jeudi 3 décembre 2015

Les Vampires / I Vampiri

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site videowatchdog.com

de Riccardo Freda et Mario bava. 1956. Italie. 1h22. Avec Gianna Maria Canale, Carlo D'Angelo, Dario Michaelis, Wandisa Guida, Angelo Galassi, Antoine Balpêtré.

Sortie salles France: 27 Novembre 1957

FILMOGRAPHIE: Riccardo Freda (né le 24 février 1909 à Alexandrie, Égypte - mort le 20 décembre 1999 à Rome) est un réalisateur, scénariste et acteur italien. 1942 : Don César de Bazan
1945 : Toute la ville chante. 1946 : L'Aigle noir. 1948 : Les Misérables ou L'Évadé du bagne. 1948 : Le Cavalier mystérieux. 1949 : Le Fils de d'Artagnan. 1951 : La Vengeance de l'aigle noir. 1951 : Trahison. 1953 : Spartacus. 1953 : Les Mosaïques de Ravenne. 1954 : Théodora, impératrice de Byzance. 1956: Le Chateau des amants maudits. 1956 : Les Vampires. 1959 : Caltiki, le monstre immortel. 1960 : Le Géant de Thessalie. 1961 : Les Mongols (coréalisateur). 1961 : Le Géant à la cour de Kublai Khan. 1962 : Sept épées pour le roi. 1962 : Maciste en enfer. 1962 : L'Effroyable secret du docteur Hichcock. 1963 : Le Spectre du professeur Hichcock. 1964 : Les Deux Orphelines. 1964 : Roméo et Juliette. 1965 : L'Aigle de Florence. 1965 : Coplan FX 18 casse tout. 1966 : Roger la Honte. 1967 : Coplan ouvre le feu à Mexico.

Premier film d'horreur italien de l’après-guerre, Les Vampires rĂ©unit deux talents: Riccardo Freda, responsable de la première moitiĂ© du tournage menĂ©e en quinze jours, et Mario Bava, directeur de la photo et des effets spĂ©ciaux, qui prit en charge la seconde en seulement deux jours et demi après le dĂ©part prĂ©cipitĂ© de son comparse. La faute, dit-on, Ă  l’irascibilitĂ© de Freda selon Jean-Pierre Dionnet, qui l’avait personnellement frĂ©quentĂ© (voir interview du DVD français Ă©ditĂ© chez Carlotta). Après le succès de la Hammer, les Italiens exploitent Ă  leur tour le filon vampirique, mais en s’inspirant davantage de la sĂ©rie française Les Vampires de Louis Feuillade et du théâtre du Grand-Guignol ; un croisement Ă©trange entre nĂ©o-rĂ©alisme et classicisme gothique. Exit donc le vampire aristocrate, Van Helsing, la cape noire, l’ail et les canines : Freda a l’idĂ©e judicieuse de transposer l’action dans le Paris contemporain des annĂ©es 50.

Synopsis. 1956. Des cadavres de jeunes femmes sont repĂŞchĂ©s dans la Seine. On parle bientĂ´t d’un serial-killer surnommĂ© le Vampire. Puis c’est l’enlèvement d’une comĂ©dienne, Lorette Robert, qui embrase les journaux. Tandis que la police piĂ©tine, un journaliste s’obstine Ă  Ă©claircir l’affaire - au moment mĂŞme oĂą il se retrouve courtisĂ© par Giselle, nièce de la cĂ©lèbre duchesse du Grand.


Ce rĂ©cit inquiĂ©tant, alternant disparitions en sĂ©rie, expĂ©rimentations scientifiques et investigation journalistico-policière, distille un suspense habile grâce Ă  la rĂ©alisation soignĂ©e de Freda et Bava. Ensemble, ils transfigurent une scĂ©nographie gothique - château, crypte souterraine, chapelle, magnifiĂ©s par des plans stylisĂ©s d’un onirisme macabre - au cĹ“ur d’un contexte urbain moderne (le Paris des annĂ©es 50, bien que reconstituĂ© en Italie). Cette hybridation convoque par ailleurs l’Ă©pouvante Universal Ă  travers un duo de mĂ©decins proches du mythe du savant fou dĂ©vorĂ© par ses expĂ©rimentations occultes. En mĂŞlant vampirisme et quĂŞte de jeunesse Ă©ternelle, les auteurs renouvellent les codes sous l’impulsion d’un antagoniste fĂ©minin redoutablement sournois. Gianna Maria Canale (Ă©pouse Ă  la ville de Freda !) incarne, avec un charme glaçant et une arrogance souveraine, une hĂ©ritière avide d’Ă©lĂ©gance et de prospĂ©ritĂ©, prĂŞte Ă  tout pour conserver son Ă©ternelle jeunesse. Outre la violence latente de son tempĂ©rament lâche et cruel, ses apparitions vĂ©nĂ©neuses sont sublimĂ©es par les maquillages de Bava : sa transformation en temps rĂ©el dĂ©voile un visage dĂ©cati, atrocement repoussant - un effet spĂ©cial artisanal, d’une ingĂ©niositĂ© rare, inspirĂ© du Dr Jekyll and Mr Hyde de Rouben Mamoulian. Les meilleurs instants du film se cristallisent autour de sa perfidie, de ces confrontations morales oĂą elle dĂ©joue l’intrusion de ses ennemis dans l’ombre du manoir.

Efficace et captivant, portĂ© par une structure narrative originale oĂą enquĂŞte policière, expĂ©rimentations mĂ©dicales et vampirisme moderne se superposent dans un cadre nĂ©o-rĂ©aliste, Les Vampires demeure un divertissement d’une grande tenue - que Mario Bava transcende dans sa seconde partie par un esthĂ©tisme gothique d’une poĂ©sie sinistre et gracile.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

21.11.25. 3èx. Vostf

mercredi 2 décembre 2015

L'Enfant Miroir / The Reflecting Skin

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site paperblog.fr

de Philip Ridley. 1990. U.S.A. 1h36. Avec Viggo Mortensen, Lindsay Duncan, Jeremy Cooper, Sheila Moore, Duncan Fraser, David Longworth, Robert Koons.

Sortie salles France: 28 Novembre 1990

FILMOGRAPHIE: Philip Ridley est un réalisateur et scénariste anglais né le 29 Décembre 1964 à Londres. 1990: L'enfant miroir. 1995: Darkly Noon. 2009: Heartless.


RĂ©alisateur aussi discret que mĂ©connu, Philip Ridley signe en 1990 un coup de maĂ®tre avec L’Enfant Miroir. Un premier long-mĂ©trage bougrement ambitieux, rĂ©tif Ă  l’orthodoxie, tendu vers un formalisme rare pour dĂ©peindre un univers atypique, Ă  mi-chemin entre le conte de fĂ©es et le drame horrifique. Empruntant les thèmes de la vieillesse, de la mort, de la cruautĂ©, du sexe et de la perversitĂ©, L’Enfant Miroir est une odyssĂ©e sĂ©pulcrale, mĂ©lancolique, vue Ă  hauteur d’un bambin moralement perturbĂ©, livrĂ© Ă  lui-mĂŞme depuis la dĂ©mission parentale : un père soupçonnĂ© de crimes pĂ©dophiles, une mère rĂ©gnant par une autoritĂ© castratrice, tyrannique jusque dans ses châtiments expĂ©ditifs.

Synopsis: Au cĹ“ur de l'immensitĂ© des champs de blĂ©, d’un jaune incandescent, l’action s’ancre dans une bourgade rurale de l’AmĂ©rique des annĂ©es 50. En attendant le retour salvateur de son frère aĂ®nĂ©, parti au front, Seth fuit l’ennui dans des jeux sordides avec ses camarades — comme ce supplice infligĂ© Ă  un crapaud. TĂ©moin de cet acte gratuit, une voisine Ă©trange, Blue Dolphin, se prend d’intĂ©rĂŞt pour l’enfant. InvitĂ©e dans sa demeure, après un Ă©change autour de jeux morbides, Seth se persuade que, derrière la pâleur spectrale de cette veuve solitaire, se cache un vampire.


Ce pitch tortueux, dĂ©nuĂ© de raison, Ridley l’aborde Ă  la manière d’un conte macabre, rĂŞvĂ©, fantasmĂ© par un enfant fragile et esseulĂ©. FascinĂ© par la mort, hantĂ© par l’idĂ©e que son frère soit kidnappĂ© par « la femme », Seth dĂ©forme son monde malingre, alors que des cadavres d’enfants sont mystĂ©rieusement dĂ©couverts. Dans une mise en scène Ă©purĂ©e, baignĂ©e d’onirisme — tantĂ´t fĂ©erique, tantĂ´t morbide —, Philip Ridley rĂ©invente le langage cinĂ©matographique pour nous mener, main dans la main, vers une expĂ©rience mĂ©taphysique de la mort.

Abordant la peur de vieillir et du trĂ©pas Ă  travers le prisme de l’innocence, L’Enfant Miroir dĂ©route par l’Ă©motion fragile qu’il distille, Ă  travers l’enfant et le couple en Ă©treinte, Blue/Cameron. EnvoĂ»tant par son Ă©trangetĂ© solaire, baroque, pour le comportement pĂ©tulant d’adultes autoritaires envers l’enfant, Ridley construit une succession de scènes singulières autour du tĂ©moignage Ă©quivoque de Seth — bambin impĂ©nĂ©trable, impassible lorsqu’il Ă©coute les adultes.

Criant de naturel trouble dans son petit corps d’enfant, Jeremy Cooper incarne son personnage avec une intensitĂ© rare : un regard noir traversĂ© d’une innocence galvaudĂ©e. LittĂ©ralement transi d’Ă©moi et de fascination dans ce cheminement initiatique, il insuffle un humanisme teintĂ© de dĂ©sespoir dans sa ballade tortueuse avec les anges et la mort.


Jeux Interdits
Étrange, baroque, dĂ©rangeant, mais d’une beautĂ© capiteuse, gracile, flamboyante — L’Enfant Miroir est une expĂ©rience unique, tiraillĂ©e entre macabre et fĂ©erie. Un joyau noir, beau Ă  en pleurer (ces images crĂ©pusculaires et incandescentes qui dĂ©filent au rythme d’une partition Ă©lĂ©giaque !), une Ĺ“uvre sublime et dĂ©senchantĂ©e sur la quĂŞte insoluble de l’amour, seule promesse d’une jeunesse Ă©ternelle pour l’Ă©lu.

Bruno
10.05.25. 3èx. Vost

mardi 1 décembre 2015

CHUTE LIBRE. Prix Edgar-Allan-Poe du meilleur scénario.

                                                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site movieposter.com

"Falling Down" de Joel Schumacher. 1993. U.S.A. 1h52. Avec Michael Douglas, Robert Duvall, Barbara Hershey, Tuesday Weld, Rachel Ticotin, Frederic Forrest, Lois Smith.

Sortie salles France: 26 mai 1993. U.S: 26 février 1993

FILMOGRAPHIE: Joel Schumacher est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 29 aoĂ»t 1939 Ă  New York. 1981: The Incredible Shrinking Woman. 1983: SOS Taxi. 1985: St. Elmo's Fire. 1987: GĂ©nĂ©ration perdue. 1989: Cousins. 1990: L'ExpĂ©rience interdite. 1991: Le Choix d'aimer. 1993: Chute libre. 1994: Le Client. 1995: Batman Forever. 1996: Le Droit de tuer ? 1997: Batman & Robin. 1999: 8 millimètres. 1999: Personne n'est parfait(e). 2000 : Tigerland. 2002: Bad Company. 2002: Phone Game. 2003: Veronica Guerin. 2004: Le FantĂ´me de l'OpĂ©ra. 2007: Le Nombre 23. 2009: Blood Creek. 2010: Twelve. 2011: Effraction.


Réalisateur capable du pire comme du meilleur en de brèves occasions (selon mon avis personnel), Joel Schumacher réalise sans doute un de ses films les plus percutants avec Chute Libre. Une charge virulente contre l'hypocrisie du consumérisme du point de vue erratique d'un ingénieur de la défense tributaire de ses pulsions de revanche sur la société matérialiste. Alors qu'il tente de rejoindre son ex femme au foyer afin de souhaiter dignement l'anniversaire de sa fille, William Foster est en proie au pétage de plomb moral depuis sa condition d'exclu. Que ce soit auprès de son licenciement économique ou de son mariage raté, il décide aujourd'hui de prendre sa revanche sur son existence sinistrée, quand bien même la faune urbaine de citadins marginaux, arrogants ou nantis va déclencher chez lui une explosion de violence en perdition.


Film choc s'il en est pour la violence incontrĂ´lĂ©e du sujet nĂ©vrosĂ© et les thèmes brĂ»lants confĂ©rĂ©s au racisme et Ă  la cupiditĂ© que Joel Schumacher dĂ©peint au travers de seconds-rĂ´les, Chute Libre cultive un jeu de provocations aussi caustiques que jouissives chez le spectateur. S'identifiant pleinement au marasme social et Ă  la fragilitĂ© nĂ©vralgique de cet ex-ingĂ©nieur en voie de rĂ©bellion, nous parcourons son itinĂ©raire routard avec l'adrĂ©naline au ventre pour ses pulsions destructrices de revanche contre l'autoritĂ©. Outre l'intensitĂ© des sĂ©quences les plus spectaculaires (la prise d'otage dans le Fast-food, l'affrontement sanglant avec le gang des Chicanos) oĂą la dramaturgie des situations se conjugue Ă  l'absurditĂ© d'un comportement irresponsable, Chute Libre est transcendĂ© par la prĂ©sence symbolique de Michael Douglas. Portant littĂ©ralement le film sur ses Ă©paules, l'acteur se taille une carrure schizo aussi fascinante que malsaine dans ses sentiments d'aversion sociale mĂŞlĂ©s de dĂ©pit amoureux. Ses interventions inopinĂ©es et homĂ©riques provoquant chez nous une empathie gĂŞnĂ©e pour sa dĂ©cision de prĂ©cipiter l'acte de riposte auprès d'individus matĂ©rialistes, voir fĂ©tichistes pour le cas le plus pathologique. Sa rencontre exubĂ©rante avec un vendeur xĂ©nophobe et homophobe s'avĂ©rant l'un des moments les plus dĂ©rangeants quand on songe au degrĂ© de haine que peuvent vĂ©hiculer librement des individus primaires dans leur idĂ©ologie fasciste.


Avec une ironie caustique pas toujours du meilleur goĂ»t (en de brèves occasions) et au-delĂ  de l'inutilitĂ© de quelques sĂ©quences triviales (la fĂŞte d'anniversaire de l'inspecteur Prendergast au sein du commissariat, le portrait caricatural imparti Ă  son Ă©pouse dĂ©pressive), Joel Schumacher dresse avec Chute Libre l'aigre constat d'une sociĂ©tĂ© mercantile engluĂ©e dans l'affabulation et l'hypocrisie, quand bien mĂŞme les plus dĂ©munis tentent d'en tirer profit avec une insolence capricieuse (la sollicitation du Sdf gay, ou Ă  moindre Ă©chelle, la baignade du gardien et de sa famille chez son riche propriĂ©taire). Il en Ă©mane un divertissement aussi efficace qu'inquiĂ©tant dans le portrait imparti Ă  l'affable ingĂ©nieur, machine de guerre frondeuse engendrĂ©e par la suprĂ©matie de nos sociĂ©tĂ©s modernes. 

Dédicace à Franck Gossard
Bruno Matéï

lundi 30 novembre 2015

The Harvest

                                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmosphere.com

de John Mc Naughton. 2013. U.S.A. 1h48. Avec Michael Shannon, Samantha Morton, Natasha Calis, Charlie Tahan, Peter Fonda, Leslie Lyles.

Sortie salles: INEDIT

FILMOGRAPHIE: John Mc Naughton est un réalisateur américain, né le 13 Janvier 1950 à Chicago.
1984: Dealers in Death. 1986: Henry, portrait d'un serial killer. 1991: Sex, drugs, Rock and Roll. 1991: The Borrower. 1993: Mad Dog and Glory. 1996: Normal Life. 1998: Sexcrimes. 2000: Condo Painting. 2001: Speaking of sex. 2004: Redliners. 2009: Backstabbers. 2013: The Harvest.


