vendredi 1 juillet 2011

J'AURAI TA PEAU (I, the Jury)

                   

de Richard T. Heffron. 1982. U.S.A. 1h55. Avec Geoffrey Lewis, Armand Assante, Barbara Carrera, Laurene Landon, Alan King, Paul Sorvino, Judson Earney Scott, Barry Snider, Julia Barr, Jessica James.
                                                            
Sortie salle en France le 4 mai 1983. Sortie US: le 9 Octobre 1982.

FILMOGRAPHIE: Richard T. Heffron est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, acteur et producteur amĂ©ricain nĂ© le 6 Octobre 1930 Ă  Chicago, dĂ©cĂ©dĂ© le 27 aoĂ»t 2007 Ă  Seattle.
1971: Prenez mon nom, ma femme, mon héritage (TV), 1972: Fillmore, Banacek (série TV), 1973: Toma (TV), Outrage (TV), 1974: The Morning After (TV), The Rockford Files (TV), Newman's Law, The California Kid (TV), Locusts (TV), 1975: The Honorable Sam Houston (TV), I will Fight no more Forever (TV), Death Scream (TV), 1976: Trackdown, Les Rescapés du Futur, 1977: Young Joe, the Forgotten Kennedy (TV), 1978: See How She Runs (TV), 1978: True Grit (TV), 1980: Rumeurs de Guerre (TV), Foolin' Around, 1981: A Whale for the Killing (TV), 1982: J'aurai ta peau, 1983: Le Crime dans le sang (TV), 1984: V, la bataille finale (série TV), Anatomy of an Illness (TV), The Mystic Warrior (TV), 1985: Nord et Sud (Série TV), 1986: Samaritain: The Mitch Snyder Story (TV), 1987: Reconnue coupable (TV), Coupable d'Innocence (TV), Napoléon and Joséphine: A love story (série TV), 1988: Broken Angel (TV), Pancho Barnes (TV), 1989: La Révolution Française (seconde partie: Les Années Terribles), 1991: Target (TV), 1995: Une petite ville bien tranquille (TV), 1996: Daniel Steel: un si grand amour (TV), Le Baron série TV).

                           

Hommage subjectif d'un puriste amateur.
RĂ©alisateur prolifique de tĂ©lĂ©-films et sĂ©ries TV lucratives, Richard T. Heffron est appelĂ© Ă  adapter en 1982 un cĂ©lèbre roman de Michael Spillane (I'am the Jury publiĂ© en 1947), largement rĂ©actualisĂ© sous la plume du grand Larry Cohen. C'est d'ailleurs le notoire crĂ©ateur des Envahisseurs qui devait Ă  l'origine rĂ©aliser ce projet inspirĂ© d'un James Bond pour adultes. VirĂ© après une semaine de tournage par les producteurs, le modeste Richard T. Heffron est alors enrĂ´lĂ© pour mettre en scène l'intĂ©gralitĂ© de ce polar contemporain, J'aurai ta peau.
Pour les nostalgiques de l'Ă©poque, le film fut particulièrement encensĂ© par la cĂ©lèbre revue Starfix, créé par Christophe Gans et fut notamment estampillĂ© comme le "Choc du mois" lors de sa sortie officielle en salles françaises !

Mike Hammer apprend la mort de son meilleur ami, ancien vĂ©tĂ©ran du Vietnam retrouvĂ© mystĂ©rieusement assassinĂ© dans sa demeure. ÉpaulĂ© par sa fidèle secrĂ©taire blonde et pulpeuse, son enquĂŞte va le mener auprès d'un Ă©tablissement thĂ©rapeutique aux mĂ©thodes très particulières, Ă©rigĂ© par une charmante directrice, Charlotte Bennett, mais tributaire des agissements sans vergogne de la C.I.A.

                            

Avec J'aurai ta peau, on peut dire que le personnage du cĂ©lèbre dĂ©tective privĂ© incarnĂ© par Mike Hammer est sacrĂ©ment dĂ©poussiĂ©rĂ© en 1982 sous la houlette d'un rĂ©alisateur sans gĂ©nie particulier.
Pourtant, ce polar parfois brutal conjuguant habilement le sexe et la violence avec une Ă©vidente efficacitĂ© s'en tire honorablement tant son rĂ©cit orthodoxe peu innovant mais agrĂ©ablement menĂ© nous tient en haleine jusqu'au gĂ©nĂ©rique de fin.
Ce qui sĂ©duit de prime abord dans cette version adulte d'une enquĂŞte adulĂ©e d'un dĂ©tective vĂ©tuste, c'est cette ambiance sulfureuse qui en Ă©mane. Dans un concentrĂ© d'Ă©rotisme charnel plutĂ´t couillu et d'une certaine violence explicite parfois spectaculaire, J'aurai ta peau rĂ©ussit sans peine Ă  sĂ©duire et captiver son public embarquĂ© dans un univers mafieux impliquant un drĂ´le d'Ă©tablissement mĂ©dical aux mĂ©thodes thĂ©rapeutiques particulièrement lubriques. D'ailleurs, durant certaines scènes polissonnes illustrant avec sensualitĂ© le dĂ©roulement de la psychothĂ©rapie, le film joue harmonieusement avec ce climat sexuel effrontĂ© affichant une galerie de donzelles affriolantes s'exhibant langoureusement dans l'atmosphère fiĂ©vreuse de dĂ©cors flamboyants. A ce titre, il y a une superbe sĂ©quence Ă©rotique rĂ©vĂ©lant intĂ©gralement l'anatomie corporelle de la plantureuse comĂ©dienne Barbara Carrerra batifolant avec notre hĂ©ros conquis, rĂ©unis communĂ©ment dans une chambre Ă  coucher incandescente.
A d'autres moments d'une tonalitĂ© Ă˘pre plus tendue, le polar sulfureux vire carrĂ©ment au thriller horrifique dans le profil psychotique Ă©tabli envers un tueur de jeunes femmes aguicheuses. Un psychopathe obsĂ©dĂ© par une gente spĂ©cifique puisque ses victimes sont acculĂ©es de s'accoutrer d'une perruque de couleur rousse Ă  apposer sur la tĂŞte, obligĂ©es de conjurer verbalement qu'elles idolâtrent leur tortionnaire par les mots laconiques: "je t'aime", juste avant de trĂ©passer sauvagement poignardĂ©e !

                          

Armand Assante (frère de Sylvester Stallone) se tire honorablement d'un rĂ´le aussi factuel, cĂ©lĂ©brĂ© en 1958 par l'acteur Darren McGavin pour la première sĂ©rie TV portant le fameux homonyme du dĂ©tective privĂ©, ou encore dans celle des annĂ©es 80, idolâtrĂ©e par l'illustre Stacy Keach. Facilement Ă  l'aise et charismatique dans sa posture expĂ©ditive ou son influence sensiblement lubrique allouĂ©e Ă  la luxure pour la gente fĂ©minine, il sait utiliser avec vigueur indocile et esprit finaud ses atouts pour apprĂ©hender ses rivaux dĂ©lĂ©tères et affabulateurs. La très attrayante Laurene Landon (Maniac Cop) endosse avec une aimable conviction le rĂ´le d'une secrĂ©taire libertaire instinctivement sexy et attendrie pour son amant alors que la sublime Barbara Carrera envoĂ»te et diabolise imparablement l'Ă©cran de ses talents perfides d'odieuse conspiratrice.

RythmĂ©, sexy, violent et nerveux, ce polar hot agrĂ©ablement menĂ© rĂ©ussit haut la main Ă  dĂ©vergonder une icĂ´ne du petit Ă©cran rendue un peu trop docile dans son conformisme engagĂ©. Et cela mĂŞme si certains clichĂ©s pesants et un final extravagant dans ses pĂ©ripĂ©ties dĂ©bridĂ©es bondissantes sont Ă  deux doigts de sombrer dans le ridicule.
ScandĂ© par une partition musicale adĂ©quate de Bill Conti, J'aurai ta peau saura largement sĂ©duire tous les amoureux de polars brut qui n'ont pas froid aux yeux, d'autant plus que l'inventivitĂ© des dialogues abondent en dĂ©rision sarcastique. 

                         

Note: Pour l'anecdote subsidiaire, c'est Clint Eastwood qui devait Ă  l'origine endosser le rĂ´le de Mike Hammer !

01.07.11
Bruno Matéï.

                                          

mercredi 29 juin 2011

C'est ma vie après tout / Whose Life Is It Anyway ?

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site mediafilm.ca

de John Badham. 1981. U.S.A. 1h55. Avec Richard Dreyfuss, John Cassaveres, Christine Lahti, Bob Balaban, Kenneth Mc Millan, Kaki Hunter, Thomas Carter, Alba Oms, Janet Eilbert, Kathryn Grody. 

Sortie US le 2 Décembre 1981.

FILMOGRAPHIEJohn Badham est un rĂ©alisateur et producteur britannique, nĂ© le 25 Aout 1939 Ă  Luton en Angleterre. 1976: Bingo, 1977: La Fièvre du Samedi soir, 1979: Dracula, 1981: C'est ma vie après tout, 1983: Tonnerre de feu, Wargames, 1985: Le Prix de l'exploit, 1986: Short Circuit, 1987: Etroite Surveillance, 1990: Comme un oiseau sur la branche. 1991: La Manière Forte. 1992: Nom de code: Nina. 1993: IndiscrĂ©tion AssurĂ©e. 1994: Drop Zone. 1995: Meurtre en suspens. 1997: Incognito. 1998: Road Movie.

                                    

RĂ©alisateur Ă©clectique notoire, John Badham livre en 1983 son Ĺ“uvre la plus bouleversante autour du thème dĂ©licat de l’euthanasie, alors qu’il demeure aujourd’hui, hĂ©las, injustement oubliĂ© des cinĂ©philes aguerris. PortĂ© par l’impulsion d’un acteur aussi remarquable que Richard Dreyfuss, qui ne s’apitoie jamais sur son sort infortunĂ©, C’est ma vie après tout Ă©prouve le spectateur en l’entraĂ®nant dans le cheminement dĂ©sespĂ©rĂ© d’un patient tĂ©traplĂ©gique dĂ©cidĂ© Ă  rompre dĂ©finitivement avec la solitude de sa condition infirme. Et ce, sans Ă©motion programmĂ©e, sans manipulation lacrymale, lĂ  oĂą tant de cinĂ©astes sans scrupule se complaisent dans le tire-larmes.

Le pitch. Ken Harrison est un quadragĂ©naire passionnĂ© par son mĂ©tier de sculpteur, farouchement amoureux de son Ă©pouse. Un matin, sur la route, il percute de plein fouet un poids lourd engagĂ© Ă  un carrefour. TransportĂ© d’urgence Ă  l’hĂ´pital, Ken se rĂ©veille paralysĂ© de tous ses membres, Ă  l’exception de sa tĂŞte et de ses facultĂ©s cognitives.

                                       

Ĺ’uvre magistrale d’une fragilitĂ© humaine empreinte d’humilitĂ©, C’est ma vie après tout raconte avec une acuitĂ© implacable le destin galvaudĂ© de cet artiste condamnĂ© Ă  l’immobilitĂ©. Après trente jours de coma, Ken prend conscience que sa vie autrefois fougueuse et Ă©panouie est dĂ©sormais brisĂ©e Ă  jamais. Il avoue alors Ă  son Ă©pouse son dĂ©sir de rompre leur union et se rĂ©sout Ă  mourir de son plein grĂ©. Soutenu - ou entravĂ© - par le personnel mĂ©dical, chacun tentera de le convaincre de renoncer Ă  l’euthanasie.

En conjuguant Ă©motion intense, tendresse, humour et intelligence, John Badham aborde l’euthanasie et la dĂ©pression Ă  travers le regard lucide d’un infirme sain d’esprit, mais rĂ©solu Ă  s’y sacrifier. Reste une question vertigineuse : est-il moralement lĂ©gitime de choisir la mort pour dissoudre une souffrance morale jugĂ©e insupportable ? Le cinĂ©aste interroge Ă©galement la position du corps mĂ©dical, prompt Ă  apaiser la douleur psychique par des drogues de substitution, tandis que le système judiciaire doit trancher : faut-il autoriser ou non la volontĂ© souveraine du malade ?

Sans l’ombre du pathos, privilĂ©giant au contraire une verve exubĂ©rante, Richard Dreyfuss insuffle une humanitĂ© vibrante Ă  ce paraplĂ©gique obtus, fĂ©ru de blagues salaces adressĂ©es au personnel soignant. Son combat acharnĂ© pour mourir plutĂ´t que de renouer avec la vie bouleverse durement le spectateur, tĂ©moin impuissant de sa dĂ©sillusion existentielle, alors mĂŞme qu’un infime espoir de rĂ©demption persiste, presque malgrĂ© nous.

                                        

SublimĂ© par la prestance fragile et spontanĂ©e de Richard Dreyfuss, vibrant d’expressivitĂ© angoissĂ©e et dĂ©sespĂ©rĂ©e dans une posture sciemment antinomique, et entourĂ© d’une poignĂ©e de seconds rĂ´les d’une empathie jamais outrĂ©e (John Cassavetes, Christine Lahti, Bob Balaban, Kenneth McMillan, Kaki Hunter), C’est ma vie après tout s’impose comme un tĂ©moignage bouleversant sur le respect du libre arbitre du patient, sommĂ© de choisir s’il doit poursuivre - ou non - sa condition estropiĂ©e. Il en Ă©mane un grand moment de cinĂ©ma, tendre, fringant et douloureux, profondĂ©ment pessimiste par la rigueur de son Ă©lĂ©gie teintĂ©e de dĂ©sillusion.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

Dédicace à Luke Mars.
29 Juin 2011. 3

lundi 27 juin 2011

TRUE GRIT


de Joel et Ethan Cohen. 2010. U.S.A. 1h50. Avec Jeff Bridges, Matt Damon, Josh Brolin, Barry Pepper, Hailee Steinfeld.

Sortie en salles en France le 23 Février 2011.

FILMOGRAPHIE: Joel Coen (nĂ© le 29 novembre 1954) et Ethan Coen (nĂ© le 21 Septembre 1957) sont deux frères rĂ©alisateurs, scĂ©naristes, monteurs, acteurs et producteurs amĂ©ricains.
1984: Sang pour Sang, 1987: Arizona Junior, 1990: Miller's Crossing, 1991: Barton Fink, 1994: Le Grand Saut, 1996: Fargo, 1998: The Big Lebowski, 2000: O'Brother, 2001: The Barber, 2003: Intolérable Cruauté, 2004: Ladykillers, 2006: Paris, je t'aime (tuileries), 2007: No country for old men, Chacun son cinéma (sktech: world cinema), 2008: Burn After Reading, 2009: A Serious Man, 2010: True Grit.

                          

Hommage subjectif d'un puriste amateur.
RĂ©alisateurs prolifiques de gĂ©nie, un nouveau film concoctĂ© par les frères Cohen est toujours un Ă©vènement en soi et True Grit ne faillit pas Ă  la règle ! Cette fois-ci, nos insĂ©parables compères touchent-Ă -tout entreprennent la voie des grands espaces et des cow-boys tĂ©mĂ©raires lĂ©gendaires pour imager un authentique western Ă  l'ancienne, exaltĂ© et passionnĂ© !

En 1870, dans l'Ouest amĂ©ricain, une jeune fille de 14 ans est dĂ©terminĂ©e Ă  venger la mort de son père, lâchement abattu par un malfrat du nom de Tom Chaney. Elle dĂ©cide d'engager un ancien marshall, Rooster Gogburn, pour retrouver l'assassin en fuite dans l'Ă©tat indien. Mais durant leur voyage, un ranger, LaBoeuf, est Ă©galement de la partie pour retrouver Chaney en guise d'une forte rĂ©compense. A eux trois, ils vont entamer un voyage semĂ© d'embĂ»ches dans les plaines adjacentes et au dĂ©tour d'un canyon.

                        

Le plaisir immĂ©diat que l'on Ă©prouve Ă  la vue du nouveau mĂ©trage des Cohen vient de sa nature formelle Ă  retranscrire l'authenticitĂ© d'un far-west criant de vĂ©ritĂ© ! Avec la beautĂ© plastique d'une photographie Ă©purĂ©e sublimant la plĂ©nitude de paysages champĂŞtres et de trognes de cow-boys incroyablement charismatiques, True Grit nous renvoie Ă  une Ă©poque sauvage oĂą la justice individuelle Ă©tait encore tolĂ©rĂ©e malgrĂ© l'Ă©volution du système judiciaire mis en place. En prenant comme personnage principal une jeune fille de 14 ans affiliĂ©e Ă  un marshall bedonnant et alcoolique avait de quoi rebuter s'il avait Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© par un vulgaire tâcheron. Mais cette aventure trĂ©pidante continuellement imprĂ©visible et Ă©ludĂ©e de grandiloquence rĂ©invente le western dans toute sa splendeur visuelle, son lyrisme exaltĂ© et son sens Ă©pique alliĂ© Ă  la fougue et d'ardeur brutale.
TruffĂ© de rĂ©pliques cuisantes pleines d'humour et de dĂ©rision, ce voyage inopinĂ© entrepris par un trio atypique nous fait partager leurs chevauchĂ©es intimes entre prises de risques virulentes et traquenards prĂ©judiciables.
De manière totalement alĂ©atoire, l'Ă©pilogue que nous dĂ©voile cette longue Ă©popĂ©e pleine de vigueur nous dĂ©chire les larmes par un acte hĂ©roĂŻque humble et salvateur. ATTENTION SPOILER !!! C'est finalement l'incroyable destin esseulĂ© d'une femme sauvĂ©e d'une mort certaine par un hĂ©ros archaĂŻque que True Grit nous dĂ©peint avec une Ă©motion proprement bouleversĂ©e. FIN DU SPOILER. Avec comme conclusion ironiquement spĂ©culative que l'acte vindicatif aura une rĂ©percussion acerbe sur celle par qui la mort aura Ă©tĂ© perpĂ©trĂ©e et que le temps irrĂ©mĂ©diable nous file injustement entre les doigts.

