mercredi 26 septembre 2012

Breakfast Club

                                                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site dvdclassik.com

"The Breakfast Club" de John Hughes. 1985. U.S.A. 1h37. Avec Judd Nelson, Perry Crawford, Anthony Michael Hall, Emilio Estevez, John Kapelos, Paul Gleason, Molly Ringwald, Ally Sheedy, Ron Dean, Tim Gamble.

Sortie salles France: 11 Septembre 1985. U.S: 15 Février 1985

FILMOGRAPHIE: John Hughes est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 18 Février 1950 à Lansing (Michigan, Etats-Unis), mort le 6 Août 2009 d'une crise cardiaque à New-York. 1984: Seize bougies pour Sam. 1985: The Breakfast Club. 1985: Une Créature de rêve. 1986: La Folle Journée de Ferris Bueller. 1987: Un Ticket pour deux. 1988: La Vie en plus. 1989: Uncle Buck. 1991: Le P'tite Arnaqueuse.

"...Ces enfants sur lesquels tu craches alors qu'ils essaient de refaire le monde n'ont que faire de tes conseils. Ils savent très bien ce qu'ils font..." David Bowie


Don't you
Film culte de toute une génération, chef-d'oeuvre du Teen movie à son avènement, Breakfast Club traverse sans réserve les décennies de par son thème existentiel sur le malaise d'une jeunesse en quête de repères. Car à travers la journée de retenue de cinq adolescents rebelles mais au caractère bien distinct, John Hughes nous décrit de prime abord leur relation conflictuelle pour culminer vers une thérapie de groupe. Ainsi, sous la surveillance d'un prof castrateur; trois lycéens: un intello, un sportif et un délinquant se partagent une journée de "colle" parmi la présence d'une introvertie excentrique et d'une allumeuse notoire. Au fil de leur raillerie, brimades et provocations, les 5 étudiants vont peu à peu apprendre à se connaître, extérioriser leurs blessures les plus préjudiciables et ainsi changer à jamais leur destin.


Quand tu deviens adulte, ton coeur meurt
De par l'attachante complicité de cinq comédiens juvéniles se livrant à nu face caméra, la dimension humaine qui émane de chacun d'eux émeut, bouleverse, ébranle le spectateur. L'identification émanant naturellement de notre propre vécu. Jalonné de dialogues ciselés et de blagues potaches impayables, le cheminement narratif de Freakfast Club illustre surtout le malaise universel de cette époque pubère sur le fil du rasoir. Les relations parentales conflictuelles, l'influence insolente des camarades de classe et le comportement orgueilleux des adultes plongeant nos adolescents dans l'interpellation. Et pour occulter ce mal-être intrinsèque flirtant avec le désarroi, quoi de plus profitable que de feindre sa véritable identité pour se forger une carapace afin de mieux se mesurer à la suprématie des autres (les parents inculquant à leurs enfants la doctrine élitiste du dépassement de soi !). Mais  lorsque cinq adolescents épris de liberté se retrouvent cloîtrés dans une salle de lycée afin de rédiger une dissertation sur leur identité; les prises de becs dérisoires, les préjugés et leurs prises de conscience solidaires auront décidé de lever le voile sur leur véritable profil. A la question inhérente soulevée dans le film : Qui pensez vous être ? Je vous laisse la réponse de l'"intello" du club ! Cher Mr Vernon, nous avons entièrement mérités d'être collés tout un samedi. Mais à quoi bon écrire une dissert sur la façon dont nous nous voyons ? Vous nous avez déjà catalogués selon les termes et les définitions qui vous arrangent le plus. Le fait est que nous avons tous en nous un intello, un athlète, une folle, une princesse et un criminel. Cela répond-il à votre question ? Bien à vous, le club des lève-tôt.