Révélé par Henry, portrait d'un serial-killer, John Mc Naughton renoue de manière plus édulcorée avec le genre horrifique avec The Harvest. Plus précisément un thriller à suspense où s'y télescope efficacement le drame psychologique lorsqu'une famille dysfonctionnelle s'efforce de préserver la santé de leur jeune fils paraplégique. Mais l'arrivée fortuite d'une jeune voisine soucieuse du sort de l'adolescent va semer le désordre au sein de leur cellule. Un pitch facilement séduisant dans la manière leste dont John Mc Naughton juxtapose le thriller et le drame avec un sens du suspense modestement convaincant.


La condition estropiée d'Andy, l'humanisme fragile des parents et la suspicion de leurs comportements permettant au spectateur de s'y identifier avec une compassion interrogative. Eprouvant une inévitable empathie pour le sort d'Andy atteint de grave paralysie, le cinéaste nous confronte à son désarroi moral et physique (il est un fan de baseball) parmi le témoignage d'une jeune voisine, élément perturbateur car témoin-clef de circonstances aussi malchanceuses que profitables quant à la condition précaire d'Andy. En dépit de la fluidité de son intrigue soigneusement charpentée dosant avec juste mesure rebondissements et revirements, The Harvest tire-parti de son intensité dans la présence dépouillée des comédiens. Outre le plaisir de retrouver Michael Shannon (Take Shelter) dans celui du paternel lunatique, Samantha Morton en mère castratrice ou encore l'apparition annexe de Peter Fonda en grand-père avenant, la prestance de la néophyte Natasha Calis (découverte dans Possédée) leur vole la vedette tant elle apporte beaucoup de tension et de naturel à la progression de l'énigme en porte à faux. Endossant de manière étonnamment expressive (pour un si jeune âge) une investigatrice juvénile aussi craintive que burnée, la comédienne oscille sentiments d'amitié, d'anxiété et de courage avec une sobre vigueur pour le sort de son compagnon d'infortune.


Efficace thriller Ă  suspense soutenu de l'implication enjouĂ©e des comĂ©diens, The Harvest aborde les thĂ©matiques de l'amour maternel, de la maltraitance infantile et de la perte de l'ĂŞtre cher avec une dimension humaine Ă  la fois poignante et erratique. Un bon divertissement plutĂ´t agrĂ©ablement menĂ© mĂŞme si perfectible et assez gentillet dans sa globalitĂ©, surtout issu d'un auteur aussi rĂ©putĂ© que John Mc Naughton.

*Bruno.
29.01.25. Vost


vendredi 27 novembre 2015

Rocky. Oscar du Meilleur Film, 1977.

                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

de John G. Alvidsen. 1976. U.S.A. 2h00. Avec Sylvester Stallone, Talia Shire, Burt Young, Carl Weathers, Burgess Meredith, Thayer David, Joe Spinell

Sortie salles France: 25 Mars 1977. U.S: 3 Décembre 1976

FILMOGRAPHIE: John Guilbert Avildsen est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 21 dĂ©cembre 1935 Ă  Oak Park, en banlieue de Chicago dans l'Illinois. 1969 : Turn on to Love (en). 1970 : Guess What We Learned in School Today? 1970 : Joe, c'est aussi l'AmĂ©rique. 1971 : Cry Uncle! 1972 : Okay Bill. 1972 : Sauvez le tigre. 1975 : W.W. and the Dixie Dancekings. 1976 : Rocky. 1978 : Slow Dancing in the Big City. 1980 : La Formule. 1981 : Les Voisins. 1984 : KaratĂ© Kid. 1986 : KaratĂ© Kid : Le Moment de vĂ©ritĂ© 2. 1987: Happy New Year. 1988 : Et si on le gardait ? 1989 : KaratĂ© Kid 3 (The Karate Kid, Part III). 1989 : Lean on Me. 1990 : Rocky 5. 1992 : La Puissance de l'ange. 1994 : 8 secondes. 1999 : Inferno.


Oscars du Meilleur Film, Meilleur RĂ©alisateur et Meilleur Montage, Rocky reçut un succès planĂ©taire Ă  travers le monde (mĂŞme si en France le nombre d'entrĂ©es fut timorĂ©) pour marquer Ă  jamais plusieurs gĂ©nĂ©rations de spectateurs Ă©blouis par le rĂ©cit initiatique d'un boxeur de seconde zone hantĂ© par l'esprit de revanche. Un symbole du "rĂŞve amĂ©ricain" dans sa dĂ©termination, sa philosophie, sa labeur et son courage Ă  prouver aux yeux du monde qu'il n'est point un loser comme le sous-entend son passĂ© perfectible. Par le biais de ce personnage marginal inscrit dans la fragilitĂ© humaine et la volontĂ© de transcender son train de vie prĂ©caire, Rocky rĂ©vĂ©la aux yeux du public la future Ă©gĂ©rie du cinĂ©ma d'action moderne, Sylvester Stallone. L'acteur, littĂ©ralement habitĂ© par son statut symbolique, laissant libre court Ă  ses sentiments contradictoires de constance, d'endurance et d'angoisse de l'Ă©chec avec un humanisme romantique. A l'instar de l'idylle entamĂ©e avec Adrian que John G. Alvidsen dĂ©peint avec beaucoup d'humilitĂ©. TournĂ© en seulement 28 jours avec un budget de 1 075 000 dollars, le film en rapporta 225 000 000 $ aux quatre coins du monde alors que son thème, Gonna Fly Now, composĂ© par Bill Conti accèdera Ă  la première place du Billboard Hot 100 du 2 au 8 Juillet 1977. D'après un scĂ©nario entièrement Ă©crit par Sylvester Stallone, le film suit donc le parcours initiatique d'un boxer ayant l'opportunitĂ© de prouver ses atouts en affrontant un champion du monde de poids lourds le jour du bicentenaire.


Ainsi, avec une Ă©motion emplie de tendresse pour ces personnages, John G. Alvidsen brosse les portraits intimes de prolĂ©taires conscients de leur statut besogneux car hantĂ©s par la peur de l'Ă©chec, la dĂ©sillusion et l'hĂ©sitation d'affronter leur propre vie. Je songe surtout Ă  Paulie Pennino, l'ami de Rocky, boucher bourru dĂ©sespĂ©rĂ© Ă  l'idĂ©e de perdurer sa profession, quand bien mĂŞme sa soeur introvertie Adrian, occupe une place de vendeuse en animalerie avec une discrĂ©tion timorĂ©e. Par le biais de ce duo atone, Rocky va tenter d'y apporter une touche d'optimisme et de s'y faire une place empathique en courtisant de prime abord Adrian (ce qui nous vaut des scènes romantiques d'une pudeur Ă©motionnelle souvent poignante). Ces personnages de dĂ©soeuvrĂ©s truffĂ©s de fragilitĂ© dans leur condition d'exclu, John G. Alvidsen les filment avec une sobre dignitĂ©. Quand bien mĂŞme le personnage secondaire de Mickey, manager grincheux subitement Ă©pris d'empathie pour l'ambition de Rocky, intervient pour contrer l'angoisse de l'Ă©chec. Par consĂ©quent, Ă  travers les contradictions du manque de confiance et du dĂ©passement de soi, le parcours personnel de Rocky n'est pas de remporter la victoire pour le trophĂ©e d'une ceinture mais de rĂ©sister au combat, tenir la distance, marquer la cadence de l'endurance afin de tenir tĂŞte Ă  son adversaire jusqu'au dernier round. Ce qui donne lieu Ă  un combat final d'une intensitĂ© Ă©motionnelle ardue de par l'appĂ©tence morale de notre boxeur dĂ©libĂ©rĂ© Ă  parvenir jusqu'au bout de son dessein avec une fulgurante rĂ©signation.


A travers les plages intimistes d'une romance inscrite dans la candeur des sentiments, et par l'initiation morale d'un boxeur avide de revanche sur sa condition lambda, Rocky nous offre une leçon de vie et d'obstination avec une vibrante acuitĂ© Ă©motionnelle. Outre le caractère attachant de ces laissĂ©s pour compte que les comĂ©diens endossent avec une spontanĂ©itĂ© somme toute fragile, Rocky enivre les coeurs sous l'impulsion hĂ©roĂŻque d'une lĂ©gende de cinĂ©ma: Sylvester Stallone. Un grand moment de cinĂ©ma, une odyssĂ©e de l'espoir et du courage par le travail de l'endurance, et ce doublĂ© d'un noble hommage Ă  la pratique controversĂ©e de la boxe. 

