vendredi 10 mai 2019

Rivière sans Retour

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site free-telechargement.co

"River of No Return" de Otto Preminger. 1954. U.S.A. 1h31. Avec Robert Mitchum, Marilyn Monroe, Rory Calhoun, Tommy Rettig, Murvyn Vye, Douglas Spencer

Sortie salles France: 30 Avril 1954

FILMO SELECTIVE: Otto Ludwig Preminger, né le 5 décembre 1905 à Wiznitz (en Autriche-Hongrie, aujourd'hui en Ukraine) et mort le 23 avril 1986 à New York (États-Unis), est un réalisateur américain d'origine autrichienne.1936 : Under Your Spell. 1937 : Charmante Famille. 1938 : Le Proscrit. 1944 : Laura. 1945 : Scandale à la cour. 1945 : Crime passionnel. 1946 : Quadrille d'amour. 1947 : Ambre. 1947 : Femme ou Maîtresse. 1949 : Le Mystérieux Docteur Korvo. 1950 : Mark Dixon, détective. 1951 : La Treizième Lettre. 1952 : Un si doux visage. 1953 : La Lune était bleue. 1954 : Rivière sans retour. 1954 : Carmen Jones. 1955 : L'Homme au bras d'or. 1955 : Condamné au silence. 1957 : Sainte Jeanne. 1958 : Bonjour tristesse. 1959 : Autopsie d'un meurtre. 1960 : Exodus. 1962 : Tempête à Washington. 1963 : Le Cardinal. 1965 : Première Victoire. 1965 : Bunny Lake a disparu. 1967 : Que vienne la nuit. 1970 : Dis-moi que tu m'aimes, Junie Moon. 1971 : Des amis comme les miens. 1975 : Rosebud. 1979 : The Human Factor.


« Il y a toujours deux cĂ´tĂ©s dans une histoire. »
Unique western d'Otto Preminger qui fit les beaux jours de la Dernière SĂ©ance d'Eddy Mitchell un 16 Novembre 1982 en 1ère partie de soirĂ©e, Rivière sans retour fait parti de ses classiques immuables auquel le cĂ´tĂ© dĂ©suet ne fait que renforcer son charme sensuel. Car fort d'une mise en scène aussi bien sobre que maĂ®trisĂ©e Ă  travers un Scope technicolor, et d'une admirable direction d'acteurs, Rivière sans Retour impose un climat souvent placide Ă  travers le pĂ©riple houleux d'un couple de fortune et d'un enfant traversant une rivière agitĂ©e pour rejoindre la ville de Council City. Mais au prĂ©alable, après avoir prĂŞtĂ© main forte au couple Harry et sa compagne Kay sur leur radeau Ă©chouĂ©, Matt Calder (Robert Mitchum) et son fils Mark (qu'il vient de le rĂ©cupĂ©rer après avoir purgĂ© une peine de prison pour meurtre) sont trahis par l'Ă©tranger avide de rejoindre la ville de Council en y dĂ©robant son fusil et son cheval. Un peu plus tard, après que celui-ci prit la fuite, Matt, Mark et Kay (qui dĂ©cida de rester parmi eux en attendant le retour de son amant) sont pris Ă  parti avec les indiens. Ainsi, ils sont contraints de descendre la rivière en radeau afin de tenter de rejoindre la ville et se venger du maraudeur du point de vue de Matt plutĂ´t avisĂ© aux valeurs du respect et d'intĂ©gritĂ© depuis son passĂ© galvaudĂ©. Western contemplatif nanti de superbes paysages canadiens, Rivière sans Retour se dĂ©cline en rĂ©cit initiatique Ă  travers ce trio improvisĂ© s'Ă©paulant mutuellement en guise de survie et d'Ă©ducation entre deux crises de contradiction.


Au-delĂ  du caractère ludique de certaines scènes d'action (dont un Ă©tonnant final Ă  la fois dramatique, mĂ©lancolique et salvateur), l'intĂ©rĂŞt de l'aventure rĂ©side donc dans ces rapports conflictuels que se disputent Matt et Kay face au tĂ©moignage du jeune Mark lui mĂŞme en apprentissage de maturitĂ©. Robert Mitchum, tout en noble Ă©lĂ©gance dans sa loyautĂ© laconique, et Marilyn Monroe, femme de caractère divine de sobriĂ©tĂ© et de sensualitĂ© charnelle, irradiant l'Ă©cran Ă  chaque plan. Quand bien mĂŞme l'attachant Tommy Rettig fait aussi preuve d'une candeur dĂ©pouillĂ©e en enfant scrupuleux de nature sage et curieuse. Ainsi, si Rivière sans retour s'avère si captivant et magnĂ©tique sous l'impulsion de ces comĂ©diens sans fard, il le doit autant Ă  l'intelligence de sa mise en scène posĂ©e et studieuse observant le trio avec pudeur et dignitĂ©. Tant et si bien que l'on observe cette romance nĂ©ophyte parmi la sensible attention des caractĂ©risations humaines s'inculquant avec foi les valeurs du respect, d'amour, de pardon et de tolĂ©rance. Et ce sans jamais se laisser envahir par une quelconque sensiblerie programmĂ©e si bien que Rivière sans retour force le respect, notamment au travers des mĂ©lodies exaltantes que Marilyn Monroe chantonne avec une Ă©tonnante assurance. Des instants de magie pure, entre deux postures sensuelles subtilement aguicheuses et une expression mĂ©lancolique poignante.


Sincère et authentique quant Ă  sa modeste reprĂ©sentation plutĂ´t rĂ©aliste, fragile et persĂ©vĂ©rant quant Ă  l'Ă©volution des personnages en proie aux valeurs familiales et Ă  la remise en question morale (notamment nos faibles capacitĂ©s de jugement, d'esprit critique et de discernement face Ă  l'amour), Rivière sans retour demeure un très beau western humaniste d'une Ă©lĂ©gance lestement Ă©purĂ©e. 

*Bruno

jeudi 9 mai 2019

Le Capitan

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

de André Hunebelle. 1960. France/Italie. 1h45. Avec Jean Marais, Bourvil, Elsa Martinelli, Pierrette Bruno, Lise Delamare, Annie Anderson, Guy Delorme.

Sortie salles France: 5 Octobre 1960

FILMOGRAPHIE: AndrĂ© Hunebelle est un maĂ®tre verrier et rĂ©alisateur français, nĂ© le 1er Septembre 1896 Ă  Meudon (Hauts-de-Seine), dĂ©cĂ©dĂ© le 27 Novembre 1985 Ă  Nice. 1948: MĂ©tier de fous. 1949: Millionnaires d'un Jour. 1949: Mission Ă  Tanger. 1950: MĂ©fiez vous des Blondes. 1951: Ma Femme est formidable. 1952: Massacre en dentelles. 1952: Monsieur Taxi. 1953: Les Trois Mousquetaires. 1953: Mon Mari est merveilleux. 1954: Cadet Rousselle. 1955: Treize Ă  table. 1955: l'Impossible Monsieur Pipelet. 1956: Casino de Paris. 1956: Mannequins de Paris. 1956: Les CollĂ©giennes. 1957: Les Femmes sont marrantes. 1958: Taxi, roulotte et Corrida. 1959: Le Bossu. 1959: ArrĂŞtez le massacre. 1960: Le Capitan. 1961: Le Miracle des Loups. 1962: Les Mystères de Paris. 1963: Oss 117 se dĂ©chaĂ®ne. 1963: MĂ©fiez vous Mesdames. 1964: Banco Ă  Bangkok pour Oss 117. 1964: FantĂ´mas. 1965: Furia Ă  Bahia pour Oss 117. 1965: FantĂ´mas se dĂ©chaĂ®ne. 1967:   FantĂ´mas contre Scotland Yard. 1968: Pas de roses pour Oss 117. 1968: Sous le signe de Monte-Cristo. 1971: Joseph Balsamo. 1974: Les Quatre Charlots Mousquetaires. 1974: Les Charlots en Folie: A nous quatre Cardinal ! 1978: Ca va faire tilt.


