(Crédit photo : image trouvée via Imdb, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
Il n’y a pas de hasard, seulement des rendez-vous. Et Terreur dans la savane, titre français de Prey, en est un. Une sĂ©rie B du samedi soir, sortie discrètement en DVD en 2007, mais une sĂ©rie B qui a du nerf et une certaine gueule.
Nous sommes face à un huis clos en pleine savane. Tourné en Afrique du Sud, le film magnifie ses décors naturels avec un évident plaisir. Darrell James Roodt soigne son cadre, exploite le 2.35 en cinémascope avec une vraie générosité visuelle. Les paysages sont splendides, arides, écrasants. On en prend plein les yeux, on est immergé, dépaysé, happé dans cette aventure horrifique aux allures de survival brut.
Le huis clos se resserre pourtant dans l’habitacle d’un vĂ©hicule : une belle-mère, son beau-fils et sa belle-fille, bloquĂ©s au milieu de nulle part après que leur guide a Ă©tĂ© dĂ©vorĂ© par un lion. La savane devient piège mortel. L’horizon, une menace. Le mĂ©tal de la voiture, la chaleur Ă©touffante, leur seule frontière entre la vie et la gueule ouverte de la mort.
Ce qui fonctionne, c’est le suspense, cette tension rampante ponctuĂ©e d’instants de terreur plutĂ´t convaincants. Et surtout, le rĂ©alisme. Ici, pas de lions numĂ©riques criards : ce sont de vĂ©ritables fauves, de chair et d’os. On le sent dans leurs mouvements, dans leur prĂ©sence. Ils crèvent l’Ă©cran. Et ça change tout. C’est lĂ que le film fait la diffĂ©rence avec tant de produits horrifiques standardisĂ©s : on croit Ă ce que l’on voit, et cette croyance nourrit l’angoisse.
Darrell James Roodt relance rĂ©gulièrement l’action car il introduit habilement de nouveaux Ă©lĂ©ments sans trop en dĂ©voiler, et maintient l’attention sur le sort de nos trois protagonistes reclus. Certes, il y a des maladresses : des comportements naĂŻfs, une belle-mère parfois peu futĂ©e, une confrontation un peu superficielle avec la belle-fille. Mais ces failles symptomatique des codes du B movie finissent par rendre les personnages attachants. Cette naĂŻvetĂ©, presque dĂ©suète, rappelle nos chères sĂ©ries B des annĂ©es 70, 80, 90 - imparfaites Ă©videmment, mais sincères.
Et puis il y a, en arrière-plan, notre ami Peter Weller (physiquement un peu tumĂ©fiĂ©). PrĂ©sence discrète mais solide, figure familière qui ancre le rĂ©cit dans une forme de gravitĂ© adulte. Il apporte ce supplĂ©ment de crĂ©dibilitĂ©, ce regard usĂ©, qui contraste avec la vulnĂ©rabilitĂ© des personnages pris au piège. MĂŞme en retrait, il impose une certaine stature mature, une densitĂ© qui Ă©lève un peu l’ensemble.
Et c’est cette sincĂ©ritĂ© qui touche. On sent une envie de bien faire, une volontĂ© de nous embarquer. MĂŞme lorsque les situations paraissent Ă©culĂ©es, elles restent efficaces, parfois mĂŞme franchement terrifiantes, sans jamais relâcher complètement la tension.
Au final, Terreur dans la savane est une sĂ©rie B horrifique sans prĂ©tention, mais rĂ©alisĂ©e avec soin, et mĂŞme avec une forme d’amour. Un survival hostile, parfois terrifiant, portĂ© par des animaux sauvages au rĂ©alisme sidĂ©rant. Un divertissement imparfait, assurĂ©ment, mais vivant. Et que je reverrai avec plaisir.
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
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