DĂ©dicace Ă  StĂ©phane Passoni.
*Bruno

jeudi 26 novembre 2015

La Pluie du Diable / The Devil's Rain !

                                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site hollywood70.com

de Robert Fuest. 1975. U.S.A/Mexique. 1h27. Avec Ernest Borgnine, Tom Skerritt, Joan Prather, Eddie Albert, William Shatner, Ida Lupino, Woody Chambliss, Keenan Wynn, Claudio Brook, Erika Carlsson, George Sawaya, John Travolta

Sortie salles France: 27 juillet 1977. U.S: Juillet 1975.

FILMOGRAPHIE: Robert Fuest est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste anglais, nĂ© le 30 Septembre 1927 Ă  Londres, dĂ©cĂ©dĂ© le 21 Mars 2012. 1967: Just like a Woman. 1970: And soon the Darkness. 1970: Les Hauts de Hurlevent. 1971: L'Abominable Dr Phibes. 1972: Le Retour du Dr Phibes. 1973: Les DĂ©cimales du Futur. 1975: La Pluie du Diable. 1977: Three Dangerous Ladies. 1980: Revenge of the Stepford Wives (tĂ©lĂ©-film). 1981: The Big Stuffed Dog (tĂ©lĂ©-film). 1982: Aphrodite.


Relativement peu connu du public et oubliĂ© des cinĂ©philes, La Pluie du Diable fait office d'ovni horrifique pour sa thĂ©matique empruntĂ©e au satanisme auquel son esthĂ©tisme funĂ©raire fait tout le sel d'une narration assez superficielle. Sa rĂ©ussite formelle Ă©manant de son ambiance ombrageuse particulièrement palpable au sein d'un village fantĂ´me abritant une secte d'adorateurs du diable. Et donc, en dĂ©pit de son scĂ©nario linĂ©aire plutĂ´t redondant et sans vĂ©ritable surprise (si ce n'est la dĂ©couverte du rĂ©ceptacle des âmes maudites), La Pluie du Diable parvient nĂ©anmoins Ă  entretenir l'intĂ©rĂŞt grâce Ă  la cristallisation de cette atmosphère insolite implantĂ©e en plein dĂ©sert californien. Quand bien mĂŞme des suppĂ´ts encapuchonnĂ©s rĂ©citent leur prière dans une Ă©glise dĂ©saffectĂ©e après avoir dĂ©diĂ© leur âme auprès de leur gourou. Enlaidis d'un visage tumĂ©fiĂ© et de yeux Ă©nucléés, Robert Fuest y apporte une touche d'originalitĂ© pour leur physionomie difforme si bien que si la pluie venait Ă  s'abattre sur eux, leurs corps s'y liquĂ©fieraient jusqu'Ă  former une mare gĂ©latineuse sur le sol !


Récompensé du Prix des Meilleurs Effets Spéciaux au festival du Rex, ses séquences chocs sont assez convaincantes pour impressionner (et aussi divertir) le spectateur, témoin contemplatif d'un spectacle d'épouvante aussi inédit que délirant. Principalement lors de son final explosif auquel un orage purificateur y sèmera la zizanie alors que l'église se retrouve assiégée par les flammes. Epaulé d'une partition dissonante et d'une photo sépia mortuaire (horizon picturale d'une nature crépusculaire à l'appui) de toute beauté, le film fait preuve d'une volonté expérimentale à nous immerger dans les manigances occultes d'une secte multipliant les sacrifices humains afin d'asseoir leur suprématie. L'intrigue se focalisant sur le patrimoine d'une famille maudite auquel l'un des membres, Jonathan Corbis, jura de se venger après avoir été condamné au bûcher. 300 siècles plus tard, par on ne sait quel miracle, ce dernier réapparaît d'entre les morts pour perdurer sa doctrine sataniste auprès de ses disciples en ascension. Mais pour parfaire son dessein et y sacrifier les âmes, il doit être en possession d'un précieux livre qu'un de ces ancêtres sauvegarde secrètement. Une intrigue parfois confuse résolument étrange qui parvient néanmoins à convaincre, à captiver par le biais d'une distribution impliquée (on y croise le vétéran Ernest Borgnine, Tom SkerrittWilliam Shatner et même John Travolta lors d'une apparition furtive !) tout en conférant une certaine empathie au sort précaire de la famille Preston. Pour l'anecdote, aussi étonnante que troublante, et afin de renforcer la véracité des faits diaboliques, Anton Szandor LaVey, créateur de l'Eglise de Satan édifiée en 1966, fut consultant et figurant durant les scènes des divers rituels.


En dĂ©pit d'une intrigue sommaire donc et d'un suspense Ă  court de carburant, La Pluie du Diable puise son charme formel et son intĂ©rĂŞt ludique dans la cristallisation d'une atmosphère dĂ©moniaque littĂ©ralement ensorcelante. Il y Ă©mane une excellente sĂ©rie B occulte, efficace, baroque et parfois mĂŞme impressionnante pour la parenthèse des scènes-chocs. Une expĂ©rience sataniste aussi convaincante dans sa description emphatique d'un sĂ©minaire Ă  la fois obscure, ombrageux, laconique, macabre.   

*Bruno
4èx. Vostf

Récompenses: Prix du meilleur second rôle féminin pour Ida Lupino, par l'Académie des films de science-fiction, fantastique et horreur en 1976.
Prix des meilleurs effets spéciaux, lors du sixième festival du film fantastique de Paris en 1977.


mardi 24 novembre 2015

Y'a-t-il un pilote dans l'avion ? / Airplane !

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site board.dailyflix.net

de Jim Abrahams, David Zucker, Jerry Zucker. 1980. U.S.A. 1h25. Avec Robert Hays, Julie Hagerty, Lloyd Bridges, Leslie Nielsen, Robert Stack, Peter Graves, Kareem Abdul-Ja.

Sortie salles France: 24 septembre 1980. U.S: 2 juillet 1980

FILMOGRAPHIE: Les ZAZ est un trio de rĂ©alisateurs, scĂ©naristes et producteurs amĂ©ricains que reprĂ©sentent les frères Zucker (David Zucker et Jerry Zucker) et Jim Abrahams. 1977 : Hamburger film sandwich. 1980 : Y a-t-il un pilote dans l'avion ? 1982 : SĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e Police Squad. 1984: Top secret ! 1986: Y a-t-il quelqu'un pour tuer ma femme ? 1988: Y a-t-il un flic pour sauver la reine ? 1991: Y a-t-il un flic pour sauver le prĂ©sident ? 1994: Y a-t-il un flic pour sauver Hollywood ?


PrĂ©curseur de la parodie survoltĂ©e dans laquelle chaque gag fuse en moyenne toutes les 10 secondes, Y a-t-il un pilote dans l'avion ? Ă©branla le public et la critique des annĂ©es 80 peu habituĂ©s Ă  frĂ©quenter une comĂ©die aussi dĂ©sopilante. Pastichant les films catastrophes des Seventies, particulièrement A l'heure zĂ©ro et la sĂ©rie des Airport, cette comĂ©die frĂ©nĂ©tique assura la notoriĂ©tĂ© d'un trio de rĂ©alisateurs surnommĂ© ZAZ alors qu'il s'agissait de leur second long mĂ©trage. 

Le pitchA destination de Chicago, les passagers et pilotes d'un avion sont victimes d'une intoxication alimentaire provenant du poisson avarié. Après avoir installé le pilote automatique, un praticien et une éminente hôtesse, Elaine Dickison, suggèrent l'aide d'un éventuel pilote parmi les voyageurs. C'est là qu'intervient Ted Striker, l'ancien petit ami d'Elaine embarqué à bord depuis qu'il tente en ultime recours de la reconquérir. C'est le début d'une nuit de panique qu'endurera tout l'équipage alors que Ted tentera par tous les moyens d'imposer un atterrissage forcé aux supérieurs de la tour de contrôle.


