vendredi 5 avril 2019

Suspiria (2018)

                                                                        Photo empruntĂ©e sur Facebook

de Luca Guadagnino. 2018. U.S.A/Italie. 2h32. Avec Dakota Johnson, Tilda Swinton, Mia Goth, Chloë Grace Moretz, Angela Winkler, Ingrid Caven, Elena Fokina, Sylvie Testud.

Sortie salles France: 14 Novembre 2018. Italie: 1er Septembre 2018

FILMOGRAPHIELuca Guadagnino est un réalisateur scénariste et producteur italien, né le 10 août 1971 à Palerme en Sicile. 1999 : The Protagonists. 2001 : Sconvolto così. 2003 : Mundo civilizado (documentaire). 2004 : Cuoco contadino (documentaire). 2005 : Melissa P. 2009 : Amore. 2015 : A Bigger Splash. 2017 : Call Me by Your Name. 2018 : Suspiria. 2018 : Rio (postproduction). ? : Call Me by Your Name 2. ? : Blood on the Tracks.

Avant-propos :

« Second visionnage, aussi difficile Ă  s’en libĂ©rer sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique clos. »
Jeudi 6 février 2025.

"L’EnvoĂ»tement selon Guadagnino".
VilipendĂ© par les fidèles du mastodonte cabalistique d’Argento — rappelons-le, le film de ma vie —, Suspiria nouvelle mouture explose comme une bombe dĂ©routante dès les ultimes notes du gĂ©nĂ©rique. Luca Guadagnino nous cueille lentement par la main, deux heures trente durant, pour nous plonger dans les entrailles d’un Enfer Ă©sotĂ©rique, avec un rĂ©alisme diaphane aussi troublant que dĂ©rangeant. Se dĂ©marquant de son modèle avec une ambition jugĂ©e dĂ©mesurĂ©e (certains lui prĂŞteront une prĂ©tention disgracieuse), Guadagnino rĂ©invente le matĂ©riau initial en y imprimant sa signature profondĂ©ment auteurisante. Il Ă©lève ainsi le genre horrifique Ă  un degrĂ© de grâce inouĂŻ, refusant avec brio le copiĂ©-collĂ© standardisĂ© — rien que pour cela, respect Ă  son audace et Ă  son intelligence.

Des corps contorsionnĂ©s dans des ballets baroques et sensoriels, une atmosphère feutrĂ©e, Ă  la fois sourdement angoissante et insidieusement malsaine, captivent le spectateur, le clouant dans une fascination contradictoire dont il ne peut se dĂ©faire. Comme pris au piège, il se retrouve Ă  la merci des Trois Mères, incarnation d’une vĂ©ritĂ© humaine dĂ©lĂ©tère, leurs regards fĂ©tides et leurs pouvoirs perfides le dĂ©vorant de l’intĂ©rieur. Il faut remonter Ă  l’indĂ©trĂ´nable Rosemary’s Baby (voire Ă  Lord of Salem) pour retrouver une telle expressivitĂ© dans la sournoiserie des sorcières, ces vieilles peaux faussement avenantes.

Ă€ travers un cheminement narratif nĂ©buleux, peuplĂ© de personnages Ă©quivoques — pour ne pas dire sibyllins — Suspiria magnĂ©tise l’attention par sa vĂ©nĂ©neuse atmosphère anxiogène, alchimique, viscĂ©rale, parfois jusqu’au malaise. L’atrocitĂ© de ses meurtres graphiques — la mise Ă  mort liminaire d’une danseuse, le sabbat orgasmique final — imprime la rĂ©tine d’images insoutenables, pierres noires d’une anthologie de la souffrance. Ă€ cela s’ajoute la dimension cĂ©rĂ©brale : ces danseuses livrĂ©es Ă  la cruautĂ© de sorcières impĂ©rieuses, rĂ©duites Ă  l’Ă©tat de pantins exsangues.

Et malgrĂ© l’intrigue sinueuse, peuplĂ©e d’ombres nazies (le Dr Jozef Klemperer, hantĂ© par la disparition de son Ă©pouse dĂ©portĂ©e) et des Ă©chos du terrorisme de la bande Ă  Baader Ă  la fin des seventies, impossible de dĂ©crocher. L’Ă©cran captive, hypnotise, avec son esthĂ©tisme grisonnant, ses couloirs nĂ©crosĂ©s, ses extĂ©rieurs urbains au seuil d’un Mal austère, indĂ©finissable. En filigrane, se devine Ă  travers cette caste fĂ©minine autonome et cynique une mĂ©taphore de l’Ă©mancipation, insoumise, des annĂ©es 70.

DĂ©rangeant, morbide, parfois terrifiant dans son occultisme d’un rĂ©alisme hypnotique ; mais aussi beau, sensible, majestueux dans l’Ă©lĂ©gie funèbre que distillent ses protagonistes — jusqu’Ă  la dĂ©pression, jusqu’au bord du suicide pour certaines. Suspiria (2018) demeure un objet horrifique insaisissable, dotĂ© d’un pouvoir de fascination Ă©thĂ©rĂ© et implacable. Le spectateur, yeux capiteux, sidĂ©rĂ©, assiste impuissant Ă  un cauchemar aussi pervers qu’Ă©trangement barbare, se laissant emporter par un maelstrom d’Ă©motions brutes : violence, amertume, injustice, incomprĂ©hension.


"Une grâce malsaine".
ExpĂ©rience de cinĂ©ma dĂ©gingandĂ©e et pourtant d’une maĂ®trise hallucinĂ©e — vĂ©ritable leçon expĂ©rimentale — Suspiria s’impose comme une pierre angulaire du remake novateur. Une proposition authentique (quoi qu’on en pense) dont chaque visionnage dĂ©voile un fragment nouveau, un soupçon de rĂ©ponse aux questions laissĂ©es en suspens. Qu’on l’adore ou qu’on le rejette, cet objet hermĂ©tique ne laisse jamais indemne — jusqu’Ă , peut-ĂŞtre, s’apprivoiser peu Ă  peu, sous la caresse fragile de la mĂ©lodie de Thom Yorke, belle Ă  en pleurer

*Bruno
06.02.25. 4K Vost
                                            Ci-joint en exclusivitĂ©, la chronique de Jorik V

 A ceux qui pensent que les remakes de films d’horreur sont condamnĂ©s Ă  ĂŞtre broyĂ©s dans le moule hollywoodien et aseptisĂ©s Ă  l’extrĂŞme dans un but mercantile en seront pour leur argent avec ce « Suspiria ». Luca Guadagnino rĂ©ussit Ă  apposer sa patte et sa vision au film culte de Dario Argento faisant de ce « Suspiria » nouvelle gĂ©nĂ©ration un sommet d’Ă©pouvante et d’horreur en tous points qui ne ressemble Ă  rien de connu et c’est tant mieux. Dans le genre horrifique, on se souvient Ă  la limite du remake de « Massacre Ă  la tronçonneuse » de Marcus Nispel qui parvenait Ă  faire entendre sa propre voie dans une version gore et sans concession d’excellente mĂ©moire. Mais ici, c’est tout autre chose. On est dans un film d’auteur pur jus auxquelles les visions de terreur et l’ambiance malsaine donnent une patte encore plus singulière Ă  une bobine hors du temps. Et on ne peut que saluer le cinĂ©aste qui passe en un an du chef-d’Ĺ“uvre romantique et Ă©thĂ©rĂ© « Call me by your name », chronique sentimentale gay et intello inoubliable, Ă  ce film fantastique oĂą seule la trame et l’histoire gĂ©nĂ©rale du film culte de Dario Argento sont reprises mais fondues dans une vision totalement neuve et impressionnante par sa radicalitĂ©. Alors peut-ĂŞtre que cette version peut sembler chargĂ©e pour les fans de l’original qui Ă©tait plus un simple film d’horreur, un giallo comme on disait Ă  l’Ă©poque, ayant acquis sont statut culte davantage pour ses qualitĂ©s formelles et ses exubĂ©rances esthĂ©tiques. Ici, Guadagnino emmène le spectateur dans une histoire qui convoque la Seconde Guerre Mondiale, la bande Ă  Baader, le fĂ©minisme actuel et mĂŞme l’ascĂ©tisme Amish ! C’est parfois un peu trop fort en symbolisme et « Suspiria » 2018 pourrait ĂŞtre dĂ©signĂ© par certains comme un film prĂ©tentieux Ă  tous niveaux. On choisira plutĂ´t de scanner cette relecture comme un proposition de cinĂ©ma inĂ©dite, audacieuse et passionnante dont on ne rĂ©ussira pas toujours Ă  dĂ©celer les signes et ponts dressĂ©s lors de la première vision. Tout comme certaines clĂ©s de l’intrigue resteront opaques, notamment dans le dĂ©nouement et le but rĂ©el des incantations des sorcières. C’est donc parfois frustrant mais totalement addictif Ă  tel point qu’on a envie de vite revoir le film pour en saisir certaines nuances. Mais ce mystère qui entoure l’intrigue et dont une partie restera en suspens est finalement en totale adĂ©quation avec les fondamentaux du fantastique et les vellĂ©itĂ©s du cinĂ©aste qui a conçu cette mosaĂŻque comme un labyrinthe mental obsĂ©dant mais tout sauf limpide et confortable. Le seul rĂ©el reproche que l’on pourra apporter au film est sa durĂ©e hors de toute logique pour un film de ce genre (plus de deux heures et demie !) et que, par ricochet, sa première demi-heure patine. C’est effectivement long Ă  dĂ©marrer et on se dit qu’on est parti pour une projection pĂ©nible, mais il ne faut justement pas lâcher au regard de ce qui nous attend après et du film dans sa globalitĂ©. Loin de tous les sursauts de bas Ă©tage en cours dans la plupart des films d’horreur et d’Ă©pouvante actuels gĂ©nĂ©ralement bas de gamme, Guadagnino prĂ©fère instaurer une atmosphère dĂ©lĂ©tère, malsaine et putride qui nous colle aux basques dès les premières images. Nous faire sursauter, il n’en a cure. Il prĂ©fère nous mettre mal Ă  l’aise et nous offrir sporadiquement des visions d’horreur totalement dĂ©lirantes. La première, oĂą on voit le corps de cette danseuse en fuite malmenĂ© jusqu’Ă  l’Ă©cĹ“urement accroche l’Ĺ“il durablement et nous remue les tripes. Quant Ă  l’orgie horrifique et sanglante finale, si elle aurait pu sombrer dans le grand-guignol et le risible, elle nous scotche Ă  notre siège grâce Ă  cette ambiance rĂ©pugnante et tous ces personnages fous Ă  lier. C’est un choc, certainement l’une des sĂ©quences les plus folles au cinĂ©ma cette annĂ©e. Encore pire, car plus dingue et surrĂ©aliste que la seconde partie de « Climax ». Guadagnino y va mĂŞme un peu fort (il a du mal Ă  contrĂ´ler les effusions de sang et certains dĂ©lires de camĂ©ra) mais les visions d’Ă©pouvante qu’il nous inflige durant quinze minutes glacent d’effroi Ă  tel point qu’on est content lorsque ça se termine. Un peu l’opposĂ© de la sublime sĂ©quence de danse prĂ©cĂ©dente qui range « Black Swan » au rayon crèche et nous hypnotise complètement. D’ailleurs ici la danse est un vecteur puissant de l’intrigue, parfaitement intĂ©grĂ© Ă  l’image. En plus de ses plans très travaillĂ©s et d’une mise en scène pleine de tours de passe-passe, le cinĂ©aste transalpin rĂ©ussit un monument de terreur, unique en son genre, qui divisera certainement. Mais « Suspiria » ne laissera personne indiffĂ©rent par son fond très dense et les visions inĂ©dites qu’il propose. Les sorcières n’auront jamais autant fait peur ! Plus de critiques cinĂ©ma sur ma page Facebook CinĂ© Ma Passion.



La chronique du site "Avoir-alire": 
Une relecture passionnante et oppressante du chef d’oeuvre d’Argento qui distille une angoisse permanente avec ses corps malmenĂ©s et son atmosphère malsaine. Un vĂ©ritable tour de force.

Notre avis : Dire que l’on redoutait le projet, c’est un euphĂ©misme. Pourquoi donc oser s’en prendre au chef d’oeuvre magnĂ©tique de Dario Argento ? En intĂ©grant le surnaturel au giallo dont il se rendit maĂ®tre après Mario Bava, Argento transcendait son style avec une Ĺ“uvre hypnotique et effrayante dont l’esthĂ©tique reste incomparable.
Son film, comme chacun s’en doute, a marquĂ© et inspirĂ© de nombreux cinĂ©astes. Luca Guadagnino est de ceux-lĂ , lui qui fut tout d’abord frappĂ© par l’affiche Ă  l’âge de 10 ans. Quand il dĂ©couvre enfin le film Ă  l’adolescence, c’est une rĂ©vĂ©lation autant qu’un choc esthĂ©tique, et dĂ©jĂ  il se rĂŞve en rĂ©alisateur qui proposerait sa propre version de l’oeuvre d’Argento et de Daria Nicolodi, scĂ©nariste, avec le maĂ®tre, de l’original. Alors quand, il y a plus de 10 ans, il se met Ă  penser le projet avec son producteur, c’est un rĂŞve d’enfant qui se rĂ©alise. 
En revanche, pour tous les cinĂ©philes et surtout les admirateurs du cinĂ©aste Argento, c’est un peu le cauchemar. DĂ©jĂ  parce que le film n’a nul besoin d’ĂŞtre refait ou modernisĂ©, c’est une bulle de cauchemar intemporelle dont l’esthĂ©tique si particulière fascine encore. Et puis, l’idĂ©e d’une version emmenĂ©e par le rĂ©alisateur du pourtant cĂ©lĂ©brĂ© Call me by your name ou encore A Bigger splash (dĂ©jĂ  la relecture d’un classique de Jacques Deray, La Piscine, et dĂ©jĂ  Ă©crit par David Kajganich, scĂ©nariste sur ce nouveau Suspiria) avait de quoi largement inquiĂ©ter.

Et pourtant, le cinĂ©aste, visiblement passionnĂ© par son sujet, rĂ©ussit finalement Ă  se dĂ©tacher de l’oeuvre originale avec une vision radicale. Il dĂ©place l’intrigue, initialement situĂ©e Ă  Fribourg, dans le Berlin de 1977, soit l’annĂ©e de sortie du Suspiria d’Argento. De fait, il ouvre cette histoire qui se dĂ©roulait en vase clos aux remous politiques d’une ville coupĂ©e en deux, sous le coup de la guerre froide et des attentats politiques de la bande Ă  Baader .
L’intrigue, dĂ©coupĂ©e en 6 actes, suit toujours une jeune amĂ©ricaine venue pour intĂ©grer une compagnie de danse, qui se rĂ©vèle ĂŞtre un repère de sorcières et dont la fameuse Helena Markos, qui donne son nom Ă  la troupe, serait la « Mère SupĂ©rieure ».
Dakota Johnson, surtout connue pour la sĂ©rie des Cinquante nuances… mais qui a dĂ©jĂ  travaillĂ© avec Guadagnino (A bigger splash), trouve ici un rĂ´le physique qui enfin lui donne l’occasion d’exprimer une palette de jeu plus intĂ©ressante. Tour Ă  tour timide, apeurĂ©e puis volontaire et dĂ©terminĂ©e, son personnage n’est plus la silhouette qu’esquissait Jessica Harper (que l’on retrouve ici) mais un pilier pour le film et surtout le spectateur. PassĂ©e par un entraĂ®nement intensif Ă  la danse contemporaine pendant de longs mois, elle livre une performance impressionnante, entre la danse et la possession dĂ©moniaque, deux facettes que le film explore.
Après un prologue qui instille l’atmosphère de sourde angoisse du long-mĂ©trage (amenĂ©e Ă  exploser sur sa fin) et emmenĂ© par l’excellente ChloĂ« Grace Moretz et le psychiatre qui sert de fil rouge Ă  l’histoire autant qu’Ă  incarner la rationalitĂ© du spectateur (interprĂ©tĂ© par… oh et puis non, dĂ©couvrez-le vous-mĂŞme), Suspiria entame une lente et progressive descente aux enfers.

Si le contexte politique, amorcĂ© par les plans en extĂ©rieur sur le mur et dĂ©veloppĂ© par les nombreux reportages radio ou tĂ©lĂ©visĂ©s, reste plutĂ´t thĂ©orique dans sa mise en scène, il a le mĂ©rite d’expliciter, Ă  l’Ă©chelle historique, l’aliĂ©nation des corps et des esprits que subissent les gens de l’Ă©poque et ainsi, en miroir, celle des femmes qui viennent chercher dans la danse ou chez ces sorcières un pouvoir de libĂ©ration total. Ce n’est sans doute pas un hasard si le rĂ©alisateur situe l’acadĂ©mie face au mur, souvent le film joue de cette frontière imposĂ©e Ă  traverser, par le parcours du psychiatre surtout. Frontière que l’on retrouve Ă  l’intĂ©rieur de l’acadĂ©mie, entre le visible et l’invisible, les locaux accessibles et les cachettes secrètes qui se dĂ©robent. 
La danse, si elle n’Ă©tait qu’un dĂ©cor dans l’original, est ici au coeur du film. Les ballets sont puissants, chorĂ©graphiĂ©s avec prĂ©cision par Damien Jalet, chorĂ©graphe franco-belge, et dĂ©veloppent la thĂ©matique visuelle de l’antagonisme entre puissance de vie et puissance de mort. Ă€ l’image de l’audition de Susie, en montage alternĂ© avec une autre danseuse, ailleurs dans le bâtiment, spectaculaire et repoussante Ă  la fois. Des liens surnaturels qui unissent les mouvements, avec d’un cĂ´tĂ© le pur spectacle de l’expression du corps et de l’autre l’effroi que celui-ci peut susciter lorsque l’on pousse la logique des mouvements extrĂŞmes jusqu’au bout (lorsque l’on sait que Dakota Johnson elle-mĂŞme a terminĂ© aux urgences pendant le tournage d’une scène de danse oĂą elle projette violemment son torse en arrière, on se dit que la sĂ©quence vaut aussi comme commentaire des violences que l’on s’inflige pour la beautĂ© d’une performance artistique.) 
Au dessus de tout cela, comme une ombre projetĂ©e sur les personnages avant qu’il soit Ă©vident qu’elle-mĂŞme subit un pouvoir supĂ©rieur, il y a Madame Blanc, glaciale et tranchante mais aussi maternelle et qui suscite l’admiration de ses danseuses. Elle est la puissance hypnotique du film. Silhouette Ă  la fois gracile, sèche et glaciale, Tilda Swinton ressemble Ă  Pina Bausch. Le cinĂ©aste s’est bien sĂ»r inspirĂ© de la cĂ©lèbre chorĂ©graphe allemande, mais aussi de Sasha Waltz, autre chorĂ©graphe allemande que le scĂ©nariste David Kajganich suit et interroge longuement pour rĂ©ussir Ă  Ă©crire ce personnage. 
Si Madame Blanc paraĂ®t vampire Ă  se nourrir des Ă©motions suscitĂ©es par les danses de ses Ă©lèves, elle les libère aussi et surtout de la pesanteur – littĂ©ralement – d’un monde extĂ©rieur fait par et pour les hommes.

