mardi 16 janvier 2018

LA PROIE DE L'AUTOSTOP

Photo empruntée sur Google, appartenant au site clubdesmonstres.com

"Autostop Rosso Sangue" de Pascal Festa Campanile. 1977. Italie. 1h44 (uncut). Avec Franco Nero, Corinne Cléry, David Hess, Joshua Sinclair, Carlo Puri, Ignazio Spalla, Leonardo Scavino, Monica Zanchi.

Sortie salles U.S: 12 Juillet 1978. Le film a été classé X en France de 1978 à décembre 1981
Les diverses versions censurées à l'international: Canada, France: 82 mns. UK; 98 mns.

FILMOGRAPHIEPascal Festa Campanile est un réalisateur, scénariste et producteur italien, né le 28 Juillet 1927, décédé le 25 Février 1986. 1984: Uno scandalo perbene. 1983 Il petomane. 1983 Un povero ricco. 1982 Più bello di così si muore. 1982 Bingo Bongo. 1982 La fille de Trieste. 1982: Porca vacca. 1981 Culo e camicia. 1981 Personne... n'est parfait! 1981 Manolesta. 1980 Mon curé va en boîte. 1980 Le larron. 1980 Il ritorno di Casanova. 1979 Il corpo della ragassa. 1979 Week-end à l'italienne (segment "Domenica"). 1978 Gegè Bellavita. 1978 Come perdere una moglie e trovare un'amante. 1977 La proie de l'autostop. 1977 Cara sposa. 1976 Dimmi che fai tutto per me. 1976 La grande bagarre. 1975 En 2000, il conviendra de bien faire l'amour. 1974 La sculacciata. 1973: L'emigrante. 1973 Rugantino. 1972 La calandria. 1972 Jus primae noctis. 1972 Quand les femmes perdirent leur queue. 1971 Ma femme est un violon. 1970 Quand les femmes avaient une queue.  1970 Tu peux... ou tu peux pas? 1969 Scacco alla regina. 1969 Dove vai tutta nuda? 1968 L'amour à cheval. 1968 Il marito è mio e l'ammazzo quando mi pare. 1967 La ceinture de chasteté. 1967 La fille et le général. 1966 Adulterio all'italiana. 1966 Une vierge pour le prince. 1964 Avec amour et avec rage. 1964 Le sexe des anges. 1963 Amour sans lendemain.


Cinéaste italien prolifique, Pascale Festa Campanile est signataire de 43 longs-métrages, pour la plupart des oeuvres mineures destinées à divertir à l'instar de ses comédies polissonnes. Vilain petit canard, La proie de l'auto-stop s'avère son unique incursion dans le road movie "déviant", sans doute aussi afin de surfer sur le filon de quelques "interdits" sulfureux des Seventies parmi lesquels, La Dernière Maison sur la gauche, I spit on your grave, Chiens enragés, Week-end sauvage ou encore la bête tue de sang froidUn couple en discorde conjugale s'égare sur les routes bucoliques de Californie. Le mari, plutôt porté sur l'alcool, ne songe qu'à la violenter et l'insulter en guise d'impériosité. Cette dernière davantage délaissée lui tolère néanmoins ses exactions en espérant un avenir moins complaisant. Mais l'irruption fortuite d'un auto-stoppeur va au contraire les précipiter dans un jeu de provocations toujours plus délétères. Sur le canevas du road movie conjugué au western moderne, Pascale festa Campanile y transcende un survival immoral baignant dans le cynisme et la débauche morale. Celui-ci se focalisant sur la relation tendue entre deux otages et leur tortionnaire évoluant dans le cadre champêtre d'un climat solaire épargné de citadins et d'habitation. De par leur état d'âme corruptible et leur situation sociale précaire, le couple d'otages finira par effleurer la complicité, faute du conflit incongru entre les deux hommes ayant lamentablement échoué leur vocation professionnelle. Durant leur itinéraire impondérable centré sur le huis-clos exigu (l'habitacle d'une voiture tractant une caravane), les deux machiste au franc-parler dévastateur vont s'opposer à renfort de provocations aussi bien verbales que physiques. Leur posture risible émanant d'un complexe de supériorité avec comme motivation majeure la quête de soumission chez l'esprit le plus faible et fragile, en l'occurrence une aguicheuse paumée ballottée tous azimuts.


En prime, et pour renchérir l'esprit corrosif de cette farce ubuesque, l'auto-stoppeur (utopiste) sollicitera à l'époux de lui écrive un livre, une autobiographie sur ces frasques dépravées. Celui-ci subordonné à son bourreau se révélant un journaliste peu ambitieux, car tire-au-flanc, accroc à l'alcool et surtout assujetti à un méprisant égotisme. Au centre de ce duo primaire d'une rare médiocrité, la jeune femme soumise fait office d'objet sexuel lors de leur compétition machiste. L'intrigue linéaire pour autant constamment efficace et tendue chez la psychologie de ces misanthropes et de la femme incapable de s'affirmer tient donc en haleine grâce à leur confrontation sur le fil du rasoir. Durant le périple, quelques incidents impromptus vont d'autre part leur permettre de les mettre à l'épreuve meurtrière de par leur penchant pour la dégradation morale où les coups les plus couards seront permis. L'itinéraire sans issue s'acheminant à la tragédie sardonique auprès du dénouement nihiliste où les rôles vont être amenés à s'inverser ! (la dernière image est à ce titre diablement éloquente !). Dans celui du journaliste moustachu vil, rustre et persifleur maltraitant à sa guise sa femme tel un pantin, Franco Nero est détestable d'hypocrisie et de lâcheté Spoil ! et ce jusqu'à ces agissements de dernier ressort d'une audace amorale Fin du Spoil. Psychopathe inculte à la fois décérébré et vicié, David Heiss lui partage la vedette avec le charisme licencieux qu'on lui connait dans ce genre de rôle sans vergogne fondé sur l'exaction criminelle et la débauche sexuelle. Concupiscente en diable dans une fausse innocence et d'une charnalité plantureuse, Corinne Cléry y symbolise la potiche victimisée en dépit d'une certaine ambiguïté masochiste à se laisser trop facilement livrer aux abus sexuels des 2 lurons (face au témoignage impuissant de son époux ligoté, simule t'elle vraiment l'orgasme afin de se venger de ces années d'humiliation conjugale ?). La scène du viol volontairement provocante mais habilement sobre lors des ébats et échanges de regards complices restant un modèle de perversité où chaque témoin s'y condamne un peu plus. On peut aussi noter l'aspect quelque peu ironique du score d'Ennio Morricone afin de grossir le trait mesquin de la situation de soumission (celle équivoque de l'épouse mais aussi du mari contraint de la reluquer sans pouvoir lui porter secours).  


Affreux, sales et méchants
Avec sa bande-son disparate "pop et banjo" sensiblement en décalage avec son cheminement dramatique, La Proie de l'auto-stop est une de ces séries B impertinentes à l'aura de souffre toujours plus palpable (son final trivial nous laissant sur le bitume de la déconvenue !). Une oeuvre insolente à la liberté de ton provocatrice dans son alliage de cynisme lubrique et de violence escarpée flattant les bas instincts du marginal le plus irresponsable. Sous couvert de Road trip d'exploitation typiquement transalpin (notamment à travers le sous-genre du Rape and revenge s'invitant en fin de parcours) y émane une oeuvre culte particulièrement vrillée que Pascale Festa Campanile imprime sans complexe avec une personnalité résolument sarcastique. 

Bruno
16.01.18. 3èx
08.03.11. (975 v)

lundi 15 janvier 2018

THE STRANGE ONES

                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Christopher Radcliff et Lauren Wolkstein. 2017. U.S.A. 1h22. Avec Alex Pettyfer, James Freedson-Jackson, Emily Althaus, Gene Jones, Owen Campbell.

Sortie salles France: 27 Juin 2018. U.S: 5 Janvier 2018

FILMOGRAPHIE: Christopher Radcliff est un réalisateur, scénariste et producteur américain.
Lauren Wolkstein est une réalisatrice et scénariste américaine, né le 20 Mars 1982 à Baltimore.
2017: The Stranger Ones.


En 2011, deux jeunes cinéastes fans de shorts s'associaient pour The Strange Ones, un court d'une quizaine de minutes. En 2017, nos deux cinéastes, Christopher Radcliff et Lauren Wolkstein, proposent une version longue avec des changements notables. La force du court était son atmosphère et un jeu fait d'ambivalences.

Le thriller psychologique a toujours offert des productions solides. En 2008 par exemple, Tom Shankland et son The Children nous invitaient dans la noirceur d'un scénario par moments jubilatoires. De même, en 2005, David Slade et son Hard Candy distillaient le malaise avec une certaine aisance.
En 2017, The Strange Ones apporte sa pierre à la chapelle ténébreuse. Le scénario du film suit le périple d'un jeune garçon et de son frère. Un voyage énigmatique, les réalisateurs jouant d'ellipses narratives et de flashbacks pour mieux égarer le spectateur. Pas simple au début de replacer les pièces d'un puzzle subtilement enchevêtrées. Et tout l'art de cette bobine ne se résume pas seulement à la nébuleuse qui embrasse cette histoire riche de sens quand on sait patienter.

On en vient ainsi au seul problème du film, susceptible de faire perdre patience aux plus exigeants : son rythme est loin des canons chers à notre bon vieux metteur en scène de comptoir, je parle de Michael Bay. Mais revenons à The Strange Ones et à son rythme, il faudra se montrer stoïque tout au long du récit. Il est certain que la lenteur assumée a de quoi rebuter l'individu sous acide, ou le simple spectateur à la sempiternelle remarque : "Il ne se passe rien dans ce film". Mon gars, ce n'est pas parce que tu ne vois pas des tirs de pistolet toutes les 3 minutes 22 que tu peux affirmer qu'il ne se passe rien. J'ajouterai : "Même quand tu vas aux chiottes, il se passe un truc."
Garçon, cela s'appelle un thriller psychologique, et je peux l'affirmer, The Strange Ones est une oeuvre de qualité. Son rythme indolent épouse parfaitement les contours d'un récit qui va peu à peu se dramatiser. Habilement, Radcliff et Wolkstein vont s'ingénier à nous perdre ; à altérer notre façon d'envisager la chose.

Une des forces de film aura été d'y ajouter un soupçon de fantastique. Un fantastique énigmatique, jamais pleinement assumé. Cela donne à cette bobine une certaine allure, offrant à l'ambiance déjà parfaitement maîtrisée et troublante, une richesse étonnante. On mettra aussi en avant les deux acteurs principaux, Alex Pettyfer (Time Out, 2011) et le jeune James Freedson-Jackson (Cop Car, 2015). Ils jouent parfaitement et sont dirigés avec talent.
La réal est faite d'un cadrage parfois sublime, d'un photo au diapason, d'un montage sensé et de...

De par ses thèmes traités, ce film est à réserver à un public averti.

Cet article a été écrit par Hcar 1

vendredi 12 janvier 2018

LA FORME DE L'EAU. Lion d'or, Venise 2017.

                                                     Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

"The Shape of Water" de Guillermo Del Toro. 2017. U.S.A. 2h03. Avec Sally Hawkins, Michael Shannon, Octavia Spencer, Doug Jones, Michael Stuhlbarg, Lauren Lee Smith.

Sortie salles France: 21 Février 2018. U.S: 8 Décembre 2017 (Int - 17 ans)

FILMOGRAPHIE: Guillermo Del Toro est un réalisateur, scénariste, romancier et producteur américain, né le 9 Octobre 1964 à Guadalajara (Jalisco, Mexique). 1993: Cronos. 1997: Mimic. 2001: l'Echine du Diable. 2002: Blade 2. 2004: Hellboy. 2006: Le Labyrinthe de Pan. 2008: Hellboy 2. 2013: Pacific Rim. 2015: Crimson Peak. 2017: La Forme de l'Eau.


      "Heureux sont les yeux qui n'ont pas besoin d'illusion pour voir que le spectacle est grand !".

Précédé d'une réputation élogieuse (en témoignent ses récompenses énumérées en fin d'article), le film "évènement" de Guillermo Del Toro et une nouvelle invitation au rêve et à la magie du 7è art. Ainsi, localisant l'intrigue durant la guerre froide des années 60, Guillermo del Toro nous déclare sa flamme au cinéma vintage et à ces anciens fauteuils, ossature en bois et assises d'un rouge velours. A l'instar de la Dernière séance qu'Eddie Mitchell et sa serveuse réanimèrent durant les années 80 à travers notre lucarne parentale. Mais derrière cette franche tendresse pour le cinéma de papa, Del Toro empreinte la mise en abyme pour mieux télescoper son conte de fée si bien que les héros eux-mêmes se fascinent pour l'écran géant avec ce même regard infantile (à ce titre leur retrouvaille dans la salle de cinéma distille une émotion improvisée exaltante, aussi brève soit-elle). Hymne à l'amour des monstres et à l'ardeur des sentiments par le biais du droit à la différence, La Forme de l'Eau est touché par la grâce du réalisateur (à nouveau) au firmament de son génie créatif si bien que son récit, pour autant d'une grande simplicité, nous frappe droit au coeur par sa vibrante sincérité. Un peu à la manière linéaire de Spielberg lors du phénomène E.T. avec ce même don narratif et ce parti-pris pour l'émotion virginale. Variation personnelle de l'Etrange créature du lac noir d'un point de vue résolument romantique, fou et épuré, la Forme de l'eau nous fait partager durant plus de 2h l'amour incongru entre une domestique muette, Elisa, (elle exerce le ménage chez une entreprise scientifique tenue secrète) et un amphibien récemment découvert par ses supérieurs.


Sur le point d'être disséqué au prix de leur recherche scientifique au moment même ou des agents russes tentent de s'en emparer (de manière autrement sournoise), Elisa va tenter de lui sauver la vie en le ramenant chez elle parmi les complicités de son voisin de palier, d'un scientifique et d'une autre concierge. Si le cheminement de l'intrigue déjà conté au préalable n'apporte pas vraiment de surprises quant au dénouement escompté, la forme de l'Eau parvient haut la main à nous émerveiller grâce à la faculté du réalisateur de nous faire croire à l'improbable via l'outil de sa caméra. Qui plus est, il s'agit ici de nous retracer de manière couillue et jusqu'au-boutiste un conte de fée jamais décrit au préalable (on y traite tout de même de zoophilie sans aucune trivialité et encore moins de mauvais goût puisque c'est tout l'inverse qui se produit !). Del Toro, totalement impliqué à donner chair à sa sublime créature plus vraie que nature, possédant le même brio que Spielberg à nous narrer avec passion circonspecte une romance d'un genre prude mais si singulier. Autant dire que l'émotion candide, d'une sensibilité éminemment douce et fragile, nous donne souvent le vertige à témoigner d'une complicité amoureuse entre deux coeurs que rien ne présageait. Si la charnalité de quelques étreintes avait de quoi effleurer le mauvais goût, voir sombrer dans le ridicule, Del Toro s'extirpe des conventions et de la complaisance en nous sublimant un jeu sensuel de la gestuelle et des regards touchés par l'alchimie de la tendresse. Le moment fantasmatique de la valse tournée en noir et blanc (clin d'oeil évident au genre musical de la belle époque) et à laquelle l'héroïne retrouve subitement la voix, nous inscrivant une chorégraphie enchanteresse d'un onirisme bouleversant (j'en ai versé les larmes de bonheur en omettant le caractère si illusoire de la fiction).


