de Jake Scott. 2009. U.S.A/Angleterre. 1h48. Avec Lara Grice, Deneen Tyler, Jack Morre, Kristen Stewart, James Gandolfini.
Sortie Salles France: 10 Novembre 2010. U.S.A: 29 Octobre 2010.
FILMOGRAPHIE: Jake Scott est un réalisateur américain né en 1965. Il est par ailleurs le fils de Ridley Scott et neveu de Tony Scott. 1997: The Hunger (Série TV, 1 épisode: ménage à trois). 1998: Guns 1748. 2004: Tooth Fairy. 2007: HBO Voyeur Project (série TV). 2009: Welcome to the Rileys
Jake Scott surprend agréablement avec Welcome to the Rileys par sa sobriété et sa manière délicate d’illustrer une chronique sociale : celle d’un couple en déliquescence après la mort de leur fille, et d’une jeune prostituée paumée, solitaire, que le père endeuillé tentera maladroitement de sauver, ou peut-être de se sauver lui-même.
Le pitch.
Doug Riley est un quinquagénaire brisé par la disparition accidentelle de sa fille de quinze ans. Depuis ce drame, sa relation conjugale avec Lois s’enlise dans une torpeur muette, engloutie par la routine et l’incommunicabilité. Un soir, à bout de repères, conscient que son mariage n’est plus qu’un champ de ruines silencieux, Doug part en déplacement à La Nouvelle-Orléans. Là, presque malgré lui, il trouve refuge dans un club de strip-tease, échappatoire dérisoire où il fait la connaissance de Mallory, une jeune prostituée avec laquelle il va nouer une relation d’abord trouble, puis profondément paternelle.

La grande intelligence de ce drame psychologique émouvant réside dans son casting à contre-courant. Jake Scott réunit deux interprètes aux trajectoires diamétralement opposées : James Gandolfini, figure imposante rendue mythique par Les Sopranos, et Kristen Stewart, alors icône adolescente façonnée par la saga édulcorée Twilight. Deux comédiens admirablement dirigés à rebours de leur image publique, pour un jeu d’une justesse désarmante.
De cette rencontre improbable naît une complicité fragile, chaleureuse, presque salvatrice. Un lien qui s’installe dans l’intimité crasse d’une chambre d’hôtel miteuse, espace suspendu où se rejoue, sans jamais la nommer, une relation père-fille. En parallèle, Lois, consciente de l’effondrement de sa vie amoureuse, décide enfin de quitter le huis clos de son deuil pour rejoindre son mari à La Nouvelle-Orléans. Ce trio improvisé, réuni par la fatalité d’une perte irréparable, va tenter de s’accepter, peut-être même de recomposer les fragments d’une famille impossible.

À travers des scènes intimistes, souvent à fleur de peau, Jake Scott parvient à rendre profondément attachant un récit douloureux bâti sur la fragilité de ses personnages. Un couple modèle au bord de la rupture, une jeune fille rebelle et désorientée, tous marqués au fer rouge par un accident absurde et injuste. Kristen Stewart fait définitivement oublier son image docile d’adolescente candide. Vulgaire, débauchée, révoltée, elle impose une interprétation brute et spontanée, incarnant avec force une prostituée autonome, caractérielle, en survie permanente. Face à elle, James Gandolfini endosse avec une pudeur bouleversante le rôle d’un homme profondément esseulé, en quête d’un amour paternel impossible, mais aussi d’un mari blessé, témoin impuissant de l’érosion quotidienne de son couple.

Modestement réalisé, sans fioritures ni effets appuyés, Welcome to the Rileys s’impose comme un drame social en demi-teinte, habile dans son refus du pathos facile et sincère dans sa capacité à émouvoir. Porté par la complémentarité de ses interprètes, le film aborde avec sensibilité la difficulté du deuil et l’instinct paternel en quête de rédemption, trouvant son originalité dans ce regard posé sur la vie licencieuse d’une prostituée, non comme un spectacle, mais comme un espace de reconstruction possible.
— le cinéphile du cœur noir 🖤
02.06.11.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire