vendredi 30 août 2013

WOLF CREEK

                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site baranfilm27.org

de Greg McLean. 2005. Australie. 1h44. Avec Nathan Philipps, Cassandra Magrath, Kestie Morassi, John Jarratt.

Sortie salles France: 9 Août 2006. Australie: 3 Novembre 2005

FILMOGRAPHIE: Greg McLean est un réalisateur, scénariste et producteur australien.
2005: Wolf Creek
2007: Solitaire

Chaque année, en Australie, 30 000 personnes sont portées disparues. 90 % d'entre elles sont retrouvées en l'espace d'un mois. Certaines disparaissent à jamais. 


Ko et déprimé ! Voilà en deux mots mes impressions à vif délivrées à la sortie de la projo de Wolf Creek Qui plus est, c'est après un second visionnage que je me confirme de l'impact émotionnel qu'il nous assène et de rapporter cette fois-ci mes fiévreux sentiments à l'écrit. 
Pour une première oeuvre, on peut dire que Greg McLean a réalisé un véritable coup de maître avec ce survival aride où l'esthétisme d'une nature clairsemée renforce son climat d'insécurité permanent. Une véritable épreuve de force physique et morale est infligée chez un trio d'étudiants sévèrement malmenés par un tueur en série en plein désert australien. A partir de ce concept éculé influencé par les classiques notoires des seventies (Massacre à la Tronçonneuse en tête pour l'affliction hystérique des victimes, la verdeur de son climat poisseux et son degré d'authenticité), le réalisateur renouvelle la terreur dans un esprit anti ludique pour mieux ébranler le spectateur. Car en l'occurrence, Wolf Creek n'est absolument pas la traditionnelle partie du "ouh fait moi peur" avec son tueur écervelé coursant machinalement de jeunes victimes insouciantes, mais une expérience extrême toujours plus éprouvante dans son refus des compromis, de complaisance et sa radicalité à exprimer une terreur inconfortable, jusqu'au malaise... Car ici, les victimes enchaînées hurlent de douleur ou d'impuissance face à la monstruosité d'un prédateur pervers extériorisant ses pulsions sadiques dans un laps de temps indéfini. En toute liberté, au beau milieu d'un désert crépusculaire, ce tueur circonspect prend son pied à embrigader de jeunes victimes dans un hangar rubigineux afin de les torturer à sa guise quand l'envie lui fait sentir. 


C'est donc une effroyable descente aux enfers redoutablement efficace que Greg McLean nous relate avec souci de réalisme et d'intensité pour rendre compte d'un fait d'actualité ! Car oui, Wolf Creek s'inspire librement du rapt de deux touristes perpétrés par le tueur Bradley John Murdoch, jugé coupable d'un meurtre en 2005. En effet, à contrario de ce que retrace le film, une seule victime fut répertoriée par la police non loin de Wolfe Creek, c'est à dire à plus de 2000 kms du fameux cratère!
Le tempo bourdonnant d'un score monocorde, la rigueur de la mise en scène exploitant à merveille le cadre de ses paysages crépusculaires et sa manière de caractériser la détresse humaine de ces pèlerins tyrannisés exacerbent un climat malsain si déstabilisant que le spectateur, épris de marasme, se sent pris au piège parmi leur séquestration ! Jusqu'au-boutiste et sans concession, aucun échappatoire ne semble poindre à l'horizon et si certaines évasions sont parfois audacieusement intentées, la mort, lâche et brutale, les rattrape inexorablement !


Chef-d'oeuvre du survival réfutant la notion commerciale du divertissement conforme, Wolf Creek prend le spectateur aux tripes pour le plonger dans l'authenticité d'une horreur vécue. Celle où des voyageurs portés disparus ont eu (ou auront) la déveine d'aborder un inconnu affable, alors qu'un monstre à visage humain est sur le point de se démasquer afin de vous infliger les pires sévices. On est d'autant plus traumatisé par l'expérience que le jeu, criant de vérité, des comédiens inconnus, nous interpellent avec une empathie toute meurtrie. 

Dédicace à Karine Philippi et Mylène Lam 
30.08.13. 2èx
Bruno Matéï

La critique de Wolf Creek 2: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/04/wolf-creek-2.html




mercredi 28 août 2013

UN JUSTICIER DANS LA VILLE (Death Wish)

                                   Photo empruntée sur Google, appartenant au site silverferox.blogspot.fr

de Michael Winner. 1974. U.S.A. 1h33. Avec Charles Bronson, Hope Lange, Vincent Gardenia, Steven Keats, William Redfield, Stuart Margolin, Stephen Elliott.

