son instituteur va tenter de lui prouver sa capacité à braver la gageure.


Moment d'Ă©motion et de simplicitĂ© dans sa leçon d'apprentissage impartie Ă  la confiance en soi et Ă  la constance, plaidoyer pour le droit Ă  la diffĂ©rence en faveur des sourds (Rodolphe BĂ©lier se prĂ©sentant aux Ă©lections municipales pour prouver ses compĂ©tences politiques en dĂ©pit de son mutisme), la Famille BĂ©lier relate le parcours initiatique d'une adolescente en crise identitaire devant le tĂ©moignage de parents bouleversĂ©s par son indĂ©pendance d'un choix professionnel. En Ă©vitant intelligemment toute forme de pathos et sans sombrer dans le misĂ©rabilisme pour la caricature adressĂ©e Ă  cette famille de sourds coexistants en harmonie malgrĂ© leur privation d'audition, Eric Lartigau nous brode un joli conte sur l'accomplissement de soi, notamment par le biais soudĂ© de cette cohĂ©sion parentale. Alternant instants pittoresques, balades musicales, moments de tendresse et querelles intermittentes dans les rapports familiaux puis l'Ă©moi amoureux, la Famille BĂ©lier cĂ©lèbre avec sincĂ©ritĂ© souvent poignante les valeurs de l'amour sous un engouement libertaire. Outre l'humilitĂ© des comĂ©diens formĂ© par le trio Karin Viard François Damiens / Lucas Gelber, le film repose surtout sur la rĂ©vĂ©lation Louane Emera. Bluffante de naturel dans sa fonction candide d'adolescente timorĂ©e mais pĂ©tillante de spontanĂ©itĂ© et de volontĂ© de fuir sa peur, la jeune actrice dĂ©gage une palette d'Ă©motions souvent intenses dans sa facultĂ© Ă  nous susciter ses interrogations et son anxiĂ©tĂ© du passage Ă  l'âge adulte.


Pittoresque, tendre, Ă©mouvant et parfois bouleversant, Ă  l'instar de son point d'orgue incandescent rĂ©gi autour d'une chanson de Sardou (prĂ©parez les mouchoirs pour cet immense moment d'Ă©motion !), La Famille BĂ©lier fait intelligemment preuve d'humilitĂ© pour dĂ©peindre avec sensibilitĂ© le destin d'une famille de prolĂ©taires en crise filiale mais rĂ©conciliĂ©s par leur esprit de fraternitĂ©, d'amour et de tolĂ©rance. Outre la bonhomie attachante des illustres comĂ©diens et de certains seconds-rĂ´les (en professeur de chant castrateur, Eric Elmosnino Ă©vite pourtant la caricature dans son tempĂ©rament endurant), c'est la prĂ©sence lumineuse de Louane Emera qui crève l'Ă©cran et fera chavirer le coeur des plus sensibles !

Bruno Matéï



jeudi 16 avril 2015

Génération Protéus / Demon Seed

                                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site movieposter.com

de Donald Cammell. 1977. U.S.A. 1h34. Avec Julie Christie, Fritz Weaver, Gerrit Graham, Berry Kroeger, Lisa Lu, Larry J. Blake, John O'Leary.

Sortie salles France: 8 Février 1978

FILMOGRAPHIE: Donald Cammell est un rĂ©alisateur Ă©cossais, nĂ© le 17 Janvier 1934, dĂ©cĂ©dĂ© le 24 Avril 1996. 1968: Performance (co-rĂ©alisĂ© avec Nicolas Roeg). 1977: GĂ©nĂ©ration Proteus. 1987: White of the Eye. 1995: Wild Side.


RĂ©alisateur mĂ©connu uniquement responsable de 4 longs-mĂ©trages puis dĂ©shĂ©ritĂ© d'un destin tristement tragique (il se suicida d'une balle dans la tĂŞte après une grave dĂ©pression et des problèmes familiaux), Donald Cammell rĂ©alise en 1977 son film le plus connu auprès des fantasticophiles, GĂ©nĂ©ration Proteus. Un film d'anticipation Ă  connotation horrifique prĂ©figurant Alien, Saturn 3la Galaxie de la Terreur et InseminoĂŻd dans son brassage audacieux des genres. Pour les nostalgiques de l'Ă©poque, on peut aussi rappeler qu'il fit les beaux jours de l'Ă©mission scientifique, l'Avenir du Futur lors d'une diffusion le lundi 23 Mars 1981 dans le cadre de sa thĂ©matique accordĂ©e aux "ordinateurs douĂ©s de raison". Si aujourd'hui, GĂ©nĂ©ration Proteus est malencontreusement occultĂ© des cinĂ©philes au profit d'autres classiques notoires, il reste une excellente curiositĂ© particulièrement dĂ©routante, un ovni tirant parti de son Ă©trangetĂ© et de son originalitĂ© dans l'ossature d'un scĂ©nario aussi improbable que dĂ©lirant. Ainsi, en dĂ©pit d'une rĂ©alisation acadĂ©mique, du jeu cabotin des comĂ©diens et d'une première demi-heure un tantinet laborieuse, le cheminement de l'intrigue en mode huis-clos s'avère pour autant stimulant. 


