mercredi 22 mars 2017

BEYOND RE-ANIMATOR. Grand Prix au Festival du film Fantastique de Suède, 2003.

                                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site horrorfunatic.wordpress.com

de Brian Yuzna. 2003. Espagne. 1h36. Avec Jeffrey Combs, Jason Barry, Tommy Dean Musset, Bárbara Elorrieta, Elsa Pataky, Ángel Plana.

Sortie Dvd France: 2 mars 2004. U.S: 23 Avril 2003.

FILMOGRAPHIE: Brian Yuzna est un producteur, réalisateur et scénariste américain, né en 1949 aux Philippines. 1989: Society. 1990: La Fiancée du Ré-animator. 1990: Silent Night, Deadly Night 4. 1993: Le Retour des morts-vivants 3. 1996: Le Dentiste. 1998: Progeny, l'enfant du futur. 1998: Le Dentiste 2. 2000: Faust. 2003: Beyond Ré-animator. 2004: Rottweiler. 2005: La Malédiction des Profondeurs. 2010: Amphibious 3D.


13 ans après La Fiancée du Ré-animator, Brian Yuzna reprend les commandes pour nous servir sur un plateau d'airain une séquelle encore plus réussie avec Beyond Ré-animator. Banni de nos salles obscures et donc directement passé par la case DTV, ce 3è opus diablement bonnard rivalise de générosité et d'inventivité en dépit d'une intrigue reprenant à peu de choses près le même schéma narratif que le chef-d'oeuvre de Stuart Gordon. A savoir, la romance impossible entre l'assistant et sa petite amie, l'intrusion d'un nouvel antagoniste mégalo et pervers délibéré à s'approprier le sérum en guise de revanche et le carnage final qui s'ensuit envers une armée de zombies. Mais pour apporter un regain d'originalité, Yuzna a la bonne idée d'inclure un second sérum potentiellement salvateur car apte à assagir les zombies ! Interné en prison, Herbert West poursuit ses recherches avec l'aide d'un suppléant praticien. Ayant cette fois-ci mis au point le nanoplasma, un second sérum afin de canaliser la violence des ressuscités, Herbert parvient à réanimer un rat sans que ce dernier ne souffre de séquelles erratiques. Du moins en apparence car les effets secondaires du produit ne tardent pas à se manifester quand bien même une mutinerie entre prisonniers va prochainement éclater par la faute du directeur de prison véreux avide de s'approprier le sérum.


Grâce au dynamisme de sa mise en scène, à la fertilité des effets gores aussi impressionnants que réussis (merci Mr Screaming Mad George !) et à l'implication spontanée des comédiens (quel plaisir de retrouver Jeffrey Combs, l'icone moderne du savant fou toujours aussi déjanté !), Beyond Ré-animator parvient à réactualiser la franchise avec une sincérité que l'on retrouve rarement chez un Direct-To-Video. Féru du genre comme il nous l'eut déjà prouvé avec ses précédents travaux, Brian Yuzna continue de s'appliquer pour nous divertir par le biais d'une accumulation de péripéties aussi débridées que cartoonesques. A l'instar des confrontations musclées que se disputent notre duo de chirurgiens contre un directeur récalcitrant et une fiancée en dégénérescence morale. Car grâce à l'efficacité de ses situations et idées horrifiques souvent incongrues (la maraude du rat s'appropriant un pénis tranché, le détenu drogué s'injectant le sérum à moult reprises pour parfaire l'orgasme), Yuzna parvient à retrouver la démesure visuelle du 1er opus en dépit d'un budget moins important et de sa facture "téléfilmesque". Enfin, en délocalisant l'action au sein d'un centre pénitencier, Beyond Ré-animator exploite d'autant mieux son huis-clos blafard sous l'impulsion de marginaux en voie de sédition. Ce qui culmine avec un final des plus bordéliques dans son lot de pugilats couards et de sacrifice romantique où tous les coups mortels seront permis !


Fun et débridé, cocasse et gore en diable (FX artisanaux svp !), Beyond Ré-animator déclare sa révérence aux fans du genre sous l'autorité chaleureuse de Yuzna parvenant à nouveau à bricoler une formidable série B sans soupçon de prétention, entre malice et amour du Fantastique.  

Bruno Matéï
2èx

Récompense: Grand prix du film fantastique européen, lors du Festival du film fantastique de Suède 2003.

                                                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site misantropey.com

de Stuart Gordon. 1985. U.S.A. 1h26. Avec Jeffrey Combs, Bruce Abbott, Barbara Crampton, David Gale, Robert Sampson, Gerry Black.

Sortie salles France: 12 Mars 1986. U.S: 18 Octobre 1985

RécompensesPrix Spécial Section Peur, Avoriaz 1986.
Prix du Meilleur Film, Catalogne 1985.
Prix du Meilleur Film et Meilleurs Effets Spéciaux, Fantafestival 1986

FILMOGRAPHIE: Stuart Gordon est un réalisateur, producteur et scénariste américain, né le 11 Août 1947 à Chicago (Illinois).
1979: Bleacher Bums (télé-film). 1985: Ré-Animator. 1986: Aux portes de l'au-delà. 1987: Dolls. 1988: Kid Safe (télé-film). 1990: Le Puits et le Pendule. 1990: La Fille des Ténèbres. 1990: Robojox. 1993: Fortress. 1995: Castle Freak. 1996: Space Truckers. 1998: The Wonderful ice cream suit. 2001: Dagon. 2003: King of the Ants. 2005: Edmond. 2005: Masters of Horro (le cauchemar de la sorcière - Le Chat Noir). 2007: Stuck. 2008: Fear Itself.


Film-culte de la génération 80, succès public inespéré dans l'hexagone (635 284 entrées), Re-animator est également la révélation du cinéaste néophyte Stuart Gordon avant que Brian Yuzna, attitré à la production, ne soit reconnu quatre ans plus tard avec Society. En pleine mouvance du gore burlesque, le cinéaste rivalise ici d'audace et d'inventivité pour cette variation extravagante de Frankenstein. Inspiré d'une nouvelle de Howard Phillips Lovecraft, l'intrigue se focalise sur les expérimentations d'Herbert West, étudiant en médecine ayant récemment découvert un sérum permettant de réanimer les défunts. Hébergé en colocation chez Dan Cain, il débute ses expériences avec le cadavre d'un animal, le chat fraîchement décédé de son locataire. Délibéré à passer au stade supérieur, il s'entreprend de continuer l'expérience sur un être humain. Epaulé de son équipier, ils se dirigent vers la morgue de l'hôpital afin de tester le vaccin sur un cadavre. Pendant ce temps, le professeur Hill, ennemi juré de West, à la ferme intention de s'emparer de ses travaux illégaux pour accéder à la célébrité. 


A partir de ce pitch prometteur fertile en effets chocs sanglants et gags hilarants (toutes les séquences où le surveillant de police intervient avec une indolence versatile s'avèrent d'une drôlerie irrésistible !), Stuart Gordon nous concocte un bijou d'humour noir inspiré du cartoon. Nanti d'excellents maquillages de Anthony Doublin et John Naulin, Ré-animator s'en donne à coeur joie dans les démembrements, déchiquetages et décapitations que West et son acolyte outrepassent pour la réussite d'un projet improbable, rendre la vie (impossible) à des morts (erratiques) ! Ces derniers estropiés revenants à la vie dans une furie incontrôlée ! Outre l'efficacité des quiproquos, revirements et dommages collatéraux que West et Cain accumulent maladroitement, l'intrigue est également rehaussée de la fougue impétueuse des comédiens déjantés. Jeffrey Combs iconisant son personnage contemporain de Frankenstein avec l'obsession délurée de daigner coûte que coûte révolutionner la création de la vie ("il se prend pour Dieu... Mais Dieu a horreur de la concurrence !" Dixit l'accroche publicitaire ! ). Secondé par son sympathique adjoint Dan Cain, Bruce Abbott lui partage la vedette dans la peau du médecin crédule rendu irresponsable à oser lui prêter main forte. Epaulé d'une tendre compagne plongée dans le désarroi (son père vient de subir par malchance la résurrection du sérum avant de se voir infliger une camisole psychiatrique !), Barbara Crampton n'hésite pas à dévoiler ses charmes dans son plus simple appareil avant de s'égosiller, à l'instar d'une séquence nécrophile restée dans les annales. Enfin, pour incarner l'arriviste aussi mesquin que cynique, David Gale exprime un rictus sadique dans sa posture démembrée encore plus avide à parfaire ses ambitions délétères (violer Megan par le biais de sa caboche décapitée et planifier une résurrection de masse avant l'arrivée de son concurrent !).  


Jouissif et trépidant car d'une drôlerie souvent hilarante dans sa succession de gags débridés et rebondissements sanglants, Ré-animator n'a pas volé sa réputation de chef-d'oeuvre du gore excentrique que des comédiens en roue libre exacerbent à renfort d'hystérie collective !

Bruno Matéï
6èx

mardi 21 mars 2017

L'EFFROYABLE SECRET DU DR HICHCOCK

                                                                Photo empruntée sur Google, appartenant au site horrormagazine.it

"L'Orribile segreto del Dr. Hichcock" de Riccardo Freda. 1962. Italie. 1h29. Avec Robert Flemyng, Barbara Steele, Montgomery Glenn, Harriet White, Teresa Fitzgerald, Spencer Williams.

Sortie salles France: 9 Décembre 1964. Italie: 30 Juin 1962

FILMOGRAPHIE: Riccardo Freda (né le 24 février 1909 à Alexandrie, Égypte - mort le 20 décembre 1999 à Rome) est un réalisateur, scénariste et acteur italien. 1942 : Don César de Bazan
1945 : Toute la ville chante. 1946 : L'Aigle noir. 1948 : Les Misérables ou L'Évadé du bagne. 1948 : Le Cavalier mystérieux. 1949 : Le Fils de d'Artagnan. 1951 : La Vengeance de l'aigle noir. 1951 : Trahison. 1953 : Spartacus. 1953 : Les Mosaïques de Ravenne. 1954 : Théodora, impératrice de Byzance. 1956: Le Chateau des amants maudits. 1956 : Les Vampires. 1959 : Caltiki, le monstre immortel. 1960 : Le Géant de Thessalie. 1961 : Les Mongols (coréalisateur). 1961 : Le Géant à la cour de Kublai Khan. 1962 : Sept épées pour le roi. 1962 : Maciste en enfer. 1962 : L'Effroyable secret du docteur Hichcock. 1963 : Le Spectre du professeur Hichcock. 1964 : Les Deux Orphelines. 1964 : Roméo et Juliette. 1965 : L'Aigle de Florence. 1965 : Coplan FX 18 casse tout. 1966 : Roger la Honte. 1967 : Coplan ouvre le feu à Mexico.


Hymne au gothisme italien que Riccardo Freda transcende avec une maestria indiscutable, l'Effroyable secret du Dr Hichcock est un régal visuel de tous les instants sous la ciselure d'un suspense latent littéralement captivant. Entretenant de troublants rapports nécrophiles avec sa complice épouse, le Dr Hichcock intente à la vie de cette dernière après lui avoir administré son traditionnel anesthésiant lors de ses expériences sexuelles. Frappé par ce deuil sentimental, il décide de se retirer de sa demeure pour laisser les clefs à sa gouvernante. 12 ans plus tard, de nouveau marié avec la jeune Cynthia, il retourne dans sa vieille demeure en compagnie de sa fidèle domestique. Seulement, cette dernière eut offert entre temps l'hospitalité de sa soeur atteinte de démence et secrètement confinée dans une chambre. A la tombée de la nuit, Cynthia est victime d'étranges évènements, à moins que tout ceci ne soit le fruit de son imagination depuis la mort de son père. Fort d'une intrigue à suspense remarquablement charpentée instaurant en intermittence quelques rebondissements que n'aurait pas renié sir Alfred Hitchcock, l'Effroyable secret du Dr Hichcock nous entraîne dans une diabolique machination sous l'impulsion de personnages aussi interlopes qu'équivoques.


A ce titre, sa distribution charismatique s'avère en tous points infaillible comme les confirment les postures sinistres de Robert Flemyng (délectable en ambitieux chirurgien à la mine renfrognée) et de Harriet White (inoubliable en domestique timidement affable, taiseuse et chafouine). Quand bien même la scream girl Barbara Steele renoue avec ses talents vocaux pour exprimer l'effroi par le biais de sa plastique ensorcelante eu égard de son immense regard ténébreux ! Impliquée dans une posture fragile, l'actrice déploie un jeu nuancé d'appréhension, de perplexité et de désarroi face aux sombres évènements qui intentent à sa tranquillité. Formellement splendide, tant auprès de ses magnifiques décors domestiques que de ses éclairages stylisés à la lisière du surnaturel, L'Effroyable secret... envoûte les yeux par son climat gothique à la fois vénéneux et expérimental (lumières criardes subitement variantes d'un plan à un autre). Audacieux par son propos scabreux, Riccardo Freda exploite la thématique de la nécrophilie de manière tacite plutôt qu'explicite. Car si le prologue ainsi qu'une autre séquence d'étreinte sépulcrale ne fait aucun doute quant aux déviances sexuelles du Dr Hichcock, le réalisateur préfère ensuite les occulter au profit d'une ossature narrative calibrée non avare de péripéties et d'obscures interrogations. A l'instar de l'éventuelle implication de la gouvernante et du mystérieux premier cadavre (à la chevelure brune) qu'Hichcock exhume de sa tombe en pleine nuit. Solidement mis en scène avec autonomie, Riccardo Freda offre ses lettres de noblesse à un gothisme moderne et épuré (Argento aurait pu notamment s'en inspirer pour ses futurs travaux baroques !) tout en rendant hommage au maître du suspense dans sa mécanique aussi bien huilée que machiavélique. D'ailleurs, le final terrifiant dévoilant l'envers des masques perfides s'avère d'autant plus impressionnant sous le pilier du thème Spoil ! du vampirisme fin du Spoil quand bien même l'audace d'une prochaine mise à mort à la fois cruelle et malsaine nous ébranle en tenant compte aussi du contexte de l'époque !


Diamant noir du gothisme transalpin à la perversité raffinée, l'Effroyable secret du Dr Hichcock perdure son pouvoir hypnotique par sa fulgurance stylisée, le jeu inflexible des comédiens et la dextérité d'une intrigue fétide en dépit d'éventuelles incohérences que Riccardo Freda préfère peut-être occulter afin d'alimenter ambiguïté et mystère. Un chef-d'oeuvre immuable que cette pièce maîtresse d'ambiance horrifique aussi archaïque que novatrice ! 

