mercredi 14 janvier 2015

Darkness

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jaume Balaguero. 2002. Espagne/U.S.A. 1h42. Avec Anna Paquin, Lena Olin, Iain Glen, Giancarlo Giannini, Fele Martinez.

Sortie salles France: 18 Juin 2003. Espagne: 3 Octobre 2002. U.S: 25 Décembre 2004

FILMOGRAPHIE: Jaume Balaguero est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste espagnol d'origine catalane, nĂ© le 2 Novembre 1968 Ă  LĂ©rida. 1999: La Secte sans Nom. 2002: Darkness. 2005: Fragile. 2006: A Louer (moyen mĂ©trage). 2007: REC (co-rĂ©alisĂ© avec Paco Plaza). 2009: REC 2 (co-rĂ©alisĂ© avec Paco Plaza). 2011: Malveillance.

Poème funèbre portĂ© par une marche des TĂ©nèbres, Darkness se dĂ©die Ă  la peur irrationnelle du noir, Ă  l’aura de fascination qu’exerce l’obscuritĂ©. Sertie d’une photographie glacĂ©e et de dĂ©cors baroques, l’Ĺ“uvre de Jaume BalaguerĂł renoue avec l’ambition des grandes histoires de fantĂ´mes, dans la plus pure force de suggestion. En se rĂ©appropriant les codes de la demeure hantĂ©e, de la possession et des prophĂ©ties antĂ©christiques hĂ©ritĂ©es de La MalĂ©diction ou de La 7ᵉ ProphĂ©tie (comme je l'aime cette perle maudite !), le cinĂ©aste fait preuve d’audace et d’originalitĂ©, jusqu’Ă  orchestrer un dĂ©nouement implacable scellant le sort de ses protagonistes.

Le pitch gravite autour d’une famille dĂ©sunie, minĂ©e par l’irascibilitĂ© d’un père au passĂ© obscur. Tandis que d’Ă©tranges phĂ©nomènes surviennent dans leur nouvelle demeure - et que les parents dĂ©tournent le regard -, leur fille aĂ®nĂ©e, RĂ©gina, s’alarme de comportements erratiques, alors mĂŞme que son jeune frère porte d’inquiĂ©tants stigmates au cou. Peu Ă  peu, RĂ©gina et son amant tentent de percer l’identitĂ© de la maison en se rapprochant de son architecte. C’est alors que la mĂ©canique infernale s’enclenche, prĂ©cipitant les Ă©vĂ©nements au fil de rĂ©vĂ©lations toujours plus terrifiantes. 

Sans esbroufe grand-guignolesque - si l’on excepte deux ou trois apparitions spectrales entrevues au plafond de la bâtisse -, BalaguerĂł compose un puzzle machiavĂ©lique autour d’une conjuration d’ampleur : la consĂ©cration des tĂ©nèbres sur Terre, dans leur forme la plus insaisissable, par le biais d’un rituel mĂ©ticuleusement planifiĂ©. Entièrement dĂ©diĂ© Ă  l’obscuritĂ© du noir, dans sa dimension la plus Ă©thĂ©rĂ©e, Darkness distille une ambiance magnĂ©tique semi dĂ©pressive lorsqu’une famille amĂ©ricaine devient l’objet d’une liturgie sataniste. MĂ©taphore de l’influence du Mal et de la part d’ombre enfouie en chacun de nous, le film fascine lorsque les forces obscures tentent de fissurer la lumière rĂ©demptrice afin d’imposer leur suprĂ©matie.

Si le film s’avère aussi pĂ©nĂ©trant, inquiĂ©tant et anxiogène, il le doit Ă©galement Ă  la caractĂ©risation dĂ©pressive de personnages Ă  la lisière de l'antipathie et aisĂ©ment manipulables. Ă€ l’exception (peut-ĂŞtre ?) de la jeune RĂ©gina, investigatrice studieuse qu’Anna Paquin (True Blood) incarne avec une humanitĂ© et une force de caractère telles qu’elle vole la vedette Ă  l’ensemble de ses partenaires. Il le doit aussi Ă  la densitĂ© d’un scĂ©nario habilement charpentĂ©, distillant lentement le venin d’une machination abjecte oĂą l’enfance martyrisĂ©e est offerte en sacrifice. Ce sentiment d’impuissance, conjuguĂ© Ă  la volontĂ© dĂ©sespĂ©rĂ©e de surmonter la peur du Mal, converge vers quarante-cinq minutes aussi Ă©touffantes qu’haletantes, scandĂ©es de rebondissements retors, jusqu’Ă  un Ă©pilogue pessimiste jouant sur l’ambiguĂŻtĂ© d’une possible Ă©chappatoire.

Hymne au crĂ©puscule du noir et Ă  ses secrets lourds, tapis dans l’ombre de notre fragile enfance, Darkness parvient Ă  instaurer un climat d’inquiĂ©tude et de mystère subtilement ensorcelant. De la puissance de suggestion Ă©manant de la psychologie tourmentĂ©e des personnages et de cette ambiance poisseuse et oppressante naĂ®t une perle noire, Ă  la mise en scène si maĂ®trisĂ©e que les annĂ©es pourraient bien la sacraliser "classique funeste" du cinĂ©ma d’horreur indĂ©pendant.

le cinéphile du cœur noir 🖤

La critique de la 7è ProphĂ©tie: http://brunomatei.blogspot.fr/…/la-septieme-prophetie-seven…
La critique de la Malédiction: http://brunomatei.blogspot.fr/2013/10/la-malediction.html

03.01.22. 22.01.26. 5èx. VF sur video projo

mardi 13 janvier 2015

L'ECHINE DU DIABLE (El espinazo del diablo). Prix du Jury, de la Critique Internationale et du Jury jeunes, Gérardmer 2002.

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site bronxscine.wordpress.com

de Guillermo Del Toro. 2001. Mexique/Espagne. 1h46. Avec Eduardo Noriega, Marisa Paredes, Federico Luppi, Fernando Tielve, Inigo Garcés.

Sortie salles Espagne: 20 Avril 2001. France: 8 Mai 2002

FILMOGRAPHIE: Guillermo Del Toro est un réalisateur, scénariste, romancier et producteur américain, né le 9 Octobre 1964 à Guadalajara (Jalisco, Mexique).
1993: Cronos. 1997: Mimic. 2001: l'Echine du Diable. 2002: Blade 2. 2004: Hellboy. 2006: Le Labyrinthe de Pan. 2008: Hellboy 2. 2013: Pacific Rim.


"N'oublions pas que nous sommes tous, et avant tout, des êtres déviants et marginaux. On est toujours l'étranger de l'autre." Guillermo Del Toro.

Pour son 3è long-mĂ©trage, et bien avant Le Labyrinthe de Pan, Guillermo Del Toro avait dĂ©jĂ  abordĂ© le thème douloureux de l'innocence bafouĂ©e par la guerre d'Espagne des annĂ©es 30. Multi rĂ©compensĂ© dans divers festivals, L'Echine du Diable emprunte le genre fantastique pour mettre en exergue un drame psychologique d'une rare duretĂ© dans le traitement infligĂ© aux personnages car sĂ©vèrement contrariĂ©s par une situation sociale en dĂ©clin et d'ĂŞtre ensuite molestĂ©s par un facho aussi cupide que fourbe. Sur ce point, on peut saluer la prestance insidieuse du bellâtre Eduardo Noriega endossant de manière viscĂ©rale un criminel sans vergogne habitĂ© par le Mal. MĂ©taphore du fascisme, Del Toro restitue Ă  travers cet antagoniste l'esprit dictateur de la guerre d'Espagne, celle de la pĂ©riode Franquiste, et le châtiment intentĂ© aux enfants orphelins oĂą les fantĂ´mes du passĂ© patientent leur revanche. Alors que Carlos vient de perdre son père, il est envoyĂ© par son tuteur dans l'orphelinat de la directrice Carmen et du docteur Casares. Sur place, il doit faire face aux provocations railleuses de certains camarades et de l'attitude castratrice de Jacinto, un trentenaire exploitant la faiblesse des autres par son aimable apparence. Rapidement, Carlos est dĂ©sorientĂ© par les visions rĂ©currentes d'un fantĂ´me infantile. Durant son intĂ©gration, il va tenter de percer le mystère qui entoure la disparition du jeune Santi avant que la direction ne dĂ©cide de quitter les lieux, faute d'une guerre civile incontrĂ´lable.


Sous couvert d'argument surnaturel, Guillermo Del Toro aborde la barbarie de la guerre Franquiste avec une belle singularitĂ© dans le cadre ensoleillĂ© d'un orphelinat rĂ©duit au confinement. Baignant dans une poĂ©sie macabre stylisĂ©e pour les apparitions spirituelles de Santi, le film privilĂ©gie le suspense lattent autour du sort tragique autrefois intentĂ© Ă  ce bambin martyr. Et de transcender la caractĂ©risation fragile des autres enfants avec une dimension dĂ©sespĂ©rĂ©e car apeurĂ©s des exactions immorales de Jacinto. Du point de vue des adultes, Del Toro dessine Ă©galement le portrait torturĂ© d'un couple de sexagĂ©naires discrĂ©ditĂ©s par l'adultère et l'appât du gain, Spoiler ! Carmen s'autorisant au cours de certaines nuits les avances sexuelles de Jacinto. RongĂ©e par le remord de son infidĂ©litĂ©, leur relation va finalement Ă©clater au grand jour lorsque son compagnon Casarès dĂ©cide de quitter les lieux avec les enfants en daignant emporter un trĂ©sor de la cause rĂ©publicaine. Fin du Spoiler. C'est Ă  partir de ce dĂ©part prĂ©cipitĂ© que l'intrigue va dĂ©cupler son intensitĂ© dramatique dans les stratĂ©gies meurtrières intentĂ©es au couple de fuyards, Ă  une jeune gouvernante et aux orphelins. RĂ©cit initiatique oĂą les enfants sont confrontĂ©s Ă  la dĂ©rive criminelle d'un ĂŞtre dĂ©moniaque (et non Ă  celui du fantĂ´me revanchard !), ils sont contraints de s'unifier et rĂ©torquer par la lĂ©gitime violence pour retrouver leur indĂ©pendance. Eprouvant par sa violence rĂ©aliste car souvent exercĂ©e avec une lâchetĂ© intolĂ©rable, l'Echine du Diable met donc en relief le dĂ©sespoir de survivants de la guerre contraints de vivre avec leurs dĂ©mons intĂ©rieurs et de se rebeller contre l'ennemi, alors qu'un enfant martyr veille Ă  concrĂ©tiser sa revanche.


Les fantômes du passé
Grave, difficile, cruel et Ă©prouvant mais plein de sensibilitĂ© pour la dimension dĂ©chue de ces protagonistes en perdition, l'Echine du Diable exploite l'argument fantastique avec l'intelligence d'une situation historique de triste mĂ©moire (le spectre d'une guerre) tout en portant humble tĂ©moignage Ă  la maltraitance infantile. Un chef-d'oeuvre d'onirisme singulier dont il est difficile d'Ă©vacuer sa rigueur Ă©motive.   

La critique du Labyrinthe de Pan (le): http://brunomatei.blogspot.fr/2013/08/le-labyrinthe-de-pan-el-laberinto-del.html

Bruno Matéï
2èx

Récompenses:
Festival du film fantastique d'Amsterdam 2002 : Grand Prix d'argent du meilleur film fantastique européen pour Guillermo del Toro
Festival international du film fantastique de Gérardmer 2002 : Prix du jury, Prix de la critique internationale et Prix du jury jeunes de la région Lorraine
MTV Movie Awards Latin America 2002 : meilleur mexicain travaillant à l'étranger pour Guillermo del Toro (également nommé pour Blade 2)
Young Artist Awards 2002 : meilleur jeune acteur dans un film international pour Fernando Tielve

lundi 12 janvier 2015

ORCA

                                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemotions.com

de Michael Anderson. 1977. U.S.A. 1h32. Avec Richard Harris, Charlotte Rampling, Will Sampson, Bo Derek, Keenan Wynn, Robert Carradine.

Sortie U.S: 22 Juillet 1977. France: 21 Décembre 1977

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Michael Anderson est un réalisateur britannique, né le 30 Janvier 1920 à Londres.
1949: Private Angelo. 1950: Waterfront. 1956: 1984. 1956: Le Tour du monde en 80 Jours. 1960: Les Jeunes Loups. 1961: La Lame Nue. 1965: Opération Crossbow. 1975: Doc Savage arrive. 1976: L'âge de cristal. 1977: Orca. 1979: Dominique. 1980: Chroniques Martiennes. 1989: Millenium. 2000: Pinocchio et Gepetto. 2008: Tenderloin.


ComparĂ© Ă  tort comme un ersatz trivial des Dents de la Mer dès sa sortie, Orca n'a pourtant pas la prĂ©tention d'Ă©muler le modèle de Spielberg, tant au niveau de son budget beaucoup plus modeste, de l'Ă©motion empathique qu'il procure auprès du monstre marin que de l'intrigue focalisĂ©e sur la fonction vindicative entre un homme et un orque. Dans la lignĂ©e de Moby Dick, Orca relate l'implacable vengeance d'un Ă©paulard auprès d'un capitaine ayant tuĂ© accidentellement une femelle lors d'une chasse en mer. AppâtĂ© par le gain d'une juteuse rĂ©compense, Nolan s'Ă©tait mis en tĂŞte de capturer l'animal pour l'offrir dans un centre de loisir et ainsi pouvoir hypothĂ©quer son bateau. Seulement, la traque se solde par un grave incident lorsque la femelle dĂ©cide de se suicider en s'accrochant au moteur du bateau. Après avoir rĂ©ussi Ă  embarquer Ă  bord l'animal grièvement blessĂ©, un foetus s'en extrait de son estomac ! TĂ©moin de l'horrible scène, le mâle dĂ©cide d'entamer une vendetta criminelle auprès du capitaine et de ses sbires.


En dĂ©nonçant la cruautĂ© de la chasse et le châtiment exercĂ© auprès des orques lorsqu'ils sont envoyĂ©s dans des aquariums pour contenter la clientèle de parcs d'attraction, Michael Anderson prend inĂ©vitablement parti pour la cause animale et n'hĂ©site pas Ă  nous Ă©branler lorsqu'une femelle orque Ă  l'agonie nous dĂ©voile en dernier ressort la vision d'effroi de son bĂ©bĂ© mort-nĂ© ! Soutenue par la sublime partition Ă©lĂ©giaque d'Ennio Morricone et renforcĂ© des hurlements stridents (comparables Ă  ceux des humains) des Ă©paulards en dĂ©tresse, la première partie provoque une Ă©motion accablĂ©e face Ă  leur condition de souffre-douleur de l'homme, quand bien mĂŞme un orque venait de sauver de la mort un biologiste lors d'une plongĂ©e sous-marine. La sĂ©quence illustrant ensuite le deuil communautaire du mâle emportant sa dĂ©funte sur les flots s'avère le moment le plus bouleversant dans sa poĂ©sie mĂ©lancolique et crĂ©pusculaire oĂą la nature semble Ă©galement pleurer leur triste fardeau. La seconde partie laisse place au revirement agressif de l'animal lorsqu'il dĂ©cide d'affronter les membres de l'Ă©quipage du capitaine Nolan installĂ©s Ă  proximitĂ© d'un hameau balnĂ©aire. Hormis le caractère prĂ©visible de ses situations belliqueuses et de la traque qui s'ensuit, Orca rĂ©ussit avec efficacitĂ© Ă  rĂ©guler l'intĂ©rĂŞt de sa vendetta, notamment parmi la prise de conscience du capitaine Nolan, endossĂ© avec autoritĂ© par le vĂ©tĂ©ran Richard Harris. Totalement impressionnĂ© par l'arrogance meurtrière de l'animal et hantĂ© par le remord, car ayant prĂ©alablement vĂ©cu la mĂŞme situation de deuil parental (sa femme et son fils ont Ă©tĂ© sacrifiĂ©s lors d'un accident de voiture par la faute d'un chauffard !), Nolan reconnait soudainement en lui ses prĂ©tentions d'orgueil, d'hypocrisie, de lâchetĂ© et de cupiditĂ© qu'une biologiste militante (Charlotte Rampling, pourvu de son habituel charme vĂ©nĂ©neux !) va Ă©galement rappeler Ă  la tolĂ©rance. La dernière partie, haletante et spectaculaire, nous dĂ©voile enfin la traque impitoyable impartie entre nos deux adversaires, sachant que l'orque, seul mammifère au monde capable de tuer par vengeance, s'avère redoutablement finaud et opiniâtre dans sa soif de justice. MalgrĂ© son mea-culpa, l'homme s'avère donc ici contraint de combattre l'animal Ă  armes Ă©gales et dans un ultime baroud d'honneur !


Si on aurait prĂ©fĂ©rĂ© Ă  ce que l'intrigue soit plus intense et captivante dans les enjeux de survie et de rĂ©bellion et que la rĂ©alisation aurait mĂ©ritĂ© Ă  ĂŞtre un peu plus solide, Orca rĂ©ussit pourtant Ă  provoquer l'Ă©motion lors de cette traque improbable oĂą, pour le coup, l'animal peut enfin parfaire sa revanche sur l'homme. Un beau film d'aventures, humble et dĂ©nuĂ© de prĂ©tention, Ă©maillĂ© de sĂ©quences spectaculaires parfois impressionnantes, et soutenu du score lancinant de Morricone

Dédicace à Gwendoline Lefaucheur
Bruno Matéï
3èx

    vendredi 9 janvier 2015

    La Balance. César du Meilleur Film, 1983.

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

    de Bob Swaim. 1982. France. 1h42. Avec Nathalie Baye, Philippe Léotard, Richard Berry, Christophe Malavoy, Jean-Paul Comart, Bernard Freyd, Maurice Ronet.

    Sortie salles France: 10 Novembre 1982

    FILMOGRAPHIE: Bob Swaim (Robert Frank Swaim Jr.) est un réalisateur et scénariste français, né le 2 Novembre 1943 à Evanston, Illinois, U.S.A. 1971: L'autoportrait d'un pornographe. 1972: Vive les Jacques. 1977: La Nuit de Saint-Germain des Prés. 1982: La Balance. 1986: Escort Girl. 1988: Mascarade. 1992: L'Atlantide. 1994: Parfum de meurtre (télé-film). 1995: Femme de passions (télé-film). 1998: Le Défi. 2004: Nos amis les flics. 2006: Lumières Noires.


    Pour faire face Ă  la croissance d'une nouvelle criminalitĂ©, "sauvage" et plus violente, la police judiciaire crĂ©e les Brigades Territoriales, seules unitĂ©s de la police intĂ©grĂ©es dans le tissu urbain de la pègre. Chaque groupe a son propre rĂ©seau d'informateurs sans lequel il ne peut pas travailler. L'informateur ou l'indic est appelĂ© par le milieu "la Balance". 

    Gros succès commercial, La Balance rafle trois Césars en 1983: Meilleur film, Meilleur acteur pour Philippe Léotard, Meilleure actrice pour Nathalie Baye. Une reconnaissance méritée pour ce polar sec, nerveux, qui ne prend pas de gants, et qui offre un nouveau regard sur le cinéma de genre français.

    Dès les premières minutes, le ton est donnĂ©. Une mise en scène tendue, oĂą Bob Swaim injecte une Ă©nergie brute, hĂ©ritĂ©e de ses origines amĂ©ricaines. Fusillades en plein chaos urbain, poursuites Ă  vif dans les artères sales de Paris, violence frontale : La Balance respire la rue, la sueur, la peur, l'hypocrisie en diable. Rien n’est stylisĂ©. Tout semble arrachĂ© au rĂ©el. On y croit dur comme fer, on est clairement au coeur de l'Ă©poque des annĂ©es 80.

    Mais derrière cette efficacitĂ© immĂ©diate, le film distille un poison plus insidieux: celui d’une police gangrenĂ©e, manipulatrice, prĂŞte Ă  broyer ses indics pour remonter la chaĂ®ne. Ici, la justice n’est qu’un rapport de force. On ment, on frappe, on fabrique des preuves si nĂ©cessaire. Et au milieu de ce jeu de dupes, les faibles servent de monnaie d’Ă©change. C’est lĂ  que le film touche juste et fascine constamment tout en provoquant la colère d'une justice sans vergogne.

    DĂ©dĂ© et Nicole. Deux âmes cabossĂ©es. Deux survivants qui s’accrochent l’un Ă  l’autre comme Ă  une illusion fragile. Philippe LĂ©otard, hagard, usĂ© jusqu’Ă  la corde, donne Ă  son macro une humanitĂ© dĂ©sespĂ©rĂ©e. Nathalie Baye, elle, irradie - dure, vulnĂ©rable, toujours au bord de la rupture. Ensemble, ils ne jouent pas l’amour : ils le quĂ©mandent, dans un monde qui ne leur laissera jamais la place de l’exister. C'est ça le coeur du rĂ©cit ! De nous transcender le superbe portrait d'une romance dĂ©chue.

    Autour d’eux, une galerie de seconds rĂ´les plus que solides - Richard Berry, Christophe Malavoy, TchĂ©ky Karyo (salopard plus vrai que nature), Maurice Ronet - compose un univers cohĂ©rent, sans Ă©chappatoire. Chacun joue sa partition dans cette mĂ©canique sale oĂą personne ne sort propre. Aucun hĂ©ros, aucun manichĂ©isme.

    Et c’est peut-ĂŞtre lĂ  la vraie force de ce polar impeccablement filmĂ© : refuser l'Ă©chappĂ©e.
    Pas de hĂ©ros. Pas de rĂ©demption. Juste une lente descente, oĂą la trahison devient une nĂ©cessitĂ©, et l’amour une faiblesse.

    Violent, âpre, profondément humain à travers ce puissant portrait d'amants paumés, La Balance ne cherche pourtant jamais à séduire. Il observe, il écrase ses personnages vers la déroute, il laisse des traces. Comme une nuit infernale dans un Paris qui pue la crasse et la fatalité.

    Un polar brut, sans illusion, n'ayant rien Ă  envier Ă  certaines bisseries transalpines du mĂŞme genre dĂ©monstratif. Et l’un des plus marquants des annĂ©es 80.

    — le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

    01.04.26. 4èx

    RĂ©compenses: CĂ©sar du Meilleur Film
    CĂ©sar de la Meilleure Actrice, Nathalie Baye
    CĂ©sar du Meilleur Acteur, Philippe LĂ©otard


      jeudi 8 janvier 2015

      REC. Prix du Public, Prix du Jury, Gérardmer 2008

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

      de Paco Plaza et Jaume Balaguero. 2007. Espagne. 1h15. Avec Manuela Velasco, Pablo Rosso, Ferran Terraza, Jorge Serrano, Javier Botet, Martha Carbonell.

      Sortie salles France: 23 Avril 2008. Espagne: 23 Novembre 2007.

      FILMOGRAPHIE: Paco Plaza est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste espagnol, nĂ© en 1973 Ă  Valence (Espagne). 2002: Les Enfants d'Abraham. 2004: L'Enfer des Loups. 2006: Scary Stories. 2007: REC. 2008: REC 2. 2012: REC 3 Genesis. Jaume Balaguero est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste espagnol, nĂ© le 2 Novembre 1968 Ă  LĂ©rida (Espagne). 1999: La Secte sans Nom. 2002: Darkness. 2005: Fragile. 2006: Scary Stories (A louer). 2007: REC. 2008: REC 2. 2011: Malveillance. 2014: REC Apocalypse.


      Premier volet d'une quadrilogie très inĂ©gale, Rec impressionna sans ambages le public lors de sa sortie, Ă  l'instar de ces prix remportĂ©s Ă  GĂ©rardmer et Ă  Catalogne. Car misant beaucoup sur l'effet de surprise des nombreuses agressions erratiques, le film s'Ă©difie en train-fantĂ´me cartoonesque lorsque les survivants d'un immeuble tentent de se protĂ©ger contre la menace virale d'individus atteints de cannibalisme. Partant du concept en vogue du Found Footage, Rec emprunte la voie du huis-clos pour insuffler sentiment de claustration et poussĂ©e d'adrĂ©naline dans l'enceinte de cet appartement barricadĂ© par les forces de l'ordre.


      La faute incombant au chien d'un propriĂ©taire ramenĂ© chez le vĂ©tĂ©rinaire après avoir contractĂ© une Ă©ventuelle rage. Terriblement contagieux, la police dĂ©cide donc de placer en quarantaine tous les locataires de l'immeuble au moment mĂŞme oĂą une Ă©quipe de pompiers y Ă©taient dĂ©pĂŞchĂ©s après la plainte d'un rĂ©sidant. Enfin, un duo de journalistes qui Ă©taient venus rĂ©aliser un reportage au siège mĂŞme des sapeurs-pompiers se retrouve pris au piège parmi eux. A l'aide d'une camĂ©ra portĂ©e Ă  l'Ă©paule, ils dĂ©cident de filmer leur condition de survie afin de divulguer aux mĂ©dias et Ă  la population la situation alarmiste d'une contagion inexpliquĂ©e. Ultra rĂ©aliste, les deux rĂ©alisateurs comptent donc sur le principe du docu-vĂ©ritĂ© et la persuasion des comĂ©diens en roue libre pour foutre les pĂ©toches et rendre plausible une histoire d'infectĂ©s, juste avant de culminer vers un dĂ©nouement inopinĂ©ment sataniste. A cet Ă©gard, son point d'orgue filmĂ© en vision infra-rouge rĂ©ussit Ă  provoquer un sentiment de peur inusitĂ© en jouant habilement sur la pĂ©nombre d'une pièce ornĂ©e de reliques et documents religieux, et ce avant de nous dĂ©voiler l'apparence famĂ©lique d'un terrifiant individu. Pourvu d'un humour noir sous-jacent mais aussi d'un ton dĂ©calĂ© dans les mouvements de panique, de par les hystĂ©ries et paranoĂŻas collectives, les rĂ©actions imprĂ©visibles des contaminĂ©s furibonds et leurs altercations sanguinaires, Rec exploite Ă  peu de choses près la mĂŞme recette que son binĂ´me Evil-dead pour divertir le spectateur embarquĂ© dans une dĂ©lirante montagne russe.


      Très efficace car aussi rĂ©aliste que ludique Ă  travers son apanage de pĂ©ripĂ©ties horrifiques et jump-scares impromptus (2 demeurent fulgurants au point de rĂ©ellement bondir de son siège !), Rec exploite assez habilement son concept de Found Footage autour d'un huis-clos de tous les dangers. L'idĂ©e finaude de compromettre thĂ©matique virale et possession sataniste apportant Ă©galement un peu de sang neuf au genre Ă©culĂ©. Mais aussi fun et trĂ©pidant qu'il soit, Rec attise finalement plus la rĂ©jouissance que la terreur escomptĂ©e (si on Ă©pargne certains moments chocs impactant et la teneur inquiĂ©tante de son dĂ©nouement infiniment effrayant Ă  marquer d'une pierre blanche). 

      *Bruno
      29.04.23. 3èx

      Récompenses: Prix du Jury, Prix du jeune public, Prix du Public à Gerardmer, 2008
      Prix du Meilleur Film Fantasporto
      Prix du Public, Prix de la critique, Prix du Meilleur Réalisateur, Prix de la Meilleure Actrice (Manuela Velasco) au Festival du film de Catalogne, 2007

        mercredi 7 janvier 2015

        New-York ne répond plus / The Ultimate Warrior


        de Robert Clouse. 1975. U.S.A. 1h35. Avec Yul Brynner, Max von Sydow, Joanna Miles, William Smith, Richard Kelton, Stephen McHattie, Darrell Zwerling, Lane Bradbury, Nate Esformes, Mel Novak...

        Sortie en salles en France le 7 Janvier 1976 (Int - 18 ans)

        FILMOGRAPHIE: Robert Clouse est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 6 mars 1928, dĂ©cĂ©dĂ© le 4 FĂ©vrier 1997 Ă  Ashland (Oregon). 1970: La Loi du talion. Dreams of Glass. 1973: OpĂ©ration Dragon. 1974: La Ceinture Noire. Les 7 Aiguilles d'or. 1975: New-york ne rĂ©pond plus. 1977: The Pack. De la neige sur les Tulipes. 1978: Le Jeu de la Mort. 1979: The London Connection. 1980: The Kids who Knew to Much (tĂ©lĂ©-film). 1980: Le Chinois. 1981: Force 5. 1982: Les Rats Attaquent. 1985: Gymakata, le Parcours de la mort. 1990: China O'Brien. 1991: China O'Brien 2. 1992: Ironheart.

         
        New-York ne répond plus : western urbain sur terrain cendreux
        SpĂ©cialiste du cinĂ©ma d’action, Robert Clouse signe en 1975 un western d’anticipation rĂ©unissant Ă  l’Ă©cran deux illustres briscards du cinĂ©ma de papa : Max von Sydow et Yul Brynner. PrĂ©curseur de Mad Max 2, New-York ne rĂ©pond plus dĂ©peint, avec des moyens modestes, la lutte de deux clans rivaux pour la sauvegarde d’une semence vĂ©gĂ©tale après une catastrophe Ă©cologique.

        Le pitch : au cĹ“ur de cet affrontement, Carson, mystĂ©rieux solitaire surgissant de nulle part, dĂ©cide de s’interposer pour faire face Ă  une situation dĂ©sespĂ©rĂ©e après une transaction avec le "Baron", leader pacifique devenu fermier d’un potager miraculeusement cultivĂ© par un agronome. Ces graines reproductives, ultime espoir pour l’humanitĂ©, deviennent la mission de Carson, qui, avec l’aide de la fille du Baron, doit se rĂ©fugier dans les tunnels de Manhattan pour rejoindre une Ă®le fertile. Mais l’impitoyable "rouquin" et ses sbires sont prĂŞts Ă  tout pour s’en emparer...

        Sous couvert de bande dessinĂ©e ludique, Clouse livre un rĂ©cit alarmiste, Ă©voquant la dĂ©nutrition (dĂ©jĂ  magnifiquement dĂ©criĂ©e dans Soleil Vert), la rĂ©gression humaine au sein d’une sociĂ©tĂ© vacillante, et les erreurs de jugement propres Ă  une hiĂ©rarchie instable (la bĂ©vue du Baron accusant Ă  tort un voleur de tomate, et la consĂ©quence tragique qui s’ensuit). Il orchestre des affrontements belliqueux entre bandes rivales, juste avant que n’intervienne l’ultime guerrier - incarnĂ© par un Yul Brynner d’une virilitĂ© imperturbable - venu prĂŞter main forte au groupe pacifiste du Baron, qu’endosse un Max von Sydow tout en placiditĂ© et circonspection.


        Ă€ travers l’iconisation de cet Ă©tranger salvateur, on devine l’influence qu’il aura pu exercer sur George Miller et son Mad Max 2, oĂą Mel Gibson incarne lui aussi un hĂ©ros solitaire chargĂ© d’escorter un groupe de survivants vers une terre promise. Ă€ l’instar Ă©galement de John Carpenter dans New-York 1997, Clouse transcende sa maigre enveloppe budgĂ©taire pour dresser un tableau saisissant de dĂ©solation urbaine - immeubles saccagĂ©s, terrains vagues en dĂ©composition - d’un rĂ©alisme brut.
        Sans jamais esquisser un sourire, le film dĂ©ploie une sauvagerie Ă  vif : duels au couteau, lapidations, dĂ©fenestrations, lynchages en communautĂ©, voire la mort hors-champ d’un nouveau-nĂ© abandonnĂ©. L’interdiction aux moins de 18 ans lors de sa sortie s’impose alors comme une Ă©vidence.

        Sa première heure, tendue, enchaĂ®ne combats physiques, stratĂ©gies de survie, trahisons et tentatives d’Ă©vasion pour s’emparer de la denrĂ©e prĂ©cieuse. Mais c’est surtout sa dernière partie, confinĂ©e dans les sous-sols d’un mĂ©tro dĂ©saffectĂ©, qui imprime sa marque au fer rouge. Une longue poursuite haletante et sanglante (la fameuse main tranchĂ©e Ă  la hache dans une situation dĂ©sespĂ©rĂ©e de survie, un rival empalĂ© d’un crochet dorsal !) alors que Carson et la fille du Baron tentent de fuir et de gagner l’Ă®le, traquĂ©s par les assaillants du "rouquin".

        RĂ©alisĂ© avec savoir-faire, menĂ© d’une main nerveuse et d’une narration limpide, New-York ne rĂ©pond plus s’Ă©rige en classique old-school des seventies, post-nuke avant-coureur de la trilogie Mad Max. Abordant les thèmes du sacrifice, du devoir et du courage pour espĂ©rer un monde meilleur, cette solide sĂ©rie B, aussi sombre que rugueuse, rend tangible une urbanisation exsangue, oĂą la violence est mise au service d’un constat sur la dĂ©rive primitive de survivants rĂ©duits Ă  la famine, Ă  la solitude et Ă  la dĂ©chĂ©ance morale.
        PortĂ© avec aplomb par deux vĂ©tĂ©rans au charisme intact, rehaussĂ© d’un score aux accents westerniens, ce rĂ©cit dystopique reste aujourd’hui encore aussi attractif que glacial, barbare, trĂ©pidant.

        Anecdote : lors de sa sortie aux États-Unis, les scènes de combat Ă  l’arme blanche impressionnèrent tellement certains spectateurs que les ventes de couteaux augmentèrent de 2 % pendant l’exploitation du film en salles !

        *Bruno Matéï
        02.06.22. 5èx
        07.01.15. 
        05.02.10.


        mardi 6 janvier 2015

        BOYHOOD. Ours d'Argent du Meilleur Réalisateur, Berlin 2013.

                                                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site nightlightcinema.com

        de Richard Linklater. 2002/2014. U.S.A. 2h46. Avec Ellar Coltrane, Patricia Arquette, Ethan Hawke, Lorelei Linklater, Zoe Graham, Tamara Jolaine, Nick Krause.

        Sortie salles France: 23 Juillet 2014. U.S: 11 Juillet 2014.

        FILMOGRAPHIE: Richard Linklater est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 30 Juillet 1960 à Houston, Texas. 1985: Woodshock (court-métrage). 1988: It's Impossible to learn to plow by reading books. 1991: Slacker. 1993: Génération Rebelle. 1995: Before Sunrise. 1996: SubUrbia. 1998: Le Gang des Newton. 2001: Waking Life. 2001: Tape. 2003: Rock Academy. 2004: Before Sunset. 2005: Bad News Bears. 2005: Fast Food Nation. 2006: A Scanner Darkly. 2008: Inning by inning: a portrait of a coach (doc). 2009: Me and Orson Welles. 2012: Bernie. 2013: Before Midnight. 2014: Boyhood. 2015: That's What I'm Taljing About.


        Chronique familiale centrée sur le cheminement initiatique d'un enfant de 6 ans jusqu'à l'âge de sa majorité, Boyhood présente la particularité d'avoir été tourné durant plus de 12 ans afin de coller au plus près de la transformation physique des personnages. Pas de recours au maquillage donc ou de substituer l'acteur par un sosie pour divulguer leur nouvelle morphologie de maturité, mais simplement miser sur la présence naturelle de comédiens physiquement marqués par l'avancement de l'âge. Cet aspect inédit et couillu d'avoir osé suivre durant 12 longues années leur croissance physique engendre un parfum d'authenticité assez troublant dans la peinture de cette famille frappée par les aléas de l'existence.