                         

L'immense Jeff Bridges rĂ©alise une fois de plus une performance naturelle criante de vĂ©ritĂ© dans sa posture robuste d'un marshal vieillissant et alcoolo quelque peu bourru. Mais un briscard chevronnĂ© toujours apte Ă  cibler sa proie avec une prĂ©cision incisive dans ces armes Ă  feu dĂ©ployĂ©es. Matt Damon rĂ©ussit Ă  faire oublier l'acteur bellâtre auquel il est habituellement coutumier pour nous imposer un personnage conquĂ©rant au prĂ©alable obtus et inflexible mais finalement humble et loyal pour la reconnaissance qu'il Ă©prouve auprès d'une adolescente motivĂ©e par le courage d'une quĂŞte de vengeance. C'est l'Ă©tonnante rĂ©vĂ©lation du film, Hailee Steinfeld, qui s'attelle Ă  endosser le rĂ´le majeur d'une fillette audacieuse dĂ©bordante de volontĂ© et d'hardiesse dans son Ă©tat d'esprit finaud et Ă©rudit. Mais les consĂ©quences d'une vengeance tant escomptĂ©e, perpĂ©trĂ©e de façon expĂ©ditive va Ă  jamais changer sa destinĂ©e d'adolescente coupable d'un crime Ă©quitable du haut de ses 14 ans. Barry Pepper (3 enterrement, la 25è heure, la ligne verte) dans un court rĂ´le presque mĂ©connaissable est sidĂ©rant de prestance vĂ©reuse dans son physique disgracieux et volerait presque la vedette Ă  l'Ă©tonnant Josh Brolin dans celui du gangster immoral prĂŞt Ă  exĂ©cuter de sang froid une gamine tĂ©mĂ©raire mais innocente.

                          

Mis en scène avec maĂ®trise et magnifiquement interprĂ©tĂ© par des comĂ©diens Ă  la trogne burinĂ©e , True Grit rĂ©invente les codes du western classique avec un ton rĂ©aliste et une ambition respectueuse du genre dĂ©poussiĂ©rĂ©. Son histoire de prime abord conventionnelle rĂ©ussit habilement Ă  en dĂ©tourner les conventions dans une succession d'Ă©vènements imprĂ©visibles et d'une poignĂ©e de hĂ©ros attrayants. Et cela avant que le final bouleversant nous dĂ©voile sa vĂ©ritable nature dans l'Ă©trange destinĂ©e d'une femme d'exception, fustigĂ©e par l'acte de vengeance et liĂ©e Ă  jamais par la gratitude d'une ancienne lĂ©gende de l'histoire de l'ouest.

27.06.11
Bruno Matéï.

dimanche 26 juin 2011

Il était une fois dans l'Ouest / Once Upon a Time in the West / C'era una volta il West

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site myscreens.fr

de Sergio Leone. 1968. Italie/U.S.A. 2h43. Avec Charles Bronson, Henry Fonda, Claudia Cardniale, Jason Robards, Gabriele Ferzetti, Frank Wolff, Lionel Stander, Keenan Wynn, Paolo Stoppa, Jack Elam, Woody Stroode.

Sortie Salles Italie: 21 Décembre 1968. France: 27 Aout 1969.

FILMOGRAPHIE: Sergio Leone est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur italien, nĂ© le 3 Janvier 1929 Ă  Rome, dĂ©cĂ©dĂ© le 30 Avril 1989.
1959: Les Derniers Jours de Pompéi, 1960: Sodome et Gomorrhe, 1961: Le Colosse de Rhodes, 1964: Pour une poignée de Dollars, 1965: Et pour quelques Dollars de plus, 1966: Le Bon, la Brute et le Truand, 1968: Il Etait une fois dans l'Ouest, 1971: Il était une fois la Révolution, 1973: Mon Nom est Personne (co-réalisé avec Tonino Valerii), 1975: Un Génie, deux Associés, une Cloche (co-réalisé avec Damiano Damiani), 1984: Il Etait une fois en Amérique, 1989: Les 900 jours de Leningrad (inachevé).

                                     

"Le Dernier Souffle de l’Ouest".
Pionnier du western spaghetti, Sergio Leone rĂ©alise en 1968, juste après l’achèvement de sa trilogie du dollar, la quintessence finale du genre : Il Ă©tait une fois dans l’Ouest. Une clef de voĂ»te emphatique, portĂ©e par la partition lancinante d’Ennio Morricone, gravĂ©e dans la lĂ©gende. Paradoxalement, lors de sa sortie aux États-Unis, le film essuya un Ă©chec critique et commercial, certaines scènes ayant Ă©tĂ© censurĂ©es (22 minutes sacrifiĂ©es pour allĂ©ger une durĂ©e jugĂ©e excessive). D’aucuns avancent que le rĂ´le endossĂ© par l’Ă©minent Henry Fonda — celui d’un tueur d’enfants — fut rejetĂ© par un public dĂ©routĂ© par cet emploi Ă  contre-courant. Quatre scĂ©naristes furent crĂ©ditĂ©s, dont le prestigieux Bernardo Bertolucci. Mais c’est au jeune Dario Argento que l’on doit, de sa signature funeste, l’anthologie glaçante d’une exaction machiavĂ©lique par pendaison…

Le pitch : dans l’Ouest amĂ©ricain, près de Flagstone, la construction d’une ligne de chemin de fer est en projet. Tandis qu’un trio de tueurs attend de pied ferme l’arrivĂ©e d’un mystĂ©rieux inconnu, un homme affublĂ© d’un harmonica descend d’un train et les abat mĂ©thodiquement. Dans cette contrĂ©e en pleine mutation, ce justicier taciturne cherche Frank, un tueur Ă  gages responsable de la mort de son frère, aujourd’hui associĂ© Ă  un magnat cupide du rail.

                                    

Dès le prĂ©ambule aphone, Il Ă©tait une fois dans l’Ouest installe une sĂ©quence semi-parodique oĂą trois hommes louches attendent silencieusement l’arrivĂ©e du train, prĂŞts Ă  exĂ©cuter l’inconnu qui en descendra. Dans un mutisme presque abstrait, les dix premières minutes dĂ©bordent d’inventivitĂ©, jouant des plans larges et serrĂ©s, des cadrages alambiquĂ©s, pour scruter les trognes patibulaires des bandits. Un air d’harmonica perce le silence, surgissant derrière la locomotive, tandis que se profile la silhouette d’un homme venu dĂ©fier la mort. Ce motif musical, concis et mĂ©tronomique, distille une tension vĂ©nĂ©neuse, annonciatrice du trĂ©pas. Le ton lyrique est donnĂ©. Ce western crĂ©pusculaire sera opĂ©ratique, nonchalant, Ă©lĂ©giaque et flamboyant, traversĂ© d’Ă©motions scandĂ©es par une musique tantĂ´t inquiète, tantĂ´t romanesque. Leone, qui ne souhaitait pas initialement replonger dans le western (il songeait Ă  rĂ©aliser Il Ă©tait une fois en AmĂ©rique), orchestre ici un point d’orgue funèbre, annonçant la fin du mythe dans un Ouest en mutation. Il transcende une ultime fois les destinĂ©es esseulĂ©es de cow-boys marginaux, avant l’Ă©closion d’une civilisation nouvelle portĂ©e par le capitalisme et le progrès industriel. Ă€ travers les thèmes de la vengeance, de la lâchetĂ© du crime et du deuil impossible, des personnages solitaires vont se croiser, s’Ă©prouver, frĂ´ler le mal pour survivre, renoncer, ou s’oublier. Dans ce pĂ©riple traversĂ© de rancune et d’auto-justice, la mort plane en silence sur leurs Ă©paules, condamnĂ©es Ă  errer dans un monde en voie de disparition

                                         

CĂ´tĂ© casting, l’inoubliable Charles Bronson n’a jamais Ă©tĂ© aussi magnĂ©tique que dans ce rĂ´le de vengeur mutique, au regard burinĂ©, implacable. Apatride, condamnĂ© Ă  mĂ»rir une punition implacable, il distille Ă  chacune de ses apparitions une aura hermĂ©tique, amplifiĂ©e par la prĂ©sence hypnotique de son harmonica. Radieuse et fragile, Claudia Cardinale incarne une ancienne prostituĂ©e dĂ©cidĂ©e Ă  tourner le dos Ă  son passĂ© pour l’amour de son Ă©poux, riche propriĂ©taire. MalgrĂ© le massacre de sa famille, elle trouvera la force de se relever avec dignitĂ© pour bâtir un avenir. Henry Fonda, en tueur d’enfants impitoyable, dĂ©stabilise profondĂ©ment ceux qui l’attendaient dans un registre noble. Incarnation de la lâchetĂ©, de l’immoralitĂ© et du mĂ©pris, il fascine par son Ă©lĂ©gance venimeuse, son regard azur faussement bienveillant. En bandit vieillissant, Jason Robards insuffle une touche d’humanitĂ© Ă  travers son attachement loyal Ă  l’homme Ă  l’harmonica et Ă  la veuve qu’il semble aimer avec pudeur.

