jeudi 12 mai 2022

The Northman

                                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Robert Eggers. 2022. U.S.A/Angleterre. 2h17. Avec Alexander Skarsgård, Nicole Kidman, Anya Taylor-Joy, Willem Dafoe, Ethan Hawke, Björk, Claes Bang, Kate Dickie.

Sortie salles France: 11 Mai 2022 (Interdit - 12 ans avec avertissement). U.S: 22 Avril 2022

FILMOGRAPHIE: Robert Eggers est un réalisateur américain né le 7 juillet 1983 à Lee (New Hampshire). 2015: The Witch. 2019: The Lighthouse. 2022: The Northman.


"La meilleure façon de se venger d'un ennemi est de ne pas lui ressembler"
Impossible pour moi d'émettre un avis objectif car je sors juste de la projo et je reste fichtrement partagé entre gros plaisir de cinéma (vu nul part ailleurs !), fascination, perplexité mais aussi frustration et déception (aussi parce que j'en attendais trop d'après ces échos conférés au chef-d'oeuvre inégalé Conan le Barbare auquel il prête quelques références et allusions). Alors oui, d'un niveau formel, indiscutablement on en prend plein la vue pour être même par moments littéralement envoûté par nombre de séquences onirico-cauchemardesques d'une vénéneuse beauté funeste. Quant à l'histoire classique de vengeance, Robert Eggers s'efforce de la renouveler en s'écartant des codes usuels dans un parti-pris à la fois auteurisant et expérimental. Mais d'une durée non négligeable de 2h17, The Northman contient hélas plusieurs longueurs, de sautes de rythme qui m'ont fait sortir du film à 3, 4 reprises. Quand bien même d'autres fulgurances autrement homériques m'ont littéralement cloué au siège par leur intensité barbare d'une sauvagerie escarpée et au montage absolument maîtrisé (tout est parfaitement lisible jusqu'à l'hallucinant combat final - bien que concis - exécuté dans un enfer de laves). 


Mais fort d'un climat froid, austère et hermétique laissant peu de place à la passion des sentiments et à la chaleur humaine (même si la romance du couple ne nous laisse pas indifférent), The Northman manque bougrement d'émotion lyrique à travers les profils antipathiques de vikings ne vivants que pour la guerre, le sang, la violence et la vengeance. A mes yeux donc, et pour un premier visionnage, The Northman est difficile à suivre sachant que je ne m'attendais nullement à une aventure aussi déroutante qu'expérimentale (avec ce que cela sous entend de métaphores ésotériques et de visions surnaturelles à base de sorcellerie magnifiquement stylisées cela dit) soufflant sans cesse le chaud et le froid par son rythme en dent de scie. Alors que les comédiens, à la mine communément bourrue (ils tirent tous la gueule sans exception, même les femmes, dont Nicole Kidman dans un rôle d'autre part détestable) ne nous suscite qu'un maigre attachement dans leur fonction héroïco-vindicative à bâton rompu et à bout de souffle. 


Avec l'espoir d'y réviser mon jugement lors d'un second visionnage que j'aborderai avec plus de clémence et d'attention scrupuleuse puisque pleinement averti du contenu exigeant de l'aventure d'un autre temps. A découvrir quoiqu'il en soit. 

*Bruno Matéï

mardi 10 mai 2022

Black Water. Prix du meilleur réalisateur et de la meilleure photographie, Festival du film underground de Melbourne, 2007.

                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de David Nerlich et Andrew Traucki. 2007. Australie. 1h29. Avec Diana Glenn, Maeve Dermody, Andy Rodoreda, Ben Oxenbould, Fiona Press.

Sortie Video France: 3 Juin 2008

FILMOGRAPHIE: Andrew Traucki est un réalisateur, scénariste et producteur australien. 2013: The Jungle. 2012 The ABCs of Death (segment "G is for Gravity").  2012 Event Zero (TV Series) (1 episode). - Harriet (2012).  2010 The Reef .  2007 Black Water.


3 ans avant le tétanisant The Reef (le film de requin le plus flippant que j'ai pu voir avec Open Water) l'australien Andrew Traucki traita déjà du monstre aquatique avec le terrifiant Black Water lui aussi directement sorti en video dans nos contrées. Tiré d'une histoire vraie, l'intrigue s'inscrit en mode huis clos maritime lorsque 3 touristes se retrouvent perchés sur un arbre après l'attaque sanglante de leur guide par un crocodile dans le Nord de l'Australie. Attendant vainement d'éventuels secours, ils ne pourront compter que sur leur  autonomie, leur sang froid et leur bravoure de dernier ressort pour tenter de venir à bout des menaces du monstre carnassier. Eprouvant à plus d'un titre et franchement angoissant lorsqu'il ne s'agit pas de terreur viscérale de par son réalisme documenté, Black Water met mal à l'aise le spectateur assistant impuissant avec une appréhension à la fois anxiogène et déprimante aux tentatives désespérées du trio de protagonistes en perte de repère dans ce refuge naturel dénué de présence humaine. Il faut d'ailleurs préciser qu'à travers cette scénographie blafarde à la fois glauque et inquiétante, alourdi de la discrétion d'une partition cafardeuse, sa photo naturaliste et les profils dépouillés de ces comédiens méconnus (chez nous) concourent d'intensifier l'action imprévisible avec une efficacité gratifiante.


Notamment eu égard de la manière leste du réalisateur à renforcer la crédibilité de son contexte cauchemardesque (doux euphémisme !) par des situations de panique et d'offensive dénuées de surenchère. Si bien que l'on reluque les faits et gestes de nos survivants blottis dans cet unique décor inhospitalier (ils se cramponnent d'un arbre à un autre pour éviter de mettre les pieds dans l'eau et tenter de rejoindre un bateau) avec l'idée en tête d'y prédire qui pourrait sortir en vie de ce piège à touriste. Andrew Traucki adoptant un parti-pris aussi cruel qu'intolérable quant à la destinée précaire de ses personnages en proie à une épreuve morale et physique jusqu'au-boutiste. Autant avouer sans ambages que Black Water parvient sous le moule de la série B indépendante à susciter fréquemment angoisse, empathie, tension et effroi auprès des apparitions insidieuses (ou fulgurantes) du monstre que ceux-ci tentent de repousser à travers stratégies d'échappatoire redoutablement couillues (pour ne pas dire suicidaires en se posant la question de savoir que ferions-nous en pareille occasion ?). Ce qui nous mène vers un final d'une cruauté franchement poignante (pour ne pas dire bouleversante auprès des plus sensibles) qu'une des héroïnes instille avec un art consommé de la bravoure en désespoir de cause. Et ce même si on aurait parfois préféré un tantinet plus de substance au niveau des caractérisations humaines même si on reste infiniment attaché à leur sort précaire à faible lueur d'espoir (j'insiste à nouveau sur le caractère âpre de son ambiance malsaine d'un calme étouffé au sein de cette végétation étrangement sombre et hostile). 


Hymne à la bravoure solidaire au sein d'un contexte cauchemardesque faisant office de véritable descente aux enfers (humectée), Black Water détonne par sa dramaturgie éplorée eu égard de la terreur viscérale perçue par nos protagonistes et du réalisme escarpé de leurs situations oppressantes réalisées avec souci documenté. Si bien qu'avant l'estomaquant The Reef, Andrew Traucki (accompagné qui plus est de son acolyte David Nerlich) réalisa déjà l'exploit d'y parfaire le film de croco le plus flippant que l'on ai vu sur la toile (même si les références sont trop peu nombreuses, pour ne pas dire inexistantes). Une référence au demeurant donc à ne surtout pas rater si bien que la peur au cinéma s'y fait d'autant plus rare et clairsemée.

Ci-joint chronique de The Reef: https://brunomatei.blogspot.com/2019/08/the-reef.html

*Bruno Matéï
2èx

lundi 9 mai 2022

L'Armée des 12 Singes

                                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Terry Gilliam. 1995. U.S.A. 2h09. Avec Bruce Willis, Brad Pit, Madeleine Stowe, Christopher Plummer, David Morse, Jon Seda, Christopher Meloni.

Sortie salles France: 28 Février 1996. U.S: 5 Janvier 1996

FILMOGRAPHIE: Terry Gilliam est un réalisateur, acteur, dessinateur, scénariste américain, naturalisé britannique, né le 22 Novembre 1940 à Medicine Lake dans le Minnesota. 1975: Monty Python: Sacré Graal ! (co-réalisé avec Terry Jones). 1976: Jabberwocky. 1981: Bandits, bandits. 1985: Brazil. 1988: Les Aventures du Baron de Munchausen. 1991: The Fisher King. 1995: l'Armée des 12 Singes. 1998: Las Vegas Parano. 2005: Les Frères Grimm. 2006: Tideland. 2009: L'imaginarium du docteur Parnassus. 2013: Zero Theorem.

Il s'agit probablement du plus beau film de la carrière de Terry Gilliam avec l'inégalable Brazil si j'ose dire. Car en abordant la thématique de l'apocalypse à travers la menace d'un virus meurtrier à échelle planétaire, le réalisateur nous conçoit un grand film à suspense plein de rebondissements, de plages de tendresse et de poésie (écolo) sous l'impulsion d'un cast aux p'tits oignons. Tant auprès de Madeleine Stowe en psychiatre empathique prêtant finalement main forte à son patient persuadé de voyager le futur au fil de leur relation intime que Terry Gilliam transmet avec un humanisme à la fois fragile et fébrile. Bruce Willis endossant ce personnage aliéné dans la mesure où jouant sur le tableau de la rationalité puis celui de la déraison (lors de sa requête libertaire du second acte narratif à contre-emploi de ses intentions originelles), il dégage une prestance bipolaire terriblement persuasive (mais aussi ironique) à travers son espoir, sa rage et son désespoir de sauver l'humanité en remontant la filière d'une potentielle armée des singes. 

A eux deux 2, ils monopolisent brillamment l'écran au gré de leur investigation houleuse semée d'embuches et d'accalmie sentimentale que l'on observe scrupuleusement avec une attention inquiète. Quand à Brad Pit, là aussi le comédien offre l'une de ses interprétations les plus saillantes de sa carrière en rejeton erratique d'un éminent scientifique militant pour la cause animale au mépris des recherches extravagantes de celui-ci jouant dangereusement aux apprentis sorciers (avec en filigrane un message alarmiste sur l'expérimentation animale). Brad jouant notamment le demeuré en institut psychiatrique à l'aide de tics épileptiques génialement décalés/déjantés tant et si bien que l'on oublie très rapidement son illustre patronyme bankable. Finalement, l'Armée des 12 singes demeure donc autant un grand film d'anticipation d'une ampleur insoupçonnée à travers son hymne bouleversant pour la liberté la plus immaculée qu'un film d'acteurs au diapason de leur carrière tant on s'immerge dans leur résignation, leur ténacité et leur désarroi à modifier le temps comme s'il s'agissait de membres de notre famille nantis d'une mission humanitaire à l'intensité davantage galopante. 

Désormais un classique, l'Armée des 12 Singes palpite, amuse et bouleverse auprès de ses actions  (parfois un brin sciemment fantaisistes) à travers sa dimension humaniste désespérée (méritons nous de mourir par la faute de notre mégalomanie en roue libre méprisant l'homme, la nature et les espèces animales ? la question reste posée durant toute l'intrigue), véritable cri d'alarme écolo (l'industrie du "zoo" est d'ailleurs pointé du doigt) mais aussi sociétale. Quand bien même on reste ébahi par la disparité de ces vaste décors baroques surgis d'une époque indéterminée, ce qui nous permet de s'immerger dans l'action avec fascination et une appréhension réaliste plus vraie que nature. A revoir d'urgence si bien que ce poème naturaliste très amer (la fin équivoque possède 2 niveaux de lecture contradictoires) n'a pas pris une ride.

*Bruno Matéï
3è ou 4è

Box-Office France: 2 270 947 entrées en France

Récompenses: 1996 Golden Globes Meilleur acteur dans un second rôle: Brad Pitt

Saturn Awards Meilleur film de science-fiction

Meilleur acteur dans un second rôle: Brad Pitt

Meilleurs costumes: Julie Weiss

1997 Empire Awards Meilleur réalisateur: Terry Gilliam

jeudi 5 mai 2022

Bull

                                                    Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Paul Andrew Williams. 2021. Angleterre. 1h28. Avec Neil Maskell, David Hayman, Tamzin Outhwaite, Lois Brabin-Platt 

Sortie salles Angleterre: 5 Novembre 2021

FILMOGRAPHIE: Paul Andrew Williams (né en 1973 à Portsmouth, Angleterre ) est un scénariste, producteur, acteur et réalisateur britannique. 2021: Bull. 2015: Eichmann Show (TV Movie). 2014: Murdered by My Boyfriend (TV Movie). 2012: Song for Marion. 2010 Cherry Tree Lane. 2008 Bienvenue au cottage. 2006 London to Brighton. 


A double tranchant. 
Par le réalisateur du sympathique Bienvenue au Cottage, Bull est une curiosité aussi étrange qu'ombrageuse eu égard de son ossature narrative simpliste misant sur les flash-back, sur la croisée des genres (polar, thriller, horreur) et surtout le déversement d'une violence à la fois âpre et grand-guignol pour maintenir l'intérêt d'un pitch oh combien éculé. Ce que le British Paul Andrew Williams parvient à gérer efficacement sous l'impulsion d'une galerie d'engeances aux gueules striées qu'on a plaisir à reluquer de par leur bassesse mutuelle à se débarrasser d'un des leurs depuis que ce dernier fut délassé par son épouse. 


Or, Bull est déterminé à récupérer son fils que celle-ci a kidnappé avec l'aide de sa famille mafieuse. D'ailleurs, dans sa gueule triviale de chieur malgré lui (voir la séquence irritante où il asperge abondamment son fils et les invités d'un barbecue à l'aide d'un tuyau d'arrosoir) Neil Maskell monopolise l'écran de son omniprésence spectrale en justicier crapoteux usant d'exactions à la fois sadiques et barbares pour parvenir à ses fins. Si bien qu'à travers sa présence vrillée quelque peu décalée dans une certaine mesure, Bull distille une ambiance à la fois baroque et putride en exploitant notamment la scénographie vertigineuse d'une fête foraine. Certaines situations débridées demeurant d'une intensité assez folingue lorsque celui-ci embarque une de ses proies dans un manège à sensation alors que l'instant d'après notre bourreau aura droit à son tour à un confinement sur la grande roue. 


Vigilante movie aussi bien putride que primitif de par son déchainement de violence en roue libre que Paul Andrew William exploite dans un réalisme mortifère, Bull finit par surprendre véritablement auprès de son épilogue horrifique à consonnance ésotérique. Une trouvaille originale qui sied plutôt bien à l'ambiance baroque qui irrigue toute l'intrigue à travers cette déchéance criminelle littéralement immorale. Tant et si bien que chaque antagoniste demeure délectable d'hypocrisie fétide et de lâcheté baveuse dans leur cynisme putassier. A découvrir.

P.S: à privilégier indubitablement la VO pour son réalisme hardcore. 

*Bruno Matéï

mercredi 4 mai 2022

Sierra Torride / Two Mules for Sister Sara

                                      Photo empruntée sur Google, appartenant au site Senscritique.com

de Don Siegel. 1970. U.S.A./Mexique. 1h40. Avec Clint Eastwood, Shirley MacLaine, Manolo Fabregas 
Alberto Morin, David Estuardo, José Chavez.

Sortie salles France: 1er Juillet 1970. U.S: 24 Juin 1970

FILMOGRAPHIE: Don Siegel (Donald Siegel) est un réalisateur et producteur américain, né le 26 Octobre 1912 à Chicago en Illinois, décédé le 20 Avril 1991 à Nipoma, en Californie. 1956: l'Invasion des Profanateurs de Sépultures. 1962: l'Enfer est pour les Héros. 1964: A bout portant. 1968: Police sur la ville. 1968: Un Shérif à New-York. 1970: Sierra Torride. 1971: Les Proies. 1971: l'Inspecteur Harry. 1973: Tuez Charley Varrick ! 1974: Contre une poignée de diamants. 1976: Le Dernier des Géants. 1977: Un Espion de trop. 1979: l'Evadé d'Alcatraz. 1980: Le Lion sort ses griffes. 1982: Jinxed.

La classe impériale de voir réunir dans un seul et unique western (atypique) Clint Eastwood, Shirley Mc Cain, Ennio Morricone, Don Siegel. Que demandez de plus ? Un bon scénario scindé en 2 parties contradictoires à travers ses ruptures de ton et de rythme, la complémentarité cocasse d'un duo improbable, des dialogues ciselés, un contexte historique où les français ont le mauvais rôle de colonialistes à s'approprier les terres mexicaines, de l'humour pittoresque et de la violence étonnamment sanguine, notamment auprès de son final explosif que n'aurait renié Sam Peckinpah avec sa Horde Sauvage réalisé 1 an plus tôt. Tourné en scope au sein de magnifiques décors naturels, épaulé qui plus est d'une rutilante photo, Sierra Torride est un régal à tous les niveaux, techniques, formels, narratifs. Et ce de la première à la dernière minute sous l'impulsion du score entêtant d'Ennio Morricone jonglant à merveille avec les sonorités aussi légères que décomplexées. Ainsi donc, 1h42 durant, nous suivions d'un oeil à la fois amusé, attentif et passionné les pérégrinations d'Hogan, mercenaire en quête d'un trésor que des français colonialistes détiennent dans leur fort, et de Sara, carmélite sauvée in extremis par celui-ci d'un viol perpétré par 3 bandits. 

L'intérêt de l'intrigue émanant de leurs rapports gentiment contradictoires à se connaître et s'entraider mutuellement pour un enjeu humanitaire (sauver le peuple mexicain en endossant les fonctions de mercenaires révolutionnaires) en faisant part des valeurs du Bien et du Mal qu'inculque sans éloquence la religieuse auprès de l'étranger machiste. Toutes les séquences intimes que Don Siegel traite sobrement demeurant redoutablement efficaces (émaillé de dangers imprévus !) et si réalistes eu égard du refus de fioriture du cinéaste à dresser leurs rapports humains en voie solidaire et de reconnaissance. A l'instar de cette incroyable et long supplice de la flèche plantée dans l'épaule d'Hogan que soeur Sara aura pour gageure de délivrer de sa chair mutilée. Un moment éprouvant non dénué d'humour (en mode sarcasme), qui plus est rehaussé d'un montage très habile lorsque la fléchette s'extirpe subitement du corps après y avoir été cautérisée. Une séquence fulgurante d'un réalisme encore aujourd'hui percutant, et ce près d'un demi-siècle plus tard. Quant à sa seconde partie impartie à la stratégie belliqueuse, Don Siegel adopte un parti-pris autrement épique et quelque peu sauvage à la gestion millimétrée lorsque mercenaires et peuple mexicain s'unifient afin de donner l'assaut aux militaires français. De nombreuses séquences spectaculaires redoutablement charpentées alors qu'au préalable on se prenait de passion pour leur planification militaire studieusement pensée et départagée. 


Outre son intrigue superbement structurée (n'hésitant pas à dénoncer en filigrane lors d'une âpre exécution les châtiments expéditifs des militaires Français auprès du peuple mexicain), Sierra Torride pétille de charme, d'humour, de tendresse et de douce insolence (le métrage ne cède nullement aux chamailleries hystériques en règle, bien au contraire) sous l'impulsion de la délicieuse Shirley MacLaine en religieuse posée, audacieuse et réfléchie, et de Clint Eastwood en mercenaire solitaire apprenant peu à peu considérer la valeur de la femme lors de son initiation forcée auprès d'une idéologie religieuse. Ajoutez à la cerise sur le gâteau (sans édulcorant) un savoureux twist redoutablement espiègle que personne n'aura vu v'nir (en dépit de ses indices disséminés ici et là). Alors j'ose le dire sans ambages pour parfaire mon vif intérêt au travail de Siegel, Sierra Torride demeure un chef-d'oeuvre imputrescible par sa jeunesse singulière héritière des Seventies auprès de ce duo iconique rarement traité dans le paysage westernien.  

Dédicace à Thierry Savastano.

*Bruno Matéï
2èx

Récompense: Laurel Awards 1971 : Golden Laurel (3e place) du meilleur interprète d’un film d’action à Clint Eastwood

lundi 2 mai 2022

Ego / Pahanhautoja. Grand prix et prix du jury jeunes; Gerardmer 2022.

                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Hanna Bergholm. 2022. Finlande. 1h31. Avec Siiri Solalinna, Sophia Heikkilä, Jani Volanen, Reino Nordin, Oiva Ollila, Ida Määttänen.

Inédit en salles. Dvd / Vod le 27 Avril 2022

FILMOGRAPHIEHanna Bergholm est une réalisatrice, actrice et scénariste finlandaise. 2022: Ego. 


Chrysalide
Très particulier et quasi antipathique par son climat hermétique et sa galerie de personnages pas très attachants (en dehors de l'héroïne infantile), Ego ne plaira pas à tous. Mais il s'agit d'une vraie proposition Fantastique comme on en voit trop peu depuis des décennies. En gros, on nous décrit de manière aussi originale que saugrenue l'émancipation d'une jeune gymnaste de son carcan maternel par le biais de la métamorphose. Mais chut, n'en disons pas plus car moins vous en saurez, mieux les effets de surprise agiront sur votre conscience attentive aux faits et geste de la candide Tinja. Une fillette fragile désireuse de préserver la vie d'un étrange oiseau après que sa mère égoïste tua sa génitrice. Visuellement très soigné auprès de son onirisme limpide faussement serein, perturbant, dérangeant et quelque peu malsain de par l'évolution narrative que l'on ne parvient pas maîtriser, Ego ne peut laisser indifférent l'amateur de Fantastique atypique pour qui sait apprécier les oeuvres personnelles jonglant intelligemment avec les ruptures de ton. A condition toutefois d'y être préparé et averti tant son ambiance perpétuellement inquiétante demeure aussi indicible qu'austère. Bref, Ego ne souhaite pas nous caresser dans le sens du poil pour mieux nous surprendre et laisser quelques traces indélébiles dans l'encéphale. 

*Bruno Matéï

vendredi 29 avril 2022

Lake Placid

                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site Cinemapassion.com

de Steve Miner. 1999. U.S.A/Canada. 1h22. Avec Bill Pullman, Bridget Fonda, Oliver Platt, Brendan Gleeson, Betty White, David Lewis.

Sortie salles France: 5 Juillet 2000. U.S: 16 Juillet 1999

FILMOGRAPHIE: Steve Miner est un réalisateur américain né le 18 juin 1951 à Westport, dans le Connecticut. 1981 : Le Tueur du vendredi. 1982 : Meurtres en 3 dimensions. 1986 : House. 1986 : Soul Man. 1989 : Warlock. 1991 : À cœur vaillant rien d'impossible. 1992 : Forever Young. 1994 : Sherwood's Travels. 1994 : My Father, ce héros. 1996 : Le Souffre-douleur. 1998 : Halloween, 20 ans après. 1999 : Lake Placid. 2001 : Texas rangers, la revanche des justiciers. 2007 : Le Jour des morts. 2009 : Blonde et dangereuse. 


Une série B pleine de charme, de séduction et d'espiègle insolence; aussi fraiche, cocasse et ludique qu'à l'orée de sa conception !
De temps en temps, et afin de préserver le souvenir touchant d'un plaisir innocent, on n'ose pas revoir ce genre de modeste série B simplement conçue pour divertir le spectateur dans une facture somme toute intègre. Car plus de 20 années plus tard, force est de constater qu'à ma surprise Lake Placid fait parti de ses réussites (mineures) ayant su traverser les épreuves du temps avec une aisance inespérée. Car aussi prévisible et éculé soit son concept horrifique inspiré des Dents de la mer et autre armada de films de monstres aquatiques, Lake Placid est un formidable divertissement tirant parti de son charme pétulant par l'exubérance des personnages communément fringants et décomplexés à se chamailler pour de pittoresques vétilles, et du savoir-faire de Steve Miner dénuée de prétention à exploiter sa thématique puisque bâti sur l'efficacité de ses situations de danger à la fois fluettes et horrifiques. Le réalisateur parvenant à conjuguer 1h22 durant, et ce sans un soupçon d'ennui à l'horizon, drôlerie, (pointe de romance) et horreur avec une bonhomie naïve constamment attachante. Alors que les situations demeurent moins convenues qu'escompté pour nos plus grand plaisir fureteur grâce à leur inventivité  particulièrement saugrenue mais sciemment décomplexée ! Le récit tournant autour d'une inlassable traque lorsqu'une paléontologue, un garde forestier, un shérif et un professeur s'unissent pour chasser un crocodile géant planqué sous le lac du comté d'Aroostook.

Nanti d'une photo chaleureuse et de surprenants effets-spéciaux en animatronique conçus par le spécialiste Stan Winston (certains plans détaillés sont bluffants de réalisme alors que d'autres heureusement plus concis y sont un tantinet perfectibles), Lake Placid charme les mirettes auprès de son cadre champêtre si solaire et rassurant et des apparitions du monstre que Steve Miner exploite le plus souvent habilement afin d'y créer effets de surprise et fascination formelle de par l'aspect vériste de la bête aussi carnassière qu'insolente. Celle-ci étant capable d'avaler toute crue (ou presque) une vache, un ours ou un hélico alpagué dans sa vaste mâchoire alors que nos protagonistes s'efforcent de déjouer son appétit insatiable à l'aide d'un irrésistible sentiment de panique truffé de dérision. Tant auprès de la chieuse paléontologue en herbe que Bridget Fonda endosse avec une simplicité à la fois espiègle et attendrissante que du professeur lunaire (Oliver Platt très à l'aise dans sa photogénie innée) féru d'amour pour la cause animale à travers sa divinité reptilienne. Quand bien même le garde forestier (Bill Pullman étonnamment discret et quelque peu timoré à oser livrer ses sentiments) et le shérif Hank Keough (Brendan Gleeson dans une posture chafouine jamais antipathique) tentent de gérer la situation avec une autorité bonnard. Nos lurons parfois accompagnés d'adjoints, de secouristes et d'une voisine décatie (au bagou rustre) inspectant les lieux pour y traquer le croco en disséminant sur leur chemin solidaire une moisson de gags gentiment cocasses, badins ou carrément impayables. 

Autant préciser que l'esprit de camaraderie est également la plus-value de cette série B sémillante reposant sur l'irrésistible naïveté de leurs situations de légèreté et des attaques cinglantes du monstre qu'ils tentent de piéger avec un amateurisme pour autant payant. A revoir d'urgence donc pour tous les amateurs irréductibles et à trôner précautionneusement après de son alter ego L'Incroyable Alligator auquel il se porte digne étendard. Dommage d'ailleurs que depuis sa sortie Lake Placid se coltine de manière aussi incompréhensible une mauvaise réputation auprès de la majorité des critiques alors que 5 autres suites (toutes plus inutiles que les autres) verront le jour afin d'épuiser la recette par  opportunisme. 

*Bruno Matéï
2èx

mercredi 27 avril 2022

Animal Kingdom. Grand Prix du Jury, Sundance 2010.

                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site cinemaclock.com

de David Michôd. 2010. Australie. 1h53. Avec Guy Pearce, Ben Mendelson, Joel Edgerton, Jackie Weaver, Luke Ford, Sullivan Stapleton, James Frecheville, Tony Hayes, Justin Rosniak.

Sortie salles France: 27 Avril 2011. Australie: 3 Juin 2010

FILMOGRAPHIEDavid Michôd est un réalisateur et scénariste australien né le 30 novembre 1972 à Sydney. 2010 : Animal Kingdom. 2014 : The Rover. 2017 : War Machine. 2019 : Le Roi (The King). 

Après avoir été nominé 18 fois aux AFI Awards (l'équivalent de la cérémonie des Oscars), le premier long de l'australien David Michôd (ancien rédacteur en chef de revue de cinéma) se voit attribuer 10 récompenses dont celui du Meilleur Film et du Meilleur Réalisateur au sein de son pays natal. Alors qu'au festival de Sundance, il triomphe pour rajouter à son palmarès le Grand Prix du Jury. Rien que ça. Mais pas que, si bien qu'il vous suffira de jeter un oeil sur la suite de ses trophées à l'issue de ma chronique. Le succès public et critique de cette tragédie funèbre est donc amplement mérité et justifié tant l'intrigue profondément funeste magnétise l'esprit du spectateur de par sa noirceur implacable faisant office de chemin de croix fatal. Un film choc que ce chef-d'oeuvre mortifié dont on ne sort pas indemne par la géométrie de sa mise en scène à couper au rasoir. Le PitchDans la banlieue de Melbourne, après la mort par overdose de sa mère, le jeune Joshua part vivre chez sa grand-mère en compagnie de ses fils marginaux, de dangereux criminels sur le déclin. Autant dire que Josh arrive au mauvais moment, surtout après avoir été témoin indirect de la mort de deux policiers. Dès lors, le jeune garçon ne sait plus à qui s'en tenir ! Entre une police lui sollicitant de témoigner au tribunal, la menace de certains de leurs membres corrompus et sa famille sournoise dénuée de morale pour le prix de leur liberté. 

Dès le prologue aussi déconcertant que pathétique, Animal Kingdom adopte un sentiment inné d'amertume et de tristesse nonchalante. Un moment d'égarement figé dans le temps accentué d'une musique cafardeuse et de la gravité d'une voix-off machinalement narrée par notre anti-héros introverti, hagard, égaré dans ses pensées contrariées. Ainsi, à cet instant chargé de torpeur, on imagine que son passé ne fut guère gratifiant en terme d'éducation parentale et de sens moral à travers des enjeux existentiels à faible lueur d'espoir, d'amour et d'optimisme. David Michôd décrivant sans fard aucun (on peut même largement évoquer le souci documenté) la fragilité de son évolution morale à la fois précaire et indécise au fil d'une ossature narrative terriblement tragique, opaque, pessimiste, dépressive. Les acteurs au charisme animal, divinement remarquables d'expression viciée et renfrognée, se fondant dans la peau de crapules méprisables car n'hésitant pas à supprimer témoin gênant après s'être vengés pour tenter de sauver leur peau, leur patronyme, leur honneur. Dénué de fioriture sous l'impulsion d'un score sinistré magnifiquement envoûtant, Animal Kingdom nous laisse donc sur le carreau de par la montée implacable de son intensité dramatique magnifiquement dénuée de romance. Si bien qu'ici quasiment tous les protagonistes (anti-manichéens) sont dénués de vergogne en ne cessant de feindre, manipuler, lutiner pour parvenir à leur fin et ainsi asseoir leur suprématie. Sa violence acerbe, terriblement percutante n'en demeurant pas moins habilement suggérée pour toutes les occasions tristement lâches et perfides.  


Les liens du Mal
Descente aux enfers vertigineuse auprès de cet ado dubitatif en proie au soupçon de rédemption dans sa remise en question et éclairs de prises de conscience (aussi menues soient-elles). Entre quête d'une main secourable et rancoeur punitive qui pourrait lui couter la vie, Animal Kingdom nous glace d'effroi, d'amertume, de mélancolie à travers les motivations sordides de cette famille dysfonctionnelle dénuée de pitié, de scrupule, de chaleur humaine que leur matriarche simule avec cynisme haïssable. Jacki Weaver s'apparentant à une sorcière des temps modernes en mafieuse sclérosée chérissant ses rejetons avec amour fétide, pour ne pas dire faisandé dans leur train de vie vénal dénué du sens des valeurs et de la loyauté. Clairement l'un des plus grands drames criminels des années 2010 que le jeune James Frecheville électrise en ado impassible désespérément seul et isolé de tous puisque victime de sa condition orpheline lors de ses éveils de conscience bipolaires. 

*Bruno Matéï
14.01.11.
27.04.22. 2èx

Récompenses:

Festival du film de Sundance 2010 : Grand prix du jury

Festival international du film de Stockholm 2010 : Prix du meilleur scénario pour David Michôd

Australian Film Institute Awards 2010 :

Meilleur film

Meilleur réalisateur pour David Michôd

Meilleur acteur pour Ben Mendelsohn

Meilleure actrice pour Jacki Weaver

Meilleur acteur dans un second rôle pour Joel Edgerton

Meilleur scénario original pour David Michôd

Meilleur montage pour Luke Doolan

Meilleure musique de film pour Antony Partos et Sam Petty

AFI Members' Choice Award

Readers' Choice Award

Australian Directors Guild Awards 2010 : meilleur réalisateur pour David Michôd

Australian Writers' Guild Awards 2010 :

Awgie Award du meilleur scénariste pour David Michôd

Major Award pour David Michôd

Film Critics Circle of Australia Awards 2010 :

Meilleur film

Meilleur réalisateur pour David Michôd

Meilleur acteur pour Ben Mendelsohn

Meilleure actrice pour Jacki Weaver

Meilleur acteur dans un second rôle pour Joel Edgerton

Meilleur scénario pour David Michôd

IF Awards 2010 :

Meilleur réalisateur pour David Michôd

Meilleur acteur pour Ben Mendelsohn

National Board of Review Awards 2010 :