Spectacle envoûtant de féerie romantique comme vous n'en n'avez jamais contemplé sur la toile, la Forme de l'Eau renoue avec le fantastique le plus "authentique" (la créature expressive est un nouvel emblème du bestiaire imaginaire) grâce à l'immense sincérité de son auteur à inscrire sur pellicule une romance audacieuse en militant autant pour la tolérance (on y traite notamment de racisme à travers la communauté noire et d'homophobie discréditée par les ricains) qu'au droit à la différence. Il en émane une oeuvre sensible, gracile et épurée ponctuée de moments d'intimité à l'émotion jamais programmée, et qui derrière un manifeste pour la cause animale (la maltraitance et la vivisection y sont brièvement dénoncées), ne cesse de proclamer la donation de l'amour avec une liberté d'esprit bouleversante. Et pour parachever de manière un peu plus personnelle, je déclare ma flamme à l'actrice Sally Hawkins littéralement incandescente de tendresse et bouleversante de bienveillance de par l'art du non-dit (le mimétisme) à travers son corps filiforme et ses petits yeux scintillants ! 

* Bruno

Récompenses: Mostra de Venise 2017 : Lion d'or
African-American Film Critics Association Awards 2017 : 7e du Top 10 annuel
Festival du film de Hollywood 2017 : meilleur montage pour Sidney Wolinsky
American Film Institute Awards 2018 : film de l'année
Golden Globes 2018 :
Meilleur réalisateur pour Guillermo del Toro
Meilleure musique pour Alexandre Desplat

jeudi 11 janvier 2018

LONG WEEK-END

                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

"Long Weekend" de Colin Egleston. 1978. Australie. 1h32. Avec John Hargreaves, Briony Behets, Mike McEwen, Roy Day, Michael Aitkens.

Sortie salles France: 30 Juillet 1980. U.S/Australie: 29 Mars 1979

FILMOGRAPHIEColin Eggleston est un réalisateur australien, né le 23 Septembre 1941 à Melbourne, décédé le 10 Août 2002 à Genève. 1977: Fantasm Comes Again (pseudo Eric Ram). 1978: Long Week-end. 1982: The Little Feller. 1984: Innocent Prey. 1986: Cassandra. 1986: Dakota Harris. 1986: Body Business (télé-film). 1987: Outback Vampires.


En 1978 sort sur les écrans un petit film australien accoutré d'un budget dérisoire et de comédiens méconnus sous l'égide d'un metteur en scène néophyte. A la surprise générale, les récompenses pleuvent à contrario de son accueil glacial reçu dans son pays d'origine ! Antenne d'Or à Avoriaz, Prix Spécial du Jury, Prix de la Critique au Rex de Paris, Meilleur Film, Meilleur Acteur pour John Hargreaves et enfin Prix du Jury à Sitges ! 34 ans plus tard et un remake récemment amorcé, ce chef-d'oeuvre écolo garde intact son pouvoir de fascination émanant d'un environnement terriblement anxiogène. Un jeune couple sur le déclin tente de se réconcilier en passant un long week-end dans une nature sauvage à proximité d'une plage. Après avoir planté leur tente sur un bout de terrain vierge, des évènements naturels inexpliqués se produisent et semblent vouloir les persécuter. 


Avec une économie de moyens et sans aucune outrance spectaculaire, Long Week-end tente lestement de nous intriguer en provoquant une peur anxiogène par le truchement d'une intrigue inusitée. Un couple en pleine dérive conjugale tente de s'offrir une seconde chance en pliant bagage vers une destination bucolique le temps d'un week-end. Après avoir planté son univers écolo, un soin consciencieux est établi auprès de la caractérisation de ce couple antipathique n'assumant aucune considération pour le respect de la faune et de la flore. Le mari obtus, adepte de la chasse et des loisirs du camping, passe son temps à inspecter les alentours d'une végétation florissante avant de décharger sommairement quelques cartouches de fusil sur certains volatiles ou mammifères errants. Sexuellement frustrée et irascible pour cause d'avortement et d'adultère, la mégère s'ennuie lamentablement et se contente de se dorer la pilule au soleil en lisant des magazines érotiques. Totalement impassible à la beauté naturelle du climat bucolique, elle se révèle aussi irrévérencieuse que son époux. Pour preuve, après que ce dernier eut été agressé par un rapace, elle écrasera un oeuf fécond contre un arbre par esprit de rancune.


Lentement, leur rapport préalablement conflictuel s'exacerbe un peu plus, faute d'évènements intrigants découlant du danger sous-jacent de bruit d'animaux affolés. Après avoir sacrifié certains mammifères et violer son massif forestier, la nature subitement insidieuse prendra dès lors sa revanche sur ses oppresseurs afin de leur faire payer leur impudence. L'intensité incisive de Long Week-end découle de cet enchevêtrement de comportements primaires perpétrées par deux quidams immatures car extériorisant leur colère et leur caprice sur la nature vierge. L'ambiance anxiogène qui en émane, le sentiment d'insécurité instauré chez eux car déstabilisés par moult évènements imbitables nous confinant vers un climat malsain davantage feutré. La dernière partie, course de survie pour le couple déboussolé, va renforcer ce sentiment oppressant d'une menace indicible mais pour autant prégnante. Sans céder à l'esbroufe, Colin Egleston cultive avec une rare subtilité (notamment de par sa puissance visuelle ensorcelante !) un cauchemar écolo aux cimes du fantastique où le malaise palpable s'accapare du psyché du spectateur aussi désorienté que nos antagonistes.


Un crime contre nature
Scandé d'une partition ombrageuse de Michael Carlos afin de renchérir une angoisse en crescendo, et brillamment incarné par 2 comédiens méconnus jouant les troubles-fêtes avec un naturel idoine, Long Week-end festoie autour du Fantastique éthéré. L'effet de suggestion amorçant de manière vénéneuse une terreur davantage implacable au coeur d'une végétation naturelle aussi hostile qu'indicible. Attention chef-d'oeuvre auteurisant d'autant plus atypique et formellement vertigineux ! 

* Bruno
10.01.12 (611 vues)

Récompenses: Prix Spécial du Jury, Prix de la critique au festival du Rex à Paris en 1979.
Antenne d'Or au Festival d'Avoriaz en 1979.
Meilleur Film, Meilleur Acteur (John Hargreaves), Prix du Jury de la critique internationale de Sitges en 1978.

mercredi 10 janvier 2018

ENEMY.

                                                Photo empruntée sur Google, appartenant au site themindreels.com

"Enemy Mine" de Wolfgang Petersen. 1985. U.S.A/Allemagne. 1h48. Avec Dennis Quaid, Louis Gossett Jr., Brion James, Richard Marcus, Carolyn McCormick, Bumper Robinson.

Sortie salles France: 5 Mars 1986. U.S: 20 Décembre 1985

FILMOGRAPHIE: Wolfgang Petersen est un réalisateur allemand né le 14 Mars 1941 à Emden.
1974: Einer von uns beiden. 1977: La Conséquence. 1981: Le Bateau. 1984: L'Histoire sans Fin. 1985: Enemy. 1991: Troubles. 1993: Dans la ligne de mire. 1995: Alerte ! 1997: Air force one. 2000: En pleine tempête. 2004: Troie. 2006: Poséidon.


Abordant le problème du racisme dans le cadre du divertissement familial ponctué de traits d'humour (et ce en dépit de la violence de 2/3 règlements de compte et d'un écart gore étonnamment intense et percutant), Enemy constitue un sympathique spectacle SF à condition de faire preuve d'indulgence et de le privilégier auprès d'un public ado. L'aventure humaine finalement prévisible et routinière cédant trop aux conventions parmi la facilité des bons sentiments. En prime, faute du développement des personnages vite expédiés et du surjeu parfois irritant de Dennis Quaid en héros pacifiste redresseur de tort, Enemy manque sérieusement de vigueur, d'émotions et d'enjeux. Et ce en dépit de la bonne volonté de Wolfgang Petersen (préalablement ambitieux et inventif avec le formidable l'Histoire sans fin) plus intéressé à fignoler la forme par le biais d'un désert stellaire aussi rutilant que dépaysant et d'habiles FX artisanaux conçus par le spécialiste du genre Chris Wallas.