Un an après l'immense succès Le BossuAndrĂ© Hunebelle rempile avec le film de cape et d'Ă©pĂ©e sous la houlette d'un roman de Michel ZĂ©vaco. Et d'y recruter Ă  nouveau ses deux acteurs fĂ©tiches Jean Marais et Bourvil fraĂ®chement dĂ©barquĂ©s du Bossu. DĂ©jĂ  adaptĂ© Ă  l'Ă©cran par Robert Vernay en 1946, Le Capitan se dĂ©cline en film d'aventures colorĂ© et bondissant sous l'impulsion spontanĂ©e du duo prĂ©citĂ©. A savoir, complots, trahison, assassinats et vengeance perpĂ©trĂ©s sous le règne de Louis XIII que deux clans se disputent afin de s'approprier le trĂ´ne ! Ainsi, Ă  travers cette conjuration,  François de Capestang, dit Le Capitan, s'associe auprès d'un saltimbanque afin d'y dĂ©jouer (de prime abord) les manigances de Marie de MĂ©dicis (mère du jeune Louis XIII) et de son premier ministre Concino Concini. Car depuis l'assassinat d'Henri IV, les deux escrocs dĂ©cident de s'emparer du trĂ´ne en semant la terreur dans la Province. Mais un autre leader des conjurĂ©s, le Duc d'AngoulĂŞme, dĂ©sire Ă©galement subtiliser la couronne du roi de par l'inexpĂ©rience et l'âge juvĂ©nile de ce dernier. PlutĂ´t bien troussĂ© Ă  travers ses digressions Ă  rebondissements auquel s'Ă©charpent divers antagonistes pernicieux, la mise en scène assidue de Hunebelle est empreinte d'une rĂ©elle Ă©lĂ©gance formelle. Tant auprès de ses magnifiques dĂ©cors naturels ou de ses intĂ©rieurs architecturaux, des costumes flamboyants que des sĂ©quences d'action rondement dirigĂ©es. Les duels homĂ©riques Ă  l'Ă©pĂ©e s'opĂ©rant avec agilitĂ© quand bien mĂŞme certaines cascades impressionnent de par leur rĂ©alisme, notamment lorsque Jean Marais s'oppose comme de coutume Ă  s'Ă©pauler d'une doublure !


A l'instar de son intense escalade vertigineuse sur l'une des tours du château ou encore lors de la chevauchĂ©e endiablĂ©e de Louis XIII culminant sa chute dans le prĂ©cipice d'une falaise en compagnie de son cheval. Qui plus est, saturĂ© d'une photo en Eastmancolor, le Capitan s'octroie d'un rutilant cinĂ©mascope. Niveau cast, en chevalier intrĂ©pide redresseur de tort au charisme saillant, Jean Marais s'alloue d'un naturel spontanĂ© fondĂ©e sur les valeurs de noblesse, de loyautĂ©, de fidĂ©litĂ© et d'amour, tant auprès de sa protĂ©gĂ©e que du jeune roi sur le fil du rasoir. Si bien que l'acteur Ă©prouve un rĂ©el plaisir Ă  participer une seconde fois Ă  sa fonction de preux chevalier. Quant Ă  son comparse servant de "faire-valoir", l'impayable  Bourvil incarne avec sa bonhomie usuelle un baladin fripon conçu pour dĂ©tendre l'aventure entre deux sĂ©millantes chansonnettes dont l'une s'avère littĂ©ralement fĂ©erique. Au delĂ  de son action Ă©chevelĂ©e agrĂ©ablement menĂ©e, AndrĂ© Hunebelle  n'oublie pas d'y introduire un souffle romanesque auprès d'une charmante idylle entre Gisèle d'Angoulème et le Capitan. Leur relation en herbe dĂ©bouchant par ailleurs par une tentative de secours audacieuse lorsque celle-ci le sauvera in extremis de la mort. Qui plus est, et pour renchĂ©rir son climat gentiment tendre, son disciple Cogolin cĂ©dera notamment au charme de Giuseppina grâce Ă  leur timiditĂ© commune. Une servante italienne pudique d'autant plus sensible Ă  la candeur du saltimbanque non avare de sĂ©duction coquine.


Après son rĂ©jouissant Le Bossu, AndrĂ© Hunebellesolide artisan du film de cape et Ă©pĂ©e, nous confirme donc avec le Capitan une seconde rĂ©ussite comme le souligne sa cĂ´te de popularitĂ© critique et public (5 177 812 entrĂ©es rien que dans l'hexagone puisqu'il s'agit d'une co-production avec l'Italie). Aventures, action, romance se conjuguant avec une harmonie fougueuse, de par l'efficience de sa narration Ă  la fois Ă©pique et politique (entre amour conflictuel, complots et trahisons) que de la chaleureuse complĂ©mentaritĂ© de nos loyaux lurons. Une pĂ©pite antidĂ©pressive Ă  savourer de prĂ©fĂ©rence entre amis ou en famille. 


*Bruno
09.05.19. 4èx
18.10.12. (140 v)

mercredi 8 mai 2019

Il était temps / About Time

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site under-my-screen.com

de Richard Curtis. 2013. Angleterre. 2h03. Avec Domhnall Gleeson, Rachel McAdams, Bill Nighy, Margot Robbie, Lindsay Duncan, Lydia Wilson.

Sortie salles France: 6 Novembre 2013

FILMOGRAPHIE: Richard Curtis est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, et producteur de cinĂ©ma et de tĂ©lĂ©vision NĂ©o-ZĂ©landais d'origine australienne, nĂ© le 8 novembre 1956 Ă  Wellington, . 2003 : Love actually. 2009 : Good Morning England. 2013 : Il Ă©tait temps (About Time).


“On ne vit qu'une fois. Et encore !”
Abordant le thème du voyage dans le temps dans le cadre de la romcom, Il était temps s'avère aussi frais que sémillant de par la vigueur de son hymne à l'amour et à la vie que Richard Curtis illustre sans pathos. Et ce même si quelques bons sentiments s'avèrent parfois un brin surexposés sans pour autant céder à la mièvrerie. Car émaillé de touches d'humour assez subtiles (on reconnait bien là l'identité anglaise de l'entreprise, notamment auprès de ces dialogues ciselés), d'instants d'onirisme impromptus (l'étonnante séquence du mariage sous une tempête) et de plages de tendresse que s'harmonise le couple amoureux, Il était temps vise assez juste pour cibler le coeur du public embarqué dans une chronique sentimentale finalement ordinaire. Dans la mesure où ce portrait de famille aisé nous ressemble tous à travers les joies et les peines encourues lors de notre destinée nous imposant fatalement la mise à l'épreuve du deuil à travers la vieillesse, la maladie ou l'incident aléatoire (autrement injustifié). La moralité du film nous prodiguant avec une certaine poésie naturaliste d'y cueillir le jour présent sans se soucier du lendemain. Un discours très explicite au final que certains pourraient toutefois trouver un brin complaisant ou tout du moins un peu trop appuyé lors des monologues solennels du héros s'efforçant d'améliorer ses relations humaines en remontant dans le passé.


Ainsi donc, c'est Ă  travers la difficile acceptation du deuil lors de son ultime demi-heure très Ă©mouvante qu'Il Ă©tait temps exploite tout son potentiel mĂ©taphysique. Le voyage temporel (uniquement opĂ©rĂ© dans le passĂ© et non dans le futur) n'Ă©tant qu'un prĂ©texte pour la remise en question du hĂ©ros d'apprendre Ă  savourer chaque seconde de son existence en Ă©tant scrupuleusement attentif aux faits et gestes du monde qui l'entoure, et en y tirant les leçons bĂ©nĂ©fiques des Ă©preuves du malheur. Notamment auprès des rapports Ă©troits qu'il partage avec son paternel dĂ©bonnaire quant aux valeurs de l'amour, de la famille et de la communication. Livret d'images fougueuses baignant dans un climat de quiĂ©tude stimulant et fructueux, Il Ă©tait Temps parvient d'autant plus Ă  sĂ©duire auprès des caractères vibrants d'humanisme des protagonistes familiaux en mutabilitĂ© existentielle et sentimentale. Domhnall Gleeson incarnant avec un naturel sobre et une timiditĂ© tacite un paternel nĂ©ophyte gagnĂ© par l'optimisme en dĂ©pit de ces indĂ©cisions, de sa crainte du changement et de son manque d'aplomb auprès de la gente fĂ©minine. PĂ©tillante Ă  travers son irrĂ©sistible sourire et sĂ©curisante auprès de sa personnalitĂ© loyale, Rachel McAdams lui partage la vedette avec une spontanĂ©itĂ© fringante. Un atout de charme et sĂ©duction prĂ©dominant que les spectateurs mâles les plus rĂ©ceptifs ne manqueront pas de fantasmer secrètement dans leur idĂ©al romantique.