Top 10 des meilleurs films indépendants

Meilleure actrice dans un second rôle pour Jacki Weaver

Camerimage 2011 :

Prix spécial du nouveau réalisateur en compétition pour David Michôd

Prix spécial du nouveau directeur de la photographie en compétition pour Adam Arkapaw

Festival international du film policier de Beaune 2011 : Prix de la critique ex-æquo

Chlotrudis Awards 2011 : meilleure actrice dans un second rôle pour Jacki Weaver

Satellite Awards 2011 : meilleure actrice dans un second rôle pour Jacki Weaver

Festival international du film de Santa Barbara 2011 : Virtuoso Award pour Jacki Weaver

jeudi 21 avril 2022

Black Rain

                                                  Photo empruntée sur Google, appartenant au site Senscritique.com

de Ridley Scott. 1989. U.S.A. 2h05. Avec Michael Douglas, Andy Garcia, Ken Takakura, Kate Capshaw, Yusaku Matsuda, Tomisaburo Wakayama, Shigeru Kōyama, John Spencer.

Sortie salles France: 6 Décembre 1989. U.S: 22 Septembre 1989

FILMOGRAPHIE: Ridley Scott est un réalisateur et producteur britannique né le 30 Novembre 1937 à South Shields. 1977: Duellistes. 1979: Alien. 1982: Blade Runner. 1985: Legend. 1987: Traquée. 1989: Black Rain. 1991: Thelma et Louise. 1992: 1492: Christophe Colomb. 1995: Lame de fond. 1997: A Armes Egales. 2000: Gladiator. 2001: Hannibal. 2002: La Chute du faucon noir. 2003: Les Associés. 2005: Kingdom of heaven. 2006: Une Grande Année. 2007: American Gangster. 2008: Mensonges d'Etat. 2010: Robin des Bois. 2012: Prometheus. 2013 : Cartel. 2014 : Exodus: Gods and Kings. 2015 : Seul sur Mars. 2017 : Tout l'argent du monde. 2017 : Alien : Covenant. 2021 : Le Dernier Duel. 2021 : House of Gucci. 2023 : Kitbag. En préproduction : Gladiator 2 (titre provisoire). 

A l'instar de l'oublié Traquée, Black Rain fut également mésestimé lors de sa sortie, alors qu'aujourd'hui, et depuis sa sortie Blu-ray, il est réévalué par certaines critiques au point de le considérer parfois comme l'un des meilleurs films d'action des années 80. En tout état de cause, et bien que ce superbe polar pâti d'une intrigue aussi classique que prévisible, Black Rain affiche une seconde jeunesse à travers sa facture formelle ensorcelante (certains le comparent d'ailleurs à Blade Runner en plus rationnel) portée à bout de bras par le génial Michael Douglas. Celui-ci endossant avec un naturel et un aplomb indéfectibles un flic un tantinet véreux contraint de retrouver la trace d'un dangereux Yakuza en fuite au Japon. Quand bien même Andy Garcia joue le faire-valoir avec une force tranquille et cool attitude aussi attachante qu'empathique quand à sa destinée en porte-à-faux. L'intrigue utilisant intelligemment la thématique de la vendetta à travers le profil de Nick (Michael Douglas) en proie à l'initiation d'une rédemption par le biais des valeurs de l'honneur, de l'amitié et de l'intégrité que son comparse nippon Masahiro Matsumoto (Ken Takakura tout en retenue docile) lui inculquera à travers sa déontologie policière. 

Mais outre la présence solide de ces acteurs épatants de charisme à la fois distinguéet expressif, Black Rain emporte l'adhésion grâce à son esthétisme high-tech à la limite de l'anticipation. Si bien que l'on nous transfigure un étrange Japon noyé de néons, de fumées toxiques, de décors industriels au coeur d'une métropole fantasmatique multiforme. Tant et si bien que l'on pourrait même prétendre que l'action se situerait de nos jours tant Ridley Scott parvient à créer un univers high-tech à la limite du surréalisme sous l'impulsion du score très inspiré d'Hans Zimmer (sa mélodie fragile enrobant chaque image parfois élégiaque). Ainsi, en alliant le polar, le drame, l'action et un soupçon de romance (plutôt discret il est vrai), le cinéaste possède un indéniable savoir-faire esthétisant et un brio technique pour emballer en intermittence des séquences musclées (poursuites à motos ou à pied, corps à corps martiaux, gunfights pétaradants) remarquablement percutantes encore aujourd'hui. Et ce en utilisant parfois une ultra violence gore inattendue, notamment afin de renchérir son potentiel dramatique habilement géré afin de renforcer le caractère bien trempé de notre héros insolent avide de rébellion.  

Sans omettre ses chansons symptomatiques des eighties (à l'instar d'un Rocky ou d'un Cobra) lors de l'ouverture du récit et du générique de fin, Black Rain a tout pour séduire le fan de polar violent impeccablement emballé par un réal et des acteurs mutuellement inspirés. Il est donc temps de redécouvrir cet excellent divertissement riche en émotions et en immersion à travers sa leçon de civisme inculquée par la culture nippone en proie à une rancoeur ricaine quant à la triste référence de la "pluie noire" causée à la population d'Hiroshima et de Nagasaki. 

*Bruno Matéï
2èx

mercredi 20 avril 2022

The Batman

                                                   Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Matt Reeves. 2022. U.S.A. 2h57. Avec Robert Pattinson, Zoë Kravitz, Paul Dano, Jeffrey Wright, Colin Farrell, John Turturro, Andy Serkis.

Sortie salles France: 2 Mars 2022.

FILMOGRAPHIE: Matt Reeves est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 27 Avril 1966 à Rockville Centre (Etats-Unis). 1993: Future Shock (segment "Mr. Petrified Forrest"). 1996: Le Porteur. 2008: Cloverfield. 2010: Laisse moi entrer. 2014: La Planète des Singes: l'Affrontement. 2017 : La Planète des singes : Suprématie. 2022 : The Batman. 


Vengeance. 
Lestement envoûtant de par son score idoine d'une monotonie discrètement funeste, formellement splendide auprès de ses teintes ocres d'une scéno urbaine pluvieuse quasi nocturne, richement dessiné auprès de ses personnages mutuellement torturés que Robert Pattinson (tant décrié à l'annonce du projet !) parvient magnifiquement à monopoliser en y imposant sa sombre personnalité (on peut d'ailleurs parfois songer au corneille de The Crow tant il crève l'écran à chaque seconde par la hantise de sa douleur morale), épaulé il est vrai de son regard corneille à la fois vénéneux et impassible, The Batman dégage une délectable atmosphère rubigineuse au sein d'un univers crépusculaire aux confins du chaos. Tant et si bien que 2h47 durant (en écartant les titrages), ce troublant jeu de piste (et de mots) psycho-policier en quête de justice et de vérité, à contre-emploi du film de super-héros (suffit de contempler le réalisme acéré des corps à corps et courses-poursuites alambiquées hyper chiadées) car en faveur du "vigilante movie" discursif, est un grand moment de cinéma aussi prégnant et personnel que The Dark Knight de Nolan. Matt Reeves se résignant surtout à cristalliser son univers mortifère de triste actualité (la corruption politique, policière et judiciaire que la populace répugne dans une idéologie finalement vindicative si on se réfère aux esprits les plus faibles et influençables impartis au terrorisme endogène) au fil d'un schéma investigateur aussi âpre et tortueux qu'inquiétant et désespéré. 