Eric Binford.
2èX

lundi 20 mars 2017

ROGUE ONE: A STAR WARS STORY

                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site lestoilesheroiques.fr

de Gareth Edwards. 2016. U.S.A. 2h14. Felicity Jones, Diego Luna, Donnie Yen, Ben Mendelsohn, Jiang Wen, Forest Whitaker, Mads Mikkelsen, Alan Tudyk, Riz Ahmed, Spencer Wilding et Daniel Naprous, James Earl Jones, Genevieve O'Reilly, Alistair Petrie, Paul Kasey.

Sortie salles France: 14 Décembre 2016. U.S: 16 Décembre 2016

FILMOGRAPHIEGareth Edwards est un réalisateur, scénariste et producteur britannique, né le 31 Décembre 1975. 2010 : Monsters. 2014 : Godzilla. 2016: Rogue One: a star wars story.


Spectacle enchanteur de guerre et d'aventures à couper le souffle, Rogue One: A Star Wars Story est une grandiose odyssée au souffle épique aussi persuasif que l'imputrescible l'Empire-contre attaque ! Alors que les derniers épisodes, trop lisses et conventionnels, car dénué d'âme et d'esprit créatif n'ont jamais su retrouver la magie de la saga originelle, Gareth Edwards est aujourd'hui parvenu à réactualiser le mythe avec une humilité et une maestria ébouriffantes ! Les séquences d'action, aériennes et terriennes, s'avérant d'une intensité vertigineuse, de par la fluidité et la rigueur de la réalisation, du montage ultra dynamique et du sens du découpage (rien n'a été laissé au hasard dans le moindre cadre !). Outre ses explosions dantesques de batailles tantôt spatiales, tantôt terriennes, les décors grandioses, les figurants réunis en masse (sans faire office de remplissage) et son design formel (telle la scénographie instaurée sur la plage tropicale !) décuplent le dépaysement que le spectateur éprouve à la manière d'un rêve de gosse.


Car 37 ans après la sortie de l'Empire..., Gareth Edwards est parvenu de mon point de vue subjectif à renouer avec mes émotions d'adolescence pour le sens féerique imputé à sa forme et pour la densité des personnages remarquablement dessinés, et ce jusqu'aux seconds rôles. Je pense prioritairement à la troupe des rebelles que Jyn Erso est parvenu à recruter avec l'aide d'un androïde transfuge (oh combien crédible !) afin de pouvoir récupérer les plans de l'étoile noire que son père eut secrètement préservé. Au-delà de l'aspect festif du spectacle aussi généreux qu'attachant (alors qu'il ne cède jamais à une vaine esbroufe !), la dimension dramatique de l'intrigue est également son point positif si bien que les thèmes de l'amour, de la vengeance et du sens du sacrifice étroitement liés au destin de Jyn Erso extériorisent quelques séquences véritablement poignantes et épurées (j'en ai même versé des perles de larmes lors d'un bref instant d'adieu). Si Felicity Jones ne délivre pas une interprétation inoubliable, son charisme sentencieux, sa foi humaine et sa volonté pugnace de compromettre les plans de l'Empire se traduisent avec assez de vigueur morale pour qu'on se laisse prendre à son jeu dramatique. La sobriété de la distribution étant justement une plus-value auprès de sa construction narrative lorsqu'il s'agit de préméditer des stratégies d'attaques ou de brosser des plages d'intimité autour des rapports familiaux ou romantiques de Jyn en initiation héroïque (sans toutefois être sur le front comme ses autres compagnons).


Par le biais d'une histoire simple mais forte, Gareth Edwards est donc parvenu avec Rogue One à redorer un sang neuf à la saga en donnant chair à des personnages matures d'une belle densité morale (à l'instant du guerrier aveugle croyant à la force de manière bien spécifique !). Un nouveau divertissement familial extrêmement sincère et généreux si bien qu'en terme de création d'univers chimérique, Rogue One renoue tout simplement avec la magie du grand spectacle épique. 

Bruno Dussart

vendredi 17 mars 2017

TRAQUE A BOSTON

                                                                      Photo empruntée sur Google, appartenant au site cineday.orange.fr

"Patriots Day" de Peter Berg. 2016. U.S.A. 2h13. Avec Mark Wahlberg, Kevin Bacon, John Goodman, J. K. Simmons, Michelle Monaghan, Vincent Curatola.

Sortie salles France: 8 Mars 2017. U.S: 13 Janvier 2017

FILMOGRAPHIE: Peter Berg est un réalisateur, acteur, producteur, scénariste et compositeur américain, né le 11 Mars 1962 à New-York.
1998: Very Bad Things. 2003: Bienvenue dans la jungle. 2004: Friday night lights. 2007: Le Royaume. 2008: Hancock. 2012: Battleship. 2013: Du sang et des larmes. 2016: Deepwater. 2016: Traque à boston.


