jeudi 22 octobre 2020

La carapate

                                                      Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Gérard Oury. 1978. France. 1h40. Avec Pierre Richard, Victor Lanoux, Raymond Bussières, Jean-Pierre Darras, Yvonne Gaudeau, Jacques Frantz, Claire Richard. 

Sortie salles France: 11 Octobre 1978

FILMOGRAPHIE: Gérard Oury (Max-Gérard Houry Tannenbaum) est un réalisateur, acteur et scénariste français né le 29 avril 1919 à Paris, décédé le 20 Juillet 2006 à Saint-Tropez. 1960: La Main Chaude. La Menace. 1962: Le Crime ne paie pas. 1965: Le Corniaud. 1966: La Grande Vadrouille. 1969: Le Cerveau. 1971: La Folie des Grandeurs. 1973: Les Aventures de Rabbi Jacob. 1978: La Carapate. 1980: Le Coup du Parapluie. 1982: L'As des As. 1984: La Vengeance du Serpent à Plumes. La Joncque (inachevé). 1987: Levy et Goliath. 1989: Vanille Fraise. 1993: La Soif de l'or. 1996: Fantôme avec chauffeur. 1999: Le Schpountz.

Maître de la comédie populaire, Gérard Oury n'a point égaré sa motivation avec La Carapate réalisé en 1978. A l'arrivée, 2 923 257 entrées en France, si bien qu'il se hisse 8è au box office au grand bonheur des fans. Ainsi, cette énième aventure rocambolesque réunissant pour la 1ère fois à l'écran le duo impromptu Victor Lanoux / Pierre Richard parvient donc à se renouveler de par le savoir-faire d'Oury épaulé d'un sens du montage calibré si je me réfère aux nombreuses cours-poursuites et bastonnades qui empiètent l'intrigue. Car à travers un trépidant road movie truffé de rebondissements, quiproquos et revirements inventifs; La Carapate conjugue action, cascades, humour, romance et tendresse avec une efficacité factuelle. Outre la prestance toujours aussi sémillante du gaffeur Pierre Richard en otage juridique, Victor Lanoux demeure étonnamment à l'aise pour se prêter au jeu de la déconnade avec une spontanéité frétillante eu égard de sa posture délinquante tantôt héroïque. Gérard Oury se gaussant par ailleurs de la classe bourgeoise avec, en background, la révolution sociale de Mai 68 que notre duo témoignera malgré lui en esquivant les CRS. 

Le récit s'articulant autour de la folle carapate d'un avocat (Pierre Richard) et de son client, un condamné à mort (Victor Lanoux) étant parvenu à s'évader lors d'une émeute. Multipliant à eux deux les larcins de véhicule afin de fuir la police, ils sont entraînés dans un concours de circonstances aussi infortunées que prospères, avec, au bout de leur course, une éventuelle grâce présidentielle sous la mainmise du Général de Gaulle (que l'on entrevoit en sosie). Gérard Oury, jamais à court d'idées à la fois grotesques et débridées, enchaînant les situations les plus folingues pour divertir son public. Et ce sans se répéter en dépit de la redondance des vols de voitures soumises aux poursuites champêtres lors d'itinéraires vertigineux ou catastrophiques. Ce qui nous vaut d'ailleurs en préambule une séquence polissonne anthologique à travers le streaptease d'une catin à moitié nue que des automobilistes reluquent par la vitre de leur véhicule. Il est donc étonnant de constater qu'Oury s'adonne ici à l'érotisme folichon dans sa pluralité des genres si bien qu'à une seconde reprise (la scène de la grange convergeant vers la ferme avec l'arrivée de l'époux cocu) il se permet d'y renouer avec une dérision encore plus comique.  


Comédie fulminante traversant sans accroc les épreuves du temps, la Carapate suscite une bonne humeur et un rire galvanisants de par son rythme échevelé et la complémentarité des acteurs très impliqués dans leur fonction de trublion pugnace. 

*Bruno
3èx

mercredi 21 octobre 2020

Le Retour de Don Camillo

                                                  Photo empruntée sur Google, appartenant au site telerama.fr

"Il ritorno di don Camillo" de Julien Duvivier. 1953. France/Italie. 1h55. Avec Fernandel, Gino Cervi, Édouard Delmont, Paolo Stoppa, Alexandre Rignault, Thomy Bourdell, Tony Jacquot. 

Sortie salles France: 5 Juin 1953. Italie: 23 Septembre 1953

FILMOGRAPHIE: Julien Duvivier est un réalisateur français, né le 8 octobre 1896 à Lille et mort le 29 octobre 1967 à Paris. 1967: Diaboliquement vôtre.  1963 Chair de poule. 1962 Le diable et les 10 commandements. 1962 La chambre ardente. 1960 Boulevard. 1960 La grande vie. 1959 Marie-Octobre. 1959 La femme et le pantin. 1957 Pot Bouille. 1957 L'homme à l'imperméable. 1956 Voici le temps des assassins... 1955 Marianne de ma jeunesse. 1954 L'affaire Maurizius. 1953 Le retour de Don Camillo. 1952 La fête à Henriette. 1952 Le petit monde de Don Camillo. 1951 Sous le ciel de Paris. 1950 Dernier témoin. 1949 Au royaume des cieux. 1948 Anna Karénine. 1946 Panique. 1944 Destiny (uncredited). 1944 L'imposteur. 1943 Untel père et fils. 1943 Obsessions. 1942 Six destins. 1941 Lydia. 1939 La charrette fantôme. 1939 La fin du jour. 1938 Toute la ville danse. 1938 Marie-Antoinette (uncredited). 

Qu'il est bon de se replonger dans une comédie d'après-guerre pétrie d'innocence et de chaleur humaine à travers ses valeurs universelles (amour, amitié, solidarité, pardon), tant et si bien que l'on en redemande sitôt le générique défilé ! Car faisant suite aux vicissitudes du célèbre curé de campagne contre le maire Peppone, le Retour de Don Camillo demeure aussi réussi que son modèle sous la mainmise de son initiateur, Julien Duvivier. Débordant de loufoquerie, de tendresse et d'espièglerie, on retrouve donc notre duo divergent que Fernandel et Gino Cervi immortalise à renfort de répliques aussi éloquentes qu'incisives eu égard de l'inventivité des dialogues particulièrement enjoués. Redoutablement efficace autour de l'enjeu d'une digue que Peppone souhaite implanter afin de contrer les inondations, Le Retour de Don Camillo multiplie les affrontements verbaux et physiques parmi la complicité de certains villageois partisans du communisme (le parti de Peppone) ou de la cause chrétienne (si on se place du point de vue de la parole divine de Don Camillo). 


Fernandel
endossant une fois de plus sa soutane avec une spontanéité fringante tant il perdure une irrésistible dérision dans celui du curé toujours aussi obtus à tenir tête au maire du village. Au-delà de sa cocasserie habilement structurée au fil d'une intrigue pleine de rebondissements et de situations débridées (le fameux combat de boxe où Peppone puis ensuite Don Camillo s'emparent du ring pour braver le champion), le Retour de Don Camillo bénéficie d'un soin esthétique étonnant auprès de ses images oniriques d'une nature enneigée ou diluvienne. Ce qui converge au final d'une émouvante tendresse à travers sa cantique pour la solidarité paysanne auprès de cette population démunie comptant sur l'esprit de cohésion à travers l'homélie de Don Camillo pour s'extirper d'une catastrophe naturelle.  


Immortel car indémodable auprès du duo mythique susnommé, Le Retour de Don Camillo est un bonheur permanent à travers son savoureux condensé d'humour, de pugilats et de tendresse que cristallise toute une communauté villageoise attachée aux principes de l'amitié (si indéfectible) et de l'absolution. 10/10.