Car si l'ambiance constamment envoûtante nous fascine sans fard aucun (et ce sans broncher d'un cil !) et que les personnages renfrognés, d'une sobriété à couper au rasoir, demeurent étonnamment expressifs dans leur héroïsme de dernier ressort (notamment une Catwoman à l'esprit frondeur en petit bout de femme acrimonieuse habitée par la haine, la rancune, le désir de meurtre), l'intensité dramatique est instillée à juste dose avant son final catastrophiste aux airs de fin de règne et du monde. Tout le récit savamment planifié se soumettant à la densité psychologique de ces protagonistes habités par la colère, la haine, le désarroi, la soif de justice, la souffrance morale surtout, de par leur solitude irréparable où la romance demeure notamment impossible. Quant au mystérieux sociopathe masqué qui irrigue l'intrigue de main de maître (euphémisme !), à situer entre le cynisme et l'arrogance perfide de Saw et surtout de Seven, il s'avère génialement perfide, glauque, effrayant, ombrageux, matois avant tout lors de ses stratégies criminelles élaborées avec un art consommé du sadisme d'après son dessein disproportionné.  Matt Reeves conjuguant donc dans l'harmonie la plus opaque le psycho-killer, le drame psychologique, le vigilante movie au gré d'un climat aqueux irrespirable. Si bien qu'il réinvente sous nos yeux transis le mythe et ses antagonistes iconiques comme s'il s'agissait d'une première fois iconoclaste. 

D'une puissance émotionnelle, formelle et narrative posée au sein d'une dystopie hallucinée tout en empruntant moult références sans jamais les singer (The Crow, Seven, Blade Runner, Le Parrain pour les plus connus); The Batman nous plaque au siège 2h47 durant sous l'impulsion d'une foule de personnages torturés éclatant communément le cadre dépressif à travers moult rebondissements et revirements d'une intelligence jamais gratuite. Tout le récit, profondément dramatique, noir, baroque et pessimiste se déclinant en passionnante réflexion sur la vengeance, l'auto-justice (tristement actuelle) sous l'oeil avisé, sous la remise en question du vengeur masqué délibéré à changer la face du monde en faisant fi de violence animale après avoir appris à gérer la maîtrise de ses sentiments destructeurs. D'une beauté funeste imparable auprès de sa maîtrise technique au cordeau esquivant à tous prix l'ombre de la surenchère, The Batman se décline en grand spectacle dépouillé pour nous laisser sans voix auprès de notre calme contenu. Le genre de métrage exhaustif de nous sortir grandi après la projo par son essentiel refus de nous laisser guider par une révolte matérielle infructueuse.

*Bruno 
09.02.24. 2èx. Vostfr

lundi 18 avril 2022

Traquée / Someone to Watch Over Me

                                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site Senscritique.com

de Ridley Scott. 1987. U.S.A. 1h47. Avec Tom Berenger, Mimi Rogers, Lorraine Bracco, Jerry Orbach, John Rubinstein, Andreas Katsulas 

Sortie salles France: 13 avril 1988. U.S: 9 Octobre 1987

FILMOGRAPHIE: Ridley Scott est un réalisateur et producteur britannique né le 30 Novembre 1937 à South Shields. 1977: Duellistes. 1979: Alien. 1982: Blade Runner. 1985: Legend. 1987: Traquée. 1989: Black Rain. 1991: Thelma et Louise. 1992: 1492: Christophe Colomb. 1995: Lame de fond. 1997: A Armes Egales. 2000: Gladiator. 2001: Hannibal. 2002: La Chute du faucon noir. 2003: Les Associés. 2005: Kingdom of heaven. 2006: Une Grande Année. 2007: American Gangster. 2008: Mensonges d'Etat. 2010: Robin des Bois. 2012: Prometheus. 2013 : Cartel. 2014 : Exodus: Gods and Kings. 2015 : Seul sur Mars. 2017 : Tout l'argent du monde. 2017 : Alien : Covenant. 2021 : Le Dernier Duel. 2021 : House of Gucci. 2023 : Kitbag. En préproduction : Gladiator 2 (titre provisoire). 

Oublié de nos jours en prime d'avoir essuyé un échec commercial à sa sortie, Traquée est un superbe thriller romantique transcendé du duo Tom Berenger / Mimi Rigers parfaitement convaincant en amants néophytes compromis par leur adultère. Celui-ci endossant un flic en herbe contraint de protéger Claire Gregory, une bourgeoise bon chic bon genre menacée par Joey Venza (Andreas Katsulas tout à fait impressionnant par sa physionomie opaque et sa posture intouchable) après avoir été témoin d'un meurtre. Superbement filmé à travers les quartiers huppés new-yorkais que Ridley Scott magnifie dans son sens du détail architectural et la disparité de ses décors classieux, Traquée conjugue avec une efficacité indéniable romance et tension au fil d'une ossature dramatique opposant la passion des sentiments et la menace du danger létal que symbolise Joey Venza aussi insidieux que délétère pour parvenir à ses fins criminelles. 

Ainsi, de par son climat davantage vaporeux et mélancolique que le trio conjugal suscite à travers l'ombre de l'adultère, Ridley Scott parvient à faire naitre une émotion à la fois poignante et émouvante quant au sort précaire de l'époux infidèle terriblement indécis à poursuivre sa nouvelle aventure avec une femme distinguée que tout oppose. Tom Berenger et Mimi Rogers insufflant sans fard des sentiments passionnels rapidement compromis par le remord mais aussi l'espoir dans leur désir de poursuivre leur relation au sein d'un contexte inhospitalier qui pourrait intenter à leur vie. Emaillé de séquences à suspense à la violence plutôt bien orchestrée, Traquée demeure un spectacle classieux d'une noble sincérité quant à la maitrise du cinéaste sublimant autant ses personnages en perdition que sa mise en scène posée éludée de complaisance, attachant autant d'importance à son esthétisme qu'à sa technicité mobile. Quant à Lorraine Bracco, quel dommage que cette actrice ne fut pas aussi reconnue (bien qu'elle ait percé dans Les Affranchis et la série TV Les Sopranos) tant elle dégage à l'écran une fraîcheur naturelle et une spontanéité charmante n'ayant rien à envier à l'actrice Lori Petty si bien que l'on peut également leur prêter une ressemblance physique.


