mercredi 29 juin 2011

C'EST MA VIE APRES TOUT (Whose Life Is It Anyway ?)


de John Badham. 1981. U.S.A. 1h55. Avec Richard Dreyfuss, John Cassaveres, Christine Lahti, Bob Balaban, Kenneth Mc Millan, Kaki Hunter, Thomas Carter, Alba Oms, Janet Eilbert, Kathryn Grody. 

Sortie US le 2 Décembre 1981.

FILMOGRAPHIEJohn Badham est un réalisateur et producteur britannique, né le 25 Aout 1939 à Luton en Angleterre.
1976: Bingo, 1977: La Fièvre du Samedi soir, 1979: Dracula, 1981: C'est ma vie après tout, 1983: Tonnerre de feu, Wargames, 1985: Le Prix de l'exploit, 1986: Short Circuit, 1987: Etroite Surveillance, 1990: Comme un oiseau sur la branche,

                                   

Réalisateur éclectique notoire, John Badham livre en 1983 son film le plus bouleversant par le biais du thème délicat de l'euthanasie. Sous l'impulsion d'un acteur aussi notable que Richard Dreyfuss, C'est ma vie après tout éprouve le spectateur pour suivre le cheminement désespéré d'un patient paraplégique décidé à rompre définitivement avec la solitude de sa condition infirme. Ken Harrison est un quadra épris de passion pour son métier de sculpteur et farouchement amoureux de son épouse. Un matin, en empruntant la route, il percute incidemment de plein fouet un poids lourd engagé sur la droite d'un carrefour. Transporté d'urgence à l'hôpital, John se retrouve paralysé de tous ses membres, à l'exception de l'usage de sa tête et de ses facultés cognitives.

                                       

Œuvre magistrale d'une fragilité humaine remplie d'humilité, C'est ma vie après tout nous conte avec une acuité implacable le destin galvaudé d'un sculpteur condamné à la paralysie. Après avoir sombré 30 jours dans le coma, Ken prend conscience que sa vie autrefois fougueuse et épanouie est aujourd'hui rompue à jamais. En l'occurrence, après avoir avoué à sa partenaire son désir de rompre leur union maritale, Ken se résigne à mourir de son plein gré. Epaulé du personnel médical, chacun d'eux tente tentera éperdument de le convaincre à renoncer à l'euthanasie. John Badham évoque avec intense émotion, tendresse, humour et intelligence les thèmes de l'euthanasie et de la dépression par le biais d'un infirme résolu à s'y sacrifier. Mais est-il moralement apte à envisager de mourir afin de dissoudre sa souffrance morale ? Le cinéaste dénonce également l'attitude du corps médical lorsque ces derniers tentent d'apaiser la souffrance morale du malade par le biais de drogues de substitution, quand bien même le système consulaire devra juger s'il faut autoriser ou non la volonté du malade. Sans pathos et avec une verve exubérante, Richard Dreyfus insuffle une dimension humaine extravertie dans celui d'un paraplégique obtus mais féru de blagues salaces auprès de la compagnie des infirmières. Son parcours du combattant à daigner mourir plutôt que d'embrasser à nouveau la vie bouleverse durablement le spectateur témoin malgré lui de sa désillusion existentielle alors que l'on espère un chouilla d'espoir pour sa destinée sinistrosée.

                                        

Sublimé par la prestance à la fois fragile et spontanée de Richard Dreyfuss et d'une poignée de seconds rôles très attachants dans leur posture empathique (John Cassavetes, Christine Lahti, Bob Balaban, Kenneth Mc Millan, Kaki Hunter ), C'est ma vie après tout constitue un témoignage bouleversant sur le respect du patient et de son choix personnel à accepter ou rejeter sa condition estropiée. Il en émane un grand moment de cinéma aussi douloureux que profondément pessimiste.

Dédicace à Luke Mars.
29 Juin 2011. 3
                


lundi 27 juin 2011

TRUE GRIT


de Joel et Ethan Cohen. 2010. U.S.A. 1h50. Avec Jeff Bridges, Matt Damon, Josh Brolin, Barry Pepper, Hailee Steinfeld.

Sortie en salles en France le 23 Février 2011.

FILMOGRAPHIE: Joel Coen (né le 29 novembre 1954) et Ethan Coen (né le 21 Septembre 1957) sont deux frères réalisateurs, scénaristes, monteurs, acteurs et producteurs américains.
1984: Sang pour Sang, 1987: Arizona Junior, 1990: Miller's Crossing, 1991: Barton Fink, 1994: Le Grand Saut, 1996: Fargo, 1998: The Big Lebowski, 2000: O'Brother, 2001: The Barber, 2003: Intolérable Cruauté, 2004: Ladykillers, 2006: Paris, je t'aime (tuileries), 2007: No country for old men, Chacun son cinéma (sktech: world cinema), 2008: Burn After Reading, 2009: A Serious Man, 2010: True Grit.

                          

Hommage subjectif d'un puriste amateur.
Réalisateurs prolifiques de génie, un nouveau film concocté par les frères Cohen est toujours un évènement en soi et True Grit ne faillit pas à la règle ! Cette fois-ci, nos inséparables compères touchent-à-tout entreprennent la voie des grands espaces et des cow-boys téméraires légendaires pour imager un authentique western à l'ancienne, exalté et passionné !

En 1870, dans l'Ouest américain, une jeune fille de 14 ans est déterminée à venger la mort de son père, lâchement abattu par un malfrat du nom de Tom Chaney. Elle décide d'engager un ancien marshall, Rooster Gogburn, pour retrouver l'assassin en fuite dans l'état indien. Mais durant leur voyage, un ranger, LaBoeuf, est également de la partie pour retrouver Chaney en guise d'une forte récompense. A eux trois, ils vont entamer un voyage semé d'embûches dans les plaines adjacentes et au détour d'un canyon.

                        

Le plaisir immédiat que l'on éprouve à la vue du nouveau métrage des Cohen vient de sa nature formelle à retranscrire l'authenticité d'un far-west criant de vérité ! Avec la beauté plastique d'une photographie épurée sublimant la plénitude de paysages champêtres et de trognes de cow-boys incroyablement charismatiques, True Grit nous renvoie à une époque sauvage où la justice individuelle était encore tolérée malgré l'évolution du système judiciaire mis en place. En prenant comme personnage principal une jeune fille de 14 ans affiliée à un marshall bedonnant et alcoolique avait de quoi rebuter s'il avait été réalisé par un vulgaire tâcheron. Mais cette aventure trépidante continuellement imprévisible et éludée de grandiloquence réinvente le western dans toute sa splendeur visuelle, son lyrisme exalté et son sens épique allié à la fougue et d'ardeur brutale.
Truffé de répliques cuisantes pleines d'humour et de dérision, ce voyage inopiné entrepris par un trio atypique nous fait partager leurs chevauchées intimes entre prises de risques virulentes et traquenards préjudiciables.
De manière totalement aléatoire, l'épilogue que nous dévoile cette longue épopée pleine de vigueur nous déchire les larmes par un acte héroïque humble et salvateur. ATTENTION SPOILER !!! C'est finalement l'incroyable destin esseulé d'une femme sauvée d'une mort certaine par un héros archaïque que True Grit nous dépeint avec une émotion proprement bouleversée. FIN DU SPOILER. Avec comme conclusion ironiquement spéculative que l'acte vindicatif aura une répercussion acerbe sur celle par qui la mort aura été perpétrée et que le temps irrémédiable nous file injustement entre les doigts.

                         

L'immense Jeff Bridges réalise une fois de plus une performance naturelle criante de vérité dans sa posture robuste d'un marshal vieillissant et alcoolo quelque peu bourru. Mais un briscard chevronné toujours apte à cibler sa proie avec une précision incisive dans ces armes à feu déployées. Matt Damon réussit à faire oublier l'acteur bellâtre auquel il est habituellement coutumier pour nous imposer un personnage conquérant au préalable obtus et inflexible mais finalement humble et loyal pour la reconnaissance qu'il éprouve auprès d'une adolescente motivée par le courage d'une quête de vengeance. C'est l'étonnante révélation du film, Hailee Steinfeld, qui s'attelle à endosser le rôle majeur d'une fillette audacieuse débordante de volonté et d'hardiesse dans son état d'esprit finaud et érudit. Mais les conséquences d'une vengeance tant escomptée, perpétrée de façon expéditive va à jamais changer sa destinée d'adolescente coupable d'un crime équitable du haut de ses 14 ans. Barry Pepper (3 enterrement, la 25è heure, la ligne verte) dans un court rôle presque méconnaissable est sidérant de prestance véreuse dans son physique disgracieux et volerait presque la vedette à l'étonnant Josh Brolin dans celui du gangster immoral prêt à exécuter de sang froid une gamine téméraire mais innocente.