Réalisateur touche à tout capable du meilleur et de quelques ratés, Peter Berg n'en finit plus de nous surprendre depuis ses récents succès Du sang et des Larmes et Deepwater alors qu'il se fit connaître avec une première oeuvre diablement réjouissante, la comédie sardonique Very Bad Things. Aujourd'hui, il s'implique à nouveau dans l'adaptation du fait divers pour mettre en boite Traque à Boston. Un titre simpliste mais prometteur faisant d'ailleurs quelque peu écho aux polars des années 70. Le 15 Avril 2013, des terroristes commettent deux attentats en plein marathon de Boston. Recherchés par toutes les polices, le duo est sur le point de parfaire une nouvelle attaque quand bien même le sergent Tommy Saunders s'efforce de retrouver leur trace avec l'appui du FBI. A travers ce fait divers tragique fustigeant à nouveau le spectre du terrorisme, Peter Berg emprunte le schéma du thriller à suspense parmi une solide maîtrise et un sens acéré de l'efficacité.


A l'instar de son unique séquence d'action aussi virtuose qu'anthologique nous immergeant de plein fouet au sein d'une guérilla urbaine à feu et à sang ! D'une vigueur et d'un réalisme hallucinants, la réalisation assidue nous plaque au siège lors de ses échanges de tirs et de bombes que se disputent policiers et terroristes. Au-delà de cet affrontement belliciste proprement vertigineux qu'on croirait sorti d'un film de guerre, Peter Berg s'efforce toutefois de fidéliser l'action des évènements avec sobriété et dignité. Le mise en scène studieuse prenant son temps dans une fidèle chronologie de retracer l'enquête et la longue traque qu'éprouve la police après nous avoir reconstitué sans esbroufe (mais avec un réalisme pénible) les deux explosions meurtrières du marathon de Boston. Du point de vue des terroristes en fuite, Peter Berg peaufine notamment avant la traque promise une nouvelle tentative d'attentat qu'ils s'efforcent à nouveau de perpétrer sous le schéma d'un suspense haletant. Certaines séquences furieusement anxiogènes (mais expurgées de fioritures) insufflant une tension terriblement viscérale lorsque deux victimes tenteront vaillamment de s'extirper de leur situation de danger létale. Quant à sa distribution virile, et en dépit du talent infaillible de nos illustres seconds-rôles (Kevin Bacon, John Goodman se partagent la vedette avec une mutuelle autorité), Mark Wahlberg s'investit à nouveau dans une posture pugnace avec charisme et modestie si bien que l'intensité des sombres évènements qui empiètent l'intrigue émanent notamment de sa constance à appréhender les criminels en dépit d'un handicap corporel ! (il boite de la jambe droite suite à un accident).


Sans jamais sombrer dans la série B de comptoir afin de divertir un public facile, Traque à Boston redore le blason du thriller à suspense avec un savoir-faire technique et une digne sobriété si je me réfère à la fidélité de sa reconstitution historique et au témoignage imputé aux victimes des attentats et secouristes (images d'archives, interview des survivants à l'appui en guise d'épilogue) pour nous laisser en mémoire un poignant hommage jamais sirupeux. 

Bruno Matéï

jeudi 16 mars 2017

L'EMPIRE DE LA TERREUR

                                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site kebekmac.blogspot.fr

"Tales of Terror" de Roger Corman. 1962. U.S.A. 1h29. Avec Vincent Price, Maggie Pierce, Leona Gage, Edmund Cobb, Peter Lorre, Joyce Jameson, John Hackett, Lennie Weinrib, Wally Campo, Alan DeWitt, Basil Rathbone, Debra Paget, David Frankham.

Sortie salles France: 12 Avril 1972. U.S: 4 Juillet 1962

FILMOGRAPHIE: Roger Corman est un cinéaste américain, né le 5 avril 1926 à Détroit, Michigan
1955: Day the World Ended. 1956: It's Conquered the World. 1957: Rock all Night. 1957: l'Attaque des Crabes Géants. 1957: Not of this Earth. 1957: Vicking Women. 1957: The Undead. 1958: War of the Satellites. 1958: She-Gods of Shark Reef. 1958: Swamp Women. 1958: Teenage Caveman. 1958: Mitraillette Kelly. 1959: Un Baquet de Sang. 1960: La Petite Boutique des Horreurs. 1960: La Chute de la Maison Usher. 1961: Ski Troop Attack. 1961: La Chambre des Tortures. 1961: Atlas. 1962: The Intruder. 1962: l'Enterré Vivant. 1962: l'Empire de la Terreur. 1962: La Tour de Londres. 1963: Le Corbeau. 1963: La Malédiction d'Arkham. 1963: l'Horrible cas du Dr X. 1963: l'Halluciné. 1964: Le Masque de la Mort Rouge. 1964: l'Invasion Secrète. 1965: Le Tombe de Ligeia. 1965: Not of this Earth. 1966: Les Anges Sauvages. 1967: l'Affaire Al Capone. 1967: The Trip. 1970: Bloody Mama. 1971: Gas-s-s-s. 1971: Le Baron Rouge. 1990: La Résurrection de Frankenstein.