“Rien n'a plus de valeur qu'aujourd'hui.”
Joliment photographié dans une teinte solaire naturelle, Il était temps demeure donc une jolie comédie romantique beaucoup plus intègre, communicative et authentique qu'elle n'y parait, si bien qu'elle nous rafraîchit les sens à travers son idéologie "Carpe diem".

Remerciement à Nikko Larsson pour la découverte.

*Bruno

Récompenses: Utah Film Critics Association Awards 2013 : Meilleur acteur dans un second rôle pour Bill Nighy.
Prix de l'ATAA 2015 : prix de l'adaptation en doublage pour un film en prises de vue réelles pour Sylvie Caurier.

mardi 7 mai 2019

Johnny Guitare

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site wikipedia.org

de Nicholas Ray. 1954. U.S.A. 1h45. Avec Joan Crawford, Sterling Hayden, Scott Brady, Mercedes McCambridge, Ward Bond, John Carradine, Ernest Borgnine.

Sortie salles France: 27 Mai 1954

FILMOGRAPHIE: Nicholas Ray, de son vrai nom Raymond Nicholas Kienzle, est un réalisateur, scénariste et acteur américain né le 7 août 1911 à Galesville (Wisconsin) et mort le 16 juin 1979 à New York (New York).1949 : Les Amants de la nuit. 1949 : Les Ruelles du malheur. 1949 : Secret de femme. 1949 : Roseanna McCoy, (non crédité). 1950 : Le Violent. 1950 : Born to Be Bad. 1951 : Les Diables de Guadalcanal. 1951 : The Racket. 1952 : La Maison dans l'ombre. 1952 : Le Paradis des mauvais garçons. 1952 : Les Indomptables. 1952 : Androclès et le Lion. 1954 : Johnny Guitare. 1955 : À l'ombre des potences. 1955 : La Fureur de vivre. 1956 : L'Ardente Gitane. 1956 : Derrière le miroir. 1957 : Jesse James, le brigand bien-aimé. 1957 : Amère Victoire. 1958 : La Forêt interdite. 1958 : Traquenard. 1959 : Les Dents du diable. 1961 : Le Roi des rois. 1963 : Les 55 Jours de Pékin. 1968 : Œdipe Roi. 1975 : Wet Dreams - segment The Janitor. 1976 : We Can't Go Home Again. 1980 : Nick's Movie ou Lightning Over Water, coréalisé avec Wim Wenders.


Grand classique du genre considĂ©rĂ© comme l'un des meilleurs westerns dit traditionnel, Johnny Guitare est illuminĂ© par les prĂ©sences vampiriques de Joan Crawford et de Mercedes McCambridge se disputant le pouvoir avec une provocation perfide si je me rĂ©fère Ă  la plus dĂ©loyale habitĂ©e par une rancoeur punitive. D'ailleurs, il s'avère que sur le tournage les 2 actrices se dĂ©testaient tant au point de s'y crĂŞper le chignon Ă  renfort de règlement de compte sournois (prioritairement Joan Crawford Ă  contre-emploi de sa loyautĂ© fictive). Nanti d'un solide scĂ©nario Ă  l'intensitĂ© dramatique truffĂ©e de rebondissements, Johnny Guitare aborde les thèmes de la jalousie, du mensonge, du faux semblant et de la fĂ©lonie sous le catalyseur d'une romance impossible que convoite la diabolique Emma secrètement amoureuse du bandit Dancing Kid. Or, alors que Johnny Guitare refait surface afin de rendre visite Ă  sa bien-aimĂ©e d'autrefois Vienna, Kid espère lui conjurer son amour en dĂ©pit de son refus pĂ©remptoire et de sa rĂ©putation de tenancière marginale potentiellement complice d'un hold-up meurtrier fraĂ®chement opĂ©rĂ©.


Diabolisée par Emma épaulée de sa troupe de justiciers, Vienna tente vainement de prouver son innocence afin de laver son honneur. Ainsi donc, à travers cette intrigue insidieuse où l'influence de masse, les malentendus et la lâcheté sont légions afin d'y démasquer une éventuelle coupable au caractère digne, Nicholas Ray sublime son récit à travers une étude de caractères contradictoires. A savoir, se laisser influencer par une diabolique leadeuse rarement à court de preuves ou accorder le bénéfice du doute auprès de Vienna prise dans les mailles d'un concours de circonstances infortunées mais délibérée à se défendre et rétablir la vérité au grand dam de son impuissante solitude. A moins qu'elle ne compte en dernier ressort sur l'amour de Johnny reluquant dès le départ ces règlements de compte verbaux avec une prévention scrupuleuse. Et donc, à travers les agissements résolument perfides d'Emma assoiffée de haine meurtrière, Nicholas Ray ne fait qu'illustrer les conséquences dramatiques de sa jalousie, de ses mensonge et de sa vengeance lorsque celle-ci se résigne à influencer tout son entourage afin d'emporter la mise.


Western (Ă©tonnamment) fĂ©ministe peuplĂ© de seconds-rĂ´les perplexes en proie au doute et Ă  une remise en question morale (notamment auprès des questions de la prĂ©somption d'innocence et de la peine de mort), Johnny Guitare cultive une puissance de fascination sous l'impulsion luminescente de 2 actrices au sommet se disputant l'inimitiĂ© avec une audace hĂ©roĂŻque Ă  double tranchant. Du grand et beau cinĂ©ma, noble, romantique, lyrique, grave et puissant Ă  travers sa tournure dramatique. 

*Bruno

lundi 6 mai 2019

Le Cerveau

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Pinterest.com

de Gérard Oury. 1969. France. 1h55. Avec Jean-Paul Belmondo, Bourvil, David Niven, Eli Wallach, Silvia Monti, Raymond Gérôme, Jacques Balutin, Henri Attal.

Sortie salles France: 7 Mars 1969.

FILMOGRAPHIE: Gérard Oury (Max-Gérard Houry Tannenbaum) est un réalisateur, acteur et scénariste français né le 29 avril 1919 à Paris, décédé le 20 Juillet 2006 à Saint-Tropez.
1960: La Main Chaude. La Menace. 1962: Le Crime ne paie pas. 1965: Le Corniaud. 1966: La Grande Vadrouille. 1969: Le Cerveau. 1971: La Folie des Grandeurs. 1973: Les Aventures de Rabbi Jacob. 1978: La Carapate. 1980: Le Coup du Parapluie. 1982: L'As des As. 1984: La Vengeance du Serpent à Plumes. La Joncque (inachevé). 1987: Levy et Goliath. 1989: Vanille Fraise. 1993: La Soif de l'or. 1996: Fantôme avec chauffeur. 1999: Le Schpountz.


5 547 305 entrĂ©es Ă  sa sortie si bien qu'il se classe N°2 au Box-Office français (et ce en dĂ©pit de la dĂ©ception des producteurs qui espĂ©raient plus après les antĂ©cĂ©dents succès du Corniaud et de la Grande Vadrouille), Le Cerveau est tout Ă  fait symptomatique du savoir-faire de GĂ©rard Oury  condensant avec son efficacitĂ© traditionnelle, comĂ©die, action, aventures et romance sur un rythme sans rĂ©pit. InspirĂ© de l'attaque du train postal Glasgow-Londres, Le cerveau exploite donc le film de casse sous l'impulsion d'un casting 4 Ă©toiles parmi lesquels les duos Bourvil/Belmondo, David Niven/Eli Wallach. Quatre comĂ©diens cosmopolites jonglant entre exubĂ©rance, charme, maladresse et hĂ©roĂŻsme illĂ©gal avec une fringance Ă  revendre. Et très sincèrement ces duos inopinĂ©s fonctionnent Ă  merveille de par leur inimitiĂ© marginale Ă  daigner s'approprier une fortune dans un climat d'insolence et de cocasserie parfois proche du cartoon. Quand au rĂ´le le plus drĂ´le, on peut avouer que paradoxalement Eli Wallach vole la vedette Ă  l'illustre Bourvil en truand perfide habitĂ© par une jalousie maladive eut Ă©gard de la beautĂ© gracile de sa soeur italienne que certains prĂ©tendants osent aborder. Les meilleurs gags dĂ©coulant de sa posture irascible, obsessionnelle, paranoĂŻaque, volontairement outrĂ©e.


Ainsi, si le script s'avère de prime abord sans surprise (2 duos de malfrats vont se disputer un butin sans savoir qu'au mĂŞme moment ils opĂ©rèrent le mĂŞme stratagème), dès que le fameux casse du train entre en jeu (soigneusement mis en scène par ailleurs !), le cheminement narratif va emprunter un virage autrement inventif, fou et dĂ©complexĂ© Ă  travers une moisson de quiproquos fondĂ©es sur le simulacre et le trompe-l'oeil. Chaque protagoniste s'opposant Ă  leur doute et Ă  leur perplexitĂ© avec une savoureuse dĂ©rision si bien que les rĂ´les vont notamment s'inverser Ă  un moment propice du jeu du chat et de la souris lorsque Arthur et Anatole (Belmondo/Bourvil) prĂ©tendent dĂ©couvrir la vĂ©ritable identitĂ© du cerveau ! Et si cette comĂ©die folingue davantage trĂ©pidante ne provoque pas tant de drĂ´lerie escomptĂ©e, l'aventure loufoque et assez dĂ©bridĂ©e la compense largement grâce au savoir-faire inventif d'Oury jamais avare d'idĂ©e saugrenue (l'incroyable feux d'artifice improvisĂ© dans les jardins du château donne lieu Ă  une sĂ©quence onirique du plus bel effet). Notamment en comptant enfin sur l'aimable complĂ©mentaritĂ© de Bourvil et Jean-Paul Belmondo très Ă  l'aise en malfrats burnĂ©s, sans compter la prĂ©sence fortuite de David Niven Ă©tonnamment frais et spontanĂ© en cerveau retors jamais Ă  court de charme (sa relation naissante qu'il entamera avec la soeur de Frankie incarnĂ© par la très sensuelle Silvia Monti )


Superbement mené avec des moyens considérables (le film possède le plus gros budget de l'époque) et rythmé sous l'impulsion d'un cast alerte et d'une trame policière davantage rocambolesque auprès de ses revirements vertigineux, le Cerveau se décline en spectacle populaire festoyant si bien qu'il n'a pas pris une ride par sa mécanique de séduction infaillible.

*Bruno
2èx

vendredi 3 mai 2019

Les Aventures de Rabbi Jacob

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site medias.unifrance.org

de Gérard Oury. 1973. France. 1h41. Avec Louis De Funès, Claude Giraud; Henri Guybet, Renzo Montagnani, Suzy Delair, Marcel Dalio, Claude Piéplu, Janet Brandt, Miou-Miou, Popecke.

Sortie salles France: 18 Octobre 1973

FILMOGRAPHIE: Gérard Oury (Max-Gérard Houry Tannenbaum) est un réalisateur, acteur et scénariste français né le 29 avril 1919 à Paris, décédé le 20 Juillet 2006 à Saint-Tropez.
1960: La Main Chaude. La Menace. 1962: Le Crime ne paie pas. 1965: Le Corniaud. 1966: La Grande Vadrouille. 1969: Le Cerveau. 1971: La Folie des Grandeurs. 1973: Les Aventures de Rabbi Jacob. 1978: La Carapate. 1980: Le Coup du Parapluie. 1982: L'As des As. 1984: La Vengeance du Serpent à Plumes. La Joncque (inachevé). 1987: Levy et Goliath. 1989: Vanille Fraise. 1993: La Soif de l'or. 1996: Fantôme avec chauffeur. 1999: Le Schpountz.


1 au Box-Office avec 7 295 811 entrĂ©es et archi rediffusĂ© Ă  la TV, les Aventures de Rabbi Jacob est le classique populaire de la dĂ©mesure. Tant et si bien que 2 ans après son coup d'Ă©clat La Folie des Grandeurs, le maĂ®tre GĂ©rard Oury signe Ă  nouveau un modèle du genre de par son savoir-faire infaillible Ă  exploiter un scĂ©nario retors (qu'il Ă©crivit en compagnie de Danièle Thompson) prĂ©texte Ă  aventures rocambolesques menĂ©es Ă  tombeau ouvert. Le pitch: Ă  la suite d'un concours de circonstances malchanceuses, l'industriel Victor Pivert se retrouve mĂŞlĂ© Ă  un kidnapping auprès du rĂ©volutionnaire Mohammed Larbi Slimane. Parvenant Ă  Ă©chapper Ă  ses agresseurs mais pris en otage par ce dernier, Victor finit par se retrouver Ă  l'aĂ©roport d'Orly afin de fuir avec lui le pays. Mais alors que la police, son Ă©pouse (craignant une infidĂ©litĂ© !) et les terroristes tentent de les apprĂ©hender, Victor et Slimane parviennent Ă  usurper l'identitĂ© de rabbins dans les toilettes de l'aĂ©roport pour mieux les semer. Une folle cavalcade les attend Ă  travers les villes de Paris et au sein d'une synagogue. ComĂ©die d'aventures Ă  la fois folingues et endiablĂ©es que GĂ©rard Oury mène avec une ambition outre-mesure, les Aventures de Rabbi Jacob prolifère les rebondissements, gags en pagailles et courses-poursuites improbables sous l'impulsion de tĂŞtes d'affiche totalement dĂ©jantĂ©es !


Car en y semant la zizanie entre terroristes, policiers, rabbins, jeunes mariés et épouse contrariée, nos héros Victor et Slimane sont contraints de s'adapter à la culture juive que Victor exècre en raciste irascible. Ainsi donc, à travers le thème de la haine de l'étranger, Gérard Oury en extrait une satire irrésistible auprès de l'abattage de De Funès plus en forme et téméraire que jamais à travers ses grimaces, verbigérations et mimiques hilarantes en se fondant dans l'identité d'un étranger néophyte. Accompagné de Claude Giraud étonnamment à l'aise en contestataire faussement torve, celui-ci s'improvise preneur d'otage (au bon coeur) avec une dérision amiteuse. Constamment drôle et cocasse, badin et épique à travers son action en roue libre parmi lesquelles des cascades d'un réalisme impressionnant et une partie de danse improvisée (quel numéro décomplexé !), les Aventures de Rabbi Jacob détonne par son concentré d'humour inventif où le sens du détail confine au cartoon live. A l'instar de la poursuite survoltée implantée dans l'usine à chewing-gum que Gérard Oury mène à la perfection de par le dynamisme du montage et l'énergie à revendre des acteurs batifolant le cache-cache tous azimuts. Et pour parachever, quoi de mieux que de clôturer cette folle et vertigineuse escapade à proximité d'une église, à travers la tendresse du mariage et de la réconciliation conjugale.


Complètement azimutĂ© car d'une Ă©nergie insolente et d'une drĂ´lerie sĂ©millante, les Aventures de Rabbi Jacob prĂ©serve son intensitĂ© comique sous l'impulsion dĂ©vastatrice de comĂ©diens dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s se coursant tous azimuts sous un pilier narratif ramifiĂ©. Une pochette surprise expansive donc au sein de ses genres hĂ©tĂ©roclites. 