                          

Mis en scène avec maîtrise et magnifiquement interprété par des comédiens à la trogne burinée , True Grit réinvente les codes du western classique avec un ton réaliste et une ambition respectueuse du genre dépoussiéré. Son histoire de prime abord conventionnelle réussit habilement à en détourner les conventions dans une succession d'évènements imprévisibles et d'une poignée de héros attrayants. Et cela avant que le final bouleversant nous dévoile sa véritable nature dans l'étrange destinée d'une femme d'exception, fustigée par l'acte de vengeance et liée à jamais par la gratitude d'une ancienne légende de l'histoire de l'ouest.

27.06.11
Bruno Matéï.

dimanche 26 juin 2011

IL ETAIT UNE FOIS DANS L'OUEST (Once Upon a Time in the West / C'era una volta il West)

                                                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site myscreens.fr

de Sergio Leone. 1968. Italie/U.S.A. 2H43. Avec Charles Bronson, Henry Fonda, Claudia Cardniale, Jason Robards, Gabriele Ferzetti, Frank Wolff, Lionel Stander, Keenan Wynn, Paolo Stoppa, Jack Elam, Woody Stroode.

Sortie Salles Italie: 21 Décembre 1968. France: 27 Aout 1969.

FILMOGRAPHIE: Sergio Leone est un réalisateur, scénariste et producteur italien, né le 3 Janvier 1929 à Rome, décédé le 30 Avril 1989.
1959: Les Derniers Jours de Pompéi, 1960: Sodome et Gomorrhe, 1961: Le Colosse de Rhodes, 1964: Pour une poignée de Dollars, 1965: Et pour quelques Dollars de plus, 1966: Le Bon, la Brute et le Truand, 1968: Il Etait une fois dans l'Ouest, 1971: Il était une fois la Révolution, 1973: Mon Nom est Personne (co-réalisé avec Tonino Valerii), 1975: Un Génie, deux Associés, une Cloche (co-réalisé avec Damiano Damiani), 1984: Il Etait une fois en Amérique, 1989: Les 900 jours de Leningrad (inachevé).

                                     

Pionnier du western spaghetti, Sergio Leone réalise en 1968, juste après l'achèvement de sa trilogie du dollar, la quintessence finale du genre, Il Etait une fois dans l'Ouest. Une clef de voûte emphatique portée par la partition lancinante d'Ennio Morricone ancrée autant dans la légende. Paradoxalement, à l'époque de sa sortie US, il essuya un échec commercial et critique alors que quelques scènes eurent été censurées ! (22 minutes afin d'alléger sa durée inhabituelle !). Certaines sources affirment également que le rôle qu'endosse l'éminent Henry Fonda dans celui du tueur d'enfant était débouté par le public américain, faute de sa prestation à contre-emploi. Quatre scénaristes ont aussi été crédités pour la réalisation du projet dont le célèbre réalisateur Bernardo Bertolucci. Mais c'est au débutant Dario Argento à qui l'on doit de sa funeste signature la fameuse anthologie illustrant, non sans sadisme, une exaction machiavélique de victime par pendaison ! Dans l'Ouest des États-Unis, près de Flagstone, la conception d'une ligne de chemin de fer est en projet. Attendu par un trio de tueurs déterminés, un inconnu accoutré d'un harmonica descend d'un train et les abat méthodiquement. Dans cette contrée en pleine mutation pour l'infrastructure urbaine, l'homme sans nom est à la recherche de Frank, un tueur à gages responsable de la mort de son frère, aujourd'hui associé avec le directeur cupide de la construction du chemin de fer.

                                     

Dès les premiers instants du préambule aphone, Il Etait une fois dans l'Ouest nous illustre une séquence semi-parodique lorsqu'un trio d'individus suspicieux attend patiemment l'arrivée d'un train pour exécuter l'homme en descendra. Dans un quasi mutisme elliptique, les dix premières minutes rivalisent d'inventivité et de maîtrise dans la gestion du plan large et des cadrages alambiqués pour ausculter les regards sournois des bandits aux trognes patibulaires. Un air d'harmonica se fait soudainement écho derrière le train alors qu'un homme mystérieux dévoile sa silhouette pour les défier. Cet air musical concis et métronomique distille une ambiance vénéneuse afin d'annoncer leur trépas. Le ton lyrique est donné ! Ce western crépusculaire sera opératique, nonchalant, élégiaque et flamboyant dans son florilège d'émotions scandées d'une musique tantôt inquiétante tantôt romanesque. Sergio Leone, ne souhaitant pas de prime abord réentreprendre un nouveau western (il songeait plutôt à concrétiser l'univers du gangstérisme des années 20 avec Il Etait une fois en Amérique) en réalise ici le point d'orgue funèbre afin d'annoncer la fin du genre au sein de l'Ouest sauvage. Il nous transcende donc une ultime fois la destinée désespérément esseulée de cow-boys marginaux en déclin avant qu'un nouveau monde n'ouvre son visage avec le projet capitaliste d'une construction ferroviaire. A travers les thèmes de la vengeance, du crime gratuit et du deuil insurmontable, nos personnages au caractère distinct vont se croiser, se fréquenter et côtoyer le mal afin de sauver leur peau, entamer leur devise et oublier leur morne existence. Durant ce long cheminement entrepris dans la rancoeur et l'auto-justice, la mort semble planer sur les épaules de nos anti-héros condamnés à survivre dans la solitude, à l'aube d'un Ouest en mutation.

                                         

Spoiler !!! Autour d'un florilège de séquences mémorables à l'intensité dramatique, la vengeance latente qui en était le moteur essentiel dévoile ses motivations lors d'un flash-back traumatisant de perversité. Ce épicentre émotionnel éprouvant va enfin révéler au spectateur la réminiscence d'une mise à mort machiavélique perpétrée sous un soleil écrasant. Un acte d'une cruauté acérée incriminant contre son gré un frère contraint de supporter du poids de ses épaules son aîné suspendu d'une corde au cou au sommet d'une arche. Pour amplifier l'état de marasme administré aux deux frères, l'instrument musical d'un harmonica sera infligé dans la bouche du cadet afin de l'humilier et accélérer l'agonie fatale de la victime. On comprend dès lors que cet instrument monocorde entendu durant tout le film n'était qu'une mélodie funéraire afin de suggérer un souffle d'agonie, quand bien même au moment propice de la dite vengeance, l'harmonica sera cette fois-ci ironiquement administré dans la bouche du bourreau ! Après le duel légendaire perpétré par nos deux ennemis jurés, la romance escomptée entre la veuve Jill McBain et l'homme sans nom est destituée de rédemption amoureuse puisque chacun repartira indépendamment avec sa solitude et ses souvenirs avant que la mort ne rattrape une ultime fois un troisième témoin reconverti. Fin du Spoiler. Au niveau distribution, l'inoubliable Charles Bronson n'aura jamais été aussi magnétique que dans ce personnage de vengeur taciturne au regard buriné inflexible. Un homme sans identité condamné à mûrir un châtiment implacable pour le compte d'un tueur sournois et pervers. Sa posture de cow-boy flegmatique accoutré d'un d'harmonica distille une aura hermétique à chacune de ses apparitions. Radieuse et sensuelle, Claudia Cardinale endosse avec fragilité une prostituée au grand coeur ayant décidé de rompre avec son passé racoleur pour l'amour de son riche époux. Hormis le massacre perpétré envers sa famille, son destin l'amènera tout de même à relever la tête avec dignité et courage pour fonder un nouvel avenir optimiste. En tueur d'enfant sans vergogne, Henry Fonda déconcerte au plus haut point pour ceux qui s'attendaient à ce que l'acteur bellâtre compose un rôle éminemment humble. Enraciné dans la lâcheté, l'immoralité, le mépris et la violence, il fascine par sa snobe élégance, à l'image de son regard azur faussement rassurant. En bandit vieillissant, Jason Robards apporte une touche d'empathie dans son soutien loyal pour l'homme à l'harmonica et pour la veuve auquel il semble timidement épris d'amour.