Quatrième adaptation de Poe supervisée par le maître Roger Corman, l'Empire de la Terreur regroupe 3 anthologies auquel se télescopent harmonieusement les thèmes de la jalousie, de la vengeance, de l'adultère et du surnaturel. D'une durée écourtée de 22 minutes, le 1er sketch intitulé Morella illustre la vengeance d'une mère de famille morte en couche par la cause de sa fille. 26 ans plus tard, et pour se faire pardonner, cette dernière rend visite à son père au sein de sa poussiéreuse demeure. Mais celui-ci, passéiste et mélancolique, n'est pas prêt de lui accorder la rédemption. Si Morella s'avère inévitablement l'épisode le plus faible de la trilogie, Roger Corman parvient toutefois à maintenir l'attention grâce à l'esthétisme envoûtant d'une demeure sclérosée et à sa faculté de nous faire croire à l'improbable lorsqu'un fantôme vindicatif décide de prendre sa revanche sur son passé galvaudé. L'interprétation fort convaincante (Vincent Price en tête dans un rôle assez proche du personnage meurtri et solitaire d'Usher !) rehaussant l'intensité des enjeux humains compromis par les sentiments de remord, de rancoeur et de pardon.


Le second sketch, Le Chat Noir, constitue une savoureuse comédie horrifique lorsqu'un époux alcoolique se voit contraint de concurrencer un dégustateur de vin lors d'une soirée arrosée au sein d'une auberge. Epris d'amitié, Montresor invite le dégustateur Fortunato à son domicile, quand bien même ce dernier ne reste pas insensible aux charmes d'Annabel, épouse soumise au vieux machiste. Par le biais d'une intrigue charpentée émaillée de situations cocasses, Vincent Price et Peter Lorre s'en donnent à coeur joie dans le mimétisme outrancier pour nous livrer un irrésistible numéro d'acteurs. Je songe inévitablement à l'épreuve du vin que nos deux compétiteurs affrontent avec un cabotinage volontairement badin. Outre l'aspect fantaisiste de son intrigue et des péripéties que Montresor accuse lors de ses hallucinations d'ébriété ou de ses querelles avec un chat, l'esthétisme raffiné des décors gothiques (taverne chaleureuse, ruelles touristiques et foyer victorien) nous ensorcelle à nouveau si bien que Roger Corman nous immerge d'autant mieux dans son époque vétuste par le truchement d'une flamboyante photographie. On s'amusera également, et pour parachever, de son astucieuse chute sardonique que les amateurs connaissent sans doute sur le bout des doigts !


La dernière anthologie prénommée La Vérité sur le cas de M. Valdemar s'avère assurément la plus originale et captivante lorsqu'un hypnotiseur tente de percer les secrets d'une éventuelle vie après la mort avec l'accord de son patient moribond. Au centre de cette incroyable énigme, un triangle amoureux va sévèrement compromettre l'enjeu spirituel pour culminer une fois encore à une vengeance d'outre-tombe. Vincent Price, au jeu cette fois plus sobre, et le charismatique Basil Rathbone s'affrontant avec une autorité dandy, quand bien même la sublime Debra Paget (bon dieu, quelle déesse !) électrise l'écran de sa présence chétive sous la ténuité de son regard azur.

Conclusion: Sans atteindre les niveaux autrement plus ambitieux de la Chute de la maison Usher, du Masque de la Mort rouge et de La Tombe de Ligeia, L'Empire de la terreur constitue une fort sympathique série B sous la direction de Corman vouant à nouveau son amour au genre gothique avec une intégrité indéfectible.

Eric Binford.
2èx 

mercredi 15 mars 2017

CANDYMAN 2

                                                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site alamy.com

"Candyman: Farewell to the Flesh" de Bill Condon. 1995. 1h35. Avec Kelly Rowan, Tony Todd, Veronica Cartwright, Bill Nunn, William O'Leary, Timothy Carhart

Sortie salles France: 9 Août 1995. U.S: 17 Mars 1995

FILMOGRAPHIE: Bill Condon est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur américain, né le 22 octobre 1955 à New York, aux États-Unis. 1987 : Sister, Sister. 1995 : Candyman 2. 1998 : Ni dieux ni démons. 2004 : Kinsey. 2005 : Dreamgirls. 2011 : Twilight, Chapitre IV : Révélation - 1re Partie. 2012 : Twilight, Chapitre V : Révélation - 2e Partie. 2013 : Le Cinquième Pouvoir. 2015 : Mr. Holmes. 2017 : La Belle et Bête.


En dépit de quelques meurtres spectaculaires, d'une photo sépia soignée, du jeu sobre de l'héroïne (Kelly Rowan se donne d'honnêtes moyens pour nous convaincre) et d'un final assez réussi quant aux origines du Candyman, Candyman 2 ne parvient pas à envoûter, de par sa réalisation académique et d'une intrigue superflue dénuée d'intensité. Quant à l'icone Tony Todd, il n'est plus que l'ombre de lui même dans ses tentatives infructueuses de provoquer le frisson.