Une seule rencontre suffit pour changer la vie
Scandé d'une sensibilité prude émouvante, Breakfast Club transcende le portrait fragile de cinq adolescents inhibés d'une société arriviste. L'incommunicabilité, la démission parentale et cette morale élitiste repliant un peu plus ceux-ci dans le confinement. Car ce qui nous bouleverse ici émane du sentiment inéquitable d'une jeunesse déboussolée livrée à sa propre conscience lors d'une période immature de puberté. Avec modestie, John Hughes livre donc l'un des plus lucides constats sur la névrose adolescente. Transcender la peur de l'autre par l'amitié et la cohésion fraternelle afin de pouvoir s'émanciper. Car sous pivot psychanalytique de cinq gamins avides d'amour et de considération émane un portrait intimiste d'une bouleversante tendresse à travers leur initiation à la sagesse, à la connaissance et à l'estime de soi dans leur complexité identitaire. 
26.09.124èx
B.M


mardi 25 septembre 2012

Le Ciel peut attendre (Heaven Can Wait). Golden Globe du Meilleur Film, 1978.

                                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site hollywood70.com

de Warren Beatty. 1978. U.S.A. 1h41. Avec Warren Beatty, James Mason, Julie Christie, Jack Warden, Charles Grodin, Dyan Cannon, Buck Henry, Vincent Gardenia, Joseph Maher, Hamilton Camp.

Sortie salles France: 13 Décembre 1978. U.S.A: 28 Juin 1978

FILMOGRAPHIE: Warren Beatty (Henry Warren Beatty) est un acteur, scénariste, producteur et réalisateur américain, né le 30 Mars 1937 à Richmond, Virginie. 1978: Le Ciel peut attendre. 1981: Reds. 1990: Dick Tracy. 1998: Bullworth. 


Remake du Défunt Récalcitrant réalisé en 1941 et adapté d'une pièce de Harry Segall, le Ciel peut attendre est la première réalisation de l'acteur bellâtre Warren Beatty. Une comédie surprenante de par son ton sarcastique et l'aisance à laquelle l'acteur/réalisateur s'y emploie pour nous esbaudir à l'aide d'un pitch désopilant. Ainsi, en dépit d'un montage un peu désordonné, l'histoire ludique du Ciel peut attendre traite de la vie après la mort lorsque Joe Pendleton, joueur de football américain, est contraint de rejoindre par erreur le paradis à la suite d'un accident de circulation. Avec l'approbation d'un guide spirituel, Joe peut rester sur terre quelques temps pour prendre l'apparence d'un milliardaire fraîchement décédé mais pas encore découvert, Mr Farnsworth. Incompétent dans la nouvelle peau d'un nanti pour diriger ses finances, Joe/Mr Farnsworth commence à troubler son entourage auprès de son comportement erratique. Mais sa passion immodérée pour le football et l'arrivée de la charmante Betty Logan vont notamment chambouler les anciennes habitudes du milliardaire. Ce canevas particulièrement cocasse est un prétexte à déployer une multitude de quiproquos et situations improbables souvent irrésistibles. En guise d'exemple farfelu, Mme Farnsworth, épouse orgueilleuse et infidèle, entreprend depuis longtemps une liaison avec Tony Abbott. Ensemble, ils complotent une série de tentatives de meurtres maquillés en accident pour se débarrasser du mari gênant. Mais par malchance, leurs exactions meurtrières se soldent lamentablement par une déroute !


Alors que Mme farsworth est au bord de la crise de nerf, son amant essaie de relativiser la défaite pour pouvoir élaborer une prochaine manigance. Autre exemple échevelé, Joe Pendleton (Mr Farnsworth donc !) dirige en l'occurrence sa hiérarchie d'une manière si puérile et antinomique que son discours est énoncé à l'instar d'une véritable partie de football face à son assemblée décontenancée ! Même topo pour les majordomes de sa nouvelle demeure familiale, écoutant par le trou de la serrure les bavardages récurrents de Joe adressés à une personne invisible (le guide spirituel est uniquement perceptible aux yeux du réincarné !). Ces situations rocambolesques donnent souvent lieux à des fou-rires incontrôlés, d'autant plus que la complicité fringante des comédiens s'en donnent à coeur joie ! Tant auprès de Dyan Cannon absolument irrésistible dans la peau d'une épouse irascible que de l'impayable Charles Grodin en amant flegme aussi sournois dans ses démarches machiavéliques. En prime d'autres seconds rôles aussi attractifs et attachants, Warren Beatty détonne à endosser le rôle désinhibé d'un défunt récalcitrant dont la verve et l'abattage font toujours illusion. Enfin, la charmante Julie Christie s'alloue d'un rôle romantique pour s'acheminer vers l'idylle après avoir découvert le nouveau visage du milliardaire subitement altruiste ! Pour ce faire, l'épilogue attendrissant ne manque pas de poésie en nous affectant sans mièvrerie pour ces nouvelles retrouvailles escomptées.


