mardi 19 mars 2019

La Mule

                                                Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

"The Mule" de Clint Eastwood. 2018. U.S.A. 1h56. Avec Clint Eastwood, Bradley Cooper, Laurence Fishburne, Michael Peña, Dianne Wiest, Andy García, Clifton Collins Jr., Alison Eastwood

Sortie salles France: 23 Janvier 2018. U.S: 9 Septembre 2016

FILMOGRAPHIE: Clint Eastwood est un acteur, réalisateur, compositeur et producteur américain, né le 31 Mai 1930 à San Francisco, dans l'Etat de Californie. 1971: Un Frisson dans la Nuit. 1973: L'Homme des Hautes Plaines. 1973: Breezy. 1975: La Sanction. 1976: Josey Wales, Hors la Loi. 1977: L'Epreuve de Force. 1980: Bronco Billy. 1982: Firefox, l'arme absolue. 1982: Honkytonk Man. 1983: Sudden Impact. 1985: Pale Rider. 1986: Le Maître de Guerre. 1988: Bird. 1990: Chasseur Blanc, Coeur Noir. 1990: Le Relève. 1992: Impitoyable. 1993: Un Monde Parfait. 1995: Sur la route de Madison. 1997: Les Pleins Pouvoirs. 1997: Minuit dans le jardin du bien et du mal. 1999: Jugé Coupable. 2000: Space Cowboys. 2002: Créance de sang. 2003: Mystic River. 2004: Million Dollar Baby. 2006: Mémoires de nos pères. 2006: Lettres d'Iwo Jima. 2008: L'Echange. 2008: Gran Torino. 2009: Invictus. 2010: Au-delà. 2011: J. Edgar. 2014: Jersey Boys. 2015: American Sniper. 2016: Sully. 2017: 2018: Le 15h17 pour Paris. 2018: La Mule. 2019: Impossible Odds.


Inspiré de l'histoire vraie de Leo Sharp, ancien militaire retraité, passeur de drogue pour le compte d'un puissant cartel, le dernier des géants Clint Eastwood s'offre une nouvelle renaissance à travers La Mule. Un road movie existentiel d'une acuité fragile à travers son manifeste pour les valeurs familiales que Clint Eastwood incante avec une prude émotion. Car maîtrisé de bout en bout, tant auprès de sa direction d'acteurs dénué de prétention (même Bradley Cooper s'avère dépouillé de force tranquille en agent de la DEA partageant d'ailleurs un point commun d'ordre familial avec le passeur !) que de la réalisation posée prenant son temps à conter son récit, La Mule y dépeint l'introspection morale d'un nonagénaire rongé de honte et de regret faute de sa démission à la fois parentale et conjugale. J'ignore le passé secrètement intime de Clint Estwood mais j'ai la trouble impression qu'à travers son personnage singulier de pourvoyeur il eut probablement vécu une même situation de dissension familiale, faute d'y avoir privilégié son illustre carrière professionnelle que l'on connait. Pour autant, à travers ce passéiste inopinément marginal, et au vu du dénouement inévitablement dramatique, l'argent ne fera que renchérir sa profonde solitude et son malaise existentiel. Dans la mesure également du contexte social qu'Eastwood pointe du doigt en filigrane pour alerter de la condition précaire des retraités chargé de dettes et dénués de subvention.


Outre son cri d'amour et de désespoir scandé à l'honneur de la famille (un des plus justes et bouleversants vus depuis des lustres sur un écran !), Eastwood s'avère résolument émouvant lorsqu'il traite également de la vieillesse (notamment à travers le choc des générations où le modernisme - cellulaire / informatique - asservit les plus influents) et de la peur de la maladie à travers son âge avancé. Ainsi, sans verser dans le mélo standard, et par le biais de brèves séquences intimistes d'une sensibilité épurée, il parvient à capter l'émotion la plus honnête lorsque la mule témoigne impuissant de l'injustice du cancer sur le point d'achever une nouvelle victime. Une séquence pénible, tant auprès des confidences intimes que des silences entre les mots afin d'ausculter sans complaisance les regards démunis. Pour autant, et en conjuguant avec une étonnante alchimie les composantes du polar et du drame psychologique, La Mule n'est point couvert de sinistrose et encore moins de pessimisme si bien que Eastwood ne manque pas d'humour, de dérision et de légèreté à décrire l'improbable itinéraire de ce passeur burné du 3è âge comptant potentiellement renouer avec sa famille avec ses nouvelles liasses de dollars. C'est donc un récit initiatique plein d'imprévus et de ruptures de ton (auprès de sa trajectoire dramatique expiatrice) que nous dépeint Clint Eastwood plus vigoureux et frétillant que jamais (contrairement à ses apparences sclérosés). Notamment lorsqu'il y fustige sobrement en filigrane le racisme et l'abus de pouvoir du corps policier par de brèves séquences de contrôle identitaire. 



Le chant du Cygne
Poème funèbre pour autant profondément humain, salutaire et d'une sensibilité quasi écorchée vive, la Mule revigore la personnalité d'Eastwood, acteur et réalisateur du 3è âge, à travers sa thématique universelle sur la famille que celui-ci scande tacitement (et ouvertement) à travers chaque plan. Ainsi donc, avec la grâce humaine qu'on lui connaît tant, probablement venions nous d'assister à son ultime chef-d'oeuvre d'une florissante carrière aussi bigarrée et décomplexée qu'émancipée et personnelle ! (?). 

*Bruno

lundi 18 mars 2019

La Vallée de la Mort

                                                   Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Death Valley" de Dick Richards. 1982. U.S.A. 1h33. Avec Paul Le Mat, Catherine Hicks, Stephen McHattie,  Wilford Brimley, Peter Billingsley

Sortie salles France: 13 Juillet 1982

FILMOGRAPHIE: Dick Richards est un réalisateur américain né en 1936 à New York. 1972 : La Poussière, la Sueur et la Poudre. 1975 : Rafferty and the Gold Dust Twins. 1975 : Adieu ma jolie. 1977 : Il était une fois la Légion. 1982 : Death Valley. 1983 : Un homme, une femme, un enfant. 1986 : Banco (Heat).


Thriller horrifique surfant sur la vague du psycho-killer à l'orée des années 80, La Vallée de la Mort est un nanar gentillet pour qui apprécie les séries B vites vues vite oubliées. Car classiquement réalisé sans inspiration avec d'aimables interprètes pas très retors, la Vallée de la Mort pâtit d'un script gogo à partir du concept du survival. A savoir qu'un marmot est ici pourchassé par un serial-killer faute d'avoir dérobé un collier dans une caravane abandonnée. Or, le lendemain, la police découvre le bâtiment en cendre avec à l'intérieur 2 cadavres. En villégiatures avec sa mère et son beau-père (auquel le réal s'attarde beaucoup trop à exposer l'inimitié entre celui-ci et le bambin) dans la vallée de la mort, Billy est harcelé par le tueur délibéré à l'assassiner (en faisant preuve de beaucoup de maladresses dans son imprudence, voir de ridicule à travers son orgueil comme celui de courir sur la toiture d'une maison pour terrifier ses victimes ou de leur balancer par la fenêtre divers outils de garage !).