Un divertissement plein d'émotions (contenues et fébriles) que cette romance infortunée ballotée par la contrariété morale et les intimidations de la pègre criminelle. A revoir. 

*Bruno Matéï
2èx

vendredi 15 avril 2022

X

                                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Ti West. 2022. U.S.A. 1h46. Avec Mia Goth, Jenna Ortega, Martin Henderson, Scott Mescudi, Brittany Snow

Sortie salles France: ? U.S: 18 Mars 2022

FILMOGRAPHIE: Ti West (né le 5 octobre 1980 à Wilmington, Delaware) est un réalisateur, scénariste et producteur américain surtout connu pour ses films d'horreur. 2005: The Roost. 2007: Trigger Man. 2009: Cabin Fever 2. 2009: The House of the Devil. 2011: The Innkeepers. 2012: The ABCs of Death (segment M Is for Miscarriage). 2012 : V/H/S (segment Second Honeymoon). 2013: The Sacrament. 2022: X. 


The House of the Devil, The Innkeepers, The Sacrament
. Ti West enchaine les modestes réussites à rythme métronome si bien que X ne déroge pas à la règle, bien au contraire. Car il s'agit à mes yeux de sa meilleure réussite, tout du moins en terme de mise en scène épurée où absolument rien n'est laissé au hasard. Le cinéaste possédant ce sens du détail prédominant pour nous magnétiser l'attention, et ce en y déclarant sa flamme au cinéma d'horreur des Seventies. Cette fameuse décennie à la fois autonome, décomplexée et novatrice où l'on pouvait tout oser et se permettre à peu de choses près, en dépit d'une censure à l'affut du dérapage intolérable. Particulièrement Massacre à la Tronçonneuse et ses moult références quasi omniprésentes à l'écran, le Crocodile de la Mort, et un tantinet Evil-Dead si je me réfère au salon de la grange soigneusement cadré et esthétisé que nos protagonistes emménagent pour leur tournage X underground. Ainsi donc, en jouant à fond la carte de l'hommage à une horreur séculaire que les nostalgiques ont tendance à se remémorer en révisant leurs classiques fétiches (plutôt que de se laisser tenter au dernier produit mainstream certainement imberbe - remember "Texas chainsaw influenceur" estampillée Netflix ! -), Ti West se pare d'une ambition infiniment intègre afin de ne pas singer ses modèles susnommés. Car ses situations éculées, le cadre rural solaire, les protagonistes juvéniles insouciants, l'architecture des 2 bâtisses et leur véhicule pour y accéder ont beau paraître hyper clichés, Ti West les subliment incessamment grâce à la dextérité de sa mise en scène constamment inventive privilégiant, comme avec Hooper à ses débuts, la suggestion d'une atmosphère hostile moite et palpable (il faut donc patienter 1 heure pile pour reluquer une effusion gore) avant d'embrayer vers une seconde partie autrement tendue et graphique. Ti West s'intéressant autant à schématiser sa scénographie charismatique qu'à caractériser ses protagonistes communément attachants à travers leur naïveté, leur candeur d'aborder le X sous une forme artistique. 

D'autre part, en rendant hommage aux classiques X des Seventies immortalisés par un certain John Holmes ou une certaine Ginger Lynn, Ti West transfigure ses séquences de fesse avec une classe imprévisible. Tant et si bien que les étreintes lubriques, magnifiquement éclairées de nuances jaunes orangers (en image granuleuse 4/3), demeurent même excitantes sans un soupçon de vulgarisation en dépit des positions hard inévitablement exigées. Ainsi, comme je le soulignais plus haut, Ti West adore filmer ce qu'il nous raconte en accordant un soin fétichiste pour tout ce qui se présente au sein du cadre, et ce sans céder à l'ombre d'une prétention puisque nous assistions à une authentique série B à  l'ancienne conçue avec autant d'amour et passion, que d'intelligence et de souci formel pour son atmosphère diffuse (à l'instar de cet incroyable angle en plongée observant du haut d'un lac 3 éléments patents pour mieux témoigner du précaire enjeu de survie qui s'esquisse face à la baigneuse !). Par conséquent, par l'entremise de son sujet majeur imparti à la liberté sexuelle, Ti West aborde en filigrane (et de manière totalement inattendue et burnée !) le fanatisme puritain du point de vue du cap douloureux de la vieillesse incapable de se défaire de leur frustration sexuelle. Ainsi, par cet aspect franchement repoussant y émane des séquences couillues à la fois malsaines, dérangeantes et nauséeuses que le spectateur assiste avec une impuissance voyeuriste aussi fascinante que répugnante. Et je ne parle pas des scènes gores très réussies (qui plus est entièrement artisanales), mais de la décomposition des corps véhéments en quête désespérée d'appétence sexuelle. Tendu, oppressant, angoissant puis terrifiant lorsque l'écran se pare soudainement d'une texture sanguine sous un ciel lunaire étrangement crépusculaire, X devient dès lors une effrayante descente aux enfers pour la survie en détournant intelligemment les poncifs (non, ce n'est nullement les femmes qui trinquent en premier !). Ti West précipitant l'action dans des directions génialement impromptues en jouant avec divers objets insérés dans un coin du cadre de l'écran (notamment cette TV noir et blanc diffusant inlassablement une homélie rigoriste) pour mieux nous surprendre et ainsi enjoliver son ambiance macabro-polissonne. 


Hardcore.
Se permettant en prime à certains passages d'adoucir son climat inquiétant par des accalmies musicales aussi tendres que rassurantes (sans déborder de l'intrigue), sans omettre son humour noir sous-jacent, X festoie autour du psycho-killer vintage avec une énergie retrouvée. Ti West accomplissant avec amour et passion un splendide hommage à ses aînés des Seventies dans une forme de sollicitude forçant le respect. Autant prétendre qu'il nous offre aujourd'hui le cadeau le plus abouti de sa carrière dans son dosage idoine de suggestion, de formalité et d'horreur crapoteuse sous l'impulsion de comédiens méconnus (ou néophytes) insufflant un réel atout au réalisme de l'intrigue. Un récit à la fois galopin et anxiogène beaucoup plus retors qu'il n'y parait (sa réflexion sur l'impuissance sexuelle face à un âge avancé). Avec en guise de cerise sur le gâteau faisandé un ultime rebondissement que personne n'aura vu v'nir ! Quant aux dernières news, Tim West préparerait un préquelle et une séquelle en bonne et due forme ! On s'impatiente déjà, l'écume aux lèvres.

*Bruno Matéï

Ci-joint chroniques des essentiels de Ti West