Et l’horreur dans tout ça ? Suspiria ne joue pas la carte de la frayeur. Il distille le malaise et l’angoisse le long d’un film qui se veut descendant des drames chocs de Fassbinder. C’est dans des inserts, des contrechamps ou des images brèves distillĂ©es dans un cauchemar que l’atmosphère s’Ă©paissit, et ne rassure jamais. 
Le film s’Ă©loigne donc du style de son modèle, mais privilĂ©gie lui aussi son atmosphère. Hors de question de tenter de reproduire la photographie de Luciano Tovoli, qui Ă  l’aide du Technicolor composait son image avec les couleurs primaires. Ici, Sayombhu Mukdeeprom, dĂ©jĂ  Ă  l’oeuvre sur Call me by your name et responsable de la très belle photographie d’Oncle Boonmee d’Apichatpong Weerasethakul, choisit avec son rĂ©alisateur les couleurs du Berlin gris et froid des annĂ©es 70. RelevĂ© de quelques verts pâles et marrons terreux, l’ensemble Ă©voque en effet certains films de Fassbinder dont ils se sont inspirĂ©s, mais aussi des peintures de Balthus.
Le rouge quant Ă  lui survient par petites touches, autant d’indices visuels qui annoncent le final, notamment dans la sĂ©quence du ballet avec ces cordelettes rouges nouĂ©es sur le corps des actrices qui Ă©voquent Ă©videmment la pratique du bondage, Ă  nouveau cette opposition visuelle entre corps empĂŞchĂ© et corps dĂ©livrĂ©.
La musique de Thom Yorke, leader du groupe Radiohead dont c’est la première bande originale, vient nimber le tout d’une mĂ©lancolie Ă©tonnante, avec ses chansons magnifiques au piano sur lesquelles se pose sa voix hantĂ©e, et contribue Ă  distiller l’angoisse par ses nappes de synthĂ© tantĂ´t indus, tantĂ´t aĂ©riens. 
Guadagnino explore l’ambiguĂŻtĂ© humaine, son cĂ´tĂ© sombre, mis en scène dans cette micro sociĂ©tĂ© de femmes qui voudrait Ă©chapper Ă  un monde violemment patriarcal. Des femmes, il cĂ©lèbre aussi la puissance mais, comme toute puissance, il montre l’envers tĂ©nĂ©breux, destructeur.
S’il mĂ©nage quelques sĂ©quences de body-horror Ă©prouvantes, le film Ă©vite pendant une bonne partie la surenchère. Il culmine cependant dans un final rouge qui serait le versant grand-guignol de Climax, signe du jusqu’au boutisme d’un cinĂ©aste qui n’a pas peur de sombrer en cours de route (et rĂ©ussit Ă  passer en force !). Un rituel paĂŻen que l’on peut voir comme une reprise (ou correction) d’une sĂ©quence similaire de Mother of tears d’Argento, la pitoyable conclusion de sa trilogie des Trois Mères entamĂ©e donc par Suspiria et poursuivie par le beau Inferno.

Suspiria est donc une « reprise », pour employer le mot de Tilda Swinton, absolument passionnante qui n’a pas longtemps Ă  souffrir d’une comparaison avec l’original. Un travail incarnĂ© qui, s’il s’Ă©loigne de son modèle, sait lui rendre hommage en reprenant et actualisant quelques sĂ©quences. On ne criera pas non plus au chef-d’oeuvre, l’ensemble est un peu trop long et le rythme parfois lambine, mais on peut le cĂ©lĂ©brer comme Ă©tant une vĂ©ritable rĂ©ussite, mĂŞme un tour de force compte tenu de tous les risques Ă©voquĂ©s plus haut. 

jeudi 4 avril 2019

Le Cirque de la Peur

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Circus of Fear / Pyscho-Circus" de John Llewellyn Moxey. 1966. Allemagne/Angleterre. 1h31. Avec Christopher Lee, Leo Genn, Anthony Newlands, Heinz Drache, Eddi Arent, Klaus Kinski

Sortie salles U.S: Mai 1967. Angleterre: Novembre 1967

FILMOGRAPHIE: John Llewellyn Moxey est un rĂ©alisateur de cinĂ©ma et de tĂ©lĂ©vision britannique, nĂ© le 26 fĂ©vrier 1925 en Argentine.1960 : La CitĂ© des morts. 1960 : Coronation Street. 1961 : Foxhole in Cairo. 1961 : Chapeau melon et bottes de cuir . 1962 : Le Saint  TV. 1965 : Strangler's Web. 1966 : Mission impossible TV. 1966 : Le Cirque de la peur . 1967 : Mannix, TV. 1968 Ă  1980 : HawaĂŻ police d'État, TV. 1969-1970 : Les Règles du jeu. 1971 : The Night Stalker. 1972 : Kung Fu, TV. 1973 Ă  1977 : Police Story, TV. 1973 : Shaft (en), TV. 1976 : DrĂ´les de dames TV. 1979 : The Solitary Man. 1980: Magnum, TV. 1981 : HĂ´pital sous surveillance. 1983 : Les deux font la paire, TV. 1984 Ă  1989: Deux flics Ă  Miami (Miami Vice), TV. 1984 : Arabesque (Murder, She Wrote), TV. 1988 : La Vengeance de l'hĂ©ritière, TV.


InĂ©dit en salles en France et exhumĂ© de l'oubli par l'Ă©diteur Le Chat qui Fume dans une superbe copie HD, Le Cirque de la peur constitue une sympathique curiositĂ© en dĂ©pit de son titre fallacieux suggĂ©rant une sĂ©rie B horrifique sans doute influencĂ©e par une autre production british, le Cirque des horreurs tournĂ© 6 ans au prĂ©alable. Surtout si je me rĂ©fère Ă  son affiche rĂ©fĂ©rentielle calquĂ©e sur celui-ci ! Le pitch: A la suite d'un braquage meurtrier, l'Inspecteur Elliott tente de retrouver les coupables des billets volĂ©s au sein d'un cirque, quand bien mĂŞme 2 cadavres sont rapidement dĂ©pĂŞchĂ©s sur les lieux. SĂ©rie B d'exploitation Ă  la rĂ©alisation aussi classique que (soigneusement) bricolĂ©e, le Cirque de la peur joue efficacement avec les codes du film policier, et Ă  moindre Ă©chelle avec ceux du thriller Ă  travers une intrigue criminelle inutilement dĂ©cousue, pour ne pas dire capillotractĂ©e.


Le rĂ©cit pour autant jamais ennuyeux s'articulant autour de l'investigation assidue de l'inspecteur Elliott avide d'y dĂ©masquer le criminel, quand bien mĂŞme le cinĂ©aste John Moxey s'attache Ă  mettre en parallèle une sous-intrigue familiale afin de mieux maintenir en Ă©veil le spectateur. Emprunt de facilitĂ©s et de grosses ficelles (notamment auprès de la rĂ©solution trop expĂ©ditive du coupable lors d'une conclusion exubĂ©rante), le Cirque de la Peur ne s'embarrasse pas trop de vraisemblance Ă  travers sa galerie de personnages couards ou maĂ®tres chanteurs plus ou moins complices du braquage. Pour autant; l'attrait fantaisiste de son cheminement dramatique binaire (non emprunt parfois de traits d'humour gratuits mais plutĂ´t cocasses pour les brimades entre 2 clowns) et la conviction des comĂ©diens anglais (principalement Christopher Lee sobrement convaincant dans un rĂ´le bicĂ©phale alors que l'inquiĂ©tant Klaus Kinski s'avère rĂ©solument discret en figurant vĂ©nal !) nous laissent finalement une agrĂ©able impression de divertissement sans prĂ©tention mĂŞme si rapidement oubliable passĂ© le gĂ©nĂ©rique de fin.


A découvrir avec curiosité, à condition toutefois d'être résolument averti du contenu trompeur de l'écrin forain aux antipodes du genre horrifique.

*Bruno

mercredi 3 avril 2019

Glass

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de M. Night Shyamalan. 2019. U.S.A. 2h09. Avec Samuel L. Jackson, James McAvoy, Bruce Willis, Anya Taylor-Joy, Sarah Paulson, Spencer Treat Clark.

Sortie salles France: 16 Janvier 2019 (Int - 12 ans)

FILMOGRAPHIE: M. Night Shyamalan est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain, d'origine indienne, né le 6 Août 1970 à Pondichéry. 1992: Praying with Angers. 1998: Eveil à la vie. 1999: Sixième Sens. 2000: Incassable. 2002: Signs. 2004: Le Village. 2006: La Jeune fille de l'eau. 2008: Phenomènes. 2010: Le Dernier maître de l'air. 2013: After Earth. 2015: The Visit. 2017: Split. 2019: Glass.


                             Une chronique exclusive de EricDebarnot reprise sur le site Senscritique.

The house that M. Night lost
Il y a clairement deux manières de regarder "Glass", et le plaisir qu'on en tirera variera du tout au tout. La première est en passionné de culture de super-héros et de blockbusters parfaitement exécutés : dans ce cas, passée une première demi-heure impeccable qui fait l'unanimité, on s'ennuiera vite devant des dialogues interminables, des facilités scénaristiques un peu indignes du riche passé de Shyamalan, et une certaine lourdeur dans la démonstration de ses théories sur la vraie nature du super-héros américain (obsession infantile allant jusqu'à la maladie mentale ou bien réalité soigneusement dissimulée derrière une culture faussement régressive, la question posée par "Incassable" est ici creusée "jusqu'à l'os" !). Sans parler d'un double twist final certes efficace, mais qui fait quand même "effet de signature", signalant le vrai retour aux affaires du créateur du "Sixième Sens". On sortira du film frustrés et un peu déçus... Sauf qu'on n'aura pas vu le film que notre ami M. Night a voulu faire, celui pour lequel il a hypothéqué sa maison, c'est à dire un vrai film d'auteur - appellation facilement dévoyée et enfin parfaitement appropriée avec "Glass".