Hormis sa facture obsolète et sa mise en scène parfois elliptique, le Ciel peut attendre demeure une vraie comédie débridée plutôt espiègle si bien que la plupart des gags restent en l'occurrence bougrement hilarants. Sa ferveur décapante émanant des comédiens décomplexés renforçant la fantaisie expansive de cette comédie fantastique occasionnant notamment un regard fructueux sur le thème de la réincarnation, une réflexion existentielle sur notre identité (intimement liée à notre enveloppe corporelle) et notre instinct à sillonner la voie du bien ou du mal.  

Récompenses: Golden Globe du Meilleur Film, 1978
Oscar de la Meilleure Direction Artistique, 1978
Saturn Award du Meilleur Film Fantastique, 1979

Remerciement à l'Univers Fantastique de la Science-Fiction
25.09.12
Bruno Matéï


lundi 24 septembre 2012

Le Cimetière des Morts-Vivants (5 tombe per un medium)

                                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site Horreur.net

de Massimo Pupillo. 1965. 1h26. Italie. Avec Walter Brandi, Mirella Maravidi, Barbara Steele, Alfredo Rizzo, Riccardo Garrone, Luciano Pigozzi, Tilde Till, Ennio Balbo, Steve Robinson, René Wolf.

FILMOGRAPHIEMassimo Pupillo est un réalisateur, scénariste et producteur italien, né le 7 Janvier 1929 à San Severo. 1961: Teddy, l'orsacchiotto vagabondo (doc). 1965: 5 Tombes pour un médium (le cimetière des morts-vivants). 1965: Vierges pour le bourreau. 1965: La Vendetta di Lady Morgan. 1968: Django le taciturne. 1970: Giovane Italia, Giovane Europa - Marternick (télé-film). 1970: L'Amore, questo Sconosciuto. 1980: Sajana, l'audace impresa


1965 est l'année où Massimo Pupillo a enchaîné successivement Vierges pour le Bourreau et l'oeuvre vintage qui nous intéresse aujourd'hui, le Cimetière des Morts-vivants. Relativement peu connu du public et occulté depuis pas mal de décennies, cette série B transalpine fleure bon le gothisme vétuste de par son décor de château hanté et son atmosphère mystérieuse entretenue en mode lattente. Ainsi, parmi son esthétisme du noir et blanc prononcé et l'icone magnétique Barbara Steele, le Cimetière des morts-vivants ressemble à s'y méprendre à un vieil ouvrage que l'on aime feuilleter auprès d'un récit interlope. Le pitchAprès avoir reçu une lettre de Jeronimus Hauff, Albert Kovac, adjoint d'un notaire, se rend dans son château pour une affaire de succession. Sur place, il rencontre la fille et la femme de ce riche propriétaire adepte d'expériences occultes. Or, Jeronimus Hauff est décédé de manière accidentelle il y a un an déjà ! L'atmosphère particulièrement tendue dans la demeure inquiète Albert Kovac, notamment lorsqu'il apprend que le lieu familial fut autrefois un lazaret afin d'accueillir les lépreux lors de la peste de 1400.


Mystère diffus et suspense sous-jacent demeurent les ingrédients majeurs de cette modeste production afin de mettre en valeur une horreur sobre (renforcée par sa photo monochrome). Et ce en dépit du point d'orgue haletant illustrant de manière explicite les états pestiférés des victimes de la peste (focale variable sur les plaies vitriolées !) par l'entremise de maquillages futiles mais crédibles. Par conséquent, cette intrigue criminelle conjuguée efficacement au fantastique occulte s'avère suffisamment adroite et structurée pour laisser planer doute et manigances auprès des principaux témoins. De par le caractère sournois des protagonistes suspicieux, la quête de vérité d'Albert Kovac se décline en une énigme délétère émaillée de morts terrifiantes et d'indices intrigants (l'eau s'atrophiant sans raison !), et ce sous l'emprise diabolique d'esprits frappeurs ! A titre d'originalité bienvenue, un élément naturel purificateur y jouera un rôle primordial afin de contrecarrer les forces du mal ! Parmi la présence mystique de l'obscur Jeronimo, certains spectateurs pourront peut-être établir la comparaison avec le personnage de Robert Miles (Patrick MaGee) vu dans le sympathique Chat Noir de Lucio Fulci pour ses pratiques occultes perpétrées dans un cimetière diaphane. On peut aussi évoquer le personnage de Ashley (Bruce Campbell) rendu célèbre dans Evil-Dead lorsque Albert découvre les travaux ésotériques de Jeronimo par le truchement d'un phonographe. On retrouve d'ailleurs un peu ce même sentiment d'insécurité et d'atmosphère macabre savamment distillée au sein d'un manoir où certaines armoires regorgent de cranes humains ainsi qu'une rangée de mains sectionnées. 