Truffé d'incohérences (le vrai coup de feu dans le musée juste avant l'intervention insouciante d'un couple de pèlerins), de facilités (Billy trouvant refuge comme pas hasard dans la voiture du tueur) et de rebondissements crétins (la trouvaille binaire pour relancer l'action finale), la Vallée de la mort cultive le minimum syndical pour divertir le spectateur embarqué dans un survival à suspense pour autant jamais ennuyeux. Car à force de naïveté, du surjeu de certains seconds-rôles (la baby-sitter ventripotente, le serial-killer dénué du moindre charisme patibulaire), de la bouille avenante de Peter Billingsley et de l'aspect facétieux des courses-poursuites meurtrières, la Vallée de la mort amuse la galerie de par sa dérision involontaire et son absence de prétention. A titre subsidiaire, on peut notamment se réconforter auprès de son cadre naturel joliment photographié et auprès de 2/3 petites scènes gores étonnamment complaisantes (le coup de pieu, les 2 égorgements quasi filmés en gros plan).


*Bruno
2èx

vendredi 15 mars 2019

Les Chatouilles

                                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Andréa Bescond et Éric Métayer. 2018. France. 1h43. Avec Andréa Bescond, Cyrille Mairesse, Karin Viard, Clovis Cornillac, Pierre Deladonchamps, Grégory Montel

Sortie salles France: 14 Novembre 2018

FILMOGRAPHIE: Andréa Bescond, née le 12 juin 1979 en Bretagne, est une danseuse, comédienne, metteuse en scène, scénariste et réalisatrice française. 2018: Les Chatouilles.
Éric Métayer est un comédien et metteur en scène de théâtre français né le 23 janvier 1958 à Paris.


"1 enfant sur 5 est victimes de violences sexuelles selon le conseil de l'Europe. 
700 enfants par an meurent des suites de maltraitance en France."
Electro-choc d'une rigueur émotionnelle proche du malaise (tout du moins auprès du public le plus sensible), Les Chatouilles traite de la pédophilie avec un vérisme hallucinant de vérité. Tant auprès de la prestance écorchée vive de la réalisatrice et actrice André Bescond, (elle même victime d'abus sexuels durant son enfance), puisque portant le film sur ses épaules avec une puissance d'expression quasi névralgique; que de la mise en scène aussi bien inventive que chiadée naviguant avec les ruptures de ton sous l'impulsion d'un montage d'une fluidité géométrique (on peut même parler de modèle du genre !). D'ailleurs, à travers la féerie d'un climat tantôt surréaliste dégageant une énergie inouïe autour du personnage instable d'Odette, André Bescond nous radiographie un portrait sensible résolument pulsatile. De par son tempérament à la fois volcanique et pétulant émanant de son trauma infantile et de son appréhension timorée d'hurler sa douleur, son désespoir auprès d'un entourage (familial/amical/conjugal/thérapeutique) contradictoire. Notamment auprès des rapports conflictuels avec sa mère aveuglée par l'orgueil, la condescendance, l'égoïsme et la vanité que Karin Viard (César du Meilleur Second Rôle) exprime avec une conviction infiniment détestable.


Inévitablement bouleversant, parfois même insoutenable sans céder une seule seconde à la complaisance auprès d'un sujet aussi dérangeant (et dieu sait si certaines situations malsaines provoquent la nausée jusqu'au malaise cérébral, voir même viscéral !), Les Chatouilles nous immerge de plein fouet dans l'introspection morale d'Odette (de son enfance martyr à sa maturité troublée) en quête de catharsis. Une danseuse marginale férue d'ambition et tentant d'exorciser ses démons à travers le rythme de son corps épileptique constamment habité par le tempo musical. Ainsi donc, en alternant présent et passé jusqu'à parfois les confondre au sein d'un seul et même plan onirique, les Chatouilles dégage un sentiment de liberté et de légèreté hyper communicatif si bien que la joie "bipolaire" d'Odette nous distille une amère gaieté déstabilisante. Pour autant suffoquant (au sens le plus large) et hyper dérangeant au fil d'un cheminement dramatique davantage ombrageux, les Chatouilles nous met en état de transe de par sa faculté à suggérer de manière aussi singulière que crue le thème de la pédophilie au gré d'un vénéneux climat de liberté permissive. Et ce afin de mieux retranscrire les états d'âme bafoués d'Odette se comportant telle une punkette frondeuse pour pallier  sa détresse morale.


Une Etoile est née.
Sommet d'intensités fébriles à travers la frénésie d'émotions aussi bien vertigineuses que décontractées, Les Chatouilles emprunte de manière audacieusement lunaire les ruptures de ton afin de mieux traduire la fracture morale d'une femme violentée en reconstruction identitaire. Traumatisant autant que libérateur, les Chatouilles a beau être glaçant d'horreur innommable, il n'en demeure pas moins digne, salutaire, arc en ciel car porteur d'espoir auprès du fragile témoignage d'Odette timidement délibérée à transcender son handicap moral pour se forger une seconde renaissance. Attention toutefois à la méchante gueule de bois sitôt le générique écoulé ! 

*Bruno

Récompenses: Festival du cinéma américain de Deauville 2018 : Prix d'Ornano-Valenti pour Andréa Bescond et Éric Métayer
Festival du film de Hambourg 2018 — « Voilà! » : Prix du meilleur film pour Andréa Bescond et Éric Métayer
César 2019:
César de la meilleure adaptation pour Andréa Bescond et Éric Métayer
César de la meilleure actrice dans un second rôle pour Karin Viard

jeudi 14 mars 2019

Souviens-toi l'été dernier

                                                     Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

"I Know What You Did Last Summer" de Jim Gillespie. 1997. U.S.A. 1h41. Avec Jennifer Love Hewitt, Sarah Michelle Gellar, Ryan Phillippe, Freddie Prinze Jr., Bridgette Wilson, Johnny Galecki.

Sortie salles France: 28 Janvier 1998. U.S: 17 Octobre 1997

FILMOGRAPHIE: Jim Gillespie est un scénariste et réalisateur britannique. 1997 : Souviens-toi... l'été dernier. 2002 : D-Tox - Compte à rebours mortel. 2002: The Legacy (télé-film). 2005 : Venom. 2016 : Ransom Games (Titre original : Take down).


Un an après le succès inattendu de Scream, le scénariste Kevin Williamson ne pouvait s'arrêter en si bon chemin pour réactualiser le filon du psycho-killer avec Souviens-toi l'été dernier réalisé par le néophyte Jim Gillespie. Pur produit d'exploitation jouant avec les codes avec une certaine habileté et efficacité, tant auprès du jeu modestement convaincant des comédiens juvéniles (principalement les héroïnes investigatrices que la filiforme Jennifer Love Hewitt monopolise avec une expression aussi bien studieuse que fragile) que de son suspense miraculeusement proéminent, Souviens-toi l'été dernier créé à nouveau la surprise, aussi mineur soit son concept éculé. Ainsi donc, grâce à son intrigue binaire jouant sur le faux semblant auprès de deux tragédies accidentelles; le récit parvient efficacement à se consolider à travers la culpabilité de nos protagonistes (ils furent 1 an au préalable responsables d'un accident de voiture meurtrier avant d'avoir pris la poudre d'escampette) incessamment brimés par un pêcheur affublé d'un crochet. A travers cette astuce iconique, le charisme inédit du tueur masque le ridicule si bien que Jim Gillespie parvient avec savoir-faire à donner chair à ce personnage fantomatique à travers les poncifs du tueur apathique coursant ses victimes en toute tranquillité.


On peut d'ailleurs à cette occasion ironique aimablement sourire de son final haletant en bonne et due forme lorsque ce dernier s'enjaille à persécuter le duo survivant réfugié au sein de son bateau labyrinthique. Et ce en multipliant les tentatives criminelles à l'instar d'un Vendredi 13 à la fois lambda et frénétique. Pour autant, et j'insiste là encore sur le jeu honorablement "humain" des comédiens (même si parfois ça hurle un peu trop auprès des filles transies de panique !), nos 4 protagonistes communément en proie au remord, au scepticisme et à l'appréhension parviennent à intensifier leur cheminement de survie de par leur détermination investigatrice anti écervelée. Alors oui bien sûr, certains clichés font tâche lors de situations gentiment incohérentes (le sort gratuit auprès de 2 victimes lambda) ou idées prévisibles parfois un peu trop tirées par les cheveux (les cadavres disparaissant comme par enchantement, le faux coupable impliqué dans le domicile de l'assassin), mais pour autant le savoir-faire de la mise en scène parvient à transcender ses couacs narratifs, notamment grâce à son ambiance horrifique évoluant autour du cadre inédit d'une bourgade côtière (l'immersion fait admirablement son effet). On s'étonne d'autre part d'une jolie séquence de course-poursuite meurtrière, de par sa cruauté requise lors du dénouement escarpé, d'autant plus émaillé d'un onirisme étrangement festif. Il est d'ailleurs dommageable que la violence de Souviens toi... soit un peu trop imberbe afin de ne pas traumatiser les ados en quête de frissons rassurants.


B movie bonnard du samedi soir exploitant le sous-genre (poussif) du psycho-killer avec une certaine forme de respect et de souci esthétique (notamment auprès de sa photo nocturne assez vénéneuse), Souviens-toi l'été dernier lui rend honorablement hommage afin de séduire la nouvelle génération inculte, quand bien même il devrait par la même occasion divertir les aficionados de la génération 80. 

*Bruno
2èx

mercredi 13 mars 2019

Signs

                                                   Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de M. Night Shyamala. 2002. U.S.A. 1h46. Avec Mel Gibson, Joaquin Phoenix, Rory Culkin, Abigail Breslin, Cherry Jones, Patricia Kalember, Merritt Wever.

Sortie salles France: 16 Octobre 2002. U.S: 2 août 2002

FILMOGRAPHIE: M. Night Shyamalan est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain, d'origine indienne, né le 6 Août 1970 à Pondichéry. 1992: Praying with Angers. 1998: Eveil à la vie. 1999: Sixième Sens. 2000: Incassable. 2002: Signs. 2004: Le Village. 2006: La Jeune fille de l'eau. 2008: Phenomènes. 2010: Le Dernier maître de l'air. 2013: After Earth. 2015: The Visit. 2017: Split. 2019: Glass.


Oeuvre magnifique touchée par la grâce de sa pudeur humaine en voie d'espoir et de réconciliation, Signs milite pour la foi au démiurge (ou tout du moins en une force supérieure) parmi le témoignage d'une famille en berne tentant de saisir le sens du deuil inéquitable par l'entremise d'une invasion extra-terrestre. Si bien qu'ici M. Night Shyamalan nous livre l'antithèse d'Indépendance Day de par son parti-pris éthéré à retarder au maximum l'apparition extra-terrestre sous l'impulsion du pouvoir de suggestion. Ainsi donc, grâce à ce refus démonstratif d'une invasion à grande échelle que l'on discernera uniquement à travers les infos TV ou dans les champs de maïs (les fameux cercles de culture), Signs fascine et inquiète à la fois. De par le brio de sa mise en scène épurée et surtout le jeu si naturel des comédiens terriblement attachants au sein de leur communion fraternelle (casting hors pair j'vous dis !). On peut d'ailleurs féliciter M. Night Shyamalan (digne héritier de Spielberg dans son art de conter, dans son sens du merveilleux et dans la profonde humanité des personnages !) grâce à sa faculté innée d'y diriger la candeur des enfants terriblement expressifs, poignants, émouvants à travers leur capacité de réflexion, voir même leur bagage culturel (je songe au fils aîné particulièrement érudit pour ce qui tourne autour de l'astrologie et l'éventuelle existence des OVNI).


Car aussi bouleversant soit-il (pour ne pas dire déchirant lors d'une ultime retrouvaille morbide, une séquence gravée dans ma mémoire de par l'acuité d'un regard aussi effrayé et désespéré que moribond), Signs ne s'apitoie pas sur le sort des personnages incessamment mis à l'épreuve du courage, de l'espoir, de la résilience, de la persévérance, (voire de l'adversité également) afin de redorer un sens à leur existence éplorée. Qui plus est, parmi cette touche de sensibilité prude jamais complaisante, le cinéaste parvient à capter les silence entre les mots pour les remplir de sens, d'humanité de par ses regards anxiogènes pour autant confrontés à canaliser leurs angoisses de trépasser. L'intrigue de Signs utilisant donc le prétexte d'une hostilité extra-terrestre afin d'y dresser avec fine attention psychologique la reconstruction morale de cette famille brisée par l'injustice du deuil mais délibérée à combattre leurs démons internes (principalement le père de famille rongé par la désillusion que Mel Gibson incarne avec une force d'expression saillante, davantage émouvante). Ainsi donc, en les confrontant à un contexte de survie au coeur de leur cocon familial, et en les mettant à l'épreuve de la paranoïa et de la peur la plus interrogative, l'intrigue de Signs les convergent à une remise en question cérébrale par le biais d'une réflexion sur le hasard et les signes (ou les miracles) que chaque être humain pourrait témoigner selon son idéologie existentielle.