Ci-joint la chronique du Petit monde de Don Camillohttp://brunomatei.blogspot.fr/…/le-petit-monde-de-don-camil…

*Bruno
3èx

FILMO (suite): 1937 Un carnet de bal. 1937 Pépé le Moko (a film by). 1937 L'homme du jour. 1936 La belle équipe. 1936 Le golem. 1935 La bandera. 1935 Golgotha. 1934 Maria Chapdelaine. 1934 Le paquebot Tenacity. 1933 La machine à refaire la vie. 1933 Le petit roi. 1933 La tête d'un homme. 1932 La Vénus du collège. 1932 Poil de carotte. 1932 Die fünf verfluchten Gentlemen. 1932 Allo Berlin? Ici Paris ! 1931 Les cinq gentlemen maudits. 1931 David Golder. 1930 Au bonheur des dames. 1930 La vie miraculeuse de Thérèse Martin. 1929 Maman Colibri. 1929 Le miracle de la mer. 1928 Le tourbillon de Paris. 1927 L'homme à l'Hispano. 1927 Le mystère de la tour Eiffel. 1927 Le mariage de Mademoiselle Beulemans. 1927 Révélation. 1925 Poil de carotte. 1925 L'abbé Constantin. 1924 L'oeuvre immortelle. 1924 Coeurs farouches. 1924 Credo ou la tragédie de Lourdes. 1924 La machine à refaire la vie. 1923 Le reflet de Claude Mercoeur. 1922 Der unheimliche Gast. 1922 L'ouragan sur la montagne. 1922 Les Roquevillard. 1922 L'agonie des aigles (co-director). 1921 Le logis de l'horreur. 1920 La reincarnation de Serge Renaudier. 1919: Le Prix du sang.

mardi 20 octobre 2020

Ilsa, la tigresse du Goulag

                                            
                                                        Photo empruntée sur Google, appartenant au site cinemotion.com 

"Ilsa, the Tigress of Siberia" de Jean LaFleur. 1977. Canada. 1h32. Avec Dyanne Thorne , Michel-René Labelle , Gilbert Beaumont , Jean-Guy Latour , Ray Landry.

Sortie salles France: 7 Avril 1982

FILMOGRAPHIE: Jean LaFleur est un réalisateur et scénariste américain.
1975: La poursuite mystérieuse. 1977: Ilsa, la tigresse du Goulag


                  La chienne de Sibérie refait des siennes dans un troisième opus bicéphale !

Le pitch: 1953. Ilsa s'est exilée en Sibérie afin de poursuivre ses travaux sadiques auprès d'une poignée de résistants. Parmi eux, le téméraire Chiconi lui tient tête, ce qui attise sa colère par sa soif de soumission. Mais après la mort de Stalline, Ilsa et ses sbires sont contraints de quitter le camp après avoir exterminé tous les prisonniers. Seul, Chiconi parvient miraculeusement à s'évader. 24 ans plus tard, ce dernier se retrouve inopinément sous l'emprise d'Ilsa au sein d'un bordel officieux. 
Troisième volet purement lucratif d'une franchise à succès, Ilsa la tigresse du Goulag renoue avec le produit d'exploitation à travers son dosage de sexe et de gore putassier. Don Edmonds cédant aujourd'hui sa place au canadien Jean Lafleur après avoir réalisé les 2 premiers volets. De par son scénario aussi grotesque qu'indigent, ses acteurs de seconde zone à la trogne bonnard et sa réalisation approximative, Ilsa... ne parvient pas à émuler le 1er volet resté dans toutes les mémoires pour son mauvais goût assumé de Nazisploitation crapoteux. Pour autant, avec indulgence et avec l'inévitable condition de l'approcher au second degré, ce 3è opus (alternant 2 époques distinctes pour se démarquer de la routine) s'avère gentiment sympa en dépit d'une structure narrative terriblement prémâchée.


Ainsi, la première partie, la plus ludique, nous livre son lot de traditionnelles tortures d'un réalisme parfois cruel et impressionnant (le bras de fer à la tronçonneuse, la noyade dans l'eau glacée avec l'appui de deux treuils, la tête écrabouillée par une massue, le détenu bouffé par un tigre). Et ce en y exploitant efficacement sa nature résolument réfrigérante, scénographie complice ritualisée d'une succession de tortures inventives en accord avec son climat hivernal. Quand bien même le second acte oscillant espionnage, sexe, gore, action et science-fiction insuffle un futile sentiment de distraction eu égard de la condition soumise de Chiconi à nouveau retenu otage chez le nouveau fief d'Ilsa pour lui opérer un lavage de cerveau (décupler ses terreurs intimes pour mieux l'asservir à l'aide d'une machine révolutionnaire). Et pour pimenter l'intrigue fatalement à bout de souffle à force d'y répéter le même schéma, les émissaires du père de Chiconi sont sur le point de lancer un assaut au sein du repère d'Ilsa. Ce qui nous vaut un dernier acte multipliant gunfights sanglants et poursuites en motoneige au coeur d'une nature réfrigérante (sorte de James Bond Z en mode horrifique). Enfin, et pour terminer sur une note "olé olé", on apprécie le retour surjoué de l'illustre Dianne Thorne  dévoilant comme de coutume sa poitrine opulente à maintes reprises pour le bonheur des fans égrillards. 


Dénué d'une once d'intensité dramatique et de suspense progressif, faute d'une intrigue inepte aux enjeux dérisoires, Ilsa la tigresse du Goulag compte exclusivement sur l'action, le sexe et le gore pour divertir un public volontiers voyeur et complice des activités lubriques de Dianne Thorne jamais à court de fantaisie licencieuse pour y parfaire ses exactions tortionnaires. Sympatoche bien que dispensable, on regrette tout de même la force dramatique de son 1er opus scandaleusement déviant, maladif et putanesque. 

*Bruno
3èx
20.10.20
2016: 192 V

lundi 19 octobre 2020

Sans toit ni loi. Lion d'Or, Venise, 86.

                                                    Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

d'Agnès Varda. 1985. France. 1h45. Avec Sandrine Bonnaire, Macha Méril, Stéphane Freiss, Yolande Moreau, Marthe Jarnias

Sortie salles France: 4 Décembre 1985

FILMOGRAPHIEAgnès Varda (Arlette Varda) est une photographe, réalisatrice de cinéma et plasticienne française, née le 30 mai 1928 à Ixelles (Belgique), décédé le 29 mars 2019 à Paris, . 1955 : La Pointe courte. 1962 : Cléo de 5 à 7. 1965 : Le Bonheur. 1966 : Les Créatures. 1969 : Lions Love. 1977 : L'une chante, l'autre pas. 1981 : Documenteur. 1985 : Sans toit ni loi. 1987 : Jane B. par Agnès V. 1987 : Kung-fu Master. 1991 : Jacquot de Nantes. 1995 : Les Cent et Une Nuits de Simon Cinéma. 

Je ne sais pas (/plus) trop quoi penser de cette oeuvre auteurisante signée Agnès Varda de par sa réalisation personnelle faisant parfois intervenir certains acteurs s'exprimant face écran pour déclarer leur point de vue sur la situation sociale de l'héroïne (je n'ai pas compris ce parti-pris expérimental). Qui plus est, la plupart des comédiens non professionnels délivrent un jeu timoré à travers leurs expressions tantôt hésitantes, tantôt maladroites. L'intrigue sans surprise se laisse suivre sans déplaisir (Mona, jeune marginale flâneuse, vagabonde dans les contrées champêtres en se faisant héberger chez quelques citadins) jusqu'à son épilogue tragique particulièrement rigoureux (que Varda avait choisi de divulguer dès le préambule). On aurait peut-être aimé un peu plus d'intensité, d'énergie et de tendresse (explicite) durant le parcours moral de Mona assez peu empathique et attendrissante à travers ses humeurs versatiles. Agnès Varda s'attachant derrière ses frasques à mettre en exergue les préjugés, les commérages d'une population jugeant la marginalité de manière aussi expéditive que primaire, prioritairement après de la classe bourgeoise. A découvrir d'un oeil curieux, surtout pour l'interprétation spontanée de Sandrine Bonnaire fraîchement convaincante en SDF paumée dénuée de dessein. 