*Bruno
3èx

jeudi 2 mai 2019

Dragged Across Concrete. Prix Sang neuf, Beaune 2019

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de S. Craig Zahler. 2018. U.S.A/Canada. 2h39. Avec Mel Gibson, Jennifer Carpenter, Vince Vaughn, Laurie Holden, Michael Jai White, Udo Kier, Tory Kittles.

Sortie en Italie le 3 septembre 2018 (Mostra de Venise 2018).
Sortie salles U.S: 9 octobre 2018. Beyond Fest: 22 mars 2019. Interdit - 16 ans.
Sortie salles France: ?

FILMOGRAPHIE: S. Craig Zahler est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain nĂ© en 1973 Ă  Miami, Floride. 2015: Bone Tomahawk. 2017: Section 99 (Brawl in Cell Block 99). 2018: Dragged Across Concrete.


RĂ©vĂ©lĂ© par Bone Tomohawk et Section 99S. Craig Zahler n'en finit plus de surprendre avec ce 3è long, Dragged Across Concrete. Polar longiligne d'une durĂ©e exceptionnelle de 2h39 (ah ouai quand mĂŞme !), le rĂ©cit s'articule autour d'un juteux compromis entre deux flics suspendus Ă  la suite d'une bavure. A savoir, daigner dĂ©rober le magot d'une bande de braqueurs afin de pallier leur 6 mois de suspension et ainsi subvenir aux besoins de leur famille. Prenant son temps Ă  planter son contexte vĂ©nal parmi la caractĂ©risation des voyous afros et des deux flics rĂ©putĂ©s pour leur bravoure mais pour autant pĂ©nalisĂ©s par leur hiĂ©rarchie lors d'une filature musclĂ©e, S. Craig Zahler poursuit une dĂ©marche Tarantinesque Ă  travers ses dialogues ciselĂ©s, sa soul-music entĂŞtante (mais jamais envahissante) et sa structure narrative savamment planifiĂ©e. Le tout transcendĂ© d'une Ă©tude psychologique plutĂ´t fouillĂ©e et avisĂ©e, tant auprès de la fidèle amitiĂ© de ce duo subitement influencĂ© par le gain en lieu et place de survie (alors que l'un d'eux se contredit par sa rĂ©ticence), que de certains seconds-rĂ´les que Zahler ne manque pas de substantialiser. Surtout si je me rĂ©fère au sort prĂ©caire d'une jeune maman (Jennifer Carpenter plutĂ´t poignante dans sa force d'expression affligĂ©e) en proie Ă  un implacable chantage et malencontreusement employĂ©e au mauvais moment, au mauvais endroit.


EmaillĂ© de rĂ©parties et situations cocasses (Vince Vaughn dĂ©gustant son sandwich dans l'habitacle de sa voiture en un temps record de 98 mns selon l'aveu de son acolyte Mel Gibson !) avant de bifurquer vers un virage autrement noir et dramatique, eut Ă©gard des impitoyables revirements impromptus s'enchaĂ®nant en crescendo, Dragged Across Concrete laisse un arrière goĂ»t amer de souffre Ă  travers sa sombre dĂ©sillusion. Et ce mĂŞme si l'Ă©pilogue un brin salvateur ne s'avère pas si tragique passĂ© son intensitĂ© dramatique escarpĂ©e. Niveau casting, Mel Gibson (affublĂ© d'une moustache) s'en sort enfin avec les honneurs puisqu'il nous dĂ©voile ici la pleine mesure de son talent en flic sexagĂ©naire influent sur le point d'approcher la retraite mais dĂ©libĂ©rĂ© en l'occurrence Ă  sauver son train de vie instable en privilĂ©giant le bonheur de sa famille. Fort de son charisme aujourd'hui striĂ© et de son tempĂ©rament viril, Mel Gibson magnĂ©tise l'Ă©cran avec une sobriĂ©tĂ© exemplaire. Quant Ă  la posture aussi râblĂ©e de son compère Vince Vaughn, il y esquisse un ĂŞtre plus vulnĂ©rable et moins expĂ©rimentĂ© Ă  risquer sa vie pour la mise des lingots d'or. Flic un peu plus intègre mais pour autant sĂ©duit par cette transaction commerciale, Vince Vaughn s'avère parfaitement convaincant Ă  travers la palette de ses sentiments de doute, de crainte et d'amour pour sa future Ă©pouse. On peut Ă©galement souligner 2 mots sur la posture spectrale des braqueurs affublĂ©s de lunettes de soudeur, cagoules et vĂŞtements noir lors de leur violent braquage puisque sans pitiĂ© lorsqu'il s'agit d'y sacrifier des vies afin de tenir lieu de leur prospĂ©ritĂ©. ArmĂ© de silencieux lors de leurs exactions meurtrières Ă  rĂ©pĂ©tition, les amateurs pourraient prĂŞter une certaine filiation au fameux Assaut de Carpenter dans la manière insolite dont Zahler fait preuve afin de mettre en exergue le flegme de ses tueurs sans vergogne nous suscitant trouble et Ă©moi anxiogène eut Ă©gard de leur cruautĂ© dĂ©loyale.


Sans vouloir parfaire le chef-d'oeuvre mais en persĂ©vĂ©rant d'imprimer sa propre personnalitĂ© en dĂ©pit de ces influences dĂ©jĂ  exploitĂ©es lors de ces 2 prĂ©cĂ©dents mĂ©trages, Dragged Across Concrete transpire la sincĂ©ritĂ© d'un cinĂ©ma de genre rĂ©volu. Celui du Buddy movie cool et hargneux car peu Ă  peu irriguĂ© d'Ă©clairs de violence d'une âpre brutalitĂ© (jamais outrancière) que des marginaux Ă  la dĂ©rive existentielle engendrent par leurs actions vĂ©nales. Poignant et radical.  

*Bruno

Récompense:
Festival international du film policier de Beaune 2019 : Prix sang neuf

mercredi 1 mai 2019

Le Grand Chemin. César meilleure actrice, Anémone.

                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site unifrance.org

de  Jean-Loup Hubert. 1987. France. 1h45. Avec AnĂ©mone, Richard Bohringer, Antoine Hubert, Vanessa Guedj, Christine Pascal, Raoul Billerey, Pascale Roberts.

Sortie salles France: 25 Mars 1987

FILMOGRAPHIEJean-Loup Hubert est un réalisateur et scénariste français né le 4 octobre 1949 à Nantes. 1981 : L'Année prochaine... si tout va bien. 1984 : La Smala. 1987 : Le Grand Chemin. 1989: Après la guerre. 1990 : La Reine blanche. 1993 : À cause d'elle. 1997 : Marthe. 1999 : Duel. 1999 : Pulpeuse fiction. 2004 : 3 petites filles.


PortĂ© par les talents Ă©purĂ©s d'AnĂ©mone et de Richard Bohringer, communĂ©ment rĂ©compensĂ©s d'un CĂ©sar, Le Grand Chemin est une jolie chronique rurale Ă  travers l'initiation d'un jeune garçon parti 3 semaines en villĂ©giatures chez une amie d'enfance de sa maman. Or, la vĂ©ritable intention de cette dernière dĂ©coulait de sa sĂ©paration conjugale qu'elle n'ose lui avouer Ă  son âge aussi apprenti, alors qu'elle est aussitĂ´t sur le point d'accoucher de son 2è enfant. Nanti d'un climat très particulier de par son parti-pris documentĂ© d'illustrer sans fioriture une banalitĂ© quotidienne paysanne, Le Grand Chemin peut surprendre par sa cruditĂ© (mise Ă  mort et dĂ©peçage d'un lapin, insecte Ă©crasĂ© au pied, vers de terre jetĂ©s sur un mur, coĂŻt d'un jeune couple face aux enfants voyeurs, violence conjugale auprès de l'Ă©poux alcoolique, discours salace et curiositĂ© sexuelle de la petite Martine depuis la rencontre de Louis). Tant et si bien que le spectateur non averti risque d'y ĂŞtre dĂ©routĂ©. Dans la mesure notamment oĂą le rĂ©alisateur rĂ©fractaire aux conventions se refuse Ă  y dĂ©peindre une Ă©motion programmĂ©e au grĂ© des batifolages du jeune Louis constamment brimĂ© par la friponne Martine en tenue lĂ©gère parfois provocatrice.


