vendredi 9 janvier 2015

La Balance. César du Meilleur Film, 1983.

                                                   Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Bob Swaim. 1982. France. 1h42. Avec Nathalie Baye, Philippe Léotard, Richard Berry, Christophe Malavoy, Jean-Paul Comart, Bernard Freyd, Maurice Ronet.

Sortie salles France: 10 Novembre 1982

FILMOGRAPHIE: Bob Swaim (Robert Frank Swaim Jr.) est un réalisateur et scénariste français, né le 2 Novembre 1943 à Evanston, Illinois, U.S.A. 1971: L'autoportrait d'un pornographe. 1972: Vive les Jacques. 1977: La Nuit de Saint-Germain des Prés. 1982: La Balance. 1986: Escort Girl. 1988: Mascarade. 1992: L'Atlantide. 1994: Parfum de meurtre (télé-film). 1995: Femme de passions (télé-film). 1998: Le Défi. 2004: Nos amis les flics. 2006: Lumières Noires.


Pour faire face à la croissance d'une nouvelle criminalité, "sauvage" et plus violente, la police judiciaire crée les Brigades Territoriales, seules unités de la police intégrées dans le tissu urbain de la pègre. Chaque groupe a son propre réseau d'informateurs sans lequel il ne peut pas travailler. L'informateur ou l'indic est appelé par le milieu "la Balance". 

Gros succès commercial, La Balance rafle trois Césars en 1983: Meilleur film, Meilleur acteur pour Philippe Léotard, Meilleure actrice pour Nathalie Baye. Une reconnaissance méritée pour ce polar sec, nerveux, qui ne prend pas de gants, et qui offre un nouveau regard sur le cinéma de genre français.

Dès les premières minutes, le ton est donné. Une mise en scène tendue, où Bob Swaim injecte une énergie brute, héritée de ses origines américaines. Fusillades en plein chaos urbain, poursuites à vif dans les artères sales de Paris, violence frontale : La Balance respire la rue, la sueur, la peur, l'hypocrisie en diable. Rien n’est stylisé. Tout semble arraché au réel. On y croit dur comme fer, on est clairement au coeur de l'époque des années 80.

Mais derrière cette efficacité immédiate, le film distille un poison plus insidieux: celui d’une police gangrenée, manipulatrice, prête à broyer ses indics pour remonter la chaîne. Ici, la justice n’est qu’un rapport de force. On ment, on frappe, on fabrique des preuves si nécessaire. Et au milieu de ce jeu de dupes, les faibles servent de monnaie d’échange. C’est là que le film touche juste et fascine constamment tout en provoquant la colère d'une justice sans vergogne.

Dédé et Nicole. Deux âmes cabossées. Deux survivants qui s’accrochent l’un à l’autre comme à une illusion fragile. Philippe Léotard, hagard, usé jusqu’à la corde, donne à son macro une humanité désespérée. Nathalie Baye, elle, irradie - dure, vulnérable, toujours au bord de la rupture. Ensemble, ils ne jouent pas l’amour : ils le quémandent, dans un monde qui ne leur laissera jamais la place de l’exister. C'est ça le coeur du récit ! De nous transcender le superbe portrait d'une romance déchue.

Autour d’eux, une galerie de seconds rôles plus que solides - Richard Berry, Christophe Malavoy, Tchéky Karyo (salopard plus vrai que nature), Maurice Ronet - compose un univers cohérent, sans échappatoire. Chacun joue sa partition dans cette mécanique sale où personne ne sort propre. Aucun héros, aucun manichéisme.

Et c’est peut-être là la vraie force de ce polar impeccablement filmé : refuser l'échappée.
Pas de héros. Pas de rédemption. Juste une lente descente, où la trahison devient une nécessité, et l’amour une faiblesse.

Violent, âpre, profondément humain à travers ce puissant portrait d'amants paumés, La Balance ne cherche pourtant jamais à séduire. Il observe, il écrase ses personnages vers la déroute, il laisse des traces. Comme une nuit infernale dans un Paris qui pue la crasse et la fatalité.

Un polar brut, sans illusion, n'ayant rien à envier à certaines bisseries transalpines du même genre démonstratif. Et l’un des plus marquants des années 80.

— le cinéphile du cœur noir 🖤

01.04.26. 4èx

Récompenses: César du Meilleur Film
César de la Meilleure Actrice, Nathalie Baye
César du Meilleur Acteur, Philippe Léotard


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