*Bruno
2èx

Récompenses

1985: Mostra de Venise: Lion d'or. 
Prix FIPRESCI
1986: César de la Meilleure actrice: Sandrine Bonnaire
LAFCA Awards: Meilleure actrice: Sandrine Bonnaire
Meilleur film en langue étrangère
Prix Méliès: Meilleur film (ex-æquo avec Michel Deville pour Péril en la demeure)

vendredi 16 octobre 2020

Le Samouraï

                                   Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jean-Pierre Melville. 1967. France/Italie. 1h45. Avec Alain Delon, François Périer, Nathalie Delon, Cathy Rosier, Jacques Leroy, Michel Boisrond, Robert Favart.

Sortie salles France: 25 Octobre 1967

FILMOGRAPHIE: Jean-Pierre Melville, né Jean-Pierre Grumbach le 20 octobre 1917 à Paris et mort le 2 août 1973 à Paris, est un réalisateur et scénariste français. 1946 : Vingt-quatre heures de la vie d'un clown (court-métrage). 1947 : Le Silence de la mer. 1950 : Les Enfants terribles. 1953 : Quand tu liras cette lettre. 1955 : Bob le flambeur. 1959 : Deux hommes dans Manhattan. 1961 : Léon Morin, prêtre. 1962 : Le Doulos. 1963 : L'Aîné des Ferchaux. 1966 : Le Deuxième Souffle. 1967 : Le Samouraï. 1969 : L'Armée des ombres. 1970 : Le Cercle rouge. 1972 : Un flic.


Il n'y a pas de plus profonde solitude que celle du samouraï si ce n'est celle du tigre dans la jungle, peut-être...
Grand classique du polar français natif des années 60, Le Samouraï fait finalement office d'oeuvre atypique à travers le personnage iconique d'Alain Delon en tueur à gage taciturne, placide et impassible, et ce derrière une apparence ténue si je me réfère à son imper et son chapeau imberbes. Car illuminant l'écran de sa présence d'ange démonial, Delon y dresse le profil d'un anti-héros énigmatique à travers sa solitude aphone (il vit dans un appart terne et blafard avec comme unique compagnon un volatile encagé) et son soudain revirement sentimental pour une afro pianiste l'ayant disculpé d'un meurtre quelques instants plus tôt à la suite d'un interrogatoire policier. Ainsi, l'intrigue d'apparence classique (un tueur à gages est contraint de se venger de son organisation après y avoir été trahi, quand bien même la police en filature est sur le point de l'alpaguer une ultime fois) est transcendée par la rigueur de la mise en scène de Melville

Maître incontesté du polar français structurant un schéma narratif finalement impromptu quant à la relation équivoque qu'amorce le samouraï avec la pianiste afro. Histoire d'amour impossible à travers une fascination féminine pour la figure du Mal que symbolise Delon en tueur cupide, le Samouraï déconcerte par son final fortuit Spoil ! quant aux ultimes motivations de celui-ci prêt à se sacrifier pour un amour déchu. Fin du Spoil. Outre l'attrait magnétique de sa mise en scène épurée prenant son temps à planter ses divers décors et l'évolution indécise de ses personnages se coursant incessamment; Le Samouraï vaut également pour la substantialité de son casting regroupant François Périer en commissaire acharné (et ce sans expression ou gestuelle outrée), la tendre et douce Nathalie Delon en maîtresse prévenante, et surtout Cathy Rosier en pianiste éprise d'ambivalence face à la posture indicible du tueur l'ayant épargné au moment de son contrat criminel. Toute la puissance de l'intrigue émanant de ce duo torturé, tant fasciné l'un pour l'autre, mais incapable de se concerter de par leur actions illégales et contradictions bâties sur le mensonge, le simulacre, le non-dit et la mort. Le Samouraï étant victime de sa condition meurtrière alors que la pianiste happée dans une dimension contraire à sa morale tentera de s'y raviser. 

Chef-d'oeuvre du film noir à la fois opaque et incandescent sublimé par sa distribution dépouillée  admirablement dirigée, Le Samouraï préserve son pouvoir indécrottable de fascination. Tant auprès du monstre sacré Alain Delon déambulant dans chaque séquence à l'instar d'un ange maudit que de sa mise en scène nuancée cristallisant un univers crépusculaire où le sentiment de déréliction s'y opère de façon pesante. 

*Bruno

jeudi 15 octobre 2020

Big Guns : les Grands Fusils

                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site boxofficestory.com

"Tony Arzenta" de Duccio Tessari. 1973. France/Italie. 1h44. Avec Alain Delon, Richard Conte, Carla Gravina, Marc Porel, Roger Hanin, Umberto Orsini Isnello, Nicoletta Machiavelli.

Sortie salles France: 23 Août 1973. Italie: 7 Septembre 1973

FILMOGRAPHIEDuccio Tessari, de son vrai nom Amadeo Tessari, est un réalisateur et scénariste italien né le 11 octobre 1926 à Gênes, décédé le 6 septembre 1994 à Rome.1962 : Les Titans. 1963 : Le Procès des doges ou Le Petit boulanger de Venise. 1964 : La sfinge sorride prima di morire - stop - Londra. 1965 : Una voglia da morire. 1965 : Un pistolet pour Ringo. 1965 : Le Retour de Ringo. 1966 : Très honorable correspondant. 1967 : Per amore... per magia.... 1968 : Meglio vedova. 1968 : Le Bâtard. 1968 : Un train pour Durango. 1969 : Mort ou vif... de préférence mort. 1970 : Quella piccola differenza. 1970 : La mort remonte à hier soir. 1971 : Cran d'arrêt. 1971 : Forza G. 1971 : Et viva la révolution ! 1973 : Les Grands Fusils. 1973 : Les Enfants de chœur. 1974 : L'Homme sans mémoire. 1974 : Les Durs. 1975 : Zorro. 1976 : Les Sorciers de l'île aux singes. 1976 : La madama. 1978 : Le Crépuscule des faux dieux. 1981 : Un centesimo di secondo. 1985 : Tex Willer e il signore degli abissi. 1985 : Baciami strega (TV). 1986 : Bitte laßt die Blumen leben. 1987 : Una grande storia d'amore (TV). 1988 : Guerra di spie (feuilleton TV). 1990 : Au bonheur des chiens. 1992 : Beyond Justice. 


Un improbable polar transalpin âpre et dégénéré sous l'impulsion d'un Delon mortifié. 
Sous-estimé par la critique hexagonale (si je ne m'abuse), Big Guns est une claque dans la gueule comme on en voit peu dans le paysage du polar transalpin. Car cela a beau être produit entre la France et l'Italie, Big Guns impose sans ambigüité son identité latine de par la nationalité de l'habile faiseur touche à tout Duccio Tessari (Les Sorciers de l'île aux singes, l'Homme sans Mémoire, les Titans, Un Pistolet pour Ringo et sa suite) entouré d'un casting de même souche, et d'une ultra-violence poisseuse (typiquement italienne donc) au sein d'un climat blafard saillant. Ainsi donc, avec un souci esthétique glauque et mortifère, Big Guns nous plonge dans les exactions de la pègre mafieuse avec un réalisme résolument brutal. Tant auprès des gun-fight sanglants que des poursuites urbaines en bagnole froissées impeccablement dirigées. C'est d'ailleurs sans doute ce qui a dû freiner les critiques hexagonales à juger objectivement d'un divertissement aussi mal élevé, qui plus est rustre et inhospitalier sous l'impulsion de gueules d'acteurs viciées bien connus des amateurs de Bis. Et à ce niveau, Big Guns est également un jouissif film d'acteurs tant les seconds-couteaux familiers des fans possèdent un charisme infaillible à se fondre dans le corps de mafieux avec un naturel mesquin. 