                                      

"Il Était une Fois la Fin".
Mis en scène par le maestro du western transalpin, Il Ă©tait une fois dans l’Ouest est une danse baroque avec la mort, un opĂ©ra lyrique gonflĂ© d’emphase, Ă  l’image de sa musique Ă©lĂ©giaque rythmant le destin de personnages dĂ©sabusĂ©s, marginaux, hantĂ©s par l’injustice et le poids des annĂ©es. Avec la densitĂ© d’un scĂ©nario charpentĂ©, ce western mĂ©lancolique dĂ©livre aussi le bouleversant tĂ©moignage d’une veuve en quĂŞte de dignitĂ©, seule capable d’Ă©voluer dans un monde nouveau. Enfin, la vengeance obsessionnelle de l’homme sans nom, qui hante tout le rĂ©cit, symbolise l’extinction d’un nomade incapable de s’inscrire dans cette sociĂ©tĂ© naissante — prĂ©fĂ©rant s’Ă©clipser, seul, vers un horizon indĂ©terminĂ©. L'un des plus beaux films du monde. 

*Bruno 
27.06.11.

Note: RattachĂ© au lyrisme du film, la traduction littĂ©rale du titre italien, C'era une volta il West est Il Ă©tait une fois l'ouest.

Anecdotes:
Le générique du début d'Il Etait une fois dans l'Ouest est le plus long de l'histoire du cinéma.
Sergio Leone, qui avait essayé d'engager Charles Bronson dans les films Pour une Poignée de Dollars et Le Bon, la Brute et le Truand, obtint enfin son accord pour interpréter Harmonica.
Pour le rĂ´le de Frank, Leone tenait absolument Ă  Henry Fonda, en contre-emploi des rĂ´les de braves types honnĂŞtes, nobles et positifs qui firent sa renommĂ©e : il joue ici un tueur ignoble n'hĂ©sitant pas Ă  massacrer des innocents et des enfants et crachant Ă  tout bout de champ. Eli Wallach, qui interprĂ©tait Tuco dans Le Bon, la Brute et le Truand, a persuadĂ© Fonda d'accepter le rĂ´le. Au tout dĂ©but du tournage, Leone, voyant Fonda avec des lentilles de couleur marron et une moustache, voulut immĂ©diatement le remplacer. Mais après avoir Ă©tĂ© maquillĂ© et habillĂ©, celui-ci convainquit le rĂ©alisateur sans avoir dit un seul mot. Sa performance est remarquable, car nĂ© en 1905, il avait 63 ans lors du tournage du film, dans lequel il semble beaucoup plus jeune, surtout dans le flash-back final qui rĂ©vèle le motif de la vengeance d'Harmonica.

  

vendredi 24 juin 2011

REPRESAILLES (The New Kids)


de Sean S. Cunnigham. 1985. U.S.A. 1h28. Avec Shannon Presby, Lori Loughlin, James Spader, John Filbin, David H. MacDonald, Vince Grant, Theron Montgomery, Eddie Jones.
FILMOGRAPHIE: Sean Sexton Cunningham est un réalisateur, producteur et scénariste américain né en 1941 à New-York.
1970: Art Of Marriage, 1971: l'amour à deux, 1973: Case of the Full Moon Murders, 1978: Manny's Orphans, Here Come the Tigers, 1980: Vendredi 13, 1982: A stranger is Watching, 1983: Spring Break, 1985: Représailles, 1989: M.A.L, 2001: XCU: Extrême Close Up, 2002: Invasion finale (télé-film), 2006: Trapped Ashes.

                                  

Modeste faiseur de sĂ©ries B sans prĂ©tention et illustre crĂ©ateur en 1980 du cĂ©lèbre Vendredi 13Sean S. Cunningham rĂ©alise 5 ans après son slasher surestimĂ© un teen movie d'exploitation, violent et brutal, sans doute influencĂ© par l'hallucinant Class 84, sorti 3 ans au prĂ©alable. Un frère et une soeur se retrouvent orphelins Ă  la suite du brusque dĂ©cès de leurs parents dans un accident de voiture. Ils sont aimablement hĂ©bergĂ©s par leur oncle, propriĂ©taire d'un parc d'attraction de fĂŞte foraine dans la rĂ©gion de Glenby. DĂ©barquĂ©s dans un nouveau lycĂ©e, Abby et Loren vont furtivement devoir faire face Ă  une bande de dĂ©linquants cyniques et provocateurs. Mais le frère tĂ©mĂ©raire et inflexible a fermement dĂ©cidĂ© de leur tenir tĂŞte. Une lutte incessante s'engage alors entre les deux camps rivaux jusqu'Ă  ce que la situation s'envenime et dĂ©gĂ©nère. Correctement emballĂ© et efficacement troussĂ©, ReprĂ©sailles est un pur ersatz d'exploitation lorgnant du cĂ´tĂ© du teen movie orthodoxe oscillant avec le film de vengeance arrogant lĂ©gèrement putassier. Avec la banalitĂ© inepte d'un scĂ©nario ultra linĂ©aire (un chassĂ© croisĂ© incessant entre les bons et les mĂ©chants est octroyĂ© jusqu'Ă  ce que mort s'ensuive), cette sĂ©rie B sans prĂ©tention joue la carte du divertissement futile en toute simplicitĂ©. Mais Sean S. Cunnigham possède suffisamment de mĂ©tier et un sens du rythme probant pour rendre agrĂ©able un spectacle de samedi soir efficacement menĂ© et jamais ennuyeux.

                                    

De prime abord, la trame superficielle nous invite sobrement Ă  faire connaissance avec Abby et Loren, un frère et une soeur malencontreusement Ă©prouvĂ©s par la mort de leurs parents. C'est dans une nouvelle contrĂ©e d'apparence calme et sereine qu'ils dĂ©cident d'emmĂ©nager auprès de la propriĂ©tĂ© ludique d'un oncle compatissant et protecteur, rĂ©gisseur d'un parc d'attraction. Par petites touches successives, nos hĂ©ros familiers vont ĂŞtre pris Ă  parti dans leur enceinte de lycĂ©e avec une bande d'Ă©nergumènes dominĂ©s par un leader frustrĂ© de ne pouvoir devenir le petit ami de la charmante Loren. Les provocations cyniques et affrontements physiques soumis contre nos deux protagonistes vont devenir plus insolents, violents et davantage menaçants. La petite touche d'originalitĂ© contournant agrĂ©ablement un clichĂ© inhĂ©rent dans la caractĂ©risation du personnage central viendra du fait que le frère de Loren se rĂ©vèle particulièrement belliqueux quand celle-ci est violemment prise Ă  parti par nos merdeux revanchards. Pire, après que sa voiture rouge flambant neuf aura Ă©tĂ© griffĂ©e par ses oppresseurs, Abby aura l'audace d'entrer par effraction dans la chambre du leader pour sĂ©vèrement menacer de l'Ă©gorger Ă  l'aide d'un couteau et l'humilier en lui soutirant de l'argent.
Dans ces incessantes provocations opposĂ©es entre les victimes et les oppresseurs, la tension va tranquillement monter d'un cran quand les lascards vont envisager de violer et tuer la frangine kidnappĂ©e dans l'enceinte du parc d'attraction. Avec un goĂ»t prononcĂ© pour la violence dĂ©monstrative, ce point d'orgue haletant et sauvage peut certainement Ă©voquer la brutalitĂ© dĂ©bridĂ©e du final orgasmique de Class 84 de Mark Lester. Ici, mĂŞme combat pour la survie et goĂ»t de la complaisance abrupte dans l'inventivitĂ© des meurtres perpĂ©trĂ©s ! Visage brĂ»lĂ© vif en gros plan, tĂŞte Ă©crasĂ©e par un manège (en hors champ), abdomen ensanglantĂ© trouĂ© Ă  coup de chevrotine, pitbull dressĂ© Ă  tuer se jetant sur l'un de nos protagonistes et rival projetĂ© du vide d'un manège dĂ©traquĂ©.
A la manière expĂ©ditive du professeur de musique Andrew Norris dans Class 84, le frère vindicatif, habitĂ© par la haine meurtrière fera tout en son pouvoir pour sauver la vie de sa soeurette afin de la retrouver saine et sauve Ă  l'intĂ©rieur d'un vaste lieu clos rempli d'attractions sous tension.
Dans ce final explosif, action trĂ©pidante et violence âpre se succèdent communĂ©ment avec un certain bonheur pour l'enthousiasme des fans avides de plaisir coupable.

                                           

DĂ©nuĂ© d'aucune originalitĂ©, ReprĂ©sailles ne restera pas dans les annales, faute d'un scĂ©nario prĂ©visible et d'une rĂ©alisation peu ambitieuse. Mais ce succĂ©danĂ© d'exploitation possède suffisamment de charme, d'efficacitĂ© (modĂ©rĂ©e) et d'aura transgressive dans sa violence dĂ©ployĂ©e pour rendre la copie bonnard. En prime, l'honorable interprĂ©tation rĂ©ussit sans peine Ă  convaincre aimablement (James Spader en blondinet arrogant est un cabotineur dĂ©testable et nos deux hĂ©ros complices Shannon Presby, Lori Loughlin sont plutĂ´t attachants), tandis que la musique de Lalo Schifrin (Class 84, l'Inspecteur Harry, Amityville 1 et 2) rĂ©ussit frugalement Ă  exacerber un certain punch dans le dĂ©roulement des pĂ©ripĂ©ties exposĂ©es. Enfin, pour l'anecdote subsidiaire, on notera que le titre français est mieux appropriĂ© que son homologue ricain (tandis que l'une des affiches US semble Ă©voquer un "Explorers" pernicieux !).

24.06.11

jeudi 23 juin 2011

Mad Dog Morgan (Morgan, le chien fou)


de Philippe Mora. 1976. Australie. 1h42. Avec Dennis Hopper, Jack Thompson, David Gulpilil, Frank Thring, Michael Pate, Wallas Eaton, Bill Hunter, John Hargreaves, Martin Harris, Robin Ramsay.

Sortie Salles US: 22 Septembre 1976.

FILMOGRAPHIE: Philippe Mora est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur français nĂ© Ă  Paris en 1949. 1969: Trouble in Molopolis. 1976: Mad Dog Morgan, 1982: Les Entrailles de l'Enfer, 1984: The Return of Captain Invincible, Une Race Ă  part, 1985: Hurlements 2, 1986: Death of a soldier, 1987: Hurlements 3, 1989: Communion, 1994: Art deco detective, 1996: Precious Find, 1997: Pterodactyl Woman from Beverlly Hills, 1997: Snide and Prejudice, Back in Business, 1998: Joseph's Gift, 1999: Mercenary 2: Thick and thin (tĂ©lĂ©-film), 2001: Burnong Down the House.

                                     

Touche-Ă -tout indĂ©crottable et spĂ©cialiste de sĂ©ries B dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©es, Philippe Mora rĂ©alise en 1976 un western bis hors du commun, habitĂ© par l’interprĂ©tation survoltĂ©e du grand Dennis Hopper (en pleine apogĂ©e… disons chimique).

Ce rĂ©cit romancĂ©, inspirĂ© notamment des Ă©crits de Margaret Carnegie, Ă©voque la trajectoire du vĂ©ritable hors-la-loi Daniel Morgan, figure trouble et insaisissable de l’Australie coloniale du XIXe siècle.

Dans les annĂ©es 1860, Daniel Morgan, immigrĂ© irlandais, est condamnĂ© Ă  douze ans de prison pour un simple vol de vĂŞtements. LibĂ©rĂ© après six annĂ©es pour bonne conduite, il retourne Ă  la nature avec une rage contenue et un dĂ©sir trouble de justice. Entre rĂ©volte sociale et dĂ©rive personnelle, il se lie d’amitiĂ© avec un Aborigène et entreprend de dĂ©fier l’ordre Ă©tabli, rançonnant les puissants tout en Ă©pargnant - parfois - les plus modestes. Rapidement, les forces de Victoria et de New South Wales se lancent Ă  sa poursuite.              

                                             

Mais quelle mouche a piquĂ© Mora pour accoucher d’un tel objet ?

Mad Dog Morgan est moins un western qu’une crise de nerfs filmĂ©e. Le portrait hallucinĂ© d’un homme en rupture, constamment en dĂ©sĂ©quilibre, tiraillĂ© entre idĂ©alisme maladroit et pulsions destructrices. Morgan n’est ni hĂ©ros, ni vĂ©ritable rebelle : c’est une anomalie.

En filigrane, le film esquisse une critique acide d’une autoritĂ© coloniale brutale, intolĂ©rante, souvent arbitraire. Une justice expĂ©ditive, qui broie plus qu’elle ne corrige. Et dont la violence se prolonge jusque dans la mort : exĂ©cutĂ©, Morgan sera dĂ©capitĂ©, son corps livrĂ© Ă  la curiositĂ© pseudo-scientifique, transformĂ© en objet d’Ă©tude et en trophĂ©e morbide.

Le film épouse cette folie.

Montage anarchique, ruptures de ton, scènes parfois proches du dĂ©lire pur : Mora refuse toute stabilitĂ©. On pense Ă  ce prĂ©lude brutal oĂą une milice xĂ©nophobe massacre un village d’immigrĂ©s — moment de sidĂ©ration qui installe immĂ©diatement un monde sans repères moraux. Puis viennent la prison, les humiliations, les sĂ©vices. Autant d’Ă©tapes qui fissurent irrĂ©mĂ©diablement l’homme.

                                          

Lorsqu’il retrouve la libertĂ©, Morgan n’est dĂ©jĂ  plus le mĂŞme.

Sa rencontre avec un Aborigène semble ouvrir une parenthèse d’apaisement — illusion fugace. Car très vite, l’alcool, la rancĹ“ur et l’humiliation accumulĂ©e le font basculer dans une errance mentale quasi schizophrène, oĂą ses actes oscillent entre clĂ©mence imprĂ©visible et violence aveugle.

Et au cœur de ce chaos : Dennis Hopper.

HabitĂ©, imprĂ©visible, presque inquiĂ©tant, il livre ici une performance totalement dĂ©bridĂ©e. Son Morgan est Ă  la fois grotesque et tragique, exaltĂ© et pathĂ©tique. Capable d’abattre un homme sans ciller, puis d’Ă©pargner une famille dans un Ă©lan de pitiĂ© inattendu. Sa prĂ©sence, fĂ©brile et instable, contamine tout le film.

Il ne joue pas Morgan.
Il le devient.
Et parfois mĂŞme, il le dĂ©passe.    

                                            

Avec sa silhouette dégingandée, son regard halluciné et son énergie autodestructrice, Hopper transforme ce western en expérience borderline, quelque part entre farce macabre et descente aux enfers.

Mis en scène avec une liberté totale, presque suicidaire, Mad Dog Morgan est un objet filmique non identifié. Un western décalé, sale, imprévisible, qui oscille en permanence entre la bisserie assumée et la parabole désenchantée.

Un chaos.

Un film malade.

Un geste.

Au final, un bordel insensé où se mêlent humour nerveux, violence sèche, absurdité latente et désillusion profonde face à une époque coloniale gangrenée par ses propres contradictions.

PortĂ© par une musique aux accents funèbres et par un acteur littĂ©ralement possĂ©dĂ©, Mad Dog Morgan s’impose comme un film culte invisible — de ceux qui ne cherchent pas Ă  plaire, mais Ă  exister, coĂ»te que coĂ»te.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

LA VERITABLE HISTOIRE DE DANIEL MORGAN.
John Fuller, alias Daniel Morgan (1830 -  9 avril 1865) Ă©tait un bushranger (hors-la-loi) australien.
Il est nĂ© Ă  Appin en Nouvelle-Galles du Sud, en Australie, vers 1830 de George Fuller et Mary Owen. De l'âge de 2 Ă  17 ans, il vĂ©cut avec un père adoptif, John Roberts. Il commença Ă  travailler comme Ă©leveur, mais se lassa rapidement de ce travail et se dirigea vers les champs aurifères de Castlemaine au Victoria. En 1854, il Ă©tait de retour en Nouvelle-Galles du Sud oĂą il prit le pseudonyme de «John Smith» et devint probablement voleur de chevaux. Il Ă©tait aussi connu pour sa forte consommation d'alcool et son tempĂ©rament violent. Il fut arrĂŞtĂ© pour vol Ă  main armĂ©e et condamnĂ© Ă  12 ans de prison, mais remis en libertĂ© au bout de 6 ans seulement.

