mardi 21 juin 2011

Hanna


de Joe Wright. 2011. U.S.A/Royaume Uni/Allemagne. 1h51. Avec Saoirse Ronan, Eric Bana, Tom Hollander, Olivia Williams, Jason Flemyng, Jessica Barden, Cate Blanchett, Vicky Krieps…

Sortie en salles en France le 6 Juillet 2011.

FILMOGRAPHIEJoe Wright est un rĂ©alisateur anglais nĂ© en 1972 Ă  Londres. 2005: Orgueil et prĂ©jugĂ©s. 2007: Reviens moi. 2009: Le Soliste. 2011: Hanna. 2012: Anna Karenine

                                        

RĂ©vĂ©lĂ© par son premier long Orgueil et prĂ©jugĂ©s, somptueuse fresque romantico-historique, Joe Wright entreprends un virage Ă  180 degrĂ©s avec Hanna. Un film d'action intrĂ©pide dans la mouvance d'une Nikita juvĂ©nile en concertation avec les frères Grimm. PitchHanna est une jeune fille de 14 ans vivant recluse dans une forĂŞt sauvage en Finlande parmi la prĂ©sence de son père, ex-agent de la CIA. EntraĂ®nĂ©e depuis son enfance par celui-ci pour devenir une machine Ă  tuer, elle est finalement envoyĂ©e en Europe pour accomplir une mission inhĂ©rente. Celle d'assassiner une agent du gouvernement responsable de la mort de sa mère. Une course poursuite Ă©chevelĂ©e Ă  travers le Maroc, l'Espagne jusqu'en Allemagne s'engage entre Hanna et son père contre une bande de tueurs dĂ©terminĂ©s.
Conçu pour ĂŞtre avant tout un film d'action haletant, Hanna se rĂ©vèle beaucoup plus qu'une simple distraction superficielle du samedi soir. Joe Wright s'attachant ici Ă  nous dĂ©crire avec un sens du rythme percutant, scandĂ© il est vrai de l'Ă©tonnante partition musicale du groupe The Chemical Brothers, le cheminement d'une ado convertie dès l'enfance Ă  devenir une baroudeuse experte dans l'art de combattre l'adversaire et tuer sans sommation. En envoyant celle-ci en mission pour assassiner la femme responsable de la mort de sa mère, Hanna dĂ©couvre en prime la modernitĂ© d'une civilisation fluctuante Ă  travers le dĂ©paysement du Maroc, de l'Espagne et de l'Allemagne. C'est dans ce pays arabe qu'elle y fera l'aimable connaissance d'une famille unie en villĂ©giature afin d'amorcer une relation amicale avec l'une des filles aĂ®nĂ©es. Et ce avant de devoir rebrousser chemin faute d'un quatuor de tueurs lancĂ©s Ă  ses trousses.

                                             

Ainsi, de par la simplicitĂ© d'une narration Ă©ludĂ©e de complexitĂ©, le rĂ©alisateur nous fait voyager dans un univers Ă  la fois cosmopolite et fantasmagorique au sein de pays Ă©trangers aux coutumes distinctes, et ce par l'entremise du conte de fĂ©e hĂ©ritĂ© des Frères Grimm. De par l'harmonie visuelle de dĂ©cors irrĂ©els ancrĂ©s dans un bestiaire de monstres caricaturĂ©s (Freeway  n'est pas loin) et par la prĂ©sence interlope de personnages saugrenus (le trio de tueurs effĂ©minĂ©s, le mentor magicien de la maison fantasque) ou ensorcelants (l'agent Marissa Wiegler proche d'un personnage de sorcière malveillante), Hanna rĂ©ussit Ă  apprivoiser, envoĂ»ter, sĂ©duire le spectateur embarquĂ© dans un univers formel superbement exploitĂ©. Or, sans jamais cĂ©der Ă  l'artillerie de sĂ©quences d'action successivement explosives, les quelques scènes spectaculaires qui parsèment le rĂ©cit, dĂ©ployĂ©es avec une indĂ©niable maĂ®trise (notamment auprès de l'ultra dynamisme du montage), vont au contraire servir la structure narrative. Ces intermittents moments jouissifs d'action virevoltants Ă©tant de surcroĂ®t magnifiquement agencĂ©es par la rythmique de plages musicales dĂ©bridĂ©es en osmose avec les pĂ©ripĂ©ties tantĂ´t baroques, tantĂ´t rĂ©alistes. Niveau cast, la jeune Saoirse Ronan (Lovely Bones, les Chemins de la LibertĂ©) rĂ©ussit avec Ă©quilibre Ă  s'octroyer avec une sensibilitĂ© Ă©purĂ©e un personnage singulier de sauvageonne belliqueuse dĂ©nuĂ©e de peur et de tolĂ©rance face Ă  l'antagoniste plutĂ´t pernicieux. Avec son physique immaculĂ© d'adolescente faussement timorĂ©e (voir la sĂ©quence dĂ©tonante du baiser), elle parvient Ă  travers son charme blĂŞme d'un visage vaporeux Ă  illustrer une hĂ©roĂŻne juvĂ©nile instinctivement ombrageuse, en perte de repères, en quĂŞte identitaire au sein d'un monde sauvage impitoyable. Un parcours semĂ© d'embĂ»ches lui sont donc opposĂ©s sans se douter qu'au bout de cette Ă©trange aventure elle n'Ă©tait destinĂ©e qu'Ă  dĂ©couvrir son identitĂ© tronquĂ©e. L'excellent Eric Bana s'alloue la tâche paternelle d'avoir inculquĂ© sa progĂ©niture surentraĂ®nĂ©e. Impressionnant dans sa posture carrĂ©e d'espion chevronnĂ© pour l'art du combat et du self dĂ©fense, il parvint sobrement Ă  convaincre de ses compĂ©tences physiques quand il se doit de vaincre Ă  titre d'exemples 4 agents expĂ©rimentĂ©s venus l'encercler dans un sous-sol de mĂ©tro germain. Enfin, la troublante Cate Blanchett endosse avec un charme austère insidieux celle d'une agent opiniâtre, drastique, sans pitiĂ© dans sa froide dĂ©termination d'y traquer mĂ©thodiquement ses proies escamotĂ©es Ă  l'Ă©tranger. Et puis quelle froideur contenue auprès de son venimeux regard fĂ©lin et reptilien dĂ©nuĂ© d'empathie.
                        
                                          

Louablement interprĂ©tĂ© par des comĂ©diens impliquĂ©s dans l'action que domine la candide Saoirse Ronan Ă  travers la sempiternelle thĂ©matique de la perte de l'innocence et sa soif d'affirmation, Hanna demeure un excellent film d'action techniquement inventif, maĂ®trisĂ©, savamment excitant, Ă©trangement magnĂ©tique et passionnant. Son alliage insolite d'action affiliĂ©e Ă  l'esprit ingĂ©nu du conte de fĂ©e en font un spectacle intelligent se dĂ©marquant des produits orthodoxes redondants. Joe Wright livrant avant tout avec une sensibilitĂ© tĂ©nue l'attachant portrait d'une adolescente pugnace pour autant fragile car observant le monde des adultes, entre apprĂ©hension pour son interrogation existentielle, doute, crainte et Ă©veil aux sentiments (sa relation amiteuse avec la touriste), en attendant de renouer avec sa vraie libertĂ© convoitĂ©e.

*Bruno 
21.06.11
22.08.23.

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