De par sa réalisation soignée, ses acteurs convaincants et un scénario plutôt captivant, le Cimetière des Morts-vivants demeure une bonne surprise suffisamment efficace pour entretenir l'attention d'un suspense lattent. Son atmosphère palpable, la présence secondaire de la scream queen Barbara Steele ainsi que sa comptine mélancolique (innocemment fredonnée) renforçant l'aspect fascinant de son gothisme épuré. Pour info subsidiaire, on préférera son titre initial, 5 tombes pour un médium, beaucoup plus pertinent que son homologue lucratif adoubé chez nous. 

Un grand merci à Artus Films ^^
*Bruno
24.09.12



vendredi 21 septembre 2012

TYRANNOSAUR. Prix Spécial du Jury, Sundance 2011

Photo empruntée sur Google, appartenant au site filmosphere.com

de Paddy Considine. 2011. Angleterre. 1h32. Avec Peter Mullan, Olivia Colman, Eddie Marsan, Paul Popplewell, Ned Dennehy, Samuel Bottomley, Sally Carman.

Sortie salles France: 25 Avril 2012

Récompenses: Dinard 2011: Grand Prix du Jury, Meilleur Scénario
BIFA 2011: Meilleur Film, Meilleur Réalisateur, Meilleure Actrice
Sundance 2011: Prix Spécial du Jury, Meilleur Réalisateur, Meilleur Acteur, Meilleure Actrice

FILMOGRAPHIE: Paddy Considine est un acteur et réalisateur anglais né le 5 Septembre 1974.
2011: Tyrannosaur


Pour une première réalisation, le britannique Paddy Considine s'emploie au drame social pour nous relater la chronique aigrie d'un quinquagénaire irascible issue d'une banlieue défavorisée. Après la mort de sa femme diabétique, Joseph noie sa solitude dans l'alcool et les rixes de voisinage. Mais un jour, alors qu'il se balade dans une rue commerciale, il fait la rencontre d'une vendeuse de vêtement, Hannah. Catholique pratiquante vouée à l'espoir et l'amour de Dieu, cette épouse molestée est tributaire d'un mari tyrannique et pervers. Ensemble, ils vont apprendre à se connaitre, s'apprivoiser, s'entraider malgré la dureté d'une existence intransigeante. Climat blafard d'une banlieue défavorisée livrée au chômage, l'alcoolisme et la violence, alors que les voisins lambdas tentent d'imposer leur loi, Tyrannosaur  illustre de manière abrupte le portrait d'un couple en perdition. Sans pathos et avec un réalisme sordide parfois difficile, c'est de prime abord la trajectoire esseulée d'un quidam à bout de souffle qui nous ait conté, un individu rongé par la haine de l'injustice dans son environnement défavorisé. Tandis qu'au fil d'une rencontre entretenue avec une femme battue, Joseph va peu à peu renouer avec un regain d'humanité dans son cheminement hasardeux émaillé d'incidents compromettants.