Détruire une vie pour en sauver une autre.
Aussi bien fascinant qu'excitant (ah ces 2 furtives apparitions extra-terrestres entrevues à travers une fenêtre puis le reflet d'un téléviseur !), poignant et bouleversant auprès d'une intensité exponentielle, Signs traite de la gravité d'un argument fantastique pour mieux opposer la réflexion spirituelle / athéiste sur les coïncidences et les signes que chacun de nous pourrait théoriser selon nos fondements personnels. En tous état de cause, M. Night Shyamalan nous livre ici (avec le splendide Sixième Sens tout aussi vibrant d'humanisme et optimiste quant à la question de l'au-delà) son oeuvre la plus sensible, la plus fragile, la plus personnelle, la plus positive du point de vue d'un drame familial mis à l'épreuve de la confiance en soi et en l'avenir en y réprimant leurs peurs les plus répréhensibles. A condition de croire en son destin (tracé d'avance ?). 

*Bruno
2èx

mardi 12 mars 2019

Matrix

                                                    Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Lana et Lilly Wachowski. 1999. U.S.A. 2h16. Avec Keanu Reeves, Carrie-Anne Moss, Laurence Fishburne, Hugo Weaving, Gloria Foster, Joe Pantoliano, Marcus Chong.

Sortie salles France: 23 Juin 1999

FILMOGRAPHIE: Lana Wachowski, née le 21 Juin 1965 à Chicago, et Lilly Wachowski, né le 29 Décembre 1967 à Chicago sont des réalisatrices américaines. 1996: Bound. 1999: Matrix. 2003: Matrix Reloaded. 2003: Matrix Revolutions. 2008: Speed Racer. 2012: Cloud Atlas. 2015: Jupiter: le Destin de l'Univers.



« Nous vous l’avions bien dit, ça devait arriver : à force de produire des machines pour vous servir, vous êtes devenus vous-mêmes les esclaves de vos instruments. »
— Patrice Maniglier,

Le pitch: Thomas A. Anderson apprend via son ordinateur personnel que sa propre réalité n'est qu'un monde virtuel régi par une machine incontrôlable, la matrice. Avec l'aide de Morpheus, Trinity et quelques acolytes, il tentera néanmoins de contrecarrer son emprise planétaire ayant réduit les êtres humains en esclaves dans leur cocon virtuel. 


Phénoménal succès international lors de sa sortie, Matrix est parvenu à révolutionner la science-fiction (aussi multi référentiel soit-il !) via ses FX numériques redoutablement inventifs et percutants, ainsi que son stimulant concept de base alertant des dangers de l'informatique apte à asservir notre condition terrestre dans un avenir prochain. Et si aujourd'hui ce divertissement métaphysique préserve son pouvoir de fascination, il le doit autant à sa fulgurance visuelle (d'autant plus chorégraphique auprès des gunfights et arts-martiaux hyper musclés si bien que la rigueur des coups portés s'avèrent étonnamment crédibles) qu'à sa complexité narrative truffée de thèmes éthiques sur l'origine de la vie et l'existence d'un Dieu créateur, sur le contrôle des masses à travers l'esclavage de nos sociétés modernes, sur la chimère de notre réalité (la vie n'est qu'un long rêve dont la mort nous réveille) et sur la confiance en sa propre foi afin de se surpasser et par la même occasion influencer la démographie humaine.


Sobrement interprété par des acteurs clinquants affublés de cuir et latex au sein d'une vénéneuse ambiance néo-gothique, Matrix est prioritairement guidé par l'intensité charismatique de Keanu Reeves en pleine notoriété. Héros juvénile en herbe en voie d'héroïsme (aussi bien corporel que cérébral) si bien que le cheminement narratif (combat stoïque entre le bien et le mal) dépend de l'audace de ses stratégies belliqueuses notamment à travers sa capacité à se remettre en question (et ce grâce à son mentor Néo mais aussi aux préceptes de l'oracle). Et si sa dernière demi-heure avait gagné à être un peu moins homérique à travers la récurrence de son action outre-mesure, on reste pour autant plaqué au siège de par la vigueur de son imagerie électrisante laissant libre court à une virtualité dystopique à la fois délétère, tentaculaire, insidieuse (pour ne pas dire cauchemardesque !). Un excellent divertissement donc, carré, efficace, stylisé, voir même subtilement charnel (uniquement pour la présence de l'envoûtante Carrie-Anne Moss apportant une petite notion romantique à l'intrigue) même si son melting-pot philosophique pourrait faire grincer des dents aux plus exigeants.

*Bruno
3èx

Récompenses: Oscars 2000
Meilleur montage
Meilleurs effets visuels
Meilleur montage de son
Meilleur mixage sonore
BAFTA 2000
Meilleur son
Meilleurs effets visuels
26e cérémonie des Saturn Awards 2000
Meilleur film de science-fiction
Meilleure réalisation
Empire Awards 2000
Meilleur film
Meilleur espoir féminin pour Carrie-Anne Moss

lundi 11 mars 2019

Amityville 3D

                                  Photo empruntée sur Google, appartenant au site voracinephile.over-blog.com

de Richard Fleischer. 1983. U.S.A. 1h45. Avec Tony Roberts, Tess Harper, Candy Clark, Robert Joy, Lori Loughlin, Meg Ryan.

Sortie France en video: 1985. Salles U.S: : 18 Novembre 1983

FILMOGRAPHIE: Richard Fleischer est un réalisateur américain né le 8 décembre 1916 à Brooklyn,  et décédé le 25 Mars 2006 de causes naturelles. 1952: l'Enigme du Chicago Express, 1954: 20 000 lieues sous les mers, 1955: les Inconnus dans la ville, 1958: les Vikings, 1962: Barabbas, 1966: le Voyage Fantastique, 1967: l'Extravagant Dr Dolittle, 1968: l'Etrangleur de Boston, 1970: Tora, tora, tora, 1971: l'Etrangleur de Rillington Place, 1972: Terreur Aveugle, les Flics ne dorment pas la nuit, 1973: Soleil Vert, 1974: Mr Majestyk, Du sang dans la Poussière, 1975: Mandingo, 1979: Ashanti, 1983: Amityville 3D, 1984: Conan le destructeur, 1985: Kalidor, la légende du talisman, 1989: Call from Space.


Richard Fleischer a beau être fier de son travail, et Stéphane Bourgoin et Maury / Bustillo ont beau le défendre dans les Bonus de l'édition Bach Films, Amityville 3D est selon moi un navet irrécupérable.

*Bruno

vendredi 8 mars 2019

Planète Hurlante

                                                  Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"Screamers" de Christian Duguay. 1995. U.S.A/Canada/Japon. 1h48. Avec Peter Weller, Andrew Lauer, Jennifer Rubin, Roy Dupuis, Charles Edwin Powell, Ron White.

Sortie salles France: 10 Juillet 1996. U.S: 26 Janvier 1996

FILMOGRAPHIEChristian Duguay est un réalisateur, directeur de la photographie, monteur et compositeur québécois, né en 1957 à Montréal (Québec, Canada). 1991 : Scanners II : La nouvelle génération. 1992 : Scanners III. 1992 : Explosion immédiate. 1995 : Planète hurlante. 1997 : Contrat sur un terroriste. 2000 : L'Art de la guerre. 2002 : The Extremists. 2007 : Suffer Island. 2010 : Pie XII, sous le ciel de Rome. 2013 : Jappeloup. 2015 : Belle et Sébastien : L'aventure continue. 2017 : Un sac de billes.