Sortie salles France: 18 Octobre 1974. U.S: 24 Juillet 1974

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Michael Winner est un réalisateur britannique, né le 30 Octobre 1935 à Londres, décédé le 21 Janvier 2013.
1964: Dans les mailles du filet. 1967: Qu'arrivera-t-il après ? 1971: Les Collines de la Terreur. 1971: l'Homme de la Loi. 1971: Le Corrupteur. 1972: Le Flingueur. 1973: Le Cercle Noir. 1973: Scorpio. 1974: Un Justicier dans la Ville. 1976: Won Ton Ton, le chien qui sauva Hollywood. 1977: La Sentinelle des Maudits. 1978: Le Grand Sommeil. 1979: l'Arme au Poing. 1982: Un Justicier dans la Ville 2. 1983: La Dépravée. 1985: Le Justicier de New-York. 1988: Rendez vous avec la mort. 1990: Double Arnaque. 1993: Dirty Week-end.


Précurseur du Vigilante movie qui aura fait couler beaucoup d'encre lors de sa sortie, Un Justicier dans la Ville est notamment la révélation d'une égérie du cinéma d'action, l'imparable Charles Bronson ! D'après le roman Death Wish de Brian Garfield, ce polar brutal nous retrace l'expédition meurtrière d'un justicier, déterminé à nettoyer des quartiers malfamés les voyous arrogants.
Trois délinquants décident d'agresser une mère et sa fille au sein de leur domicile. Battue à mort, la femme succombera à ses blessures tandis que la fille violée se retrouvera internée dans un institut spécialisé pour démence traumatique. Rongé par la douleur du deuil et la rancoeur de constater l'impuissance policière laissant libre ces agresseurs, Paul Kersey décide de s'emparer d'une arme pour perpétrer une vendetta expéditive. 



Film choc à la violence froide et implacable où l'on s'étonne encore aujourd'hui de sa verdeur invoquée au prologue (la passage à tabac de deux femmes dans leur cocon familial), Un Justicier dans la Ville détonne par son aspect radical à illustrer une violence purement gratuite. Reflet d'une délinquance en recrudescence au milieu d'un contexte urbain en insécurité permanente. Si le film provoqua à son époque une telle polémique, c'est dans la dangerosité impartie à sa thématique réactionnaire puis au profil psychotique attribué à un adepte de l'auto-défense. Avec réalisme et lucidité, Michael Winner nous détaille de façon circonspecte la lente dégénérescence d'un architecte notoire, plongé dans une dérive meurtrière pour venger la mort de sa femme. Si son premier meurtre perpétré avec bravoure lui suscite une véritable répulsion (il ira jusqu'à vomir ses tripes dans les toilettes de son appartement !), ses exactions suivantes vont finalement lui tirer satisfaction et profit d'une notoriété grandissante grâce au taux de criminalité en régression. Devenu un phénomène sociétal dans les journaux, notre justicier va même influencer une certaine frange de la population décidant également de se rebeller par la force contre une délinquance permissive. De son côté, la police embarrassée, tente par tous les moyens de mettre un terme à la dérive sanglante du justicier, avant de se raviser, de peur d'embrigader un martyr aux yeux de la population et de renouer avec un taux de criminalité élevé. Avec une redoutable efficacité, Michael Winner nous brode donc un polar ultra violent émaillé de séquences d'action incisives sans jamais militer pour la justice individuelle. Puisqu'il ne fait que souligner l'aspect vénal d'un tueur radical, prenant goût à sa folie meurtrière addictive ! A l'image de son épilogue édifiant auquel Paul Kersey va, d'un geste manuel ironique, prendre un malin plaisir à prévenir ses futurs ravisseurs qu'ils seront dans sa ligne de mire !
Il ne s'agit donc pas pour le réalisateur de prôner vulgairement l'apologie d'une violence fascisante mais de rappeler à l'ordre les individus potentiellement fragiles que l'influence d'une vendetta personnelle demeure une inévitable dérive immorale.


En alternant l'investigation policière et l'action expéditive, Un Justicier dans la ville redouble d'efficience et d'audace à illustrer un polar brutal conçu sur une vengeance putassière. De manière évidente, Michael Winner s'interroge aussi sur le constat d'échec d'une police laxiste face à une criminalité galopante trop souvent impunie. Magnétique et impassible, Charles Bronson explose l'écran et iconise son rôle ambigu de justicier réac avec une éthique avilissante. 

28.08.13. 3èx
Bruno Matéï

mardi 27 août 2013

LE LABYRINTHE DE PAN (El laberinto del fauno)

                                                Photo empruntée sur Google, appartenant au site locecine.info

de Guillermo Del Toro. 2006. Espagne/Mexique. 1h59. Avec Ivana Baquero, Doug Jones, Sergi Lopez, Maribel Verdu, Ariadna Gil, Alex Angulo.