15.03.17. 2èx


de Bernard Rose. 1992. U.S.A. 1h38. Avec Virginia Madsen, Tony Todd, Xander Berkeley, Kasi Lemmons, Vanessa Williams, DeJuan Guy, Barbara Alston, Caesar Brown, Kenneth A. Brown, Michael Culkin.

Sortie salles France: 20 Janvier 1993. U.S: 16 Octobre 1992
.
RécompensePrix du Public à Avoriaz en 1993.
.
FILMOGRAPHIEBernard Rose est un réalisateur, scénariste, acteur, directeur de la photographie et monteur britannique. Il est né à Londres le 4 août 1960.
1987 Body contact, 1988 Paperhouse, 1990 Chicago Joe and the Showgirl, 1992 Candyman, 1994 Ludwig van B.(Immortal Beloved),1997 Anna Karénine, 2000 Ivans xtc., 2008 The Kreutzer Sonata, 2010 Mr Nice.

.
Quatre ans après l'éblouissant Paper House, poème diaphane sur l'enfance galvaudée, Bernard Rose transpose à l'écran l'une des nouvelles de Clive BarkerThe Forbidden tiré du roman Livres de sang. Sous couvert de légendes urbaines et de superstitions alimentées par la peur des déshérités, Candyman aborde le thème de l'exclusion et de la xénophobie à travers le martyr d'un croque mitaine, symbole vindicatif de la communauté noire immolé par la haine raciale. Une étudiante et sa collègue rédigent une thèse sur les légendes urbaines. Elles décident de s'aventurer dans un quartier noir défavorisé de Chicago pour enquêter sur le célèbre mythe de Candyman. Au départ incrédule et athée, Hélène va malgré tout devenir la nouvelle cible du croque mitaine afin de la reconvertir en maîtresse des ténèbres. 
.
.
Avec l'impact d'un scénario astucieux transcendant un conte social d'une épouvantable noirceur, Candyman progresse tranquillement lors de sa première partie avec l'investigation scrupuleuse de deux étudiantes compromises au mythe des légendes urbaines. A première vue, on pourrait croire se retrouver embarquer dans un énième avatar de slasher inspiré des cavalcades insolentes d'un Freddy Krueger préalablement adulé durant les années 80. Pourtant, par le biais de cette première partie suggérant au possible tout effet horrifique, et par la diabolique présence d'un éventuel personnage chimérique, l'oeuvre austère de Bernard Rose distille un suspense anxiogène habilement diffus. Par l'entremise du personnage d'Hélène, étudiante érudite interpellée par les croyances populaires mais dubitative à toute notion de véracité, le réalisateur exploite son incrédulité pour la révéler au rang de nouvelle victime emblématique imposée par son bourreau. Car il s'agit de la vengeance implacable d'un homme de couleur préalablement massacré par une population raciste mais revenu de l'au-delà par le truchement des miroirs dès qu'une personne souhaite invoquer à 5 reprises son patronyme face à la glace. A chaque meurtre perpétré dans les bas-fonds d'un quartier insalubre gangrené par la précarité, Hélène sera malencontreusement la coupable idéale sous l'influence délétère de Candyman. Par ses exactions sanguinaires commises avec une rare sauvagerie, notre spectre revenu des limbes de l'enfer va lui imposer la responsabilité de ses odieux méfaits en lui administrant la preuve tangible de l'arme du crime apposée dans ses mains. Une manière sournoise de la contraindre à reconnaître devant la justice sa culpabilité mais aussi l'acculer à un odieux chantage infantile grâce à l'enlèvement d'un bambin préservé dans une cachette imprenable.
.
.
Cette empathie éprouvée pour la victime blanche issue d'un quartier aisé, ce sentiment d'impuissance de pouvoir clamer son innocence face à sa propre justice, cette désillusion de daigner convaincre l'improbable nous insufflent un sentiment implacablement éprouvant, intense et terrifiant. Doté d'une maîtrise technique imperturbable pour exacerber un sentiment d'angoisse tangible face aux apparitions ou exactions sanguinaires du CandymanBernard Rose dilue un malaise persistant qui ne va pas lâcher d'une seconde le spectateur ébranlé par l'invalidité d'une héroïne vouée à la damnation. L'environnement inquiétant de ces décors d'HLM saturés de graffitis criards et l'incroyable score cérémonial de Philip Glass vont également amplifier ce climat morose et cafardeux. Quand à l'apparence béante du spectre revanchard affublé d'un manteau de velours noir et armé d'un crochet amovible à la place de la main droite, il nous glace instinctivement d'effroi comme le laisse sous-entendre l'écho de sa voix gutturale ! Spoil ! Enfin, l'épilogue sardonique se réapproprie malicieusement d'une nouvelle légende urbaine à travers l'emblème féministe d'une femme blanche sacrifiée pour la cause d'une ségrégation raciale. Fin du Spoil.


