mercredi 17 février 2016

L'IMPORTANT C'EST D'AIMER. César de la meilleure actrice, Romy Schneider.

                                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site critikat.com

d'Andrzej Zulawski. 1975. Allemagne/France/Italie. 1h52. Avec Romy Schneider, Fabio Testi, Jacques Dutronc, Claude Dauphin, Roger Blin, Gabrielle Doulcet, Michel Robin, Guy Mairesse, Katia Tchenko.

Sortie salles France: 12 février 1975 (avec mention: Interdit aux - de 18 ans).

FILMOGRAPHIE: Andrzej Zulawski est un réalisateur, scénariste, écrivain, metteur en scène de théâtre polonais, né le 22 Novembre 1940 à Lwow (Lviv).
1971: La Troisième partie de la nuit. 1972: Le Diable. 1975: L'Important c'est d'aimer. 1981: Possession. 1984: La Femme Publique. 1985: L'Amour Braque. 1987: Sur le globe d'Argent. 1989: Mes Nuits sont plus belles que vos jours. 1989: Boris Godounov. 1991: La Note Bleue. 1996: Chamanka. 2000: La Fidélité. 2015: Cosmos.


                                                Une chronique exclusive de Mathias Chaput

Synopsis :
Servais Mont est un reporter photographe qui a couvert de grands événements, notamment la guerre du Vietnam et les conflits en Algérie...
Dorénavant il végète un peu à droite à gauche, scrutant le moindre scoop pouvant lui rapporter un maximum d'argent facile...
Il n'hésite donc pas à faire des photos pornographiques en effectuant des clichés de gens partouzards à leur insu, derrière une glace sans tain !
Alors qu'il déboule clandestinement sur le tournage d'un film, il prend en photo l'actrice Nadine Chevalier alors qu'elle effectue une scène très difficile à jouer (l'amour avec un homme sur le point de mourir)...
Très vite une relation ambigüe va se nouer entre les deux protagonistes car le mari de Nadine est impuissant et ne lui fait, pour ainsi dire, jamais l'amour...
Nadine voit en Servais un échappatoire et une possibilité d'assouvir et de réguler ses pulsions et ses fantasmes sexuels débridés !
Mais l'homme reste hermétique à tout celà...
Le film relate donc les difficultés des relations dans un couple et transcrit les tenants et les aboutissants d'un périclitement conjugal, avec comme issue, soit la mort soit la déception éternelle...


Mon avis :

"L'important c'est d'aimer" est un des films les plus "posés" du grand Zulawski, ici beaucoup moins de survoltage et de délires baroques que l'on retrouvera dans ses métrages postérieurs...

Zulawski prend tout son temps pour délivrer les émotions et les angoisses de ses comédiens et s'applique, comme toujours, à relater des tranches de vie de gens écorchés vifs, souffrant d'une pathologie inhérente à leurs conditions, en l'occurrence ici, à leurs vies de couples !

Dès le démarrage, on est dans le ton : Romy Schneider se donne à fond et sans retenue et Testi semble comme un électron libre, vacillant dans un univers d'opprobre, cerné par un entourage de pervers aussi repoussants que sociopathes...


Les personnages secondaires sont également bien entamés notamment Michel Robin en vieil alcoolique atteint de délirium et Kinski déjà à la folie bien amorcée qui électrise le film par sa composition au summum de la catharsis...

Ceci étant, "L'important c'est d'aimer" n'occulte nullement l'aspect dramatique et tragique et fait des transferts/parallèles entre le monde virtuel (celui du cinéma) et l'univers réel (les difficultés du quotidien et de la gestion d'un couple)...

Ce n'est d'ailleurs pas innocent si l'oeuvre de Zulawski s'inspire de la "Nuit américaine", sorte de mise en abyme de la pièce de théâtre que Nadine essaie, non sans mal, de jouer, captant avec difficultés ce que le réalisateur veut lui inculquer et insuffler...


Zulawski, par son immense talent, arrive avec facilité via une direction d'acteurs au cordeau, à décortiquer des situations lambda et fréquentes, que nous avons tous plus ou moins déjà rencontrées, et provoque un bouleversement affectif aussi bien dans ses séquences que chez le spectateur...

En gros, il nous explique que le plus simple c'est juste d'AIMER sans se poser de questions et rendre heureux ceux qui nous entourent et que l'on aime...

La dernière phrase du film veut tout dire et se conclut par un "Je t'aime" dans  la bouche de Romy Schneider !

Je dédicace ma critique à Pierre, qui lui aussi a tant d'amour à donner et à recevoir !

Note : 9/10

Récompense: César de la Meilleur Actrice, Romy Schneider, 1976.

mardi 16 février 2016

SUBURRA

                                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmosphere.com

de Stefano Sollima. 2015. Italie/France. 2h15. Avec Pierfrancesco Favino, Greta Scarano, Jean-Hugues Anglade, Elio Germano, Alessandro Borghi, Giulia Gorietti, Lidia Vitale, Claudio Amendola.

Sortie salles France: 9 décembre 2015. Italie : 14 octobre 2015

FILMOGRAPHIE: Stefano Sollima, né le 4 mai 1966 à Rome, est un cinéaste et réalisateur italien. FILMS: 2012: A.C.A.B.: All Cops Are Bastards. 2015: Suburra. SERIES TV: Un posto al sole - soap opera (2002), La squadra - série TV, 7 épisodes (2003 - 2007), Ho sposato un calciatore - mini série (2005),
Crimini - série TV, épisodes Il covo di Teresa, Mork et Mindy et Luce del nord (2006 - 2010)
Romanzo criminale, 22 épisodes (2008 - 2010). Gomorra, 12 épisodes (2014 - 2015).


Révélé par le film A.C.A.B. et les séries TV, Romanzo Criminale et Gomorra, Stefano Sollima n'en finit plus de prouver l'étendue de son talent avec une nouvelle bombe sépulcrale, Suburra. D'une puissance émotionnelle rigoureuse pour les revirements impromptus des vendettas criminelles (on ne devine jamais quel est la prochaine victime à trépasser et par qui elle sera exécuté !), l'intrigue retrace avec souci de réalisme et de limpidité le déclin en chute libre de clans mafieux se disputant le projet de casinos parmi la complicité véreuse d'un parlementaire et d'un cardinal. Ou comment la mort par overdose d'une mineure va déclencher chez eux une dérive d'exactions revanchardes depuis la culpabilité d'un politique. Fort d'une mise en scène épurée et d'une bande-son stylisée constamment ensorcelante, Suburra nous immerge de plein fouet dans cet univers vénéneux où chacun des témoins tentent d'accéder à la suprématie avec une détermination intraitable. L'emploi de la violence chez la nouvelle génération s'avérant notamment désordonnée et d'une cruauté sans limite dans leurs pulsions de rancoeur et d'allégeance. A cet égard, les éclairs de violence poisseuse qui traversent le récit font preuve d'une crudité acérée quand bien même une certaine fascination malsaine s'en extrait sans sombrer dans la complaisance.


Chaque exĂ©cution n'Ă©tant que le vecteur des consĂ©quences tragiques d'une rĂ©action en chaĂ®ne de vendetta mafieuse. Si l'intrigue Ă©culĂ©e a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© maintes fois exploitĂ©e dans les classiques du genre que Scorcese, De Palma, Mann et Coppola ont su optimiser avec quintessence, Stefano Sollima parvient Ă  renouveler les codes grâce Ă  la virtuositĂ© de sa rĂ©alisation d'une prĂ©cision mĂ©tronome, son rĂ©alisme brut, sa tension alerte et Ă  l'autoritĂ© viscĂ©rale de comĂ©diens criants de vĂ©ritĂ©. Des sales gueules burinĂ©es au pouvoir de sĂ©duction infaillible dans leur posture orgueilleuse Ă  se disputer la mise d'une transaction pharaonique. TĂ©nĂ©breuse lorsque la ville d'Ostie nous est reprĂ©sentĂ©e comme un dĂ©dale tentaculaire corrompu par le Mal, Suburra fait appel au lyrisme par sa puissance dramatique en ascension, puis Ă  l'onirisme dĂ©senchantĂ© lorsque les hommes rĂŞvent d'un Eden inaccessible quand bien mĂŞme les femmes dĂ©pendent de leur machisme avant que l'une d'elle n'entreprenne une riposte. Sous l'impulsion vaniteuse de ces tĂ©moins tributaires de leur dĂ©chĂ©ance vĂ©nale, Suburra fascine et hypnotise nos sens avec une vigueur Ă©motionnelle vertigineuse. Car on ne compte plus les scènes d'anthologie tantĂ´t sensuelles (sexe et mort s'uniformisent lors d'un triolisme), tantĂ´t criminelles (la fusillade dans le supermarchĂ©, la poursuite en voiture, Spoil ! la mort d'un rival sous les yeux impuissants de son amie fin du Spoil) que Stefano Sollima transcende au grĂ© d'une charpente narrative souvent inopinĂ©e par ces ripostes furibondes.


Vision hallucinĂ©e et crĂ©pusculaire d'un univers de corruption proche du chaos (le prĂ©ambule nous averti dĂ©jĂ  d'une fatale apocalypse et la chronologie journalière des Ă©vènements dramatiques va confirmer la prophĂ©tie !), Suburra dĂ©peint le venin du pouvoir par le biais du sexe et de l'argent. Un monde de dĂ©chĂ©ance humaine oĂą chacun des rupins lâches, cyniques, pleutres et insidieux vont payer le prix fort de leur insolence mĂ©galo. Fort d'une bande-son Ă©lectrisante appuyant un lyrisme dĂ©senchantĂ©, ce polar mafieux confine irrĂ©mĂ©diablement au chef-d'oeuvre opĂ©ratique par son rĂ©alisme aussi poisseux que stylisĂ© et sa distribution au charisme fĂ©lin Ă©trangement sĂ©ducteur. 



samedi 13 février 2016

AMY

                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Asif Kapadia. 2015. Documentaire. 2h02. Amy Winehouse, Mitchell Winehouse, Janis Winehouse, Raye Cosbert, Nick Shymanksy, Blake Fielder-Civil, Mos Def, Tyler James, Juliette Ashby.

Sortie salles France: 8 Juillet 2015. U.S: 3 Juillet 2015

FILMOGRAPHIE: Asif Kapadia, né à Hackney (Londres) en 1972, est un cinéaste britannique d'origine indienne. 1994 : Indian Tales. 1996 : The Waiting Room. 1996 : Wild West. 1997 : The Sheep Thief. 2001 : The Warrior. 2006 : The Return. 2007 : Far North. 2008 : Uneternal City
2008 : Trancity. 2008 : My World. 2010 : Senna. 2012 : The Odyssey. 2013 : Standard Operating Procedure. 2015 : Amy. 2016 : Ali and Nino


Chronique express:

Gloire et décadence d'une cendrillon trop fragile pour subsister.

Retraçant avec une Ă©motion aussi prude que rigoureuse l'ascension puis le dĂ©clin de la diva du Jazz, Amy Whinehouse, ce documentaire unique nous immerge de plein fouet dans sa quotidiennetĂ© intime et professionnelle sans faire preuve de voyeurisme ou de racolage pour sa dĂ©liquescence liĂ©e Ă  la toxicomanie et pour l'instabilitĂ© sentimentale de ses liaisons conjugales. Sous l'impulsion fragile car humaniste d'une mĂ©lomane jamais prĂ©tentieuse, son parcours fulgurant nous dĂ©voile l'envers du dĂ©cor du showbizz par son statut de cĂ©lĂ©britĂ©. Une manière probante de rĂ©gler aussi des comptes avec la cupiditĂ© des producteurs, la rapacitĂ© des journalistes et la raillerie des mĂ©dias vis Ă  vis de sa dĂ©chĂ©ance autant morale que physique. EmaillĂ© de chansons inoubliables autour de l'intervention familiale, les managers et les proches amis, Amy met en exergue parmi leur humble tĂ©moignage son dĂ©sarroi, sa solitude, son impuissance et son Ă©puisement Ă  se dĂ©faire de l'alcool et la drogue depuis sa dictature professionnelle (elle est contrainte de respecter la clause de ses contrats) et sa rupture amoureuse. Hypnotique car immersif et sensoriel, il en Ă©mane un bouleversant (pour ne pas dire dĂ©chirant) portrait de femme-enfant par son franc naturel, son insouciance libertaire, sa fantaisie parfois exubĂ©rante, sa passion des sentiments et son dĂ©sir immodĂ©rĂ© de tendresse.


Biopic exhaustif inscrit dans sa passion musicale, Amy suscite une intensité émotionnelle en chute libre pour son parcours chaotique car c'est dans la mort (le suicide ?) qu'elle fuira la pression et les paillettes de sa starisation pour accéder malgré elle (la célébrité n'a jamais été son ressort professionnel) à une figure emblématique du jazz.

Dédicace à Guylian Pinchard et Frederic Serbource



vendredi 12 février 2016

Les Dents de la Mer, 2è Partie / Jaws 2

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

de Jeannot Szwarc. 1978. U.S.A. 1h56. Avec Roy Scheider, Lorraine Gary, Murray Hamilton, Joseph Mascolo, Jeffrey Kramer, Ann Dusenberry, Mark Gruner, Collin Wilcox Paxton, Barry Coe, Susan French.

Sortie en salles aux USA: 16 Juin 1978

FILMOGRAPHIE: Jeannot Szwarc est un rĂ©alisateur français, nĂ© le 21 Novembre 1939 Ă  Paris.
1973: Columbo: adorable mais dangereuse. 1975: Les Insectes de Feu. 1978: Les Dents de la Mer 2.
1980: Quelque part dans le temps. 1983: Enigma. 1984: Supergirl. 1985: Santa Claus. 1987: Grand Larceny. 1988: Honor Bound. 1990: Passez une bonne nuit. 1991: La Montagne de Diamants. 1994: La Vengeance d'une blonde. 1996: Hercule et Sherlock. 1997: Les Soeurs Soleil.


"Les crocs de la peur, acte II".
Trois ans après le chef-d'Ĺ“uvre matriciel Les Dents de la Mer, c’est au Français Jeannot Szwarc qu’Ă©choit la gageure de façonner une sĂ©quelle au raz-de-marĂ©e planĂ©taire de Steven Spielberg. Spectacle ludique teintĂ© de violence belliqueuse, le cinĂ©aste mise avant tout sur une terreur Ă  bout de souffle, secouant le spectateur embarquĂ© dans un survival autrement plus affolant.

Synopsis : Quelques annĂ©es après les horribles Ă©vĂ©nements survenus Ă  la station balnĂ©aire d’Amity, le cauchemar reprend. Deux plongeurs disparaissent en mer, bientĂ´t suivis d’une skieuse nautique et de la conductrice d’un hors-bord. Un appareil photo et un yacht sont retrouvĂ©s Ă  l’entrĂ©e du port. Convaincu que le squale est de retour, le shĂ©rif Brody sème la panique sur la plage, croyant percevoir la bĂŞte rĂ´der parmi les baigneurs.

Dès le prologue, Szwarc prend le parti de dĂ©voiler la silhouette hostile du requin fonçant droit sur deux plongeurs explorant l’Ă©pave de l’Orca. LĂ  oĂą Spielberg entretenait l’expectative visuelle durant 45 minutes, cette suite privilĂ©gie un rythme plus vif, haletant - comme en tĂ©moigne cette seconde attaque, foudroyante, coĂ»tant la vie Ă  deux skieuses nautiques Ă  peine vingt minutes après le gĂ©nĂ©rique. Une estocade d’une violence doublement fulgurante, scellĂ©e par le sort infligĂ© Ă  la conductrice du hors-bord.


MalgrĂ© le peu d’indices laissĂ©s sur les scènes de crime, Brody, hantĂ© par sa prĂ©cĂ©dente confrontation, soupçonne rapidement qu’un nouveau prĂ©dateur sème la mort. Sur la plage d’Amity, gagnĂ© par sa paranoĂŻa, il alarme les estivants dans une scène d’une ironie mordante : sa panique semble aujourd’hui relever du simulacre, son comportement erratique le rendant presque pathĂ©tique aux yeux de ses concitoyens. La seconde partie, beaucoup plus rythmĂ©e et terrifiante, suit alors une poignĂ©e d’adolescents insouciants partis faire de la voile avec les fils de Brody - proies dĂ©signĂ©es d’un squale joueur et sadique. Avec une efficacitĂ© redoutable, Szwarc orchestre les confrontations dantesques entre l’animal et ses victimes, distillant une intensitĂ© dramatique sans rĂ©pit. Les jeunes garçons, dĂ©sespĂ©rĂ©s, tentent de protĂ©ger leurs compagnes catatoniques, face Ă  la duplicitĂ© cruelle du requin redoublant de ruses pour les traquer.

Le rĂ©alisateur joue avec sagacitĂ© sur l’apparition furtive de l’aileron, injectant un sentiment anxiogène gĂ©nialement palpable. Sardonique, il n’hĂ©site pas non plus Ă  glisser des sĂ©quences horrifiques d’une cruautĂ© saisissante - deux ados y passent - voire carrĂ©ment outrĂ©es. Ă€ l’image de cette scène insensĂ©e oĂą le requin agrippe la membrane d’un hĂ©licoptère pour entraĂ®ner son pilote dans les abysses. Une sĂ©quence dĂ©bridĂ©e, mais d’un rĂ©alisme troublant. Face au charisme dĂ©lĂ©tère du squale, les effets spĂ©ciaux artisanaux tiennent remarquablement la route, soutenant l’illusion avec aplomb, parfois dopĂ©s Ă  la pyrotechnie - comme dans la scène de l’hĂ©lico ou le dĂ©nouement Ă©lectrisant.


Solidement rĂ©alisĂ©, charpentĂ© pour transcender une seconde moitiĂ© haletante, violente, implacable - et surtout effrayante - Les Dents de la Mer 2 constitue une suite idoine, concentrĂ© de terreur pure et d’action effrĂ©nĂ©e. Certes, la psychologie des protagonistes juvĂ©niles reste sciemment stĂ©rile (mais on a vu bien pire), toutefois le contexte de survie injecte un suspense vigoureux, rehaussĂ© d’une Ă©motion cruelle. L’icĂ´ne monstrueuse, plus teigneuse et meurtrière que jamais, couplĂ©e au retour du vĂ©tĂ©ran Roy Scheider, renforce la dimension homĂ©rique de ce slasher aquatique, autrement plus farouche et carnassier qu’en 1975. Indispensable donc, et loin de rougir de son modèle : Ă  mes yeux, cette sĂ©quelle fait grimper le trouillomètre avec bien plus de conviction et d’audace, portĂ©e par une maĂ®trise technique solide - notamment au niveau du montage.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
26.07.24. 4èx. Vostfr. 4K

La Chronique des Dents de la mer: http://brunomatei.blogspot.fr/2012/08/les-dents-de-la-mer-jaws.html

12.02.16.
14.09.11. (221 v)

5èx

jeudi 11 février 2016

SCALPS

                                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site mondoexploito.com

de Fred Olen Ray. 1983. U.S.A. 1h22. Avec Jo-Ann Robinson, Richard Hench, Roger Maycock, Frank McDonald, Carol Sue Flockhart, Barbara Magnusson.

Sortie salles U.S: Décembre 1983.

FILMOGRAPHIEFred Olen Ray est un producteur de cinéma, réalisateur, scénariste américain, également catcheur et acteur, né le 10 septembre 1954.
Retrouvez l'intégralité de sa filmo à la fin de la chronique.


CuriositĂ© horrifique oubliĂ©e et mĂ©connue que l'Ă©diteur Uncut Movie sortit de sa torpeur dans une Ă©dition Dvd passable (l'image vaporeuse s'avère digne d'une Vhs), Scalps est une sĂ©rie B d'exploitation portant la signature de Fred Olen Ray. Un cinĂ©aste prolifique soumis Ă  l'enseigne Z, faute de budget souvent prĂ©caire et d'une distribution amateuriste. RĂ©alisĂ© avec les moyens du bord en un minimum de temps, Scalps ne dĂ©roge pas Ă  la règle. Le cinĂ©aste concentrant l'essentiel de son action dans la scĂ©nographie aride d'un dĂ©sert californien. En l'absence de leur professeur, six jeunes Ă©tudiants spĂ©cialistes d'archĂ©ologie ont pour mission de fouiller les terres sacrĂ©es d'une ancienne tribu indienne. MalgrĂ© le remord et la culpabilitĂ© de l'un d'eux, ils finissent par libĂ©rer l'esprit malĂ©fique d'un sorcier dĂ©libĂ©rĂ© Ă  leur faire payer la violation de territoire. A partir de ce pitch linĂ©aire, Fred Olen Ray en exploite un slasher surnaturel oĂą l'ombre d'une prĂ©sence dĂ©lĂ©tère plane sur les Ă©paules des protagonistes et avant que la violence ne s'abatte sur eux. En terme d'imagerie gore et malgrĂ© son interdiction dans certains pays, Scalps s'avère un peu timorĂ© si on Ă©pargne deux sĂ©quences assez impressionnantes.


Celui d'un Ă©gorgement rĂ©aliste perpĂ©trĂ© Ă  l'arme blanche suivi du scalp de la victime. Sur ce dernier point, on prĂ©fĂ©rera quand mĂŞme se remĂ©morer la vigueur cinglante (car beaucoup plus rĂ©aliste) des exactions de Frank Zito instaurĂ©es dans les deux versions de Maniac. Au niveau du cheminement narratif, n'attendez donc aucune surprise, l'intrigue s'efforçant de suivre le cache-cache improvisĂ© entre les victimes et un dĂ©mon indien ayant parvenu Ă  possĂ©der l'esprit de l'un d'eux. Par le biais de cette possession dĂ©moniaque, on songe Ă  Evil-Dead rĂ©alisĂ© un an au prĂ©alable, quand bien mĂŞme l'une des protagonistes susceptible aux prĂ©sences occultes nous refait le coup du mĂ©dium douĂ© de visions. Si les comĂ©diens amateurs n'apportent aucune densitĂ© humaine Ă  leur fonction alimentaire (si bien qu'on peine Ă  les distinguer), une sympathie niaise Ă©mane de leur effort Ă  exprimer angoisse et dĂ©sarroi face Ă  la menace invisible, quand bien mĂŞme leur esprit de cohĂ©sion nous accorde un soupçon d'attachement. En dĂ©pit de ses carences et d'une rĂ©alisation approximative (faux raccords Ă  l'appui), Scalps parvient pourtant Ă  diluer une atmosphère d'inquiĂ©tude au coeur des collines californiennes. Le rĂ©alisateur parvenant souvent Ă  cristalliser une atmosphère malĂ©fique parmi l'environnement naturel d'un soleil Ă©crasant ou celui d'un ciel nocturne. En prime, et par l'effet du ralenti, certaines sĂ©quences oniriques dĂ©gagent un sentiment d'insĂ©curitĂ© anxiogène lorsque les victimes pourchassĂ©es tentent de fuir le dĂ©mon Ă  travers la vĂ©gĂ©tation. Grâce Ă  la structure feutrĂ©e de ce climat tantĂ´t crĂ©pusculaire, tantĂ´t solaire, Scalps parvient Ă  fasciner durant tout le pĂ©riple de survie.


Relique bisseuse Ă  la lisière du nanar, Scalps constitue un produit d'exploitation bourrĂ© de maladresses mais nĂ©anmoins envoĂ»tant par sa facultĂ© Ă  nous immerger dans un environnement aussi malsain qu'interlope. Son cĂ´tĂ© fauchĂ© et le jeu aseptique mais avenant des comĂ©diens ajoutant charme et sympathie pour leur comportement hagard et dĂ©sorientĂ© d'une Ă©preuve de survie en chute libre. Par le biais de son thème social imparti Ă  la cause indienne, on peut Ă©galement souligner le mĂ©rite du cinĂ©aste Ă  militer contre le massacre des colons amĂ©ricains. A rĂ©server toutefois aux inconditionnels. 

DĂ©dicace Ă  CĂ©line Trinci et Peter Hooper.

FILMO FRED OLEN RAY:
1977 : The Brain Leeches. 1980 : Alien Dead. 1983 : Scalps. 1985 : Biohazard. 1986 : The Tomb.
1986 : Armés pour répondre (Armed Response). 1987 : Cyclone. 1987 : Prison Ship. 1987 : Commando Squad. 1987 : Evil Spawn. 1988 : Warlords. 1988 : Hollywood Chainsaw Hookers.
1988 : Deep Space. 1989 : Terminal Force. 1989 : The Phantom Empire. 1989 : Beverly Hills Vamp
1990 : Alienator. 1990 : The Boss (Mob Boss) (vidéo). 1991 : Scream Queen Hot Tub Party (vidéo)
1991 : Bad Girls from Mars. 1991 : Wizards of the Demon Sword. 1991 : Désir fatal (Inner Sanctum)
1991 : Spirits. 1991 : Haunting Fear. 1992 : Evil Toons. 1993 : Dinosaur Girls. 1993 : Witch Academy. 1994 : Dinosaur Island. 1994 : Mind Twister. 1994 : Possessed by the Night (vidéo). 1994 : L'Emprise de la peur (Inner Sanctum II). 1995 : Star Hunter (vidéo). 1995 : L'Attaque de la pin-up géante (Attack of the 60 Foot Centerfolds). 1995 : Bikini Drive-In. 1995 : Droid Gunner. 1996 : Masseuse. 1996 : Over the Wire. 1996 : Fugitive Rage (vidéo). 1996 : Friend of the Family II. 1997 : Little Miss Magic. 1997 : Maximum Revenge. 1997 : Bikini Hoe-Down (vidéo)
1997 : Night Shade. 1997 : Hybrid. 1997 : Masseuse 2 (vidéo). 1997 : Invisible Mom (vidéo). 1997 : The Shooter. 1997 : Rapid Assault (vidéo). 1998 : Mom's Outta Sight. 1998 : Dear Santa. 1998 : Billy Frankenstein. 1998 : Rêves défendus (Illicit Dreams 2). 1998 : Indian Ninja (Inferno). 1998 : Invisible Dad (vidéo). 1998 : Mom, Can I Keep Her? (vidéo). 1999 : Scandal: On the Other Side
1999 : Counter Measures (vidéo). 1999 : The Kid with X-ray Eyes (vidéo). 1999 : The Prophet
1999 : Fugitive Mind (vidéo). 1999 : Invisible Mom II (vidéo). 2000 : Inviati speciali. 2000 : Alerte finale (Critical Mass). 2000 : Les Ailes d'acier (Active Stealth) (vidéo). 2000 : Sideshow. 2000 : Crash dans l'océan (Submerged). 2001 : Kept. 2001 : Emmanuelle 2001: Emmanuelle's Sensual Pleasures (vidéo). 2001 : ACW Wrestling's Wildest Matches! (vidéo). 2001 : Stranded. 2001 : Mach 2 (en). 2001 : Extrême vidéo (Air Rage) (vidéo). 2001 : Emmanuelle 2000. 2002 : Thirteen Erotic Ghosts. 2002 : Face aux serpents (Venomous) (vidéo). 2002 : Southern Discomfort: Wrestling on the Indie Circuit. 2003 : Final Examination (vidéo). 2003 : Bikini Airways (vidéo). 2004 : The Bikini Escort Company (vidéo). 2004 : Teenage Cavegirl (vidéo). 2004 : Haunting Desires (TV). 2004 : Genie in a String Bikini (vidéo). 2004 : Tomb of the Werewolf (vidéo). 2004 : Bikini a Go Go (vidéo). 2005 : Bikini Chain Gang (vidéo). 2005 : Glass Trap. 2005 : Bikini Round-Up (vidéo).
2006 : Ghost in a Teeny Bikini (vidéo). 2006 : Bikini Girls from the Lost Planet (vidéo). 2007 : Ouragan nucléaire (Nuclear Hurricane) (TV). 2007 : Bewitched Housewives (TV). 2007 : Girl with the Sex-Ray Eyes (TV). 2007 : The Girl from B.I.K.I.N.I. (vidéo). 2007 : An Accidental Christmas (TV). 2008 : Tarzeena: Jiggle in the Jungle (TV). 2008 : Solar Flare. 2008 : Périls sur la terre (Polar Opposites) (TV). 2008 : Bikini Royale (TV). 2008 : Voodoo Dollz (TV). 2009 : Dire Wolf. 2009 : Silent Venom (vidéo). 2007-2009 : L'Antre (TV). 2010 : American Bandits: Frank and Jesse James (vidéo). 2010 : Bikini Royale 2 (vidéo). 2010 : Bikini Frankenstein (vidéo). 2010 : Twilight Vamps (vidéo). 2010 : Bikini Jones and the Temple of Eros (TV). 2010 : Turbulent Skies (TV). 2010 : Housewives from Another World (vidéo). 2012 : Une seconde chance pour Noël (A Christmas Wedding Date) (TV).

mercredi 10 février 2016

AUX PORTES DE L'AU-DELA (From Beyond).

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

"From Beyond" de Stuart Gordon. 1986. U.S.A. 1h26 (director's cut). Avec Jeffrey Combs, Barbara Crampton, Ken Foree, Ted Sorel, Carolyn Purdy-Gordon, Bunny Summers.

Sortie salles France: 20 mai 1987 (version censurĂ©e). U.S: 24 octobre 1986.

FILMOGRAPHIE: Stuart Gordon est un réalisateur, producteur et scénariste américain, né le 11 Août 1947 à Chicago (Illinois).
1979: Bleacher Bums (télé-film). 1985: Ré-Animator. 1986: Aux portes de l'au-delà. 1987: Dolls. 1988: Kid Safe (télé-film). 1990: Le Puits et le Pendule. 1990: La Fille des Ténèbres. 1990: Robojox. 1993: Fortress. 1995: Castle Freak. 1996: Space Truckers. 1998: The Wonderful ice cream suit. 2001: Dagon. 2003: King of the Ants. 2005: Edmond. 2005: Masters of Horro (le cauchemar de la sorcière - Le Chat Noir). 2007: Stuck. 2008: Fear Itself.


DĂ©finition de Glande PinĂ©ale: SituĂ©e dans le cerveau, la glande pinĂ©ale, aussi appelĂ©e Ă©piphyse, fait partie des glandes endocrines. En d'autres termes, la glande pinĂ©ale synthĂ©tise et relâche des hormones Ă  l'intĂ©rieur mĂŞme de la circulation sanguine. Petite (moins de 10mm), la glande pinĂ©ale tire son nom de sa forme, Ă©voquant celle d'une pomme de pin. La glande pinĂ©ale a pour principale fonction de sĂ©crĂ©ter la mĂ©latonine. SurnommĂ©e « hormone du sommeil », la mĂ©latonine est essentiellement synthĂ©tisĂ©e la nuit. Elle indique Ă  l'organisme qu'il est temps de dormir et permet Ă©galement de rĂ©guler de nombreuses autres sĂ©crĂ©tions d'hormones dans le corps.

Hommage:
Film culte de la gĂ©nĂ©ration 80 au mĂŞme titre que Re-animator, From Beyond pâtit de la comparaison avec son prĂ©curseur lors de sa sortie fougueusement escomptĂ©e. Les spectateurs s'attendant sans doute Ă  un nouveau dĂ©lire horrifique aussi dĂ©sopilant que son ancĂŞtre sous la direction pertinente de Stuart Gordon et de son acteur nĂ©vrosĂ©, le gĂ©nial Jeffrey Combs. Avec le recul et après plusieurs dĂ©cennies, From Beyond renaĂ®t sous un aspect autrement galvanisant par sa fraĂ®cheur visuelle Ă  transcender avec fantaisie dĂ©bridĂ©e l'univers indicible de l'au-delĂ . Le docteur Pretorius et son assistant Crawford Tillinghast sont parvenus Ă  mettre au point un rĂ©sonateur. Une machine rĂ©volutionnaire capable de stimuler la glande pinĂ©ale situĂ©e dans le cerveau. Par le dĂ©clenchement de leur invention, un nouveau monde peuplĂ© d'esprits et de crĂ©atures invisibles s'extrait de l'au-delĂ  pour tourmenter nos scientifiques. Transis d'Ă©moi et de fascination, ces derniers Ă©prouvent un irrĂ©sistible attirance Ă  se laisser aguicher par ce monde mĂ©connu, notamment par leur stimulation sexuelle de la glande pinĂ©ale. Mais l'expĂ©rience vire rapidement au drame depuis que Pretorius se retrouve projetĂ© dans l'au-delĂ  quand bien mĂŞme Crawford est alpaguĂ© par la police pour ĂŞtre internĂ© en psychiatrie. Soutenu par le docteur Katherine McMichaels, Crawford peut retrouver sa libertĂ© Ă  la seule condition de retenter l'essai sous l'autoritĂ© de cette dernière. Avec l'appui d'un supplĂ©ant, ils se rĂ©fugient communĂ©ment dans le laboratoire de Pretorius afin de renouer les travaux. Une lutte acharnĂ©e contre le Mal s'engage...


Avec un concept aussi original que pétulant hérité d'une nouvelle de H.P Lovecraft, Stuart Gordon parvient avec sa troisième réalisation à transfigurer un univers singulier parmi l'appui d'effets spéciaux novateurs ! Les techniciens redoublant d'inventivité à donner chair à des créatures hybrides se combinant parfois avec la masse musculaire des victimes molestées ! Bluffant de réalisme, les maquillages à l'ossature visqueuse et aux couleurs criardes ébranlent le spectateur par sa scénographie cauchemardesque jamais vue au préalable ! Des séquences chocs diablement efficaces car au service d'une narration riche en rebondissements sous l'impulsion d'apprentis sorciers sévèrement malmenés par un esprit lubrique. Pretorius symbolisant une sorte de démon insatiable dans son appétence sexuelle et cannibale à dévorer ses proies avant de les accueillir dans l'antre de l'au-delà. Nanti d'une charge érotique parfois sulfureuse sous l'autorité lascive de la plantureuse Barbara Crampton, Gordon exploite humour noir et érotisme avec la complicité affable de comédiens s'en donnant à coeur joie dans leurs exubérances incontrôlées. Le résonateur déclenchant des pulsions concupiscentes chez les sujets les plus réceptifs ! Sans compter la facture malsaine de séquences gores franchement vomitives dans une version Director's cut inédite chez nous. En particulier l'énucléation d'un oeil gobé par la bouche (un effet graphique complaisamment ausculté par le zoom !), la dégustation d'un cerveau frais que Crawford s'est illégalement approprié avant de s'engorger de nausée et l'arrachage d'une glande pinéale à pleines dents (cette séquence est par contre disponible dans la version cut).


DrĂ´le et inventif, gore et Ă©rotique dans un esprit autrement cartoonesque que son acolyte Re-animator, From Beyond rĂ©ussit l'exploit de nous immerger dans une dimension onirico-cauchemardesque sous l'impulsion vertigineuse d'effets spĂ©ciaux homĂ©riques ! Outre le savoir-faire inspirĂ© de son auteur, la complicitĂ© amicale qu'insufflent avec dĂ©rision Jeffrey Combs, Barbara Crampton et Ken Foree est loin d'ĂŞtre Ă©trangère Ă  la rĂ©ussite de cette sĂ©rie B effrontĂ©e. Jubilatoire !

mardi 9 février 2016

La Rançon de la Peur / Milano odia: la polizia non può sparare


d'Umberto Lenzi. 1974. Italie. 1h39. Avec Tomás Milián, Henry Silva, Anita Strindberg, Laura Belli, Lorenzo Piani, Mario Piave, Gino Santercole.

Sortie salles France: 21 FĂ©vrier 1975 (Int - 18 ans). Italie: 8 Octobre 1974. 

FILMOGRAPHIE: Umberto Lenzi est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste italien, nĂ© le 6 Aout 1931 Ă  Massa Marittima, dans la province de Grosseto en Toscane (Italie). 1962: Le Triomphe de Robin des Bois, 1963: Maciste contre Zorro, Sandokan, le Tigre de BornĂ©o, 1964: Les Pirates de Malaisie, 1966: Kriminal, 1967: Les Chiens Verts du DĂ©sert, 1968: Gringo joue et gagne, 1969: La LĂ©gion des DamnĂ©s, Si douces, si perverses, 1970: Paranoia, 1972: Le Tueur Ă  l'orchidĂ©e, 1972: Au pays de l'Exorcisme, 1973: La Guerre des Gangs, 1974: Spasmo, La Rançon de la Peur, 1975: Bracelets de Sang, 1976: Brigade SpĂ©ciale, OpĂ©ration Casseurs, La Mort en Sursis, 1977: Le Cynique, l'infâme et le violent, 1978: Echec au gang, 1980: La Secte des Cannibales, l'Avion de l'Apocalypse, 1981: Cannibal Ferox, 1983: Iron Master, la guerre du fer, 1988: Nightmare Beach, la Maison du Cauchemar, 1991: DĂ©mons 3, 1996: Sarayevo inferno di fuoco.


Polar au vitriol pour son portrait crapuleux imparti au trio de malfaiteurs, La Rançon de la peur n'y va pas avec le dos de la cuillère pour dépeindre leurs exactions criminelles sous l'impulsion d'un leader littéralement erratique. Tomas Milian se délectant à se fondre dans le corps d'un psychopathe avec une expressivité à la fois outrée et rancunière depuis sa réputation galvaudée par un éminent mafieux. Passé l'humiliation, Giulio Sacchi s'efforce de montrer ses preuves héroïques en s'en prenant à une famille bourgeoise après qu'une jeune rescapée venait d'y trouver refuge. Unique survivante d'un nouveau massacre improvisé, Sacchi décide de la kidnapper afin d'y exiger une rançon auprès de son riche paternel. Susceptible par son complexe d'infériorité, ce dernier perdurera les crimes en série en toute gratuité face au témoignage médusé de ses comparses et d'une police infructueuse.


RĂ©alisĂ© avec savoir-faire Ă  travers son lot d'action effrĂ©nĂ©e, de course-poursuite et d'ultra violence dĂ©complexĂ©e (un gosse y trinque froidement), La Rançon de la peur insuffle un rĂ©alisme âpre parmi le cadre insalubre de dĂ©cors rubigineux (le repère du kidnapping près du canal, la demeure sĂ©culaire du couple de retraitĂ©s), photo sĂ©pia Ă  l'appui auprès des dĂ©cors crĂ©pusculaires. Ainsi donc, sous l'impulsion immorale de nos malfrats narguant la police avec cynisme pour leurs stratĂ©gies perfides d'une rançon gagnĂ©e d'avance, Umberto Lenzi nous offre un polar aussi tendu que redoutablement malsain. L'efficacitĂ© vertigineuse du rĂ©cit nous invitant Ă  nous immerger dans leur misĂ©rable quotidiennetĂ© alors qu'une otage humiliĂ©e et violentĂ©e est sur le point d'y trĂ©passer. Sans concession car jusqu'au-boutiste de par sa violence aussi brutale que dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e, La Rançon de la peur adopte un parti-pris subversif Ă  Ă©taler sans accalmie la dĂ©gĂ©nĂ©rescence morale du leader tandis qu'un commissaire hargneux ose bafouer sa dĂ©ontologie afin de mieux l'alpaguer. L'impassible Henry Silva lui partageant la vedette avec autoritĂ© suspicieuse dans sa posture de flic manipulable incessamment brimĂ© par son rival mais bientĂ´t influencĂ© par une justice expĂ©ditive.


SĂ©rie B d'exploitation Ă  l'ultra-violence incontrĂ´lĂ©e, La Rançon de la peur doit beaucoup de sa vigueur et de son efficacitĂ© parmi l'audace d'un script mĂ©phitique dressant le portrait dĂ©risoire d'un sociopathe avide de gloire et reconnaissance. Tomas Millian se prĂŞtant au jeu pervers avec outrance putassière (rĂ©parties crues Ă  l'appui) auprès de sa vilenie lâche et sournoise. Conçu dans un esprit Bis, ce classique transalpin n'a rien perdu de son aura poisseuse si bien qu'il reste encore 50 ans plus tard toujours aussi choquant que crapoteux. 

B.M 
24.10.24. 3èx. Vostfr


lundi 8 février 2016

LE CONTINENT DES HOMMES POISSONS

                                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site horrormovie.forumfree.it

"L'Isola degli uomini pesce" de Sergio Martino. 1979. Italie. 1h39. Avec Barbara Bach, Claudio Cassinelli, Richard Johnson, Beryl Cunningham, Joseph Cotten, Franco Iavarone.

Sortie salles France: 28 février 1979. Italie: 18 Janvier 1979

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Sergio Martino est un réalisateur, producteur et scénariste italien né le 19 Juillet 1938 à Rome (Italie).
1970: l'Amérique à nu. Arizona se déchaine. 1971: l'Etrange vice de Mme Wardh. La Queue du Scorpion. l'Alliance Invisible. 1973: Mademoiselle Cuisses longues. 1973: Torso. 1975: Le Parfum du Diable. 1977: Mannaja, l'homme à la hache. 1978: La Montagne du Dieu Cannibale. 1979: Le Continent des Hommes poissons. Le Grand Alligator. 1982: Crimes au cimetière étrusque. 1983: 2019, Après la Chute de New-York. 1986: Atomic Cyborg. 1989: Casablanca Express. 1990: Mal d'Africa. Sulle tracce del condor.


Hommage:
InspirĂ© par l'Ă®le du Dr Moreau tournĂ© 2 ans au prĂ©alable, Le Continent des Hommes poissons joue la carte de l'aventure fantastique dans une facture typiquement Bis. Principalement pour la physionomie cheap, car caoutchouteuse, des hommes poissons, la musique latine de Luciano Michelini et les trognes vĂ©nĂ©rables d'acteurs de seconde zone. Richard Johnson dominant la troupe avec un charisme impassible dans sa posture rigide de tyran sans vergogne, quand bien mĂŞme la sublime Barbara Bach tente de se dĂ©mener de sa soumission avec une affable sobriĂ©tĂ©. De par sa prĂ©sence sensuelle magnĂ©tique et sa force de caractère, l'actrice parvient efficacement Ă  se dĂ©barrasser de la caricature "potiche". Succès commercial considĂ©rable Ă  sa sortie, le film fut Ă©galement reconnu auprès des vidĂ©ophiles grâce Ă  sa superbe jaquette Ă©ditĂ©e chez Carrere Video dans les annĂ©es 80.


1891. Le lieutenant Claude de Ross et quelques un de ses prisonniers trouvent naufrage sur une petite Ă®le dirigĂ©e par l'autoritaire Edmond Rackham. Sur place, ils sont agressĂ©s par d'Ă©tranges crĂ©atures amphibiennes. Unique survivant, De Ross va tenter de percer le mystère impliquant l'intransigeant Rackham et un savant utopiste. A la base d'une intrigue simpliste exploitant plusieurs clichĂ©s du cinĂ©ma d'aventures et Fantastique, Le Continent des Hommes poissons parvient Ă  se dĂ©marquer de la routine grâce au savoir-faire technique de Martino (notamment la vigueur des corps Ă  corps) emprunt de modeste poĂ©sie. Tant par les troubles rapports entamĂ©s entre la belle et ses monstres que l'exploitation de dĂ©cors marins et caverneux plutĂ´t photogĂ©niques. Outre l'aspect dĂ©bridĂ© (mais aussi fĂ©erique !) de son rĂ©cit fertile en pĂ©ripĂ©ties et rebondissements, Sergio Martino cultive l'art de narrer une histoire sous l'alibi du mythe de l'Atlantide. Le film ne cessant d'attiser la sympathie dans le brassage de ses composantes liĂ©es Ă  l'aventure et au Fantastique parmi un soupçon d'horreur. A savoir, l'action explosive (la dernière partie marque la cadence !), la romance houleuse, la menace monstrueuse, les expĂ©rimentations gĂ©nĂ©tiques d'un dictateur et d'un savant, la quĂŞte au trĂ©sor d'une citĂ© engloutie et enfin la prophĂ©tie du dieu soleil annonçant une Ă©ruption volcanique !


En abordant en sous-texte le totalitarisme et l'exploitation de l'homme au profit d'expĂ©riences gĂ©nĂ©tiques, le Continent des Hommes poissons s'interroge sur l'avenir de la famine dans le monde. FaçonnĂ© dans un esprit dĂ©complexĂ© de divertissement exotique, cette sĂ©rie B aussi attachante que charmante parvient Ă  crĂ©dibiliser son concept fantaisiste grâce Ă  l'intĂ©gritĂ© consensuelle d'une entreprise fidèle au genre.  

Dédicace à Sylvain Marage
B.M
3èx

vendredi 5 février 2016

La Galaxie de la Terreur / Galaxy of Terror

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site moviepostershop.com

de Bruce D. Clark. 1981. U.S.A. 1h21. Avec Edward Albert, Erin Moran, Ray Walston, Bernard Behrens, Zalman King, Robert Englund.

Sortie salles France: 16 juin 1982. U.S: Octobre 1981.

FILMOGRAPHIEBruce D. Clark est un rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste et acteur, nĂ© le 29 Juin 1945 Ă  Christchurch, Nouvelle-ZĂ©lande. 1969: Les anges nus. 1971 Slalom aquatique. 1972 Hammer. 1981: La galaxie de la terreur.


"Monstres et mirages : la VHS comme chambre d’agonie".
Au mĂŞme titre que le gĂ©nialement pĂ©tulant Mutant d’Allan Holzman, La Galaxie de la Terreur est une production Roger Corman rĂ©alisĂ©e un an plus tĂ´t. Film culte de l’ère VHS, dont l’affiche bigarrĂ©e reste l’une des plus belles offrandes iconographiques du cinĂ©ma horrifique, La Galaxie de la Terreur tire parti de son pouvoir d’attraction dans la scĂ©nographie littĂ©ralement envoĂ»tante de sa planète inhospitalière. Largement influencĂ© par Alien de Ridley Scott, Bruce D. Clark reprend une trame similaire : une poignĂ©e d’astronautes s’Ă©choue sur une galaxie inconnue lors d’une mission de secours. En inspectant les lieux du vaisseau "Rebus", ils ne retrouvent aucun survivant. AttirĂ©s par l’aura mystĂ©rieuse d’une pyramide monumentale, ils s’y engouffrent Ă  la recherche d’Ă©ventuels rescapĂ©s. Mais, sur place, ils deviennent la proie de monstres hybrides surgis des tĂ©nèbres. Dès lors, une lutte pour la survie s’enclenche dans un ballet d’horreur organique.

Épreuve de force menĂ©e la peur au ventre, La Galaxie de la Terreur dĂ©ploie une atmosphère ombrageuse au cĹ“ur de dĂ©cors baroques d’une photogĂ©nie hypnotique, oĂą les trucages artisanaux — bien que souvent rudimentaires — contribuent Ă  un esthĂ©tisme pictural et immersif. On salue l’efficacitĂ© des maquillages gores, dĂ©bordants d’inventivitĂ© pour infliger aux victimes des sĂ©vices d’une cruautĂ© brute. Ă€ ce titre, la sĂ©quence visqueuse du viol d’une astronaute par un ver gĂ©ant reste un sommet d’abjection dĂ©rangeante, une scène d’anthologie aussi malsaine qu’imprimĂ©e dans la rĂ©tine. Fidèle Ă  la tradition du slasher, l’intrigue suit les errances mĂ©thodiques de l’Ă©quipage, chacun inspectant les lieux avant d’ĂŞtre happĂ©, un Ă  un, par un ennemi aux pulsions meurtrières. SubmergĂ©s par la peur de pĂ©rir Ă  chaque dĂ©tour, certains opposent Ă  la panique une vaillance tragique — mais tous, paradoxalement, persistent dans leur exploration comme poussĂ©s par une fatalitĂ© absurde.

Et malgrĂ© une narration balisĂ©e, Bruce D. Clark parvient Ă  maintenir l’attention, dynamisant le rĂ©cit par une suite de rebondissements horrifiques, jusqu’Ă  un dĂ©nouement dĂ©bridĂ©, vĂ©ritable justification du cauchemar vĂ©cu. Au-delĂ  du plaisir ludique des dĂ©ambulations dans des galeries hĂ©tĂ©roclites, La Galaxie de la Terreur rĂ©vèle une cocasserie involontaire, amplifiĂ©e par le cabotinage de seconds rĂ´les hauts en couleur. Leur jeu outrĂ©, leur posture maladroite, dĂ©gagent une loufoquerie presque touchante, une solidaritĂ© houleuse oĂą certains protagonistes versatiles brillent par leur zèle exubĂ©rant, leurs humeurs incohĂ©rentes — pour notre plus grand bonheur d’humour involontaire.


"Carnage sous les étoiles : hallucination VHS".
S’appuyant sur un jeu d’acteurs risible, mais livrĂ© avec un sĂ©rieux (gĂ©nialement) imperturbable, La Galaxie de la Terreur joue pleinement la carte de la sĂ©rie B, avec une naĂŻvetĂ© pittoresque. Grâce Ă  cette facture bisseuse profondĂ©ment attachante, Bruce D. Clark parvient Ă  transfigurer la pauvretĂ© des moyens pour esquisser un univers stellaire Ă  la fois glauque, flamboyant et saturĂ© d’ombres. PortĂ© par un esprit ludique, sincère, et une dĂ©votion totale Ă  son imaginaire gore, La Galaxie de la Terreur s’impose comme l’une des perles hallucinĂ©es des annĂ©es 80 — au mĂŞme titre que Mutant ou InseminoĂŻd. Incontournable.

*Eric Binford.
29.04.24. 5èx. vf très bonne VF

Ci-joint la chronique video de Jean-Marc Micciche: 

jeudi 4 février 2016

LE CAVEAU DE LA TERREUR

                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site adventuresinpoortaste.com  

"Vault of Horror" de Roy Ward Baker. 1973. Angleterre. 1h23. Avec Terry-Thomas, Curd JĂĽrgens, Tom Baker, Dawn Addams, Denholm Elliott, Michael Craig

Sortie salles Angleterre: Mars 1973

FILMOGRAPHIE PARTIELLE: Roy Ward Baker est un réalisateur, producteur, scénariste anglais, né le 19 Décembre 1916 à Londres (Royaume-Uni), décédé le 5 Octobre 2010.
1947: L'Homme d'Octobre. 1952: Troublez moi ce soir. 1968: Les Champions. 1969: Mon ami le fantôme. 1970: The Vampire Lovers. 1970: Les Cicatrices de Dracula. 1971: Dr Jekyll et Sr Hyde. 1972: Asylum. 1973: Le Caveau de la Terreur. 1973: And now the Screamin starts. 1974: Les 7 vampires d'or. 1980: Le Club des Monstres. 1984: Les Masques de la mort (télé-film).


Hommage:
Réalisé entre Histoires d'outre-Tombe et Frissons d'outre-tombe, Le Caveau de la Terreur continue d'exploiter le filon du film à sketchs inspirés des bandes dessinés EC. Comics des années 50. Sous la houlette de l'illustre Roy Ward Barker, cette nouvelle anthologie de l'horreur relate avec un habituel sens de l'humour sardonique 5 histoires plus ou moins originales autour d'une galerie peu recommandable d'antagonistes mesquins. Si le premier segment imparti au thème du vampirisme s'avère peut-être le plus faible, son ambiance feutrée et inquiétante confinée au sein d'une bourgade anglaise puis celle d'un restaurant, le cynisme accordé au meurtrier parental ainsi que l'ironie débridée de son destin ne manquent pas de piquant. Passionnant de cocasserie pour dépeindre la dérive conjugale d'un couple néophyte (le mari étant un maniaque du rangement et de la propreté alors que l'épouse s'avère contrairement désordonnée) et véhiculant une intensité exponentielle autour de la condition parano de cette dernière, la seconde histoire s'avère sans doute la plus jouissive pour sa peinture ubuesque allouée au matérialisme du machiste intarissable.


Nanti d'une ambiance exotique parmi la contrée touristique de l'Inde, le 3è sketch s'intéresse aux villégiatures d'un couple cupide avant d'improviser leurs stratégies meurtrières autour des pouvoirs surnaturels d'une magicienne. Un récit assez captivant se jouant avec dérision du simulacre et de l'authenticité de la magie avant qu'une sorcellerie d'outre-tombe ne vienne rendre des comptes aux oppresseurs. D'une durée concise, le 4è sketch affiche un esthétisme gothico-macabre autour d'une scénographie sépulcrale depuis qu'un duo de malfrats ont élaboré un plan machiavélique afin d'empocher une prime d'assurance. L'un d'eux ayant décidé de simuler sa mort dans le caveau d'un cimetière ! Bien rythmée, cette farce claustro surprend et amuse, notamment grâce à l'intervention impromptue de deux étudiants lors de son final fertile en rebondissements et subterfuge. Enfin, le dernier segment renoue avec l'ambiance exotique du 3è lorsqu'un artiste peintre décide de s'exiler sur une île afin d'élaborer une vengeance auprès de ses commanditaires. Après avoir participé à une séance vaudou lui permettant de s'octroyer d'un sort, il repart au pays natal afin de parfaire sa cruelle punition. Une intrigue soigneusement charpentée laissant libre court à l'inventivité gore des diverses mises à mort, quand bien même sa chute potentiellement prévisible parvient tout de même à nous surprendre pour le châtiment réservé au sorcier comme le souligne la règle élémentaire de chaque anthologie.


Bien qu'inférieur aux Histoires d'Outre-Tombe et à Frissons d'outre-tombe, Le Caveau de la Terreur ne manque toutefois pas de charme dans son lot de suspense, d'humour macabre et de fantaisie rocambolesque afin de se gausser de l'appétence criminelle de cinq condamnés trop orgueilleux pour se convaincre de leurs bassesse. Un sympathique divertissement rehaussé d'une ambiance horrifique vintage inscrite dans la dérision du gag saignant !

B.M

mardi 2 février 2016

MADE IN FRANCE

                                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site AllocinĂ©.fr

de Nicolas Boukhrief. 2014. France. 1h29. Avec Malik Zidi, Dimitri Storoge, François Civil,
Nassim Si Ahmed, Ahmed Dramé, Franck Gastambide, Judith Davis.

Inédit en salles en France.

FILMOGRAPHIENicolas Boukhrief est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste français nĂ© le 4 juin 1963 Ă  Antibes. 1995 : Va mourire. 1998 : Le Plaisir (et ses petits tracas). 2003 : Le Convoyeur. 2008 : Cortex. 2009 : Gardiens de l'ordre. 2015 : Made in France. 