Sortie salles France: 1er Novembre 2006. Espagne: 11 Octobre 2006. Cannes: 27 Mai 2006

Récompenses: Oscars de la meilleure Photographie, Meilleure Direction Artistique et Meilleurs Maquillages, 2006.
Meilleur Film et Meilleur Acteur (Sergi Lopez) à Fantasporto, 2007
Meilleur Film International, Meilleure jeune Actrice, Ivana Baquero, au Saturn Awards, 2007
Meilleur Film au NSFC Awards, 2007
Meilleur Long-métrage au Prix Hugo, 2007

FILMOGRAPHIE: Guillermo Del Toro est un réalisateur, scénariste, romancier et producteur américain, né le 9 Octobre 1964 à Guadalajara (Jalisco, Mexique).
1993: Cronos. 1997: Mimic. 2001: l'Echine du Diable. 2002: Blade 2. 2004: Hellboy. 2006: Le Labyrinthe de Pan. 2008: Hellboy 2. 2013: Pacific Rim.


Deux ans après l'adaptation du Comic Hellboy, Guillermo Del Toro renoue avec le fantastique intimiste qu'il avait préalablement abordé dans l'Echine du Diable sous un contexte politique franquiste. Conte onirique et drame de guerre ne cessent de se télescoper dans Le Labyrinthe de Pan avec une verdeur qui en aura brusqué plus d'un ! La faute en incombe notamment à l'aspect onirique de son affiche publicitaire suggérant une aventure fantastique éludée de violence acerbe. A contrario, Guillermo Del Toro n'y va pas avec le dos de la cuillère pour dénoncer les horreurs du fascisme durant la guerre d'Espagne à tel point que le film s'avère constamment éprouvant, surtout devant le témoignage d'une môme désabusée. A travers ses yeux de rêveuse et afin de fuir la violence qui l'entoure, le réalisateur nous évade dans son monde onirique avec l'entremise de créatures hybrides sorties des contes obscurs. Avec sa fille Ofelia, Carmen part rejoindre l'armée de son mari tyrannique, le capitaine Vidal. Pour fuir la réalité d'une guerre sanglante et impitoyable auquel des résistants tentent de pourchasser Vidal et en attendant que sa mère enceinte se rétablisse, Ofelia se réfugie dans les contes de fée sous l'entremise d'un insecte. Avec l'étrange compagnie d'un faune, elle va devoir tenter de retrouver le labyrinthe lui permettant de se réincarner en princesse. Mais la condition est rude, sacrifier la vie de son futur petit frère afin de pouvoir bénéficier de la vie éternelle dans le monde souterrain ! 


Avec originalité et ambition personnelle, Guillermo Del Toro juxtapose ici l'aventure onirico-spirituelle et le drame cruel des exactions belliqueuses afin d'établir un contraste entre la chimère du rêve et la réalité d'une guerre sanguinaire. Pourvu d'un esthétisme flamboyant (le monde souterrain, le bois insolite habitée par des créatures hétérogènes) et ténébreux (le campement forestier de Vidal et l'isolement des prisonniers régi au sein d'une grange), Le Labyrinthe de Pan fait appel à l'imaginaire d'une fillette candide, désespérément esseulée d'un monde tyrannique où le fascisme tente d'inculquer son éthique (l'inégalité des ethnies pour valoriser la prépondérance de leur état). Avec l'apparition inédite de créatures difformes étonnamment expressives, nous allons suivre son cheminement fantasque avec une émotion endeuillée. Dans le sens où Guillermo Del Toro s'attache à retranscrire en parallèle les horreurs de la guerre sous le témoignage de partisans sévèrement molestés et d'une mère enceinte en perdition. Sans faire preuve d'indulgence, il souhaite nous ébranler pour dénoncer la barbarie du fascisme devant l'attestation de la maternité et de l'enfance galvaudée. Les scènes de violence frontale ou de tortures infligées dérangent et incommodent le spectateur avec une véracité nauséeuse pour mettre en exergue l'iniquité du sacrifice impartie aux souffre-douleur de la résistance. Alors que dehors, non loin d'une forêt insolite, Ofélia tente de rejoindre un monde souterrain où toutes formes de souffrance et de douleur en ont été bannies. Il en émane une émotion bouleversante par tant de sévice infligée mais aussi un lyrisme désespéré à tenter de nous réconforter avec la destinée enchanteresse d'Ofelia. 


Soutenu par l'inoubliable partition élégiaque de Javier Navarrete, le Labyrinthe de Pan fait office de chef-d'oeuvre du fantastique transgressif par son alliage peu commun d'horreur pure et de fantaisie féerique. La puissance émotionnelle qui émane de son lyrisme désenchanté et la verdeur autorisée à sa cruauté intolérable nous laisse dans un état de collapse. Une oeuvre dure et inconfortable mais saisissante de beauté métaphorique, car contrebalancée par une poésie libératrice où le sens du sacrifice prend toute sa dignité. 

27.08.13. 2èx
Bruno Matéï


lundi 26 août 2013

UN ELEVE DOUE (Apt Pupil)

                                                  Photo empruntée sur Google, appartenant au site dl-more.eu

de Bryan Singer. 1998. U.S.A/France. 1h50. Avec Brad Renfro, Ian McKellen, David Schwimmer, Ann Dowd, Bruce Davison, Elias Koteas, Joe Morton.