* Bruno

Récompenses: Prix de la C.S.T., Antenne d’or, Avoriaz 86

mardi 9 janvier 2018

SUPERMAN 3

                                                   Photo empruntée sur Google, appartenant au site dcplanet.fr

de Richard Lester. 1983. U.S.A/Angleterre. 2h05. Avec Christopher Reeve, Richard Pryor, Jackie Cooper, Marc McClure, Annette O'Toole, Paul Kaethler.

Sortie salles France: 10 Août 1983. U.S: 17 Juin 1983

FILMOGRAPHIE: Richard Lester est un cinéaste américain né le 19 janvier 1932 à Philadelphie. 1962 : It's Trad, Dad! 1963 : La Souris sur la Lune. 1964 : Quatre garçons dans le vent. 1965 : Le Knack... et comment l'avoir. 1965 : Au secours! 1966 : Le Forum en folie. 1967 : Comment j'ai gagné la guerre.1968 : Petulia. 1969 : L'ultime garçonnière. 1973 : Les Trois Mousquetaires. 1974 : Terreur sur le Britannic. 1974 : On l'appelait Milady. 1975 : Le Froussard héroïque. 1976 : The Ritz. 1976 : La Rose et la Flèche. 1979 : Cuba. 1979 : Les Joyeux Débuts de Butch Cassidy et le Kid. 1980 : Superman 2. 1983 : Superman 3. 1984 : Cash-Cash. 1989 : Le Retour des Mousquetaires. 1991 : Get Back.


Faute d'un scénario à la fois bâclé et mal structuré (l'élaboration d'un super ordinateur conçu en un claquement de doigt pour détruire Superman quand bien même ce dernier contaminé par la kryptonite s'efforce de déjouer son double maléfique, la romance mal ficelée entre lui et Lana, sa nouvelle compagne au mépris d'une Lois Lane faisant acte de figuration !?), d'un humour souvent lourdingue que Richard Pryor s'acharne à rendre désopilant en dépit de sa verve impétueuse et de son caractère bonnard, et de personnages stéréotypés s'efforçant de jouer les méchants avec un racolage grossier  (malgré son professionnalisme, Robert Vaughn ne convainc pas dans la peau du milliardaire mégalo), Superman 3 sombre dans la platitude. On se réconforte toutefois sur quelques moments réussis, à l'instar de son prologue inventif enchaînant une foule de gags cocasses que n'auraient pas renié Laurel et Hardy si bien que sa première partie nous vante une comédie d'action festive, sur d'excellents effets-spéciaux parfois spectaculaires et originaux, puis enfin sur la présence toujours symbolique du génial Christopher Reeves en redresseur de tort volant (ses déplacements aériens nous faisant encore rêver, notamment grâce au charme de ses trucages artisanaux pour peu que l'on ait su préserver son âme d'enfant).


Flingué par la critique de l'époque et accusant aujourd'hui le poids des années en dépit des bonnes intentions de l'équipe du film (la manière leur fait tant défaut !), Superman 3 est à revoir d'un oeil distrait auprès de la génération 80, avec peut-être une perle de larme nostalgique eu égard du sympathique ratage prioritairement réservé aux enfants. 

* Bruno
3èx

lundi 8 janvier 2018

NEVER LET ME GO

                                  Photo empruntée sur Google, appartenant au site lecoindescritiquescine.com

de Mark Romanek. 2010. U.S.A/Angleterre. 1h44. Avec Keira Knightley, Carey Mulligan, Andrew Garfield, Charlotte Rampling, Isobel Meikle-Small, Charlie Rowe.

Sortie salles France: 2 Mars 2011. U.S: 15 Octobre 2010

FILMOGRAPHIEMark Romanek est un réalisateur américain né le 18 septembre 1959 à Chicago. 1985 : Static. 2002 : Photo Obsession. 2010 : Never Let Me Go. 2011 : Locke & Key (TV).


"Ce que je me demande, c'est si notre vie a été tellement différente de la vie des personnes que nous sauvons, nous terminons tous. Peut-être qu'aucun d'entre nous ne comprends réellement ce qu'il a vécu et que personne n'a eu le sentiment d'avoir eu assez de temps."

Echec commercial à sa sortie, peut-être à cause de la langueur de son climat monocorde pour autant magnétique, Never let me go est une oeuvre magnifique sur la fragilité de l'existence et la fuite inextinguible du temps s'étiolant un peu plus chaque jour. Dans un internat privé d'une discipline drastique, la petite Cathy tombe amoureuse de Tommy. Mais jalouse de leur éventuelle future relation, une de ses amies, Ruth, courtise fissa ce dernier. 10 ans plus tard, ils se retrouvent tous trois aux cottages en attendant leur triste destinée de donneurs d'organes. 


Drame social nous alertant des dérives du clonage d'un point de vue prophétique, mélo bouleversant d'une grande pudeur quant à la réserve sentimentale des personnages, Never let me go empreinte l'anticipation de manière aussi bien réaliste qu'originale (puisque sans esbroufe) quant au traitement inhumain de clones humains faisant écho à la mélancolie existentielle des Réplicants de Blade Runner. Sublimé par les présences chétives de Keira Knightley, Carey Mulligan (Meilleure actrice au British Independent Film Awards 2010) et Andrew Garfield (Meilleur acteur au Evening Standard British Film Awards), ceux-ci parviennent avec leur charisme sans fard à imprimer une intensité dramatique,  de par leur flegme où le non-dit en dit long sur leur pessimisme mais aussi l'espoir à se raccrocher au fil de quelques années (le fameux "sursis" éventuellement offert aux couples amoureux), et l'élégance de sa mise en scène réfutant l'effet de manche. Baignant dans un climat bucolique d'un onirisme naturel sous l'impulsion d'une modeste partition au clavecin, Never let me go nous fait partager les états d'âme sentencieux de ce triangle amoureux contraint de vivre avec une angoisse viscérale le jour fatal de leur transplantation. A l'instar du condamné à mort confiné isolément dans sa cellule avec l'attente interminable du jour propice de sa mort. A travers leur cheminement d'errance morale où l'amour et la mort font preuve d'inéquitable cruauté, Mark Romanek nous interroge sur la compréhension et le but de l'existence par le biais d'une temporalité furtive si bien que la vie pourrait avoir plus de valeur auprès de l'amour de sa vie.


Bouleversant et profondément fragile parmi une émotion dépouillée, de par le talent intègre des jeunes interprètes et l'épure de sa réalisation avisée, Never let me go cultive au final une infinie tristesse auprès de l'exploitation sans vergogne de ces cobayes humains confrontés au sacrifice d'une bonne cause (celle de sauver d'autres vies qu'ils n'approcheront jamais). Sensible, dur et douloureux mais une oeuvre magnifique inscrite dans la candeur car ne demandant qu'à "aimer" et préserver l'être cher condamné demain à disparaître en un clignement d'oeil. L'atavisme de la mort finissant par nous enseigner qu'il est urgent de s'enlacer. 

* Bruno

Récompenses: British Independent Film Awards 2010 : Meilleure actrice pour Carey Mulligan
Evening Standard British Film Awards 2011 : Meilleur acteur pour Andrew Garfield
Saturn Awards 2011 : Meilleur acteur dans un rôle secondaire pour Andrew Garfield

vendredi 5 janvier 2018

LA CHAMBRE DES TORTURES

                                               Photo empruntée sur Google, appartenant au site fr.wikipedia.org

"The Pit and the Pendulum" de Roger Corman. 1961. U.S.A. 1h22. Avec Vincent Price, John Kerr, Barbara Steele, Luana Anders, Antony Carbone.

Sortie salles France: 9 Juin 1965. U.S: 12 Août 1961

FILMOGRAPHIE: Roger Corman est un cinéaste américain, né le 5 avril 1926 à Détroit, Michigan
1955: Day the World Ended. 1956: It's Conquered the World. 1957: Rock all Night. 1957: l'Attaque des Crabes Géants. 1957: Not of this Earth. 1957: Vicking Women. 1957: The Undead. 1958: War of the Satellites. 1958: She-Gods of Shark Reef. 1958: Swamp Women. 1958: Teenage Caveman. 1958: Mitraillette Kelly. 1959: Un Baquet de Sang. 1960: La Petite Boutique des Horreurs. 1960: La Chute de la Maison Usher. 1961: Ski Troop Attack. 1961: La Chambre des Tortures. 1961: Atlas. 1962: The Intruder. 1962: l'Enterré Vivant. 1962: l'Empire de la Terreur. 1962: La Tour de Londres. 1963: Le Corbeau. 1963: La Malédiction d'Arkham. 1963: l'Horrible cas du Dr X. 1963: l'Halluciné. 1964: Le Masque de la Mort Rouge. 1964: l'Invasion Secrète. 1965: La Tombe de Ligeia. 1965: Not of this Earth. 1966: Les Anges Sauvages. 1967: l'Affaire Al Capone. 1967: The Trip. 1970: Bloody Mama. 1971: Gas-s-s-s. 1971: Le Baron Rouge. 1990: La Résurrection de Frankenstein.


Seconde adaptation d'un roman de Poe après avoir porté à l'écran la splendide Chute de la maison Usher, La Chambre des tortures est une série B mineure eu égard de son opus susnommé et de quelques futurs classiques que formeront les immuables Le Masque de la mort rouge et la Tombe de Ligeia. Pour autant, et grâce au savoir-faire de Roger Corman pétri d'amour à fignoler sa scénographie gothique, la Chambre des Tortures maintient l'intérêt grâce à l'efficacité de son intrigue horrifico-policière semée de rebondissements (un brin prévisible quant au dénouement attendu moins intense que prévu) et au charme de ses décors flamboyants.


Après avoir appris la mort de sa soeur disparue dans des circonstances inexpliquées, Francis Barnard vient rendre visite au mari de celle-ci, Nicolas, propriétaire d'un immense château sur le littoral. Au fil des nuits, des évènements inexpliqués importunent Nicolas déjà traumatisé par la mort de sa défunte épouse car persuadé qu'il en est le responsable. Sceptique et très méfiant vis à vis de Nicolas, Francis entame son enquête afin de démasquer le vrai coupable de ses étranges phénomènes intentant à la tranquillité des résidents. Jouant la carte de l'investigation policière à renfort de phénomènes surnaturels que l'on devine matois, La Chambre des Tortures parvient toutefois à nous immerger dans son cauchemar gothique parmi l'influence du génial Vincent Price. Cabotin en diable, ce dernier se délecte à incarner la victime mélancolique aussi meurtrie que fragile, faute de son amour immodéré pour sa défunte épouse et du traumatisme qu'il subit enfant lorsqu'il assista à la mort de sa mère enterrée vivante. Mais chut, n'en disons pas plus afin de savourer à sa juste valeur ce jeu de séduction macabre parmi la présence sépulcrale de Barbara Steele. Et ce même si on l'a connu plus impliquée et ensorcelante dans d'autres oeuvres autrement plus riches et ambitieuses.


Sympathique, ludique puis progressivement sarcastique (principalement sa dernière partie aussi cruelle que débridée), la chambre des Tortures est suffisamment bien construit au niveau de son intrigue à suspense (avec une habile inversion des rôles "victimes/coupables" même si l'on finit par déceler les tenants et aboutissants de certains d'entre eux) pour susciter l'attention au travers d'une architecture gothique d'un stylisme onirico-macabre parfois percutant (à l'instar du cadavre momifié, l'expression figée dans la terreur !). 

* Bruno

jeudi 4 janvier 2018

LE DINER DE CONS

                                                   Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Francis Veber. 1998. France. 1h17. Avec Jacques Villeret, Thierry Lhermitte, Francis Huster,
Daniel Prévost, Alexandra Vandernoot, Catherine Frot, Edgar Givry.

Sortie salles France: 15 Avril 1998.

FILMOGRAPHIE: Francis Veber est un réalisateur, scénariste, dialoguiste et producteur français, né le 28 Juillet 1937 à Neuilly sur Seine. 1976: Le Jouet. 1981: La Chèvre. 1983: Les Compères. 1986: Les Fugitifs. 1989: Les 3 Fugitifs. 1992: Sur la corde raide. 1996: Le Jaguar. 1998: Le Dîner de con. 2000: Le Placard. 2002: Tais-toi ! 2006: La Doublure. 2008: L'Emmerdeur.


Vaudeville hilarant mené à un rythme tempétueux sous l'impulsion d'un Jacques Villeret confondant de naturel dans la peau de l'abruti intarissable, le Dîner de Cons fut à juste titre ovationné par les césars (meilleur scénario, meilleur acteur pour Villeret, meilleur second rôle pour Daniel Prévost) et son public (9 247 509 entrées !) sous la mainmise de l'éminent Francis Veber (le Jouet, La Chèvre, Les Compères, les Fugitifs). Tiré d'une pièce de théâtre à succès toujours sous la houlette de celui-ci et à nouveau incarné par Villeret, le Diner de cons laisse libre court à une accumulation de bévues autour du personnage de François Pignon désigné comme invité surprise à un dîner amical par l'éditeur Pierre Brochant.


Convié chez ce dernier pour un prétexte risible (une tour Eiffel conçue à partir de milliers d'allumettes), François Pignon va tenter de lui prêter main forte depuis que sa femme vient de le quitter, faute de son égoïsme et de sa lâcheté. Au fil de leur stratagème téléphonique, ceux-ci sont bientôt rejoints par un contrôleur fiscal ainsi que l'ex amant de la femme de Brochant. En dépit du caractère théâtral des situations comiques tributaires d'unité de lieu et de temps, Le Dîner de Cons prolifère les éclats de rire grâce au réparties impayables des acteurs s'en donnant à coeur joie à se disputer les résolutions conjugales. Outre l'incessante confrontation labiale que s'échangent Villeret et Lhermitte (très en forme en bourreau des coeurs égoïste, rusé et condescendant), et les présences secondaires aussi drôles qu'attach(i)antes de Francis Huster (étonnamment drôle lors de ses rires incontrôlés à témoigner du cas "Pignon" !) et Daniel Prévost (hilarant en contrôleur obsessionnel !),  Catherine Frot participe de près et de loin à leurs malentendus avec une fantaisie irrésistiblement décalée.


Entièrement bâti sur les gags verbaux d'un Villeret joyeusement débonnaire mais empoté et terriblement naïf autour des fourberies de lurons communément cocus, le Dîner de cons y extrait une satire sur l'infidélité conjugale sous l'impulsion incontrôlée de quiproquos en pagaille. Et ce avant que ne perce finalement une émotion poignante pour tenir lieu de la cruauté de la raillerie, de la trahison et du mensonge intenté par un bourgeois déshumanisé de son confort. Un classique du rire d'une redoutable efficacité orale !   

* Bruno


Récompenses: César du meilleur scénario original ou adaptation pour Francis Veber
César du meilleur acteur pour Jacques Villeret
César du meilleur acteur dans un second rôle pour Daniel Prévost

mercredi 3 janvier 2018

SUPER DARK TIMES

                                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Kevin Phillips. 2017. U.S.A. 1h43. Avec Owen Campbell, Charlie Tahan, Elizabeth Cappuccino, Max Talisman, Sawyer Barth, Amy Hargreaves, Adea Lennox

Sortie salles U.S: 29 Septembre 2017

FILMOGRAPHIE:  Kevin Phillips est un réalisateur et scénariste américain.
2017: Super Dark Times.