Hommage: 
PrĂ©vu Ă  l'origine pour une sortie salles le 18 novembre 2015 mais repoussĂ© Ă  Janvier 2016 puis annulĂ© en raison des tragiques attentats ayant secouĂ© la France le 13 Novembre 2015, Made in France passa finalement par la case VOD ce 29 Janvier 2016. Thriller choc s'attardant scrupuleusement sur les stratĂ©gies terroristes d'une cellule djihadiste au sein de la capitale parisienne, alors qu'un journaliste musulman est parvenu Ă  s'y infiltrer afin de les dĂ©jouer, Made in France insuffle une atmosphère crĂ©pusculaire autour de leurs agissements dĂ©lĂ©tères. Fort d'une mise en scène stylisĂ©e renouant avec l'âpretĂ© des polars modernes des annĂ©es 80, Nicolas Boukhrief redouble d'ambition et de sincĂ©ritĂ© Ă  fignoler un thriller politique d'une brĂ»lante actualitĂ©. Soutenu d'une partition Ă©lectro entĂŞtante, cette plongĂ©e tĂ©nĂ©breuse dans l'univers du djihadisme nous dĂ©peint sobrement les motivations morales, l'apprentissage et le passage Ă  l'acte du terrorisme de jeunes intĂ©gristes agrĂ©gĂ©s Ă  leur guerre sainte d'Allah.


Sans chercher Ă  parfaire un documentaire sur l'islamisme radical, Nicolas Boukrhief privilĂ©gie avant tout la forme cinĂ©gĂ©nique d'un thriller vĂ©nĂ©neux remarquablement troussĂ©. Par le biais du personnage de l'indic contraint de collaborer avec le chantage policier, Made in France cultive un suspense sous-jacent autour de sa fausse identitĂ©. Outre le fait de redouter sa culpabilitĂ© aux yeux de ces adjoints, l'intrigue met en exergue les projets insensĂ©s d'attentats meurtriers, un terrorisme interne (mais aussi autonome) faisant Ă©cho Ă  la triste actualitĂ© du 13 Novembre 2015. Si son cheminement narratif peut s'avĂ©rer inĂ©vitablement prĂ©visible, Nicolas Boukrhief parvient habilement par l'habiletĂ© de sa rĂ©alisation Ă  se dĂ©faire des clichĂ©s lors d'une dernière partie Ă©maillĂ©s d'incidents alĂ©atoires tout en soulignant la mauvaise conscience impartie aux plus jeunes d'entre eux ! Ces djihadistes en herbe faisant preuve de contrariĂ©tĂ©, d'indĂ©cision et de remords Ă  ne pas connaĂ®tre l'unique identitĂ© de leur porte-parole et Ă  oser franchir les limites de l'intolĂ©rable (tuer innocemment femmes et enfants au nom de leur religion). De par ses rebondissements inopinĂ©s, la caractĂ©risation fragile des Ă©lĂ©ments les plus influençables et le sort indĂ©cis rĂ©servĂ© au journaliste infiltrĂ©, Made in France injecte une tension oppressante autour de leur projet terroriste. Sans faire preuve de complaisance pour la cruautĂ© de certaines scènes, le cinĂ©aste mise notamment sur la suggestion du hors-champ afin de ne pas sombrer dans la facilitĂ© putassière des agissements les plus barbares. On est Ă©galement surpris de la facture Ă©motive de son Ă©pilogue prodiguant un message de tolĂ©rance, d'amour et de paix vis Ă  vis de l'idĂ©ologie religieuse (quand bien mĂŞme certains reprocheront peut-ĂŞtre son cĂ´tĂ© moralisateur).


Hypnotique, captivant et envoĂ»tant par son onirisme crĂ©pusculaire, Made in France renoue avec les ambiances noires et oppressantes des fleurons policiers des annĂ©es 80. Outre le brio indiscutable de son auteur Ă  exploiter sans esbroufe une intrigue politico-religieuse sur l'endoctrinement de la violence chez de jeunes recrues (tout en soulevant la question d'un terrorisme indĂ©pendant), la spontanĂ©itĂ© des comĂ©diens renforce la facture rĂ©aliste d'un Ă©vènement aussi prĂ©monitoire.   

B.M

lundi 1 février 2016

BONE TOMAHAWK. Grand Prix, Gérardmer 2016.

                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site standbyformindcontrol.com

de S. Craig Zahler. 2015. U.S.A. 2h12. Avec Kurt Russell, Patrick Wilson, Matthew Fox, Richard Jenkins, Lili Simmons, Evan Jonigkeit,

Sortie salles U.S: 23 Octobre 2015

FILMOGRAPHIES. Craig Zahler est un réalisateur et scénariste américain né en 1973 à Miami, Floride. 2015: Bone Tomahawk


Hommage:
En jumelant les codes du western et de l'horreur, le nĂ©ophyte S. Craig Zahler surprend agrĂ©ablement avec Bone Tomahawk si bien que les membres du Jury de GĂ©rardmer lui dĂ©cernèrent le Grand Prix. Une odyssĂ©e sauvage que vont arpenter un shĂ©rif et ces trois acolytes depuis que la femme d'Arthur O'Dwyer et un adjoint de l'ordre ont Ă©tĂ© kidnappĂ©s par des indiens anthropophages. En s'inspirant de deux classiques au genre contradictoire (la Prisonnière du dĂ©sert et Cannibal Holocaust), Bone Tomohawk bouscule nos habitudes de spectateur immergĂ© malgrĂ© lui dans un voyage vers l'enfer oĂą le danger palpable fait irruption sans mĂ©nagement. Principalement vers sa seconde partie lorsque le rĂ©alisateur exploite sans complexe une poignĂ©e d'affrontements gores d'une cruautĂ© inouĂŻe alors que les indiens aux aguets surgissent de leur tanière de manière totalement improvisĂ©e !


De par son rĂ©alisme cru Ă  la limite du soutenable et ses effets de surprise, la tension engendrĂ©e Ă©mane du sentiment de stupeur et d'impuissance des victimes avant d'endurer dĂ©sespĂ©rĂ©ment des souffrances corporelles. Mais bien avant ce dĂ©chaĂ®nement de violence viscĂ©rale d'un autre âge, le cinĂ©aste aura pris soin de nous attacher Ă  la cohĂ©sion de nos protagonistes sĂ©vèrement châtiĂ©s par un concours de circonstances infortunĂ©es. Sillonnant les collines du Nouveau-Mexique avec un courage dĂ©terminant, ils vont ĂŞtre amenĂ©s Ă  rĂ©viser leur jugement sur la condition estropiĂ©e d'un de leurs camarades, Arthur. Ce dernier ralentissant sa troupe depuis le grave handicap de sa jambe alors qu'il s'Ă©vertue de suivre ses comparses afin de retrouver son Ă©pouse en vie. Cette situation de survie houleuse s'avère l'un des pivots dramatiques de l'intrigue, Spoil ! sachant que le groupe sera contraint de se diviser Fin du Spoil alors que le danger tangible se rapproche inexorablement. Cette tension sous-jacente dĂ©coulant de la prĂ©caritĂ© physique d'Arthur et l'expectative de retrouver les disparus en vie permettent au spectateur de provoquer l'anxiĂ©tĂ© au sein de leur intimitĂ© amicale. Par son rythme languissant ne laissant rien prĂ©sager des prochains incidents, Bone Tomohawk sème le terrain avec l'habiletĂ© sardonique d'embrayer sur une seconde partie horrifique en crescendo. Quasiment exclu de score musical et soutenu du jeu viscĂ©ral des comĂ©diens, S. Craig Zahler privilĂ©gie un climat rĂ©aliste de mystère lattent au sein d'un dĂ©corum photogĂ©nique (les collines du Nouveau-mexique Ă©clairĂ©es d'une photo sĂ©pia) auquel la menace hostile se symbolise par le cri primal d'indiens spectraux.


Captivant, angoissant, parfois terrifiant et Ă©prouvant, de par le ressort d'un suspense en ascension, sa dramaturgie sans concession et sa violence jusqu'au-boutiste, Bone Tomohawk nous achemine au survival d'une descente aux enfers sous l'impulsion de comĂ©diens d'une digne densitĂ© humaine. 
A réserver néanmoins à un public averti

B.M.

Récompenses:
Festival international du film de Catalogne 2015 : meilleur rĂ©alisateur pour S. Craig Zahler et prix « JosĂ© Luis Guarner » de la critique
Festival international du film fantastique de Gérardmer 2016 : Grand Prix