"Paroxismus" de Jess Franco. 1969. Angleterre/Allemagne/Italie. 1h26. Avec James Darren, Barbara McNair, Maria Rohm, Klaus Kinski, Dennis Price, Margaret Lee.
Sortie salles Italie: 19 Août 1969. U.S: 9 Septembre 1970
FILMOGRAPHIE: Jess Franco (Jesus Franco Manera) est un réalisateur espagnol, né le 12 Mai 1930 à Madrid, décédé le 2 Avril 2013. 1962: L'Horrible Dr orlof. 1962: Le Sadique Baron Von Klaus. 1964: Les Maîtresses du Dr Jekyll. 1966: Le Diabolique Dr Zimmer. 1969: L'Amour dans les prisons des femmes. 1969: Justine ou les infortunes de la vertu. 1970: Les Nuits de Dracula. 1970: Le Trône de Feu. 1971: Vampyros Lesbos. 1972: Les Expériences Erotiques de Frankenstein. 1972: Dracula prisonnier de Frankenstein. 1972: La Fille de Dracula. 1973: Quartier des Femmes. 1973: Christina chez les Morts-Vivants. 1974: La Comtesse Noire. 1974: Eugénie de Sade. 1976: Jack l'Eventreur. 1980: Terreur Cannibale. 1980: Mondo Cannibale. 1981: Sadomania. 1981: Le Lac des Morts-Vivants (co-réal). 1982: L'Abîme des Morts-Vivants. 1982: La Chute de la maison Usher. 1988: Les Prédateurs de la Nuit. 2002: Killer Barbys.
"Autant la première fois j'étais passé à côté, autant aujourd'hui me suis pris une petite claque (ouatée) grâce à l'intarissable Franco honnêtement ambitieux à traiter le plus sincèrement cette proposition fantasmagorique."
*Bruno
La critique de Virgile Dumez chroniquée chez le site avoir-alire.com:
Après avoir signĂ© quelques gros succès pour le compte du producteur britannique Harry Alan Towers Ă la fin des annĂ©es 60, le rĂ©alisateur espagnol Jesus Franco rĂ©ussit Ă imposer un projet plus personnel, Ă savoir un scĂ©nario de son cru intitulĂ© Black Angel. Cette histoire de fantĂ´me vengeur trouve son inspiration dans une phrase entendue de la bouche du musicien de jazz Chet Baker qui disait qu’il voyait dĂ©filer toute sa vie devant ses yeux lorsqu’il entamait un solo de trompette. Dès lors, Jess Franco a l’idĂ©e de construire l’intĂ©gralitĂ© d’un long-mĂ©trage comme un morceau de jazz, telle une fuite en avant vers la fantasmagorie et la mort. Pour constituer la base de son script, il s’inspire Ă la fois de Boulevard du crĂ©puscule et de Sueurs froides et laisse ensuite divaguer son esprit torturĂ©.
Une fois le tournage achevĂ©, le producteur Harry Alan Towers semble avoir mis son grain de sel dans la version anglaise qui fait aujourd’hui autoritĂ© et que nous avons visionnĂ©. Ainsi, le titre Venus in Furs est ajoutĂ© alors que le film n’a absolument aucun rapport avec l’Ĺ“uvre de Masoch. Mais surtout, le montage final intègre de nombreuses expĂ©rimentations visuelles psychĂ©dĂ©liques qui n’Ă©taient apparemment pas incluses dans la version initiale du cinĂ©aste. Ainsi, les ralentis, accĂ©lĂ©rations, dĂ©formations optiques et autres filtres de couleurs semblent avoir Ă©tĂ© intĂ©grĂ©s par le producteur histoire de rendre le mĂ©trage plus proche d’une esthĂ©tique alors Ă la mode. Mais pour une fois, cela n’entre aucunement en contradiction avec l’Ĺ“uvre elle-mĂŞme et, bien au contraire, cela renforce l’aspect expĂ©rimental d’un film entièrement construit au montage.
Cette reconstruction a posteriori explique sans aucun doute les incongruitĂ©s gĂ©ographiques oĂą les paysages brĂ©siliens succèdent aux plans tournĂ©s en Turquie sans que l’on ait l’impression de changer de continent. En rĂ©alitĂ©, les passages sur le carnaval de Rio ne sont ni plus ni moins que des stock-shots qui n’apportent pas grand chose Ă l’affaire si ce n’est une couleur exotique. Pourtant, ce qui serait un dĂ©faut rĂ©dhibitoire dans un autre film s’avère ici un atout puisque le cinĂ©aste joue sans cesse avec notre perception de la rĂ©alitĂ©. Brouillant tous les repères gĂ©ographiques et temporels du spectateur, Jess Franco livre une Ĺ“uvre hallucinĂ©e oĂą le fantasme se mĂŞle sans cesse au rĂ©el sans que l’on sache vraiment oĂą l’on se trouve. Cette structure audacieuse – en free jazz en quelque sorte – suppose un abandon total du spectateur au mĂ©dium cinĂ©ma. PortĂ© par des images souvent originales, Venus in furs peut donc ĂŞtre vu comme un film expĂ©rimental qui s’approche des recherches formelles d’un Godard, par exemple.
Le mĂ©trage ne serait pas aussi rĂ©ussi sans l’excellente partition de Manfred Mann et Mike Hugg qui alterne les moments jazzy avec des morceaux plus pop psychĂ©dĂ©lique. Souvent sans dialogue, le film bĂ©nĂ©ficie Ă©galement d’une interprĂ©tation de bonne qualitĂ©. Maria Rohm est belle Ă se damner en fantĂ´me vengeur, James Darren joue le trouble avec conviction, tandis que Klaus Kinski, mĂŞme peu prĂ©sent Ă l’Ă©cran, impose sa stature au moindre regard. Sans doute trop peu commercial, Venus in furs fut un cuisant Ă©chec au box-office, Ă tel point qu’il n’est jamais sorti dans les salles françaises. Une injustice qui commence Ă ĂŞtre rĂ©parĂ©e aujourd’hui grâce Ă l’action d’Alain Petit et de l’Ă©diteur Artus qui tentent d’imposer le mĂ©trage comme une Ĺ“uvre culte. Nous les soutenons largement dans cette entreprise de rĂ©habilitation puisqu’il s’agit sans aucun doute de l’un des meilleurs Jess Franco, avec la version espagnole du Miroir obscène, intitulĂ©e Al otro lado del espejo.
Virgile Dumez.





