        Le rĂ©alisateur comptant notamment sur le jeu naturel de ces comĂ©diens confondants d'aplomb ou de spontanĂ©itĂ© dans leur condition humaine en constante mutation. Particulièrement le jeune Ellar Coltrane se fondant dans la peau d'un adolescent discret avec retenue et sagesse de son caractère flegme. Par son tempĂ©rament docile et tolĂ©rant s'y dĂ©gage une sobre Ă©motion d'une intensitĂ© parfois accrue dans le reflet de ses sentiments. Fresque fleuve Ă©talĂ©e sur une durĂ©e de 2h46, Boyhood transfigure l'intimisme d'une famille dĂ©sunie avec un sens de vĂ©ritĂ© proche du reportage. On peut peut-ĂŞtre mĂŞme Ă©voquer une certaine allusion au cinĂ©ma de John Cassavetes dans certains sujets traitĂ©s et la manière prude dont Richard Linklater filme les sentiments des personnages parmi la vĂ©racitĂ© de leur fragilitĂ© humaine. En abordant les thèmes universels de la famille, de l'amour, de la rĂ©ussite professionnelle, de la pubertĂ©, de la maturitĂ©, de l'Ă©ducation parentale, puis ceux, plus graves, du divorce, de l'alcoolisme et la violence au sein du couple, Boyhood se condense en hymne Ă  la vie du point de vue d'un adolescent en Ă©veil de raisonnement. Le spectateur observant mĂ©ticuleusement les points essentiels de son Ă©volution Ă  travers le tĂ©moignage de la responsabilitĂ© parentale, des camarades de classe, des premiers flirts de l'amour puis la dĂ©ception qui s'ensuit avant de renouer avec l'optimisme d'une nouvelle rencontre. La manière habile et scrupuleuse dont la mise en scène fait preuve pour vĂ©hiculer l'Ă©motion est entièrement adaptĂ©e Ă  la caractĂ©risation autonome des personnages confrontĂ©s au dĂ©sordre de l'existence (la dĂ©sillusion amoureuse, la discorde parentale, la crainte de l'Ă©chec, la peur de la solitude) mais Ă©pris d'une inĂ©vitable ambition Ă  braver les difficultĂ©s sociales et humaines. C'est Ă  dire celles de concrĂ©tiser leur carrière professionnelle, affirmer l'estime de soi et continuer de cueillir les nouvelles rencontres.


        Sans aucun artifice dans son souci avisĂ© de filmer la vie dans sa plus sobre intimitĂ©, Boyhood Ă©vite tout Ă©cueil de complaisance ou de pathos pour faire naĂ®tre l'Ă©motion. Outre la virtuositĂ© de la mise en scène documentĂ©e, le cinĂ©aste misant sur la candeur des ces comĂ©diens habitĂ©s par la fougue existentielle et la passion des sentiments, sans fioriture et encore moins d'emphase. 

        Bruno Matéï

        Récompenses:
        Festival international du film de Berlin 2014 :
        Ours d'argent du meilleur réalisateur pour Richard Linklater
        Reader Jury of the Berliner Morgenpost
        Prize of the Guild of German Art House Cinemas
        Festival international du film de Melbourne 2014 : People's Choice Award du meilleur film (1re place)
        Festival international du film de Saint-Sébastien 2014 : Grand prix de la FIPRESCI7
        Festival international du film de San Francisco 2014 : Founder’s Directing Award pour Richard Linklater
        Festival international du film de Seattle 2014 :
        Golden Space Needle du meilleur film
        Meilleur réalisateur pour Richard Linklater
        Meilleure actrice pour Patricia Arquette
        South by Southwest 2014 :
        Louis Black Lone Star Award
        Special Jury Recognition
        American Film Institute Awards 2014 : top 10 des meilleurs films de l'année
        Boston Society of Film Critics Awards 2014 :
        Meilleur film
        Meilleur réalisateur pour Richard Linklater
        Meilleure distribution
        Meilleur scénario pour Richard Linklater (ex-æquo avec Alejandro González Iñárritu pour Birdman)
        Meilleur montage pour Sandra Adair
        British Independent Film Awards 2014 : meilleur film indépendant international
        Chicago Film Critics Association Awards 2014 :
        Meilleur film
        Meilleur réalisateur pour Richard Linklater
        Meilleure actrice pour Patricia Arquette
        Gotham Awards 2014 : Audience Award
        Los Angeles Film Critics Association Awards 2014 :
        Meilleur film
        Meilleur réalisateur pour Richard Linklater
        Meilleure actrice pour Patricia Arquette
        Meilleur montage pour Sandra Adair
        National Board of Review Awards 2014 : top 2014 des meilleurs films
        New York Film Critics Circle Awards 2014 :
        Meilleur film
        Meilleur réalisateur pour Richard Linklater
        Meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Patricia Arquette
        Washington D.C. Area Film Critics Association Awards 2014 :
        Meilleur film
        Meilleur réalisateur pour Richard Linklater
        Meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Patricia Arquette
        Meilleur espoir pour Ellar Coltrane
        National Society of Film Critics Awards 2015 :
        Meilleur réalisateur pour Richard Linklater (1re place)
        Meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Patricia Arquette (1re place)
        Meilleur film (2e place)

        lundi 5 janvier 2015

        DRACULA, PERE ET FILS

                                                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site team-hush.org

        d'Edouard Molinaro. 1976. France. 1h35. Avec Bernard Menez, Christopher Lee, Marie-Hélène Breillat, Catherine Breillat, Bernard Alane, Jean-Claude Dauphin.

        Sortie salles France: 15 Septembre 1976

        FILMOGRAPHIE: Edouard Molinaro est un réalisateur et scénariste français, né le 13 Mai 1928 à Bordeaux, en Gironde, décédé le 7 Décembre 2013 à Paris.
        1958: Le Dos au mur. 1959: Des Femmes disparaissent. 1959: Un Temoin dans la ville. 1960: Une Fille pour l'été. 1961: La Mort de Belle. 1962: Les Ennemis. 1962: Les 7 Pêchers capitaux. 1962: Arsène Lupin contre Arsène Lupin. 1964: Une Ravissante Idiote. 1964: La Chasse à l'Homme. 1965: Quand passent les faisans. 1967: Peau d'Espion. 1967: Oscar. 1969: Hibernatus. 1969: Mon Oncle Benjamin. 1970: La Liberté en Croupe. 1971: Les Aveux les plus doux. 1972: La Mandarine. 1973: Le Gang des Otages. 1973: L'Emmerdeur. 1974: L'Ironie du sort. 1975: Le Téléphone Rose. 1976: Dracula, père et fils. 1977: L'Homme pressé. 1978: La Cage aux Folles. 1979: Cause toujours... tu m'intéresses ! 1980: Les Séducteurs. 1980: La Cage aux Folles 2. 1982: Pour 100 briques t'as plus rien... 1984: Just the way you are. 1985: Palace. 1985: L'Amour en douce. 1988: A gauche en sortant de l'ascenseur. 1992: Le Souper. 1996: Beaumarchais, l'insolent. 1996: Dirty Slapping (court-métrage).


        ComĂ©die pittoresque tournĂ©e vers la fin des annĂ©es 70, Dracula, père et fils exploitait le filon en vogue de la parodie parmi l'association improbable d'un duo de comĂ©diens antinomiques. C'est d'ailleurs ce que nous suggère l'intrigue puisque, après avoir fui la Roumanie communiste pour s'expatrier en France, Dracula, père et fils, se retrouvent en rivalitĂ© afin de courtiser une jolie pubard ! Dans sa condition prĂ©caire d'ĂŞtre mi-vampire, mi-humain et avant de pouvoir s'Ă©manciper de sa dĂ©veine, Ferdinand essaie de ressembler Ă  son père mais se retrouve travailleur immigrĂ© dans une province touchĂ©e par le chĂ´mage. De son cĂ´tĂ©, après s'ĂŞtre exilĂ© en Grande-Bretagne, et fort de sa stature aristocrate, Dracula est rapidement enrĂ´lĂ© pour accepter le rĂ´le d'un vampire dans une production horrifique. Si Ferdinand s'acharne infructueusement Ă  se nourrir de sang frais en essayant de mordre Ă  maintes reprises de quelconques victimes, Dracula est tombĂ© sous le charme de Nicole abordĂ©e sur le plateau du tournage. Tout aussi amoureux, son fils va tout mettre en oeuvre pour la sauvegarder de la morsure immortelle de son père !