Distribué par Netflix, Super Dark Times est la première réalisation du néophyte Kevin Philips. Un talent à surveiller au vu de la qualité de sa mise en scène aussi bien personnelle qu'inventive (notamment parmi l'accord d'une bande-son dissonante et de l'irruption fortuite de visions macabres d'un réalisme glaçant) lorgnant sans prétention du côté d'un Stand By me vitriolé. Car imbibé d'une ambiance funèbre (en format scope s'il vous plait !) qui ne lâchera pas d'une semelle les ados de l'intrigue, Super Darl Times aborde les thèmes de la mort, de l'amitié, de la sexualité, de l'amour et du passage à l'âge adulte de manière jusqu'au boutiste, Spoil ! pour ne pas dire schizophrénique Fin du Spoil. A la suite d'un tragique accident ayant coûté la vie à l'un de leur camarade, Josh, Zach et Charlie décident d'un commun accord de masquer la vérité en cachant le corps dans les bois. Mais rongé par la culpabilité et le remord de ne pas assumer sa complicité, Zach sombre dans une paranoïa dépressive alors que son acolyte Josh se confine dans le mutisme au sein de sa chambre. 


Drame psychologique éprouvant s'il en est, notamment grâce à l'habileté du réalisateur à cultiver une intensité permanente (puis graduelle) autour du cheminement moral de Zach assailli par la peur de la mort et surtout la culpabilité du mensonge (alors qu'il n'est point l'auteur de l'incident mortel !), Super Dark Times manipule nos nerfs avec une efficacité étonnamment véloce auprès d'un premier métrage. Notamment par le biais d'une direction d'acteur assez nuancée (les interprètes juvéniles font également preuve d'un charisme innocent à la fois équivoque et affecté) afin de mieux s'immerger dans leurs états dépressifs puisque sévèrement dépassés par un évènement morbide aussi infortunée. Davantage inquiétant et cauchemardesque au gré d'un rebondissement alarmiste impromptu, Super Dark times embraye ensuite vers le thriller estomaquant si bien que sa dernière partie d'une extrême violence, car d'un réalisme émoulu; nous plaque au siège avec une émotion assez névralgique. Sans dévoiler les tenants et aboutissants moraux d'un des protagonistes, l'intrigue très sombre, soigneusement structurée, aborde le traumatisme d'un point de vue assez singulier et frontal si je me remémore les oeuvres ayant traité de la fragilité de l'adolescence et de la perte de l'innocence de manière autrement plus posée et prude. Pour autant,  Kevin Phillips ne manque pas non plus à certains moments de distiller un climat onirique assez envoûtant au travers de quelques images épurées en symbiose avec l'innocence de la nature ou parmi la posture songeuse de certains personnages. 


Cauchemardesque, vénéneux et ombrageux sans céder à la facilité ou à la gratuité, notamment grâce au brio de la réalisation radiographiant l'état d'âme torturé d'un des protagonistes avec un humanisme prédominant; Super Dark Times allie le drame et le thriller avec une densité psychologique aussi bien rigoureuse que poignante. Une excellente surprise donc, d'autant plus radicale et escarpée lors de son dernier acte erratique oscillant avec l'émotion fragile d'une innocence sacrifiée. Peut-on en sortir indemne ?

* Bruno

mardi 2 janvier 2018

BLADE RUNNER 2049

                                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Dennis Villeneuve. 2017. 2h44. Avec Ryan Gosling, Harrison Ford, Ana de Armas, Robin Wright, Sylvia Hoeks, Mackenzie Davis, Carla Juri, Lennie James, David Bautista, Jared Leto.

Sortie salles France: 4 Octobre 2017. U.S: 6 Octobre 2017

FILMOGRAPHIE: Denis Villeneuve est un scénariste et réalisateur québécois, né le 3 octobre 1967 à Trois-Rivières. 1996: Cosmos. 1998: Un 32 Août sur terre. 2000: Maelström. 2009: Polytechnique. 2010: Incendies. 2013: An Enemy. 2013: Prisoners. 2015 : Sicario. 2016 : Premier Contact. 2017: Blade Runner 2049.


Les réplicants sont des humains issus de la bio-ingénierie conçus par la Tyrell Corporation pour servir dans les colonies de l'espace, leur force faisant d'eux des esclaves idéaux. 
Après une série de violentes révoltes, leur production a été interdite et Tyreel Corp a fait faillite. 
L'effondrement des écosystèmes au milieu des années 2020 a favorisé l'essor de l'industriel Niander Wallace. Sa maîtrise de l'agriculture de synthèse a évité la famine. Wallace a racheté ce qui restait de Tyrell Corp et créé une ligne de réplicants obéissants. 
Nombre d'anciens modèles, les Nexus 8, sans durée de vie limitée, ont survécu. Ils sont traqués et "retirés". Ceux qui les traquent portent toujours le nom de Blade Runner. 
K, un nouveau Blade Runner docile, enquête sur un cheval de bois découvert sous un arbre. Ce qui l'amène à partir à la recherche de Deckard, l'ancien blade runner, afin de découvrir l'identité d'un enfant caché. 


Villeneuve le démiurge. 
Spectacle dystopique d'une beauté crépusculaire à damner un saint, Blade Runner 2049 est la séquelle de tous les risques à tenter d'émuler son modèle proverbial que Dennis Villeneuse s'impose sans prétention, sans fioriture ni effets de manche. Une valeur sûre de par sa riche filmographie tant et si bien qu'il parvient naturellement à imprimer sa petite touche personnelle avec l'intelligence cérébrale des thèmes métaphysiques/spirituels autrefois abordés. Et ce sans jamais singer le matériau d'origine, référence absolue du genre en dépit des critiques renfrognées de l'époque. C'est dire si à mon jugement de valeur Blade Runner 2049 constitue une suite digne, humble, révérencieuse, épurée, presqu'aussi hypnotique dans sa fulgurance formelle et le jeu nuancé, réservé, de chacun des comédiens parfois tiraillés par des pulsions de violence légitimes (notamment lors des mano à mano entre réplicants). Fraîchement sorti de ce rêve éveillé, les yeux embués d'images tantôt oniriques, tantôt cauchemardesques (atmosphère de claustration parfois irrespirable), il y avait bien longtemps que je n'avais pas participé à une expérience de cinéma aussi sensorielle, immersive, palpable, cristalline. Leçon de mise en scène (Villeneuve réinvente le cinéma d'anticipation qui plus est ADULTE ! Et non ce n'est pas un Blockbuster comme certains le prétendent !), matière vivante imprimée sur pellicule, Blade Runner 2049 se réapproprie des codes de Scott avec un brio étourdissant de par l'architecture de son climat austère traditionnellement aphone, languissant, vénéneux. Et ce en dépit de sa longue durée (risquant à coup sûr de lasser les sceptiques, voir aussi certains puristes) et de la parcimonie des scènes d'action pour autant percutantes car d'une beauté, d'un réalisme et d'une intensité renversants. Contemplatif et mélancolique en bonne et du forme (avec le juste équilibre d'une élégie musicale dépouillée), Blade Runner 2049 prend tout son temps à narrer son intrigue policière (K à la recherche de sa propre identité parmi l'indice du cheval de bois au moment de s'ouvrir l'esprit à distinguer le Bien du Mal) avec un humanisme désespéré, et ce même si Villeneuve s'écarte un peu de la notion de "film noir" cher à son modèle. Ryan Gosling  parvenant à imposer son jeu nuancé de "héros placide" avec autant de force tranquille que de fragilité candide (sa relation sensible avec l'hologramme Joi, sa méditation finale sur les marches d'un perron enneigé). Quand bien même le vétéran Harrison Ford lui partage discrètement la vedette avec une humilité aussi dense que lestement poignante (notamment lors d'un objet de compétition filial).