A travers cette romance ardue auquel nos protagonistes sont constamment brimés par un climat insécuritaire et où les provocations ne cessent de les ébranler, Paddy Considine distille néanmoins l'espoir, le dévouement, le désir, l'attachement que chaque individu recèle au plus profond de son âme. Quelque soit notre condition d'être déchu ou sur le fil du rasoir, une parcelle d'optimisme, un regain d'empathie envers une personne intègre, cette envie soudaine de s'affirmer et d'avancer vers une horizon incandescente peuvent expier tous les pêchers du monde. Avec intensité austère, le réalisateur exprime donc le combat perpétuel qu'un quidam déboussolé puisse rencontrer à un moment fatal de son existence. C'est à dire daigner s'accepter et tenter contre vents et marée de se dépêtrer de l'infortune par ce besoin éprouvé de tendresse. Le visage buriné et d'une animosité innée, Peter Mullan impressionne de sa présence robuste, de son regard en demi-teinte à deux doigts de commettre un drame irréparable. A la manière d'un tyrannosaure (alors que le terme est ironiquement impartie à sa défunte !), ce laissé-pour-compte chargé de haine alterne poussés de violence incontrôlée et remise en question existentielle pour son affliction inconsidéré aux yeux de la société. En femme humiliée pourvue d'une indulgence désespérée, Olivia Colman magnétise chaque séquence de sa présence candide et se révèle bouleversante de fragilité pour tenter d'apprivoiser mais aussi accepter un erratique au bord du gouffre.


D'une violence parfois difficile mais jamais ostentatoire, Tyrannosaur est une oeuvre puissante, un drame social éprouvant car inscrit dans le désarroi pour ausculter le portrait à fleur de peau de deux écorchés vifs. Deux quidams à deux doigts de faire naufrage dans leur monde intolérant mais finalement gagnés par la rage de survivre par leur malheur imposé. Et pour authentifier cette romance épineuse, Peter Mullan et Olivia Colman (LA révélation !) livrent communément une interprétation d'une rare verdeur émotionnelle ! Sans toutefois négliger la présence cinglante de seconds rôles criant de vérité par leur trogne fracassée.

21.09.12
BM

jeudi 20 septembre 2012

POSSEDEE (THE POSSESSION)

Photo empruntée sur Google, appartenant au site sadgeezer.com

de Ole Bornedal. U.S.A/Canada. 1h32. Avec Jeffrey Dean Morgan, Kyra Sedgwick, Natasha Calis, Grant Show, Madison Davenport, Rob LaBelle, Jay Brazeau, Quinn Lord, John Cassini.

Sortie salles France: 26 décembre 2012. U.S: 31 Août 2012

FILMOGRAPHIE: Ole Bornedal est un réalisateur danois né le 26 Mai 1959.
1994: Le Veilleur de Nuit. 1997: Le Veilleur de Nuit. 2003: Dina. 2007: The Substitute. 2010: Just another love story. 2012: Possédée.


Y'a t-il un exorciste chez Rabbi Jacob ? (ou comment préfigurer au plus vite son Flop 1, 2012 !)

Clyde et Stephanie Brenek ne voient pas de raison de s’inquiéter lorsque leur fille cadette Em devient étrangement obsédée par un petit coffre en bois acheté lors d’un vide grenier. Mais rapidement, son comportement devient de plus en plus agressif et le couple suspecte la présence d’une force malveillante autour d’eux. Ils découvrent alors que la boîte fut créée afin de contenir un Dibbuk, un esprit qui habite et dévore finalement son hôte humain.

Une énième déclinaison de l'Exorciste pour une prod de luxe estampillée Raimi. Les clichés se ramassent à la pelle, les situations prévisibles sont tellement redondantes qu'elles provoquent inévitablement un ennui dépressif et l'ambiance horrifique tente d'intensifier l'intrigue par un score élégiaque
tout en sobriété. Le réal s'évertue comme il peut à privilégier la dimension humaine des parents divorcés de la petite Emi, en vain. Et cela en dépit de la bonne volonté des comédiens pour sauver les meubles. En prime, à titre d'originalité, introduire une légende juive par l'entremise d'une boite de pandore pour relancer la franchise sataniste sombre ici dans le ridicule. Un ou deux effets chocs sont peut-être à épargner de ce naufrage mercantile, parodie involontaire et véritable insulte au cinéma d'horreur transgressif. Mieux vaut se replonger pour la 10è fois dans les climats funestes ou malsains de l'Antéchrist d'Alberto De Martino ou encore du méconnu et mélancolique Emilie, l'enfant des Ténèbres de Massimo dallamano.