Quand bien mêmes les femmes qui les entourent (et qui abordent ensuite Delon) se taillent une carrure désabusée de pute au grand coeur si je me réfère surtout à la composition à la fois fragile et stoïque de Carla Gravina. Si bien que son passage à tabac par 3 tueurs demeure d'une brutalité rarement égalée pour le genre tant le cinéaste n'élude jamais le hors-champs ! Une séquence d'anthologie d'un sadisme infaisable de nos jours (cela m'a d'ailleurs rappelé une séquence liminaire de la Dernière maison sur la Gauche lorsque David Hess assène un coup de poing à l'estomac d'une des étudiantes dans un hôtel miteux). Et l'intrigue a beau être simpliste et prévisible (un jeu du chat et de la souris entre un tueur à gage retraité et son organisation); Duccio Tessari y soigne son contenu licencieux avec une efficacité permanente. Tant et si bien que l'on reste accroché aux pérégrinations d'Alain Delon (la mine placide et usée) arpentant les cités urbaines avec une soif de vengeance à double tranchant. D'ailleurs, de par le jeu nonchalant de Delon déambulant à l'instar d'un fantôme renfrogné, certaines langues (à la mine probablement déconfite) ont critiqué son jeu monolithique en supposant que l'acteur s'ennuyait durant tout le tournage. En tout état de cause, le monstre sacré prouve une fois de plus l'étendue de son talent avec un charisme sciemment terne, et ce parmi l'audace de se fourvoyer dans une co-production pour public averti (il en est d'ailleurs le superviseur !). 

Survival rugueux imprégné de rage, de fiel, de vice et de désespoir, Big Guns oppose les valeurs d'amitié, de loyauté et de dignité (notamment auprès de la gente féminine quant aux rapports davantage empathiques entre l'héroïne Sandra et Tony le traqué) à travers une éthique mafieuse dénuée de code d'honneur. A revoir absolument, notamment pour y savourer son atmosphère feutrée dénuée de lueur d'espoir, à l'instar de son aigre épilogue (superbe mise en scène quant à la vigueur de son suspense subtilement oppressant sous l'impulsion de regards sournois confinés dans une église de noce) illustrant une félonie amiteuse.  

*Bruno
2èx

Box Office France: 866 746 entrées

mercredi 14 octobre 2020

Mort un Dimanche de pluie

                                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Joël Santoni. 1986. France. 1h50. Avec Nicole Garcia, Jean-Pierre Bacri, Jean-Pierre Bisson, Dominique Lavanant, Cerise Leclerc.

Sortie salles France: 10 Septembre 1986

FILMOGRAPHIEJoël Santoni est un réalisateur et scénariste français, né le 5 novembre 1943 à Fès (Maroc) et mort le 18 avril 2018. 1974 : Les Yeux fermés. 1974 : La Course en tête. 1976 : Les Œufs brouillés. 1979 : Ils sont grands, ces petits. 1986 : Mort un dimanche de pluie.


"Parfois les gens prétendent que vous êtes une mauvaise personne pour ne pas se sentir coupable de ce qu'ils vous ont fait." 
Réalisé par le méconnu Joël Santoni (les Oeufs brouillés, Ils sont grands ces petits), Mort un Dimanche de pluie fait office de vilain petit canard dans le paysage du thriller français. Car étonnamment malsain et même poisseux et malaisant dès le prémices de l'intrigue (fustigeant de manière à la fois démonstrative et récursive la maltraitance infantile), l'ultime demi-heure se permet carrément de virer à l'horreur pure au sein du psycho-killer à la fois sanglant et oppressant. Nanti d'un cast très convaincant (même si Nicole Garcia manque de spontanéité et de conviction lors de son tête à tête avec le tueur), on est surtout bluffé par la présence à contre-emploi de Dominique Lavanant en mégère tyrannique fêlée du bulbe, qui plus est épaulée de Jean-Pierre Bisson en époux revanchard habité part la psychopathie. Et ce même s'il cède un peu à la caricature outrée lors du règlement de compte final. Quant à Jean-Pierre Bacri, il possède toujours cette force tranquille et de sûreté en bon père de famille ici condescendant auprès d'une classe moyenne mais peu à peu gagné par le remord, faute de se sentir coupable d'un accident de chantier ayant couté la vie à 7 ouvriers. 

Mais un survivant estropié est aujourd'hui délibéré à  planifier un stratagème meurtrier parmi la complicité de son épouse et de sa petite fille afin de se venger du responsable de ce carnage. Jeu vicié d'autorité, de soumission et de manipulation lors de sa 1ère partie nous illustrant le cas de maltraitance de la fille des Briand sévèrement molestée par l'épouse du psychopathe, Mort un Dimanche de pluie surprend par le vérisme de ces exactions punitives, et ce jusqu'au franchissement de l'insupportable. En témoigne cette insupportable vision d'une fillette entièrement nue et ligotée sur une chaise, le visage en berne ! Une séquence résolument malaisante que Dame Censure abdiquerait aujourd'hui fissa de nos écrans en cette période rigoriste dénuée d'indulgence. On peut d'ailleurs prôner le jeu criant de vérité de la candide Cerise Leclerc absolument poignante puis bouleversante en victime martyre confinée dans le mutisme, faute de sa déchéance morale dénuée d'amour, de compassion et de protection.

Thriller horrifique rondement mené et efficacement structuré à travers sa descente aux enfers familiale brute de décoffrage, Mort un Dimanche de pluie détonne par son réalisme rigoureux en dépit de quelques couacs lors du final expéditif (jeu de cache-cache éculé entre la victime et le tueur). Pour autant, sa conclusion tendue demeure cohérente quant à l'idée retorse de se débarrasser de l'ultime bourreau par le biais d'une main innocente révélée par l'empathie amicale. Irréalisable de nos jours, cet excellent divertissement pour adulte demeure étonnamment burné et escarpé, tant auprès de son déchaînement de violence morbide que de son manifeste contre la maltraitance infantile.   

*Bruno
3èx

mardi 13 octobre 2020

Le Dollar Troué

                                                  Photo empruntée sur Google, appartenant au site Pinterest.com

"Un dollaro bucato" de Giorgio Ferroni. 1965. Italie. 1h38. Avec Giuliano Gemma, Evelyn Stewart, Pierre Cressoy, Giuseppe Addobbati, Franco Fantasia.

Sortie salles France: 10 Juin 1966. Italie: 8 Août 1965

FILMOGRAPHIEGiorgio Ferroni, né le 12 avril 1908 à Pérouse et mort le 17 août 1981 à Rome, est un réalisateur et scénariste italien. 1937 : I tre desideri. 1939 : Terra di fuoco. 1940 : In vacanza con i principini. 1940 : L'ebbrezza del cielo. 1942 : Macario au Far West. 1943 : Arcobaleno. 1944 : Macario contre Fantômas. 1945 : Casello n. 3. 1946 : Sans famille. 1946 : Ritorno al nido. 1946 : Pian delle stelle. 1947 : Tombolo, paradis noir. 1949 : Vivre à la resquille. 1949 : Marechiaro. 1952 : Qualcuno pensa a noi. 1960 : Le Moulin des supplices. 1961 : Les Bacchantes. 1961 : La Guerre de Troie. 1963 : Hercule contre Moloch. 1964 : La Terreur des gladiateurs. 1964 : Le Colosse de Rome. 1964 : Hélène, reine de Troie. 1965 : Le Dollar troué. 1966 : New York appelle Superdragon. 1966 : Trois Cavaliers pour Fort Yuma. 1967 : Wanted. 1968 : Deux pistolets pour un lâche. 1969 : La Bataille d'El Alamein. 1971 : La Grande Chevauchée de Robin des Bois. 1972 : La Nuit des diables. 1975 : Le Dur, le Mou et le Pigeon. 

