dimanche 27 février 2011

BLANCHE NEIGE, LE PRINCE NOIR ET LES 7 NAINS (I Sette Nani Alla Riscossa)

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site arcadesdirect.fr

de Paolo William Tamburella. 1951. Italie. 1h28. Avec Rossana PodestĂ , Roberto Risco, Georges Marchal, Mario Mastrantonio, Salvatore Furnari, Francesco Gatto, Ulisse Lorenzelli, Giovanni Solinas, Arturo Tosi, Domenico Tosi, Ave Ninchi.

FILMOGRAPHIE: Paolo William Tamburella est un réalisateur, scénariste et producteur Italien. Il n'aurait tourné que 3 longs-métrages avant de mourir prématurément. 1946 Sciuscia (Producteur). 1950 Vogliamoci bene ! (réalisateur, scénariste et producteur). 1950 Sambo (réalisateur et scénariste). 1951 Blanche neige, le prince noir et les 7 nains (producteur, scénariste et réalisateur).

Les 7 nains se dĂ©chaĂ®nent ! 
En bonne et due forme, l'Ă©diteur Artus films nous a dĂ©terrĂ© de l'oubli une curiositĂ© transalpine totalement mĂ©connue du public et des critiques, un conte de fĂ©e sorti de nulle part remis au goĂ»t du jour Ă  travers le cĂ©lèbre personnage de Blanche Neige. Une mixture incongrue d'aventures, de féérie, de science-fiction et de cape et d'Ă©pĂ©e ! Faut-il le voir pour le croire ? Alors que le prince aimant doit partir au front rejoindre sa troupe prise en embuscade, Blanche Neige se fait enlever par le sinistre Prince Noir. Au mĂŞme moment, au fin fond d'une forĂŞt, 7 nains endormis dans leur chaumière apprennent cette mauvaise nouvelle par la prescience d'un rĂŞve commun. Dès lors, ils dĂ©cident de partir Ă  sa recherche pour une aventure semĂ©e d'embĂ»ches et d'imprudences.

DĂ©couvrir pour la première fois Blanche Neige, le prince noir et les 7 nains plus de soixante ans après sa sortie s'avère une curiositĂ© insensĂ©e dont seuls les italiens ont le secret. A travers un pitch dĂ©cousu et prĂ©mâchĂ© (sept nains complètement crĂ©tins partis Ă  la recherche de Blanche Neige, prise au piège entre les griffes du mĂ©chant prince noir) Paolo William Tamburella en extirpe un ovni pĂ©tulant. Le plaisir coupable que l'on Ă©prouve durant cette folle aventure rĂ©sidant dans les agissements tous plus saugrenus et farfelus de nos fameux nains, persuadĂ©s d'Ă©pater la galerie avec une bonne foi incommensurable. A travers des situations improbables dĂ©nuĂ©es de raison, ces sept petits personnages tĂ©mĂ©raires vont accumuler les pires pitreries pour amuser et faire rire son public prioritairement acquis pour les enfants. Il faut le voir pour le croire car certaines scènes digne d'un Mattei des Rats de Manhattan (souvenez vous, la noiraude enfarinĂ©e qui s'exclamait Ă  vive voix: chui toute blanche euh !!! chui dev'nue toute blanche euh !!!!!) sont d'une idiotie si dĂ©concertante qu'elle provoque finalement l'attachement, l'amusement, voir le rire involontaire chez les invĂ©tĂ©rĂ©s du Bis pour rire. A titre d'exemple, la sĂ©quence illustrant nos valeureux nains dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  emprisonner deux individus de grande taille (sortis d'un âge prĂ©historique !) avec l'aide d'une simple ficelle provoque un fou-rire incontrĂ´lĂ© ! A travers un jeu improvisĂ©, ils vont tenter de convaincre les hommes des cavernes qu'ils s'amusent de bon coeur avec leur bout de cordelette pour les entremĂŞler du creux de leurs mains. Un casse-tĂŞte chinois sans queue ni tĂŞte auquel nos deux abrutis des cavernes vont eux aussi daigner y participer pour pouvoir dĂ©layer les mains des nabots. Alors qu'au terme, le duo se retrouvera enlacĂ© et emprisonnĂ© par la mince cordelette tendue autour de leur corps par nos p'tits compagnons rusĂ©s.

Paradoxalement, à certains passages du récit, la mise en scène subitement plus inspirée nous fignole une séquence féérique particulièrement réussie et réellement fantasque auquel le spectateur éprouve un vrai sentiment d'évasion. En effet, nos sept nains partis à la recherche de Blanche Neige décident de faire une pause pour s'endormir sur la verdure apaisante d'une forêt enchantée. Tandis qu'à peine endormis, ils vont subitement être aspirés sous terre et se retrouver dans un monde englouti où de charmantes sirènes sensuelles vont les accueillir avec empathie ! Avec des effets cheaps futiles mais efficaces, les décors fantasmagoriques vont tirer admirablement leur épingle du jeu pour nous adhérer à cette scénographie aquatique grâce à sa mise en scène assidue et inventive. La suite se condense à un chassé croisé entre nos héros attardés et des méchants guerriers réunis dans la tour d'un château aux pouvoirs surnaturels. Puisque à la fin, on apprendra que les pouvoirs du prince noir sont régis par un mécanisme futuriste digne d'un laboratoire dantesque hérité de Frankenstein et Metropolis réunis ! Oui vous avez bien lu ! On notera aussi le décor réussi et baroque de l'entrée du château à travers son architecture exubérante pour laisser place à un monument horrifique symbolisant un terrifiant monstre volatile.

Fourre tout dégingandé mais assumé et réalisé avec une sincérité indéfectible, Blanche Neige, le prince noir et les 7 nains est une bisserie saugrenue unique en son genre chez les férus de bisserie Z. Son alliage cocasse d'aventures, de féérie et de science-fiction, et surtout l'abattage de nos valeureux nains engendrent un spectacle familial à la fois plaisant et oh combien extravagant. Sans oublier le charme docile de la discrète mais courtoise Blanche Neige, amoureuse comme il se doit de son prince vaillant. Pour les spectateurs non cinéphages, réfractaires au charme du nanar puéril, ils seront sans doute atterrés d'avoir assisté à un spectacle aussi risible, d'autant plus infidèle pour célébrer le conte homonyme des frères Grimm.

25 . 12 . 10 .
Bruno Matéï

Anthropophagous / Anthropophagus / The Grim Reaper

         

de Joe d'Amato. Italie. 1980. 1h35. Avec Tisa Farrow, Saverio Vallone, Serena Grandi, Margaret Donnelly, Mark Bodin, Bob Larsen, Rubina Rey, Simone Baker, Mark Logan, George Eastman, Zora Kerova...

Sortie salle France: 20 janvier 1982Etats-Unis:  23 octobre 1981

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Joe d'Amato (nĂ© Aristide Massaccesi le 15 dĂ©cembre 1936 Ă  Rome, mort le 23 janvier 1999) est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste italien. 1977 : Emanuelle in America, 1977 : Viol sous les tropiques, 1979: Buio Omega (Blue Holocaust), 1980: Anthropophagous, La Nuit Erotique des morts-vivants, Porno Holocaust, 1981: Horrible, 1982: 2020, Texas Gladiator, Caligula, la vĂ©ritable histoire, Ator l'invincible, 1983: Le Gladiateur du futur.

"Je me rappelle avec un infini plaisir nostalgique la location de sa VHS chez mon meilleur ami Pascal (dĂ©cĂ©dĂ© depuis), un mercredi matin, alors que son père nous rĂ©primandait vertement — on louait trop de films d’horreur, et lui les exĂ©crait."

"L’ĂŽle aux morts : anatomie d’un cauchemar charognard".
En 1979, Joe D’Amato fonde sa propre sociĂ©tĂ©, Filmirage, pour produire Anthropophagous, un mĂ©trage fauchĂ© tournĂ© en 16 mm, dont l’image sera ensuite gonflĂ©e en 35 pour son exploitation en salles. Pour l’Ă©laboration du script, il partage la paternitĂ© avec son acteur fĂ©tiche, George Eastman (de son vrai nom Luigi Montefiori). Le film dĂ©barque en France le 20 janvier 1982, deux ans après sa sortie italienne, semant autant la stupeur que le scandale. Les critiques puritaines hurlent Ă  la nausĂ©e, pendant que sa carrière lucrative en VHS renforce son aura de film maudit, Ă  l’instar de son cousin cannibale, Cannibal Holocaust.

Le pitch :
Débarqués sur un archipel, un groupe de jeunes touristes tombe nez à nez avec un maniaque cannibale.