                                      

Il était une fois l'ouest nouveau, ou l'adieu au western spaghetti. 
Mis en scène avec la virtuosité du maestro du western transalpin, Il Etait une fois dans l'Ouest constitue une danse baroque avec la mort, un opéra lyrique inscrit dans l'emphase, à l'instar de son élégie musicale rythmant le destin de personnages désabusés, marginaux passéistes marqués par l'injustice et le poids de la vieillesse. Avec la densité d'un scénario charpenté, ce western mélancolique dépeint en outre le bouleversant témoignage d'une veuve motivée à regagner son honneur, sa dignité et son autonomie, unique personnage capable d'évoluer au sein de sa nouvelle civilisation. Pour parachever, la vengeance obsédante de l'homme sans nom qui hante tout le récit illustre aussi en parallèle l'achèvement de ce nomade incapable de s'insérer dans la nouvelle société, car préférant s'éloigner du progrès pour s'éclipser vers une horizon indéterminée.

Note: Rattaché au lyrisme du film, la traduction exacte du titre italien, C'era une volta il West est en faite IL ETAIT UNE FOIS L'OUEST.

27.06.11
Bruno Matéï.

ANECDOTES.
Le générique du début d'Il Etait une fois dans l'Ouest est le plus long de l'histoire du cinéma.
Sergio Leone, qui avait essayé d'engager Charles Bronson dans les films Pour une Poignée de Dollars et Le Bon, la Brute et le Truand, obtint enfin son accord pour interpréter Harmonica.
Pour le rôle de Frank, Leone tenait absolument à Henry Fonda, en contre-emploi des rôles de braves types honnêtes, nobles et positifs qui firent sa renommée : il joue ici un tueur ignoble n'hésitant pas à massacrer des innocents et des enfants et crachant à tout bout de champ. Eli Wallach, qui interprétait Tuco dans Le Bon, la Brute et le Truand, a persuadé Fonda d'accepter le rôle. Au tout début du tournage, Leone, voyant Fonda avec des lentilles de couleur marron et une moustache, voulut immédiatement le remplacer. Mais après avoir été maquillé et habillé, celui-ci convainquit le réalisateur sans avoir dit un seul mot. Sa performance est remarquable, car né en 1905, il avait 63 ans lors du tournage du film, dans lequel il semble beaucoup plus jeune, surtout dans le flash-back final qui révèle le motif de la vengeance d'Harmonica.

  

vendredi 24 juin 2011

REPRESAILLES (The New Kids)


de Sean S. Cunnigham. 1985. U.S.A. 1h28. Avec Shannon Presby, Lori Loughlin, James Spader, John Filbin, David H. MacDonald, Vince Grant, Theron Montgomery, Eddie Jones.
FILMOGRAPHIE: Sean Sexton Cunningham est un réalisateur, producteur et scénariste américain né en 1941 à New-York.
1970: Art Of Marriage, 1971: l'amour à deux, 1973: Case of the Full Moon Murders, 1978: Manny's Orphans, Here Come the Tigers, 1980: Vendredi 13, 1982: A stranger is Watching, 1983: Spring Break, 1985: Représailles, 1989: M.A.L, 2001: XCU: Extrême Close Up, 2002: Invasion finale (télé-film), 2006: Trapped Ashes.

                                  

Modeste faiseur de séries B sans prétention et illustre créateur en 1980 du célèbre Vendredi 13Sean S. Cunningham réalise 5 ans après son slasher surestimé un teen movie d'exploitation, violent et brutal, sans doute influencé par l'hallucinant Class 84, sorti 3 ans au préalable. Un frère et une soeur se retrouvent orphelins à la suite du brusque décès de leurs parents dans un accident de voiture. Ils sont aimablement hébergés par leur oncle, propriétaire d'un parc d'attraction de fête foraine dans la région de Glenby. Débarqués dans un nouveau lycée, Abby et Loren vont furtivement devoir faire face à une bande de délinquants cyniques et provocateurs. Mais le frère téméraire et inflexible a fermement décidé de leur tenir tête. Une lutte incessante s'engage alors entre les deux camps rivaux jusqu'à ce que la situation s'envenime et dégénère. Correctement emballé et efficacement troussé, Représailles est un pur ersatz d'exploitation lorgnant du côté du teen movie orthodoxe oscillant avec le film de vengeance arrogant légèrement putassier. Avec la banalité inepte d'un scénario ultra linéaire (un chassé croisé incessant entre les bons et les méchants est octroyé jusqu'à ce que mort s'ensuive), cette série B sans prétention joue la carte du divertissement futile en toute simplicité. Mais Sean S. Cunnigham possède suffisamment de métier et un sens du rythme probant pour rendre agréable un spectacle de samedi soir efficacement mené et jamais ennuyeux.

                                    

De prime abord, la trame superficielle nous invite sobrement à faire connaissance avec Abby et Loren, un frère et une soeur malencontreusement éprouvés par la mort de leurs parents. C'est dans une nouvelle contrée d'apparence calme et sereine qu'ils décident d'emménager auprès de la propriété ludique d'un oncle compatissant et protecteur, régisseur d'un parc d'attraction. Par petites touches successives, nos héros familiers vont être pris à parti dans leur enceinte de lycée avec une bande d'énergumènes dominés par un leader frustré de ne pouvoir devenir le petit ami de la charmante Loren. Les provocations cyniques et affrontements physiques soumis contre nos deux protagonistes vont devenir plus insolents, violents et davantage menaçants. La petite touche d'originalité contournant agréablement un cliché inhérent dans la caractérisation du personnage central viendra du fait que le frère de Loren se révèle particulièrement belliqueux quand celle-ci est violemment prise à parti par nos merdeux revanchards. Pire, après que sa voiture rouge flambant neuf aura été griffée par ses oppresseurs, Abby aura l'audace d'entrer par effraction dans la chambre du leader pour sévèrement menacer de l'égorger à l'aide d'un couteau et l'humilier en lui soutirant de l'argent.
Dans ces incessantes provocations opposées entre les victimes et les oppresseurs, la tension va tranquillement monter d'un cran quand les lascards vont envisager de violer et tuer la frangine kidnappée dans l'enceinte du parc d'attraction. Avec un goût prononcé pour la violence démonstrative, ce point d'orgue haletant et sauvage peut certainement évoquer la brutalité débridée du final orgasmique de Class 84 de Mark Lester. Ici, même combat pour la survie et goût de la complaisance abrupte dans l'inventivité des meurtres perpétrés ! Visage brûlé vif en gros plan, tête écrasée par un manège (en hors champ), abdomen ensanglanté troué à coup de chevrotine, pitbull dressé à tuer se jetant sur l'un de nos protagonistes et rival projeté du vide d'un manège détraqué.
A la manière expéditive du professeur de musique Andrew Norris dans Class 84, le frère vindicatif, habité par la haine meurtrière fera tout en son pouvoir pour sauver la vie de sa soeurette afin de la retrouver saine et sauve à l'intérieur d'un vaste lieu clos rempli d'attractions sous tension.
Dans ce final explosif, action trépidante et violence âpre se succèdent communément avec un certain bonheur pour l'enthousiasme des fans avides de plaisir coupable.

                                           

Dénué d'aucune originalité, Représailles ne restera pas dans les annales, faute d'un scénario prévisible et d'une réalisation peu ambitieuse. Mais ce succédané d'exploitation possède suffisamment de charme, d'efficacité (modérée) et d'aura transgressive dans sa violence déployée pour rendre la copie bonnard. En prime, l'honorable interprétation réussit sans peine à convaincre aimablement (James Spader en blondinet arrogant est un cabotineur détestable et nos deux héros complices Shannon Presby, Lori Loughlin sont plutôt attachants), tandis que la musique de Lalo Schifrin (Class 84, l'Inspecteur Harry, Amityville 1 et 2) réussit frugalement à exacerber un certain punch dans le déroulement des péripéties exposées. Enfin, pour l'anecdote subsidiaire, on notera que le titre français est mieux approprié que son homologue ricain (tandis que l'une des affiches US semble évoquer un "Explorers" pernicieux !).