Dans la manière radicale de radiographier ses enfants au tempĂ©rament naturel irrĂ©cusable et Ă©voluant dans un environnement champĂŞtre un peu sauvage, Jean-Louis Hubert joue la carte du vĂ©risme au risque d'occulter son Ă©motion escomptĂ©e. Notamment grâce Ă  la sobriĂ©tĂ© d'expression des jeunes acteurs Antoine HubertVanessa Guedj Ă©tonnamment naturels Ă  travers leur complicitĂ© amiteuse si bien que l'on prĂŞterait une allusion au chef-d'oeuvre Jeux Interdits de RenĂ© ClĂ©ment, de par leurs rapports Ă©troits avec le sens de la vie et de la mort. D'autant plus qu'ils rĂ©sident Ă  proximitĂ© d'un cimetière qu'ils arpentent rĂ©gulièrement en guise d'ennui et de dĂ©couverte insolite. Ainsi, en dĂ©pit d'un score un brin pathĂ©tique par moments, le Grand Chemin touche juste Ă  mettre en exergue les thèmes de l'Ă©veil initiatique et de la dĂ©mission parentale. Tant auprès du jeune Louis soudainement abdiquĂ© par son père et donc livrĂ© Ă  lui mĂŞme que du couple Marcelle / Pello jamais remis de la mort de leur progĂ©niture. C'est donc Ă  travers l'attachement progressif de Louis (natif de la ville) que ces derniers vont parvenir Ă  accepter leur deuil en lui enseignant auprès de ses interrogations rĂ©currentes les valeurs de la force de l'âge, de l'amitiĂ© et de l'amour avec l'appui dĂ©sinvolte de Martine.


Gros succès Ă  sa sortie (4è au Box-Office avec 3 177 560 entrĂ©es), Le Grand Chemin aborde la comĂ©die dramatique avec une retenue d'Ă©motions Ă  la fois fructueuse et dĂ©routante auprès du spectateur non averti. En tout Ă©tat de cause, on ne peut nier la sincĂ©ritĂ© de l'auteur portant un regard subtilement tendre pour ces protagonistes adultes et infantiles grâce Ă  sa digne modestie. 

A Anémone et Christine...

*Bruno

Récompenses:
César 1988 du meilleur acteur pour Richard Bohringer
César 1988 de la meilleure actrice pour Anémone
Prix Georges de Beauregard 1987

lundi 29 avril 2019

Dolores Claiborne

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Taylor Hackford. 1995. U.S.A. 2h12. Avec Kathy Bates, Jennifer Jason Leigh, Judy Parfitt, Christopher Plummer, David Strathairn, Eric Bogosian.

Sortie salles France: 11 Octobre 1995. U.S: 24 Mars 1995

FILMOGRAPHIETaylor Hackford est un réalisateur et producteur américain né le 31 décembre 1944. Il est marié à l'actrice Helen Mirren. 1980 : Le Temps du rock'n'roll. 1983 : Officier et gentleman. 1984 : Contre toute attente. 1986 : Soleil de nuit. 1988 : Hail! Hail! Rock 'n' Roll (documentaire musical). 1988 : Everybody's All-American. 1993 : Les Princes de la ville. 1995 : Dolores Claiborne. 1998 : L'Associé du diable. 2001 : L'Échange. 2005 : Ray. 2010 : Love Ranch. 2013 : Parker. 2016 : The Comedian.

Drame psychologique transplantĂ© dans l’Ă©crin oppressant du thriller Ă  suspense adaptĂ© d’un cĂ©lèbre roman de Stephen King, Dolores Claiborne est une rĂ©ussite rare signĂ©e Taylor Hackford, propulsĂ©e par la prĂ©sence magnĂ©tique du duo Kathy Bates / Jennifer Jason Leigh, qui soulèvent Ă  elles seules le poids massif d’une intrigue en tension, avec une intensitĂ© tour Ă  tour poignante et bouleversante.

Pitch - Ă€ la suite du dĂ©cès de la richissime Vera Donovan, son intendante Dolores Claiborne est suspectĂ©e de l’avoir prĂ©cipitĂ©e dans les escaliers. RappelĂ©e dans la rĂ©gion de son enfance, sa fille - aujourd’hui journaliste - tente de renouer un lien brisĂ© depuis la mort « accidentelle » de son père, affaire dont Dolores fut finalement acquittĂ©e. Mais le dĂ©tective John Mackey, qui n’a jamais cru en cette version, voit dans le nouveau drame l’occasion de prendre sa revanche et de faire tomber Dolores, coĂ»te que coĂ»te.

Par la charpente suspendue de son rĂ©cit alternant prĂ©sent et flash-back, levant peu Ă  peu le voile sur l’identitĂ© trouble de Dolores et radiographiant en parallèle le profil torturĂ© de sa fille en lutte contre la dĂ©pression, le film captive sans fard jusqu’Ă  son dĂ©nouement crĂ©pusculaire, irradiĂ© d’une aura onirique sous le croissant d’une Ă©clipse solaire. Magnifiquement incarnĂ©e par Kathy Bates, femme de caractère traversĂ©e par une force tranquille et une rage enfouie nĂ©e des maltraitances infligĂ©es par son Ă©poux Ă©thylique, elle partage la lumière avec Jennifer Jason Leigh, bouleversante dans sa fragilitĂ© contenue et sa douleur enfouie. Sans effets de manche, Dolores Claiborne offre un numĂ©ro d’actrices d’une belle puissance.

Si la mĂ©canique de l’intrigue devient Ă  mi-parcours relativement prĂ©visible, son intensitĂ© psychologique constante et l’art avec lequel Hackford tisse son suspense latent autour de personnages proscrits nourrissent une passionnante tragĂ©die familiale : violentes rĂ©parties, crises de larmes, rancĹ“ur, non-dits, aigreur mĂ©lancolique. La force narrative jaillit des thèmes de l’injustice, du faux-semblant, de la maltraitance, de la perversitĂ© et du traumatisme que mère et fille tentent d’arracher Ă  leur silence Ă©touffĂ©. Deux femmes habitĂ©es par une mĂŞme solitude, Ă©crasĂ©es par le poids de la culpabilitĂ© et d’une communication fendue depuis l’ancienne tragĂ©die.


Remarquablement menĂ©, sculptĂ© dans un suspense ciselĂ© que Bates et Leigh habitent d’une Ă©nergie farouche, Dolores Claiborne parle de la mort, de la rĂ©silience et de l’amour maternel avec une vigueur dramatique d’une grande sensibilitĂ©. Car c’est en affrontant les dĂ©mons d’un passĂ© Ă©hontĂ© que cette famille meurtrie peut enfin espĂ©rer la rĂ©demption - mĂŞme au prix d’un crime que la justice humaine ne saurait absoudre.


— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
2èx

RĂ©compense: Prix de la meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Ellen Muth au Festival international du film de Tokyo 1995.

vendredi 26 avril 2019

Manon des Sources. César meilleure actrice de second rôle - Emmanuelle Béart

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site chacuncherchesonfilm.fr

de Claude Berri. 1986. France/Italie/Suisse. 1h54. Avec Yves Montand, Daniel Auteuil, Emmanuelle Béart, Hippolyte Girardot, Élisabeth Depardieu, Margarita Lozano, Yvonne Gamy, Ticky Holgado.