Imaginez donc la conception rĂ©volutionnaire d'un ordinateur supra intelligent dĂ©libĂ©rĂ© Ă  sĂ©questrer Ă  distance l'Ă©pouse du crĂ©ateur scientifique au sein de sa demeure familiale afin de l'enfanter et accĂ©der Ă  l'immortalitĂ©. Ce pitch insensĂ© multipliant agressions domestiques (la maison high-tech Ă©tant entièrement sous contrĂ´le Ă©lectronique et mĂ©canique de Proteus !), intrusions de visiteurs inopportuns et expĂ©riences mĂ©dicales en vue d'une procrĂ©ation rĂ©ussit tout de mĂŞme Ă  rendre crĂ©dible les motivations de l'ordinateur douĂ© de parole. Entièrement soumise Ă  son allĂ©geance, Susan est donc contrainte de subir maltraitances physiques et sexuelles afin de parfaire la naissance d'un enfant hybride prochainement apte Ă  dominer le monde (Akira n'est pas loin !). Pour un peu, et avec ironie, on pourrait aussi suggĂ©rer que Donald Cammell prĂ©figura la saga Terminator et tous ces thrillers alarmistes auquel l'ordinateur douĂ© d'intelligence artificielle s'empressa de supplanter l'homme afin d'y prendre sa place. Par le biais de trucages artisanaux, on est Ă©galement surpris de l'aspect convaincant de certaines sĂ©quences spectaculaires, Ă  l'instar de la morphologie cuivreuse du nouveau-nĂ© ou lorsque Proteus rĂ©ussit Ă  se matĂ©rialiser sous la structure amovible d'un losange mĂ©tallique capable d'alpaguer ses proies (petit effet gore Ă  l'appui lorsqu'un quidam finit dĂ©capitĂ© au creux du quadrilatère !). 


Pourvu d'une ambiance horrifico-baroque et d'un suspense assez soutenu dans la situation de claustration que l'héroïne impuissante est contrainte de tolérer, Génération Proteus réussit à divertir et à inquiéter sur les dérives de nos technologies modernes. Particulièrement la robotisation auquel l'informatique s'avère la matrice responsable ! A redécouvrir donc d'un oeil aussi attentif et curieux qu'amusé, le point d'orgue halluciné valant notamment son pesant de cacahuètes.

Bruno Matéï
24/05/2011
16/04/2015
3èx

mercredi 15 avril 2015

May. Prix "Première", Gérardmer 2003.

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site kinobomba.net

de Lucky Mc Kee. 2002. U.S.A. 1h34. Avec Angela Bettis, Jeremy Sisto, Anna Faris, James Duval, Nichole Hiltz, Kevin Gage, Merle Kennedy, Chandler Hecht, Norwood Cheek, Rachel David, Roxanne Day...

Sortie en salles en France le 10 Mars 2004. U.S: 6 Juin 2003.

FILMOGRAPHIELucky Mc Kee est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 1er Novembre 1975 Ă  Jenny Lind (Californie). 2002: All Cheerleaders Die (court). May. 2006: Master of Horror (un Ă©pisode). The Woods. 2008: Red. Blue Like You. 2011: The Woman.

« La tristesse assèche le cĹ“ur de qui n'a plus de larmes pour pleurer. »
Première rĂ©alisation et coup de maĂ®tre du dĂ©butant Lucky McKee, May n’aura laissĂ© personne indemne dans les festivals oĂą il fut projetĂ©, malgrĂ© une sortie confidentielle en salles. May est une infirmière introvertie, employĂ©e dans un cabinet vĂ©tĂ©rinaire. Solitaire et refoulĂ©e dès l’enfance Ă  cause d’un lĂ©ger strabisme, elle n’a pour seule compagne qu’une poupĂ©e. ConfinĂ©e dans une boĂ®te de verre, cette confidente muette recueille chaque jour les aveux de May : ses Ă©lans, ses colères, ses dĂ©sirs tus. Ă€ la tendresse qu’elle offre Ă  de jeunes enfants aveugles, rĂ©pond sa vie figĂ©e, jusqu’au jour oĂą le hasard place sur son chemin un charmant inconnu.