24.06.11

jeudi 23 juin 2011

MAD DOG MORGAN (Morgan, le chien fou)


de Philippe Mora. 1976. Australie. 1h42. Avec Dennis Hopper, Jack Thompson, David Gulpilil, Frank Thring, Michael Pate, Wallas Eaton, Bill Hunter, John Hargreaves, Martin Harris, Robin Ramsay.

Sortie Salles US: 22 Septembre 1976.

FILMOGRAPHIE: Philippe Mora est un réalisateur, scénariste et producteur français né à Paris en 1949.
1969: Trouble in Molopolis. 1976: Mad Dog Morgan, 1982: Les Entrailles de l'Enfer, 1984: The Return of Captain Invincible, Une Race à part, 1985: Hurlements 2, 1986: Death of a soldier, 1987: Hurlements 3, 1989: Communion, 1994: Art deco detective, 1996: Precious Find, 1997: Pterodactyl Woman from Beverlly Hills, 1997: Snide and Prejudice, Back in Business, 1998: Joseph's Gift, 1999: Mercenary 2: Thick and thin (télé-film), 2001: Burnong Down the House.

                           

Hommage subjectif d'un puriste amateur.
Touche à tout indécrottable et spécialiste de nanars impayables, l'excentrique Philippe Mora réalise en 1976 un western bis hors du commun, habité par l'interprétation survolté du grand Dennis Hooper (en pleine apogée de toxicologie !). Ce récit romancé, adapté d'une histoire de Margaret Carnegie, est tiré de l'évocation du véritable hors la loi, John Fuller, alias Daniel Morgan (1830 - 9 avril 1865).

Dans l'Australie des années 1860, un irlandais du nom de Daniel Morgan se retrouve emprisonné pour une peine de 12 ans après avoir simplement volé des vêtements à un groupe de paysans. Six ans plus tard, il est libéré pour bonne conduite. A peine renvoyé dans la nature, l'irlandais revanchard se lie d'amitié avec un aborigène et décide d'ériger sa propre loi en rançonnant les riches propriétaires et récompenser quelques honnêtes citoyens. Les états policiers de Victoria et de New South Wales sont lancés à sa trousse afin de l'appréhender mort ou vif.

                            

Mais quelle mouche a donc piqué le metteur en scène Philippe Mora, au prémices d'une carrière fluctuante, pour réaliser ce western complètement cinglé ?
Ce destin halluciné d'un hors la loi irlandais émigré en pays australien ne ressemble à aucun autre contestataire légendaire dans l'ambition éhontée de se rebeller violemment contre l'autorité. C'est le portrait d'un homme excentrique constamment antinomique dans sa gestion d'une survie rendue marginale par la faute inéquitable d'une justice conservatrice. D'ailleurs, on peut déceler en sous texte social le thème de l'intolérance de cette autorité expéditive, totalitaire et immorale dans ses exactions hautaines. Et aussi témoigner en prime de quelle manière Daniel Morgan sera exécuté pour être ensuite décapité afin de subvenir aux recherches physiologiques des sciences humaines. Ce traitement final toléré à ce défunt qui aura terrorisé toute une population aura comme commémoration un masque mortuaire en guise de trophée célébré !
Dans un montage parfois épileptique et anarchique, Mad Dog Morgan est l'histoire de cet homme lambda plein de bonne volonté mais qui va devoir peu à peu s'accoutumer à survivre dans un monde barbare qui ne lui ressemblait pas. Preuve en est avec ce prélude percutant auquel une bande de miliciens xénophobes vont décimer un village d'immigrés après que Daniel Morgan ait porté assistance à un paysan asiatique brimé par un bandit orgueilleux. Plus tard, après avoir uniquement volé les vêtements d'un groupe de chercheurs d'or, il sera emprisonné, torturé et violé dans un pénitencier de haute sécurité. C'est après six années de bonne conduite qu'il retrouve enfin sa liberté promise pour faire la rencontre pacifique d'un aborigène vivant reclus dans la nature sauvage. Épaulé par ce compagnon, il décide de se transformer en justicier tolérant pour provoquer les riches propriétaires peu scrupuleux. Mais son addiction à l'alcool et sa colère d'avoir été injustement vilipendé par les autorités va l'entraîner dans une forme schizophrène de comportement fortuit erratique, lunatique et démotivé.

                         

Dans le rôle atypique de ce bandit extravagant et pittoresque, l'incroyable Dennis Hooper livre une fois de plus une des ses interprétations incongrues dont il a le secret ! Sa prestance innée de personnage échevelé en demi-teinte, capable d'exécuter sans sommation un quidam prétentieux et l'instant d'après laisser la vie sauve à une famille bourgeoise crève l'écran de la première à la dernière seconde. Totalement investi avec sa gouaille intrépide alcoolisée et d'un accoutrement vestimentaire à la morphologie de rabbin effronté, il porte sur ses frêles épaules sa destinée sarcastique avec une foi démesurée incontrôlable.

Mis en scène de manière totalement subversive et décomplexée, Mad Dog Morgan est un western insolite décalé venu de nulle part ! Un véritable ovni à mi chemin entre la bisserie saugrenue assumée et la parabole sur l'absurdité existentielle dans le tableau vaniteux d'une bourgeoisie colonisatrice.
En résulte un bordel insensé conjuguant humour nerveux, violence frénétique, sens de l'absurde et désenchantement d'une époque tyrannique. Le tout scandé par le ton funèbre d'une partition musicale emphatique et d'un acteur génialement fêlé ascendant ce western ironique au rang de film culte invisible !

                          

LA VERITABLE HISTOIRE DE DANIEL MORGAN.
John Fuller, alias Daniel Morgan (1830 -  9 avril 1865) était un bushranger (hors-la-loi) australien.
Il est né à Appin en Nouvelle-Galles du Sud, en Australie, vers 1830 de George Fuller et Mary Owen. De l'âge de 2 à 17 ans, il vécut avec un père adoptif, John Roberts. Il commença à travailler comme éleveur, mais se lassa rapidement de ce travail et se dirigea vers les champs aurifères de Castlemaine au Victoria. En 1854, il était de retour en Nouvelle-Galles du Sud où il prit le pseudonyme de «John Smith» et devint probablement voleur de chevaux. Il était aussi connu pour sa forte consommation d'alcool et son tempérament violent. Il fut arrêté pour vol à main armée et condamné à 12 ans de prison, mais remis en liberté au bout de 6 ans seulement.
Après sa libération, il commença à mener une vie de bushranger, utilisant des pseudonymes tels que "John Smith", "Sydney Native", "Dan the Breaker", "Down the River Jack", "Jack Morgan", et le plus célèbre, "Dan Morgan ». Toutefois, il n'a jamais été connu comme "Mad Dog Morgan" ("Morgan, le chien fou") de son vivant. Ce surnom a été inventé par les scénaristes du film Mad Dog Morgan.
Dan Morgan sévit dans les régions de Henty, Culcairn, Morven et Tumbarumba pendant plusieurs années.
Le 8 avril 1865, Dan Morgan, séquestra la famille McPherson dans sa propriété de Peechalba au Victoria. Une servante, Alice Keenan, réussit à s'échapper et à informer M. Rutherford, le co-propriétaire de la propriété. Le lendemain matin, Dan Morgan quittait la propriété quand il se trouva encerclé par la police. Il fut abattu dans le dos par un employé de la ferme, John Wendlan. Il est enterré au cimetière de Wangaratta.

23.06.11
Bruno Matéï.

mercredi 22 juin 2011

TWO EYES STARING (Zwart water). Grand Prix du Meilleur Film, Fantasporto 2011.

                    
de Elbert van Strien. 2010. Hollande. 1h52. Avec Barry Atsma, Hadewych Minis, Isabelle Stokkel, Bart Slegers.
Sortie en Hollande le 11 Mars 2010.  Sortie Dtv en France le 21 Juin 2011.

FILMOGRAPHIE: Elbert van Strien est un réalisateur, scénariste et producteur Hollandais né en 1964.
1999: Het Spaanse paard (télé-film), Novellen: Jan Willem Goes Bijlmer (télé-film).
2010: Two Eyes Staring.