Après sa libĂ©ration, il commença Ă  mener une vie de bushranger, utilisant des pseudonymes tels que "John Smith", "Sydney Native", "Dan the Breaker", "Down the River Jack", "Jack Morgan", et le plus cĂ©lèbre, "Dan Morgan ». Toutefois, il n'a jamais Ă©tĂ© connu comme "Mad Dog Morgan" ("Morgan, le chien fou") de son vivant. Ce surnom a Ă©tĂ© inventĂ© par les scĂ©naristes du film Mad Dog Morgan.
Dan Morgan sĂ©vit dans les rĂ©gions de Henty, Culcairn, Morven et Tumbarumba pendant plusieurs annĂ©es.
Le 8 avril 1865, Dan Morgan, séquestra la famille McPherson dans sa propriété de Peechalba au Victoria. Une servante, Alice Keenan, réussit à s'échapper et à informer M. Rutherford, le co-propriétaire de la propriété. Le lendemain matin, Dan Morgan quittait la propriété quand il se trouva encerclé par la police. Il fut abattu dans le dos par un employé de la ferme, John Wendlan. Il est enterré au cimetière de Wangaratta.

23.06.11


mercredi 22 juin 2011

TWO EYES STARING (Zwart water). Grand Prix du Meilleur Film, Fantasporto 2011.

                    
de Elbert van Strien. 2010. Hollande. 1h52. Avec Barry Atsma, Hadewych Minis, Isabelle Stokkel, Bart Slegers.
Sortie en Hollande le 11 Mars 2010.  Sortie Dtv en France le 21 Juin 2011.

FILMOGRAPHIE: Elbert van Strien est un réalisateur, scénariste et producteur Hollandais né en 1964.
1999: Het Spaanse paard (tĂ©lĂ©-film), Novellen: Jan Willem Goes Bijlmer (tĂ©lĂ©-film).
2010: Two Eyes Staring.

                          

Après avoir travaillĂ© pour la tĂ©lĂ©vision et la publicitĂ© et reçu quelques rĂ©compenses avec quelques uns de ses courts-mĂ©trages, le rĂ©alisateur hollandais Elbert Van Strien s'entreprend en 2010 Ă  Ă©laborer un premier long-mĂ©trage avec Tow Eyes Staring. Un hommage implicite au cinĂ©ma d'Ă©pouvante intimiste des annĂ©es vintage fustigeant l'enfance diabolisĂ©e.

Un couple et leur fille, Lisa, emmenagent dans une ancienne demeure en guise d'hĂ©ritage. C'est suite au dĂ©cès de la mère de Christine avec qui elle avait rompu les liens de parentĂ© que la famille dĂ©cide de quitter la Hollande pour venir s'installer dans cette bâtisse en Belgique. Rapidement, la petite Lisa voit apparaĂ®tre le fantĂ´me d'une fillette exsangue, Karen. Celle-ci prĂ©tend qu'elle Ă©tait la soeur jumelle de Christine !

                          

DĂ©boutĂ© de pouvoir ĂŞtre traditionnellement exploitĂ© dans nos salles hexagonales de cinĂ©ma, ce petit film hollandais mĂ©rite pourtant que l'on s'y attarde tant il aborde le thème fantastique sous son aspect le plus mature et judicieux.
Cette sombre histoire de fantĂ´me joliment photographiĂ©e en nuance dĂ©saturĂ©e pour alterner les teintes pastels, verdâtres et limpides, rĂ©ussit sobrement Ă  semer le trouble et l'inquiĂ©tude. De prime abord, nous sommes rapidement convaincus que le fantĂ´me errant venu perturber la douce existence de la petite Lisa (Ă©patante Isabelle Stokkel dans son physique vertueux hermĂ©tique) n'est autre que le cadavre rĂ©calcitrant de la soeur jumelle de Christine, morte dans des conditions mystĂ©rieuses durant sa plus tendre enfance. Alors que le mari, Paul, va commencer Ă  suspecter sa femme quand il souhaite aborder le sujet de l'existence de cette potentielle soeur jumelle du nom de Karen. Discrète et taciturne, cette aimable mère semble cacher un secret inavouable alors qu'un spectre infantile va peu Ă  peu dĂ©voiler divers indices Ă  la fille de celle-ci.
Mais le comportement de Lisa Ă©branlĂ©e par ses cauchemars cinglants et morbides semble de plus en plus Ă©quivoque dans ses accès indociles Ă  daigner offenser sa propre mère. Dès lors, le climat ombrageux laisse place Ă  une atmosphère plus pernicieuse et le spectateur semble quelque peu rebutĂ© du changement psychologique d'une Lisa tourmentĂ©e. Est-elle psychologiquement perturbĂ©e ou possĂ©dĂ©e par l'entitĂ© revancharde de Karen ? A moins d'ĂŞtre simplement influencĂ©e par la hantise insondable d'une lugubre demeure renfermant un lourd secret ?
C'est Ă  partir d'un Ă©vènement dramatique que l'histoire auquel nous Ă©tions entrain d'assister va brusquement virer de ton pour nous orienter vers un drame centrĂ© sur le profil psychologique d'une union parentale. ATTENTION POILER !!! La jeune Lisa ne serait alors que l'incarnation d'une rancoeur refoulĂ©e, faute d'une mère complexĂ©e et que cette filiation parentale serait malencontreusement responsable de ce nouveau dĂ©clin dans une subconscience aliĂ©nĂ©e, extĂ©riorisĂ©e. FIN DU SPOILER.

                         

C'est ce final exutoire surprenant et alĂ©atoire dans son coup de théâtre infligĂ© qui permet de rehausser admirablement une intrigue beaucoup plus substantielle dans les rapports familiaux fustigĂ©s qu'Ă  une simple histoire classique de fantĂ´me revanchard auquel nous Ă©tions embarquĂ©s.

Mis en scène avec soin et une sincĂ©ritĂ© perceptible, Two Eyes Staring est un premier essai fantastique Ă©tonnant dans sa structure narrative constamment inquiĂ©tante. L'ambiance mystĂ©rieuse qui en dĂ©coule et son intrigue beaucoup plus finaude qu'elle n'y parait dĂ©bouche finalement sur un drame psychologique impondĂ©rable auquel un second visionnage serait profitable pour en saisir toute l'essence psychique. L'interprĂ©tation crĂ©dible des comĂ©diens au physique inhabituel (Hadewych Minis et Isabelle Stokkel sont rĂ©ellement troublantes dans leur visage diaphane) et la beautĂ© poĂ©tique de ces images Ă©purĂ©es favorisent fructueusement son sentiment sous-jacent de mystère pesant.
A découvrir.

22.06.11.
Bruno Matéi.
                           

mardi 21 juin 2011

Hanna


de Joe Wright. 2011. U.S.A/Royaume Uni/Allemagne. 1h51. Avec Saoirse Ronan, Eric Bana, Tom Hollander, Olivia Williams, Jason Flemyng, Jessica Barden, Cate Blanchett, Vicky Krieps…

Sortie en salles en France le 6 Juillet 2011.

FILMOGRAPHIEJoe Wright est un rĂ©alisateur anglais nĂ© en 1972 Ă  Londres. 2005: Orgueil et prĂ©jugĂ©s. 2007: Reviens moi. 2009: Le Soliste. 2011: Hanna. 2012: Anna Karenine

                                        

RĂ©vĂ©lĂ© par son premier long Orgueil et prĂ©jugĂ©s, somptueuse fresque romantico-historique, Joe Wright entreprends un virage Ă  180 degrĂ©s avec Hanna. Un film d'action intrĂ©pide dans la mouvance d'une Nikita juvĂ©nile en concertation avec les frères Grimm. PitchHanna est une jeune fille de 14 ans vivant recluse dans une forĂŞt sauvage en Finlande parmi la prĂ©sence de son père, ex-agent de la CIA. EntraĂ®nĂ©e depuis son enfance par celui-ci pour devenir une machine Ă  tuer, elle est finalement envoyĂ©e en Europe pour accomplir une mission inhĂ©rente. Celle d'assassiner une agent du gouvernement responsable de la mort de sa mère. Une course poursuite Ă©chevelĂ©e Ă  travers le Maroc, l'Espagne jusqu'en Allemagne s'engage entre Hanna et son père contre une bande de tueurs dĂ©terminĂ©s.
Conçu pour ĂŞtre avant tout un film d'action haletant, Hanna se rĂ©vèle beaucoup plus qu'une simple distraction superficielle du samedi soir. Joe Wright s'attachant ici Ă  nous dĂ©crire avec un sens du rythme percutant, scandĂ© il est vrai de l'Ă©tonnante partition musicale du groupe The Chemical Brothers, le cheminement d'une ado convertie dès l'enfance Ă  devenir une baroudeuse experte dans l'art de combattre l'adversaire et tuer sans sommation. En envoyant celle-ci en mission pour assassiner la femme responsable de la mort de sa mère, Hanna dĂ©couvre en prime la modernitĂ© d'une civilisation fluctuante Ă  travers le dĂ©paysement du Maroc, de l'Espagne et de l'Allemagne. C'est dans ce pays arabe qu'elle y fera l'aimable connaissance d'une famille unie en villĂ©giature afin d'amorcer une relation amicale avec l'une des filles aĂ®nĂ©es. Et ce avant de devoir rebrousser chemin faute d'un quatuor de tueurs lancĂ©s Ă  ses trousses.

                                             

Ainsi, de par la simplicitĂ© d'une narration Ă©ludĂ©e de complexitĂ©, le rĂ©alisateur nous fait voyager dans un univers Ă  la fois cosmopolite et fantasmagorique au sein de pays Ă©trangers aux coutumes distinctes, et ce par l'entremise du conte de fĂ©e hĂ©ritĂ© des Frères Grimm. De par l'harmonie visuelle de dĂ©cors irrĂ©els ancrĂ©s dans un bestiaire de monstres caricaturĂ©s (Freeway  n'est pas loin) et par la prĂ©sence interlope de personnages saugrenus (le trio de tueurs effĂ©minĂ©s, le mentor magicien de la maison fantasque) ou ensorcelants (l'agent Marissa Wiegler proche d'un personnage de sorcière malveillante), Hanna rĂ©ussit Ă  apprivoiser, envoĂ»ter, sĂ©duire le spectateur embarquĂ© dans un univers formel superbement exploitĂ©. Or, sans jamais cĂ©der Ă  l'artillerie de sĂ©quences d'action successivement explosives, les quelques scènes spectaculaires qui parsèment le rĂ©cit, dĂ©ployĂ©es avec une indĂ©niable maĂ®trise (notamment auprès de l'ultra dynamisme du montage), vont au contraire servir la structure narrative. Ces intermittents moments jouissifs d'action virevoltants Ă©tant de surcroĂ®t magnifiquement agencĂ©es par la rythmique de plages musicales dĂ©bridĂ©es en osmose avec les pĂ©ripĂ©ties tantĂ´t baroques, tantĂ´t rĂ©alistes. Niveau cast, la jeune Saoirse Ronan (Lovely Bones, les Chemins de la LibertĂ©) rĂ©ussit avec Ă©quilibre Ă  s'octroyer avec une sensibilitĂ© Ă©purĂ©e un personnage singulier de sauvageonne belliqueuse dĂ©nuĂ©e de peur et de tolĂ©rance face Ă  l'antagoniste plutĂ´t pernicieux. Avec son physique immaculĂ© d'adolescente faussement timorĂ©e (voir la sĂ©quence dĂ©tonante du baiser), elle parvient Ă  travers son charme blĂŞme d'un visage vaporeux Ă  illustrer une hĂ©roĂŻne juvĂ©nile instinctivement ombrageuse, en perte de repères, en quĂŞte identitaire au sein d'un monde sauvage impitoyable. Un parcours semĂ© d'embĂ»ches lui sont donc opposĂ©s sans se douter qu'au bout de cette Ă©trange aventure elle n'Ă©tait destinĂ©e qu'Ă  dĂ©couvrir son identitĂ© tronquĂ©e. L'excellent Eric Bana s'alloue la tâche paternelle d'avoir inculquĂ© sa progĂ©niture surentraĂ®nĂ©e. Impressionnant dans sa posture carrĂ©e d'espion chevronnĂ© pour l'art du combat et du self dĂ©fense, il parvint sobrement Ă  convaincre de ses compĂ©tences physiques quand il se doit de vaincre Ă  titre d'exemples 4 agents expĂ©rimentĂ©s venus l'encercler dans un sous-sol de mĂ©tro germain. Enfin, la troublante Cate Blanchett endosse avec un charme austère insidieux celle d'une agent opiniâtre, drastique, sans pitiĂ© dans sa froide dĂ©termination d'y traquer mĂ©thodiquement ses proies escamotĂ©es Ă  l'Ă©tranger. Et puis quelle froideur contenue auprès de son venimeux regard fĂ©lin et reptilien dĂ©nuĂ© d'empathie.
                        
                                          

Louablement interprĂ©tĂ© par des comĂ©diens impliquĂ©s dans l'action que domine la candide Saoirse Ronan Ă  travers la sempiternelle thĂ©matique de la perte de l'innocence et sa soif d'affirmation, Hanna demeure un excellent film d'action techniquement inventif, maĂ®trisĂ©, savamment excitant, Ă©trangement magnĂ©tique et passionnant. Son alliage insolite d'action affiliĂ©e Ă  l'esprit ingĂ©nu du conte de fĂ©e en font un spectacle intelligent se dĂ©marquant des produits orthodoxes redondants. Joe Wright livrant avant tout avec une sensibilitĂ© tĂ©nue l'attachant portrait d'une adolescente pugnace pour autant fragile car observant le monde des adultes, entre apprĂ©hension pour son interrogation existentielle, doute, crainte et Ă©veil aux sentiments (sa relation amiteuse avec la touriste), en attendant de renouer avec sa vraie libertĂ© convoitĂ©e.

*Bruno 
21.06.11
22.08.23.

lundi 20 juin 2011

Le Riche et le Pauvre / Rich Man, Poor Man


de David Greene, Bill Bixby et Boris Sagal. 1976. 12 épisodes de 46 mns. Avec Peter Strauss, Nick Nolte, Susan Blakely, Edward Asner, Dorothy McGuire, Ray Milland, Kim Darby, Talia Shire, Robert Reed, Bill Bixby, Gloria Grahame, Murray Hamilton, Van Johnson, Dorothy Malone, Kay Lenz, Norman Fell, William Smith

Diffusion TV Usa du 1 fĂ©vrier au 15 Mars 1976.
Diffusion TV France le 10 Septembre 1977 sur TF1.

                                              

Série mythique diffusée en France à partir du 10 septembre 1977 sur la chaine TF1, le Riche et le Pauvre aura marqué toute une génération de cinéphiles proprement bouleversés du destin familial de deux rivaux. Celui d'un duo de frères téméraires tour à tour bafoués et stigmatisés par un destin damné avant de déboucher sur leur réconciliation. Deux êtres frêles au caractère distinct débordants de rage de vivre dans la suprématie professionnelle, la réussite sociale et l'union conjugale.

C'est donc l'évocation de la famille Jordache qui nous est narrée sur 20 ans d'existence, de la fin de la seconde guerre mondiale jusqu'aux prémices des années 60. Deux frère issus d'un milieu familial précaire vont tenter de survivre et réussir leur vie professionnelle. L'un, Rudy, est un étudiant studieux et érudit, l'autre, Tom, est un marginal malchanceux accumulant les larcins, faute d'un père violent et irascible, incapable de gérer leur éducation commune. Suite à un grave incident volontairement perpétré par le fils rebelle, celui-ci est expulsé du cocon familial pour être provisoirement logé chez son oncle. Mais un autre évènement fortuit ne va pas tarder à chambouler la nouvelle vie de cet adolescent déprécié.

                                        

Soigneusement reconstitué sur trois décennies d'une ascension politico-industrielle et accrédité d'une mise en scène assidue entièrement vouée à l'étude psychologique de ses personnages meurtris, Le Riche et le Pauvre est une ambitieuse saga pleine de drames, trahisons, déceptions et chantages de par l'abus de pouvoir et la réprimande d'amours contrariés éperdues. D'après le roman d'Irwin Shaw, ce célèbre feuilleton doit tout à son scénario compact dépeignant avec intelligence et refus de pathos la quête du pouvoir pour une réussite sociale avide d'ambition. Mais cette véhémente ascension avilie par l'égoïsme de la cupidité découle d'un revers de médaille irréversible, alors que les romances présagées y seront insolubles à se cristalliser. Avec la complicité de comédiens tous remarquables de sobriété et éludés d'une quelconque outrance puérile dans les extériorisations sentimentales, cette foisonnante saga nous entraîne dans un florilège d'évènements en demi-teinte, convoitant le drame familial teinté d'espoirs et de tragédie inéquitable.

                                                           

Nick Nolte crève l'Ă©cran dans sa composition si charismatique du pauvre Tom Jordache, jeune marginal reconverti dans la boxe professionnelle après avoir sombrer dans la dĂ©linquance et qu'il après qu'il fut expulsĂ© de son domicile familial. Faute d'un père violent incapable de lui Ă©prouver de l'amour car affirmant plutĂ´t sa confiance et l'attention envers son premier fils studieux beaucoup mieux prĂ©sentable. Peter Strauss accorde autant de crĂ©dit dans celui de Rudy, Ă©tudiant ambitieux dĂ©libĂ©rĂ© Ă  se vouer corps et âme pour rĂ©ussir sa vie professionnelle. Un jeu en demi-teinte particulièrement empathique dans sa quĂŞte inlassable de conquĂ©rir la jeune Julie auquel il est depuis son adolescence profondĂ©ment amoureux avant de renouer Ă©quitablement avec son frère tant dĂ©nigrĂ©. Mais sa persĂ©vĂ©rance dans le milieu de la politique va le contraindre Ă  oublier sa promesse de chĂ©rir cette idylle tant escomptĂ©e tandis que Tom va peu Ă  peu lui accorder sa pleine confiance lĂ©gitime. La ravissante Susan Blackely (rĂ©compensĂ©e d'un golden globe) endosse le personnage chĂ©tif de Julie Prescott si bien qu'elle inonde l'Ă©cran de son charme docile, son Ă©lĂ©gance tĂ©nue sombrant malencontreusement dans une lamentation dĂ©chue. Une jeune femme talentueuse et douĂ©e pour la profession du journalisme et de la photographie. Mais une Ă©pouse rongĂ©e par le remord et la contrition, faute d'avoir vĂ©cu une vie conjugale anarchique, dĂ©nuĂ©e d'amour et d'attention par la cause d'un mari volage et de son jeune fils sous influence paternelle, Bill. C'est dans les bras du cĂ©lèbre Rudy, en liste pour une candidature politique qu'elle va malgrĂ© tout tenter de renouer avec un espoir dubitatif dans l'union du mariage, avant de sombrer dans l'alcoolisme et la solitude dĂ©pressive. Aucun spectateur de l'Ă©poque n'eut pu omettre la performance de William Smith dans le rĂ´le du borgne Falconetti. Antagoniste perfide sans aucune vergogne inscrit dans l'immoralitĂ©, la lâchetĂ©, la mesquinerie et la xĂ©nophobie. L'affrontement psychologique et physique octroyĂ© au jeune Tom Jordache donne lieu Ă  deux intenses altercations redoutĂ©es avant son tragique point d'orgue culminant vers une ignoble haine vindicative. Tous les autres illustres interprètes Bill Bixby, Ray Milland, Talia Shire, Dorothy McGuire, Edward Asner et Kim Darby accordent une prestance frugale jamais nĂ©gligeable car entièrement allouĂ©e au service de l'histoire fertile en conflits humains tant dĂ©pitĂ©s.

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Près de 40 ans après sa sortie, le Riche et le Pauvre n'a rien perdu de sa puissance Ă©motionnelle et aura su transcender les altĂ©rations du temps pour rester une sĂ©rie phare*. Hormis un score musical quelque peu dĂ©suet mais non dĂ©nuĂ© de charme, la richesse de son scĂ©nario Ă  la fois dense et substantiel, qui plus est admirablement construit, et le remarquable cast des talents rĂ©unis tĂ©moignent d'une notable rĂ©ussite tĂ©lĂ©visuelle Ă  l'intensitĂ© dramatique dans toutes les mĂ©moires. Si bien que pour conclure, il est impossible d'Ă©voquer son audacieux final inopinĂ©ment tragique qui aura durablement bouleverser des millions de tĂ©lespectateurs abasourdis d'un revirement aussi nihiliste. En outre, il immortalise le portrait licencieux d'un des plus crapuleux antagonistes que la tĂ©lĂ©vision nous ait Ă©tĂ© donnĂ©e de voir: Falconetti !

20.06.11
Bruno Matéï.

RECOMPENSES:
Emmy Awards 1976 : Meilleure musique, Meilleure réalisation (David Greene pour l'épisode 8), Meilleur acteur dans une série dramatique (Edward Asner), Meilleure actrice dans un second rôle (Fionnula Flanagan)
Golden Globes 1976 :
Golden Globe de la meilleure série télévisée dramatique
Golden Globe de la meilleure actrice dans une série télévisée dramatique pour Susan Blakely
Golden Globe du meilleur acteur dans un second rôle dans une série, une minisérie ou un téléfilm pour Edward Asner
Golden Globe de la meilleure actrice dans un second rôle dans une série, une minisérie ou un téléfilm pour Josette Banzet

vendredi 17 juin 2011

Crime à Froid / Thriller a cruel picture / They call her One Eye / En Grym Film. Version Intégrale.


de Bo Arne Vibenius. 1974. Suède. 1h46. Avec Christina Lindberg, Heinz Hopf, Despina Tomazani, Soveig Anderson.

Interdit au moins de 18 ans (avec inserts X)

FILMOGRAPHIE: Bo Arne Vibenius est un réalisateur, producteur, scénariste et acteur suédois né le 29 Mars 1943 à Solna. 1969: Hur Marie träffade Fredrik. 1974: Thriller, en grym film. 1975: Breaking Point.

                                      
 
"Madeleine, l’Ange noir de la dĂ©rĂ©liction".
Bien avant les illustres L’Ange de la Vengeance et I Spit on Your Grave (Day of the Woman), un jeune SuĂ©dois de 31 ans rĂ©alise en 1974 un rape and revenge singulièrement insolite, brassant les genres dans un alliage abrasif rehaussĂ© d’une ambiance hermĂ©tique. Action, drame, pornographie, violence : tout s’entrecroise dans une structure hybride de film d’auteur, entre cinĂ©ma expĂ©rimental et sĂ©rie B d’exploitation.

Le pitch : Madeleine, jeune fille solitaire, a Ă©tĂ© violĂ©e enfant par un vieillard. Plusieurs annĂ©es ont passĂ© ; elle vit dĂ©sormais recluse dans la ferme familiale, loin de la frĂ©nĂ©sie urbaine. ProfondĂ©ment marquĂ©e par l’agression, elle est mutique, cloĂ®trĂ©e dans son silence comme dans sa demeure. Un jour, elle dĂ©cide de partir en ville, mais rate son bus in extremis. Un inconnu, sur la mĂŞme route, lui propose de la conduire. Après un dĂ©jeuner ensemble, il l’emmène chez lui... pour la droguer. Devenue toxicomane, Madeleine est contrainte Ă  la prostitution pour une clientèle fidèle et carnassière.

                                     

Dès le prĂ©lude dĂ©stabilisant – cette tentative de viol dans un parc public –, le malaise est palpable. Le regard dĂ©rangĂ©, zoomĂ© jusqu’au dĂ©règlement, d’un vieillard aliĂ©nĂ©, les lèvres ensanglantĂ©es, plaque une fillette impuissante sur les feuillages d’un automne blafard. Le rĂ©alisme insalubre de la scène, traitĂ© Ă  la manière d’un reportage clinique, nous entraĂ®ne dans une descente aux enfers sans retour. La mise en scène, volontairement rugueuse, prend soin de nous immerger dans cet environnement viciĂ©, renouvelant les codes du rape and revenge par une approche atypique. L’ambiance, froide et monolithique, s’Ă©tire dans un rythme langoureux, presque anesthĂ©siĂ©, captant l’attention par sa narration prĂ©cise, studieuse. Par moments, les plans chocs – une crevaison d’Ĺ“il en gros plan, des inserts pornos appuyant la dĂ©pravation sexuelle – transforment Crime Ă  froid en objet filmique expĂ©rimental, grandiloquent, austère. La photographie limpide, les dĂ©cors naturalistes sans fioriture, les comĂ©diens emphatiques achèvent de renforcer cette impression de reportage pris sur le vif.

                                    

La partie revenge ne fait qu’amplifier cette Ă©trange impression d’Ĺ“uvre hybride, notamment avec ses ralentis lymphatiques et sa violence stylisĂ©e. Au risque de lasser les indĂ©cis, ces accès furieux de brutalitĂ© – oĂą les gunfights explosent en gerbes d’hĂ©moglobine – sĂ©duisent, dĂ©rangent ou dĂ©sarçonnent selon la sensibilitĂ© de chacun. Le final, influencĂ© par le western spaghetti, livre ses plus beaux plans alambiquĂ©s : contre-plongĂ©es iconiques, horizons dĂ©solĂ©s, clairs-obscurs crĂ©pusculaires. Le climax, d’une noirceur tĂ©nĂ©breuse, vient bousculer l’imaginaire du spectateur dĂ©sorientĂ©.

On saluera l’Ă©tonnante composition de Christina Lindberg, justicière mutique et inflexible, avide de revanche après le suicide de ses parents manipulĂ©s par un proxĂ©nète. Gracile, taciturne, Ă©nigmatique dans sa dĂ©froque sombre et son Ĺ“il borgne, elle parvient Ă  iconiser son personnage marginal, nouvel archĂ©type d’un ange exterminateur, Ă  la fois faussement candide et subtilement sensuel.

                                       

Peut-ĂŞtre difficile d’accès, Crime Ă  froid demeure une Ĺ“uvre bariolĂ©e, unique en son genre. Un essai personnel, sincère dans ses intentions, mais parfois maladroit dans ses aspirations auteurisantes compromises par les codes du cinĂ©ma d’exploitation. Imparfait, baroque, versatile, interlope, ce film-ovni laisse, quoi qu’il en soit, une empreinte tenace dans la mĂ©moire du spectateur – quelque part entre fascination et rĂ©pulsion.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

17.06.11