        Il fallait oser, faire rĂ©unir Ă  l'Ă©cran le lĂ©gendaire Christopher Lee et le boute-en-train Bernard Menez sous l'Ă©gide du rĂ©alisateur de l'Emmerdeur et de la Cage aux Folles ! Vaudeville horrifique centrĂ© autour des vicissitudes de Dracula et de son fils, car communĂ©ment Ă©pris de rivalitĂ© filiale, Dracula, Père et Fils peine Ă  insuffler une quelconque drĂ´lerie dans son lot de gags visuels ou verbaux aussi obsolètes que lourdingues. EpaulĂ© d'un Christopher Lee manifestement gĂŞnĂ© d'avoir eu Ă  participer Ă  telle pantalonnade, la comĂ©die prĂŞte plus Ă  engendrer le timide sourire dans son lot de situations farfelues incrĂ©dules. NĂ©anmoins, en faisant preuve d'indulgence et d'un soupçon de nostalgie, l'aventure peut tout de mĂŞme s'avĂ©rer sympathique parmi la complicitĂ© improbable de nos deux comĂ©diens. Si son analyse sur le paraĂ®tre (notamment celle de Ferdinand dans sa condition de faux vampire !), le chĂ´mage et la situation des immigrĂ©s au milieu des annĂ©es 70 fait preuve de luciditĂ© Ă  opposer l'inĂ©galitĂ© des classes sociales et le besoin d'affirmation (le cheminement Ă©volutif de Ferdinand), le scĂ©nario peine malgrĂ© tout Ă  captiver par son manque de drĂ´lerie et la mollesse d'une rĂ©alisation peu inspirĂ©e.


        InĂ©vitable nanar franchouillard Ă  l'humour bon enfant, Dracula, père et fils peut engendrer la sympathie dans ces facĂ©ties archaĂŻques Ă  rĂ©pĂ©tition et dans l'effet de curiositĂ© imparti au duo insolent, Christopher Lee/Bernard Menez.

        Bruno Matéï
        2èx

        vendredi 2 janvier 2015

        Peur Bleue (Silver Bullet)

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

        de Daniel Attias. 1985. U.S.A. 1h35. Avec Gary Busey, Everett McGill, Corey Haim, Megan Follows, Robin Groves, Leon Russom.

        Sortie salles France: 15 Janvier 1986. U.S: 11 Octobre 1985

        FILMOGRAPHIE: Daniel Attias est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 4 DĂ©cembre 1951 Ă  Los Angeles. 1985: Peur Bleue.

         
        "La BĂŞte et l’Enfant : Stephen King en sĂ©rie B solaire".
        Adaptation dĂ©gingandĂ©e d’un roman de Stephen King, Peur Bleue trouva pourtant son public -- principalement adolescent -- lors de sa sortie en salles puis en VHS, au point qu’aujourd’hui encore, certains aficionados lui vouent un statut de classique bisseux.

        Le pitch : alors qu’un loup-garou sème la mort dans une bourgade bucolique du Maine, le jeune paraplĂ©gique Marty en vient Ă  soupçonner le rĂ©vĂ©rend local d’ĂŞtre la bĂŞte sanguinaire. Avec l’aide de sa sĹ“ur et de son oncle, il façonne une balle d’argent pour tenter d’en finir. 

        Sur la foi d’un scĂ©nario superficiel et elliptique, d’une rĂ©alisation passable mais appliquĂ©e, et de situations parfois farfelues (Marty hurlant dans une grange pour alerter un tracteur assourdissant Ă  l’extĂ©rieur !), Peur Bleue ne rĂ©volutionne guère l’inspiration du maĂ®tre King.
         

        Et pourtant — aussi improbable que cela paraisse — le film sĂ©duit, portĂ© par une Ă©motion naĂŻve et un charme de village solaire oĂą chaque âme se croise en douce harmonie. On croirait frĂ´ler un Spielberg champĂŞtre, ou l’innocence rebelle d’un Stand by Me. Peur Bleue ensorcelle l’Ĺ“il et le cĹ“ur par sa fantaisie horrifique de hasard. Bien menĂ© dans son rythme de croisière — entre enquĂŞte maladroite, braconnage nocturne, poursuites haletantes et morsures sanglantes — il se pare parfois d’un sang inattendu (le prologue en tĂŞte) tandis que ses mĂ©tamorphoses minimalistes, latex bricolĂ© en renfort, conservent une touche artisanale presque attendrissante.

        Mais si cette aventure sans surprise Ă©vite le naufrage, elle le doit Ă  ses hĂ©ros bonnards et bancals : l’oncle obtus et jovial, protecteur de fortune, que Gary Busey incarne d’une bonhomie gentiment grotesque ; et surtout Marty, petit paralytique Ă  l’innocence nue, que Corey Haim habite de sa douceur vive, entre camaraderie frondeuse et conflits tendres avec sa sĹ“ur.


        Soutenu par la voix d’une narratrice suave murmurant l’amour filial sur une mĂ©lodie attendrie, Peur Bleue illustre la dĂ©finition du « plaisir innocent » : une sĂ©rie B brinquebalante, sincère dans sa maladresse, touchante dans sa modestie. Ce sera l’unique incursion de Daniel Attias au cinĂ©ma, avant qu’il ne se rĂ©fugie dans le confort du petit Ă©cran. Ă€ prioriser aux nostalgiques d’un cinĂ©ma d’Ă©poque, quand le charme ludique se buvait encore au parfum du magnĂ©toscope.

        Bruno 
        25.11.21. 4èx
        18.08.24. 5èx. Vostfr

        jeudi 1 janvier 2015

        Jason et les Argonautes / Jason and the Argonauts

                                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Moviecovers.com

        de Don Chaffey. 1963. U.S.A/Angleterre 1h44. Avec Todd Armstrong, Nancy Kovack, Gary Raymond, Laurence Naismith, Nigel Green, Niall MacGinnis.

        Sortie salles France: 9 Octobre 1963. U.S: 19 Juin 1963

        FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Don Chaffey est un réalisateur britannique, né le 5 Août 1917 à Hastings, décédé le 13 Novembre 1990 à L'île Kawau (Nouvelle-Zélande).
        1963: Jason et les Argonautes. 1966: Un million d'années avant J.C. 1967: Les Reine des Vikings. 1968: Du sable et des diamants. 1977: Peter et Elliott le dragon. 1978: La Magie de Lassie. 1979: C.H.O.M.P.S.


        Chef-d’Ĺ“uvre du film d’aventures mythologiques, Jason et les Argonautes s’impose comme le plus Ă©clatant reprĂ©sentant d’un genre auquel le regrettĂ© Ray Harryhausen offrit son gĂ©nie artisanal, avec une maĂ®trise sans faille.

        Afin de reconquĂ©rir le trĂ´ne de son père, mort vingt ans plus tĂ´t, Jason doit rejoindre la Colchide et s’emparer de la Toison d’or. Gouvernant alors le royaume, le souverain PĂ©lias lui confie cette mission pĂ©rilleuse - prĂ©tendument bĂ©nie par les dieux - pour sauver son peuple de la misère. Mais l’expĂ©dition dissimule une ruse : s’approprier la Toison avec la complicitĂ© de son propre fils, que Jason accepte d’intĂ©grer Ă  son Ă©quipage. ÉpaulĂ© par une armĂ©e d’Argonautes stoĂŻques, il embarque Ă  bord d’un navire pour un pĂ©riple aussi long qu’Ă©prouvant.


        Spectacle flamboyant, portĂ© par une succession quasi ininterrompue de morceaux de bravoure surrĂ©alistes, Jason et les Argonautes est un Ă©blouissement visuel auquel le maĂ®tre du stop-motion apporte une contribution dĂ©cisive, donnant chair Ă  d’incroyables crĂ©atures issues de la mythologie grecque. De la rĂ©surrection de Talos, gĂ©ant de bronze rubigineux, au harcèlement de deux harpies auprès d’un vieil aveugle affamĂ© ; de l’intervention d’un dieu marin pour libĂ©rer le navire coincĂ© entre deux roches, Ă  l’assaut d’une hydre Ă  sept tĂŞtes ; jusqu’Ă  l’affrontement belliqueux d’une armĂ©e de squelettes - hommage assumĂ© que Sam Raimi rendra plus tard dans Evil Dead 3 - cette armada monstrueuse dĂ©cuple l’intensitĂ© du rĂ©cit sous l’autoritĂ© sagace d’Argonautes en quĂŞte de trĂ©sor. Le sentiment d’Ă©merveillement nĂ© de ces instants de pure poĂ©sie, leur enchaĂ®nement fluide au sein d’une structure narrative captivante, cĂ©lèbrent aussi la fraternitĂ© altruiste des hĂ©ros : des combattants dont la force d’âme et le courage s’unissent pour dĂ©jouer les subterfuges de traĂ®tres mĂ©galos, les caprices de dieux goguenards, et surtout affronter l’hostilitĂ© imprĂ©visible de crĂ©atures pernicieuses.


        PortĂ© par le score Ă©pique de Bernard Herrmann, insufflant une harmonie vibrante Ă  la fureur des combats, et par l’aplomb de comĂ©diens animĂ©s par l’esprit d’Ă©quipe et la bravoure, Jason et les Argonautes conserve intact son pouvoir de fascination, grâce Ă  la vĂ©locitĂ© d’une mise en scène rendant un hommage Ă©clatant au bestiaire immortel de Ray Harryhausen.

        — le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
        25.12.25. 5èx. Vostf


        mardi 30 décembre 2014

        A HISTORY OF VIOLENCE

                                                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ign.com

        de David Cronenberg. 2005. Allemagne/U.S.A. 1h36. Avec Viggo Mortensen, Maria Bello, Ashton Holmes, Ed Harris, William Hurt, Heidi Hayes.

        Sortie salles France: 2 Novembre 2005. U.S: 30 décembre 2005

        FILMOGRAPHIE: David Cronenberg est un réalisateur canadien, né le 15 mars 1943 à Toronto (Canada).
        1969 : Stereo, 1970 : Crimes of the Future, 1975 : Frissons, 1977 : Rage,1979 : Fast Company, 1979 : Chromosome 3, 1981 : Scanners, 1982 : Videodrome, 1983 : Dead Zone, 1986 : La Mouche, 1988 : Faux-semblants,1991 : Le Festin nu, 1993 : M. Butterfly, 1996 : Crash, 1999 : eXistenZ, 2002 : Spider, 2005 : A History of Violence, 2007 : Les Promesses de l'ombre, 2011 : A Dangerous Method. 2012: Cosmopolis. 2014: Maps to the Stars.


        Jeu de massacre segmentĂ© en trois actes, History of Violence relate l'odyssĂ©e meurtrière d'un paisible restaurateur amĂ©ricain, un père de famille sans histoire mais dont le passĂ© criminel va ressurgir depuis l'intrusion fortuite de tueurs professionnels au sein de son foyer. Après avoir Ă©chappĂ© Ă  la mort et sauvĂ© la clientèle de son restaurant braquĂ©, Tom Stall devient du jour au lendemain un hĂ©ros aux yeux des mĂ©dias et de sa population. Mais alors qu'il pensait avoir mis un terme avec son ancienne identitĂ©, un trio de mafieux a dĂ©cidĂ© de prendre leur revanche et de le rappeler Ă  la raison de sa culpabilitĂ©. 


        RĂ©flexion sur l'influence et l'endoctrinement de la violence (voir les rĂ©percussions qu'elle peut engendrer chez l'Ă©pouse et le fils de Tom Stall !), sur la rancoeur convergeant Ă  la rĂ©bellion et les consĂ©quences de la lĂ©gitime violence, David Cronenberg provoque un malaise trouble dans le cadre rassurant d'un quotidien bafouĂ© par la paranoĂŻa du danger. Sa mise en scène scrupuleuse prenant soin de dessiner le portrait d'une famille en crise depuis les consĂ©quences traumatisantes d'une violence explosive au sein de leur intimitĂ©. Avec rĂ©alisme dĂ©rangeant, Cronenberg dresse le constat de la corruption de la violence, notamment du point de vue de la mutation morale d'une mère et de son fils, tĂ©moins malgrĂ© eux de règlements de compte inexpliquĂ©s et adoptant peu Ă  peu par cette occasion une position hostile dans leurs pulsions de rĂ©volte. Jusqu'au moment oĂą Tom Stall dĂ©cide de lever le voile sur son ancienne identitĂ© afin d'apaiser leurs tensions, voir mĂŞme expurger cette rancoeur grandissante par l'acte sexuel (la coucherie avec son Ă©pouse improvisĂ©e dans les escaliers). Dès lors, difficile de se dĂ©barrasser de ses anciens dĂ©mons, de ses instincts criminels lorsqu'ils reviennent titiller vos anciennes habitudes pour rĂ©veiller le monstre tapi en vous. Avec une trouble ambiguĂŻtĂ© dans sa psychologie insidieuse et sa posture rassurante de (anti) hĂ©ros, Viggo Mortensen s'avère d'une sobriĂ©tĂ© ambivalente pour sa fonction d'aimable père de famille se fondant l'instant d'après dans celui d'un exterminateur mĂ©thodique. L'aura malsaine qui Ă©mane de ses exactions de dĂ©fense, la manière explicite dont Cronenberg provoque le malaise dans l'imagerie sanglante assĂ©nĂ©e aux victimes moribondes, renforcent le caractère Ă©thĂ©rĂ© d'une atmosphère d'Ă©trangetĂ© au sein de la banalitĂ© du quotidien. 


        Poisseux dans son ultra-violence parfois organique mais rehaussé d'un climat diaphane encore plus déstabilisant, A History of Violence aborde avec lucidité les effets pervers de la violence (notamment les conséquences de l'entourage) par le principe d'une légitime défense. Juste avant de nous dévoiler le visage hideux (mais fascinant !) d'un ange exterminateur tributaire de son ancienne déchéance et de nous laisser méditer sur son équivoque rédemption...

        Bruno Matéï
        2èx