Car peu importe si Shyamalan, féru de culture populaire et horrifié - comme toute personne à peu près sensée et ayant dépassé l'adolescence - par les imbécilités décérébrées des maisons Marvel et DC, s'est attelé à proposer une alternative adulte à leurs "univers" : on peut très bien vivre sans ça. Par contre, deux heures dix minutes d'émotion brûlante, de mélancolie asphyxiante, de pure poésie populaire, mises en scène, non, plutôt orchestrées avec une intelligence et un brio inégalés dans le cinéma commercial (une fois encore, on peut parler de la continuation, en plus ambitieux, du meilleur travail d'un Steven Spielberg...), ça ne se refuse pas. Comme dans chacun de ses films, les moins bons comme les meilleurs, Shyamalan filme ici l'humanité dans sa souffrance quotidienne, le long d'un véritable chemin de croix : enfances massacrées, aspirations et talents méprisés et qui deviennent d'insupportables fardeaux, identités annihilées par des systèmes politiques totalitaires, maladie puis vieillesse détruisant le corps et bientôt l'esprit, impossibilité de dépasser la tragédie individuelle. Il nous raconte ce que nous sommes, comment nous vivons, avec une sensibilité aiguë, une empathie flamboyante, mais il filme aussi la sublime déchirure de l'Amour - plutôt filial, maternel ou fraternel que sexuel... (mais ce n'est que le début d'une longue carrière, non ? A quand un vrai, un pur mélodrame à la Douglas Sirk, Night ?). Il porte ses acteurs à l'excellence absolue, avec une sorte d'évidence terrassante : James McAvoy est ici bouleversant, dépassant la pure virtuosité de l'incarnation de ses multiples personnalités, pour devenir une sorte de représentation totale de l'humanité déchirée, de l'enfant à "la bête".


On sait, depuis la magistrale dénonciation des mensonges bushiens qu'était "le Village", que le cinéma de Shyamalan est également un commentaire politique sur son époque : le final de "Glass" - et son fameux double twist - est avant tout une déclaration de guerre aux mensonges de ceux qui nous gouvernent, qui prétendent savoir mieux que nous ce qui est "bon pour nous", et une célébration - un tantinet idéaliste, oserais-je dire "capraesque" ? - du pouvoir de la Connaissance, de la Vérité lorsqu'elles réussissent à émerger, et à réunir d'abord trois personnes aussi dissemblables que les personnages que Shyamalan a repris de "Incassable" et "Split", et ensuite, peut-être, l'humanité entière. Dans son habituelle vision "new age", souvent raillée mais indéniablement sincère, Shyamalan nous affirme croire encore à notre évolution, tant spirituelle que physique, nous permettant de dépasser enfin cette solitude originelle qui est la malédiction de ses héros.


Ce dialogue jamais vraiment résolu entre une maîtrise formelle à nouveau exceptionnelle du médium cinéma et un excès dérangeant - et, c'est vrai, assez naïf - d'ambition thématique, fait du cinéma de Shyamalan une extraordinaire aberration. "Glass" ne peut que diviser le public entre sceptiques n'y trouvant pas leur compte et adeptes sortant de là profondément bouleversés et stimulés. Il a donc tout d'un film condamné à l'échec commercial malgré sa puissance et à cause de sa singularité, et on a bien peur que Shyamalan ne perde sa maison. Il ne perdra pas notre amour.

8/10 [Critique écrite en 2019]

mardi 2 avril 2019

Bumblebee

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Travis Knight. 2018. U.S.A. 1h54. Avec Hailee Steinfeld, John Cena, Jorge Lendeborg Jr., Pamela Adlon, Jason Drucker, Stephen Schneider, Glynn Turman

Sortie salles France: 26 Décembre 2018

FILMOGRAPHIETravis Knight est né en 1973 à Hillsboro dans l'Oregon aux États-Unis. Il est un artiste animateur, producteur, réalisateur et ancien rappeur. Il est le fils du magnat d'affaire Philip Knight. 2016 : Kubo et l'Armure magique (Kubo and the Two Strings). 2018 : Bumblebee.


Spin-off de la cĂ©lèbre saga Transformers, Bumblebee accomplit en 1h54 d'entertainment familial tout ce que Michael Bay n'eut pu entreprendre au profit de ses budgets standing. Car jouant la carte de l'humour, de l'Ă©motion puis enfin de l'action (quel feu d'artifice final aux FX numĂ©riques irrĂ©prochables !) Ă  travers l'humanisme candide d'une jeune fille en berne (l'actrice Hailee Steinfeld porte le film sur ses Ă©paules de par son regard luminescent), Bumblebee renoue avec l'esprit fĂ©erique des productions Amblin. Notamment en y localisant l'action de sa bourgade solaire au coeur des annĂ©es 80. Et c'est avec un coeur gros comme ça que son concepteur, Travis Knight, s'entreprend de rendre hommage Ă  travers l'ascension hĂ©roĂŻco-amicale d'une jeune fille (Ă  l'orĂ©e de sa maturitĂ© !) partagĂ©e entre ses sentiments pour un robot sauveur de l'humanitĂ© et son compagnon afro secrètement amoureux d'elle.


Alors oui, le film a beau flirter avec les bons sentiments au travers de sĂ©quences intimistes d'une si attachante simplicitĂ©, on marche Ă  fond auprès de leur complicitĂ© affectueuse inscrite dans l'amitiĂ©, la tendresse, la confiance et la pĂ©dagogie communicative (les phases d'Ă©ducation avec Bee et ses maladresses infantiles nous remĂ©morant un certain E.T, voir Ă©galement Short Circuit). TruffĂ© de tubes pop-rock entĂŞtants prioritairement natifs d'Angleterre (on y croise The Smiths, The Cure, Simple Minds, Tears for Fears) Bumblebee fait d'autant plus vibrer nos esgourdes avec une acuitĂ© Ă©motionnelle Ă©panouissante. Et si inĂ©vitablement, le pitch fantaisiste s'avère naĂŻf pour y regorger de clichĂ©s et illustrer certains personnages caricaturaux (surtout les "mĂ©chants militaires"), Travis Knight parvient efficacement Ă  exploiter les codes sous l'impulsion humaine de nos 3 hĂ©ros d'une solidaritĂ© rĂ©solument expressive. Tant auprès des rapports timorĂ©s entre Charlie et son compagnon Memo en Ă©veil amoureux que du robot Bee en voix de maturitĂ© et de rĂ©bellion au grĂ© des intimidations bellicistes incarnĂ©es par deux de ses plus couards rivaux.


"Don't You"
Clins d'oeil Ă©mouvants Ă  E.T, Short Circuit et tous ces dĂ©rivĂ©s intègres pĂ©tries de tendresse, d'attention et de gĂ©nĂ©rositĂ© aussi bien fĂ©eriques qu'explosives, Bumblebee renoue avec l'Ă©moi des premières Ă©motions vĂ©cues par un ado Ă  travers le prisme du grand Ă©cran. Et l'adulte qui l'accompagne de renouer par cette occasion familiale avec son âme d'enfant en y contemplant (la tĂŞte Ă©toilĂ©e !) les tribulations galvanisantes de Charlie et Bee. Couple aussi hybride que singulier rattachĂ© par les notions d'humanisme, d'espoir, de catharsis et d'initiation hĂ©roĂŻque lorsqu'il s'agit d'y sauver la terre d'une menace humanoĂŻde outre-mesurĂ©e ! Un fabuleux spectacle inscrit dans la modeste simplicitĂ©, le coeur (palpitant) sur la main ! 

*Bruno

jeudi 28 mars 2019

Highwaymen : La Poursuite infernale

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Robert Harmon. 2004. U.S.A/Canada. 1h20. Avec Jim Caviezel, Rhona Mitra, Frankie Faison, Colm Feore, Gordon Currie, Andrea Roth, Noam Jenkins.

Sortie salles France: 4 Août 2004. U.S: 13 Février 2004

FILMOGRAPHIE: Robert Harmon est un réalisateur américain. 1986: Hitcher. 1993: Cavale sans issue. 1996: Gotti (télé-film). 2000: The Grossing. 2002: Astronauts (télé-film). 2002: Le Peuple des Ténèbres. 2004: Highwaymen. 2004: Ike: opération overlord (télé-film). 2005: Stone Cold (télé-film). 2006: Jesse Stone: Night Passage (télé-film). 2006: Jesse STone: Death in paradise (télé-film). 2007: Jesse Stone: Sea Change (télé-film). 2009: Jesse Stone: Thin Ice (télé-film). 2010: Jesse Stone: sans remords (télé-film). 2010: Une lueur d'espoir (télé-film). 2012: Jesse Stone: Benefit of the Doubt (télé-film).


Vengeance bicéphale.
Synopsis: à la suite de la mort de sa femme, James s'efforce d'y traquer le responsable, un serial-killer routier lui même féru de vengeance depuis leur précédente confrontation musclée.

Du réalisateur du mythique Hitcher, Highwaymen emprunte clairement la démarche de la série B du samedi soir à travers son lot de cascades et poursuites en règle qu'un conducteur estropié renchérit sur sa route en guise de vengeance mais aussi d'orgueil sadique. Et si l'impressionnante 1ère demi-heure fait mouche à travers son enchaînement d'explosion et tôles froissées aussi bien meurtrières qu'inédites (et ce même si le montage pâtit un peu d'autorité), la suite s'avère également captivante lorsqu'on y lève le voile sur la caractérisation du serial-killer. Sorte de robocop paraplégique, ancien assureur gagné par la psychopathie faute d'un paternel abusif.


Quand bien mĂŞme le couple incarnĂ© par Jim Caviezel  / Rhona Mitra n'a aucune peine Ă  nous attacher Ă  leur rapport timidement amical mais aussi Ă©quivoque puisque celle-ci se retrouve contrainte d'accepter le compromis de son partenaire Cray nĂ©gociĂ© avec le tueur avant leur concertation hĂ©roĂŻque conjointement liĂ© au traumatisme routier. On peut Ă©galement apprĂ©cier les rapports conflictuels entre Cray et le flic afro en filature apprenant peu Ă  peu Ă  se connaĂ®tre et Ă  s'accepter après les confidences dramatiques  imparties aux exactions du tueur quasi increvable. Ainsi, en dĂ©pit de sa courte durĂ©e (1h17 sans le gĂ©nĂ©rique), Highwaymen dĂ©gage un vĂ©ritable charme quelque peu rĂ©tro auprès de son atmosphère modestement envoĂ»tante, Robert Harmon alternant les plages intimes du couple dĂ©muni avec les poursuites sur bitume magnifiquement filmĂ©es (notamment sur grue ou sur traveling) auprès de panoramas reculĂ©s Ă  la lisière de l'irrationnel. Une belle petite surprise d'une efficacitĂ© nerveuse et d'une insolence vrillĂ©e auprès de son concept improbable pour autant fascinant, ludique, anxiogène au demeurant. 