Découvert en son temps dans le cadre de l'émission de Jean Pierre Dionnet, Cinéma de Quartier, Le Dollar Troué exploite modestement le western spaghetti dans une forme de série B de samedi soir au charme probant. Tout du moins chez l'afficionados du genre vouant un culte pour les westerns italiens que Giorgio Ferroni emballe avec savoir-faire et intégrité, aussi éculé soit son schéma narratif. On peut d'ailleurs rappeler que ce réalisateur touche à tout est signataire des classiques horrifiques Le Moulin des Supplices et la Nuit des Diables. Ainsi donc, de par l'efficacité d'un récit de vengeance basé sur l'expectative au sein d'un univers de corruption (shérif compris !), Le Dollar Troué conjugue action, violence et romance à travers une pléthore de rebondissements assez bienvenus si on fait fi d'une facilité un chouilla grossière lorsque l'ennemi juré de notre héros Gary ne parvient pas à le reconnaître physiquement après l'avoir lâchement assassiné de sang froid quelques temps plus tôt. 

Et c'est le vénérable Giuliano Gemma qui se taille une carrure de vaillant héros exhumé d'outre-tombe depuis l'offrande d'une pièce d'argent que son frère lui offrit avant de trépasser. Quand bien même Pierre Cressoy se fond naturellement dans le corps d'un salopard sans vergogne avec une cruauté altière eu égard de ses exactions punitives commises sur ses ennemis et témoins gênants. Scandé du thème sifflotant de Gianni Ferrio, le Dollar Troué demeure donc un excellent divertissement surfant sur des influence Léoniennes sans pour autant se complaire dans le plagiat de par l'intégrité de Giorgio Ferroni à susciter son amour du travail bien fait (aussi modeste soit son charmant contenu à la lisière du classicisme et du moderne quant aux éclairs de violence un poil sanguine).

*Bruno
3èx

lundi 12 octobre 2020

Le Bison Blanc

                                                 
                               Photo empruntée sur Google, appartenant au site wild-wild-western.over-blog.com

"The White Buffalo" de Jack Lee Thompson. 1977. U.S.A. 1h37. Avec Charles Buchinsky (Charles Bronson), Kim Novak, Jack Warden, Will Sampson, Clint Walker. 

Sortie salles France: 24 Août 1977

BIOJack Lee Thomson, de son vrai nom John Lee Thompson, est un réalisateur, scénariste et producteur britannique né le 1er août 1914 à Bristol (Royaume-Uni), décédé le 30 août 2002 à Sooke (Canada). Avec 47 longs-métrages, le cinéaste aborda tous les genres avec plus ou moins de bonheur dont certains sont qualifiés de chefs-d'oeuvre. Pour ses titres les plus notoires, on peut citer Les Canons de Navarone, Les Nerfs à vif, la Conquête de la planète des singes, la Bataille de la Planète des singes, le Bison Blanc, l'Empire du Grec, Monsieur St-Yves, Passeur d'hommes et Happy Birthday (son unique incursion dans le slasher). Il signera en outre une illustre série de films d'action particulièrement violents, le "vigilante movie" parmi son acteur fétiche Charles Bronson (Le Justicier de Minuit, l'Enfer de la Violence, la Loi de Murphy, le Justicier braque les dealers, le Messager de la mort et Kinjite, sujets tabous).


Dans le Dakota, un cow-boy solitaire, véritable légende de son vivant, tente de traquer un bison blanc de taille démesurée en compagnie de deux acolytes. Dans la veine de Moby Dick et de Jaws sorti deux ans plus tôt, le vétéran Jack Lee Thompson surprend agréablement de par son parti-pris d'y communier les genres, entre western classique et fantastique épique sous le pilier d'un monstre animalier. Si bien que le périple de nos héros chevronnés s'apparente à une traque de longue haleine à travers une contrée indienne dangereusement inhospitalière. Celle d'une chasse au monstre érigée en exorcisme rédempteur d'après les cauchemars nocturnes de Wild Bill Hickok puisque faisant office de prémonitions. Après deux violentes échauffourées dans un saloon empestant la fumée et le whisky parmi ces cow-boys avinés, Hickok retrouve un acolyte de longue date qui lui avouera l'existence véritable du monstre en question. Et ce avant de rencontrer sur leur itinéraire un étrange sioux solitaire délibéré lui aussi à faire la peau au monstre. Ainsi, derrière ce western hybride efficacement transplanté dans le cadre du genre fantastique, Jack Lee Thompson s'intéresse sobrement aux relations humaines entre nos trois témoins pourchassant la bête dans des panoramas majestueux. Une vétuste histoire d'amitié qui finira pour autant par se consumer pour en aborder une autre beaucoup plus saine et fraternelle à travers la thématique du racisme que symbolisait le vieux Charlie Zane. Les relations épineuses entre Hickok et ce vieux briscard obtus nous improvisant un conflit de génération où le plus jeune s'avère ici plus ouvert, censé et tolérant, et donc moins anachronique que son ascendant. C'est lors de cette dissension morale que notre héros se laissera finalement séduire par un étranger érudit et humaniste à travers sa culture indienne ritualisée. 


Jack Lee Thompson abordant leurs relations à travers un rythme très soutenu; notamment parmi l'intervention d'une autre tribu hostile à l'étranger indien. Atmosphérique, tant solaire (les scènes de jours) que crépusculaire (les séquences de nuit avec ces éclairages bleutés), les décors naturels faisant notamment office de second-rôle au sein d'une action bicéphale (celle provenant de la menace d'indiens et de cowboys au moment où un bison blanc rode à proximité). Quand bien même le final dantesque, franchement spectaculaire, renoue (de manière plus intense) avec l'action cinglante du prologue lors d'un affrontement terrifiant entre le bison et nos aventuriers. Cette séquence superbement mise en scène nous saisit de vigueur face à la présence disproportionnée de cette créature surgit des enfers. Sans nul doute le moment le plus marquant du film faisant office de cerise sur le gâteau. En dehors d'aimables apparitions bien connues des amateurs (John Carradine lors d'une apparition à la dérobée, Stuart Whitman en alcoolo insidieux, Kim Novak en maîtresse prévenante), l'immense Charles Bronson crève l'écran de son charisme magnétique absolument infaillible. Un regard félin à la fois placide, posé et tranquillement menaçant derrière sa paire de lunette noire ovale. Un look moderniste en fusion avec l'action débridée du récit efficacement charpenté. On retrouve enfin en second-rôle le regretté Will Sampson (Vol au dessus d'un nid de coucou) dans celui de l'indien revanchard à la stature imposante. Un être arrogant et hostile mais rattrapé par sa sagesse de l'âme et du respect des valeurs à travers son éthique de tolérance et de pacifisme.


Solide western anti raciste émaillé de furieux règlements de compte sous l'impulsion de légendes de l'Ouest résolument charismatiques (Jack Warden n'est pas non plus en reste en vieil acariâtre raciste)le Bison Blanc parvient louablement à exercer une fascination prégnante en la présence de la créature modestement exploitée sans fard. Tant et si bien qu'il se dégage de cette excellente surprise une ambiance d'étrangeté délicieusement malaisante, aussi modeste soit le budget de la production s'évertuant à donner chair à l'animal avec un savoir-faire artisanal. A revoir. 

*Bruno
12.10.20. 3èx
14.09.10. 229 v

vendredi 9 octobre 2020

Demons

                                              
                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site backtothemovieposters.blogspot.com

"Demoni" de Lamberto Bava. 1985. Italie. 1h29. Avec Urbano Barberini, Natasha Hovey, Karl Zinny, Fiore Argento, Paola Cozzo, Fabiola Toledo.