Sortie salles France: 20 Janvier 1999. U.S: 23 Octobre 1998

FILMOGRAPHIE: Brian Singer est un réalisateur et producteur américain, né le 17 Septembre 1965 à New-York aux Etats-Unis.
1993: Ennemi Public. 1995: Usual Suspects. 1998: Un Elève Doué. 2000: X Men. 2003: X Men 2. 2006: Superman Returns. 2009: Walkyrie. 2013: Jack, le Chasseur de Géants. 2014: X Men: Days of Future Past.


Trois ans après Usual Suspect, Brian Singer s'entreprend d'adapter une nouvelle de Stephen King (Différentes Saisons) pour retracer l'itinéraire sulfureux d'un jeune adolescent, fasciné par le Mal chez un ancien criminel de guerre. Son échec commercial et les critiques mitigées lors de sa sortie sont sans doute à reporter sur l'ambiguïté de son scénario couillu, le rapport masochiste qu'entretiennent les deux antagonistes et le climat malsain que Brian Singer distille sans complexe autour de leurs faits et gestes. Qui plus est, pour renforcer le malaise diffus, il ne décide à aucun moment de les juger et ne fait qu'explorer leur cheminement d'une conscience vénale subordonnée à l'arrivisme et la prépondérance. En situation inconfortable, le spectateur se sent d'autant plus complice et voyeur d'un duel psychologique intimement partagé avec deux monstres érudits.


Thriller psychologique austère par le rendu de son ambiance implacable, Un Elève Doué nous fait partager l'intimité d'un ancien criminel nazi, Kurt Dussander, contraint de collaborer avec l'un de ses jeunes voisins pour lui dévoiler le détail de ses exactions meurtrières durant le génocide juif. Fasciné par le Mal et la mort, Todd est un brillant étudiant ayant réussi après moult investigations personnelles à débusquer le visage de cet authentique monstre nazi. Il décide donc de le faire chanter afin de mieux connaître l'idéologie du meurtre et de la cruauté.
Dominé par les prestations autoritaires de l'illustre Ian McKellen et du jeune Brad Renfro (au jeu naturel terrifiant d'impassibilité !), Un Elève Difficile traite donc de l'influence du Mal par l'entremise d'un ancien bourreau SS. Cette relation singulière que le jeune Todd va entretenir avec son ascendant va peu à peu le plonger dans les racines du Mal et le déshumaniser de son entourage (échec scolaire, repli sur lui même et relation sentimentale amorphe). Mais leur liaison bâtie sur le mensonge, le chantage, la trahison et la manipulation est surtout un jeu d'asservissement pour la quête d'une domination individuelle et au final, une prémunition pour leur culpabilité !


Né pour tuer
Hermétique par l'aura de souffre qui se dégage de son climat malsain et sa déviance psychologique, Un Elève Doué provoque un malaise tangible durant cette rivalité de perversion entre deux générations distinctes. Porté à bout de bras par le couple Ian McKellen / Brad Renfro, leur confrontation intense nous dirige vers une réflexion sur la contagion du Mal, le désir de soumission et l'instinct cruel régi par la mégalomanie de l'homme. 

26.08.13. 2èx
Bruno Matéï





vendredi 23 août 2013

THE CONJURING

                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site comingsoon.net

de James Wan. 2013. U.S.A. 1h52. Avec Vera Farmiga, Patrick Wilson, Lili Taylor, Ron Livingston, Mackenzie Foy, Shannon Kook-Chun, Joey King, Hayley McFarland.

Sortie salles France: 21 Août 2013. U.S: 19 Juillet 2013

FILMOGRAPHIEJames Wan est un producteur, réalisateur et scénariste australien né le 27 Février 1977 à Kuching (Malaisie), avant de déménager à Perth (Australie).
2004: Saw, 2007: Dead Silence, Death Sentence, 2010: Insidious. 2013: The Conjuring. 2013: Insidious 2.


Trois ans après l'épatant Insidious, déclinaison à peine déguisée de Poltergeist, James Wan renoue avec l'épouvante académique des esprits frappeurs et de la possession en rendant hommage cette fois-ci à Amityville et l'Exorciste (foi catholique à l'appui !). Précédé d'une réputation notable avant même sa sortie, The Conjuring est érigé sur un potentiel fait divers raconté par les enquêteurs du surnaturel, Ed et Lorraine Warren. Ce couple de chasseurs de fantômes est aujourd'hui contraint de prêter main forte à un couple et leurs enfants, pris à partie avec une entité diabolique dans leur nouvelle bâtisse poussiéreuse. Ce pitch symptomatique du thème de la hantise emprunte ici tous les clichés rebattus aux classiques du genre et aux Dtv de fond de tiroir. Seulement voilà, James Wan étant féru de films de demeure hantée et de possession démoniaque, il les connaît sur le bout des ongles et s'évertue de façon circonspecte à renouveler la trouille au cinéma. A l'instar du trépidant train fantôme Insidious, s'il n'hésite pas à déballer l'artillerie lourde de vieilles ficelles convenues, il va à nouveau affiner son savoir-faire technique pour provoquer les affres de la peur ! En l'occurrence, cette nouvelle mouture concoctée avec une vieille formule (même l'époque se focalise sur la période des seventies !) fonctionne à tel point que nous sommes persuadés que la demeure du couple Perron est habitée par le diable ! La peur irrépressible du noir, une porte qui grince ou qui claque, un saut dans le vide, trois claps de mains, un placard mesquin, des volatiles suicidaires, une poupée sardonique, une cave mortuaire et surtout, surtout, une entité maléfique que l'on redoute à sa prochaine résurgence !


Pour parfaire son intrigue surnaturelle parsemée de jump scares techniquement adroits (avec une impeccable gestion de l'attente préalablement distillée !) et rebondissements cinglants, James Wan prend d'abord soin de nous familiariser avec la vie conjugale des Perron mais aussi celle des Warren. Il entretient une inévitable empathie auprès de cette famille sévèrement molestée par le surnaturel, et peaufine en parallèle les rapports amoureux qui unissent le couple Warren. Cette étude de caractère est d'autant mieux retranscrite par la sobriété de chacun des comédiens qu'ils sont épris d'une fragilité émotive (les enfants persécutés sont sur ce point admirables de vérité prude). A tel point que l'on se surprend à éprouver une émotion poignante vers l'issue de leur destin. Au caractère crédible des personnages s'ajoute un argument informatif en la personne des Warren. Avec force et détails, James Wan prend soin de crédibiliser leur situation professionnelle avec un aspect parfois documentaire (images et vidéos d'archive à l'appui) et aussi une conviction spirituelle en leur foi catholique. Leur manière d'élucider le vrai du faux dans les affaires de possession ou de hantise, leur solidarité mutuelle pour résister aux forces imparables du Mal et surtout leur connaissance dans le domaine des affaires inexpliquées renforcent l'aspect érudit de leur profession. Jusque dans leur tanière où ont été prudemment regroupés dans une pièce secrète tous les objets maléfiques qu'ils ont pu récupérer chez autrui. Si la première heure sait habilement doser la suggestion d'une angoisse latente et une montée grandissante du suspense jusqu'au fameux rebond fortuit, la suite des vicissitudes s'avère de plus en plus spectaculaire, intense et éprouvante. A l'image de sa seconde partie orientée vers le thème de la démonologie avec l'improvisation d'un exorcisme fébrile aux visions d'effroi.


Avec la densité de ces personnages, James Wan accomplit avec The Conjuring un film d'épouvante rigoureusement efficace, affolant et maîtrisé (plan séquence d'ouverture, travellings aériens, cadrages alambiqués) en exploitant à merveille les sombres recoins d'une demeure gothique. Mais surtout, il invoque par intermittence des moments de peur tangible renforcés par un effet de surprise aléatoire sans une quelconque esbroufe sanguinolente. Car ici, on ne sait jamais dans quel cadre de la pièce la prochaine attaque aura lieu ni qui en sera la future victime ! Conçu comme un train fantôme, The Conjuring n'est donc pas vendu sur une vacuité mercantile pour tenir honorablement ses promesses de peur diffuse. On pardonne donc aisément son florilège de situations redondantes et l'aspect purement orthodoxe de son scénario.

La Chronique de The Conjuring 2: http://brunomatei.blogspot.fr/…/conjuring-2-le-cas-endfield…

24.08.13 (232)
20.06.16


                                       

DEAD SILENCE

                                               Photo empruntée sur Google, appartenant au site screen-play.fr

de James Wan. 2007. U.S.A. 1h31. Avec Ryan Kwanten, Amber Valleta, Donnie Wahlberg, Michael Fairman, Joan Heney, Bob Gunton, Laura Regan.
Sortie salles France: 21 Novembre 2007. U.S: 16 Mars 2007

FILMOGRAPHIE: James Wan est un producteur, réalisateur et scénariste australien né le 27 Février 1977 à Kuching (Malaisie), avant de déménager à Perth (Australie).
2004: Saw, 2007: Dead Silence, Death Sentence, 2010: Insidious. 2013: The Conjuring. 2013: Insidious 2.


Au 6è siècle avant J.-C., on croyait que les esprits des morts parlaient du ventre des vivants. 
Des mots latins VENTER: "ventre" et LOQUI: "parler" vient le mot VENTRILOQUE (ventriloquist)

Trois ans après le cultissime Saw, James Wan continue d'exploiter le filon horrifique pour rendre hommage cette fois-ci au conte d'épouvante avec Dead Silence. Un titre tout à fait judicieux puisqu'ici les victimes ne doivent pas exclamer le moindre cri avant de mourir mais plutôt garder le silence afin d'y survivre ! Après avoir été livré d'un colis anonyme comprenant une poupée, un couple est l'objet d'une diabolique machination. Avec la mort inexpliquée de sa femme, découverte la langue arrachée, Jamie Nash décide de mener sa propre enquête afin d'élucider ce meurtre. Son investigation le ramène dans son pays natal où le fantôme d'une certaine Mary Shaw semble terroriser la population. 