Pratiquant sans modĂ©ration l'humour nonsensique et l'hyperbole afin de surenchĂ©rir un suspense catastrophiste gagnĂ© d'hilaritĂ©, Y a-t-il un pilote dans l'avion ? fait preuve d'une insolence effrontĂ©e sous l'impulsion de personnages tous plus erratiques les uns les autres. Les gags visuels autant que verbaux fusant tous azimuts pour alterner Ă©clats de rire et sourires radieux aux moments les moins frappadingues. Car si tout n'est pas du meilleur goĂ»t, la bonne humeur qui Ă©mane des comĂ©diens en roue libre et le dĂ©chaĂ®nement d'idĂ©es absurdes et grotesques dĂ©filant au rythme d'une progression dramatique parviennent Ă  pallier certains rares couacs dĂ©bridĂ©es. Outre l'irrĂ©sistible cocasserie qu'insufflent chacun des seconds-rĂ´les impliquĂ©s dans un contexte d'extrĂŞme danger, le rĂ©cit est dominĂ© par la prĂ©sence saugrenue de Robert Hays incarnant avec un naturel volontairement empotĂ© un pilote faillible en initiation hĂ©roĂŻque. DĂ©peignant en sous intrigue sa romance avec l'hĂ´tesse de l'air, Julie Hagerty lui partage la vedette avec un charme aussi innocent que sĂ©millant, Ă  l'imnstar de sa silhouette filiforme discrètement sensuelle. Ce duo improbable partagĂ© entre les instincts de survie et de reconquĂŞte amoureuse parvient Ă  nous familiariser dans la simplicitĂ© d'une complicitĂ© amiteuse bientĂ´t rattrapĂ©e de regain de tendresse. De cette romance en ascension Ă©mane une entraide folingue quand bien mĂŞme de multiples flashback vont venir nous rappeler de quelle manière Ă  pu dĂ©buter leur accointance. A savoir, sur la piste d'une danse disco faisant rĂ©fĂ©rence parodique Ă  la Fièvre du Samedi soir !


Huis-clos de tous les dangers oĂą les catastrophes les plus incongrues se dĂ©chaĂ®nent sans rĂ©pit Ă  bord d'un avion animĂ© d'hystĂ©rie collective, Y a-t'il un pilote dans l'avion ? n'a pas volĂ© sa rĂ©putation de comĂ©die culte tant la verve insolente du trio ZAZ fait des Ă©tincelles sous l'impulsion de gags et clins d'oeil aussi givrĂ©s que dĂ©complexĂ©s. Un authentique chef-d'oeuvre dont il est impossible de se lasser. 

*Bruno
3èx

lundi 23 novembre 2015

Elmer, le remue méninge / Brain Damage

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site avoir-alire.com

de Frank Henenlotter. 1987. U.S.A. 1h25. Avec Rick Herbst, Gordon McDonald, Jennifer Lowry, Lucille Saint-Peter, John Zascherle.

Sortie salles U.S: 15 Avril 1988

FILMOGRAPHIE: Frank Henenlotter est un réalisateur américain de films d'horreur né le 29 août 1950 à New-York. 1982: Frères de sang. 1988: Elmer, le remue-méninges. 1990: Frères de sang 2. 1990: Frankenhooker. 1992: Frères de Sang 3. 2008: Sex Addict.


Six ans après avoir surpris les amateurs d’horreur mal Ă©levĂ©e avec Frères de sang, Frank Henenlotter renoue avec le culte d’une sĂ©rie B underground toujours aussi effrontĂ©e et crapoteuse. Elmer retrace avec un humour noir acĂ©rĂ© la dĂ©liquescence morale d’un junkie soumis Ă  la liqueur qu’une crĂ©ature lui injecte dans la nuque. Seul prix Ă  payer pour ce paradis artificiel : sacrifier d’innocentes victimes afin de nourrir l’appĂ©tit vorace de son nouveau compagnon, incapable de subsister sans dĂ©vorer un cerveau humain. MĂ©taphore Ă©vidente de l’emprise narcotique, Elmer, le remue-mĂ©ninges joue la carte du divertissement gore Ă  renfort de sĂ©quences cradingues d’une efficacitĂ© redoutable, quand l’humour ravageur assume crânement le mauvais goĂ»t de situations lubriques (l’infâme scène de fellation alternant rire nerveux et dĂ©goĂ»t viscĂ©ral).


Grâce Ă  l’inventivitĂ© des morceaux de bravoure gore et Ă  la rigueur d’effets spĂ©ciaux artisanaux, Henenlotter parvient Ă  amuser et donner vie Ă  une crĂ©ature phallique aussi atypique que faussement amicale. D’abord charmeur, Elmer se rĂ©vèle rapidement cynique et sournois dès lors que l’on comprend les aboutissants de sa dĂ©marche perfide. Par la complicitĂ© toxique entre la bestiole et le jeune Ă©tudiant, le film nous entraĂ®ne dans une odyssĂ©e meurtrière dĂ©lirante, tandis que Brian sombre dans des hallucinations psychĂ©dĂ©liques, ignorant la posture criminelle qui le consume. Oscillant entre horreur morbide et fĂ©erie onirique (score envoĂ»tant Ă  l’appui), Elmer cultive une fascination immersive, nous embarquant dans un trip tour Ă  tour stimulant et cauchemardesque. Henenlotter ne lĂ©sine pas sur la violence sanguinolente, avec une verdeur inattendue.

Si la conduite minimaliste du scĂ©nario peut laisser sur sa faim, le film captive irrĂ©mĂ©diablement sous l’impulsion excentrique du duo Brian/Elmer, tandis qu’un couple de vieillards erratiques (anciens propriĂ©taires de la crĂ©ature) tente frĂ©nĂ©tiquement de retrouver sa trace, l’Ă©cume aux lèvres. En dĂ©pit du jeu bancal de quelques seconds rĂ´les amateurs, Rick Herbst convainc pleinement, incarnant avec intensitĂ© l’euphorie addictique et les crises de manque atroces qui le dĂ©chirent lors de la dernière partie. Un final sanglant, dĂ©bridĂ©, culminant sur une dernière image d’une singularitĂ© fantasmagorique.


DrĂ´lement morbide, cartoonesque et ultra-violent, Elmer le remue-mĂ©ninges distille une insolente libertĂ© de ton dans son cocktail de mauvais goĂ»t assumĂ© et d’horreur salace. Plus de quarante ans après sa sortie, Frank Henenlotter demeure un franc-tireur du genre : insolent, imaginatif, persifleur, livrant sans prĂ©tention une diatribe furieuse contre les mirages mortifères de la drogue. Indispensable. 

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
5èx

ROSALITA, POUR UNE POIGNEE DE SPAGHETTIS 2


de Pascal Frezzato. 2015. France. 16 minutes. Avec Bruno Dussart, Krystin Chaplain, Patrick Lalande, Martial Marie, Adrien Erault, Dominique Botras.

FILMOGRAPHIE: Pascal Frezzato est un réalisateur français de court-métrage, né le 4 Décembre 1972.
2010/11: Predator. 2012: Le Règne des Insectes. 2013: Memory of the dead. 2014: Pour une poignée de Spaghettis. 2015: Rosalita: Pour une Poignée de Spaghettis 2.

                                                          Court visionnable ci-dessous:
                                 https://www.dailymotion.com/…/x3eye27_per-un-pugno-di-spagh…


Suite au bouche Ă  oreille enthousiaste des spectateurs internautes, Pascal Frezzato s'entreprend de rĂ©aliser une suite au dĂ©tonnant Pour une poignĂ©e de Spaghettis en y ajoutant cette fois-ci une touche fĂ©minine en la prĂ©sence lumineuse de Krystin Chaplain. L'actrice, charismatique en diable dans sa pĂ©tulance, volant quasiment la vedette au personnage de l'Etranger ici sĂ©vèrement raillĂ© et malmenĂ©. Si le premier volet Ă©tait parvenu Ă  distraire efficacement dans son lot de cocasseries, d'action et d'effet de surprise couillu, cette suite techniquement plus ambitieuse compte sur l'action trĂ©pidante des règlements de compte tout en continuant de surfer sur la science-fiction parmi l'attirail d'effets spĂ©ciaux numĂ©riques. Sur ce point, Pascal Frezzato continue d'y soigner sa topographie avec un sens du bricolage et du dĂ©tail faisant souvent illusion. On peut mĂŞme prĂ©tendre qu'il s'agit lĂ  de sa plus belle rĂ©ussite depuis l'entreprise de son premier court: Predators. Alors qu'il dĂ©ambule au milieu de nulle part afin de retrouver une fugitive du nom de Rosalita, l'Etranger est lâchement blessĂ© par cette dernière. Fait prisonnier par une Ă©quipe de mercenaires, il va tenter en dĂ©sespoir de cause de prendre la poudre d'escampette. Mais l'autoritĂ© opiniâtre de Rosalita va le contraindre Ă  nouveau au baroud d'honneur du duel. 