Le pitch: Nous sommes en 2078 sur la planète Sirius 6B. L'Alliance, regroupement de mineurs qui s'oppose à un puissant consortium du NBE qui extrait un minerai radioactif, va devoir affronter dans sa lutte une redoutable armée, les Screamers, robots autonomes enfouis dans le sol qui détectent tout ce qui vit et l'exterminent. Le colonel Hendricksson, commandant de l'Alliance, va essayer de sauver les quelques mineurs rescapés.

Excellente série B des années 90 oubliée de nos jours, tant et si bien qu'à l'époque il fut boudé par le public ainsi qu'une partie de la critique, Planète Hurlante détonne par sa sobriété adulte à travers le moule du divertissement trivial. Car si l'intrigue un chouilla confuse (selon moi) s'avère peu surprenante de par sa trajectoire de survie qu'une poignée de mineurs arpentent fébrilement au sein d'un immense hangar industriel (pour le décrire vulgairement), Planète Hurlante fait preuve d'une inopinée maturité afin d'y traiter une odyssée humaine en quête d'havre de paix (celle d'y rejoindre la Terre). Et donc à travers leur périple investigateur à dénicher un chef ennemi pour y signer un accord, Planète Hurlante exploite efficacement la menace androïde des "hurleurs" (sorte de rats décharnés uniquement constitués de métal !) délibérés à exterminer la race humaine. Seulement, depuis quelques années, ces derniers ont tant évolué que d'autres modèles d'origine inconnue parviennent à tromper l'oeil humain de manière lestement insidieuse.


Christian Duguay jouant évidemment avec la paranoïa des survivants (façon The Thing) sévèrement mis au défi par un ennemi en trompe-l'oeil. Et ce à travers une moisson de rebondissements difficilement anticipable jusqu'au final aussi bien explosif que touchant quand on y traite sensiblement Spoil ! de romance artificielle Fin du Spoil. Qui plus est, nanti de décors industriels et naturels limités au sein d'un environnement réfrigérant, le cinéaste parvient pour autant à crédibiliser sa topographie en prenant son temps à planter son univers dystopique et ses personnages contradictoires évoluant de manière indécise. Ainsi donc, nous parvenons facilement et rapidement à nous familiariser avec ces héros de dernier ressort, de par la force tranquille et de sûreté que Peter Weller parvient sobrement à régenter en leader loyal, quand bien même son entourage (amical et étranger) assez bipolaire provoque doute, réflexion et questionnement quant à leurs véritables intentions, notamment eu égard de la fébrilité névrotique de certaines inimitiés. Enfin, on peut également relever le réalisme des effets spéciaux (tant en numérique qu'en matte-painting) la plupart du temps assez crédibles, notamment pour s'impressionner de la vélocité des "hurleurs" départagés en trois modèles. A moins que le doute y soit à nouveau de rigueur lors d'une conclusion mutique aussi bien couillue qu'équivoque !


A (re)découvrir sans réserve tant Christian Duguay s'avère franchement intègre et inspiré pour nous tailler un modeste spectacle d'anticipation (l'action s'y fait d'autant plus rare) où prime plus que tout son efficacité narrative (aussi éculée soit l'odyssée de survie) et la fragilité (ambiguë) de ses personnages soigneusement dessinés ! 

*Bruno
3èx

jeudi 7 mars 2019

Massacre à la Tronçonneuse 2

                                          Photo empruntée sur Google, appartenant au site gallerytheimage.com

"The Texas Chainsaw Massacre 2" de Tobe Hooper. 1986. U.S.A. 1h40. Avec Dennis Hopper, Caroline Williams, Jim Siedow, Bill Moseley, Bill Johnson, Ken Evert, Harlan Jordan, Kirk Sisco.

Sortie salles France: 21 Janvier 1987. U.S: 22 Août 1986

FILMOGRAPHIETobe Hooper est un réalisateur américain né le 25 Janvier 1943 à Austin (Texas). 1969: Eggshells, 1974: Massacre à la Tronçonneuse, 1977: Le Crocodile de la Mort, 1979: The Dark (non crédité), 1981: Massacre dans le Train Fantôme, 1982: Poltergeist, 1985: Lifeforce, 1986: l'Invasion vient de Mars, Massacre à la Tronçonneuse 2, 1990: Spontaneous Combustion, 1993: Night Terrors, 1995: The Manglers, 2000: Crocodile, 2004: Toolbox Murders, 2005: Mortuary, 2011: Roadmaster.


12 ans après avoir révolutionné l'horreur crapoteuse avec l'emblématique Massacre à la TronçonneuseTobe Hooper prend le contre-pied de son modèle à travers une séquelle semi-parodique. Echec commercial à sa sortie alors que la critique lui fit également grise mine, Massacre à la Tronçonneuse 2 prend l'énorme risque d'y désamorcer la crudité malsaine de son modèle en privilégiant la dérision cartoonesque, et ce afin de relancer une seconde fois l'intérêt des exactions cannibales de la famille Sawyer. Témoin auditrice d'un double assassinat depuis sa station de radio, l'animatrice Stretch Brock se confronte rapidement à l'accueil improvisé des tueurs cannibales Chop Top et Leatherface après avoir osé retransmettre sur les ondes les hurlements stridents des victimes. Chargé de l'enquête, le lieutenant "lefty" Enright cherche de son côté à se venger des auteurs de la mort de Franklin Hardesty avec l'appui d'une tronçonneuse. Après avoir échappé à la mort lors d'une altercation sanglante dans sa station, Stretch Brock prend en filature Leatherface et Chop Top confinés dans les sous-sols d'un abattoir désaffecté. C'est à ce moment même que Lefty s'engage également à arpenter le dédale depuis que l'animatrice est retenue prisonnière. 


