mercredi 8 juin 2011

L'ETRANGLEUR DE RILLINGTON PLACE (10 Rillington Place)


de Richard Fleischer. 1971. Angleterre. 1h51. Avec John Hurt, Richard Attenborough, Judy Geeson, Pat Heywood, Isobel Black.

Sortie U.S.A: 10 fĂ©vrier 1971.

FILMOGRAPHIE: Richard Fleischer est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 8 dĂ©cembre 1916 Ă  Brooklyn,  et dĂ©cĂ©dĂ© le 25 Mars 2006 de causes naturelles.
1952: l'Enigme du Chicago Express, 1954: 20 000 lieux sous les mers, 1955: les Inconnus dans la ville, 1958: les Vikings, 1962: Barabbas, 1966: le Voyage Fantastique, 1967: l'Extravagant Dr Dolittle, 1968: l'Etrangleur de Boston, 1970: Tora, tora, tora, 1971: l'Etrangleur de Rillington Place, 1972: Terreur Aveugle, les Flics ne dorment pas la nuit, 1973: Soleil Vert, 1974: Mr Majestyk, Du sang dans la Poussière, 1975: Mandingo, 1979: Ashanti, 1983: Amityville 3D, 1984: Conan le destructeur, 1985: Kalidor, la légende du talisman, 1989: Call from Space.

                                  

Trois après son chef-d'oeuvre novateur (split screen Ă  l'appui !) inspirĂ© des mĂ©faits du cĂ©lèbre Etrangleur de Boston, Richard Fleischer rĂ©cidive en 1971 avec un nouveau saisissant portrait, l'Etrangleur de Rillington Place d'après le livre de Ludovic Kennedy. Comme pour son prĂ©cĂ©dant thriller, le rĂ©cit est Ă©galement inspirĂ© d'une histoire vraie retraçant ici les exactions de John Reginald Halliday Christie. Un tueur en sĂ©rie britannique ayant sĂ©vi dans les annĂ©es 1940 et 1950 puis arrĂŞtĂ©, jugĂ© et pendu pour meurtre en 1953. Un texte introductif nous prĂ©cise d'ailleurs qu'une partie des dialogues du film s'appuie sur des documents officiels. Londres, 1944, dans l'avenue de Rillington Place. RĂ©ginald Christie, agent de police, se fait passer pour un mĂ©decin afin de soigner une femme malade. En guise de confiance, il rĂ©ussit Ă  l'inviter dans son vieil appartement pour la violer et l'Ă©trangler. Cinq ans plus tard, un couple et leur bĂ©bĂ© emmĂ©nagent dans l'immeuble du tueur. Alors que la jeune mère attend un second enfant, une violente dispute Ă©clate Ă  propos de son futur accouchement. Christie leur propose alors son assistance pour pratiquer un avortement illĂ©gal.

                                    

A trois ans d'intervalle (1968-1971), Richard Fleischer rĂ©alise deux coups de maĂ®tres avec ces portraits de serial-killers notoires. Pour celui qui nous intĂ©resse aujourd'hui, l'Etrangleur de Rillington Place nous invite Ă  une descente aux enfers autour d'un couple de prolĂ©taires en situation prĂ©caire ! Dès le prologue, d'une violence psychologique cinglante dans sa cruditĂ© imposĂ©e, nous sommes avertis du profil psychologique d'un agent de police prochainement en retraite. RĂ©ginald Christie est un aimable citoyen vivant reclus dans son modeste appartement parmi la discrĂ©tion de son Ă©pouse, mais auquel sa pathologie laisse finalement s'exprimer des pulsions morbides et sexuelles lorsqu'il s'envisage d'Ă©trangler des femmes. C'est avec l'arrivĂ©e d'un jeune couple, multipliant les prises de bec conjugales, que l'intrigue se ressert pour les embrigader dans le huis-clos asphyxiant d'un immeuble insalubre (photo dĂ©saturĂ©e Ă  l'appui !). De prime abord, la courtoisie et la gĂ©nĂ©rositĂ© de Christie inspirent une assurance immĂ©diate envers ces nouveaux rĂ©sidents aux faibles revenus. Et rapidement, ceux-ci vont se retrouver embarquĂ©s dans une machiavĂ©lique imposture perpĂ©trĂ©e par le plus mesquin des dĂ©traquĂ©s.

                                

La suite des Ă©vènements impliquant une affaire d'homicide conjugal Ă©prouve le spectateur dans une horreur psychologique sans aucune Ă©chappatoire. Avec intensitĂ©, Richard Fleisher dĂ©peint le calvaire Ă©motionnel d'un père de famille dĂ©soeuvrĂ©, totalement asservi par un tueur mĂ©thodique redoutablement finaud. Le spectateur impuissant exprimant une indĂ©niable empathie pour la victime rĂ©duite ici Ă  l'objet de soumission. Dans le rĂ´le du tueur, Richard Attenborough incarne le rĂ´le de sa vie pour mettre en exergue un psychopathe placide auquel ses instincts morbides extĂ©riorisent une perversitĂ© compulsive. C'est avec l'aide d'une cordelette convenablement rangĂ©e dans une petite armoire qu'il exerce ces horribles mĂ©faits après avoir gazĂ© ces pauvres victimes. Son physique quelconque de sexagĂ©naire bedonnant au crane dĂ©garni et aux lunettes rondes laisse nĂ©anmoins distiller un sentiment inquiĂ©tant de malaise latent. John Hurt lui partage la vedette avec une Ă©motion poignante pour endosser celui du père de famille illettrĂ© et inculte, noyĂ© dans le chagrin et le dĂ©sespoir. Un ouvrier mĂ©diocre et une proie facilement manipulable Spoiler !!! au point de devenir auprès de la justice le coupable prĂ©sumĂ© des crimes intentĂ©s. Fin du Spoiler

                          

Avec son rĂ©alisme blafard et son climat de malaise tangible, L'Etrangleur de Rillington Place se rapproche du genre horrifique et nous place dans la position inconfortable de tĂ©moin voyeuriste dans ce jeu de manipulation compromis au fait-divers morbide. Sa mise en scène acĂ©rĂ©e, l'ambiance de claustration qui en Ă©mane et le jeu exceptionnel des comĂ©diens nous acheminent Ă  l'un des plus glaçants portraits de serial-killer vus au cinĂ©ma ! Pour parachever, le rĂ©alisateur en profite d'Ă©gratigner le système judiciaire afin de mettre en exergue une rĂ©flexion sur la peine capitale. 

08.06.11
Bruno Matéï

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