                          

Après avoir travaillé pour la télévision et la publicité et reçu quelques récompenses avec quelques uns de ses courts-métrages, le réalisateur hollandais Elbert Van Strien s'entreprend en 2010 à élaborer un premier long-métrage avec Tow Eyes Staring. Un hommage implicite au cinéma d'épouvante intimiste des années vintage fustigeant l'enfance diabolisée.

Un couple et leur fille, Lisa, emmenagent dans une ancienne demeure en guise d'héritage. C'est suite au décès de la mère de Christine avec qui elle avait rompu les liens de parenté que la famille décide de quitter la Hollande pour venir s'installer dans cette bâtisse en Belgique. Rapidement, la petite Lisa voit apparaître le fantôme d'une fillette exsangue, Karen. Celle-ci prétend qu'elle était la soeur jumelle de Christine !

                          

Débouté de pouvoir être traditionnellement exploité dans nos salles hexagonales de cinéma, ce petit film hollandais mérite pourtant que l'on s'y attarde tant il aborde le thème fantastique sous son aspect le plus mature et judicieux.
Cette sombre histoire de fantôme joliment photographiée en nuance désaturée pour alterner les teintes pastels, verdâtres et limpides, réussit sobrement à semer le trouble et l'inquiétude. De prime abord, nous sommes rapidement convaincus que le fantôme errant venu perturber la douce existence de la petite Lisa (épatante Isabelle Stokkel dans son physique vertueux hermétique) n'est autre que le cadavre récalcitrant de la soeur jumelle de Christine, morte dans des conditions mystérieuses durant sa plus tendre enfance. Alors que le mari, Paul, va commencer à suspecter sa femme quand il souhaite aborder le sujet de l'existence de cette potentielle soeur jumelle du nom de Karen. Discrète et taciturne, cette aimable mère semble cacher un secret inavouable alors qu'un spectre infantile va peu à peu dévoiler divers indices à la fille de celle-ci.
Mais le comportement de Lisa ébranlée par ses cauchemars cinglants et morbides semble de plus en plus équivoque dans ses accès indociles à daigner offenser sa propre mère. Dès lors, le climat ombrageux laisse place à une atmosphère plus pernicieuse et le spectateur semble quelque peu rebuté du changement psychologique d'une Lisa tourmentée. Est-elle psychologiquement perturbée ou possédée par l'entité revancharde de Karen ? A moins d'être simplement influencée par la hantise insondable d'une lugubre demeure renfermant un lourd secret ?
C'est à partir d'un évènement dramatique que l'histoire auquel nous étions entrain d'assister va brusquement virer de ton pour nous orienter vers un drame centré sur le profil psychologique d'une union parentale. ATTENTION POILER !!! La jeune Lisa ne serait alors que l'incarnation d'une rancoeur refoulée, faute d'une mère complexée et que cette filiation parentale serait malencontreusement responsable de ce nouveau déclin dans une subconscience aliénée, extériorisée. FIN DU SPOILER.

                         

C'est ce final exutoire surprenant et aléatoire dans son coup de théâtre infligé qui permet de rehausser admirablement une intrigue beaucoup plus substantielle dans les rapports familiaux fustigés qu'à une simple histoire classique de fantôme revanchard auquel nous étions embarqués.

Mis en scène avec soin et une sincérité perceptible, Two Eyes Staring est un premier essai fantastique étonnant dans sa structure narrative constamment inquiétante. L'ambiance mystérieuse qui en découle et son intrigue beaucoup plus finaude qu'elle n'y parait débouche finalement sur un drame psychologique impondérable auquel un second visionnage serait profitable pour en saisir toute l'essence psychique. L'interprétation crédible des comédiens au physique inhabituel (Hadewych Minis et Isabelle Stokkel sont réellement troublantes dans leur visage diaphane) et la beauté poétique de ces images épurées favorisent fructueusement son sentiment sous-jacent de mystère pesant.
A découvrir.

22.06.11.
Bruno Matéi.
                           

mardi 21 juin 2011

HANNA


de Joe Wright. 2011. U.S.A/Royaume Uni/Allemagne. 1h51. Avec Saoirse Ronan, Eric Bana, Tom Hollander, Olivia Williams, Jason Flemyng, Jessica Barden, Cate Blanchett, Vicky Krieps…

Sortie en salles en France le 6 Juillet 2011.

FILMOGRAPHIE: Joe Wright est un réalisateur anglais né en 1972 à Londres.
2005: Orgueil et préjugés
2007: Reviens moi
2009: Le Soliste
2011: Hanna
2012: Anna Karenine

                            

Révélé par son premier long, Orgueil et préjugés, somptueuse fresque romantico-historique, Joe Wright entreprends un virage à 180 degrés avec son dernier né, Hanna. Un film d'action intrépide dans la mouvance d'une Nikita juvénile affiliée aux contes des frères Grimm.

Hanna est une jeune fille de 14 ans vivant recluse dans une forêt sauvage en Finlande parmi la présence de son père, ex-agent de la CIA. Entraînée depuis son enfance par celui-ci pour devenir une machine à tuer, elle est finalement envoyée en Europe pour accomplir une mission inhérente. Celle d'assassiner une agent du gouvernement responsable de la mort de sa mère. Une course poursuite échevelée à travers le Maroc, l'Espagne jusqu'en Allemagne s'engage entre Hanna et son père contre une bande de tueurs déterminés.

                         

Conçu pour être avant tout un film d'action bondissant et haletant, Hanna se révèle beaucoup plus qu'une simple distraction superficielle du samedi soir. Joe Wright s'attachant ici à nous décrire avec un sens du rythme percutant, scandé par l'incroyable partition musicale du groupe The Chemical Brothers, le cheminement d'une jeune adolescente convertie dès l'enfance à devenir une baroudeuse experte dans l'art de combattre l'adversaire et tuer sans sommation.
En envoyant celle-ci en mission pour assassiner la femme responsable de la mort de sa mère, Hanna va découvrir en prime la modernité d'une civilisation fluctuante à travers les pays du Maroc, de l'Espagne et de l'Allemagne. C'est dans ce pays arabe qu'elle fera l'aimable connaissance d'une famille unie venue en vacances pour se dépayser. Elle va découvrir la période épanouissante de l'adolescence et entamer de manière impondérable une vraie relation amicale avec l'une des filles aînées avant de devoir rebrousser chemin, faute d'un quatuor de tueurs lancés à ses trousses.

                            

Avec la simplicité d'une narration éludée de complexité conceptuelle, le réalisateur nous fait voyager dans un univers fantasmagorique à travers des pays étrangers aux coutumes distinctes, par l'entremise du conte de fée hérité des Frères Grimm. Par l'harmonie visuelle de décors irréels ancrés dans un bestiaire de monstres caricaturés (Freeway  n'est pas loin !) et de la présence interlope de personnages saugrenus (le trio de tueurs efféminés, le mentor magicien de la maison fantasque) ou ensorcelants (l'agent Marissa Wiegler proche d'un personnage de sorcière malveillante), Hanna réussit à apprivoiser, envoûter et séduire le spectateur par son originalité formelle. Sans jamais céder à l'artillerie lourde de séquences d'action successivement explosives, les quelques scènes spectaculaires qui parsèment le récit, déployées avec une indéniable maîtrise vont au contraire servir la structure logique de l'histoire. Ces intermittents moments jouissifs d'action virevoltant sont de surcroît magnifiquement agencées par la rythmique de plages musicales débridées en osmose avec les péripéties imagées.

                         

La jeune Saoirse Ronan (Lovely Bones, les Chemins de la Liberté) réussit à nouveau à s'octroyer avec une sensibilité épurée un personnage singulier de sauvageonne belliqueuse dénuée de peur et de tolérance face à l'antagoniste pernicieux. Avec son physique immaculé d'adolescente faussement timorée (voir la séquence détonante du baiser présagé), elle réussit à travers son charme blême d'un visage vaporeux à illustrer une héroïne juvénile instinctivement ombrageuse. Un parcours semé d'embûches vont lui être opposés sans se douter qu'au bout de cette intense aventure elle n'était pas destinée à découvrir sa véritable identité tronquée.
C'est l'excellent Eric Bana qui s'alloue la tâche paternelle d'avoir inculqué sa progéniture surentraînée. Impressionnant dans sa posture inflexible d'espion chevronné pour l'art du combat et du self défense, il réussit sobrement à convaincre de ses compétences physiques insensées quand il se doit de vaincre à titre d'exemples 4 agents expérimentés venus l'encercler dans un sous-sol baroque de métro germain. La troublante Cate Blanchett endosse avec un charme austère parfaitement insidieux et diabolique celle d'une agent opiniâtre, drastique et sans pitié dans sa froide détermination de traquer méthodiquement ses proies escamotées à l'étranger.
                        