Outre le brio technique d’un cinĂ©aste attentif Ă  sublimer, non sans onirisme (meurtres stylisĂ©s Ă  l’appui !), le lent glissement schizophrène d’une âme noyĂ©e dans la solitude, May vibre d’un magnĂ©tisme trouble. Angela Bettis y irradie une fragilitĂ© saisissante, creusĂ©e au cĹ“ur mĂŞme du scĂ©nario. Un portrait magnifique de femme meurtrie, traversĂ© par l’exutoire de l’automutilation, que l’actrice habite de son corps filiforme, avide d’amour et de reconnaissance.

D’abord timide, presque espiègle face Ă  la promesse d’un amour naissant, May se mĂ©tamorphose en plaie vive lorsque cette illusion sentimentale lui renvoie l’injustice de sa diffĂ©rence — fĂ©tichisme pour les mains, relation intime avec sa poupĂ©e, goĂ»t prononcĂ© pour le macabre, et ce lien Ă©trange Ă  la mort, comme indiffĂ©rente. Elle incarne, dans sa simple prĂ©sence, les souffre-douleur de l’exclusion, de la marginalitĂ©, de la solitude chronique. La trahison d’une amie lesbienne et la dĂ©chirure de sa poupĂ©e disloquĂ©e l’enfoncent un peu plus dans une rancĹ“ur punitive, jusqu’Ă  fabriquer elle-mĂŞme un compagnon de chair et de sang.

Variation contemporaine de Frankenstein, oĂą la fiancĂ©e, rongĂ©e de douleur, devient le Docteur, May est un plaidoyer hallucinĂ© pour le droit Ă  la diffĂ©rence, dans un corps de femme isolĂ©e, brisĂ©e par l’abandon parental et la carence d’amour. Derrière les poupĂ©es figĂ©es de sa chambre, c’est l’enfant abandonnĂ©e qui cherche un regard. May transcende alors, avec une douloureuse sensibilitĂ©, une histoire d’amour fou oĂą seule la mort semble pouvoir Ă©clipser la souffrance. 

 
"May ou l’amour en pièces dĂ©tachĂ©es".
Superbe portrait d’une âme dĂ©sabusĂ©e, broyĂ©e entre solitude inexorable et Ă©chec amoureux, May emprunte peu Ă  peu les dĂ©tours tĂ©nĂ©breux du psycho-killer. Il confronte la passion d’un cinĂ©phile — son compagnon est un adorateur d’Argento — Ă  l’effondrement d’une asociale trop vulnĂ©rable pour ĂŞtre aimĂ©e. Il en Ă©merge un drame psychologique d’une âpretĂ© rare, un bouleversant poème funèbre sur l’isolement intĂ©rieur et la quĂŞte Ă©perdue du besoin d’ĂŞtre aimĂ©.

*Bruno 
07.06.25. 4èx. Vost
14/06/10. 
15/04/15. 

Récompenses: Prix du Meilleur Scénario et Meilleure Actrice (Angela Bettis) au Festival du film de Catalogne 2002. Corbeau d'Argent de la meilleure actrice (Angela Bettis) au Festival du film Fantastique de Bruxelles en 2003. Prix Première au festival de Gérardmer en 2003. Prix du Meilleur Film, Meilleur Scénario et Meilleure Actrice (Angela Bettis) au cours de la semaine du film Fantastique de Malaga en 2003.


mardi 14 avril 2015

JOHN RAMBO (Rambo)

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site pixshark.com

de Sylvester Stallone. 2008. Allemagne/U.S.A. 1h31. Avec Sylvester Stallone, Julie Benz, Paul Schulze, Graham McTavish, Matthew Marsden, Reynaldo Gallegos.

Sortie salles France: 6 Février 2008. U.S: 25 Janvier 2008

FILMOGRAPHIE: Sylvester Stallone est un réalisateur, acteur, scénariste et producteur américain, né le 6 Juillet 1946 à New-York.
1978: La Taverne de l'Enfer. 1979: Rocky 2, la Revanche. 1982: Rocky 3, l'Oeil du Tigre. 1983: Staying Alive. 1985: Rocky 4. 2006: Rocky Balboa. 2008: John Rambo. 2010: Expendables: Unité Spéciale.


Après avoir brillamment clĂ´turĂ© la saga Rocky avec Rocky Balboa, Sylvester Stallone, acteur et cinĂ©aste, dĂ©cide d'en faire de mĂŞme pour la trilogie Rambo, 20 ans après le semi-Ă©chec du 3è Ă©pisode. Renouant un peu avec l'Ă©tat d'esprit du premier film pour la dimension humaniste du vĂ©tĂ©ran repliĂ© sur lui mĂŞme (on le retrouve reclus en Thailande entrain de chasser les cobras pour les vendre Ă  un dresseur), John Rambo s'engage tout de mĂŞme Ă  renouer avec la voie du spectacle homĂ©rique Ă  grand renfort d'ultra-violence jusqu'au-boutiste. C'est bien simple, jamais un film de guerre n'Ă©tait allĂ© aussi loin dans la barbarie pour dĂ©noncer les horreurs du pays le plus totalitaire au monde (la Birmanie reste en guerre depuis plus de 60 ans en dĂ©pit de l'indiffĂ©rence des mĂ©dias !) et pour nous divertir de scènes d'action dĂ©coiffantes Ă  l'efficacitĂ© optimale. Un peu comme si Rambo 2, la mission s'Ă©tait incidemment retrouvĂ© la tĂŞte plongĂ©e dans une bassine de vitriol ! Exit donc la caricature d'une bande dessinĂ©e dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©e apte Ă  divertir son public de 7 Ă  77 ans, Stallone misant sur l'ultra rĂ©alisme d'un contexte de guerre animĂ© par l'emprise de la folie et de la haine.


A l'instar des exactions crapuleuses (et parfois diaboliquement inventives) quotidiennement perpĂ©trĂ©es par les soldats birmans sur une population prĂ©caire d'oĂą aucun enfant n'est Ă©pargnĂ© (Stallone refusant mĂŞme le hors-champs dans ses sĂ©quences les plus innommables !). Outre le caractère poignant des Ă©tats d'âme torturĂ©s de Rambo Ă  nouveau compromis par son sens du devoir Ă  rempiler une mission Ă  haut risque (sauver la vie d'un groupe de missionnaires religieux pris en otage dans un village), John Rambo assume le spectacle Ă©pique d'un film de guerre habitĂ© par la frĂ©nĂ©sie de la violence. Qu'elle soit purement gratuite du point de vue des soldats Birmans ou justifiĂ©e du cĂ´tĂ© des mercenaires hĂ©roĂŻques notamment impliquĂ©s dans une cause de survie. Dans ce maelstrom d'images apocalyptiques d'oĂą s'extrait une sauvagerie Ă  l'instinct primitif (Rambo arrachant de ses mains la gorge d'un geĂ´lier !), l'intrigue conjugue mission d'infiltration, stratĂ©gies d'attaques et de dĂ©fense et survival de dernier ressort avec une vigueur imperturbable ! Son pouvoir de fascination, son rĂ©alisme immersif et son sens jouissif de l'action explosive Ă©tant notamment vĂ©hiculĂ©s par l'autoritĂ© iconique de notre baroudeur une fois de plus contraint de reprendre les armes pour se donner une raison d'exister (celle de sauver la vie de son Ă©quipe et des missionnaires, en particulier un couple religieux). Et par cette occasion quasi suicidaire retrouver son blason de hĂ©ros face Ă  la considĂ©ration des survivants puis peut-ĂŞtre renouer avec sa paix intĂ©rieure.


Un spectacle monstrueux, Ă  feu et Ă  sang.
Pur divertissement d'action belliqueuse où les bravoures anthologiques se succèdent à une cadence effrénée, John Rambo réussit néanmoins à justifier sa barbarie graphique (corps déchiquetés, broyés, explosés, décapités, éventrés !) pour dénoncer le contexte historique de la dictature Birmane (le film reste chez eux officiellement interdit en salles et en video au risque d'encourir 10 ans de prison ou la perpétuité pour ceux qui en braveraient le règlement). Rehaussé du score intense de Brian Tyler et de la célèbre reprise de Jerry Goldmisth, Sylvester Stallone en profite pour redorer la stature écorchée de sa machine à tuer, à l'instar de son épilogue bouleversant auquel Rambo renoue avec la civilisation de sa patrie.

Rambo: http://brunomatei.blogspot.com/2011/08/rambo-first-blood.html
Rambo 2: http://brunomatei.blogspot.com/2011/12/rambo-2-la-mission-rambo-first-blood.html

Bruno Matéï
(2èx)