Brillamment interprété par la candide Virginia Madsen, poignante de sensibilité et de désillusion se disputant la vedette avec un Toni Todd effrayant de présence mortifère, Candyman s'achemine au chef-d'oeuvre du fantastique à résonance sociale. Un conte moral particulièrement cruel dans sa peinture sans concession imputée à la haine raciale et à l'exclusion si bien que l'atmosphère urbaine suffocante nous hante dans sa détresse humaine. A redécouvrir d'urgence !

Bruno Dussart06.03.12. 

mardi 14 mars 2017

KIDS

                                                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site senscritique.com

de Larry Clark. 1995. U.S.A. 1h31. Avec Leo Fitzpatrick, Sarah Henderson, Justin Pierce, Chloë Sevigny, Rosario Dawson, Harold Hunter, Harmony Korine, Yakira Peguero.

Sortie salles France: 28 Juillet 1995 

FILMOGRAPHIELarry Clark (né le 19 janvier 1943 à Tulsa dans l'Oklahoma) est un photographe, réalisateur et directeur de la photographie américain. 1995 : Kids. 1998 : Another Day in Paradise. 2001 : Bully. 2002 : Teenage Caveman (TV). 2002 : Ken Park. 2004 : Wassup Rockers
2006 : Destricted - segment Impaled. 2012 : Marfa Girl. 2015 : The Smell of Us.


Cri d'alarme contre le fléau du Sida qu'une jeunesse déboussolée contracte en toute inconscience, Kids fait l'effet d'un électro-choc dans sa radicalité à imprimer sur pellicule un docu-fiction criant de vérité autour du mal-être existentiel. Afin de se préserver des maladies vénériennes, le jeune Telly cumule les conquêtes sexuelles de très jeune âge. Mais une de ses récentes amies, Jenny, apprend par une praticienne qu'elle est séropositive. Désespérée, elle tente d'avertir son ancien amant alors que ce dernier s'adonne librement à la débauche parmi ses camarades adeptes de drogues et d'alcool. Pour son premier essai derrière la caméra, Larry Clark impose le respect par son brio à filmer sans concession les pérégrinations urbaines de jeunes banlieusards livrés à une déchéance à la fois physique et morale.


Agrémenté de dialogues TRES crus dictés par des comédiens amateurs (ou néophytes) au charisme naturel (Rosario Dawson, étonnante de spontanéité en allumeuse impudente, Chloë Sevigny, bouleversante de désarroi auprès de sa pathologie vénérienne, Leo Fitzpatrick, plus vrai que nature en érotomane aux tendances pédos quand bien même Justin Pierce lui partage la vedette avec une identité aussi perverse !), Kids nous fait pénétrer dans leur intime quotidienneté avec un malaise viscéral prégnant. Le spectateur étant contraint d'observer malgré lui leur inlassable conversation égrillarde entre 2/3 défonces de joints et parties de jambe en l'air. Quand bien même la 1ère victime du Sida accablée d'impuissance et de chagrin tentera en dernier ressort de retrouver son amant de passage afin de lui faire assumer sa lourde responsabilité. Si Kids foudroie autant émotionnellement parlant et nous laisse en état de choc sitôt le générique écoulé, c'est notamment grâce au parti-pris de son auteur à dépeindre de la façon la plus glauque et épidermique qui soit les agissements libidineux de ces ados sans vergogne (ils ne respectent jamais la gente féminine et se complaisent dans une raillerie putassière) tributaires de l'ivresse de la baise, de la défonce et des beuveries. Mais derrière les actions triviales de ses jeunes branleurs issus de quartiers défavorisés, on ne peut toutefois s'empêcher d'éprouver une profonde tristesse et empathie quant à leur condition pubère victime de démission parentale. Incultes et désireux de brûler leur vie au jour le jour sans se soucier des conséquences du lendemain, ces Kids issus de la génération 90 insuffle une vive émotion dans leur condition fragile juvénile, dans leur exubérance ignorante à s'adonner aux dérives avec un épanouissement suicidaire.


Glauque, malsain, sordide, dérangeant et psychologiquement éprouvant, Kids nous saisit à la gorge dans sa peinture nihiliste de brosser les portraits peu recommandables de jeunes délinquants incapables de se responsabiliser face au fléau du Sida (l'un d'entre eux évoquera d'ailleurs qu'il s'agit d'une rumeur infondée). Car autour de leurs excès toxicomanes et délinquants (passage à tabac communautaire sur un jeune quidam, maraude dans une épicerie), c'est avant tout un cri d'alarme contre la contagion de la maladie que Larry Clarke dénonce avec une lucidité documentée parfois à la limite du soutenable. De ce coup de maître d'une intensité dramatique sans retenue émane un témoignage inoubliable aussi essentiel qu'accablant si bien que la réalité eut rejoint la fiction lorsque Justin Pierce (Casper) se suicida par pendaison en 2000 et qu'Harold Hunter (Harold) mourut d'un arrêt cardiaque en 2006 après avoir inhalé de la Coke. 

A Justin et Harold...

P.S: A privilégier impérativement la VOST !

Bruno Dussart.
4èX