Ce pitch d'une linĂ©aritĂ© scolaire, Pascal Frezzato l'exploite assez efficacement grâce au sens du cadrage, Ă  la clartĂ© des bruitages, Ă  la rigueur du montage (Ă  un ou deux faux raccords près), au stylisme de la mise en scène ayant parfois recours aux plans vertigineux (utilisation d'un drone pour ceux aĂ©riens) et au caractère Ă©pique des Ă©changes de tir belliqueux. "L'Ă©tranger" usant notamment de sa technologie futuriste pour duper l'agressivitĂ© meurtrière de ses assaillants. Si l'effet de surprise ne joue plus quant Ă  l'origine du hĂ©ros, les genres dĂ©tournĂ©s du western et de la science-fiction communient Ă  merveille grâce Ă  sa scĂ©nographie flamboyante (photo ocre Ă  l'appui), l'inventivitĂ© des gadgets futuristes et la prĂ©sence plus ostensible du vaisseau spatial. Sur ce dernier point, Pascal Frezzato filme cette apparition et son atterrissage Ă  la manière d'un ballet dantesque (score lyrique Ă  l'appui) afin d'insuffler chez le spectateur le mĂŞme sentiment de fascination que les antagonistes Ă©prouvent sans flĂ©chir. Quant au jeu perfectible des comĂ©diens cabotins issue de l'enseigne Z, il s'avère tantĂ´t habile, tantĂ´t maladroit, quand bien mĂŞme la rutilante Krystin Chaplain fait preuve d'intense Ă©loquence Ă  exprimer ses sentiments castrateurs sous l'impulsion d'un regard fĂ©lin. Quand au final, inopinĂ© dans l'issue de la rivalitĂ© musclĂ©e, Pascal Frezzato prend le parti-pris de bousculer les habitudes du spectateur dans son refus du traditionnel happy-end. Un duel d'autant plus inĂ©quitable que le hĂ©ros maltraite sa partenaire avec une certaine violence misogyne. Il en Ă©mane un sentiment de frustration selon l'interprĂ©tation du spectateur, sachant qu'en inversant subitement les rĂ´les on ne sait plus trop vraiment Ă  qui accorder le bĂ©nĂ©fice de l'hĂ©roĂŻsme. En tous cas, cette conclusion Ă  contre emploi des codes traditionnels ose se dĂ©marquer de la routine tout en prenant le risque de dĂ©stabiliser le spectateur (quitte Ă  peut-ĂŞtre le dĂ©cevoir), ce qui n'est pas nĂ©gligeable.


InĂ©vitablement moins surprenant que le premier opus mais techniquement plus soignĂ© et tout aussi fun dans l'harmonie de son action fougueuse et l'usage dĂ©lirant des trucages numĂ©riques, Pascal Frezzato consolide un sympathique divertissement Z inscrit dans la sincĂ©ritĂ© et l'Ă©motion, Ă  l'instar de la complicitĂ© dĂ©vouĂ©e des comĂ©diens en herbe. 

Remerciement à toute l'équipe ^^
Bruno Matéï

Le film:
https://www.dailymotion.com/…/x3eye27_per-un-pugno-di-spagh…
Pour rappel, la 1ère partie : http://www.dailymotion.com/…/x28si2w_per-un-pugno-di-spaghe…
La Chronique de la 1ère partie: http://brunomatei.blogspot.fr/…/per-un-pugno-di-spaghetti-p…

vendredi 20 novembre 2015

L'Echelle de Jacob. Grand Prix de l'étrange, Prix de la critique et Prix du public, Avoriaz 1991.

                                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site horrorpedia.com

"Jacob's Ladder" de Adrian Lyne. 1990. U.S.A. 1h53. Avec Tim Robbins, Elizabeth Peña, Danny Aiello, Matt Craven, Pruitt Taylor Vince, Jason Alexander.

Sortie salles France: 16 janvier 1991. U.S: 2 novembre 1990.

FILMOGRAPHIE: Adrian Lyne est un rĂ©alisateur et producteur britannique, nĂ© le 4 Mars 1941 Ă  Peterborough (Grande Bretagne). 1980: Ca plane les filles. 1983: Flashdance. 1986: 9 semaines et demi. 1987: Liaison Fatale. 1990: L'Echelle de Jacob. 1993: Proposition IndĂ©cente. 1997: Lolita. 2002: Infidèle. Prochainement: Back Roads.


Grand Prix de l'étrange, Prix de la critique et Prix du public à Avoriaz en 1991, classé comme l'un des 10 films les plus terrifiants de tous les temps selon certains sites spécialisés, l'Echelle de Jacob aborde le thème de la drogue synthétique que certains chimistes auraient expérimenté sur des soldats ricains afin de décupler leur performance physique au front vietnamien. Inspiré d'évènements réels quant à l'utilisation frauduleuse du Benzilate de 3-quinuclidinyle que le Pentagone s'est toujours forcé de nier (ce que surligne le générique de fin), l'Echelle de Jacob est une descente aux enfers paranoïde lorsque la réalité du quotidien se télescope parmi les hallucinations d'un groupe de survivants soumis à leurs effets secondaires psychotiques. Mais sous ses allures de thriller d'épouvante aussi oppressant qu'éprouvant (notamment ce prologue belliqueux illustrant de façon erratique le carnage d'un guet-apens) se cache un douloureux drame psychologique du point de vue de Jacob. Un ancien vétéran du Vietnam sévèrement molesté par ces visions de cauchemar surgissant de son esprit sans prévenir. A ce titre, plusieurs visions d'effroi nous ébranlent durablement l'esprit lorsque que le héros, déjà fragilisé par son expérience du Vietnam et la mort de son fils, assiste impuissant à endurer ses images démoniaques.


C'est donc une terreur "psychologique" que nous illustre froidement Adrian Lyne par le biais de ce cobaye en perdition, d'autant plus isolĂ© Ă  combattre son mal-ĂŞtre depuis la dĂ©mission de ses collègues et celui de son avocat. Pour pimenter la donne, certains de ses comparses tous aussi marquĂ©s par la guerre sont sujets Ă  d'Ă©tranges incidents mortels quand bien mĂŞme la tĂŞte de Jacob se retrouve mise Ă  prix par une organisation mafieuse ! Avec l'originalitĂ© d'un tel scĂ©nario inspirĂ© d'un fait rĂ©el et tĂ©moignant du trauma de la guerre sous un aspect baroque rarement abordĂ©, l'intrigue dĂ©gingandĂ©e passionne de bout en bout sous l'impulsion d'un Tim Robins habitĂ© par l'aliĂ©nation. De par sa prestance viscĂ©rale nĂ©vrosĂ©e oĂą l'angoisse suinte de chaque pore de son visage, sa prĂ©sence malingre distille un climat malsain terriblement anxiogène au fil de son investigation Ă  tenter de percer les aboutissants de sa pathologie et Ă  dĂ©noncer au grand jour les expĂ©rimentations de la guerre chimique. Outre le fait de cafarder ces pratiques immorales de l'armĂ©e amĂ©ricaine, Adrian Lyne aborde en annexe une rĂ©flexion spirituelle vis Ă  vis du cheminement introspectif de Jacob. Par le biais de sĂ©quences intimistes imparties Ă  l'innocence sacrifiĂ©e, l'Echelle de Jacob Ă©voque notamment la perte de l'ĂŞtre aimĂ©e et la peur de la mort avec une Ă©motion poignante jamais sirupeuse. Spoil ! La mort ici rĂ©demptrice et apaisante venant clarifier la donne pour dĂ©livrer notre hĂ©ros de sa condition torturĂ©e. Fin du Spoil ! 


Malsain et dĂ©rangeant, anxiogène et proprement terrifiant auprès de ses multiplies visions de cauchemar sorties de l'enfer, l'Echelle de Jacob insuffle un malaise paranoĂŻaque au spectateur embarquĂ©, comme le hĂ©ros, dans un bad-trip expĂ©rimental sans Ă©chappatoire. Un grand film d'Ă©pouvante donc communiĂ© Ă  l'intensitĂ© du drame humain car entièrement dĂ©diĂ© Ă  la psychologie d'une souffrance schizophrène. 

Dédicace à Pand Emy

*Bruno
28.08.24.
3èx. Vostfr

Récompenses: Grand Prix de l'étrange, Prix de la critique et Prix du public au Festival international du film fantastique d'Avoriaz 1991.

jeudi 19 novembre 2015

BLUE STEEL

                                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site nitehawkcinema.com

de Kathryn Bigelow. 1990. U.S.A. 1h42. Avec Jamie Lee Curtis, Ron Silver, Clancy Brown, Elizabeth Peña, Louise Fletcher, Philip Bosco, Kevin Dunn.

Sortie salles France: 25 Avril 1990. U.S: 16 Mars 1990

FILMOGRAPHIE: Kathryn Bigelow est une réalisatrice et scénariste américaine, née le 27 Novembre 1951 à San Carlos, Californie (Etats-Unis).
1982: The Loveless (co-réalisé avec Monty Montgomery). 1987: Aux Frontières de l'Aube. 1990: Blue Steel. 1991: Point Break. 1995: Strange Days. 2000: Le Poids de l'eau. 2002: K19. 2009: Démineurs. 2012: Zero Dark Thirty.


Trois ans après son sublime western vampirique, Near DarkKathryn Bigelow s'attelle au genre policier avec Blue Steel. Un thriller noir Ă  la lisière de l'horreur lorsqu'un boursier, fascinĂ© par l'hĂ©roĂŻsme d'une flic novice, s'empresse de la sĂ©duire pour l'inciter Ă  un duel de longue haleine après avoir dĂ©robĂ© le flingue d'un braqueur d'Ă©picerie. A mi chemin entre Liaison Fatale (pour la romance puis le harcèlement du tueur dĂ©libĂ©rĂ© Ă  tyranniser sa victime fĂ©minine) et Un justicier dans la ville (pour le ressort vindicatif de cette dernière dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  bafouer les lois depuis l'incrĂ©dulitĂ© de ses supĂ©rieurs), Blue Steel multiplie rebondissements musclĂ©s et exactions sanglantes au sein d'une mĂ©galopole soigneusement documentĂ©e. Baignant dans une photo azur, le stylisme imparti Ă  la mise en scène fait preuve d'esthĂ©tisme lĂ©chĂ© parmi le score envoĂ»tant de Brad Fiedel conçu pour sa part Ă  alimenter un climat de sĂ©duction poisseux autour de l'inimitiĂ© des amants maudits.


Par le biais d'une intrigue aussi tortueuse que charpentĂ©e, Kathryn Bigelow brosse admirablement deux portraits sur la corde raide. Celui glaçant d'un sociopathe fascinĂ© par les armes Ă  feu et l'autoritĂ© de la mort, ce dernier jubilant de perversitĂ© Ă  observer du regard des victimes leur peur lorsque l'arme est ciblĂ©e contre eux. Et le profil pugnace d'une jeune flic en herbe pleine de constance Ă  pourchasser son ennemi tout en s'efforçant de prouver ses capacitĂ©s professionnelles afin de convaincre le scepticisme de ses supĂ©rieurs. HantĂ© par sa dĂ©ficience schizophrène (crises incontrĂ´lĂ©es de dĂ©mence Ă  l'appui !), Ron Silver endosse un tueur cynique redoutablement retors dans ses stratĂ©gies d'attaques pour la victime molestĂ©e et dans ses subterfuges Ă  dĂ©jouer les preuves policières. D'un charisme longiligne dans son costume de flic taillĂ© sur mesure, Jamie Lee Curtis lui partage la vedette avec sensualitĂ© et hĂ©roĂŻsme martial dangereusement vĂ©nĂ©neux. De par ses pulsions vindicatives toujours plus addictives Ă  courser le criminel depuis son impuissance d'assister Ă  l'agonie de ses proches. Oscillant un jeu du chat et de la souris puis une chasse Ă  l'homme de dernier ressort en plein centre urbain, Kathryn Bigelow convoque un duel Ă  bout de souffle entre la victime et son persĂ©cuteur. Et si la succession de rebondissements parfois outranciers du dernier acte finissent malgrĂ© tout par ternir leur affrontement psychologique, la manière haletante dont l'intrigue est coordonnĂ©e et le savoir-faire technique de la rĂ©alisation finissent par transcender ses menus dĂ©fauts.


En dĂ©pit de son final ostentatoire un peu fort de cafĂ© pour les escapades du tueur rendu increvable, Blue Steel insuffle un climat trouble de fascination dans le portrait du schizophrène transi d'Ă©motivitĂ© perverse. Quand bien mĂŞme Jamie Lee Curtis lui dispute la vedette dans une fonction de flic novice attisĂ©e par une soif de justice et une volontĂ© de convaincre ses atouts professionnels. Un thriller rondement menĂ© donc autour d'une atmosphère urbaine aussi dĂ©lĂ©tère que magnĂ©tique. 

Bruno Matéï
3èx

Récompenses: Mention spéciale pour Jamie Lee Curtis, lors du Festival du film policier de Cognac en 1990.
Prix de la meilleure actrice et nomination au prix du meilleur film, lors du Mystfest en 1990.


mercredi 18 novembre 2015

Killing Zoe

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinefacts.de

de Roger Avary. 1993. U.S.A/France.1h39 (Director's cut). Avec Eric Stoltz, Jean-Hugues Anglade, Julie Delpy, Tai Thai, Bruce Ramsay, Kario Salem.

Sortie salles France : 31 août 1994 (Interdit aux - de 16 ans). États-Unis : septembre 1994

FILMOGRAPHIE: Roger Avary est un réalisateur et scénariste canadien né le 23 août 1965 à Flin Flon, Manitoba. 1993 : Killing Zoe. 1995 : Mr Stitch. 2003 : Les Lois de l'attraction. 2005 : Glitterati.


ExpĂ©rience cinĂ©gĂ©nique comparable au trip hallucinogène oscillant les effets de drogues dures (Acide, HĂ©ro, Coco), Killing Zoe rĂ©invente le film de braquage au grĂ© d'une ambiance horrifique immersive. Roger Avary crĂ©ant Ă  l'aide d'une scĂ©nographie d'un rouge criard (les couloirs et chambres du sous-sol oĂą sont entreposĂ©s les lingots d'or) un univers cauchemardesque au sein d'un Ă©tablissement pris en otage par une escouade de psychopathes effrontĂ©s. GĂ©nialement exubĂ©rant, Jean Hugues Anglade se prĂŞte au jeu psychotique du leader toxicomane avec une verve sardonique et irascibilitĂ© imprĂ©visible. Entièrement vĂŞtu de noir dans sa posture filiforme et sa chevelure raide, l'acteur insuffle une prĂ©sence dĂ©lĂ©tère aussi rĂ©pulsive que fascinante. A l'instar de son flegme quasi imperturbable d'y rĂ©futer la peur depuis la prĂ©sence policière quadrillant l'extĂ©rieur de l'enceinte. Si le scĂ©nario Ă©culĂ© s'avère d'une limpiditĂ© scolaire, la manière opĂ©ratique de porter Ă  l'Ă©cran cette sanglante prise d'otages ne cesse (heureusement) de nous surprendre et d'y dĂ©tourner les codes (notamment le rĂ´le insaisissable imparti aux forces de l'ordre dont nous ne verrons jamais le visage Ă  l'Ă©cran). Tant auprès de son climat baroque quasi indicible que de l'excentricitĂ© (j'insiste) des preneurs d'otages pleins de sĂ©rĂ©nitĂ© et de fantaisie (Ă  l'instar de leur visage recouvert d'un masque grotesque). A titre Ă©loquent, l'un d'eux Ă©noncera de façon expansive une blague salace Ă  ses comparses face au tĂ©moignage mĂ©dusĂ© des otages, quand bien mĂŞme leur leader se confine tranquillement dans les wc pour s'offrir un shoot en guise de jouissance.