Nanti d'un scénario avare en rebondissements, si ce n'est l'idylle amoureuse que Leatherface éprouve pour Stretch et la confrontation épique à la tronçonneuse entamée entre lui et le lieutenant Lefty, Massacre à la Tronçonneuse 2 pâti d'une structure narrative peu surprenante à travers les agissements meurtriers de la famille Sawyer contraints de perpétrer leur tradition parmi l'appui du grand-père sénile. Ainsi, afin de dynamiser l'intrigue et rendre l'ensemble ludique, Tober Hooper compte sur la posture belliqueuse de Dennis Hopper et l'extravagance des antagonistes s'égosillant et grimaçant à tout va pour provoquer l'émoi afin de conquérir le spectateur partagé entre (sou)rire amusé et fascination morbide. Pour ce faire, les maquillages conçus par Tom Savini s'avèrent parfois remarquables de réalisme (à l'instar du dépeçage humain pratiqué sur une des victimes) si on épargne deux effets rustres (les bidoches éventrées à la tronçonneuse) lors du final grand-guignolesque. Ainsi donc, à travers un enjeu de survie carburant à l'hystérie collective, c'est donc une course poursuite haletante que nous retrace Tobe Hooper sous l'impulsion fraternelle d'une animatrice radio et d'un lieutenant pugnace, pris à parti avec les élucubrations macabres des Sawyer. Le cinéaste misant également beaucoup sur l'esthétisme de l'abattoir souterrain transfiguré ici en parc d'attraction de tous les dangers (chausse trappe à l'appui). Et si l'ambiance hybride adopte parfois les ruptures de ton à travers un goût vitriolé pour la cruauté sardonique (la condition écorchée vive de l'adjoint de Stretch ainsi que la séance traditionnel du "marteau" provoquent le malaise !), l'humour volontairement railleur et le jeu sciemment outrancier du casting risquent de faire grincer des dents auprès du public non averti, rebuté ou pisse-froid, c'est selon.


Nanti d'un sens du détail inventif à travers la description physique des personnages lunaires festoyant autour d'un parc d'attraction macabre, et ponctué de moments angoissants (la 1ère intervention de Chop Top), intenses ou éprouvants (son prologue halluciné, l'altercation sanglante dans la station ou encore le soutien sentencieux entre deux victimes défigurées !), Massacre à la Tronçonneuse 2 oscille entre qualités et (menus) défauts. Faute de sa dérision un brin lourdingue par moments, et ce en dépit de la spontanéité des comédiens survoltés (mention spéciale à Caroline Williams assez expressive dans sa condition d'animatrice molestée en proie à la démence !). Que l'on adhère ou pas, force est toutefois de reconnaître que Tobe Hooper a ici tenté de pousser à l'extrême l'humour noir de son modèle à travers un concentré de cartoon horrifique limite bipolaire.  

*Bruno
07.03.19. 5èx
24.06.15. 126 v

mercredi 6 mars 2019

Leviathan. Prix des Effets-Spéciaux, Avoriaz 90.

                                                      Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de George P. Cosmatos. 1989. U.S.A. 1h38. Avec Peter Weller, Richard Crenna, Amanda Pays, Daniel Stern, Ernie Hudson, Michael Carmine.

Sortie salles France: 3 Janvier 1990. U.S: 17 Mars 1989

FILMOGRAPHIE: George Pan Cosmatos était un réalisateur et scénariste grec né le 4 janvier 1941 à Florence (Toscane, Italie), mort le 19 Avril 2005 à Victoria (Colombie-Britannique, Canada) d'un cancer du poumon. 1977: Le Pont de Cassandra. 1979: Bons Baisers d'Athènes. 1983: Terreur à Domicile. 1985: Rambo 2, la Mission. 1986: Cobra. 1989: Leviathan. 1993: Tombstone. 1997: Haute Trahison.


Surfant sur la vague de la science-fiction horrifique imposée par le parangon Alien et ses futurs dérivés (Mutants, Inseminoid, la Galaxie de la Terreur, Contamination, M.A.L), George Pan Cosmatos ne s'embarrasse pas de complexe pour reprendre sans une once d'imagination le canevas éculé du chef-d'oeuvre de Ridley Scott. Et ce en pillant notamment le cadre de l'action d'Abyss (celui-ci sort sur les écrans 5 mois seulement après Leviathan) à travers les fonds marins. Et le miracle de se produire, car aussi éculées soient ses situations archi prévisibles et ces personnages stéréotypés  (outre l'illustre Peter Weller fraîchement débarqué de Robocop, on y croise les très attachants seconds-couteaux Richard Crenna, Amanda Pays, Daniel Stern, Ernie Hudson, Michael Carmine et Meg Foster), Leviathan parvient à relancer l'air de déjà vu avec un savoir-faire infaillible. Tant auprès de l'expectative du suspense ciselé lors des 45 premières minutes efficacement suggérées (on ne s'ennuie pas une seconde lorsque nos protagonistes sont peu à peu gagnés par l'appréhension depuis la découverte d'une mystérieuse épave russe et des premiers symptômes pathologiques d'une victime) que des séquences-chocs aussi vigoureuses qu'homériques.


Notamment grâce à l'habileté du maquilleur Stan Winston récompensé pour ses travaux du Prix des Effets-Spéciaux à Avoriaz un an après sa sortie. Alors oui, aujourd'hui le monstre à facture bisseuse à beau parfois être mou du genou de par son manque de vélocité à alpaguer ses proies, l'action gore plutôt débridée rivalise d'intensité haletante lorsque la créature protéiforme tente de se fondre dans leur corps à chacune de ses apparitions toujours plus gargantuesques. Ainsi donc, c'est également du côté de The Thing que Cosmatos s'inspire sans vergogne afin de créer l'éventuel effet de surprise auprès des néophytes. Quand bien même il parvient efficacement à exploiter le huis-clos domestique du centre sous-marin (corridors, salles de bain, chambres, sous-sol, etc) sous l'impulsion d'un montage dynamique relançant l'action dans des directions tentaculaires. Notamment si je me réfère à son final à la fois frénétique et oppressant filmant simultanément dans un seul et même temps 2/3 actions distinctes auprès du trio de survivants molestés par la créature à travers divers champs du navire. Avec en guise de cerise sur le gâteau un dernier rebondissement fortuit à ciel ouvert (que certains verront venir à des kilomètres !) ainsi que deux savoureux clin d'oeil générés par les Dents de la Mer et Piège de Cristal ! Sur ce dernier modèle d'un règlement de compte concis, l'ultime séquence quasi hilarante s'avère irrésistible lorsque le spectateur anticipe l'action exutoire avec une prémonition jubilatoire !


Fun et jouissif, pittoresque, attachant (les personnages spontanés font franchement plaisir à voir à travers leur aimable charisme héroïque) et terrifiant (si, si !); captivant avec une juste mesure suggestive (celle du 1er acte) et autrement épique lors de sa seconde partie plus irascible, Leviathan demeure à mon sens le meilleur épigone d'Alien avec Mutants d'Allan Holzman (lui aussi récompensé du Prix des effets spéciaux et du Grand Prix du Public au Rex 7 ans au préalable). 

*Bruno
3èx

mardi 5 mars 2019

Body Snatchers

Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

d'Abel Ferrara. 1993. U.S.A. 1h27. Avec Terry Kinney, Meg Tilly, Gabrielle Anwar, Reilly Murphy, Billy Wirth, Christine Elise, R. Lee Ermey, Kathleen Doyle, Forest Whitaker, G. Elvis Phillips.