Le premier éloge que l'on peut concéder au nouveau prodige de l'horreur, c'est le soin esthétique imparti à sa scénographie gothique d'un raffinement classieux. Pourvu d'une photo désaturée contrastant avec un rouge rutilant, Dead Silence est un éblouissement pour les yeux tant James Wan sait peaufiner ses cadres dans un environnement nocturne avec une ambition picturale. Que ce soit au sein d'un amphithéâtre flambant neuf ou réduit à l'abandon, en interne d'un cimetière diaphane, d'une bâtisse architecturale ou d'un village fantôme. Cet atmosphère séculaire d'une épouvante gothico-onirique nous fascine d'autant plus que son pitch sait utiliser de bonnes vieilles ficelles pour réinventer l'angoisse (la peur du noir et du mutisme) sous l'entremise d'une mégère décatie accoutrée d'une poupée sardonique. A l'image de son prologue terrifiant, James Wan élabore un montage adroit pour distiller l'appréhension d'un danger indécis et exploite judicieusement un travail sur le son des plus acerbes. En jouant sur la peur enfantine d'une poupée impassible, le réalisateur déclare son affection à ces automates étrangement hagards, ici pourvus d'une entité démoniaque par l'entremise du fantôme revanchard. Avec une certaine originalité, il emprunte l'idée du spectre maudit sous l'apparence d'une sexagénaire hargneuse, délibérée à consigner les enfants insolents pour leur trancher la langue. Si Dead Silence est efficacement pensé pour rendre hommage à une épouvante archaïque, on n'en dira pas tant de son épilogue complètement dérisoire. Un rebondissement inutile surfant maladroitement sur l'effet de stupeur précédemment invoqué dans Saw, car sensé provoquer chez le spectateur un effet de stupeur ébouriffant !


Efficacement troussé dans une intrigue captivante et jalonné de moments parfois terrifiants (son préambule meurtrier, les diverses apparitions de Mary Shaw, la 1ère représentation théâtrale de Billy devant un public incommodé, le final confiné derrière la tribune poussiéreuse), Dead Silence sait jouer de dérision macabre et de soin formel pour contredire les sentiments anxiogènes du silence pesant et du cri horrifiant !

23.08.13. 3èx
Bruno Matéï

jeudi 22 août 2013

TONNERRE DE FEU (Blue Thunder)

                                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

de John Badham. 1983. U.S.A. 1h49. Avec Roy Scheider, Warren Oates, Candy Clark, Daniel Stern, Paul Roebling, David Sheiner, Joe Santos, Malcolm McDowell.

Sortie salles France: 17 Août 1983. U.S: 13 Mai 1983

FILMOGRAPHIE: John Badham est un réalisateur et producteur britannique, né le 25 Août 1939 à Luton.
1976: Bingo. 1977: La Fièvre du samedi soir. 1979: Dracula. 1981: C'est ma vie après tout. 1983: Tonnerre de feu. 1983: Wargames. 1985: Le Prix de l'exploit. 1986: Short Circuit. 1987: Etroite Surveillance. 1990: Comme un oiseau sur la branche. 1991: La Manière Forte. 1992: Nom de code: Nina. 1993: Indiscrétion Assurée. 1994: Drop Zone. 1995: Meurtre en suspens. 1997: Incognito. 1998: Road Movie.

"IL" EST LA...
Pilotant l'arme la plus redoutable jamais conçue...
Le "TONNERRE DE FEU" !
En son pouvoir, une caméra infra rouge voit au travers des murs de votre chambre.
Un micro enregistre toutes vos conversations intimes.
Et un canon électronique, magnum de 20 mm à six barillets, peut transformer votre quartier en un véritable enfer d'apocalypse.
Il vole, LA, juste au dessus de vous !
Et SEUL, un homme peut l'empêcher d'être utilisé contre vous.



Réalisé par un briscard du cinéma de genre, Tonnerre de Feu fit grand bruit lors de sa sortie en salles en 1983 pour la facture ultra spectaculaire de son action explosive et l'idée singulière d'un appareil de filature façonné pour l'espionnage. D'après un scénario de Dan O'Bannon, le film s'approprie d'un argument d'anticipation afin de mettre en garde les dérives des technologies modernes et les nouveaux procédés de surveillance à distance. En l'occurrence, John Badham imagine la conception révolutionnaire du Blue Thunder (en français: tonnerre bleue !). Un hélicoptère ultra perfectionné apte à espionner par caméra infrarouge à travers les murs, écouter et enregistrer les conversations indiscrètes à l'aide d'un micro, et tirer à canon électronique sur n'importe quelle cible. Cette arme ultra moderne étant principalement conçue pour mieux déjouer la violence urbaine et le terrorisme de grande ampleur à l'approche des jeux olympiques. Suite à l'agression meurtrière d'une militante contre la délinquance, l'officier Frank Murphy va découvrir que cet assassinat avait été prémédité par des dirigeants policiers et magistrats afin de vanter l'efficacité novatrice du Blue Thunder. Conscient de son utilisation illicite, Frank décide de dérober l'appareil et tente de dévoiler aux médias une conspiration politique.