Sortie salles France: 19 Novembre 1986

FILMOGRAPHIE: Claude Langmann, dit Claude Berri, est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur et acteur français, nĂ© le 1er juillet 1934, dĂ©cĂ©dĂ© le 12 janvier 2009. 1964: Les Baisers (segment « Baiser de 16 ans »). La Chance et l'amour (segment « La Chance du guerrier »). 1966: Le Vieil homme et l'enfant. 1968 Mazel Tov ou le Mariage. 1969: Le PistonnĂ© . 1970: Le CinĂ©ma de papa. 1972: Sex-shop. 1975: Le Mâle du siècle. 1976: La Première fois. 1977: Un moment d'Ă©garement. 1980: Je vous aime. 1981: Le MaĂ®tre d'Ă©cole. 1983: Tchao Pantin. 1986: Jean de Florette. Manon des sources. 1990: Uranus. 1993: Germinal. 1996: Lucie Aubrac. 1999: La dĂ©bandade. 2001: Une femme de mĂ©nage. 2004: L'Un reste, l'autre part. 2006: Ensemble, c'est tout. 2009: TrĂ©sor.


Sorti 3 mois après sa première partie, Manon des Sources rameute Ă  nouveau le public en masse si bien qu'il se hisse 2è au box-Office, juste derrière Jean de Florette avec 6 645 596 entrĂ©es. Pour rappel, le 1er opus rassembla 7 224 195 entrĂ©es. RĂ©unissant les nouvelles tĂŞtes d'affiche Hippolyte Girardot (excellent de sobriĂ©tĂ© et de sagesse en prĂ©tendant philanthrope), Ticky Holgado et surtout  l'indomptable Emmanuelle BĂ©art en NĂ©mĂ©sis sauvageonne, Manon des Sources dĂ©livre ici tout son potentiel dramatique Ă  travers une motivation punitive que Manon complote secrètement avec rigoureuse amertume. Car timorĂ©e, fuyante, introvertie et taciturne depuis son inconsolable traumatisme d'avoir perdu son père pour un vulgaire enjeu cupide, celle-ci distille une bouleversante Ă©motion fortuite Ă  travers sa nĂ©vralgie morale cĂ©dant parfois Ă  de foudroyantes crises de larme, entre dĂ©pit et rancoeur de l'injustice. La puissance de l'intrigue finement charpentĂ©e rĂ©sidant notamment dans la caractĂ©risation d'autres personnages en proie (depuis toujours) Ă  la lâchetĂ© du mutisme mais aujourd'hui dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  s'y confesser sous l'influence d'un incident sanitaire majeur et de Manon bientĂ´t sujette Ă  extĂ©rioriser toute la vĂ©ritĂ©. De son cĂ´tĂ©, frappĂ© d'un coup de foudre pour cette dernière plutĂ´t farouche Ă  son Ă©gard, Ugolin lui conjure de la rendre heureuse de par ses sentiments passionnels et ses richesses matĂ©rielles.


Daniel Auteuil s'avĂ©rant ici autrement plus expressif Ă  travers ses ardents dĂ©sirs d'amour, de sexualitĂ© et de dĂ©livrance. Quand bien mĂŞme le Papet observe la posture folingue d'Ugolin avec une mĂ©fiante perplexitĂ©. Sans se complaire dans le jeu de la sĂ©duction pour y tisser une toile autour d'Ugolin, Manon fricote un stratagème autrement rĂ©flĂ©chi en y punissant par l'occasion tous les habitants de sa rĂ©gion. Au-delĂ  du latent suspense imposĂ© Ă  sa cruelle vengeance, l'intrigue finira par atteindre des sommets d'acuitĂ© Ă©motionnelle lors de sa seconde partie rĂ©solument renversante. Tant et si bien que Claude Berry totalement maĂ®tre de sa mise en scène posĂ©e nous transcende une succession de règlements de comptes verbaux et rebondissements capiteux sous le pivot d'une filiation maudite. Les revirements dramatiques Ă  rĂ©pĂ©tition s'enchaĂ®nant de manière fluide car soumis au fil narratif d'une surprenante subtilitĂ©. Le fameux point d'orgue rĂ©vĂ©lateur intervenant lors de l'apartĂ© entre le Papet et une vieille amie aveugle, morceau d'anthologie d'une cruautĂ© Ă©motionnelle Ă  son apogĂ©e. Ou comment se prendre de vĂ©ritable empathie auprès du vrai responsable de cette tragĂ©die filiale frappĂ© soudainement d'une confidence improbable au point d'y louer sa culpabilitĂ©.


Grand moment de cinĂ©ma frappĂ© d'une vigueur dramatique en crescendo, Manon des Sources clĂ´t magistralement le diptyque de Pagnol Ă  travers la densitĂ© d'un rĂ©cit reptilien oĂą chaque personnage Ă©voluera en fonction d'une commune prise de conscience morale afin de restituer la dignitĂ© de Manon et des siens. Chef-d'oeuvre d'Ă©lĂ©gies morales aux âmes tourmentĂ©es, Manon des Sources atteint enfin des sommets d'acuitĂ© sous l'impulsion magnĂ©tique d'Yves Montand bouleversant d'accablement Ă  travers la tare de sa culpabilitĂ© oĂą seul Dieu pourrait l'absoudre de ses odieux pĂŞchers. Inoubliable par sa beautĂ© funèbre affligĂ©e. 

*Bruno2èx

Récompenses: César de la meilleure actrice dans un second rôle - Emmanuelle Béart
César du meilleur acteur - Daniel Auteuil

jeudi 25 avril 2019

Jean de Florette. César du Meilleur Acteur: Daniel Auteuil.

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site amazon.fr

de Claude Berri. 1986. France/Suisse/Italie/Autriche. 2h01. Avec Yves Montand, Gérard Depardieu, Daniel Auteuil, Elisabeth Depardieu, Margarita Lozano, Ernestine Mazurowna, Armand Meffre.

Sortie salles France: 27 Août 1986

FILMOGRAPHIE: Claude Langmann, dit Claude Berri, est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur et acteur français, nĂ© le 1er juillet 1934, dĂ©cĂ©dĂ© le 12 janvier 2009. 1964: Les Baisers (segment « Baiser de 16 ans »). La Chance et l'amour (segment « La Chance du guerrier »). 1966: Le Vieil homme et l'enfant. 1968 Mazel Tov ou le Mariage. 1969: Le PistonnĂ© . 1970: Le CinĂ©ma de papa. 1972: Sex-shop. 1975: Le Mâle du siècle. 1976: La Première fois. 1977: Un moment d'Ă©garement. 1980: Je vous aime. 1981: Le MaĂ®tre d'Ă©cole. 1983: Tchao Pantin. 1986: Jean de Florette. Manon des sources. 1990: Uranus. 1993: Germinal. 1996: Lucie Aubrac. 1999: La dĂ©bandade. 2001: Une femme de mĂ©nage. 2004: L'Un reste, l'autre part. 2006: Ensemble, c'est tout. 2009: TrĂ©sor.


Succès triomphal lors de sa sortie en 1986 si bien qu'il se classe n°1 au box-Office avec 7 224 195 entrĂ©es, Jean de Florette est la rĂ©union de talents hors-pair. Tant auprès de son auteur Claude Berri  (Le Vieil Homme et l'Enfant, Tchao Pantin, Germinal) que du trio Montand / Depardieu / Auteuil  (rĂ©compensĂ© d'un CĂ©sar pour son interprĂ©tation prĂ©cisĂ©ment chafouine). TirĂ© d'un cĂ©lèbre roman de Marcel Pagnol publiĂ© en 1963 après avoir Ă©tĂ© portĂ© Ă  l'Ă©cran une première fois par ce dernier en 1952, Jean de Florette est un hymne Ă  l'horticulture et Ă  la nature provinciale que Claude Berri s'applique Ă  mettre en image avec une tendre motivation. Car formellement flamboyant auprès de sa nature solaire d'un or incandescent et narrativement dense Ă  travers l'Ă©preuve de force du mĂ©tayer Jean de Florette s'Ă©vertuant, parmi l'appui de son Ă©pouse et de sa fille, Ă  labourer ses champs et Ă©lever ses lapins en guise de prospĂ©ritĂ©, son dessein lui fait confronter deux paysans aussi machiavĂ©liques qu'insidieux, Ugolin influencĂ© par son oncle Le Papet.


