mercredi 4 mai 2022

Sierra Torride / Two Mules for Sister Sara

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

de Don Siegel. 1970. U.S.A./Mexique. 1h40. Avec Clint Eastwood, Shirley MacLaine, Manolo Fabregas 
Alberto Morin, David Estuardo, José Chavez.

Sortie salles France: 1er Juillet 1970. U.S: 24 Juin 1970

FILMOGRAPHIE: Don Siegel (Donald Siegel) est un réalisateur et producteur américain, né le 26 Octobre 1912 à Chicago en Illinois, décédé le 20 Avril 1991 à Nipoma, en Californie. 1956: l'Invasion des Profanateurs de Sépultures. 1962: l'Enfer est pour les Héros. 1964: A bout portant. 1968: Police sur la ville. 1968: Un Shérif à New-York. 1970: Sierra Torride. 1971: Les Proies. 1971: l'Inspecteur Harry. 1973: Tuez Charley Varrick ! 1974: Contre une poignée de diamants. 1976: Le Dernier des Géants. 1977: Un Espion de trop. 1979: l'Evadé d'Alcatraz. 1980: Le Lion sort ses griffes. 1982: Jinxed.

La classe impĂ©riale de voir rĂ©unir dans un seul et unique western (atypique) Clint Eastwood, Shirley Mc Cain, Ennio Morricone, Don Siegel. Que demandez de plus ? Un bon scĂ©nario scindĂ© en 2 parties contradictoires Ă  travers ses ruptures de ton et de rythme, la complĂ©mentaritĂ© cocasse d'un duo improbable, des dialogues ciselĂ©s, un contexte historique oĂą les français ont le mauvais rĂ´le de colonialistes Ă  s'approprier les terres mexicaines, de l'humour pittoresque et de la violence Ă©tonnamment sanguine, notamment auprès de son final explosif que n'aurait reniĂ© Sam Peckinpah avec sa Horde Sauvage rĂ©alisĂ© 1 an plus tĂ´t. TournĂ© en scope au sein de magnifiques dĂ©cors naturels, Ă©paulĂ© qui plus est d'une rutilante photo, Sierra Torride est un rĂ©gal Ă  tous les niveaux, techniques, formels, narratifs. Et ce de la première Ă  la dernière minute sous l'impulsion du score entĂŞtant d'Ennio Morricone jonglant Ă  merveille avec les sonoritĂ©s aussi lĂ©gères que dĂ©complexĂ©es. Ainsi donc, 1h42 durant, nous suivions d'un oeil Ă  la fois amusĂ©, attentif et passionnĂ© les pĂ©rĂ©grinations d'Hogan, mercenaire en quĂŞte d'un trĂ©sor que des français colonialistes dĂ©tiennent dans leur fort, et de Sara, carmĂ©lite sauvĂ©e in extremis par celui-ci d'un viol perpĂ©trĂ© par 3 bandits. 

L'intĂ©rĂŞt de l'intrigue Ă©manant de leurs rapports gentiment contradictoires Ă  se connaĂ®tre et s'entraider mutuellement pour un enjeu humanitaire (sauver le peuple mexicain en endossant les fonctions de mercenaires rĂ©volutionnaires) en faisant part des valeurs du Bien et du Mal qu'inculque sans Ă©loquence la religieuse auprès de l'Ă©tranger machiste. Toutes les sĂ©quences intimes que Don Siegel traite sobrement demeurant redoutablement efficaces (Ă©maillĂ© de dangers imprĂ©vus !) et si rĂ©alistes eu Ă©gard du refus de fioriture du cinĂ©aste Ă  dresser leurs rapports humains en voie solidaire et de reconnaissance. A l'instar de cette incroyable et long supplice de la flèche plantĂ©e dans l'Ă©paule d'Hogan que soeur Sara aura pour gageure de dĂ©livrer de sa chair mutilĂ©e. Un moment Ă©prouvant non dĂ©nuĂ© d'humour (en mode sarcasme), qui plus est rehaussĂ© d'un montage très habile lorsque la flĂ©chette s'extirpe subitement du corps après y avoir Ă©tĂ© cautĂ©risĂ©e. Une sĂ©quence fulgurante d'un rĂ©alisme encore aujourd'hui percutant, et ce près d'un demi-siècle plus tard. Quant Ă  sa seconde partie impartie Ă  la stratĂ©gie belliqueuse, Don Siegel adopte un parti-pris autrement Ă©pique et quelque peu sauvage Ă  la gestion millimĂ©trĂ©e lorsque mercenaires et peuple mexicain s'unifient afin de donner l'assaut aux militaires français. De nombreuses sĂ©quences spectaculaires redoutablement charpentĂ©es alors qu'au prĂ©alable on se prenait de passion pour leur planification militaire studieusement pensĂ©e et dĂ©partagĂ©e. 


Outre son intrigue superbement structurĂ©e (n'hĂ©sitant pas Ă  dĂ©noncer en filigrane lors d'une âpre exĂ©cution les châtiments expĂ©ditifs des militaires Français auprès du peuple mexicain), Sierra Torride pĂ©tille de charme, d'humour, de tendresse et de douce insolence (le mĂ©trage ne cède nullement aux chamailleries hystĂ©riques en règle, bien au contraire) sous l'impulsion de la dĂ©licieuse Shirley MacLaine en religieuse posĂ©e, audacieuse et rĂ©flĂ©chie, et de Clint Eastwood en mercenaire solitaire apprenant peu Ă  peu considĂ©rer la valeur de la femme lors de son initiation forcĂ©e auprès d'une idĂ©ologie religieuse. Ajoutez Ă  la cerise sur le gâteau (sans Ă©dulcorant) un savoureux twist redoutablement espiègle que personne n'aura vu v'nir (en dĂ©pit de ses indices dissĂ©minĂ©s ici et lĂ ). Alors j'ose le dire sans ambages pour parfaire mon vif intĂ©rĂŞt au travail de Siegel, Sierra Torride demeure un chef-d'oeuvre imputrescible par sa jeunesse singulière hĂ©ritière des Seventies auprès de ce duo iconique rarement traitĂ© dans le paysage westernien.  

Dédicace à Thierry Savastano.

*Bruno Matéï
2èx

RĂ©compense: Laurel Awards 1971 : Golden Laurel (3e place) du meilleur interprète d’un film d’action Ă  Clint Eastwood

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire