lundi 11 mars 2013

DRACULA. Licorne d'Or au Festival du Film Fantastique de Paris

                                   Photo empruntée sur Google, appartenant au site forum.nanarland.com

de John Badham. 1979. U.S.A/Angleterre. 1h49. Avec Frank Langella, Laurence Olivier, Donald Pleasence, Kate Nelligan, Trevor Eve.

Sortie salles U.S.A: 20 Juillet 1979

Récompense: Licorne d'Or au Festival du film fantastique de Paris

FILMOGRAPHIE: John Badham est un réalisateur et producteur britannique, né le 25 Août 1939 à Luton.
1976: Bingo. 1977: La Fièvre du samedi soir. 1979: Dracula. 1981: C'est ma vie après tout. 1983: Tonnerre de feu. 1983: Wargames. 1985: Le Prix de l'exploit. 1986: Short Circuit. 1987: Etroite Surveillance. 1990: Comme un oiseau sur la branche. 1991: La Manière Forte. 1992: Nom de code: Nina. 1993: Indiscrétion Assurée. 1994: Drop Zone. 1995: Meurtre en suspens. 1997: Incognito. 1998: Road Movie.


Couronné de la Licorne d'Or au Festival du film fantastique de Paris, le troisième film de John Badham est une énième transposition du célèbre roman de Bram Stoker. Honteusement occulté aujourd'hui et réduit à l'indifférence par la nouvelle génération, Dracula est pourtant l'une des plus belles variations du mythe vampirique. Epris de romantisme lyrique dans la relation sensuelle entretenue avec le prince des ténèbres et sa muse, et pourvu d'un esthétisme onirique prégnant, ce conte baroque est notamment transcendé par la présence magnétique de Frank Langella, époustouflant de charisme en dandy maléfique. Alors qu'un bateau échoue au large des côtes anglaises, une femme sauve de l'équipage l'unique survivant. Ce miraculé n'est autre que le Comte Dracula, délibéré à trouver sa nouvelle maîtresse et ainsi procréer sa race diabolique. Après la mort mystérieuse de sa fille, le professeur Van Helsing décide de se rendre sur place auprès du docteur Jack Sward, Jonathan Harker et sa fiancée Lucy. 


Avec la splendeur d'une photo désaturée aux teintes sépia et blafardes, John Badham s'éprend d'une ambition formelle pour nous livrer un spectacle flamboyant mené sur un rythme sans faille. Déployant des images poétiques diaphanes ou limpides à travers sa nature crépusculaire, mais aussi dans l'antre d'un vaste château illuminé de bougies, Dracula est une véritable invitation au voyage jusqu'au bout de la nuit. La force de ces images picturales, la richesse de ces décors tributaires d'une réalisation rigoureuse ainsi que le souffle exaltant qui en émane sont notamment exacerbés par la conviction d'illustres comédiens. Que ce soit le notable  Laurence Oliver dans le rôle d'un Van Helsing faillible, Donald Pleasance dans celui, secondaire mais attachant, du dirigeant d'un asile psychiatrique, la ravissante Kate Nelligan pourvue de volupté charnelle pour endosser la maîtresse corrompue, ou encore l'assistance vigoureuse de Trevor Eve dans celui de l'amant téméraire ! Mais c'est indéniablement la personnalité de Frank Langella qui marque durablement les esprits dans sa posture de prince des ténèbres à l'apparence beaucoup plus élégante que de coutume. Avec son regard noir étrangement trouble, l'acteur impose un jeu perfide et délétère accentuant avec un naturel confondant le pouvoir de séduction qui enveloppe le film. Jalonné de péripéties bondissantes (l'héroïsme pugnace dont nos héros font preuve pour annihiler le comte) ou d'évènements parfois insolites (le prologue meurtrier que l'équipage du bateau est contraint de subir, la découverte du tunnel construit sous le cimetière et la première apparition spectrale de Mina !), Dracula s'alloue aussi d'une teneur érotique baroque (l'étreinte sexuelle des deux amants illustrée sous la texture rutilante d'un crépuscule carmin !). Enfin, il culmine sa traque intrépide vers un point d'orgue diaboliquement cruel (et oh combien inventif !) pour la mise à mort du vampire réfugié en interne d'un bateau !


D'une beauté plastique fulgurante dans son gothisme épuré et mené de main de maître par un John Badham particulièrement ambitieux, Dracula est un conte horrifique à la charge romantique irrésistiblement fascinante. L'une des meilleures déclinaisons du célèbre mythe, aussi moderne qu'archaïque, injustement passée dans l'oubli. A (re)découvrir d'urgence !

11.03.13. 4èx
Bruno Matéï

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