Sortie salles France: 1er Octobre 1986

FILMOGRAPHIELamberto Bava est un réalisateur et scénariste italien, né le 3 avril 1944 à Rome.
1980: Baiser Macabre. 1983: La Maison de la Terreur. 1984: Apocalypse dans l'océan rouge. 1984: Blastfighter. 1985: Demons. 1985: Midnight Horror. 1986: Demons 2. 1991: Body Puzzle. 2006: Ghost Son.


Si Lamberto Bava n'a jamais réussi à percer dans le cinéma d'horreur pour rivaliser avec le talent de son illustre père, son premier long-métrage, Baiser Macabre, était une belle réussite pour son portrait sulfureux imputé à une veuve psychotique aux penchants nécrophiles. Outre ce classique de déviance macabre, le fils Bava nous concocta notamment 5 ans plus tard une bisserie horrifique entièrement dédiée au gore décomplexé. Produit et scénarisé par son comparse Dario Argento et épaulé du compositeur Claudio SimonettiDemons se compromet au pur divertissement du samedi soir. Et si la génération actuelle risque de s'en gausser en le découvrant la première fois, les cinéphiles puristes des années 80 trouveront encore matière à se divertir face à ce produit d'exploitation typiquement transalpin. Outrance et surenchère étant les maîtres mots du réalisateur délibéré à mettre en exergue l'action cinglante d'un survival en lieu clos afin de pallier sa carence narrative et le jeu caricatural des piètres comédiens. Le pitchDurant la projection d'un film au cinéma, les spectateurs piégés à l'intérieur vont devoir faire preuve de bravoure pour combattre des créatures démoniaques. Leur tâche s'avère d'autant plus ardue que la morsure d'un possédé les contamine vers une folie meurtrière incontrôlée !


Tous les défauts majeurs précités sont bien représentatifs du nanar transalpin uniquement destiné à nous divertir en toute simplicité mais avec un sens de générosité affable. L'intérêt de Démons résidant dans son efficacité alerte à nous déployer un florilège de séquences horrifiques dopées à la surenchère. Car ici, à l'image de ces créatures erratiques écumant une bave verdâtre, le gore est tellement grotesque et spectaculaire qu'il nous suscite un irrésistible plaisir jouissif. Quand bien même la partition entraînante de Claudio Simonetti bat la cadence avec une énergie cuisante ! Reposant sur la démesure, Lamberto Bava exploite habilement la scénographie restreinte de son unité de lieu auquel un groupe de survivants doit tenter de s'y extraire pour éviter l'offensive et l'infection d'une horde de démons ! Outre le jeu exécrable des comédiens (mais oh combien jouissifs !), la minceur de l'intrigue empruntant la mise en abyme et surtout la crétinerie des dialogues, Bava se permet d'insérer en interne de son huis-clos des situations si improbables qu'elle provoque la dérision ! A l'instar de cette course effrénée en moto qu'un de nos héros arpente pour traverser la salle par dessus les sièges ! Pire encore, lorsqu'un hélicoptère surgi de nulle part viendra s'écraser sur le toit du cinéma pour terminer son atterrissage en plein coeur de la salle !


Ce grand n'importe nawak assumé imparti au grand-guignol de défouloir permet à Démons d'amorcer une réelle efficacité de par la vigueur de sa réalisation embrayant moult actions débridées. La qualité des FX gores artisanaux et le score tonitruant de Simonetti renforçant notamment le capital sympathie de cet irrésistible classique Bisseux ! 

*Bruno
09.10.20. et 10.10.20. 7èx
27.05.13. 144v


mardi 6 octobre 2020

Le Chasseur

                                                     Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

"The Hunter" de Buzz Kulik. 1980. U.S.A. 1h38. Avec Steve McQueen, Eli Wallach, Kathryn Harrold, Richard Venture, LeVar Burton.

Sortie salles France: 14 Janvier 1981. U.S: 1er Aout 1980

FILMOGRAPHIEBuzz Kulik est un réalisateur et producteur américain né le 23 juillet 1922 à Kearny (New Jersey), décédé le 13 janvier 1999 à Los Angeles. 1949 : Kay Kyser's Kollege of Musical Knowledge (série TV). 1950 : Ford Star Revue (série TV). 1957 : Gunsmoke (série TV). 1958 : Collector's Item (TV). 1959 : Rawhide (série TV). 1961 : Les Accusés (série TV). 1961 : Le Jeune Docteur Kildare (série TV). 1961 : The Explosive Generation. 1962 : Kings of Broadway (TV). 1962 : The Nurses (série TV). 1963 : The Yellow Canary. 1964 : Ready for the People (TV). 1967: Campo 44 (TV). 1967 : La Nuit des assassins. 1968 : Sergeant Ryker. 1968 : Villa Rides. 1969 : La Mutinerie. 1970 : A Storm in Summer (TV). 1971 : Vanished (TV). 1971 : Owen Marshall, Counsellor at Law (TV). 1971 : Brian's Song (TV). 1972 : To Find a Man. 1972 : Crawlspace (TV). 

Film testamentaire de Steve McQueen si bien qu'il meurt 3 mois après son exploitation en salles, Le Chasseur emprunte quelque peu le cheminement de l'Inspecteur Harry à travers une traque infernale que s'oppose notre héros contre les méchants. L'intrigue linéaire s'attardant à nous décrire la quotidienneté musclée de "Papa", chasseur de prime anachronique conduisant maladroitement une vieille voiture faute de son inexpérience routière. Qui plus est, pour ajouter à un peu de piment à l'intrigue (futile), un inconnu vindicatif lui averti qu'il le tuera prochainement au moment même où la compagne de "papa", sur le point d'accoucher, tente de le raisonner pour y fonder une famille. Probablement déprécié par les critiques lors de sa sortie (je ne suis pas allé vérifier en ne comptant que sur mes vagues souvenirs), Le Chasseur ne mérite pas le discrédit aussi mineur soit son contenu surfant sur le succès de la saga Harry Callahan. Car misant sur un humour cocasse à travers des situations saugrenues et sur le jeu décomplexé de Steve McQueen tentant de nous arracher les sourires avec tranquillité, Le Chasseur nous fait passer un agréable moment de détente sous l'impulsion de quelques scènes d'actions assez impressionnantes. 

Car aussi étonnant que cela puisse paraître, la dernière demi-heure beaucoup plus sombre injecte au récit une violence assez brutale à travers ses poursuites urbaines (l'incroyable traque à bord et en externe du métro, la poursuite dans les champs à l'aide d'une moissonneuse batteuse !) et fusillades sanglantes engendrant les dommages collatéraux. Cette brusque rupture de ton nous donnant presque l'impression de se retrouver dans un autre film plus intense, palpitant et impoli (notamment à travers ses seconds-rôles erratiques). Toute juste efficace, le récit soutenu nous esquive la torpeur en compagnie amiteuse d'un Steve McQueen parfois poignant puisque trainant la pate avec un naturel faussement jovial. C'est d'ailleurs peut-être ce qui fait le charme de cette oeuvre d'exploitation de réunir une ultime fois à l'écran un monstre sacré du cinéma d'action au charisme buriné (pour ne pas dire sclérosé du haut de ses 50 ans et de sa grave pathologie cancéreuse) mais néanmoins encore persuasif à travers son sens professionnaliste. D'autant plus que l'acteur adopte une ultime fois le parti-pris de ne pas se prendre au sérieux pour invoquer ses adieux au grand public. 