Or; prenant pour cadre la mĂ©tropole parisienne sous son aspect noctambule, la première partie s'oriente sur les dĂ©fonces et beuveries rĂ©cursives de nos braqueurs confinĂ©s dans leur appartement avant d'aller s'engouffrer dans la cave d'un cabaret. Par le biais d'une rĂ©alisation expĂ©rimentale oĂą l'image se dĂ©forme au fil de leur Ă©tat avinĂ©, Roger Avary parvient de manière Ă©thĂ©rĂ©e Ă  nous faire retransmettre les sensations du trip que nos antagonistes Ă©prouvent face au tĂ©moignage novice du perceur de coffre peu habituĂ© Ă  tant de stupre (Eric Stoltz endossant la fonction d'un professionnel Ă©mĂ©rite avec une attitude paradoxalement docile). La seconde partie, toute aussi sensorielle et immersive, nous invite enfin Ă  participer au braquage escomptĂ© Ă  l'instar d'une vertigineuse descente vers l'enfer. Les sous-sols de l'Ă©tablissement confĂ©rant une atmosphère sĂ©pulcrale au fil des exactions meurtrières du leader habitĂ© par le vice et le goĂ»t du sang. A partir du moment oĂą les otages vont se confronter aux exactions alĂ©atoires des gangsters, Killing Zoe se transforme en farce sardonique oĂą les coups les plus couards y seront permis sous l'impulsion de dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s en perte de vitesse. BĂŞtes et mĂ©chants, ces derniers vont non seulement se confronter Ă  la bravoure de certains otages mais aussi s'entretuer lors d'une dĂ©chĂ©ance suicidaire Et ce avant que la police n'intervienne Ă  son tour pour surenchĂ©rir le chaos. A travers ces explosifs règlements de compte, ces comportements dĂ©lurĂ©s et la position vaillante du second-rĂ´le fĂ©minin (superbe Julie Delpy en douce catin insurgĂ©e !), Roger Avary joue avec nos nerfs avec une diabolique maĂ®trise et vigueur Ă©motive Ă©prouvante.


Speedball
ConcentrĂ© d'adrĂ©naline et d'ultra violence sardonique Ă  corps perdu, Killing Zoe s'Ă©difie en vilain petit canard dans son brassage de vulgaritĂ©, de provocations assumĂ©es et de dĂ©lire en roue libre. ExpĂ©rience sensitive en compagnie marginale de psychopathes shootĂ©s Ă  la coke, ce bad-trip s'avère sans conteste le film de braquage le plus violent, brillĂ©, atypique et couillu vu sur la toile avant qu'une romance ne vienne un peu adoucir la donne parmi le duo complĂ©mentaire Eric Stoltz/Julie Delpy. Une rĂ©fĂ©rence culte Ă  ne pas mettre entre toutes les mains.  

*Bruno
23.04.24. 4èx 

mardi 17 novembre 2015

Comme un chien enragé / At close Range

(CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site IMDb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).                                                                
de James Foley. 1986. U.S.A. 1h55. Avec Sean Penn, Christopher Walken, Mary Stuart Masterson, Chris Penn, Millie Perkins, Crispin Glover, Kiefer Sutherland, Tracey Walter

Sortie salles France: 14 janvier 1987. États-Unis: 18 avril 1986

FILMOGRAPHIE: James Foley est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et acteur amĂ©ricain nĂ© le 28 dĂ©cembre 1953 Ă  Brooklyn, New York. 1984 : Reckless. 1986 : Comme un chien enragĂ©. 1987 : Who's That Girl. 1990 : La Mort sera si douce. 1992 : Glengarry. 1995 : Instant de bonheur. 1996 : Fear. 1996 : L'HĂ©ritage de la haine. 1997 : Gun ("Gun") (sĂ©rie TV). 1999 : Le Corrupteur. 2003 : Confidence. 2005 : Man and Wife. 2007 : Dangereuse SĂ©duction. 2013-.... : House of Cards, sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e. 2017: Cinquante nuances plus sombres.


Le scĂ©nario s'inspire d'un fait rĂ©el survenu en 1978 Ă  Chester County dans la banlieue de Philadelphie, Pennsylvanie. 

Film culte d’une gĂ©nĂ©ration de vidĂ©ophiles, Comme un chien enragĂ© marqua les esprits des annĂ©es 80 par son ambiance mĂ©lancolique, terriblement prĂ©gnante, et son aspect dramatique aux relents de fait divers, oĂą la figure paternelle impose Ă  sa progĂ©niture un enseignement sans foi ni loi. En inversant les codes, James Foley retrace, avec une Ă©motion tĂ©nue, la dĂ©liquescence morale d’un jeune paumĂ© privĂ© de toute pĂ©dagogie dès l’enfance, avant une ultime tentative de sursaut. 

Le pitch : depuis son renvoi du lycĂ©e, Brad Whitewood et son frère tuent le temps entre joints et bières, Ă  l’abri du cocon familial. Un soir, il croise Terry, jeune fille timorĂ©e de 16 ans, sur l’esplanade de son village. Coup de foudre. Mais le retour de Brad senior, père fantĂ´me rĂ©apparaissant au foyer après des annĂ©es d’absence, vient bouleverser la trajectoire. FascinĂ© par son train de vie vaguement fastueux, Brad junior se laisse happer. Très vite, il glisse dans la spirale du banditisme, avant de tenter, in extremis, de s’arracher Ă  l’emprise paternelle — malgrĂ© le chantage.


Polar noir Ă  la rigueur dramatique ascendante, Comme un chien enragĂ© ausculte la lente corruption d’un fils par un père, enseignant Ă  son propre sang la dĂ©ontologie du cambriolage et l’immoralitĂ© du meurtre. Foley hypnotise les sens avec une mise en scène aussi sombre que lyrique, oĂą chaque Ă©vĂ©nement entraĂ®ne le suivant dans un engrenage inĂ©luctable. Et pourtant, derrière la fĂ©tiditĂ© de l’intrigue - oĂą le père se dĂ©solidarise de toute tendresse - se dĂ©ploie une mĂ©lancolie diffuse, portĂ©e par la romance candide des deux amants. Ressort de rĂ©demption, ce lien sentimental devient le seul contrepoids Ă  la soumission filiale : le cinĂ©aste le transfigure par une stylisation onirique, oĂą la nature rurale Ă©pouse les Ă©tats d’âme des amants en herbe (sublimĂ©e par une photographie vaporeuse). ExacerbĂ© par le score hantĂ© de Patrick Leonard en complicitĂ© avec Madonna, le film distille les notes malingres d’une mĂ©lodie ensorcelante, accompagnant Brad et Terry dans leur passion - juste avant la chute.

Au-delĂ  de la puissance Ă©motionnelle d’un drame criminel empreint de fourberie, Comme un chien enragĂ© brille par le face-Ă -face de deux gĂ©ants. Sean Penn, tout en fragilitĂ© nerveuse, incarne un dĂ©linquant vacillant sur le fil d’une possible rĂ©demption, tandis que Christopher Walken, d’un jeu feutrĂ©, campe un père aussi veule qu’insidieux, stratège dĂ©saxĂ© d’un crime sans honneur. Leur antagonisme culmine en une confrontation psychologique d’une intensitĂ© rare.


Au nom du père.
D’une beautĂ© formelle quasi Ă©thĂ©rĂ©e, pour la stylisation de sa mise en scène comme pour l’Ă©motion fulgurante de sa romance juvĂ©nile, Comme un chien enragĂ© explore l’endoctrinement au crime et la banalisation du mal, Ă  travers un fait divers d’une bassesse Ă©difiante. Il en Ă©mane un moment de cinĂ©ma inoubliable, magnĂ©tisĂ© par le score fragile de Leonard, qui imprime au rĂ©cit une ivresse bouleversante.

*Bruno
Dédicace à Ludovic Hilde et Nicolas Bruguet