20.09.12
Bruno Matéï

http://brunomatei.blogspot.fr/2011/03/lantechrist-antichrist.html

http://brunomatei.blogspot.fr/2011/05/emilie-lenfant-des-tenebres-il.html


mercredi 19 septembre 2012

La Chair et le Sang (Flesh and Blood)

Photo empruntée sur Google, appartenant au site impawards.com 

de Paul Verhoeven. 1985. U.S.A/ Espagne/Hollande. 2h06. Avec Rutger Hauer, Jennifer Jason Leigh, Jack Thompson, Brion James, Ronald Lacey, Simon Andreu, Jake Wood, Bruno Kirby, Tom Burlinson.

Sortie salles France: 2 Octobre 1985. U.S: 30 Août 1985

FILMOGRAPHIE: Paul Verhoeven est un réalisateur néerlandais, né le 18 Juillet 1938 à Amsterdam. 1971: Business is business. 1973: Turkish Delices. 1975: Keetje Tippel. 1977: Le Choix du Destin. 1980: Spetters. 1983: Le Quatrième Homme. 1985: La Chair et le Sang. 1987: Robocop. 1990: Total Recall. 1992: Basic Instinct. 1995: Showgirls. 1997: Starship Troopers. 2000: l'Homme sans Ombre. 2006: Black Book.


Première production hollywoodienne pour Paul verhoeven, en affiliation avec l'Espagne et son pays natal, La chair et le Sang se solde d'un échec public dès sa sortie en 1985. Pour élucider cette défaite, son concentré de violence tranchante et de verdeur érotique eurent sans doute gêné un public trop frileux habitué à l'édulcoration de récits moyenâgeux en bonne et due forme. Epaulé de son acteur fétiche Rutger Hauer et recrutant la jeune comédienne Jennifer Jason Leigh pour son premier grand rôle à l'écran, cette épopée médiévale transpire la chair (la peste) et le sang comme aucune autre production n'eut osé la retranscrire. Ainsi, à travers l'idylle amoureuse d'un mercenaire immoral et d'une jeune femme manipulatrice, Paul Verhoeven nous confronte à une lutte de classes au coeur de l'Europe du 16è siècle si bien que Steven, jeune seigneur pugnace tentera de récupérer sa belle, prisonnière du clan rival des frondeurs incultes. Transposé à l'époque du moyen-âge à l'orée de la renaissance, La Chair et le Sang nous confronte à partager l'intimité de cette troupe de voleurs mesquins réfugiés au sein d'un château après l'avoir assailli. Au préalable, ces derniers furent trahis par leur propre seigneur durant une rude bataille. Mais une embuscade savamment planifiée par ces activistes leur auront permis de récupérer l'argent dérobé. C'est par cette occasion fructueuse que le leader Martin s'entreprend d'enlever la princesse Agnes pour la violer parmi le témoignage de ses comparses. Mais la jeune vierge finaude et séductrice parvient in extremis à charmer son tortionnaire au point de le rendre éperdument amoureux. 


Par conséquent, cette romance vénéneuse traversée de batailles homériques conjugue de façon frénétique érotisme sordide (le viol d'Agnes distille un climat pervers particulièrement voyeuriste) et charnel (sa coucherie nocturne avec Martin lors d'un bain vaporeux éclairé de candélabres). L'ambition provocatrice de Verhoeven insufflant parfois même une poésie morbide singulière lorsque Agnes et Steven, réunis au coeur d'une prairie, roucoulent en dessous de deux pendus putréfiés ! Superbement photographié dans des décors naturels tantôt crépusculaires et magnifié par la vigueur d'une mise en scène virtuose, la Chair et le Sang est une perpétuelle bravade à transgresser la vérité historique d'une époque médiévale dénuée de moralité. Son pouvoir de fascination prégnant émanant principalement de la caractérisation de ces protagonistes subversifs, tour à tour délétères, sournois, équivoques, qui plus est, gagnés par la peur expansive de la peste bubonique. Pour ce faire, la dernière partie illustrant la panique des mercenaires empoisonnés par l'eau provoque malaise, ad nauseum chez le spectateur. De par son réalisme malsain, le réalisateur distille une ambiance de claustration, nous enivre les sens face à l'odeur putrescente de quartiers de viandes avariés, vulgairement découpés sur un chien mort car envoyés par l'antagoniste sur la tête des occupants ! Le fanatisme religieux et son emprise sur les utopistes est également traité à travers le personnage du cardinal guidant ses amis vers un destin (ironiquement) moribond (la propagation de la peste). Et ce par le truchement spirituel de sa statue St-Martin. Ainsi, à travers le destin misérable de cette poignée de brigands sans vergogne, la Chair et le Sang décrit avec force et souci d'authenticité l'instinct de survie chez l'être humain voué à corrompre, trahir et assassiner au prix de la liberté, l'amour ou la cupidité. Mais l'ascension de la renaissance, l'évolution de l'obscurantisme et les nouvelles techniques de la médecine laissent néanmoins augurer un regain d'humanité, un cheminement progressif à travers l'inconscience de ses preux antagonistes. 


Sublimé de la présence diaphane de Rutger Hauer et de la délicieuse Jennifer Jason Leigh (plus équivoque, lascive et impudente que jamais !), La Chair et le Sang constitue LE chef-d'oeuvre médiéval de premier choix en dérogeant la norme traditionnelle du divertissement imberbe. En résulte une oeuvre provocatrice à l'odeur de souffre parfois nauséeuse (la religieuse mortellement blessée au crane par l'entaille d'une épée, l'accouchement du bébé mort-né, la fillette moribonde atteinte de la peste) mais pourvu d'une ambition intègre à reconstituer une épopée flamboyante, aussi bien foisonnante que débauchée. 

19.09.12. 4
Bruno Matéï

 

Apport technique du blu-ray: 9/10



mardi 18 septembre 2012

THE MAGDALENE SISTERS. Lion d'Or Venise 2002.

                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site shop.silverdisc.com 

de Peter Mullan. 2002. Angleterre. 2h00. Avec Anne-Marie Duff, Nora-Jane Noone, Geraldine McEwan, Dorothy Duffy, Frances Healy, Eithne McGuiness, Mary Murray, Chris Simpson, Britta Smith, Eileen Walsh, Sean Mc Donagh, Phyllis MacMahon, Julie Austin.

Sortie salles France: 5 Février 2003. U.S: 1er Août 2003

FILMOGRAPHIE: Peter Mullan est un réalisateur, acteur et scénariste britannique, né le 2 novembre 1959 à Peterhead, en Ecosse. 1997: Orphans. 2002: The Magdalene Sisters. 2010: Neds


On estime à 30 000 le nombre de femmes ayant été détenues dans les asiles Magdalene en Irlande. La dernière laverie a fermé en 1996.

Lion d'Or à Venise, The Magdalene sisters est un choc cinématographique d'un réalisme et d'une acuité émotionnelle si cuisante qu'il confine au traumatisme ! Tiré de faits réels survenus dans un des Couvents de la Madeleine en 1964, cette descente aux enfers est un terrifiant réquisitoire contre l'intolérance, l'intégrisme et toute forme d'asservissement sous une hiérarchie christianiste. 
La film suit le parcours de trois jeunes femmes, Margaret, Bernadet et Rose, expédiées par leurs parents dans un couvent pour avoir commis de potentiels péchers. Les raisons invoquées ? Accablés par la honte, les parents de Margaret décident de se séparer d'elle après avoir appris qu'elle eut été sexuellement abusée par son propre cousin durant une fête familiale. Pensionnaire dans un orphelinat mais de plus en plus sujette aux remarques lubriques des garçons, Bernadet est également envoyée chez les soeurs Madeleine. Enfin, Rose rejoint le séminaire après avoir été séparée de son bébé, faute d'avoir eu une naissance avant le mariage. Contre leur gré, toutes trois vont se retrouver subordonnées à l'enseignement tyrannique de soeur Bridget ainsi qu'aux quotidiennes humiliations, soumissions et tortures perpétrées par l'allégeance des autres religieuses. 