Avec sa mise en scène virtuose déployant des séquences homériques au souffle épique, Tonnerre de Feu coiffe au poteau la plupart des films d'action entrepris durant la décennie 80. Et il faudra attendre le maître étalon du genre, Die Hard de John Mc Tiernan pour retrouver une telle efficacité narrative et surtout une ampleur visuelle décoiffante imputée à sa pyrotechnie. Avec la présence attachante de trois gueules burinées invétérées (Roy Scheider magnétise l'écran avec son traditionnel charme viril, Warren Oates lui donne la réplique avec retenue et Malcolm McDowell excelle à les provoquer dans celui d'un traître sarcastique !), John Badham possède un don inné pour élaborer un spectacle attractif à partir d'une réflexion alarmiste sur la vidéosurveillance. Car il faut bien le dire, l'aspect fascinant de son argument en revient tout autant à la star charismatique du "Blue Thunder", engin aérien pourvu de gadgets indécents afin de prôner l'institution du "big brother". Il faut le voir se faufiler entre les buildings des cités urbaines pour contrecarrer moult poursuites endiablées parmi des avions de chasse ! A cet égard, durant ces 45 ultimes minutes, John Badham nous peaufine assidûment un spectacle ahurissant de haute voltige à la technicité fluide (looping à l'appui !). C'est simple, nous sommes véritablement immergés dans la peau d'un pilote d'aéronef survolant en plein ciel sa trajectoire avec la souplesse d'une action virevoltante (chassés croisés avec rivaux qualifiés pourchassant Murphy à l'aide de missiles orientés vers des tours d'immeubles !).


D'une efficacité optimale dans sa structure narrative et formelle, Tonnerre de Feu transcende le cinéma d'action sans effets de fioriture ni surenchère sous le pilier d'un appareil de sécurité anti-terroriste apte à violer notre vie privée par le biais de dissidents. Jouissif en diable, il reste un grand spectacle de virtuosité technique au réalisme rigoureux et à la thématique visionnaire. 

22.08.13. 3èx
BM

mercredi 21 août 2013

THIRTEEN. Prix de la mise en scène à Sundance. Prix du Jury à Deauville.

                                        Photo empruntée sur Google, appartenant au site moviepostershop.com

de Catherine Hardwicke. 2003. U.S.A. 1h35. Avec Holly Hunter, Evan Rachel Wood, Nikki Reed, Jeremy Sisto, Brady Corbet, Kip Pardue, deborah Kara Unger.

Sortie salles France: 10 Décembre 2003. U.S: 21 Août 2003

RécompensesPrix de la mise en scène au Festival de Sundance.
Léopard d’argent au Festival de Locarno, 2003.
Prix du jury au Festival du cinéma américain de Deauville.
Prix spécial décerné à Evan Rachel Wood pour sa prestation dans le film en 2003 au Bratislava International Film Festival

FILMOGRAPHIE:  Catherine Hardwicke est une réalisatrice, scénariste et chef décoratrice américaine, né en 1955 à Cameron (Texas, Etats-Unis).
2003: Thirteen. 2005: Les Seigneurs de Dogtown. 2006: La Nativité. 2008: Twilight, chapitre 1. 2011: Le Chaperon Rouge. 2012: Plush.


Pour son premier long-métrage, la future réalisatrice du 1er tome de Twilight a entrepris avec Thirteen un véritable coup de maître pour autopsier l'adolescence en perdition devant une éducation parentale en perte de vitesse.

A cause d'une mauvaise influence, une jeune collégienne de 13 ans sombre dans la marginalité et la drogue devant l'impuissance de sa mère. 