Sortie en salles en France le 9 Juin 1993. U.S: 28 Janvier 1994

FILMOGRAPHIEAbel Ferrara est un réalisateur et scénariste américain né le 19 Juillet 1951 dans le Bronx, New-York. Il est parfois crédité sous le pseudo Jimmy Boy L ou Jimmy Laine.
1976: Nine Lives of a Wet Pussy (Jimmy Boy L). 1979: Driller Killer. 1981: l'Ange de la Vengeance. 1984: New-York, 2h du matin. 1987: China Girl. 1989: Cat Chaser. 1990: The King of New-York. 1992: Bad Lieutenant. 1993: Body Snatchers. Snake Eyes. 1995: The Addiction. 1996: Nos Funérailles. 1997: The Blackout. 1998: New Rose Hotel. 2001: Christmas. 2005: Mary. 2007: Go go Tales. 2008: Chelsea on the Rocks. 2009: Napoli, Napoli, Napoli. 2010: Mulberry St. 2011: 4:44 - Last Day on Earth.


Un an après nous avoir dépeint la descente aux enfers (vitriolée) du Bad LieutenantAbel Ferrara réactualise en 1993 une troisième adaptation du fameux roman de Jack Finney, l'Invasion des profanateurs paru en 1955. Après les brillantes versions de Don Siegel et Philip Kaufman, le maître du polar urbain s'autorise un écart afin de se convertir à la science fiction horrifique en remakant une insolite offensive extra-terrestre. En l'occurrence, le cadre de l'intrigue est érigé au sein d'une base militaire afin de souligner en background sa propagande inculquée auprès de la génération 90. Dans une base militaire de l'Alabama, un chimiste s'installe avec sa famille pour assainir un dépôt de produits toxiques. Alors que son petit frère remarque l'étrange attitude de sa maîtresse et de ces camarades de classe, sa soeur aînée se lie d'amitié avec un jeune soldat durant une soirée arrosée. Un soir, dans la chambre des parents, le garçon est témoin d'une macabre découverte via l'apparition d'une créature humaine ayant dupliquer l'enveloppe corporelle de sa mère assoupie. Une invasion extra-terrestre à grande échelle vient de s'amorcer !


Co-scénarisé par Stuart Gordon, la narration de Body Snatchers réussit une troisième fois à renouveler l'intérêt d'une invasion extra-terrestre préalablement créée par un illustre auteur de science-fiction et de thriller. Ainsi, en adoptant le décor aussi bien austère qu'exigu d'une base militaire, Abel Ferrara emprisonne ses protagonistes dans ce lieu clos crépusculaire éclairé d'un hale oranger. Dans la mesure où nos héros sont ici dépeints à travers une famille de parents divorcés auquel l'adolescente Marti Malone a beaucoup de mal à respecter les consignes du paternel préventif. En classe, son petit frère Tim remarque que tous les élèves ont illustré le même dessin morbide. Alors qu'en rentrant des cours, il sera témoin de la vision effroyable de sa mère reconvertie dans le corps d'une créature d'apparence uniforme. La menace extra-terrestre est donc de prime abord efficacement perçue auprès des témoignages fragiles des progénitures de la famille Malone impuissants à convaincre leur paternel autoritaire. Dans une ambiance sombre subtilement diffuse, la tension découlant de ces perfides voleurs de corps va s'accroître au fil d'un cheminement dramatique en crescendo. Comme nos protagonistes, nous nous sentons pris au piège en interne de cette base militaire nocturne si bien qu'un sentiment d'insécurité nous est exacerbé auprès de cette menace extra-terrestre éludée d'émotion humaine, alors qu'au premier stade d'incubation elles s'y caractérisaient sous la forme de cocons.


Sournoisement, ces envahisseurs s'insinuent durant notre sommeil en absorbant notre âme, notre énergie et notre sang à l'aide de rameaux végétaux. Passé le stade de la métamorphose, et pour mieux y dénoncer sa prochaine victime, la créature profère un hurlement strident parmi l'appui de son index accusateur (photo ci-dessous). En éludant miraculeusement le sentiment de déjà vu des deux premières versions, Abel Ferrara réussit modestement à captiver et maintenir notre intérêt avec un sens efficace des situations perfides. Son caractère haletant et surtout l'ambiance d'étrangeté émanant du climat machiste voué à la dictature militaire nous confinant dans un véritable cauchemar paranoïaque. Ce sentiment prégnant d'insécurité grandissante ainsi que le comportement monolithique de ces créatures impassibles nous envoûtent à travers leur dessein subversif. Tant et si bien qu'au fil du cheminement alarmiste en perdition morale, nous nous interrogeons sur l'identité potentiellement frauduleuse de chacun de nos protagonistes confondus parmi une foule indolente, à moins d'y jouer l'apparence du zombie en guise de stratagème de survie. Spoiler !!! En prime, pour renchérir d'ambiguïté couillue, le point d'orgue en demi-teinte clôt son épilogue vers une note  (probablement) pessimiste lorsque nos deux héros réfugiés à bord d'un hélico décident d'atterrir à Atlanta sous l'obscurité d'un contre-jour solaire et parmi l'intervention d'un guide patibulaire. Fin du Spoil. 

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Sobrement interprété (Meg Tilly franchement inquiétante et magnétique, tant auprès du regard vaporeux que de sa sensualité diaphane) et mis en scène avec efficacité sans pour autant recourir à l'esbroufe (on peut d'ailleurs signaler la qualité de ces trucages, aussi clairsemés soient-ils), Body Snatchers inquiète sensiblement à travers son angoisse ténébreuse dénuée d'optimisme. Sa réflexion métaphorique sur la paranoïa collective instaurée par la hiérarchie militaire enrichissant la redite du scénario, notamment auprès de leur doctrine dictatoriale aussi expéditive que sans vergogne. Ainsi donc, à travers la série B d'un genre inhabituel, le maître du polar noir cultive son savoir-faire pour y transfigurer une scénographie mortifère à la photogénie aussi prégnante que glaçante. 

*Bruno
05.03.19. 4è
18.11.11.  192 vues

lundi 4 mars 2019

Fiancée de Chucky (la). Grand Prix du Jury, Gérardmer 1999.

                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"Bride of Chucky" de Ronny Yu. 1998. U.S.A. 1h29. Avec Jennifer Tilly, Brad Dourif, Katherine Heigl, Nick Stabile, Alexis Arquette, Gordon Michael Woolvett.

Sortie salles France: 10 Mars 1999.

FILMOGRAPHIERonny Yu Yan-tai (chinois: 于仁泰) est un réalisateur, producteur, scénariste et acteur hongkongais né en 1950 à Hong Kong.1979 : Cheung laap cheing ngoi. 1980 : La Justice d'un flic. 1981 : Xun cheng ma. 1981 : Jui gwai chat hung. 1984 : Ling qi po ren. 1985 : Si yan zi. 1986 : L'Héritier de la violence. 1988 : S.O.S. maison hantée. 1989 : Gwang tin lung foo wooi. 1991 : Qian wang 1991. 1992 : Wu Lin sheng dou shi. 1992 : Huo tou fu xing. 1993 : Bai fa mo nu zhuan II. 1993 : La Mariée aux cheveux blancs. 1995 : Ye ban ge sheng. 1997 : Magic warriors. 1998 : La Fiancée de Chucky. 1999 : Chasing Dragon. 2001 : Le 51e État. 2003 : Freddy contre Jason. 2006 : Le maître d'armes. 2013 : Saving General Yang.