La nouvelle chair.
Spectacle absolu d'anticipation funèbre et versatile (le pessimisme et l'espoir finissent par se télescoper au fil de la quête identitaire de K et du parcours sclérosé de Deckerd), Blade Runner 2049 continue d'explorer les passionnants thèmes de son modèle en nous confrontant notamment à notre propre condition morale tributaire d'un contexte de crise sociale où l'homme se déshumanise un peu plus quotidiennement au fil d'une directive sociétale (ultra) codifiée et conservatrice, matérialiste et individualiste. En attendant qu'une nouvelle race (potentiellement) humaine se résigne à une insurrection planétaire,  je ne manquerai pas de me réfugier à nouveau dans ce poème contemplatif, beau, triste et étrangement charnel à la fois, tel la réminiscence infantile d'un cheval de bois autrefois conçu à une époque civilisée. 

* Bruno


de Ridley Scott. 1982. U.S.A. 1h57. Avec Harrison Ford, Rutger Hauer, Sean Young, Edward James Olmos, M. Emmet Walsh, Daryl Hannah, William Sanderson, Brion James, Joe Turkel, Joanna Cassidy.

Sortie Salles France: 15 Septembre 1982. U.S: 25 Juin 1982

FILMOGRAPHIE: Ridley Scott est un réalisateur et producteur britannique né le 30 Novembre 1937 à South Shields. 1977: Duellistes. 1979: Alien. 1982: Blade Runner. 1985: Legend. 1987: Traquée. 1989: Black Rain. 1991: Thelma et Louise. 1992: 1492: Christophe Colomb. 1995: Lame de fond. 1997: A Armes Egales. 2000: Gladiator. 2001: Hannibal. 2002: La Chute du faucon noir. 2003: Les Associés. 2005: Kingdom of heaven. 2006: Une Grande Année. 2007: American Gangster. 2008: Mensonges d'Etat. 2010: Robin des Bois. 2012: Prometheus.


D'après un célèbre roman de Philip K. Dick écrit en 1966 (les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?), Ridley Scott s'atèle en 1982 d'y retranscrire son univers singulier au coeur d'un Los Angeles dystopique. Quatre ans après son chef-d'oeuvre Alien, ce dernier nous transfigure une clef de voûte de la SF cyber punk conjuguée au film noir afin d'imposer Blade Runner comme l'un des plus grands films de l'histoire du cinéma. Et ce en dépit d'un sévère échec commercial et critique (l'oeuvre étant avant-gardiste et son rythme languissant) ainsi qu'une multitude de versions remaniées... Novembre 2019, Los Angeles. Quatre réplicants, androïdes confectionnés par l'homme pour devenir esclaves ouvriers, s'échappent de leur planète et reviennent sur terre afin de retrouver leur créateur. Rick Deckard, blade runner renommé, est enrôlé pour retrouver ces fugitifs et les exécuter. Dès les premières images, flamboyantes et crépusculaires, le dépaysement d'un univers futuriste expressif nous est illustré avec une esthétique fulgurante de réalisme ténébreux. A travers la plénitude incandescente d'une cité high-tech de Los Angeles, Blade Runner s'ouvre à nous, tel l'orifice d'un oeil azur transpercé d'un brasier industriel. Ce macrocosme démesuré, aussi opaque que polychrome dans sa palette de néons flashys et affiches publicitaires, s'avère d'autant plus hypnotique qu'il s'affilie à l'univers vétuste du polar noir des années 50. Par son architecture gothique, son design technologique et le style rétro de certains vêtements fagotés par les flics, Ridley Scott combine la modernité futuriste d'un monde en marasme puis celle antique d'une époque révolue. Le design (en demi-teinte) entres les jeux de lumière high-tech et l'obscurité des foyers tamisés instaurant une ambiance ténébreuse alors qu'en externe, sous une pluie battante, ou à la tiédeur d'une nuit récursive, chaque citadin déambule à l'instar de robots impassibles. L'incroyable richesse de ces décors fantasmatiques fignolant le moindre détail architectural, le sentiment tangible de se fondre dans cet univers oppressant culminant à l'oeuvre hybride d'une beauté plastique hallucinée !


A travers cette société aphone en surpopulation incitant les humains à s'exiler vers d'autres planètes, un flic indécis est contraint de traquer quatre réplicants toujours plus conscients de leur condition soumise. Quand bien même dans les résidences feutrées, certains habitants s'affublent d'un robot domestique afin de compenser leur ennui d'une existence dénuée d'émotions. Camouflés parmi la foule en ébullition, les réplicants sont des androïdes plus vrais que nature par leur physionomie humaine condamnés à vivre un court laps de temps (4 à 5 ans) en tant qu'esclave d'une société totalitaire en perte de repères. Soudainement épris de désespoir face à leur existence précaire, nos quatre fuyards se rebellent afin de retrouver leur créateur sur terre et rallonger éventuellement leur vie. Au climat à la fois désenchanté et suffocant, scandé du score élégiaque de Vangelis, Ridley Scott dépeint avec souci formel son univers blafard d'un futur hermétique où le sentiment prégnant de solitude se dévoile sous nos yeux auprès d'une populace atone. A travers le profil d'un flic équivoque prêt à neutraliser des robots nantis d'émotions, son cheminement va peu à peu l'initier à l'empathie des points de vue d'une droïde vertueuse et celui d'un réplicant anarchiste. Au cours de cette traque meurtrière jalonnée de plages de lyrisme funeste (la mort illégitime de Zhora incarnée par l'éminente Joanna Cassidy dans une posture insidieuse ou encore celle, symbolique, de Roy campée par un Rutger Hauer magnétique en ange déchu), le réalisateur traite avec complexité de la dichotomie du Bien et du Mal. De notre amertume et notre désagrément face à l'atavisme de la mort et la peur paranoïaque de l'étranger nous motivant à se protéger d'une éventuelle hostilité. L'oeuvre visionnaire (en quête de rédemption) illustrant donc (sans prétention) un monde moribond où chaque être se déshumanise un peu plus au fil de leur routine, et ce au profit d'une société robotisée. Quand bien même des androïdes avides de dignité sont aptes à nous substituer par leur faculté émotionnelle et sentimentale. Enfin, Ridley Scott nous s'interroge de manière métaphorique sur le sens de l'existence, sur notre condition humaine si fébrile et dépressive au gré des motivations interlopes d'un créateur alchimiste ou divin lui même perfectible.


Sommes nous des réplicants perfectibles conçus par un apprenti sorcier ?
Autour de la présence iconique d'Harrison Ford à la fois pugnace et réflexif, et l'élégance chétive de Sean Young transie de mélancolie existentielle, Blade Runner constitue une expérience de cinéma sensitif, pictural et auteurisant à travers la scénographie urbaine d'une métropole dystopique étrangement fantasmagorique. Sa réflexion spirituelle sur la foi en un dieu apatride et la déliquescence morale de l'homme contrôlée par un système ultra technologique opposant lueur d'espoir et pessimisme bouleversant par le biais d'une traque pour la vérité humaine et existentielle. Un authentique chef-d'oeuvre visionnaire d'une grande fragilité humaine, panthéon de la science-fiction aussi bien métaphysique qu'alarmiste.  

* Bruno
10.02.12

lundi 1 janvier 2018

LE GENDARME DE SAINT-TROPEZ

                                                Photo empruntée sur Google, appartenant au site unifrance.org

de Jean Girault. 1964. France/Italie. 1h30. Avec Louis de Funès, Michel Galabru, Jean Lefebvre, Christian Marin, Guy Grosso, Michel Modo, Geneviève Grad, France Rumilly, Nicole Vervil, Claude Piéplu.

