vendredi 26 avril 2024

Black Flies / Asphalt City

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jean-StĂ©phane Sauvaire. 2024. U.S.A. 2h05. Avec Sean Penn, Tye Sheridan, Gbenga Akinnagbe, Raquel Nave, Katherine Waterston, Michael Pitt, Mike Tyson.

Sortie salles France: 3 Avril 2024. Cannes: 18 Mai 2023. U.S: 29 Mars 2024

FILMOGRAPHIE: Jean-StĂ©phane Sauvaire est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste français nĂ© le 31 dĂ©cembre 1968 Ă  Paris. 2003 : Carlitos Medellin (documentaire). 2008 : Johnny Mad Dog. 2012 : Punk (tĂ©lĂ©film). 2017 : Une prière avant l'aube (A Prayer Before Dawn). 2023 : Black Flies (Asphalt City). 

"Seul contre tous".

Film choc s'il en est jusqu'Ă  l'asphyxie auprès de son ambiance crĂ©pusculaire Ă  mi chemin entre la dĂ©pression et la folie (psychotique ou suicidaire selon les tĂ©moignages ciblĂ©s), Black Flies est une expĂ©rience urbaine dont il est impossible de sortir indemne auprès du public sensible immergĂ© dans une descente aux enfers mĂ©dicale 2h05 durant. C'est dire si ce voyage au bout de la nuit demeure aussi Ă©prouvant que fĂ©brile lorsque Jean-StĂ©phane Sauvaire se fixe comme ambition, notamment formelle jusqu'au vertige des sens, de nous faire retranscrire les Ă©tats d'âme d'un duo d'ambulanciers au bord du burn-out. A ce titre, on ne peut que s'incliner sur les prestances Ă©corchĂ©es vives de Sean Penn (dans un second-rĂ´le autoritaire littĂ©ralement striĂ©) et de Ty Sheridan en ambulancier en herbe sur la corde raide insufflant durant leur parcours chaotique une dimension humaine Ă  la fois fourbue, nonchalante, dĂ©gingandĂ©e eu Ă©gard de leurs vicissitudes qu'ils arpentent auprès d'une faune urbaine ponctuĂ©e de marginaux, laissĂ©s pour compte, Ă©poux abusifs, toxicomanes, alcoolos au sein d'un New-York dĂ©gĂ©nĂ©ratif. On connait la chansonnette, mais on marche Ă  fond auprès de cette rĂ©alisation pragmatique dont le climat hautement cafardeux, trouble, anxiogène nous contamine davantage au sein d'un rĂ©cit sans concession. Cependant, tout n'est pas noir, et en Ă©vitant de spoiler, j'Ă©voque cet indice afin d'y taire les prĂ©jugĂ©s. 


Or, cette scĂ©nographie davantage sinistrosĂ©e demeure admirablement dĂ©peinte par un cinĂ©aste scrupuleux s'efforçant d'y esquisser sans fard aucun une peinture aride, insalubre, nĂ©vrosĂ©e d'une mĂ©tropole irascible inĂ©vitablement nĂ©crosĂ©e par la dĂ©chĂ©ance morale (tout a une influence sur tout et tout le monde affecte tout le monde). Ce qui fatalement dĂ©teint sur les esprits nĂ©vrosĂ©s de nos urgentistes esseulĂ©s incapables de se raccrocher Ă  leur dĂ©route conjugale ou Ă  un quelconque pivot moral auprès de leur hiĂ©rarchie militarisĂ©e (avec une surprenant apparition de Mike Tyson en dirigeant psychorigide). Le profil bourru de Cross (Ty Sheridan) perdant peu Ă  peu son innocence, son sang froid, ses maigres espoirs au fil de ses dĂ©rives mentales dĂ©nuĂ©es de lueur, notamment en se rĂ©fĂ©rant Ă  un Ă©vènement majeur narratif qui intentera Ă  son Ă©ventuelle responsabilitĂ© et Ă  la culpabilitĂ© de son partenaire plongĂ© dans un tunnel sans fin. Vertigineux au possible jusqu'au malaise viscĂ©ral ad nauseam, si bien que certaines sĂ©quences rĂ©alistes provoquent autant la gĂŞne que le dĂ©goĂ»t, Black Flies ne nous lâche pas d'une semelle, Ă  l'instar d'un viol mental sans jamais nous demander pardon. Pour autant dĂ©nuĂ© de racolage Ă  mon sens objectif auprès de sĂ©quences extrĂŞmes sensorielles, Black Flies a surtout comme ambition de nous caractĂ©riser l'Ă©volution en perdition de ce duo de paumĂ©s s'efforçant de sauver les âmes perdues, Ă©garĂ©es (et damnĂ©es) Ă  bord de leur vĂ©hicule dans un enfer terrestre dĂ©shumanisant. Immersif au possible jusqu'en apesanteur Ă  travers son maelstrom de tourments moraux difficilement gĂ©rables, Black Flies se dĂ©cline en concentrĂ© de malaise imparable auprès de ses Ă©motions torturĂ©es Ă  l'aura licencieuse.  

Un constat pessimiste sur nos sociĂ©tĂ©s contemporaines aliĂ©nĂ©es, Ă  rĂ©server Ă  un public averti. 

*Bruno

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