Louablement interprété et dominé par la candide Saoirse Ronan, Hanna est un excellent film d'action techniquement inventif, maîtrisé, savamment excitant et passionnant. Son alliage insolite d'action explosive affiliée à l'esprit enfantin du conte de fée en font un spectacle intelligent se démarquant facilement des produits orthodoxes redondants. Joe Wright livrant avant tout avec une sensibilité ténue le portrait attachant d'une adolescente fragile observant son nouveau monde fluctuant, en attendant de renouer avec sa vraie liberté convoitée.

21.06.11
Bruno Matéï.

lundi 20 juin 2011

FLESH AND BONE


de Steve Cloves. U.S.A. 2h06. Avec Dennis Quaid, James Caan, Meg Ryan, Gwyneth Paltrow, Scott Wilson, Christopher Rydell, Julia McNeal, Ron Kuhlman, Jerry Swindall, Ryan Bohls.

Sortie en France le 4 Janvier 1995, U.S.A le  5 Novembre 1993

FILMOGRAPHIE: Steven Kloves est un réalisateur et scénariste américain né le 18 Mars 1960 à Austin (Etats-Unis). Il est surtout connu pour être le scénariste de six des sept volets cinématographiques d'Harry Potter.
1989: Susie et les Baker Boys
1993: Flesh and bone.

                             

Metteur en scène peu prolifique puisqu'il a réalisé à ce jour deux uniques longs-métrages (et pas des moindres !), Steven Kloves rend hommage au film noir dans son intrigue tendance Hitchcockienne, uniquement prétexte pour dépeindre un intense drame psychologique, poignant et profond.
Durant son enfance, Arlis a été témoin du massacre d'une famille de fermiers par son propre père une nuit où il devait servir d'appât pour tendre un piège à ces occupants innocents en guise de cambriolage. Les années ont passé, Arlis, aujourd'hui adulte est resté à jamais marqué par cette sanglante nuit et sa culpabilité d'y avoir contribué. Versatile et solitaire, il arpente les régions adjacentes en tant que livreur et accumule les rencontres féminines d'un soir. Jusqu'au jour ou il fait la connaissance de Kay Davies, une séduisante jeune femme instable, battue par son mari mécréant et décidée à changer d'horizon.

                           

Admirablement filmé dans des paysages naturels déployant une plénitude sauvage, Flesh and Bone est le genre de film où il est difficile de décrire avec précision ce qu'il en résulte tant son atmosphère solaire et hermétique magnétise le spectateur avec une aura perceptible ancrée dans l'insolite. Parce que cette oeuvre envoûtée privilégie avec subtilité les non-dits, les comportements elliptiques, les silences pesants pour ses personnages lunatiques évoluant dans une campagne champêtre à l'onirisme trouble. C'est la rencontre improvisée de deux êtres esseulés, un couple d'amants désabusés et désillusionnés d'une vie inscrite dans leur solitude routinière. Jusqu'au jour ou le père, responsable d'un triple homicide revienne remémorer à ces protagonistes blessés un passé lourdement accablé. C'est de prime abord le fantôme d'une antique maison décharnée qui refait lentement surface à travers le portrait d'une photo, puis enfin dans la réalité factuelle de leur terne existence. Lieu funeste des fameux crimes perpétrés avec une froideur implacable. Alors que le paternel revanchard est sans doute sur le point d'envisager de supprimer l'unique survivante de ses exactions morbides, le fils davantage alimenté par une haine refoulée pourrait faire changer la donne et révolutionner son propre destin.

                         

L'excellent Dennis Quaid apporte une grave dimension psychologique dans son personnage ombrageux de cow-boy solitaire, profondément traumatisé par un massacre généré par un paternel cynique. C'est l'impressionnant James Caan qui endosse avec masochisme narquois ce tueur mesquin dépréciant méthodiquement son propre fils gratuitement bafoué depuis sa triste enfance. La touche de fraîcheur et de séduction en découle à la pétillante Meg Ryan, particulièrement touchante dans son psyché refoulé de jeune femme orpheline, condamnée à ne jamais découvrir une tragédie familiale passablement inhumée depuis trop d'années. La néophyte Gwyneth Paltrow dans l'un de ses premiers grand rôles possède un troublant charisme dans ce personnage ambigu de jeune fille flegme, taciturne et insidieuse, complaisamment accompagnée par un meurtrier sournois.

                                   

Majestueusement mis en scène dans de superbes décors d'une contrée clairsemée, Flesh and Bone est un grand film noir à l'ambiance indicible sous-jacente. Une sombre histoire d'amour torturée par le poids du passé et la culpabilité meurtrie, un chassé-croisé d'individus suspects étroitement liés à une intrigue subtilement venimeuse. En résulte avant tout une ambiance élégiaque d'une beauté formelle laissant une marque indélébile dans l'esprit du spectateur. Comme le héros du film, nous sommes témoins et complices, irrémédiablement hantés par cette douloureuse romance gangrenée par l'esprit mortuaire.

20.06.11
Bruno Matéï.

LE RICHE ET LE PAUVRE (Rich Man, Poor Man)


de David Greene, Bill Bixby et Boris Sagal. 1976. 12 épisodes de 46 mns. Avec Peter Strauss, Nick Nolte, Susan Blakely, Edward Asner, Dorothy McGuire, Ray Milland, Kim Darby, Talia Shire, Robert Reed, Bill Bixby, Gloria Grahame, Murray Hamilton, Van Johnson, Dorothy Malone, Kay Lenz, Norman Fell, William Smith

Diffusion TV Usa du 1 février au 15 Mars 1976.
Diffusion TV France le 10 Septembre 1977 sur TF1.

RECOMPENSES: 
Emmy Awards 1976 : Meilleure musique, Meilleure réalisation (David Greene pour l'épisode 8), Meilleur acteur dans une série dramatique (Edward Asner), Meilleure actrice dans un second rôle (Fionnula Flanagan) 
Golden Globes 1976 : 
Golden Globe de la meilleure série télévisée dramatique 
Golden Globe de la meilleure actrice dans une série télévisée dramatique pour Susan Blakely 
Golden Globe du meilleur acteur dans un second rôle dans une série, une minisérie ou un téléfilm pour Edward Asner 
Golden Globe de la meilleure actrice dans un second rôle dans une série, une minisérie ou un téléfilm pour Josette Banzet


                           

Hommage subjectif d'un puriste amateur.
Série mythique diffusée en France à partir du 10 septembre 1977 sur la chaine TF1, le Riche et le Pauvre aura marqué toute une génération de cinéphiles proprement bouleversés du destin familial délétère de deux rivaux antinomiques. Celui d'un duo de frères téméraires tour à tour bafoués et stigmatisés par un destin damné, avant de déboucher sur leur réconciliation salvatrice. Deux êtres frêles au caractère distinct débordants de rage de vivre dans la suprématie professionnelle, la réussite sociale et l'union conjugale.

C'est l'évocation de la famille Jordache qui nous est narrée sur 20 ans d'existence, de la fin de la seconde guerre mondiale jusqu'aux prémices des années 60. Deux frère issus d'un milieu familial précaire vont tenter de survivre et réussir leur vie professionnelle. L'un, Rudy, est un étudiant studieux et érudit, l'autre, Tom, est un marginal malchanceux accumulant les larcins, faute d'un père violent et irascible, incapable de gérer leur éducation commune. Suite à un grave incident volontairement perpétré par le fils rebelle, celui-ci est expulsé du cocon familial pour être provisoirement logé chez son oncle. Mais un autre évènement fortuit ne va pas tarder à chambouler la nouvelle vie de cet adolescent déprécié. 