Sortie salles France: 9 Septembre 1964

FILMOGRAPHIE: Jean Girault est un réalisateur et scénariste français, né le 9 mai 1924 à Villenauxe-la-Grande (Aube), décédé le 24 juillet 1982 à Paris. 1960 : Les Pique-assiette. 1961 : Les Moutons de Panurge. 1961 : Les Livreurs. 1963 : Les Veinards (film à sketchs coréalisé). 1963 : Les Bricoleurs. 1963 : Pouic-Pouic. 1963 : Faites sauter la banque ! 1964 : Les Gorilles. 1964 : Le Gendarme de Saint-Tropez. 1965 : Le Gendarme à New York. 1966 : Monsieur le président-directeur général. 1967 : Les Grandes Vacances. 1968 : Le gendarme se marie. 1968 : Un drôle de colonel. 1969 : La Maison de campagne. 1970 : Le Gendarme en balade. 1971 : Jo. 1971 : Le Juge. 1972 : Les Charlots font l'Espagne. 1973 : Le Concierge. 1973 : Le Permis de conduire. 1974 : Deux grandes filles dans un pyjama. 1975 : L'Intrépide. 1976 : Les murs ont des oreilles. 1976 : L'Année sainte. 1977 : Le Mille-pattes fait des claquettes. 1978 : L'Horoscope. 1978 : Sam et Sally , (série TV), 2 épisodes : Le Collier et Isabelita. 1978 : Le Gendarme et les Extra-terrestres. 1979 : L'Avare. 1981 : La Soupe aux choux. 1981 : Ach du lieber Harry. 1982 : Le Gendarme et les Gendarmettes.


Plus grand succès de l'année 1964 avec 7 809 334 entrées, Le gendarme de St-Tropez est la comédie policière qui permit à Louis De Funès d'accéder à la notoriété. Divertissement bonnard aussi drôle et cocasse que dépaysant et rafraîchissant (numéro dansant chansonné à l'appui !), l'intrigue linéaire ne s'embarrasse pas de subtilité pour illustrer les aventures rocambolesques du maréchal Cruchot amené à gouverner sa nouvelle équipe de gendarmes à la suite de sa mutation à Saint-Tropez. Après une série d'opérations coup de poing à verbaliser la populace locale, Cruchot et sa troupe finissent par se confronter à une bande de malfrats ayant en leur possession un tableau volé. Mais à la suite d'un concours de circonstances infortunées, la fille de Cruchot se retrouve elle même embarquée dans l'illégalité après avoir dérobé la Ferrari des Malfrats. Cruchot tentera par tous les moyens de réparer les dégâts et sauver l'honneur de sa fille en se faisant passer pour un milliardaire.


Réalisé par Jean Girault, un des maîtres de la comédie populaire ayant surtout sévi dans les années 60 et 70, Le Gendarme de St-Tropez continue de faire rire et de nous enthousiasmer grâce à la fringance de ces comédiens (Michel Galabru, Jean Lefebvre, Christian Marin, Guy Grosso) se raillant du corps policier sans jamais user de vulgarité. Et si tous les gags ne sont pas toujours du meilleur goût, la plupart parviennent haut la main à provoquer les éclats de rires sous l'impulsion de la tornade De Funes comme de coutume très en forme à se glisser dans le corps d'un adjudant intraitable mais pour autant preux et débonnaire lorsqu'il s'agit de prêter main forte à sa fille. Je tiens d'ailleurs à souligner à travers ce second-rôle dénué de prétention, le jeu spontané de la sémillante Geneviève Grad  étonnamment naturelle et pleine de charme à incarner une ado à la fois naïve et candide, avide de reconnaissance amicale auprès de ses nouveaux camarades persifleurs. C'est en prime à la suite de quiproquos en pagaille que cette dernière parvient à renouveler l'intérêt de l'intrigue à renfort de péripéties cocasses ou endiablées (poursuites en voiture en sus !).


Plusieurs décennies après sa sortie, le Gendarme de St-Tropez reste égal à lui même pour perdurer son ressort comique grâce à l'intégrité de Jean Girault et de ses comédiens se prêtant au jeu de la gentille parodie avec une bonhomie aussi bien attachante que cocasse (voir parfois même hilarante). Et en dépit du côté bon enfant de la plupart des situations et la manière simpliste de charpenter son intrigue policière, cet excellent divertissement compte notamment sur son décor exotique (la station  estivale de Saint-Tropez) pour nous charmer la vue dans le contexte insouciant des années 60. 

* Bruno

Récompenses: victoire du cinéma pour Louis de Funès, décernée lors de la 20e Nuit du cinéma au théâtre Marigny, en 1964.

vendredi 29 décembre 2017

LES AVENTURES DE BUCKAROO BANZAI

                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

"The Adventures of Buckaroo Banzai Across the 8th Dimension" de W. D. Richter. 1984. USA. 1h42. Avec Peter Weller, John Lithgow, Ellen Barkin, Jeff Goldblum, Christopher Lloyd, Lewis Smith, Rosalind Cash.

Sortie salles France: 15 Août 1984. U.S: 10 Août 1984

FILMOGRAPHIEWalter Duch Richter est un scénariste, producteur et réalisateur américain, né le 7 décembre 1945 à New Britain, dans le Connecticut. 1984 : Les Aventures de Buckaroo Banzaï. 1991: Passeport pour le futur (late for dinner).


Echec commercial à sa discrète sortie (notamment une sortie limitée aux States) si bien que sa suite initialement prévue fut annulée, les Aventures de Buckaroo Banzai fait office d'ovni dans le paysage de la science-fiction. On peut d'ailleurs parler de film culte si bien qu'il ne ressemble à aucun autre et que son scénario débridé génère quelques séquences assez pittoresques en dépit d'un montage maladroit et de scènes d'action aussi classiques que mal gérées. Réalisé sans prétention et assez décomplexé, les Aventures de Buckaroo Banzai ne cesse d'alterner le bon et le moins bon avec une bonne humeur heureusement expansive. De par la complicité très solidaire des comédiens particulièrement jouasses (on y croise John Lithgow, Ellen Barkin, Jeff Goldblum, Christopher Lloyd) à se laisser gouverner par un Peter Weller taillé sur mesure en héros slasheur (il est à la fois neurochirurgien, chanteur de Rock et aventurier), et l'aspect agréablement rétro de ses effets-spéciaux artisanaux faisant parfois mouche (à l'instar de son spectaculaire prologue ouvrant le seuil d'une 8è dimension ou de la morphologie loufoque des ET. que l'on croirait issus des années 50 !).


A l'aide de son véhicule supersonique, Buckaroo Banzaï vient de traverser une montagne au creux de la 8è dimension. Peuplé d'extra-terrestres, il ramène avec lui un spécimen. Pendant que d'autres extra-terrestres tentent d'entrer en contact avec lui afin de l'avertir du danger planétaire, le Dr Emlilio Lizardo élabore un plan pour dérober son invention (le sur-propulseur). C'est le début d'une guerre entre humains et E.T que Buckaroo va affronter pour l'enjeu d'une otage (sa nouvelle maîtresse dépressive) et de l'humanité toute entière. Affichant un esprit cartoonesque de série B décalée (voir même déjantée !), Les Aventures de Buckaroo Banzaï distille un (délirant) climat insolite assez déroutant pour peu que le fan du genre soit réfractaire à ce qu'on y bouscule ses habitudes. On comprend donc qu'à sa sortie ce divertissement soufflant le chaud et le froid se soit soldé par un échec, quand bien même l'action mollement mise en scène peine à insuffler vigueur et dynamisme au cours d'un récit truffé de péripéties et situations saugrenues (notamment à travers le jeu démesurée de John Lithgow en savant court-circuité !). Et donc grâce à la bonhomie excentrique des comédiens jouant les redresseurs de tort ou les extra-terrestres patibulaires, l'aventure bigarrée parvient malgré tout à séduire pour nous laisser sur un sentiment final de satisfaction. A l'instar de sa conclusion musicale aussi entêtante qu'entraînante restée dans toutes les mémoires de la génération 80.


Un peu longuet en intermittence et finalement pas si surprenant que ne le laissait présager son pitch démentiel, mais pour autant amusant, parfois délirant, cocasse et d'un charme innocent assez concluant, les Aventures de Buckaroo Banzaï met en évidence la sincérité d'un cinéaste inégal (après cet essai il ne réalisera qu'un dernier métrage) assorti d'une évidente générosité (en dépit de son budget low-cost). Sympathique et ludique, Buckaroo se redécouvre plaisamment avec une pointe de nostalgie.  

* Bruno
3èx