*Bruno
3èx. 27.08.24. Vostfr

mercredi 27 mars 2019

Les Aventures du baron de Munchausen

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"The Adventures of Baron Munchausen" de Terry Gillian. 1988. Allemagne/Angleterre. 2h06. Avec John Neville, Eric Idle, Sarah Polley, Oliver Reed, Jonathan Pryce, Winston Dennis, Charles McKeown, Jack Purvis, Robin Williams, Bill Paterson, Uma Thurman, Ray Cooper, Sting, Terry Gillian.

Sortie salles France: 8 Mars 1989

FILMOGRAPHIE: Terry Gilliam est un réalisateur, acteur, dessinateur, scénariste américain, naturalisé britannique, né le 22 Novembre 1940 à Medicine Lake dans le Minnesota. 1975: Monty Python: Sacré Graal ! (co-réalisé avec Terry Jones). 1976: Jabberwocky. 1981: Bandits, bandits. 1985: Brazil. 1988: Les Aventures du Baron de Munchausen. 1991: The Fisher King. 1995: l'Armée des 12 Singes. 1998: Las Vegas Parano. 2005: Les Frères Grimm. 2006: Tideland. 2009: L'imaginarium du docteur Parnassus. 2013: Zero Theorem. 2018 : L'Homme qui tua Don Quichotte.


Spectacle de la dĂ©mesure aux ruptures de ton parfois dĂ©concertantes, les Aventures du baron de Munchausen se solda par un cuisant Ă©chec commercial en dĂ©pit de ces critiques globalement fructueuses. Ce qui n'est guère Ă©tonnant de la part de l'Ă©lectron libre Terry Gilliam Ă  nouveau terriblement inspirĂ© pour rĂ©actualiser cette aventure baroque au sein d'un contexte historique sciemment théâtral, dĂ©complexĂ©, dĂ©calĂ©, dĂ©jantĂ©, pĂ©tulant, dĂ©bridĂ©. Fourmillant de personnages gĂ©nialement barrĂ©s sous l'impulsion de super-hĂ©ros du 3è âge (l'homme qui court plus vite que son ombre nous vaut 2 sĂ©quences d'anthologie - notamment grâce au dynamisme du montage et de ses FX retors -, le nabot au souffle tempĂ©tueux, le nègre encore plus mastard que l'incroyable Hulk et enfin le tireur avisĂ© Ă  faire pâlir de jalousie Luky Luke !), les Aventures du baron de Munchausen nous embarque dans un pĂ©riple capiteux eu Ă©gard de la folie crĂ©atrice de son auteur militant pour le droit au rĂŞve et Ă  l'Ă©vasion sous couvert d'une diatribe acerbe contre le conformisme (notamment en y singeant les conflits guerriers Ă  travers leur Ă©gocentrisme et leur idĂ©ologie ultra conservatrice). 


Et donc Ă  travers les thèmes de la vieillesse et du goĂ»t du risque pour l'aventure, l'intrigue omnibus se ramifie en divers Ă©pisodes tantĂ´t inĂ©gaux, surtout si je me rĂ©fère Ă  l'amerrissage sur la lune, faute de la posture d'un Robin Williams irritant en roi de la lune, pour ne pas dire assommant Ă  force d'outrance simiesque et de rĂ©parties saugrenues qu'il se chamaille avec son Ă©pouse et qu'il intimide auprès de nos hĂ©ros. Pour autant, transcendĂ© par ces sublimes dĂ©cors aussi bien surrĂ©alistes, stellaires, fĂ©eriques ou tropicaux, et Ă  travers le souci du dĂ©tail de moult trucages (notamment auprès d'une magnifique matĂ©rialisation de la Faucheuse en personne !), les Aventures du baron de Munchausen fleure bon la sincĂ©ritĂ© et la gĂ©nĂ©rositĂ© en dĂ©pit de son intrigue perfectible pas si passionnante que prĂ©vu (voire mĂŞme un peu fourre-tout en y empruntant la mise en abyme). Outre son impressionnant budget colossal tĂ©moignant Ă©galement d'une foule de figurants frĂ©tillants, on se rattache souvent Ă  la fraternitĂ© amicale de nos hĂ©ros en voie de renaissance qu'une fillette leur incite Ă  rĂ©animer avec son attachante innocence. Tant et si bien qu'Ă  travers son parti-pris auteurisant, Terry Gilliam conjure son amour immodĂ©rĂ© pour le pouvoir du rĂŞve et de l'Ă©vasion Ă  travers l'esprit fougueux de ces vieillards peu Ă  peu dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  se laisser influencer par l'ambition de leur mentor (affabulateur ?) afin de retrouver leur Ă©ternelle jeunesse.  


Grand spectacle atypique conçu Ă  l'instar d'un rĂŞve Ă©veillĂ© si bien que fiction et rĂ©alitĂ© s'uniformisent pour le meilleur et le moins attractif, les Aventures du baron de Munchausen n'en demeure pas moins un divertissement adulte assez excitant Ă  travers l'exubĂ©rance de son univers hybride vouĂ© Ă  nous Ă©vader auprès des divagations d'un Baron obnubilĂ© par la fulgurance de ces mĂ©moires utopiques.  

*Bruno
4èx

Récompenses
BAFTA Awards 1990 :
Meilleurs décors
Meilleurs costumes
Meilleurs maquillages
Ruban d'argent 1990 :
Meilleure photographie
Meilleurs costumes
Meilleurs maquillages

mardi 26 mars 2019

Bienvenue Ă  Marwen

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"Welcome to Marwen" de Robert Zemeckis. 2019. U.S.A. 1h56. Avec Steve Carell, Leslie Mann, Diane Kruger, Falk Hentschel, Janelle Monáe, Eiza González.

Sortie salles France: 2 Janvier 2019. U.S: 21 Décembre 2018

FILMOGRAPHIE: Robert Zemeckis est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 14 Mai 1951 à Chicago (Illinois). 1978: Crazy Day. 1980: La grosse Magouille. 1984: A la Poursuite du diamant vert.1985: Retour vers le Futur. 1988: Qui veut la peau de Roger Rabbit. 1989: Retour vers le Futur 2. 1990: Retour vers le Futur 3. 1992: La Mort vous va si bien. 1994: Forrest Gump. 1997: Contact. 2000: Apparences. 2000: Seul au monde. 2004: Le Pôle Express. 2007: La Légende de Beowulf. 2009: Le Drôle de Noël de Mr Scrooge. 2013: Flight. 2015: The Walk. 2018: Bienvenue à Marwen.


Merveille de fĂ©erie et de romantisme Ă©perdu que l'Ă©minent Robert Zemeckis illustre Ă  nouveau avec un sens onirique singulier (Ă©paulĂ© de trucages en "performance capture" irrĂ©prochables !), Bienvenue Ă  Marwen renoue avec le cinĂ©ma le plus Ă©purĂ© lorsqu'il s'agit d'immerger le spectateur Ă  travers la douloureuse introspection d'une victime traumatisĂ©e par sa brutale agression. Et pour cause, souffrant d'amnĂ©sie Ă  la suite d'un coma, Mark, autrefois dessinateur de talent, se rĂ©fugie dans la chimère de sa nouvelle passion pour les figurines qu'il photographie dans un village miniaturisĂ©, Marwen durant la pĂ©riode de la seconde guerre mondiale. Constamment harcelĂ© par des soldats SS fĂ©rus de haine, il compte pour autant sur la solidaritĂ© indĂ©fectible de 5 guerrières farouches afin de venir Ă  bout de ces tortionnaires. Or, de retour dans la solitude de sa rĂ©alitĂ© quotidienne, Mark parvient difficilement Ă  renouer avec l'Ă©quilibre d'une vie sociale harmonieuse, quand bien mĂŞme son addiction pour les anti-dĂ©presseurs lui engendre diverses hallucinations (que Zemeckis parvient brillamment Ă  mettre en exergue au grĂ© d'un montage vĂ©loce conjuguant fiction et rĂ©alitĂ© au sein du mĂŞme cadre).


C'est alors qu'il fait la connaissance de Nicol, sa nouvelle voisine de palier fascinĂ©e par le rĂ©alisme de son village miniature auquel y Ă©voluent des figurines d'un sens du dĂ©tail naturel. Ode au rĂŞve et au goĂ»t de l'Ă©vasion Ă  travers le refuge de l'art, manifeste pour le droit Ă  la diffĂ©rence (Mark adore porter des talons de femmes par engouement passionnel), Bienvenue Ă  Marwen dĂ©gage une sensibilitĂ© inusitĂ©e Ă  travers sa scĂ©nographie flamboyante alternant sĂ©quences d'animation tantĂ´t belliqueuses, tantĂ´t romantiques, et situations intimistes d'une rĂ©alitĂ© anxiogène que Mark endure quotidiennement en dĂ©pit du soutien de ses 5 amies attentionnĂ©es. Ainsi donc, Ă  travers le vibrant portrait de ce dessinateur traumatisĂ© par la violence de l'homme (ici symbolisĂ© par des fascistes avinĂ©s), Robert Zemeckis y radiographie sa fragile schizophrĂ©nie avec une Ă©motion candide bouleversante. Dans la mesure oĂą s'y dĂ©roule intensĂ©ment devant nos yeux, et avec une Ă©tonnante alchimie fĂ©erique, la lente thĂ©rapie de Mark combattant ses dĂ©mons les plus prĂ©judiciables (la fameuse sorcière belge Deja Thoris, mĂ©taphore de ses pilules bleues). Tant auprès de son imagination florissante qu'il parvient Ă  matĂ©rialiser Ă  travers l'univers rassurant de ses figurines que de l'amour en herbe que sa nouvelle voisine Nicol pourrait probablement lui rĂ©veiller avec une attention profondĂ©ment humaine.