                     

Soigneusement reconstitué sur trois décennies en ascension industrielle et politique  et accrédité par une mise en scène assidue entièrement vouée à l'étude psychologique de ses personnages meurtris, Le Riche et le Pauvre est une ambitieuse saga pleine de drames, trahisons, déceptions et chantages par l'abus de pouvoir galvaudé et la réprimande des amours contrariés éperdues. 
D'après le roman d'Irwin Shaw, ce célèbre feuilleton continuellement captivant doit tout à son scénario compact dépeignant avec intelligence et refus de pathos la quête du pouvoir pour une réussite sociale avide d'ambition extravagante. Mais cette véhémente ascension avilie par l'égoïsme de la cupidité découle d'un revers de médaille irréversible, alors que les romances présagées seront insolubles à se cristalliser. Avec la complicité de comédiens tous remarquables de sobriété et éludés d'une quelconque outrance puérile dans les sentiments extériorisés, cette saga foisonnante nous entraîne dans un florilège d'évènements en demi-teinte, convoitant le drame familial aux espoirs optimisés avant de finalement sombrer dans une opaque tragédie inéquitable.

Alors que l'un des frères, Rudy, va réussir à fonder un véritable empire dans le domaine des affaires politiques par la perspicacité de son esprit érudit, il perdra en retour ce qu'il s'était juré de convoiter et protéger auprès d'une idylle escomptée depuis son adolescence.
Tandis que l'autre, Tom, délinquant au grand coeur sur qui la malchance semble inévitablement s'acharner sur ses robustes épaules, celui-ci va peu à peu réussir à redresser sa situation précaire, évoluer pacifiquement et retrouver l'amour exutoire d'une vie idéalisée avant de subir à nouveau une ultime estocade tendancieuse. Le riche et le pauvre vont alors fusionner et s'inverser les rôles communément attribués pour démontrer de façon lucide que l'amour reste la valeur la plus fructueuse et salvatrice face à l'avenir variable d'une existence fluctuante.

                                      

Nick Nolte crève l'écran dans la composition charismatique du pauvre Tom Jordache, jeune marginal reconverti dans la boxe professionnelle après avoir sombrer dans la délinquance et qu'il ait été expulsé de son domicile familial. Par la cause fatale d'un père violent incapable d'éprouver un amour paternel reconnaissant, plutôt rassuré à affirmer sa confiance et l'attention nécessaire envers son premier fils studieux beaucoup mieux présentable et docile. Le trop rare Peter Strauss accorde autant de crédit dans celui de Rudy, étudiant ambitieux délibéré à se vouer corps et âme pour réussir sa vie professionnelle. Un jeu en demi-teinte particulièrement empathique dans sa quête inlassable de conquérir la jeune Julie auquel il est depuis son adolescence profondément amoureux avant de renouer équitablement avec son frère dénigré. Mais sa persévérance dans le milieu de la politique va le contraindre à oublier sa promesse de chérir cette idylle tant escomptée tandis que Tom va peu à peu lui accorder sa pleine confiance légitime. La ravissante Susan Blackely (récompensée d'un golden globe) endosse le personnage chétif de Julie Prescott et inonde l'écran de son charme docile, son élégance ténue sombrant malencontreusement dans une lamentation déchue. Une jeune femme talentueuse et douée pour la profession du journalisme et de la photographie. Mais une épouse rongée par le remord et la contrition, faute d'avoir vécu une vie conjugale anarchique, dénuée d'amour et d'attention par la cause d'un mari volage et de son jeune fils sous influence paternelle, Bill. C'est dans les bras du célèbre Rudy, en liste pour une candidature politique qu'elle va malgré tout tenter de renouer avec un espoir dubitatif dans l'union du mariage, avant de sombrer dans l'alcoolisme et la solitude dépressive. Aucun spectateur de l'époque n'a pu oublier la performance de William Smith dans le rôle du borgne Falconetti. Antagoniste perfide sans aucune vergogne inscrit dans l'immoralité, la lâcheté, la mesquinerie et la xénophobie. L'affrontement psychologique et physique octroyé au jeune Tom Jordache donne lieu à deux intenses altercations redoutées avant son tragique point d'orgue culminant vers une ignoble haine vindicative et meurtrière. Tous les autres illustres interprètes Bill Bixby, Ray Milland, Talia Shire, Dorothy McGuire, Edward Asner et Kim Darby accordent une prestance frugale jamais négligeable car entièrement allouée au service de l'histoire riche en conflits humains dépités.

                         

Près de 40 ans après sa sortie, le Riche et le Pauvre n'a rien perdu de sa puissance émotionnelle et aura su transcender les altérations du temps pour rester une série phare sempiternelle. Hormis un score musical quelque peu désuet mais non dénué de charme suranné, la richesse de son scénario dense et substantiel, admirablement construit, et le remarquable niveau d'interprétation de talents réunis témoignent d'une notable réussite télévisuelle à l'intensité dramatique cinglante (à titre d'exemples, on est loin des dérives lacrymales et coups de théâtre improbables de Dallas ou Dynastie).
Pour conclure, il est impossible d'évoquer son audacieux final inopinément tragique (l'incarnation du Mal en sort victorieuse !) qui aura durablement bouleverser des millions de télespectateurs abasourdis d'un revirement aussi nihiliste. En outre, il immortalise le portrait licencieux d'un des plus crapuleux antagonistes que la télévision nous ait été donnée d'assister : Falconetti !

20.06.11
Bruno Matéï.

vendredi 17 juin 2011

CRIME A FROID (Thriller a cruel picture/They call her One Eye/En Grym Film). Version Intégrale.


de Bo Arne Vibenius. 1974. Suède. 1h46. Avec Christina Lindberg, Heinz Hopf, Despina Tomazani, Soveig Anderson.

Interdit au moins de 18 ans (avec inserts X)

FILMOGRAPHIE: Bo Arne Vibenius est un réalisateur, producteur, scénariste et acteur suédois né le 29 Mars 1943 à Solna. 1969: Hur Marie träffade Fredrik. 1974: Thriller, en grym film. 1975: Breaking Point.

                                      

Bien avant les illustres l'Ange de la Vengeance et I spit on your grave (Day of the Woman), un jeune suédois âgé de 31 ans réalise en 1974 un "rape and revenge" particulièrement insolite dans son alliage des genres et dans son ambiance hermétique. Action, drame, porno, violence s'entrecroisent dans une structure hybride de film d'auteur, entre cinéma expérimental et série B d'exploitation. Madeleine est une jeune fille solitaire ayant été violée durant son enfance par un vieillard. Plusieurs années ont passé et elle vit maintenant dans la ferme de ses parents, loin de la civilisation urbaine. Profondément perturbée par cette agression, elle est depuis atteinte de mutisme et reste le plus souvent cloîtrée dans sa demeure familiale. Un jour, elle décide malgré tout de partir en ville mais rate in extremis son bus. Un inconnu qui empruntait le même chemin lui propose alors de monter dans son véhicule pour la dépanner. Après avoir déjeuner ensemble dans un restaurant, il décide d'emmener Madeleine à son domicile pour la droguer. Devenue toxicomane, la jeune fille est obligée de se prostituer auprès d'une fidèle clientèle.

                                     

Dès le prélude déstabilisant et malsain parmi cette tentative de viol perpétré dans un parc public, le malaise est déjà perceptible face au regard dérangé, filmé en zoom, d'un vieillard aliéné écumant du sang aux lèvres. L'homme ahuri s'empressant de plaquer au sol une fillette impuissante sur les le feuillage d'un automne blafard. L'illustration des évènements décrits avec réalisme, à la manière d'un reportage clinique, nous entraîne ici dans une descente aux enfers jusqu'au-boutiste. La mise en scène personnelle, prenant soin de nous accoutumer aux personnages évoluant dans un environnement malsain, permet de renouveler une histoire de rape and revenge classiquement structurée. L'ambiance froide et monolithique conduite sur un rythme langoureux et studieux nous retient l'attention dans son sens précis de la narration. Avec l'entremise de plans chocs comme cette crevaison d'un oeil filmé en gros plan ou des inserts pornos accentuant l'intensité de la dépravation sexuelle, Crime à Froid est un objet filmique parfois expérimental, grandiloquent et austère. La photographie limpide, les décors naturalistes régis sans fioriture et les comédiens emphatiques exacerbant ce sentiment tangible de reportage pris sur le vif.