Quatrième volet récompensé du Grand Prix spécial du Jury à Gérardmer, La Fiancée de Chucky est souvent considéré par les fans comme le meilleur épisode de la franchise. Car optant pour un humour sardonique beaucoup plus cocasse que ses antécédents opus, la Fiancée de Chucky redouble d'efficacité sous le pilier d'un scénario retors particulièrement bien écrit, sorte de pochette surprise à la fois décomplexée et vrillée. Car outre le plaisir de retrouver la fameuse poupée criminelle plus fougueuse que jamais lors de ses exactions immorales, Ronny Yu lui prête une liaison amoureuse avec son ancienne maîtresse Tiffany aujourd'hui réincarné dans le corps d'une poupée. Et donc en jouant avec les codes d'une romance conjugale en dent de scie, notamment auprès du couple Jade / Jesse pris en otage par les poupées et mis à mal par le père de cette dernière, faute de son autorité policière, Ronny Yu pastiche la Fiancée de Frankenstein avec une dérision perverse décalée. Les poupées insidieuses s'en donnant à coeur joie dans les subterfuges criminels et crêpages de chignon à travers une posture à la fois irrévérencieuse, politiquement incorrecte et subversive. On peut d'ailleurs rappeler l'incroyable fantaisie sarcastique de sa première partie illuminée par la dévergondée Jennifer Tilly (beauté plantureuse gothique). Si bien que cette dernière regorge d'audace criminelle à travers son personnage perfide de vamp fatale résignée à retrouver l'amour en ressuscitant Chucky lors d'une incantation vaudou.


Mené à un rythme sans faille de par sa générosité insatiable d'enchaîner les évènements rocambolesques, et souvent drôle et surprenant dans son lot de rebondissements fortuits (notamment auprès de sa seconde partie taillée en mode "road movie"), la Fiancée de Chucky fleure bon le divertissement bonnard sous l'impulsion de personnages hauts en couleur (ceux de chair et de caoutchouc) particulièrement mal élevés, teigneux et dissipés. Si on écarte toutefois la contrariété du jeune couple pris en otage car embarqué malgré lui dans une lune de miel aussi vrillé sur sanguine.  

*Bruno
4èx

Récompenses: Prix spécial du jury au festival international du film de Gérardmer 1999.
Prix spécial du jury au festival Fantastic'Arts 1999.
Prix de la meilleure actrice (Jennifer Tilly) et des meilleurs effets spéciaux lors du Fantafestival 2000.

samedi 2 mars 2019

Sur ma peau. Prix ARCA du Meilleur Film, 2018.

                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Sulla mia pelle" de Alessio Cremonini. 2018. Italie. 1h40. Avec Alessandro Borghi, Max Tortora, Jasmine Trinca, Milvia Marigliano, Andrea Lattanzi, Orlando Cinque

Diffusé sur Netflix le 12 Septembre 2018 

FILMOGRAPHIEAlessio Cremonini est un scénariste et réalisateur italien, né en 1973 à Rome en Latium. 2013 : Border. 2013 : Sur ma peau.


Tiré d'une histoire vraie, Sur ma peau relate avec souci de fidélité historique la descente aux enfers du jeune Stefano appréhendé par les carabiniers (gendarmes italiens) pour détention de drogue. Durant sa houleuse garde à vue il est passé à tabac par ces derniers et se retrouve ensuite impuissant à oser les dénoncer. Tant auprès du juge, de l'avocat, des médecins, des infirmiers, des gardiens que de ses propres parents à nouveau désarmés par son éventuelle rechute toxicomane. Ballotté dans divers cellules et centres médicaux, il finit par mourir à l'hôpital dans l'indifférence 1 semaine après son arrestation. Fort d'une mise en scène vériste proche du documentaire et surtout du jeu taciturne d'Alessandro Borghi (Suburra, film et série) d'une modeste expressivité subtilement poignante, Sur ma peau nous laisse en état d'impuissance face à sa lente déliquescence que le cinéaste Alessio Cremonini radiographie avec un humanisme chétif. Tant auprès de son corps contusionné par les coups que de ses impressions morales au confins d'un mutisme dépressif. Si bien que le climat mortifié qu'il nous extériorise avec une désarmante aigreur déteint sur notre propre conscience eu égard de son conditionnement carcéral dénué d'étincelle d'humanité.


A l'exception toutefois d'autres détenus plus tolérants (dont on ne verra jamais le visage) et d'une ou deux infirmières un peu plus empathiques. Quoiqu'il advienne, l'entourage autoritaire (juge, gendarmes, gardiens, médecins) car communément soumis à leur propre déontologie se dispensera le plus couramment d'y faire preuve de discernement, de tolérance et de chaleur humaine face à l'état moribond de Stefano livré au spleen de sa solitude. Ainsi donc, dénonçant sans une once de racolage l'abus de pouvoir de carabiniers cédant parfois aux règlements de compte, les conditions de détention des détenus (tant auprès d'une garde à vue prolongée qu'au sein de leur géole), une juridiction étonnamment arbitraire (le choix d'imposer un avocat d'office à Stéfano ainsi que leur cécité face à ses multiples contusions), la charte draconienne du personnel de garde refusant aux parents de rendre visite à leur fils en soin médical, Alessio Cremonini s'y implique à l'aide d'une vigueur dramatique toujours plus dérangeante. Inévitablement bouleversant lors de son final prévisible d'une incroyable pudeur (tant auprès des derniers instants de la victime recluse que du recueillement des parents en berne), Sur ma peau renchérit dans le sentiment d'injustice à travers les postures monolithiques des médecins (toujours aussi intransigeants de s'opposer à leur règlement) et des carabiniers, notamment lorsque ces derniers annoncent la terrible nouvelle aux parents avec une révoltante absence de bienséance.


A la fois vibrant et douloureux témoignage des conditions carcérales d'un détenu molesté par l'abus de pouvoir, Sur ma peau mine le moral à travers ce fait-divers suffocant expurgé d'humanité dans les plupart des situations de claustration. Intense et vertigineux sous l'impulsion fragile d'Alessandro Borghi, ce dernier pétri d'humilité porte le film à bout de bras avec une acuité émotionnelle aussi timorée que désespérée. Difficile d'y sortir indemne face à la responsabilité policière... 

Dédicace à Mylène Lam
*Bruno

Récompenses: Mostra de Venise 2018 :
Prix ARCA CinemaGiovani du meilleur film pour Alessio Cremonini
Prix FEDIC du meilleur acteur pour Alessandro Borghi
Prix Pasinetti spécial pour Alessandro Borghi et Jasmine Trinca