"Notre douleur est notre carburant"
DĂ©bordant de romantisme, de fragilitĂ© et de sensibilitĂ© torturĂ©e sous l'impulsion nĂ©vralgique d'une victime en quĂŞte de catharsis (que Steve Carell insuffle avec un incroyable naturel introverti), Bienvenue Ă  Marwen traite avec une douloureuse acuitĂ© humaine des thèmes de la rĂ©silience et du dĂ©passement de l'affres Ă  travers le gain de la crĂ©ation artistique et du pouvoir salvateur de l'amour. Moment de cinĂ©ma personnel en apesanteur, Bienvenue Ă  Marwen renoue avec le 7è art le plus candide Ă  travers l'incandescence du surrĂ©alisme mĂ©taphorique. Infiniment bouleversant, tĂ©nu et magique (si bien qu'on lui pardonne une situation de procès tirant lĂ©gèrement sur la corde sensible, menu reproche Ă  murmurer auprès de ce futur classique). 

*Bruno

lundi 25 mars 2019

Onde de choc

                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site gzhorreurfilmvhs.blogspot.com

"Blind Date" de Nico Mastorakis. 1984. Grèce. 1h46. Avec Joseph Bottoms, Kirstie Alley, James Daughton, Lana Clarkson.

Sortie salles France: 24 Avril 1985

FILMOGRAPHIE: Nico Mastorakis est un réalisateur, scénariste et producteur grec né le 28 Avril 1941 à Athènes. 1976: Ta paidia tou Diavolou. 1976: To koritsi vomva. 1990: In the Cold of the Night. 1990 Hired to Kill. 1989 Ninja Academy. 1988 Glitch! 1988 Nightmare at Noon. 1987: Meurtre dans l'objectif. 1986 The Wind (Video). 1986 Heros Boys. 1985 Sky High. 1984 To kynigi tou ekatommyriou (Video). 1984 The Time Traveller. 1984 Onde de choc. 1992: The Naked Truth. 2002: .com for Murder.


Synopsis: Après un choc violent, Jonathan Ratcliffe perd la vue. Alors, il accepte d'être le cobaye d'un système expérimental qui lui permettra, à l'aide d'une interface informatique et de capteurs cérébraux, de percevoir son environnement sous forme de traits lumineux.
Pendant ce temps un dangereux psychopathe, chauffeur de taxi, enlève des filles pour se livrer à quelques dissections mortelles à coup de scalpels. Les chemins de Jonathan et du psycho-killer vont se croiser, et l'homme aveugle va tout faire pour arrêter le tueur...

Un thriller d'anticipation soporifique ne possédant aucun sens du rythme à travers son suspense aseptique ni de maîtrise technique (notamment cette vue subjective informatisée que l'aveugle perçoit à l'instar d'un jeu video). La faute à une mise en scène à la fois obsolète et bâclée, et à une direction d'acteurs plutôt maladroite en dépit de la bonne volonté des acteurs exprimant des répliques d'une rare banalité.
Bref, Circulez y'a rien Ă  voir !

*Bruno

vendredi 22 mars 2019

Opération Peur

                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site scoreexperience.blogspot.com

"Operazione paura / Kill Baby Kill" de Mario Bava. 1966. Italie. 1h23. Avec Giacomo Rossi-Stuart, Erika Blanc, Fabienne Dali, Piero Lulli, Luciano Catenacci.

InĂ©dit en salles en France. U.S: 8 Octobre 1968

FILMOGRAPHIE:  Mario Bava est un rĂ©alisateur, directeur de la photographie et scĂ©nariste italien, nĂ© le 31 juillet 1914 Ă  Sanremo, et dĂ©cĂ©dĂ© d'un infarctus du myocarde le 27 avril 1980 Ă  Rome (Italie). Il est considĂ©rĂ© comme le maĂ®tre du cinĂ©ma fantastique italien et le crĂ©ateur du genre dit giallo. 1946 : L'orecchio, 1947 : Santa notte1947 : Legenda sinfonica1947 : Anfiteatro Flavio1949 : Variazioni sinfoniche1954 : Ulysse (non crĂ©ditĂ©),1956 : Les Vampires (non crĂ©ditĂ©),1959 : Caltiki, le monstre immortel (non crĂ©ditĂ©),1959 : La Bataille de Marathon (non crĂ©ditĂ©),1960 : Le Masque du dĂ©mon,1961 : Le Dernier des Vikings (non crĂ©ditĂ©),1961 : Les Mille et Une Nuits,1961 : Hercule contre les vampires,1961 : La RuĂ©e des Vikings, 1963 : La Fille qui en savait trop,1963 : Les Trois Visages de la peur, 1963 : Le Corps et le Fouet, 1964 : Six femmes pour l'assassin, 1964 : La strada per Fort Alamo, 1965 : La Planète des vampires, 1966 : Les Dollars du Nebraska (non cĂ©ditĂ©), 1966 : Duel au couteau,1966 : OpĂ©ration peur 1966 : L'Espion qui venait du surgelĂ©, 1968 : Danger : Diabolik ! , 1970 : L'ĂŽle de l'Ă©pouvante ,1970 : Une hache pour la lune de miel ,1970 : Roy Colt e Winchester Jack1971 : La Baie sanglante, 1972 : Baron vampire  , 1972 : Quante volte... quella notte1972: Lisa et le Diable, 1973 : La Maison de l'exorcisme, 1974 : Les Chiens enragĂ©s,1977 : Les DĂ©mons de la nuit (Schock),1979 : La Venere di Ille (TV).

 
"Hypnose et sorcellerie sous l’Ĺ“il du maĂ®tre".
InĂ©dit en salles chez nous mais exhumĂ© de l’oubli quelques dĂ©cennies plus tard grâce Ă  l’Ă©mission Quartier Interdit de Jean-Pierre Dionnet, OpĂ©ration Peur demeure une clef de voĂ»te singulière du gothisme transalpin. Sous prĂ©texte d’un conte de fantĂ´me enfantin terrorisant un village maudit, Mario Bava se livre, corps et âme, en artiste prodige, façonnant un florilège d’images picturales, jaillies d’un cauchemar Ă©veillĂ©. Le rĂ©cit, peu Ă  peu, se dissout dans un onirisme surrĂ©aliste, Ă  mesure que les repères vacillent et que l’illusion phagocyte la rĂ©alitĂ©.

Le pitch : dans un hameau reculĂ© du Nord de l’Italie, le mĂ©decin Eswai est dĂ©pĂŞchĂ© par l’inspecteur Kruger pour Ă©lucider une succession de morts inexpliquĂ©es. Les villageois, terrorisĂ©s par l’apparition spectrale d’une fillette, semblent tous soumis Ă  son emprise maligne. DĂ©pourvu de toute foi superstitieuse, Eswai va pourtant dĂ©couvrir l’atroce vĂ©ritĂ©.

Sous l’Ă©pure d’un synopsis classique — sorcellerie et revenants — Bava signe une Ĺ“uvre de fulgurance macabre, capiteuse et vĂ©nĂ©neuse. DĂ©claration d’amour au gothique baroque, incrustĂ©e dans une Ă©poque hantĂ©e de croyances sourdes, il envoĂ»te les sens du spectateur, pris au piège d’un chassĂ©-croisĂ© avec la mort — ou plus exactement avec l’ombre rancunière d’une enfant exsangue, suçant la vie des paysans par hypnose et malĂ©fice. D’une efficacitĂ© troublante, par sa camĂ©ra aussi libre qu’expĂ©rimentale, Bava orchestre un cache-cache morbide entre ses figures effarĂ©es et cette gamine vengeresse, silhouette au sourire pĂ©trifiĂ©.

Par une photographie sĂ©pia/ocre aux Ă©clairages ciselĂ©s — oĂą l’orange, le jaune, le vert, le bleu et le rouge s’enlacent au mĂŞme cadre — il magnifie nĂ©cropole et forĂŞts en brume, chapelles, ossuaires, jardins de statues muettes. Dans une chambre d’enfant oĂą traĂ®nent poupĂ©es de porcelaine, cadres fanĂ©s, candĂ©labres engluĂ©s de toiles, rideaux frissonnant au souffle nocturne, la lumière ensorcelle plus qu’elle n’effraie. PlutĂ´t que d’imposer la terreur brute, Bava distille un climat de trouble rampant, nouĂ© Ă  une intrigue jalonnĂ©e de faux-semblants. Le village, morne labyrinthe, engouffre le spectateur dans un songe Ă©sotĂ©rique oĂą le temps se distend sous l’emprise d’une sorcière, d’une veuve Ă  l’âme calcinĂ©e, du spectre de Melissa. Comme dans ce vertige insensĂ© oĂą Eswai, courant après Monica disparue derrière une porte, tourne en rond Ă  l’infini, prisonnier du mĂŞme seuil, jusqu’Ă  croiser son double qu’il saisit par l’Ă©paule. Comme encore Monica, prĂ©cipitĂ©e dans un escalier en colimaçon sans fin, toujours retenue au-dessus de la dernière marche.

Si l’ossature du rĂ©cit s’ancre dans le fantĂ´me vengeur, Bava, habile, inspirĂ©, ivre de visions, brode un piège spectral oĂą la villa elle-mĂŞme devient entitĂ© mouvante — dĂ©cor Ă  part entière, dĂ©dale vivant.


"Opération Peur : la nursery gothique de Mario Bava".
Par sa poĂ©sie sĂ©pulcrale, son cauchemar diffus oĂą le spectateur s’Ă©gare Ă  l’unisson des âmes terrifiĂ©es, OpĂ©ration Peur se dresse en chef-d’Ĺ“uvre expĂ©rimental, viscĂ©ral, fĂ©rocement hypnotique. Sa bande-son dissonante, râles d’outre-tombe et rires d’enfant moqueur, sculpte un univers parallèle, sans logique, sans Ă©chappatoire. Sous ses dehors de sĂ©rie B triviale, Bava Ă©lève un pur joyau gothique, diaphane et envoĂ»tant, portĂ© par un casting fĂ©brile, suspendu entre effroi et extase.