                                    

La partie revenge de Madeleine ne fait ensuite qu'accroître ce sentiment insolite d'oeuvre hybride dans ses lymphatiques effets de ralenti d'une violence stylisée. Au risque de lasser les indécis, ces furieux accès de brutalité sanglante où les gunfights décuplent leur poudre explosive, séduit, déconcerte ou désarçonne selon la personnalité de chacun. Alors que le final largement influencé par le western spaghetti livre ses plus beaux plans alambiqués, ses contres-plongés iconiques et ses horizons désolées de clair obscur. L'ambiance crépusculaire et ténébreuse culminant vers un règlement de compte atypique afin d'ébranler l'imaginaire du spectateur désorienté. Il faut vanter l'étonnante interprétation de Christina Lindberg dans celle, mutique, d'une justicière inflexible, avide de revanche expéditive après que ses parents se soient suicidés par duperie d'un proxénète. Gracile, taciturne et intrigante dans son défroque ténébreuse et son oeil borgne, elle réussit à iconiser son personnage marginal, nouvel archétype sensuel de l'ange exterminatrice.

                                       

Difficile d'accès car demandant un effort d'immersion dans son cheminement narratif, Crime à froid reste une oeuvre bariolée unique en son genre. Un essai personnel plein de bonnes intentions mais parfois maladroit dans ses ambitions auteurisantes compromises au cinéma d'exploitation. Imparfait, baroque, versatile et interlope, cet ovni singulier laisse en tous cas un souvenir persistant dans l'esprit du spectateur, entre fascination et répulsion. 

17.06.11
Bruno Matéï.

                                      

jeudi 16 juin 2011

COMBAT SHOCK (AMERICAN NIGHTMARE)


de Buddy Giovinazzo. 1986. U.S.A. 1h39. Avec Rick Giovinazzo, Veronica Stork, Mitch Maglio, Asaph Livni, Nick Nasta, Michael Tierno, Arthur Saunders, Lori Labar.

Sortie salles US le 14 Mai 1986.

FILMOGRAPHIE: Buddy Giovinazzo est un réalisateur, scénariste et producteur indépendant américain né le 5 mai 1957 à New-York.
1986: Combat Shock (scénariste, réalisateur, éditeur, producteur, acteur)
1987: Jonathan of the Night (scénariste, réalisateur, producteur)
1989: Mr Robbie: Maniac 2 (Court. réalisateur, producteur)
1996: No way home (réalisateur, scénariste, acteur)
1999: The Unscarred (réalisateur, producteur)
2009: Life is Hot un Cracktown (scénariste, réalisateur)
2011: The Theatre Bizarre (Segment: I love you. Co-réalisateur)

1989: She's Back (scénariste).
1998: Fallen Arches (acteur)

                           

Hommage subjectif d'un puriste amateur.
En 1986, un jeune néophyte du nom de Buddy Giovinazzo réalise pour un budget de misère ($40,000) un cauchemar urbain rarement documenté de manière aussi poisseuse et sordide, en dépit du côté maladroit d'une mise en scène hésitante. 25 ans plus tard, ce film maladif et moribond, témoignage désespéré de l'impossible réinsertion d'un vétéran du Vietnam, garde intact son pouvoir de fascination/répulsion dans une ambiance funeste singulière.
Une question reste cependant en suspens ! Qu'est-il arrivé à la firme Troma d'avoir édité un film aussi extrême et nauséeux ?

Franckie est un ancien soldat ayant combattu durant la guerre du Vietnam. Resté hospitalisé durant 3 ans suite à de graves séquelles psychologiques, il peut enfin retourner dans son pays natal pour retrouver sa femme et son jeune fils difforme âgé d'à peine 1 an. Au chômage, sans ressources d'allocations financières, ils vivent tous trois lamentablement dans un appartement insalubre suintant la puanteur et la nourriture avariée. En désespoir de cause et sous l'influence de sa femme irascible, il décide d'arpenter inlassablement les rues dépravées pour trouver un quelconque boulot partiel.

                           

Avec son prélude belliqueux où l'action est supposée se dérouler en pleine jungle du vietnam, on pouvait craindre le pire dans ces décors de pacotille où quelques soldats américains jouent les baroudeurs farouches contre l'antagoniste hostile. Le réalisateur alternant stock-shots de documents d'archive de guerre et séquences simulées de combats sanglants contre l'ennemi redouté, jalonnés de corps déchiquetés et tête tranchées sur une végétation polluée.
Ce premier quart d'heure peine donc à convaincre faute d'un amateurisme un peu trop forcé mais non dénué d'une certaine ambiance cauchemardesque. C'est au retour au pays US que le métrage va pouvoir se transcender et entamer un voyage au bout de l'enfer pour ne plus lâcher l'amertume dépressive du spectateur jusqu'au générique de fin exutoire.
La narration balisée de Combat Shock n'a rien d'innovante et ne souhaite aucunement structurer une intrigue solide ou substantielle. Tout ce qui fait l'intérêt inhérent à ce cauchemar américain vient de la manière radicale dont notre héros est illustré dans un environnement ultra glauque extrêmement réaliste.
C'est dans son ambiance hallucinée d'une cité urbaine à l'agonie que le métrage s'empreint d'une ampleur visuellement viscérale et palpable, accentuée par une bande musicale planante (bien qu'en décalage de ton à de brefs moments futiles). Misère humaine, toxicomanes azimutés, sdf, prostituées de mineurs, macros, mafieux et quidams désoeuvrés tentent de survivent dans un quartier pourrissant où la grisaille atmosphérique, la déchéance humaine et la violence crapuleuse sont leur lot quotidien d'une existence terne sans but.

                           

Entre le huis-clos irrespirable d'un appartement étroit décrépi et les extérieurs néfastes d'une ville en déliquescence, Buddy Giovinazzo livre l'un des plus impitoyables constats social sur la misère humaine condamnée à survivre et destinée à s'entretuer en guise de précarité alarmiste.
Il illustre avec une détresse implacable le portrait d'une famille désunie. Franckie, père de famille revenu d'entre les morts après l'enfer du Vietnam, marié à une mégère bedonnante incapable de lui éprouver la moindre affection. Pour amplifier ce sentiment de marasme dépressif et de désolation éprouvée, leur lignée est un nouveau né difforme et monstrueux gesticulant langoureusement des râles d'agonie pour cause de famine. Faute de ne plus pouvoir nourrir sa famille famélique et sur le point d'être expulsé de leur foyer, il décide d'errer dans les quartiers malfamés, en quête d'un éventuel emploi subsidiaire dans l'agence matrimoniale familière. Sans aubaine de s'être accaparer d'un poste professionnel, il rencontre sur son chemin un trio de malfrats auquel il leur devait une grosse somme d'argent. Autant dire que la nouvelle journée de Franckie n'est qu'une accumulation de mauvaises rencontres. Même les retrouvailles impromptues avec l'un de ces anciens acolytes, devenu en l'occurrence toxicomane, ne le mènera qu'à une pathétique altercation contre un drogué psychotique.
Lentement, le destin de cet ancien vétéran seul contre tous, revenu au pays pour subir une seconde guerre de survie, va peu à peu sombrer dans la folie suicidaire en guise de rédemption. Et en matière de final nihiliste lapidaire, on peut dire que Combat Shock ira jusqu'au bout de sa labeur pour avoir dépeint le portrait abrupt d'un individu fébrile, déprécié par une société inhumaine sans vergogne, acculé à s'auto-détruire.

                           

UN CAUCHEMAR AMERICAIN.
Sous ses influences assumées de Taxi Driver et Eraserhead, Combat Shock est l'un des plus opaques cauchemars urbains que le cinéma indépendant nous ait été donné de voir. Malgré la maigreur du budget, sa mise en scène chétive et une interprétation folichonne (hormis le jeu honnête du héros  plutôt charismatique et concluant), ce portrait sans concession de la solitude humaine laisse une horrible empreinte dans notre psyché, jamais dupe d'un fait divers tristement quotidien.

Dédicace à l'Antre du Bis.
16.06.11
Bruno Matéï.