A tes amours ! 
Curiosité policière aimablement sympathique à travers son cocktail d'humour, d'action et de romance (Kathryn Harrold est d'ailleurs d'une ravissante élégance à travers son naturel sans fard), Le Chasseur nous laisse un léger goût de douce mélancolie à travers l'ultime apparition de Steve McQueen motivé à contenter ses fans avec une poignante anicroche physique. A découvrir, en gardant notamment en mémoire cet émouvant plan final (allégorique) d'un bambin en éveil existentiel alors que son géniteur s'y fige sereinement avec un sourire rassuré.

Dédicace à Thierry Savastano

*Bruno

FILMO (suite): 1972 : L'Homme qui vint dîner (TV). 1973 : Incident on a Dark Street (TV). 1973 : Le Fauve. 1973 : L'Homme qui s'appelait Jean (TV). 1973 : Pioneer Woman (TV). 1974 : Remember When (TV). 1974 : L'Inquiétant Ronald (TV). 1975 : Cage Without  Key (TV). 1975 : Matt Helm (TV). 1975 : Babe (TV). 1976 : L'Affaire Lindbergh (TV). 1977 : The Feather and Father Gang (série TV). 1977 : Never Con a Killer (TV). 1977: Corey: For the People (TV). 1977 : Kill Me If You Can (TV). 1978 : Ziegfeld: The Man and His Women (TV). 1979 : Tant qu'il y aura des hommes (série TV). 1980 : Le Chasseur. 1983 : Rage of Angels (TV). 1984 : George Washington (série TV). 1985 : Kane and Abel (feuilleton TV). 1986 : Prisonnières des Japonais (TV). 1987 : Her Secret Life (TV). 1988 : Trop jeune pour jouer les héros (TV). 1989 : Le Tour du monde en quatre-vingts jours (mini-série TV). 1990 : Poker d'amour à Las Vegas. (série TV). 1992 : Cadeau d'adieu (TV). 

vendredi 2 octobre 2020

Le Commando des Morts-Vivants

                                                 
                                          Photo empruntée sur Google, appartenant au site movieposter.com

"Schock Waves" de Ken Wiederhorn. 1977. U.S.A. 1h25. Avec Peter Cushing, Brooke Adams, Fred Buch, Jack Davidson, Luke Halpin, D.J. Sidney, Don Stout, John Carradine, Clarence Thomas.

Sortie salles France: 6 Juin 1979

FILMOGRAPHIEKen Wiederhorn est un réalisateur, scénariste et producteur américain.
1977: Le Commando des Morts-Vivants. 1979: King Frat. 1981: Appels aux meurtres. 1984: Meatballs Part 2. 1987: Dark Tower. 1988: Le Retour des Morts-vivants 2. 1993: l'Otage d'une vengeance. 1998: US Marshals: The Real Story (série TV).


Peu avant la seconde guerre mondiale, le haut commandement allemand lança des recherches dans le domaine du surnaturel. Selon une ancienne légende, une race de guerriers, sans armes ni boucliers, tiraient leurs pouvoirs surhumains de l'intérieur de la terre. Alors que la guerre éclata, les S.S. recrutèrent un groupe de scientifiques qui devaient créer un soldat invincible. Les corps de soldats morts au combat furent envoyés à Coblence, dans un laboratoire secret pour diverses expériences scientifiques. Le bruit courut qu'à la fin de la guerre, les forces alliées combattirent des soldats allemands qui tuaient à mains nues. Personne ne sait qui ils étaient et ce qu'ils sont devenus. Mais une chose est sure: de toutes les unités S.S., il n'y en a qu'une que les Alliés n'ont jamais retrouvée.

Première réalisation d'un auteur méconnu à qui l'on doit tout de même un excellent psycho-killer demeuré inédit en salles en France (Appels aux meurtres) et une séquelle de sinistre mémoire (le Retour des Morts-vivants 2 !), Le Commando des Morts-vivants s'avère sa réussite la plus prégnante. Car sur le thème éculé du Zombie, Ken Wiederhorn réussit à nous concocter une série B originale bâtie sur le charisme singulier de ces nazis putréfiés et sur l'exploitation judicieuse de ses décors d'étrangeté insufflant une atmosphère terriblement anxiogène, voir parfois même épeurante. L'histoire simpliste adoptant le terrain connu du survival si bien qu'une poignée de vacanciers sont contraints de trouver refuge dans un hôtel désaffecté après avoir percuté un cargo avec leur yacht. Mais sur cette petite île vit reclus un ancien chef nazi (Peter Cushing, étonnamment revêche à travers une posture famélique !) qui leur ordonne de quitter les lieux au risque de s'opposer à une dangereuse menace. Car sous l'eau, un commando de morts-vivants sont à nouveau prêts à s'y extirper pour perpétrer leurs exactions meurtrières ! Par conséquent; à partir d'un concept inédit (le rôle imparti à des zombies nazis ensevelis sous l'océan depuis leur guerre sous-marine !), l'intrigue emprunte le canevas du psycho-killer avec son lot régulier de meurtres perpétrés lors de sa seconde partie. 


Or, ce qui aurait pu converger au produit conventionnel se transfigure ici en poème mortifère sous l'allégeance d'un escadron de morts-vivants invincibles enfantés par le régime Hitlérien. Accoutrés d'un veston militaire estampillé S.S. et de lunettes noires afin de se prémunir de la lumière, ces cadavres se distinguent également par leur démarche tranquille et de sureté tout en bannissant leur traditionnel goût pour leu cannibalisme. Uniquement destinés à combattre et exterminer leurs ennemis, ils se contentent donc d'étrangler ou d'y noyer leurs victimes avec une force tranchée ! Outre l'aspect aussi bien ensorcelant que terrifiant de ces soldats humectés régis autour d'une île mutique, l'ambiance feutrée, glauque et malsaine émanant des décors décharnés de l'hôtel ou du bois marécageux irrigue la pellicule de sa véracité occulte ! Et pour transcender cette atmosphère d'angoisse diffuse obscurcie d'un ciel constamment nuageux, l'incroyable bande-son ombrageuse s'insinue dans chacune des séquences avec une tonalité bourdonnante ! Qui plus est, les attaques cinglantes ne recourant jamais au gore pour nous ébranler si bien qu'en l'occurrence seule compte l'ambiance macabre tant perméable que les victimes redoutent avec un épuisement à bout de nerf. Sur ce point, on reste également étonnamment surpris de la qualité de l'interprétation, surtout lorsque les victimes tentent désespérément d'échapper à la mort avec une intensité névralgique affolante. L'ultime demi-heure demeurant d'ailleurs davantage haletante pour la survie de ces rescapés, notamment lorsque l'un d'eux souffre d'une claustrophobie littéralement ingérable au point d'intenter à la survie de ses compagnons. 


Tour à tour anxiogène, glauque, angoissant, terrifiant et surtout immersif en diable, le Commando des Morts-vivants est une plongée en apnée dans les marécages d'un îlot maudit parmi la garde d'un vieillard solitaire destitué de ses fantômes nazis. Outre l'atmosphère viscérale et olfactive de sa scénographie incroyablement rubigineuse, Ken Wiederhorn traite son sujet avec un sérieux imperturbable en illustrant cette résurrection morbide sans échappatoire possible. A redécouvrir de toute urgence tant et si bien que ce commando d'outre-mer semble errer à travers la pellicule pour l'éternité. 

Bruno
02.10.20. 4èx
09.07.13. 23 v

Ci-joint la chronique de Mathias Chaput
« Le commando des morts vivants » (titre original « Shock waves ») est un film auréolé d’une réputation très flatteuse et le fait est qu’en le revoyant il est indéniable que la construction scénaristique est parfaite dans ce film…
Dès le début, le spectateur comprend qu’il s’est passé quelques chose de grave, d’inquiétant, avec cette jeune femme retrouvée hagarde dans cette chaloupe ; Wiederhorn est très habile et nous raconte son histoire en faisant une remontée dans le temps…
Le procédé a maintes fois été exploité au cinéma mais ici, il est traduit par une rigueur, un sens de la montée dans l’angoisse crescendo qui fera date ; les comédiens jouent tous à merveille et Peter Cushing, il illumine le métrage dans une apparition fugace mais qui vaut toutes les explications pour bien comprendre le film…
De manière obstinée et méthodique, les zombies SS vont annihiler ou tenter d’annihiler la totalité des touristes avec une froideur, une pugnacité rarement vues dans un film d’horreur des années soixante-dix ; « Shock Waves » est une gigantesque partie de cache-cache qui se transforme en jeu de massacre et étonnamment sans le moindre effet « gore » !
A part quelques maquillages assez craspecs, il n’y a pas une seule goutte de sang versée dans « Shock waves » !
Et cela ne gêne aucunement l’efficacité du film ni ne désamorce l’angoisse provoquée…
Tout comme les protagonistes, le spectateur subit une sensation d’étouffement (à l’instar du jeune homme claustrophobe dans la chambre froide) et le métrage abonde de plans séquences insolites (la vue des poissons dans l’aquarium à maintes reprises, le gramophone au sol, la scène des marécages, la sortie de l’eau légendaire des zombies amphibies)…
Le tout est calibré au centimètre près par un Wiederhorn hyper consciencieux et surtout avec un budget ridicule (seulement 200 000 dollars !), il parvient à faire quelque chose d’exceptionnel avec deux bouts de ficelle ; vous prenez une ile vide de ses habitants, une dizaine de zomblards et autant de premiers rôles pour obtenir un classique du genre qui n’a pas pris une ride même quarante années plus tard…
Sans compter sur des prises de vues sous-marines envoutantes et très bien filmées qui vont emmener encore plus le spectateur en immersion, non là, vraiment c’est du très beau boulot !
Rien à dire de plus « Shock waves » est un pur régal, un OVNI dans le genre du film de zombies et il se distingue par sa singularité et son sens qualitatif dans la réalisation…
C’est du tout bon, que tout cinéphile fan de films fantastiques a obligation de visionner, facile d’accès et doté d’un charme absolu, « Shock waves » n’a pas usurpé sa réputation !
Note : 9.5/10

jeudi 1 octobre 2020

Electro-choc

                                                     Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Human Experiments" de Gregory Goodell. 1979. U.S.A. 1h22. Avec Ellen Travolta, Jackie Koogan, Aldo Ray, Linda Haynes, Geoffrey Lewis.

Sortie salles France: Octobre 1979

FILMOGRAPHIEGrégory Goodell est un réalisateur, scénariste et producteur américain.
1980: Human Experiments, 1995: Mariage Criminel (TV), 1996: Terror in the Family (TV), 1999: Down Will come baby, Cruelle Justice (TV), 2007: Perdus dans la tempête (TV). 
                                    

"Quand une femme cesse de choisir, elle cesse d'être une Femme".
Il s'agit à priori du seul long-métrage du réalisateur méconnu Grégory Goodell exploité au cinéma, bien que certaines sources du net prétendent que le film fut resté inédit en salles. Pour autant, il sera bien présenté en compétition à Paris au festival du Rex en 1979 si bien que l'actrice Lynda Haynes repartit avec le prix d'interprétation féminine. A titre d'anecdote, Electro-choc est également listé dans la rubrique des fameux "vidéos nasties" fondé en 1984 par l'Angleterre puritaine. Le pitchAprès être tombée en panne, Rachel, jeune chanteuse de Cabaret, est témoin d'un massacre commis dans une demeure durant son retour de villégiature. Prise à parti avec le meurtrier, elle parvient toutefois à s'emparer d'un fusil de chasse et le tue en légitime défense. Mais la police dépêchée sur les lieux l'accuse des crimes en série. Ecrouée et incarcérée, elle est embrigadée dans un pénitencier dirigé par l'inquiétant Dr Kline (Geoffrey Lewis, génialement auto-parodique de par son regard de dément faussement courtois) livrant à d'étranges expériences inhumaines sur certaines de ses détenues. Passé son préambule au cours duquel l'héroïne est verbalement provoquée par des machistes libidineux, l'intrigue nous dirige dans le refuge sordide d'une demeure perdue au milieu de nulle part. C'est là que Rachel fait l'horrible découverte d'un massacre perpétré par le fils d'une famille. L'ambiance solaire étouffante et les cadavres ensanglantés disséminés dans des pièces délabrées nous remémorent les climats poisseux des bandes subversives des années 70. Après avoir été arrêtée par la police et jugée  coupable des meurtres d'une famille au complet, elle se retrouve dans une prison dirigée de main de fer par un savant fou aux méthodes expérimentales improbables. Ainsi, durant une bonne partie du métrage, Electro-choc exploite le "Women in prison" tantôt bavard, tantôt ludique, de par ses situations gentiment éculées, et ce parmi le témoignage d'Ellen Travolta sobrement convaincante en détenue candide au charisme magnétique (notamment auprès de son regard azur perçant). 
                                     

Portant le film à bout de bras, ses séances d'humiliation, d'intimidation et d'emprisonnement restrictifs se suivent et se ressemblent d'un oeil distrait. Quand bien même le comportement déficient d'une autre détenue embrigadée dans une cellule nécrosée attise notre curiosité licencieuse. Mais c'est à partir des 2/3 tiers du métrage qu'Electro-choc vaut le coup d'oeil, aussi furtif soit-il ! A savoir que l'une des prisonnières incitera Rachel à s'échapper alors que cette dernière se retrouvera à nouveau cobaye d'une manipulation à base de lavage de cerveau. La narration bifurquant vers une (futile) étude psychologique sur le conditionnement humain destitué d'agressivité morale et physique. Et pour cause, le docteur (directeur de l'enceinte !) tente d'y parfaire son étude sur le comportement humain en matérialisant leur pire terreur, et ce pour les transformer en robot docile dénué d'agressivité. Un thème déjà superbement  traité dans Orange Mécanique vis à vis du personnage d'Alex, délinquant addict contraint de subir par l'oeil le défilement ininterrompu d'images obscènes de violence afin de le purger du Mal. Dans ces deux cas d'expérimentations, l'homme et la femme n'auraient donc plus libre arbitre de combattre leur lutte intrinsèque du Bien et du Mal. De par ce procédé physiologique bestial et immoral à exploiter l'âme au service du Bien, une séquence fort éprouvante provoque la révulsion de par son réalisme cru quasi insupportable. L'héroïne embrigadée dans une cellule dégueulbif (euphémisme !) s'efforçant de trouver refuge à l'intérieur d'un soupirail afin d'échapper à une armada d'insectes et arachnides rampant tout le long de son corps déchiqueté ! Quand au final expéditif aussi capillotracté (pas grand chose n'était vraisemblable dans cette délirante histoire), on se distrait de l'ultime stratégie criminelle du médecin à tenter une dernière fois de manipuler son cobaye pour se débarrasser de son adjointe arrogante. 
                                          

Alternant avec charme et maladresse le sous-genre du WIP et de l'horreur crapoteuse à travers un schéma narratif aussi dégingandé qu'ubuesque, Electro-choc séduit par intermittence jusqu'à son ultime baroud d'honneur vindicatif un poil ironique. Porté à bout de bras par l'étrange et ravissante Ellen Travolta dans une posture névralgique davantage rigoureuse, cette série B d'exploitation laisse finalement une drôle d'impression de curiosité malsaine teintée d'audace, de fantaisie bisseuse et de ridicule. En tout état de cause, une séquence choc littéralement effroyable nous reste dans l'encéphale pour faire office d'anthologie sordide. A découvrir probablement avec indulgence (faute du scénar prémâché), principalement auprès des fans indéfectibles de ciné-bis déviant.  

*Bruno
01.10.20. 3èx
09.06.11.  311 v