RĂ©putĂ© comme l’un des films les plus choquants des annĂ©es 80, Anthropophagous doit sa lĂ©gende noire Ă  deux sĂ©quences proprement hallucinĂ©es : l’arrachage d’un fĹ“tus encore vivant, dĂ©vorĂ© sous nos yeux par l’anthropophage, et l’Ă©ventration de ce dernier, s’achevant dans une sĂ©quence d’autophagie barbare oĂą il mastique ses propres entrailles. DĂ©lire pur, malsain, orgiaque — pour le plus grand plaisir des amateurs de pellicule faisandĂ©e. D’oĂą cette tagline d’Ă©poque devenue mythique : « L’homme qui se mange lui-mĂŞme ! »


Avec des moyens famĂ©liques, un pitch linĂ©aire et des comĂ©diens limitĂ©s (mĂŞme si George Eastman et Tisa Farrow s’en sortent plus qu’honorablement), D’Amato mise tout sur une ambiance mortifère, tissĂ©e dans des dĂ©cors malsains. Foyers blafards recelant des cadavres dĂ©crĂ©pis derrière des cloisons secrètes, forĂŞts clairsemĂ©es vidĂ©es de toute faune, nĂ©cropoles nocturnes, caveaux reclus oĂą se terre une aveugle dans un vieux tonneau. MĂŞme le repaire du tueur — un monument en ruines — est un sous-sol nĂ©crosĂ©, charnier silencieux, jonchĂ© d’ossements et de chairs en putrĂ©faction. Pour amplifier cette dĂ©rĂ©liction, une partition dissonante, entre orgue funèbre et nappes Ă©lectroniques stridentes, distille un malaise rampant. En matière d’atmosphère, D’Amato ne laisse pas de marbre, et mĂŞme si l’intrigue minimaliste flirte avec le grotesque, elle renforce l’aspect ludique et dĂ©rangĂ© du spectacle. En somme, six touristes jouent Ă  cache-cache avec un ogre dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© sur une Ă®le moribonde, jusqu’Ă  trouver refuge dans la maison familiale du monstre, sous le regard hagard de sa propre sĹ“ur. Le flash-back, lapidaire, nous dĂ©voile la tragĂ©die originelle ayant prĂ©cipitĂ© cet homme dans la dĂ©mence carnassière.


Provocateur impĂ©nitent, D’Amato n’Ă©prouve aucun scrupule Ă  exhiber ses effets chocs, vulgaires mais efficaces, multipliant les zooms crus sur les chairs suppliciĂ©es. Pourtant, Anthropophagous, aussi sanglant soit-il, n’est pas un festival de gore systĂ©matique : le cinĂ©aste prĂ©fère miser sur l’Ă©trangetĂ© de son climat solaire (tout se dĂ©roule en plein jour), et sur la tension rampante Ă  laquelle on adhère avec un plaisir presque masochiste. Le monstre — interprĂ©tĂ© par un George Eastman habitĂ© — surgit par touches, sa silhouette massive et son faciès lĂ©preux imprĂ©gnant l’Ă©cran d’une terreur archaĂŻque. Il Ă©voque l’ogre de la forĂŞt, celui qu’on murmure dans les contes au coin du feu, sous la menace du noir.


"L’homme qui se mange lui-mĂŞme : mythe d’un ogre moderne".

Aussi maladroit qu’attachant, aussi bricolĂ© qu’ensorcelant, Anthropophagous sĂ©duit par son irrĂ©vĂ©rence totale, son ambiance d’une noirceur malade et son esthĂ©tisme macabre de carte postale souillĂ©e. George Eastman est terrifiant, les dĂ©cors suintent la mort, le score hypnotise, et les Ă©clats gores parachèvent la mutation d’un produit Z en joyau putrescent, pure dĂ©viance italienne. Aujourd’hui, dans une Ă©poque ultra-conservatrice, aucun producteur ne prendrait le risque de pareille horreur. C’est dire Ă  quel point cette bisserie demeure prĂ©cieuse — vestige infect d’une Ă©poque rĂ©volue, oĂą le cinĂ©ma osait cracher sur la biensĂ©ance et digĂ©rer ses propres tripes.
 
*Bruno
27.12.10
14.07.14
Octobre 2022. 4èx

La critique de Mathias Chaput:
Partant du gimmick culotté de "l'homme qui se mange lui même" (!) qui servira d'accroche au film et garant d'un immense succès suscité par la curiosité coupable des spectateurs, "Anthropophagous", outre un scénario qui tient à peu près la route, reste un monument dans le genre, déclinant effets gore nauséeux et atmosphère terrifiante !

George Eastman, de par son charisme, y est pour beaucoup dans la réussite du métrage, dont il a également écrit le scénario...

D'amato se fait plaisir et NOUS fait plaisir, le bougre se lâche, nous gratifiant de passages délirants et anxiogènes (la nuit de l'orage, la caverne du cannibale, les sous sols de la maison...) mais n'oublie jamais de prendre conscience du risque de l'impact que son film peut avoir...

Re(con)stituant une angoisse qui va crescendo, il met habilement en exergue des idées qui feront date (le miroir qui se brise, renfermant derrière lui une mini mausolée), l'exploitation de l'aura de l'archipel, comme un piège sournois qui enferme les pauvres gens ainsi que le spectateur, un microcosme glaçant et ultime où gravitent les "petites souris" avec le "chat", prédateur qui finira par les manger !

"Anthropophagous" est une gigantesque partie de cache-cache avec comme point d'orgue une issue salvatrice extrĂŞmement gorasse, presque minimaliste !

Doté de trouvailles graphiques plus perverses et imaginatives les unes que les autres (le plan légendaire d'arrachage de foetus, fallait être fou pour oser un truc pareil !), se suivant avec attention et bénéficiant de rebondissements assez bienvenus dans son déroulement, "Anthropophagous" est un des piliers dans l'oeuvre de D'Amato et dans la continuité du cinéma gore italien, le bougre récidivant un an plus tard avec son "Rosso sangue" et allant encore plus loin dans le gore, celui ci étant un peu les prémices de son style...

Réservé à une poignée d'aficionados et pas du tout grand public, "Anthropophagous" ravira les cinéphages friands d'horreur déviante, les autres passeront leur chemin !

Le travail de BACH films sur le dvd est remarquable et les bonus avec l'immense Christophe Lemaire sont un pur régal !

Calibré pour une soirée pizza entre potes, "Anthropophagous" a le mérite de terrifier et de divertir en même temps, ce qui est louable !

Ne boudons pas notre plaisir et savourons ce film mythique !

Note : 8/10

DREAM HOME (Wai dor lei ah yut ho)

(avis subjectif d'un puriste amateur)



de Pang Ho-Cheung. 2010. Hong-Kong. 1H36. Avec Eason Chan, Michelle Ye, Josie Ho, Norman Chu, Anthony Wong, Kwok Cheu-Sang, Hee Ching Paw.

Sortie française: courant 2011.

FILMOGRAPHIE: Pang Ho-Cheung est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur Hongkongais né en 1973.
2001: You Shoot, I Shoot
2003: Men Suddenly in Black
2004: Beyond Our Ken
2005: A.V.
2006: Isabella
2007: Exodus
2007: Trivial Matters
2010: Love in a Puff
2010: Dream Home

    CATEGORIE 3.
    Retour en fanfare chez nos Hongkongais pour l'horreur hardgore (mais ludique) avec un métrage dans la droite lignée des fameux Catégories 3 (interdit au moins de 18 ans). Autant avertir d'emblée les curieux qu'il s'agit encore d'un de ces métrages extrêmes baignant dans l'immoralité et la violence crue comme seul les asiatiques effrontés ont le secret.

    A travers une trame horrifique vindicative et punitive alignant en intermittence une succession de meurtres d'un réalisme sidérant mais heureusement volontairement dénaturée par un humour acide exutoire, Dream Home décrit le calvaire financier qu'une jeune fille, Cheng Lai-sheung, doit traverser pour pouvoir s'approprier une demeure de luxe.
    Parce que durant son enfance, elle pouvait admirer le paysage radieux du quartier Victoria de Hong-Kong depuis sa fenêtre d'appartement familial, Cheng Lai-sheung s'était jurée de posséder un logement semblable situé en bord de mer. Mais comme la ville est en perpétuelle évolution industrielle et que l'urbanisation envahissante a délaissé l'écologie contre la beauté harmonieuse de la nature, le rêve de notre héroïne sera une éprouvante labeur, surtout que le marché de l'immobilier davantage en inflation ne cesse de progresser. De ce fait, Cheng entreprend deux emplois successifs pour pouvoir concrétiser son rêve et son père, gravement malade, pourrait lui laisser une somme conséquente en guise d'assurance vie. Mais l'attente insupportable des prêts immobiliers va sérieusement contraindre la jeune fille de se lancer dans le meurtre expéditif auprès des habitants de l'immeuble. De sorte à dissuader les futurs acquéreurs pour sélectionner un des appartements.


    Le film démarre brutalement avec un meurtre d'anthologie par strangulation mis en scène avec une virtuosité que n'aurait pas renié Dario Argento (le magnifique pré-générique qui juxtapose une succession de building high-tech n'est pas non plus en reste !). La caméra agile multipliant les angles de prise de vue et les cadrages alambiqués incessants dans une parfaite fluidité.
    Le calvaire moribond que va subir cet agent de sécurité lapidé est long, viscéral et désespérément vain dans ses tentatives de se raccrocher au fil de sa vie. L'homme essayant de se délier à l'aide d'un cutter pour tenter de sectionner le cordon acéré autour de son cou. Sauf qu'à force de vouloir ciseler la cordelette à l'aveuglette dans un état d'affolement incontrôlé, c'est sa gorge qu'il atteindra par petites coupures successives lui entaillant la peau, jusqu'à ce qu'il périsse étouffé dans sa mare de sang.

    La suite immuable tient ses promesses en variant continuellement une série de meurtres inventifs, soigneusement concoctés et sacrément impressionnants dans des FX hyper réalistes et perfectibles sans toutefois verser dans l'insoutenable nauséeux.
    C'est son savant dosage de cynisme sarcastique qui va dédramatiser chaque situation extrême, redoutée pourtant avec appréhension, puisque chaque meurtre envisagé se révèle ultra sanglant, violent et sans concession admise.
    Cette farce grotesque au ton incongru entamée dans un climat déroutant séduit les amateurs d'horreur brute avec en prime l'intelligence de dénoncer un message social tout à fait actuel sur la spéculation immobilière, davantage intransigeante et perfide envers le citoyen lambda tributaire du "toujours travailler plus" (l'héroïne pratiquant 2 emplois succincts).
    Seul bémol cependant envers quelques flashs-back un peu rébarbatifs, volontairement déstructurés à propos de l'enfance de notre jeune héroïne. Des va et vient désordonnés un peu trop appuyés et insistants jusqu'à semer la confusion dans l'esprit du spectateur futilement désorienté.
    Tandis que le final extravagant, Tarantinesque dans son absurdité sanguinaire commise en défaveur de ses témoins indirects va se concrétiser dans un bain de sang débridé, (in)volontairement déraisonné !


    Michelle Ye qui incarne le rôle d'une meurtrière en demi-teinte dans sa quiétude mêlée d'inquiétude est totalement étonnante, singulière dans son physique neutre, sa personnalité trouble et austère, d'un calme confondant dans ces agissements meurtriers. Froide, inflexible et déterminée dans ses ambitions matérielles axées sur le confort et la tranquillité dans une société de consommation inéquitable.
    ATTENTION SPOILER !!!!!Une meurtrière d'autant plus ambivalente qu'elle ira jusqu'à délaisser son paternel agonisant pour volontairement le laisser périr dans ses derniers souffles suppliciés d'une chambre d'hôpital. Une manière indocile, plus furtive à pouvoir encaisser l'assurance vie garantie. FIN DU SPOILER.

    C.L.S CHERCHE APPARTEMENT.
    Dans une réalisation soigneusement ciselée variant les ruptures de ton, Dream Home se révèle un excellent divertissement horrifique, sardonique et extrême dont les nombreuses séquences chocs percutantes et rigides sont exécutées avec un sens spectaculaire jouissif expurgé d'un potentiel malaise rigoureux par son humour noir libérateur.
    Le scénario, loin de se réduire au canevas basique et orthodoxe du genre symptomatique se permet en sus de dénoncer l'abus de spéculation immobilière qui touche les pays du monde entier (comme il l'est spécifié à la toute fin du métrage). Une dérive quotidienne vécue à travers le destin baroque, immoral d'une jeune fille dépitée de son existence morne et désillusionnée, avide de renommée par le pouvoir capital.


    NOTE: Le film a été présenté avec succès lors de la 10ème édition du Festival International du Film Fantastique de Neuchatel (Suisse)

    28.12.10

    LE RENNE BLANC (Valkoinen peura)


    (avis subjectif d'un puriste amateur)

    Prix du film légendaire à Cannes.

    de Erik Blomberg. 1952. Finlande. 1H05. Avec Mirjami Kuosmanen, Kalervo Nissilä, Åke Lindman.

    FILMOGRAPHIE: Erik Blomberg (18 September 1913 – 12 October 1996) est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur finlandais. Il a Ă©tĂ© mariĂ© Ă  l'actrice Mirjami Kuosmanen qui incarne le rĂ´le principal du Renne Blanc (Ă©galement illustrĂ©e dans la co-scĂ©narisation), son seul et unique long-mĂ©trage.


    LES OUBLIES DU FANTASTIQUE FINLANDAIS.
    L'éditeur Artus Films nous a une fois de plus déterré il y a peu une merveille du cinéma Fantastique Finlandais tirée d'une légende nordique. Un film particulièrement notoire dans son pays d'origine qui a été couronné en 1953 du Prix international du film légendaire du Festival de Cannes, décerné par Jean Cocteau.

    En Laponie, dans le cercle polaire, une jeune femme sorcière contre son gré épouse un jeune chasseur de renne. A cause des absences répétées de son époux, Pirita, délaissée, décide de rencontrer un sorcier pour retrouver un potentiel intérêt à sa vie esseulée.
    Elle conclut alors un pacte avec le Mal avec l'aide du sorcier et doit sacrifier un être vivant au Dieu de la pierre pour pouvoir bénéficier d'un pouvoir ensorcelant les hommes de la région. Mais cet accord du Mal se forgera en malédiction pour la jeune fille, incapable de se débarrasser d'un fardeau davantage contraignant et finalement fustigé.


    Le film débute par un court poème vaillamment conté et chantonné par une narratrice candide. C'est cette histoire insolite qui nous sera visuellement évoqué durant la totalité narrative axée sur une légende diabolique pour mettre en cause la perte identitaire d'une jeune fille avide d'affection, de pouvoir vampirique sur les hommes, contribué par ces charmes sensuels insoupçonnés.
    Pour une production Finlandaise datant de 1952, nous sommes en dépaysement total devant l'étendue clairsemée de leurs immenses plaines enneigées que l'on parcourt inlassablement à perte de vue ! Un florilège de décors naturalistes en accord avec la beauté limpide écologique. Un paysage ensorcelant d'une autre époque, un ailleurs inexploré irrésistiblement tangible, un environnement fantasque submergé de son manteau de neige qui illumine chaque toile de l'horizon, telle une féérie gracile pleine de candeur. Quelques chaumières emmitouflées par l'abondance de flocons blancs et légers où l'on peut discerner de l'étendue des collines nacrées la fumée bienveillante qui s'évacue des cheminées dans l'air frais du cercle polaire. Alors que des habitants familiers sont sur le point de fêter un traditionnel mariage rituel avant de partir chasser ces centaines de rennes dégourdis, chevauchant les routes désertes de présence humaine.
    Mais dans cette contemplation irréelle au fluide sensoriel il y a de sombres superstitions que l'on redoute chuchoter, craignant le pouvoir maudit du Dieu de pierre ou celle plus ample de la vallée de la mort.
    Pirita, jeune fille élégante, immature et insouciante se laissera facilement berner par le pouvoir d'une entité pernicieuse en lui sacrifiant un renne pour devenir elle-même cet animal vigoureux tant convoité. Dans un sentiment hautain de supériorité, elle prendra plaisir à se laisser courser par les habitants du quartier, intrigués par l'apparence monochrome de l'animal sauvage. Tandis que Pirita, renouée dans son corps de femme devant la stupeur déconcertée de l'homme qui l'aura finalement traqué, assassinera sa victime de manière sarcastique en l'égorgeant de ces dents lascives et incisives.
    Mais la supercherie désinvolte de la jeune sorcière possédée ne pourra éternellement satisfaire ses méfaits dédaigneux quand les hommes revanchards connaitront le moyen antique de détruire le renne blanc.


    C'est un conte baroque et inhabituel que nous retranscrit Erik Blomberg dans un mĂ©lange de fantastique teintĂ© de vampirisme, de superstition, de sorcellerie et de merveilleux centrĂ© sur la beautĂ© de la nature et de ceux qui y rĂ©sident, en harmonie avec la danse des rennes omniprĂ©sents.
    La prestance inhabituelle des comédiens totalement inconnus chez nous, induite dans leur patrimoine d'une culture différente de la notre et l'ambiance étrange, irrésistiblement envoutante qui s'y dégage nous entraine dans un magnifique poème incandescent, amer et cruel. Une légende nordique traçant la convoitise d'une jeune sorcière niaise de ses désirs envers l'homme intrigué, angoissé par le mystère insondable de la femme charnelle et séductrice.

    PIRITA, LA SORCIERE.
    Réalisé dans un noir et blanc naturel et expressif mis en exergue pour l'immensité palpable de ces décors enneigés, Le Renne Blanc est un conte méconnu qui retrouve soixante ans plus tard une aura d'estime, de reconnaissance, de légitimité, via un éditeur couillu qui aura entrepris, par le support du dvd, à faire découvrir au public curieux une perle probante du Fantastique venue de l'étranger. Et cela, même si malheureusement, l'insuccès de sa cote de popularité en France ne sera toujours pas reconnue, alourdie de sa discrète campagne publicitaire.
    Mais l'essentiel est que cette merveille soit enfin disponible chez nous et que si parmi vous, en décuplant votre curiosité addictive, vous aurez un jour la chance de découvrir cet enchantement permanent, vous vous laisserez sans commune mesure happer par ce voyage étrangement merveilleux auquel les affres du temps ne pourront jamais annihiler son pouvoir diaphane.

    Dédicace à ARTUS FILMS que je ne remercierai jamais assez !

    30.12.10


    Le destin de Pirita reprĂ©sente les peurs, les angoisses, et les refoulements Ă©ternels de l’homme… (site web)

    Rosemary's Baby

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

    de Roman Polanski. 1968. U.S.A. 2h17. Avec Mia Farrow, John Cassavetes, Ruth Gordon, Sidney Blackmer, Maurice Evans, Ralph Bellamy, Elisha Cook Jr., Patsy Kelly, Charles Grodin.

    Sortie en salles: États-Unis : 12 juin 1968

    FILMOGRAPHIE: Roman Polanski (nĂ© le 18 aoĂ»t 1933 Ă  Paris) est un comĂ©dien, metteur en scène de théâtre et d'opĂ©ra puis un producteur, scĂ©nariste et rĂ©alisateur de cinĂ©ma franco-polonais. 1962 : Le Couteau dans l'eau , 1965 : RĂ©pulsion, 1966 : Cul-de-sac, 1967 : Le Bal des vampires, 1968 : Rosemary’s baby, 1971 : Macbeth, 1972 : Quoi ?, 1974 : Chinatown, 1976 : Le Locataire ,1979 : Tess, 1986 : Pirates, 1988 : Frantic, 1992 : Lunes de fiel ,1994 : La Jeune Fille et la Mort , 1999 : La Neuvième Porte ,2002 : Le Pianiste,2005 : Oliver Twist, 2010 : The Ghost Writer
    2011 : Le Dieu du carnage.


    Gestation: FascinĂ© par le roman Ă©ponyme d’Ira Levin paru en 1967, William Castle en acquiert les droits avec l’ambition de le rĂ©aliser lui-mĂŞme. Mais la Paramount, sceptique face Ă  sa rĂ©putation de simple artisan du frisson du samedi soir, lui impose de se cantonner Ă  la production et de recruter un rĂ©alisateur chevronnĂ©. Le choix s’arrĂŞte sur Roman Polanski, qui accepte Ă  la seule condition que le scĂ©nario reste scrupuleusement fidèle au roman de Levin. Enorme succès Ă  sa sortie, Rosemary’s Baby devient le fer de lance d’un fantastique contemporain conjuguant dĂ©monologie, sorcellerie et satanisme, dont L’Exorciste, La MalĂ©diction et Suspiria prendront la relève avec dignitĂ©.


    Avec circonspection, Roman Polanski explore l’introspection d’une jeune Ă©pouse Ă©prise de maternitĂ©, mais glissant lentement vers la paranoĂŻa — ou peut-ĂŞtre la dĂ©mence. Modèle de suggestion, Rosemary’s Baby nous laisse croire Ă  la rĂ©alitĂ© d’Ă©vĂ©nements occultes jusqu’Ă  un dĂ©nouement saisissant, sommet d’effroi nihiliste, oĂą certains jurèrent apercevoir ce fameux nourrisson Ă  queue fourchue. La force du rĂ©cit rĂ©side dans sa subtilitĂ© Ă  exposer le profil torturĂ© de son hĂ©roĂŻne. Une gageure relevĂ©e avec Ă©clat par l’Ă©thĂ©rĂ©e Mia Farrow, qui suscite une empathie viscĂ©rale tout au long de ce cheminement Ă©sotĂ©rique, parasitĂ© par des antagonistes insidieux. On retiendra notamment l’interprĂ©tation glaçante de Ruth Gordon — Oscar du meilleur second rĂ´le — incarnant avec un magnĂ©tisme sordide une matriarche aussi irritante que perfide, orchestrant avec une fausse dĂ©sinvolture la vie conjugale et maternelle de Rosemary.


    Jeu de dupes et de manipulations, Polanski triture nos nerfs Ă  travers la paranoĂŻa d’une femme en proie Ă  des maux physiques (douleurs abdominales, migraines, perte de poids) qui pourraient aussi bien ĂŞtre psychosomatiques que l’Ĺ“uvre d’une confrĂ©rie satanique. Durant 2h15, on s’abandonne Ă  son dĂ©sarroi avec une perplexitĂ© trouble, ne sachant jamais si les incidents sont le fruit d’hallucinations — comme le sort de cet acteur devenu aveugle, permettant Ă  son mari de s’approprier son rĂ´le — ou de manĹ“uvres occultes fomentĂ©es par une sociĂ©tĂ© dĂ©moniaque (Ă  l’instar de ce suicide par dĂ©fenestration suggĂ©rĂ© en prologue). Sans grand-guignol ni effets tapageurs, la narration distille une angoisse rampante. Chaque personnage patibulaire — tel ce mĂ©decin obstinĂ©ment affable — aiguise la suspicion. Et surtout ce couple de retraitĂ©s, dont la gĂ©nĂ©rositĂ© oppressante devient intrusion : un pendentif Ă  la racine de Tanis, une mousse au chocolat suspecte, du lait tiède au goĂ»t frelatĂ©, un livre de sorcellerie reçu par la poste... Des offrandes envahissantes, tandis que Rosemary est peu Ă  peu assaillie de cauchemars oĂą rituels et viols sont pratiquĂ©s, non seulement par son entourage, mais aussi par son propre Ă©poux.


    It’s Alive !
    Drame psychologique dĂ©routant, Rosemary’s Baby fascine par son horreur Ă©thĂ©rĂ©e, Ă  la mise en scène studieuse retardant toute imagerie explicite. L’angoisse naĂ®t de ce qu’on ne voit pas — d’une conjuration diabolique qu’une femme enceinte tente en vain de dĂ©jouer. Ă€ moins qu’il ne s’agisse d’un leurre mĂ©taphorique : le bouleversement Ă©motif d’une jeune Ă©pouse trop fragile, refusant viscĂ©ralement sa maternitĂ©, prisonnière de la terreur de procrĂ©er. Chef-d'oeuvre inĂ©galĂ©. 

    * Bruno
    26.07.22. 4-èx. vf

    Récompenses: Meilleure actrice dans un second rôle pour Ruth Gordon aux Oscars,1969
    Fotogramas de Plata de la Meilleure performance étrangère (Mia Farrow) en 1970
    Critics Award du Meilleur film étranger en 1970
    Golden Globe de la Meilleure actrice de second rĂ´le (Ruth Gordon) en 1969


    LA POSSESSION DE DAVID O'REILLY (The.Possession.Of.David.OReilly)

    (avis subjectif d'un puriste amateur)


    NE REGARDEZ PAS L'AFFICHE PLUS DE 2 SECONDES !!!!!
    Non, comme ça !

    de Andrew Cull. 2010. Angleterre. 1H27. Avec Alderson Giles, Fowler Francesca, Richards Zoe, Nicholas Shaw.

    Sex Toy story avec lubrifiant végétal, couleur pastel !
    Voilà, c'est commandé !

    Prochainement dans vos salles. Je ne sais pas ou et quand mais c'est pour très prochainement je crains !!!
    Ah non, tout compte fait, c'est peut-être sans doute un DTV prochainement en location (s'il reste encore un vidéo-club dans votre patelin !) ou sur internet !!!

    FILMOGRAPHIE du rĂ©alisateur qui a filmĂ© son film:  Andrew Cull est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste nĂ© le 9 Juin 1974 Ă  Brighton, en Angleterre. La possession de David O'Reilly est son premier long-mĂ©trage et j'espère le dernier.
    Il s'est aussi illustré dans la série TV Urban Gothic en tant que scénariste. Ca pouvait pas être pire façon.

    T'inquiètes chérie, ils sont partis maintenant les mutants baveux de Mattei !

    LISEZ BIEN LE PITCH AVANT DE VISIONNER LE FILM !!!
    LISEZ, J'VOUS DIT !!!!!!!!
    Ce film d'horreur rĂ©aliste, voir carrĂ©ment souvent insoutenable par moments raconte les terribles Ă©vĂ©nements dramatiques qui font très peur dans la maison d’un jeune couple de cons anglais Ă  Londres avec une prĂ©sence dĂ©moniaque qui s'amuse Ă  saute moutons pendant 1H25 !
    Cette histoire paranormale ne semble pas tirée d'une histoire vraie ! ???
    Hein ? Comment ça, on m'aurait menti !!! ???
    Putain, maintenant que c'est fini, j'ai vraiment peur alors !!!

    J'ai peur !!! ce bruit venant de la salle de bain est bizarre je trouve ! non ?

    MONSTER IN THE CLOSET 2 !!!
    Si vous avez adoré la prod Troma des années 80 et que vous vous êtes fendus la poire entre dix binouzes et un tube de colle transparent, alors passez votre chemin sur cette fausse suite/remake/parodie horrifico/comique et/ou dramatique (avec une touche de romance), au risque d'avoir l'envie de vous jeter par la fenêtre de votre chambre du 1er étage (si c'est pas assez haut, passez au 2è et si vous n'avez pas d'autre étage, dirigez vous vers l'immeuble le plus près et montez jusqu'au 5è, ça devrait faire l'affaire !).

    Sur ce, m'en vais revoir le vrai Monster in the closet, au moins lui il faisait pleurer mon frère !

    Qu'est ce qui y'a ? tu veux ma photo ? C'est pas ma faute si mon film est nul ! Et j'ai été doublé si tu veux la vraie vérité pour dire toute la vérité !

    Le Cirque du Dr Lao / Seven Faces of Dr. Lao

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lareponseest42.blogspot.fr

    de Georges Pal. 1964. U.S.A. 1h40. Avec Tony Randall, Noah Beery Jr., Royal Dano, Barbara Eden, John Ericson, Arthur O'Connell, Lee Patrick, John Qualen, Tony Randall.

    Sortie Salle U.S.A. : 18 Mars 1964

    FILMOGRAPHIE: George Pal, nĂ© Györgi Pál Marczincsák, est un rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste hongrois, nĂ© le 1er fĂ©vrier 1908 Ă  Cegled en Autriche-Hongrie (aujourd'hui en Hongrie), naturalisĂ© amĂ©ricain en 1940 et mort le 2 mai 1980 d'une crise cardiaque Ă  Beverly Hills. 1934 : Le Vaisseau de l'Ă©ther; 1935 : L'Atlas magique ; 1936 : La Symphone de l'Ă©ther ;1937 : Philips Broadcast ;1937 : What Ho, She Bumps (UK); 1938 : La Belle au bois dormant ; 1939 : Philips Cavalcade ;1939 : Les Amants des mers du Sud ;1942 : Tulips Shall Grow ; 1942 :  Jasper et les pastèques ;1942 :  Jasper et la maison hantĂ©e ; 1958 : Les Aventures de Tom Pouce ;1960 : La Machine Ă  explorer le temps ; 1962 : Les Amours enchantĂ©es ; 1964 : Le Cirque du docteur Lao.


    "Le monde est un cirque si tu sais l'observer. Chaque fois que tu ramasses une poignée de sables et que tu ne vois pas le sable mais un mystère, une merveille dans ta main. Chaque fois que tu t'arrêtes pour penser: "je suis vivant !". Et être vivant c'est fantastique. Chaque fois que ce genre d'évènements se produit, tu fais parti du cirque du Dr Lao."

    Le Cirque du Dr Lao est le dernier film de George Pal, maĂ®tre du fantastique nous ayant lĂ©guĂ© quelques joyaux du genre, hĂ©las rarement diffusĂ©s Ă  la tĂ©lĂ©vision. Ă€ travers un hymne Ă  la fantaisie fĂ©erique, d’une richesse formelle aussi (gĂ©nialement) kitsch que rutilante, il Ă©voque ici la thĂ©matique de la cupiditĂ© Ă  travers la dichotomie du bien et du mal.

    Le pitch : le mystĂ©rieux Dr Lao, directeur de cirque ambulant, dĂ©barque Ă  Abalone, petite ville de l’Arizona, pour annoncer au public son prodigieux spectacle. Au mĂŞme moment, dans les colonnes du journal local, Clint Stark, businessman cupide et ambitieux, tente de convaincre les habitants de lui vendre la ville Ă  bon prix. Mais l’arrivĂ©e impromptue du Chinois aux pouvoirs surnaturels va bouleverser les consciences et remettre en question l’aviditĂ© latente de chacun.

    MĂ©lange saugrenu de western, de fantastique, de fantaisie et de merveilleux, Le Cirque du Dr Lao est un ovni d’une richesse thĂ©matique inĂ©puisable, une vĂ©ritable leçon de vie sur nos errements moraux. Jusqu’Ă  quel point l’Ă©volution humaine peut-elle se compromettre dans la rĂ©gression ? Dans l’engrenage de la cupiditĂ©, de l’orgueil, de l’aveuglement ?

    Ă€ travers une narration extravagante vouĂ©e Ă  la puissance crĂ©ative, notre malicieux Dr Lao orchestre ses festivitĂ©s avec un art du stratagème : il Ă©merveille pour mieux confronter le public Ă  ses propres failles. Avec ses moyens chimĂ©riques, il dĂ©ploie ses talents de magicien utopiste dans un Ă©clat de charme irrĂ©sistible, via une parade de crĂ©atures singulières que l’on contemple avec des yeux de gosse Ă©merveillĂ©.

    Ainsi, au cĹ“ur de cette mythologie archaĂŻque, soudain greffĂ©e au far-west, surgissent : la MĂ©duse insidieuse au regard pĂ©trifiant, l’homme des neiges apathique, Apollonius de Tyane – prĂ©dicateur aveugle condamnĂ© Ă  pronostiquer le destin –, le serpent Ă  tĂŞte humaine, vaniteux et moqueur, le vieux Merlin, fatiguĂ© de ses tours raillĂ©s par une populace avide de prodiges… Sans oublier Pan, dieu de la joie, dĂ©chaĂ®nant une chorĂ©graphie sensuelle pour sĂ©duire une cĂ©libataire en quĂŞte de rĂ©demption. Le poisson du bocal, quant Ă  lui, mute plus tard en serpent de mer libĂ©rĂ© par des cow-boys Ă©mĂ©chĂ©s, juste avant que le Dr Lao ne libère sa machine Ă  pluie !

    Ce bestiaire bigarrĂ©, accompagnĂ© de dieux immortels, devient le miroir allĂ©gorique de la tentation, la mise en abyme d’une humanitĂ© face Ă  ses instincts vĂ©reux. Et pour incarner cette galerie fantasque : un seul acteur. Tony Randall, camĂ©lĂ©on prodigieux, endosse Ă  lui seul sept rĂ´les distincts. Ses multiples visages, tirĂ©s d’une mythologie antique, se rĂ©vèlent tour Ă  tour drĂ´les, troublants, sarcastiques — autant de masques de la vĂ©ritĂ© dĂ©guisĂ©e, prĂŞts Ă  sonder l’âme de ceux qui osent s’y frotter.

    D’une fulgurance poĂ©tique et inventive — notamment grâce aux dĂ©cors naturels et aux trucages en stop-motion —, Le Cirque du Dr Lao dĂ©ploie un rĂŞve Ă©veillĂ©, façonnĂ© dans la naĂŻvetĂ© d’une magie assumĂ©e.


    "Le mirage du merveilleux – La sagesse cachĂ©e du Cirque du Dr Lao".
    Leçon de sagesse et de tolĂ©rance, hymne Ă  l’existence et Ă  la beautĂ© du monde, Le Cirque du Dr Lao nous emporte dans un voyage fantastique inusitĂ©. Une initiation Ă  la fraternitĂ©, Ă  la solidaritĂ©, dans un Far West en pleine mutation industrielle, oĂą le capitalisme rampant grignote les terres avec son chemin de fer. Ĺ’uvre rare, presque oubliĂ©e, elle scintille pourtant comme une relique prĂ©cieuse, Ă  redĂ©couvrir d’urgence.

    Et pour vous convaincre une ultime fois de son pouvoir d’enchantement, prĂŞtez l’oreille Ă  la dernière citation du Dr Lao, juste avant qu’il ne disparaisse d’un geste amical dans le dĂ©sert. Il nous y rappelle que la vie quotidienne, en apparence banale, dissimule des trĂ©sors d’Ă©nergie scintillante — Ă  condition de savoir garder les yeux grands ouverts sur ce qui nous entoure.

    * Bruno
    19.10.22. 3èx
    05.01.11.   

    Amazonia, la Jungle blanche / Inferno in diretta - Cut and run. "Uncut Version"

                                 (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site senscritique. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives).
     
    de Rugero Deodato. 1985. Italie. 1h30. Avec Lisa Blount, Leonard Mann, Willie Aames, Richard Lynch, Richard Bright, Michael Berryman, Eriq La Salle.

    Sortie en France en 1986.

    FILMOGRAPHIE: Ruggero Deodato (7 mai 1939 -) est un réalisateur italien.
    1964 : La Terreur des Kirghiz , 1968 : Fenomenal e il tesoro di Tutankamen , 1968 : Gungala la pantera nuda, 1968 : Donne... botte e bersaglieri , 1968 : Vacanze sulla Costa Smeralda , 1969 : I Quattro del pater noster , 1969 : Zenabel, 1975 : Una Ondata di piacere , 1976 : Uomini si nasce poliziotti si muore , 1977 : Le Dernier monde cannibale , 1978 : L'Ultimo sapore dell'aria (Last Feelings), 1979 : Concorde Affaire '79 , 1980 : Cannibal Holocaust , 1980 : La Maison au fond du parc , 1983 : Les PrĂ©dateurs du futur, 1985 : Amazonia: La jungle blanche , 1986 : Per un pugno di diamanti ,1987 : Les Barbarians, 1987 : Body Count, 1988 : Le Tueur de la pleine lune , 1988 : Angoisse sur la ligne , 1992 : Les Petites Canailles , 1993 : The Washing Machine.
     
     
    "Sauvagerie tropicale : Deodato en mode série B furibarde".
    Cinq ans après son controversĂ© et maladif Cannibal Holocaust, Ruggero Deodato nous refourgue une de ces sĂ©ries B d’exploitation jouissive et vigoureuse, portĂ©e par une mise en scène fougueuse, endiablĂ©e, entièrement vouĂ©e Ă  un sens de l’efficacitĂ© roublarde. Sur le mĂŞme schĂ©ma que son compère notoire prĂ©citĂ©, Amazonia, la jungle blanche mĂŞle cinĂ©ma d’aventures et horreur gore Ă©claboussante avec un savoir-faire rĂ©jouissant, proprement attachant.
     
    Une Ă©quipe de journalistes s’Ă©gare en pleine jungle hostile après la dĂ©couverte d’un groupe de trafiquants de drogue mystĂ©rieusement massacrĂ©s sans mobile apparent. Dans le mĂŞme temps, le fils du directeur d’une cĂ©lèbre chaĂ®ne de tĂ©lĂ©vision a disparu. CamĂ©ra au poing, nos deux reporters s’enfoncent dans la forĂŞt pour exhumer l’horreur primitive de deux clans rivaux disputant le trafic et tenter de retrouver le jeune otage tombĂ© entre les griffes de l’un des groupuscules.
     

    Amazonia dĂ©marre pied au plancher avec une sĂ©quence introductive explosive et sanglante, oĂą une bande de trafiquants est soudain taillĂ©e en pièces par des indigènes demeurĂ©s. Action et sang fusionnent avec un aplomb rĂ©jouissant pour livrer un divertissement fun, rondement menĂ©. La suite nous entraĂ®ne au cĹ“ur de l’Amazonie, suivant ce duo de jeunes journalistes engluĂ©s dans une sombre affaire de meurtres crapuleux perpĂ©trĂ©s par des fauves humains sans pitiĂ©. Pour pimenter le tout, Deodato orchestre une guerre des gangs opposant deux factions de mercenaires chevronnĂ©s, dont l’un des leaders les plus fĂŞlĂ©s — le Colonel Brian Horne (Richard Lynch) — s’est alliĂ© Ă  une tribu primitive, sous son joug autoritaire et dĂ©lirant. Ce Colonel, vestige hallucinĂ© d’une secte messianique inspirĂ©e de la tragĂ©die du rĂ©vĂ©rend Jim Jones (mais aussi du colonel d'Apocalypse Now !), est un junkie illuminĂ© convaincu d’ĂŞtre la rĂ©incarnation de JĂ©sus !

    Toute la narration file en un chassĂ©-croisĂ© haletant : traque sanglante, embuscades, reportage-choc… Nos deux reporters dĂ©gainent leur matĂ©riel vidĂ©o pour dĂ©noncer l’horreur d’une guerre impitoyable, corrompue par l’appât du gain. Sous cette trame basique mais frondeuse, on sent Deodato animĂ© par un plaisir contagieux de livrer un spectacle d’action furibard, chaque scène trĂ©pidante redoublĂ©e par le choc graphique d’un sang aussi outrancier que rĂ©ussi. Ă€ ce dĂ©ferlement sanglant (et ses pointes d’Ă©rotisme polisson), s’ajoute une scène quasi anthologique : un homme littĂ©ralement fendu en deux, dans le sens de la longueur ! L’effet, brutal et inopinĂ©, imprime un rĂ©alisme cru saisissant. 
     

    Au casting, quel plaisir de croiser une galerie de trognes mythiques : l’inĂ©narrable Michael Berryman (La Colline a des Yeux) et sa gueule d’ahuri ; Eriq La Salle (L’Échelle de Jacob, Urgences) ; la regrettĂ©e et envoĂ»tante Lisa Blount (RĂ©incarnations, Officier et Gentleman, Prince des TĂ©nèbres) ; Leonard Mann (Le Dernier des Salauds, Les Yeux de la Terreur) ; Richard Bright (Marathon Man, L’Ambulance), Karen Black (Trauma, la PoupĂ©e de la terreur) ; et bien sĂ»r le patibulaire Richard Lynch (L’ÉpĂ©e Sauvage, Panic, Invasion U.S.A., Les Barbarians) en leader hallucinĂ©, suicidaire et orgueilleux.

    Amazonia, la jungle blanche reste l’un des opus les plus nerveux et maĂ®trisĂ©s de Deodato. PortĂ© par la partition trĂ©pidante de Claudio Simonetti, qui galvanise la moindre scène, ce bijou bisseux menĂ© tambour battant dose habilement frĂ©nĂ©sie, violence sanguine et beautĂ© sauvage d’une jungle aussi splendide qu’impitoyable (les panoramas nous en foutent plein la  vue !). Un pur spectacle de sĂ©rie B, savoureusement concoctĂ© pour offrir un plaisir innocent Ă  la fougue communicative.

    *Bruno

    Dédicace à David Marchand et Léonard Lauwrence.

    26.02.11
    14.06.25.

    samedi 26 février 2011

    ROCK'N'ROLL OVERDOSE (HATED GG. ALLIN AND THE MURDER JUNKIES)

    de Todd Phillips. 1994. U.S.A. 52 minutes. Avec GG Allin, Merle Allin, Shireen Kadivar





    Avertissement: ce documentaire est à réserver à un public adulte et averti, certaines séquences incongrues, hardcores et déviantes portant gravement atteintes à la dignité humaine.

    In memoriam : GG Allin (Kevin Michael Allin, nĂ© JĂ©sus Christ Allin) : 29 aoĂ»t 1956 – 28 juin 1993.




    GG ALLIN est un artiste qui a un message à adresser à une société malade. Il nous renvoie l'image de ce que nous sommes vraiment. L'homme n'est qu'un animal capable de parler librement. Ne vous méprenez pas, derrière tout ça, il y a l'empreinte d'un cerveau.
    John Wayne Gacy, couloir de la mort.

    VIVRE LIBRE PRESENTEMENT ET CREVER L'INSTANT D'APRES.
    Voici un documentaire hors du commun que vous ne verrez jamais sur une chaine publique illustrant un personnage revendiquant un mouvement culturel et musical né en Angleterre au milieu des années 70, le Punk ! (A la base, ce mot présumé est un terme anglais signifiant "vaurien", "voyou").
    Ce reportage hypnotique retrace donc la vie du chanteur punk hardcore GG Allin qui se réclame de l'indépendance anarchiste et la liberté d'expression dans une philosophie manichéenne et réactionnaire jusqu'au boutiste, aux confins de la démence.
    Cet homme marginal, masochiste, ultra violent, alcoolique et héroïnomane, au bord de la folie mentale s'est rendu célèbre par son public punk d'activistes juvéniles conquis par son spectacle putride alloué à un florilège de provocations verbales et physiques comme le fait de déféquer en plein concert, s'en induire le visage et balancer sa merde au public transi ou affolé !
    Durant ses concerts, GG Allin interprétait ses chansons entièrement nu (comme l'un de ses bassistes), se cognait parfois le micro contre les dents pour les fracasser, s'introduisait des objets ou de la nourriture dans son anus, proposait au public des fellations ou de se faire uriner dans la bouche d'une donzelle puis s'engageait régulièrement dans des bastons improvisés parmi ses fans (filles compris) ou les propres membres de son groupe en pleine représentation musicale.




    Par ailleurs, Ă  de nombreuses reprises, il a suggĂ©rĂ© publiquement aux mĂ©dias ses tentatives de suicide en notifiant la date ultime (ex: halloween 1989). Et quand on lui demandait pour quelle raison il ne respectait pas ses promesses, il rĂ©pondait : Avec GG, tu n'obtiens pas ce que tu attends — tu obtiens ce que tu mĂ©rites.
    Il rétorqua également que le suicide devait seulement être utilisé quand la personne concernée était au top, rencontrant l'au-delà au meilleur de soi même, et non au pire.
    Il évoqua aussi des menaces de mort à autrui et déclara ouvertement en toute spontanéité ses tendances psychopathes de pulsions meurtrières. D'ailleurs, il rendra visite au célèbre serial-killer John Wayne Gacy ! (voir citation au début de mon article) pour disserter communément du sexe dans toute sa perversité malsaine.
    Indubitablement, à cause de ses excès incessants, subversifs, immorales et incorrects (comme celle d'une visite impromptue dans une université américaine, s'attribuant à une exhibition sexuelle compromettant une "banane"), GG Allin n'échappera pas à certaines peines de prison (la plus longue date du 22 décembre 1989 au 26 mars 1991 après avoir été accusé du viol avec torture d'une femme à Ann Arbor dans le Michigan), comme son bassiste rendu coupable de s'être exhibé devant une fille mineure.
    Mais Allin Ă©tait capable par moment de  se prĂ©senter comme quelqu'un de rationnel et rĂ©flĂ©chi dans ses propos spĂ©culatifs dĂ©nonçant une sociĂ©tĂ© de consommation pernicieuse et perfide lobotomisant l'ĂŞtre humain. Alors que l'instant d'après il pouvait subitement changer de comportement et se montrer ultra violent (se claquer la tĂŞte contre les murs ou prendre une femme par les cheveux pour la frapper), ordurier et vulgairement provocateur (balancer une chaise sur des tĂ©moins ou se scarifier devant une foule fascinĂ©e).
    Entre temps, sa renommée grandissante entraîna des apparitions télévisuelles sur Morton Downey, Jr., Geraldo, The Jerry Springer Show et un épisode mémorable de The Jane Whitney Show.




    VOYAGE AU BOUT DE LA DECHEANCE.
    Allin mourut d'une overdose d'héroïne le 28 juin 1993, dans l'appartement d'une amie à New York, situé 29 Avenue B, Manhattan. Il était âgé de 36 ans. Son dernier concert fut donné dans un petit club appelé The Gas Station à New York.

    Voilà pour l'essentiel de ce reportage choc éludé de complaisance racoleuse, retraçant de manière intelligible et édifiante la vie du chanteur parmi des images d'archives et vidéos amateurs, avec l'intervention des membres de son groupe, ses fans indétrônables (ne ratez surtout pas le générique de fin avec un inconditionnel maso endurci !!!) et divers témoins familiers de sa courte existence.

    Que dire d'un personnage aussi cynique, nihiliste, insalubre, abjecte, vomitif mais totalement libre de son existence et ses fantasmes destructeurs voués à la débauche, la défonce, l'auto-mutilation, l'exhibition, la violence gratuite et la provocation putassière.
    L'envie de vivre tout simplement en étant autonome de toutes contraintes, tous préjugés, crachant sa haine sur la race humaine (il n'avait aucun ami et détestait son public de fans conquis) et vouant un hymne à la décrépitude, la décadence, la déliquescence, l'indignité, l'avilissement et la bassesse sur fond passionnel de musique rock punk !

    En résulte un documentaire fascinant, expérimental, passionnant sur un personnage hors normes, corrompu dans le vice, la haine et la folie perverse. Peut-être un psychopathe lucide d'une vie méprisable et aliénante qui a su transcender ses peurs, ses doutes et sa timidité en embrassant sa vie avec sa propre merde et ses excréments !
    GG Allin peut-être abordé comme le reflet indocile de nous même en quelque sorte, le miroir de notre inconscient tributaire de notre société totalitaire et dictatoriale, auquel nous sommes résolus à tourner indéfiniment autour du cadran solaire en attendant la mort fatidique rédemptrice.

    Dédicace à Christophe Krust Masson.

    10.02.11





    Extraits de titres notoires:
    • "J'en ai tellement marre de vous que je commence Ă  en avoir vraiment marre de moi" (Bored to Death)
    • "Je me fous de ce que tu dis, car je suis moi" (You'll Never Tame Me)
    • "PoupĂ©es sans tripes et dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©es - qui a besoin de vous ?" (You Hate Me and I Hate You)
    • "Est-ce que tu penses que j'en ai vraiment quelque chose Ă  faire ?" (No Rules)
    • "Je ne veux pas jouer dans aucun putain de groupe des annĂ©es soixante" (Abuse Myself, I Want to Die)
    • "J'avais l'habitude de renifler les collants des filles, mais il n'y a rien de mieux qu'une fille s'asseyant sur ton nez" (Gimme Some Head)
    • "Si tu as un cancer, va mourir, putain ! / Si tu as le SIDA, rĂ©pand le autour de toi et prend des vies" (Die When You Die)
    • "Frappe moi avec une putain de hache, je ne broncherais pas" (Abuse Me, I Want to Die)

    CITY OF CRIME (City of Industry)

    (avis subjectif d'un puriste amateur)


    de John Irvin.1997. U.S.A. 1H37. Avec Harvey Keitel, Famke Janssen, Stephen Dorff, Michael Jai White, Timothy Hutton, Wade Dominguez, Michael Jai White, Lucy Liu, Reno Wilson, Dana Barron...

    Sortie France: 25 juin 1997,  Sortie U.S: 14 mars 1997

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: John Irvin est un réalisateur britannique né le 7 mai 1940 à Newcastle-upon-Tyne (Royaume-Uni).
    1981 : Les Chiens de guerre, 1981 : Le FantĂ´me de Milburn, 1984 : Champions, 1985 : Turtle Diary,   1986 : Le Contrat, 1987 : Hamburger Hill , 1989 : Un flic Ă  Chicago, 1994: Parfum de Scandale, 1997: City of Crime, 2001: le 4è Ange.  


      Polar méconnu passé inaperçu à la fin des années 90, City of Crime (en anglais City of Industry qui trouve tout son sens vers son final salvateur) ne compte pas révolutionner le genre et encore moins innover avec le classicisme d'un scénario superficiel de prime abord. Il s'agit pourtant d'un affrontement intense non dénué d'intérêt entre deux gangsters aux caractères opposés et de générations différentes. L'un est une ordure finie sans foi ni loi, l'autre un briscard talentueux, respectable et honnête envers ses compatriotes dans leurs méfaits illégaux.
      Il faut dire aussi que le personnage principal interprété par Harvey Keitel porte le film à bout de bras avec une narration haletante au suspense solidement entretenu, non dénué d'une certaine ambiance funeste.

      A la suite d'un braquage réussi dans une bijouterie, 4 gangsters, 2 frères et de 2 associés se décident de partager la somme équitable dans un camping-car quand le plus jeune, surnommé Skip, décide d'entourlouper son groupe en les abattant de sang froid un à un.
      Mais Roy, l'un des frères qui était réfugié dans les toilettes réussit à prendre la fuite in extremis sans pouvoir bénéficier de son argent rétribué.
      Une chasse à l'homme s'engage pour Roy, déterminé à récupérer son fameux butin et venger la mort de son frère.


