lundi 23 novembre 2015

Elmer, le remue méninge / Brain Damage

                                               Photo empruntée sur Google, appartenant au site avoir-alire.com

de Frank Henenlotter. 1987. U.S.A. 1h25. Avec Rick Herbst, Gordon McDonald, Jennifer Lowry, Lucille Saint-Peter, John Zascherle.

Sortie salles U.S: 15 Avril 1988

FILMOGRAPHIE: Frank Henenlotter est un réalisateur américain de films d'horreur né le 29 août 1950 à New-York. 1982: Frères de sang. 1988: Elmer, le remue-méninges. 1990: Frères de sang 2. 1990: Frankenhooker. 1992: Frères de Sang 3. 2008: Sex Addict.


Six ans après avoir surpris les amateurs d’horreur mal élevée avec Frères de sang, Frank Henenlotter renoue avec le culte d’une série B underground toujours aussi effrontée et crapoteuse. Elmer retrace avec un humour noir acéré la déliquescence morale d’un junkie soumis à la liqueur qu’une créature lui injecte dans la nuque. Seul prix à payer pour ce paradis artificiel : sacrifier d’innocentes victimes afin de nourrir l’appétit vorace de son nouveau compagnon, incapable de subsister sans dévorer un cerveau humain. Métaphore évidente de l’emprise narcotique, Elmer, le remue-méninges joue la carte du divertissement gore à renfort de séquences cradingues d’une efficacité redoutable, quand l’humour ravageur assume crânement le mauvais goût de situations lubriques (l’infâme scène de fellation alternant rire nerveux et dégoût viscéral).


Grâce à l’inventivité des morceaux de bravoure gore et à la rigueur d’effets spéciaux artisanaux, Henenlotter parvient à amuser et donner vie à une créature phallique aussi atypique que faussement amicale. D’abord charmeur, Elmer se révèle rapidement cynique et sournois dès lors que l’on comprend les aboutissants de sa démarche perfide. Par la complicité toxique entre la bestiole et le jeune étudiant, le film nous entraîne dans une odyssée meurtrière délirante, tandis que Brian sombre dans des hallucinations psychédéliques, ignorant la posture criminelle qui le consume. Oscillant entre horreur morbide et féerie onirique (score envoûtant à l’appui), Elmer cultive une fascination immersive, nous embarquant dans un trip tour à tour stimulant et cauchemardesque. Henenlotter ne lésine pas sur la violence sanguinolente, avec une verdeur inattendue.

Si la conduite minimaliste du scénario peut laisser sur sa faim, le film captive irrémédiablement sous l’impulsion excentrique du duo Brian/Elmer, tandis qu’un couple de vieillards erratiques (anciens propriétaires de la créature) tente frénétiquement de retrouver sa trace, l’écume aux lèvres. En dépit du jeu bancal de quelques seconds rôles amateurs, Rick Herbst convainc pleinement, incarnant avec intensité l’euphorie addictique et les crises de manque atroces qui le déchirent lors de la dernière partie. Un final sanglant, débridé, culminant sur une dernière image d’une singularité fantasmagorique.


Drôlement morbide, cartoonesque et ultra-violent, Elmer le remue-méninges distille une insolente liberté de ton dans son cocktail de mauvais goût assumé et d’horreur salace. Plus de quarante ans après sa sortie, Frank Henenlotter demeure un franc-tireur du genre : insolent, imaginatif, persifleur, livrant sans prétention une diatribe furieuse contre les mirages mortifères de la drogue. Indispensable. 

— le cinéphile du cœur noir 🖤
5èx

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