*Bruno
11.11.24. 5èx. Vostfr
22.03.19. 
08.01.13. (78 v)

jeudi 21 mars 2019

Larry le dingue, Mary la garce / Dirty Mary Crazy Larry

Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de John Hough, 1973. U.S.A. 1h33. Avec Peter Fonda, Susan George, Adam Roarke, Vic Morrow, Roddy McDowall.

Sortie salles France: 3 Octobre 1974. U.S.A. 17 Mai 1974.

FILMOGARPHIEJohn Hough est un rĂ©alisateur britannique, nĂ© le 21 novembre 1941 Ă  Londres (Royaume-Uni). 1969 : Wolfshead : The Legend of Robin Hood, 1970 : Eyewitness, 1971 : Les SĂ©vices de Dracula, 1972 : L'ĂŽle au trĂ©sor , 1973 : La Maison des damnĂ©s, 1974 : The Zoo Gang (sĂ©rie TV) , 1974 : Dirty Mary, Crazy Larry , 1975 : La Montagne ensorcelĂ©e , 1978 : Les Visiteurs d'un autre monde, 1978 : La Cible Ă©toilĂ©e , 1980 : Les Yeux de la forĂŞt , 1981 : Incubus , 1982 : Le Triomphe d'un homme nommĂ© cheval , 1985 : Black Arrow (TV) , 1985 : Mission casse-cou (sĂ©rie TV) , 1986 : Biggles , 1987 : Les Hasards de l'amour , 1988 : Hurlements IV , 1988 : American Gothic , 1989 : Le Cavalier masquĂ© (TV) , 1990 : A Ghost in Monte Carlo (TV) , 1992 : Duel of Hearts (TV) , 1998 : Something to Believe In , 2002 : Bad Karma.

                                       

Trois ans après Point Limite Zero, John Hough rĂ©alise en 1974 un road movie autrement dĂ©complexĂ© et ludique, Larry le dingue, Mary la garce, tirĂ© du roman de Richard UnekisThe Chase. On peut d'ailleurs rappeler que la mĂŞme annĂ©e sortit Ă  quelques mois d'intervalle un autre mĂ©trage bien connu des amateurs et ayant fait l'objet d'un remake aseptique, la Grande Casse (Gone in 60 seconds), quand bien mĂŞme deux ans plus tard explose sur les Ă©crans Cannonbal, suivi du modèle du genre; Driver de Walter Hill ! Mais la mode des films de course-poursuites sur bitume atteindra son apogĂ©e en 1979 avec un premier film issu d'Australie, une bombe ayant dĂ©frayĂ© la censure de l'Ă©poque, le bien nommĂ© Mad-Max ! 

Le pitch: Un pilote de course et son co-Ă©quipier cambriolent l'argent d'un supermarchĂ© afin de pouvoir financer leur participation Ă  un cĂ©lèbre circuit de championnat automobile. Ils prennent la fuite Ă  bord de leur voiture en compagnie de Mary, une jeune aguicheuse d'un soir que Larry aborda avec regret. Rapidement, la police locale est lancĂ©e Ă  leur trousse sous la houlette d'un capitaine irascible ayant jurĂ© d'avoir leur peau Ă  bord de son hĂ©lico. 

VĂ©ritable objet de culte depuis sa sortie  (Starfix le nomma d'ailleurs dans leur revue comme l'un des 100 meilleurs films d'action amĂ©ricains !), Larry le dingue, Mary la garce (quel titre gĂ©nialement provoc !) est une bouffĂ©e d'air frais dans le cinĂ©ma de genre politiquement incorrect hĂ©ritĂ© du courant contre-culturel d'Easy Rider. Superbement incarnĂ© par un trio de comĂ©diens en roue libre (Peter Fonda / Susan George dans son meilleur rĂ´le en potiche au grand coeur / Adam Roarke), ce road movie rondement menĂ© sur rythme trĂ©pidant constitue un pur plaisir de cinĂ©ma "grindhouse" pour l'amateur d'action virile menĂ©e par des anti-hĂ©ros Ă  la p'tite semaine ! Car coordonnĂ©e par deux malfrats accompagnĂ©s d'une attachante tĂŞte Ă  claque, leur virĂ©e champĂŞtre est autant compromise par leur discorde amicale (principalement auprès des chamailleries houleuses entre Mary et Larry) que par les force de l'ordre lancĂ©s Ă  leur trousse durant 1h30 de courses-poursuites aux cascades sans faille.

                                      

Tant et si bien que durant leur traque incessante avec la police, le spectateur tĂ©moin de leurs faits et gestes s'identifie aimablement Ă  leur insouciance libertaire. Comme si nous Ă©tions Ă©galement devenus des marginaux anarchistes complices de leur pĂ©riple aux actions truffĂ©es de dĂ©rision. En prime, les rĂ©parties pleine d'humour sardonique entre Larry et Mary et le sĂ©rieux allouĂ© Ă  Deke, tĂ©moin malgrĂ© lui de leur crise conjugale (Larry n'en n'a que faire de Mary !) insufflent une ambiance dĂ©complexĂ©e, tantĂ´t cocasse, tantĂ´t dĂ©lirante, notamment lors de leurs prises de risques inconscientes pour l'adrĂ©naline de la vitesse. Quand bien mĂŞme les policiers, impuissants, constamment ridiculisĂ©s, n'auront de cesse de les pourchasser avec une hargne aussi dĂ©jantĂ©e. Mais depuis l'intrusion rigoureuse d'un chef de police chevronnĂ© et obtu, Franklyn (endossĂ© par le renfrognĂ© Vic Morrow), la course poursuite s'exacerbera d'un cran lors du survol d'un hĂ©licoptère les traquant sans relâche durant toute l'aventure. On sera d'ailleurs bougrement surpris du brutal revirement de ton auprès de son estocade finale ! Une forme de rappel Ă  l'ordre, un retour Ă  la triste rĂ©alitĂ© des consĂ©quences de l'insouciance, une mise en garde auprès des casse-cousOn peut enfin rappeler que l'Ă©patante Susan George (les Chiens de Paille / Venin) dĂ©gage un formidable naturel dans sa prestance de garce survoltĂ©e Ă  la fois dĂ©sinvolte et insolente car souvent ridiculisĂ©e par son amant de fortune que Peter Fonda endosse avec un machisme Ă  la fois impĂ©rieux, gouailleur, prĂ©somptueux. Pour autant as du volant aussi bien belliqueux que vĂ©loce, Peter Fonda se fond dans le corps d'un pilote intraitable avec une fringance constamment jubilatoire.

                                      

Un pur trip du road movie "grindhouse" d'une énergie et d'une insolence à tombeau ouvert !
Classique vintage des annĂ©es 70, Larry le dingue, Mary le dingue garde intact son pouvoir attractif de par la spontanĂ©itĂ© pĂ©tulante des comĂ©diens aussi insolents que burnĂ©s et des poursuites automobiles impeccablement orchestrĂ©es. Bref une toute autre Ă©poque subversive rĂ©solument vĂ©riste si bien que les nouveaux anti-hĂ©ros tape Ă  l'oeil, musclĂ©s et tatouĂ©s et leurs bimbos siliconĂ©es font bien pâle figure chez la saga Fast and Furious (alors qu'elle multiplie par 10 son lot de cascades numĂ©riques improbables afin de combler l'ado en mal de sensation). 

*Bruno
05.03.25. 5èx. Vost
21.03.19. 
31.03.11. 678 v

                                   

NoteAttention Spoiler !! La scène du crash apparaĂ®t dans le gĂ©nĂ©rique liminaire de la sĂ©rie tv des 80's L'homme qui tombe Ă  pic avec Lee Majors. Ne me demandez pas pour quelle raison, je n'en n'ai aucune idĂ©e !

mercredi 20 mars 2019

The Candy Snatchers

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site blu-ray.com

de Guerdon Trueblood. 1973. U.S.A. 1h33. Avec Tiffany Bolling, Ben Piazza, Susan Sennett, Brad David, Vince Martorano, Bonnie Boland.

Sortie salles France: Inédit. U.S: Juin 1973

FILMOGRAPHIE: Guerdon Trueblood est un réalisateur, producteur et scénariste américain, né le 3 Novembre 1933 à San Jose, Costa Rica. 1977: Barnaby Jones (TV Series) (1 episode). - The Inside Man. 1973: The Candy Snatchers


Pur sĂ©rie B d'exploitation surfant sur le succès de la Dernière maison sur la gauche sorti un an au prĂ©alable (suffit de zieuter son affiche ultra rĂ©fĂ©rentielle !), The Candy Snatchers relate dans une facture "grindhouse" le rapt (oh combien laborieux !) d'un trio de malfrats dĂ©cervelĂ©s dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  faire chanter le père de la victime en l'Ă©change d'une traditionnelle rançon (ici des diamants). Or, celui-ci cupide et sans vergogne rĂ©fute Ă  sauver sa propre fille pour l'enjeu d'un juteux hĂ©ritage. Au bord de la crise de nerf dans leur soif de libertĂ© et de fortune, le trio complote alors d'autres stratĂ©gies pour parvenir Ă  leurs fins. Si on songe finalement Ă  un croisement entre Chiens EnragĂ©s de Bava et Ă  la Rançon de la peur de Lenzi, de par la caractĂ©risation immorale d'une galerie de salopards tous plus fĂ©tides les uns les autres, la rĂ©alisation approximative du mĂ©connu Guerdon Trueblood (c'est d'ailleurs son unique mĂ©trage), sa violence irrĂ©aliste et surtout le surjeu amateur des acteurs bisseux finissent par plomber le potentiel de son suspense pervers. Dans la mesure oĂą l'intrigue itĂ©rative se dĂ©lite progressivement pour tourner en rond, notamment Ă  force des divergences que s'Ă©changent inlassablement les malfrats gogos, si bien que l'auto-parodie est souvent effleurĂ©e Ă  force d'outrances tantĂ´t verbales tantĂ´t sauvages (principalement son final en roue libre). On se rĂ©conforte toutefois auprès de quelques situations couillues d'un humour noir plutĂ´t corsĂ© (l'attitude perverse du marmot mutique refusant de porter assistance Ă  la victime inhumĂ©e vivante et Spoil ! le coup de théâtre final qui s'ensuit de par son action criminelle fin du Spoil, le paternel toujours plus dĂ©lĂ©tère au fil d'un cheminement brutal oĂą tous les coups sont permis, l'Ă©pouse se laissant sexuellement sĂ©duire par l'un des violeurs), tant et si bien qu'avec indulgence les fans de curiositĂ©s introuvables (il fut d'ailleurs inĂ©dit en salles en France si je ne m'abuse) devraient nĂ©anmoins y trouver leur compte Ă  condition de s'en distraire au 10è degrĂ©.


*Bruno

mardi 19 mars 2019

La Mule

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"The Mule" de Clint Eastwood. 2018. U.S.A. 1h56. Avec Clint Eastwood, Bradley Cooper, Laurence Fishburne, Michael Peña, Dianne Wiest, Andy García, Clifton Collins Jr., Alison Eastwood

Sortie salles France: 23 Janvier 2018. U.S: 9 Septembre 2016

FILMOGRAPHIE: Clint Eastwood est un acteur, rĂ©alisateur, compositeur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 31 Mai 1930 Ă  San Francisco, dans l'Etat de Californie. 1971: Un Frisson dans la Nuit. 1973: L'Homme des Hautes Plaines. 1973: Breezy. 1975: La Sanction. 1976: Josey Wales, Hors la Loi. 1977: L'Epreuve de Force. 1980: Bronco Billy. 1982: Firefox, l'arme absolue. 1982: Honkytonk Man. 1983: Sudden Impact. 1985: Pale Rider. 1986: Le MaĂ®tre de Guerre. 1988: Bird. 1990: Chasseur Blanc, Coeur Noir. 1990: Le Relève. 1992: Impitoyable. 1993: Un Monde Parfait. 1995: Sur la route de Madison. 1997: Les Pleins Pouvoirs. 1997: Minuit dans le jardin du bien et du mal. 1999: JugĂ© Coupable. 2000: Space Cowboys. 2002: CrĂ©ance de sang. 2003: Mystic River. 2004: Million Dollar Baby. 2006: MĂ©moires de nos pères. 2006: Lettres d'Iwo Jima. 2008: L'Echange. 2008: Gran Torino. 2009: Invictus. 2010: Au-delĂ . 2011: J. Edgar. 2014: Jersey Boys. 2015: American Sniper. 2016: Sully. 2017: 2018: Le 15h17 pour Paris. 2018: La Mule. 2021: Cry Macho. 


InspirĂ© de l'histoire vraie de Leo Sharp, ancien militaire retraitĂ©, passeur de drogue pour le compte d'un puissant cartel, le dernier des gĂ©ants Clint Eastwood s'offre une nouvelle renaissance Ă  travers La Mule. Un road movie existentiel d'une acuitĂ© fragile Ă  travers son manifeste pour les valeurs familiales que Clint Eastwood incante avec une prude Ă©motion. Car maĂ®trisĂ© de bout en bout, tant auprès de sa direction d'acteurs dĂ©nuĂ© de prĂ©tention (mĂŞme Bradley Cooper s'avère dĂ©pouillĂ© de force tranquille en agent de la DEA partageant d'ailleurs un point commun d'ordre familial avec le passeur !) que de la rĂ©alisation posĂ©e prenant son temps Ă  conter son rĂ©cit, La Mule y dĂ©peint l'introspection morale d'un nonagĂ©naire rongĂ© de honte et de regret faute de sa dĂ©mission Ă  la fois parentale et conjugale. J'ignore le passĂ© secrètement intime de Clint Estwood mais j'ai la trouble impression qu'Ă  travers son personnage singulier de pourvoyeur il eut probablement vĂ©cu une mĂŞme situation de dissension familiale, faute d'y avoir privilĂ©giĂ© son illustre carrière professionnelle que l'on connait. Pour autant, Ă  travers ce passĂ©iste inopinĂ©ment marginal, et au vu du dĂ©nouement inĂ©vitablement dramatique, l'argent ne fera que renchĂ©rir sa profonde solitude et son malaise existentiel. Dans la mesure Ă©galement du contexte social qu'Eastwood pointe du doigt en filigrane pour alerter de la condition prĂ©caire des retraitĂ©s chargĂ© de dettes et dĂ©nuĂ©s de subvention.


Outre son cri d'amour et de dĂ©sespoir scandĂ© Ă  l'honneur de la famille (un des plus justes et bouleversants vus depuis des lustres sur un Ă©cran !), Eastwood s'avère rĂ©solument Ă©mouvant lorsqu'il traite Ă©galement de la vieillesse (notamment Ă  travers le choc des gĂ©nĂ©rations oĂą le modernisme - cellulaire / informatique - asservit les plus influents) et de la peur de la maladie Ă  travers son âge avancĂ©. Ainsi, sans verser dans le mĂ©lo standard, et par le biais de brèves sĂ©quences intimistes d'une sensibilitĂ© Ă©purĂ©e, il parvient Ă  capter l'Ă©motion la plus honnĂŞte lorsque la mule tĂ©moigne impuissant de l'injustice du cancer sur le point d'achever une nouvelle victime. Une sĂ©quence pĂ©nible, tant auprès des confidences intimes que des silences entre les mots afin d'ausculter sans complaisance les regards dĂ©munis. Pour autant, et en conjuguant avec une Ă©tonnante alchimie les composantes du polar et du drame psychologique, La Mule n'est point couvert de sinistrose et encore moins de pessimisme si bien que Eastwood ne manque pas d'humour, de dĂ©rision et de lĂ©gèretĂ© Ă  dĂ©crire l'improbable itinĂ©raire de ce passeur burnĂ© du 3è âge comptant potentiellement renouer avec sa famille avec ses nouvelles liasses de dollars. C'est donc un rĂ©cit initiatique plein d'imprĂ©vus et de ruptures de ton (auprès de sa trajectoire dramatique expiatrice) que nous dĂ©peint Clint Eastwood plus vigoureux et frĂ©tillant que jamais (contrairement Ă  ses apparences sclĂ©rosĂ©s). Notamment lorsqu'il y fustige sobrement en filigrane le racisme et l'abus de pouvoir du corps policier par de brèves sĂ©quences de contrĂ´le identitaire.


Le chant du Cygne
Poème funèbre pour autant profondĂ©ment humain, salutaire et d'une sensibilitĂ© quasi Ă©corchĂ©e vive, la Mule revigore la personnalitĂ© d'Eastwood, acteur et rĂ©alisateur du 3è âge, Ă  travers sa thĂ©matique universelle sur la famille que celui-ci scande tacitement (et ouvertement) Ă  travers chaque plan. Ainsi donc, avec la grâce humaine qu'on lui connaĂ®t tant, probablement venions nous d'assister Ă  son ultime chef-d'oeuvre d'une florissante carrière aussi bigarrĂ©e et dĂ©complexĂ©e qu'Ă©mancipĂ©e et personnelle ! (?). 

*Bruno

lundi 18 mars 2019

La Vallée de la Mort

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Death Valley" de Dick Richards. 1982. U.S.A. 1h33. Avec Paul Le Mat, Catherine Hicks, Stephen McHattie,  Wilford Brimley, Peter Billingsley

Sortie salles France: 13 Juillet 1982

FILMOGRAPHIE: Dick Richards est un réalisateur américain né en 1936 à New York. 1972 : La Poussière, la Sueur et la Poudre. 1975 : Rafferty and the Gold Dust Twins. 1975 : Adieu ma jolie. 1977 : Il était une fois la Légion. 1982 : Death Valley. 1983 : Un homme, une femme, un enfant. 1986 : Banco (Heat).


Thriller horrifique surfant sur la vague du psycho-killer à l'orée des années 80, La Vallée de la Mort est un nanar gentillet pour qui apprécie les séries B vites vues vite oubliées. Car classiquement réalisé sans inspiration avec d'aimables interprètes pas très retors, la Vallée de la Mort pâtit d'un script gogo à partir du concept du survival. A savoir qu'un marmot est ici pourchassé par un serial-killer faute d'avoir dérobé un collier dans une caravane abandonnée. Or, le lendemain, la police découvre le bâtiment en cendre avec à l'intérieur 2 cadavres. En villégiatures avec sa mère et son beau-père (auquel le réal s'attarde beaucoup trop à exposer l'inimitié entre celui-ci et le bambin) dans la vallée de la mort, Billy est harcelé par le tueur délibéré à l'assassiner (en faisant preuve de beaucoup de maladresses dans son imprudence, voir de ridicule à travers son orgueil comme celui de courir sur la toiture d'une maison pour terrifier ses victimes ou de leur balancer par la fenêtre divers outils de garage !).


TruffĂ© d'incohĂ©rences (le vrai coup de feu dans le musĂ©e juste avant l'intervention insouciante d'un couple de pèlerins), de facilitĂ©s (Billy trouvant refuge comme pas hasard dans la voiture du tueur) et de rebondissements crĂ©tins (la trouvaille binaire pour relancer l'action finale), la VallĂ©e de la mort cultive le minimum syndical pour divertir le spectateur embarquĂ© dans un survival Ă  suspense pour autant jamais ennuyeux. Car Ă  force de naĂŻvetĂ©, du surjeu de certains seconds-rĂ´les (la baby-sitter ventripotente, le serial-killer dĂ©nuĂ© du moindre charisme patibulaire), de la bouille avenante de Peter Billingsley et de l'aspect facĂ©tieux des courses-poursuites meurtrières, la VallĂ©e de la mort amuse la galerie de par sa dĂ©rision involontaire et son absence de prĂ©tention. A titre subsidiaire, on peut notamment se rĂ©conforter auprès de son cadre naturel joliment photographiĂ© et auprès de 2/3 petites scènes gores Ă©tonnamment complaisantes (le coup de pieu, les 2 Ă©gorgements quasi filmĂ©s en gros plan).


*Bruno
2èx