Ces derniers avides de cupiditĂ© tentant de s'approprier ses terres avec une amabilitĂ© obsĂ©quieuse. Yves Montand en maĂ®tre influent, et Daniel Auteuil en complice couard, se partageant la vedette avec une avarice finement dĂ©testable. AffublĂ© d'une bosse dorsale, GĂ©rard Depardieu se taille la carrure de Jean de Florette avec une dĂ©termination physique et morale forçant le respect. Car aussi retors qu'intelligent dans sa dĂ©marche horticultrice, celui-ci prolifère les ingĂ©nieux stratagèmes afin de nourrir sa famille en dĂ©pit des caprices d'une nature erratique et de sa futile naĂŻvetĂ© Ă  se laisser berner par l'amitiĂ© perfide du conseiller Ugolin. On peut Ă©galement saluer la modeste expression fragile d'Elisabeth Depardieu en Ă©pouse affectueuse discrète et combattante, ainsi que la prĂ©sence naturelle de la petite Ernestine Mazurowna d'une sobre justesse Ă  observer dans le mutisme les agissements fĂ©tides de ses deux voisins sans vergogne (Ă  l'instar du prĂ©ambule meurtrier sans Ă©quivoque que le Papet intentera sous un coup de colère).


Drame familial davantage intense et rigoureux Ă  travers le douloureux portrait d'un ambitieux paysan amoureux de ses terres et rĂ©solument dĂ©libĂ©rĂ© Ă  soulever des montagnes en dĂ©pit de ses mauvaises influences, Jean de Florette scande l'amour de la nature Ă  travers une intrigue pernicieuse esquissant deux profils mesquins d'une rapacitĂ© jamais dĂ©monstrative. D'oĂą l'intelligence et la dextĂ©ritĂ© de Claude Berri Ă  consolider ce tragique enjeu d'aviditĂ© au grĂ© d'une intensitĂ© dramatique jamais programmĂ©e. En attendant d'y dĂ©couvrir impatiemment la vengeance de Manon des Sources  lors du second volet, Jean de Florette fait dĂ©sormais office de grand classique du cinĂ©ma français d'une poignante sincĂ©ritĂ©. 

*Bruno
2èx

Récompenses: 1986 : Prix de l'Académie nationale du cinéma pour Claude Berri
1987 : César du meilleur acteur pour Daniel Auteuil pour Jean de Florette et Manon des sources
1988 : British Academy of Film and Television Arts (BAFTA) :
Meilleur Film
Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Daniel Auteuil
Meilleur scénario adapté pour Claude Berri et Gérard Brach
1988 : Prix du London Film Critics Circle du Meilleur film étranger (en)

mercredi 24 avril 2019

Une Affaire de Famille. Palme d'Or / César Meilleur Film Etranger.

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Hirokazu Kore-eda. 2018. Japon. 2h01. Avec Lily Franky, Sakura AndĹŤ, Mayu Matsuoka, Kirin Kiki, Kairi Jyo, Miyu Sasaki.

Sortie salles France: 12 dĂ©cembre 2018. Japon: 8 Juin 2018

FILMOGRAPHIEHirokazu Kore-eda est un rĂ©alisateur japonais nĂ© le 6 Juin 1962 Ă  Tokyo. 1995 : Maborosi. 1998 : After Life. 2001 : Distance. 2004 : Nobody Knows. 2006 : Hana. 2008 : Still Walking. 2009 : Air Doll. 2011 : I Wish, nos vĹ“ux secrets. 2013 : Tel père, tel fils. 2015 : Notre petite sĹ“ur. 2016 : Après la tempĂŞte. 2017 : The Third Murder. 2018 : Une affaire de famille. 2019 : La VĂ©ritĂ©.


"La solitude et le sentiment de n'être pas désiré sont les plus grandes pauvretés."
Drame familial d'une intensitĂ© dramatique que nous ne voyons jamais arriver, Une affaire de Famille n'a point dĂ©robĂ© sa Palme d'Or ni son CĂ©sar du Meilleur Film Etranger de par le brio Ă©purĂ© de Hirokazu Kore-eda portant Ă  l'Ă©cran un douloureux rĂ©cit familial avec une pudeur bouleversante. Car dĂ©crivant la quotidiennetĂ© peu recommandable d'une famille reconstituĂ©e Ă©duquant leurs enfants dans une Ă©thique marginale (chaparder dans les magasins), Une Affaire de Famille s'avère d'une fatale cruautĂ© eu Ă©gard de sa tournure dramatique dĂ©nuĂ©e d'espoir. Et si le rĂ©cit met du temps Ă  se mettre en place au premier abord pour y planter son dĂ©cor domestique, et que le spectateur s'adapte lentement aux us et coutumes de ses personnages incultes, c'est pour mieux nous Ă©branler lors de son revirement narratif (2 incidents fortuits oĂą tout basculera !) davantage attachant car d'un humanisme Ă©corchĂ© vif si je puis me permettre. La grande force du film dĂ©coulant notamment de la dextĂ©ritĂ© du metteur en scène Ă  radiographier la moralitĂ© de chaque personnage, entre sentiments sournois et pudeur romantique. Notamment auprès de la nouvelle recrue qu'ils s'efforcent de tendrement protĂ©ger depuis sa condition molestĂ©e.


Ainsi, cette famille de fortune tente donc de s'unifier et de se construire malgrĂ© tout, humainement parlant, par des moyens misĂ©reux, et par le truchement d'un code de conduite illĂ©gal. Car cohabitant dans la prĂ©caritĂ© en dĂ©pit d'emplois prolĂ©taires que 3 membres d'entre eux tentent de perdurer, ils sont pour autant contraints de gruger et d'inculquer Ă  leurs enfants cette action prĂ©judiciable. Vibrant hommage Ă  la fraternitĂ© d'une famille infortunĂ©e victime de leur inconsĂ©quence, tĂ©moignage poignant sur la vieillesse et au temps qui passe Ă  moindre Ă©chelle, Une Affaire de Famille  insuffle une bouleversante rĂ©flexion sur le sens de l'amour parental du point de vue de cette unitĂ© victime de dĂ©mission, de mensonge, de chĂ´mage et de maltraitance si on Ă©voque le cas de la dernière adoptive, Yuri. Car chargĂ©s de secrets qu'ils peinent Ă  avouer Ă  leurs rejetons (entre cupiditĂ© et profit), les parents seront confrontĂ©s Ă  leur propre vĂ©ritĂ© pour se remettre ainsi en question en tentant en dĂ©sespoir de cause de se racheter une conduite parentale autrement intègre. Ainsi, c'est donc au fil de leur quotidiennetĂ© commune semĂ©e de bĂ©vues, au fil de leur ascension familiale (quantitative) que ces derniers parviennent nĂ©anmoins Ă  y cultiver des valeurs de tendresse, de partage et d'amour dans une autonomie sournoise difficilement concevable.


Une oeuvre magnifique donc pleine de dĂ©licatesse (notamment dans la fragilitĂ© des Ă©changes de regard, dans les silences entre les mots et les remords Ă  moitiĂ© pardonnĂ©s) et de duretĂ© eut Ă©gard des consĂ©quences dramatiques de cette famille en berne tentant d'y (rĂ©)concilier amour et tendresse. Un cri d'alarme, un dĂ©chirant dĂ©sespoir humaniste que le rĂ©alisateur met en exergue parmi l'acuitĂ© de la suggestion Ă  travers ses postures faussement sereines. Le dernier plan Ă©vocateur, aphone, s'avĂ©rant par ailleurs sans Ă©quivoque Ă  travers l'amertume d'une innocence sacrifiĂ©e. 

*Bruno

Récompenses: Festival de Cannes 2018 : Palme d'or
Festival international du film d'Antalya 2018 : Meilleur réalisateur7
César 2019 : César du meilleur film étranger

Box-Office France : 728 905 entrées