Dans une photo naturaliste épousant un contraste entre la campagne irlandaise et la pâleur du monastère, Peter Mullan nous convie à la claustration d'un foyer catholique régit par une autorité inhumaine. Sans aucune complaisance et avec un souci glaçant d'authenticité, The Magdalene Sisters retrace le calvaire de trois jeunes filles dépréciées par leur propre famille puritaine pour se retrouver embrigadées au sein d'un sinistre pensionnat. Sanctionnées pour des fautes dérisoires, voires illusoires, elles vont devoir se plier aux exigences disciplinaires de nonnes impassibles. Tâches de labeur, prières spirituelles et interdiction de bavardage sont les règles quotidiennes afin de respecter l'ordre de la vie communautaire mais aussi apprendre à expier leurs pêchers et ainsi leur apporter la divinité de la sagesse. Si l'une d'entre elles s'oppose à la hiérarchie militaire des soeurs Madeleine, celle-ci sera sévèrement châtiée par la flagellation du fouet !


A travers son climat lourd et oppressant auscultant de prime abord la caractérisation distincte de quatre internes, The Magdalene Sisters transcende la dimension humaine de ces jeunes femmes livrées à la malnutrition, aux humiliations, aux brimades et aux châtiments, alors que l'une d'elles envisagera en désespoir de cause le suicide salvateur. L'autre issue de pouvoir s'extraire d'une dictature aussi barbare est d'y prendre la fuite pour s'échapper vers une contrée éloignée de toute autorité religieuse ! Autant dire qu'il vaut mieux avoir les nerfs solides, un flegme et une patience exemplaires pour réussir à survivre au coeur de ce lieu maudit érigé sous une bannière rigoriste. Séjourner ne serait ce que 24 heures dans cet asile licencieux (certains prêtres ont même pratiqué l'abus sexuel sur une interne lambda !), ce que des milliers de jeunes filles ont enduré durant des décennies, nous démontre à quel point il fallait user de résilience stoïque afin de ne pas se laisser gagner par la folie. Foyer sectaire corrompu par une communauté de religieuses conservatrices, The Magadalene Sisters nous remet donc en question sur les valeurs morales du culte catholique ainsi que son endoctrinement auprès d'une démographie puritaine, voire machiste dans l'Irlande des années 60. Le film met également en lumière le rôle précaire de la femme anglaise au sein du foyer conjugal, car tributaire d'un époux égocentrique en proie à la violence et la tyrannie contre l'émancipation de sa fille. Cette doctrine disciplinaire pour le bien-fondé de la bienséance annihilera le destin de milliers de femmes emprisonnées contre leur gré dans un cloître éhonté. 


Les martyrs du couvent
Dominé par la distribution bouleversante d'un quatuor féminin transi de fragilité névralgique, The Magdalene Sister constitue une épreuve de survie, une descente aux enfers contre la déliquescence morale d'une autorité messianique. Un pamphlet sans concession du fondamentalisme livré à la décadence de son autorité puritaine. Son mea-culpa n'ayant jamais été obtenu et les victimes jamais dédommagées, on est en droit de se demander ou se trouve la moralité d'un tel calvaire assigné contre des victimes ingénues, livrées à une solitude aliénante. En résulte un chef-d'oeuvre glaçant de réalisme et de terreur diffuse quand bien même son épilogue déchirant nous tolère des larmes de délivrance !

A Crispina/Harriet...
18.09.12
Bruno Matéï

Récompense: Lion d'Or à Venise, 2002



LA POLEMIQUE: Info Wikipedia:
Lorsque le film a été récompensé du Lion d'Or à Venise, le quotidien pontifical Osservatore Romano s’est élevé contre ce qu’il a vu comme un brûlot anticlérical à la vision manichéenne. Pourtant, Peter Mullan avait déclaré que le film « n'était pas dirigé contre l’église ».
Le film a été réalisé avec l’aide et l’attention d’une ancienne pensionnaire du couvent, ainsi que d’une religieuse qui a encadré l’un de ces établissements. Elles avaient pour fonction de veiller à l’authenticité du film.
Quant à l'Église, elle n'a formulé à ce jour aucune excuse ni proposé aucun dédommagement à ces femmes, qui, des années durant, ont travaillé pour son compte. Par ailleurs, ce sont bien les témoignages des victimes qui ont été la principale source d'information du réalisateur. Mais la polémique soulevée par le Vatican, et qui eut un certain écho en Italie, a conduit un certain nombre de témoins à commencer à parler en Irlande, venant contredire les dénégations du clergé.

Plus d'info: http://fr.wikipedia.org/wiki/Couvents_de_la_Madeleine