      Dans la prémices d'une présentation traditionnelle des personnages et des préparatifs d'un braquage à haut risque, on pouvait craindre le pire dans ses vingts premières minutes classiquement établies, à peine plus clinquantes qu'un télé-film d'hollywood night.
      La brève scène de braquage où une poignée de gangsters chevronnés font irruption à visage découvert avec violence et professionnalisme se révèle sans surprise dans sa réalisation impersonnelle sans éclat particulier.
      Ca n'est qu'à partir du moment où le jeune Skip va abattre froidement ses coéquipiers que le film va prendre son envol et se voir attribuer d'une ambiance de film noir à la mise en forme adulte vouée à un affrontement intense et brutal entre deux fauves à la gâchette sensible !
      Cette chasse à l'homme haletante et captivante trouve une véritable efficacité dans la conduite du récit adroitement mené et l'idée d'inverser les rôles vers la fin du métrage se révèle ironiquement abrupte dans les va et vient incessants pour la quête d'un magot que tout le monde souhaite s'approprier.
      La relation que va entretenir Roy avec la jeune veuve Rachel Montana (la ravissante et déjà douée Famke Janssen à ses touts débuts !) n'est pas non plus sans intérêt dans leur état d'esprit en contrariété et les états d'âme bafoués.
      Un duo inopiné rendu attachant dans cette complicité diamétralement opposée de prime abord, pour être finalement concordée dans leur compassion commune.


      L'immense Harvey Keitel dans le rôle du frère dépité s'empare de l'écran avec une grâce et un sens de la repartie exacerbant chaque épisode du récit. Sa présence autoritaire, son tempérament flegme, sa détermination inflexible, vindicative à fustiger et condamner un jeune malfrat sans scrupule permet d'alimenter la narration d'une réelle ampleur et d'un impact émotionnel rigide dans les enjeux conflictuels interminables.
      La tête à claque Stephen Dorff est parfaitement appropriée dans sa trogne de beau gosse détestable autant qu'irritable dans son arrogance désinvolte et son refus des concessions permissives. Nous n'avons alors qu'une seule idée en tête au fil du récit, que ce malfrat exécrable soit trucidé par notre revanchard intolérant d'une balle dans la tête!

      LA TRAQUE.
      Partant d'un scénario sans surprise plutôt folichon et d'une réalisation peu ambitieuse, City of crime répercute cependant un polar dur et intense, à l'atmosphère noire apposée pour un affrontement parfaitement efficace entre deux anti-héros acharnés et charismatiques qu'Harvey Keitel porte de tout son poids d'acteur inné.
      La bo mixant Massive Attack et Tricky ajoute de surcroit un tempo régulier assez stylé et varié, sans effet de vogue tape à l'oeil pour un rendu de petit polar prenant et dense.

      19.01.11

      LA LAME INFERNALE (La Polizia Chiede Aiuto)

                                          Photo empruntĂ© sur Google, appartenant au site culture-prohibee.blogspot.com

      de Massimo Dallamano. 1974. 1H35. Italie. Avec Giovanna Ralli, Claudio Cassinelli, Mario Adorf, Franco Fabrizi, Farley Granger, Marina Berti, Paolo Turco, Corrado Gaipa, Micaela Pignatelli, Ferdinando Murolo...

      Titre Anglais: What have you done to your daughters ? (qu’avez-vous fait Ă  nos enfants ?)

      FILMOGRAPHIE: Massimo Dallamano est un rĂ©alisateur et directeur de la photo Italien, ex-assistant de Sergio Leone, nĂ© le 17 avril 1917, mort le 4 novembre 1976 des suites d'un accident de voiture. 1969: La VĂ©nus en Fourrure, 1972: Mais qu'avez vous fait Ă  Solange ?  1973: Piège pour un tueur, 1974, Innocence et dĂ©sir, La Lame Infernale, 1975: Emilie, l'enfant des TĂ©nèbres, 1976: Section de choc.


      Jeunes et insouciantes
      Deux ans après son mythique Mais qu'avez vous fait Ă  Solange ? Massimo Dallamano rĂ©cidive avec le Giallo Ă  travers une (nouvelle) sombre affaire de moeurs sexuelles Ă©tablie du point de vue d'une corruption politique. Pour cause, un sordide groupuscule de fonctionnaires ainsi qu'un ministre notoire sont liĂ©s Ă  un rĂ©seau de prostitution mineure auquel la police aura la lourde tâche de poursuivre en justice. Giallo rare, oubliĂ© et mĂ©connu, la Lame Infernale demeure pourtant une des grandes rĂ©ussites du genre auquel TĂ©nèbres d'Argento semble acquĂ©rir certaines similitudes. De par la tonalitĂ© du rythme vif et percutant, la violence brutale des meurtres frĂ©nĂ©tiques (mĂŞme si plutĂ´t concis, telle cette main tranchĂ©e aspergeant un mur ensanglantĂ© !) et surtout la rythmique d'un score entĂŞtant adoptant une dĂ©marche clippesque. Pourvu d'un solide scĂ©nario fustigeant une sociĂ©tĂ© avilie par une hiĂ©rarchie policière, La Lame Infernale  est une merveille d'efficacitĂ© menĂ©e Ă  un rythme sans faille (comme son joli titre français le suggère !). L'inspecteur Silvestri associĂ© Ă  une sĂ©duisante juge d'instruction vont tenter de dĂ©masquer et faire Ă©clater au grand jour une sordide affaire de meurtres juvĂ©niles compromettant une haute organisation de notables et politiciens. A travers une mise en scène nerveuse et assidue, accentuĂ©e de la bande son de Stelvio Cipriana, La Lame Infernale  dĂ©veloppe un rĂ©cit charpentĂ© auprès d'un enquĂŞte fertile en rebondissements et actions cinglantes.


      Course poursuite automobile prenant en chasse une moto, homicides au hachoir d'une violence rigoureuse et suspense diaboliquement soutenu (Spoiler !!! jusqu'Ă  sa conclusion incorrecte au risque d'en dĂ©router plus d'un lors de sa rĂ©solution laissĂ©e en suspens. Fin du Spoil). Un parti-pris fructueux dans le sens oĂą Massimo Dallamano souhaite dĂ©noncer l'omnipotence de ces politiciens vĂ©reux rendus intouchables face Ă  une police aussi bien dĂ©sarmĂ©e qu'impuissante. Qui plus est, nombre de scènes angoissantes rehaussĂ©es d'une ambiance tĂ©nĂ©breuses s'avèrent particulièrement tendues (la poursuite dans le parking, la tentative de meurtre dans l'hĂ´pital, la visite de la mère dans la morgue), la camĂ©ra mobile arpentant de façon obsessionnelle les lieux insĂ©curisants. D'autres sĂ©quences autrement suggĂ©rĂ©es dĂ©gagent enfin une atmosphère licencieuse incommodante, telle l'Ă©coute d'une cassette sur magnĂ©to auquel est enregistrĂ© le discours d'un notable viciĂ© s'adressant avec sadisme auprès d'une ado moralement dĂ©sarmĂ©e. L'excellent Claudio Cassinelli (le Lion du DĂ©sert, Le Continent des Hommes poissons), prĂŞte son assurance en inspecteur inflexible de par sa dĂ©termination Ă  traquer sans relâche un motard affublĂ© d'un hachoir. D'ailleurs, l'accoutrement vestimentaire peu commun de ce dernier sera utilisĂ© plus tard par le rĂ©alisateur Ken Hughes afin de parfaire Les Yeux de la Terreur (justement rĂ©compensĂ© Ă  Avoriaz en 1981 du Prix SpĂ©cial du Jury). Semblable Ă  la plantureuse Edwige Fenech, Giovanna Ralli (Nous nous sommes tant aimĂ©s) lui partage la rĂ©plique avec un charme discret en juge d'instruction non dĂ©nuĂ©e de compĂ©tence et de caractère pour dĂ©fendre ses opinions. 


      Qu'avez vous fait Ă  nos enfants ?
      Jouissif en roue libre, de par l'impact de sa partition formidablement entraĂ®nante (au passage, l'expĂ©rimental Amese rĂ©appropriera du thème !), l'efficacitĂ© de sa mise en scène nerveuse ne laissant nul rĂ©pit et son scĂ©nario particulièrement fĂ©tide alimentant un suspense tenduLa Lame Infernale constitue un fleuron du genre auquel l'autre Ă©talon du genre, TĂ©nèbres, s'y fait lointainement Ă©cho. 

      * GaĂŻus
      20.01.11.