Filmé à l'arraché dans un souci documentaire, Thirteen est une oeuvre forte d'une fragilité acerbe pour souligner le malaise existentiel d'une jeune adolescente prise au piège de la mauvaise influence d'une camarade de lycée. A eux deux, elles décident de former un tandem d'allumeuses impertinentes pour draguer les beaux mâles du quartier et n'auront de cesse de se livrer à une vie délinquante en commettant divers larcins dans les boutiques friquées. Tatouages et piercings imprimés sur leur corps dans des tenues vestimentaires aguichantes, les nouvelles égéries lycéennes s'entreprennent de brûler leur vie sous l'influence du sexe, de la drogue et de l'alcool !
Devant le laxisme d'une mère aimante et attendrissante, sa fille Tracy en profite pour dicter sa loi et sa rébellion mais ne peut refréner ses scarifications commises sur son poignet, faute d'un malaise existentiel toujours plus ingérable et du manque affectif d'un paternel inexistant. Dépassée par les évènements, la mère démunie éprouve une impuissance grandissante à tenter de renouer les liens familiaux.
Sans misérabilisme ni pathos, Catherine Hardwicke suit la pénible dérive de cette mère et la descente aux enfers de ces deux adolescentes avec un souci de réalisme ardu pour mettre en exergue la responsabilité parentale auquel l'éducation semble bannie de sa notion enseignante.    
Si Thirteen s'avère aussi froid et bouleversant, il le doit notamment au talent de ces comédiennes d'une justesse confondante. Pour incarner une mère instable desservie par un récent divorce, Holly Hunter apporte une gracile dimension humaine pour tenter de raisonner sa fille plongée dans la spirale de l'insouciance. Pétillante d'énergie mais aussi démunie par sa fragilité morale, Evan Rachel Wood insuffle une contrariété latente vibrante de vérité pour retranscrire son désarroi existentiel d'une crise adolescente devant l'influence néfaste de son acolyte. Nikki Reed lui partage donc la vedette avec sournoiserie et désinvolture pour souligner le caractère inconscient d'une allumeuse dévergondée.


Moi, Tracy F... 13 ans, droguée et scarifiée
Ovationné et récompensé dans divers festivals, Thirteen marche sur les traces d'un Larry Clark pour mettre en relief le difficile cap de l'adolescence (en l'occurrence, du point de vue féminin !), compromis entre la fascination de l'interdit, le désir d'émancipation et l'influence des mauvaises fréquentations. Il en ressort une oeuvre bouleversante faisant office de véritable documentaire pour souligner l'introspection douloureuse d'une adolescente en crise existentielle, tout en s'attardant sur la remise en question de la responsabilité parentale. 

21.08.13. 2èx
Bruno Matéï

mardi 20 août 2013

TRAUMA (Burnt Offerings)

                                                      Photo empruntée sur Google, appartenant au site t411.me

de Dan Curtis. 1976. U.S.A. 2h00. Avec Oliver Reed, Karen Black, Burgess Meredith, Bette Davis, Dub Taylor, Lee Montgomery, Eileen Heckart.

Sortie salles U.S: 25 Août 1976 (avant première). 18 Octobre 1976. Inédit en salles en France.

DistinctionsPrix du meilleur film d'horreur, meilleur réalisateur et meilleur second rôle féminin pour Bette Davis, par l'Académie des films de science-fiction, fantastique et horreur en 1977.
Prix du meilleur réalisateur, meilleur acteur pour Burgess Meredith et meilleure actrice pour Karen Black, lors du Festival international du film de Catalogne en 1977.

FILMOGRAPHIE: Dan Curtis est un producteur, scénariste et réalisateur américain, né le 12 Août 1927 à Bridgeport, Connecticut (Etats-Unis), décédé le 27 mars 2006 à Brentwood (Californie).
1966: Dark Shadows (série TV). 1970: La Fiancée du Vampire. 1971: Night of dark shadows. 1973: Dracula. 1973: The Night Strangler (télé-film). 1975: La Poupée de la Terreur. 1976: Trauma. 1977: Dead of Night. 1977: La Malédiction de la veuve noire (télé-film). 1992: Intruders (télé-film). 1996: La Poupée de la terreur 2 (télé-film).


La Maison du Diable, l'Emprise, l'Enfant du Diable, les Innocents, Next of Kin, la Maison des Damnés, Shining, le Cercle Infernal... Des chefs-d'oeuvre immuables ayant tous comme particularité d'avoir su provoquer la peur de la maison hantée avec l'intelligente maîtrise du pouvoir de suggestion. En attendant le nouveau phénomène factuel, The Conjuring, retour sur un joyau du film de hantise tout aussi prégnant que ces illustres homologues ! Pour un coût dérisoire, un couple, leur fils et une tante emménagent dans une vaste bâtisse durant les congés d'été. Leur seule condition et de devoir s'occuper d'une octogénaire, propriétaire esseulée de la maison logée à une des chambres de l'étage. Peu à peu, d'étranges incidents vont venir ébranler la tranquillité de la famille Rolfe. 


Score monocorde aux accents lourds et ombrageux, cadre bucolique d'une résidence séculaire implantée à proximité d'un bois, Trauma insuffle dès son prélude traditionnel une atmosphère d'étrangeté fiévreuse par son climat ensoleillé. En jouant la carte du mystère régi autour d'une chambre close auquel une étrange octogénaire s'y est blottie pour ne jamais en sortir, Dan Curtis conçoit le plus oppressant des cauchemars surnaturels sous l'allégeance d'une maison maudite. Sans jamais entrevoir l'ombre de cette propriétaire décatie, le réalisateur va entretenir une montée en puissance du suspense jusqu'au climax tétanisant, vision de cauchemar anthologique restée dans les annales de l'effroi ! Entre-temps, Dan Curtis aura pris soin de nous peaufiner l'étude caractérielle de ses personnages, lourdement éprouvés par une succession d'incidents inexpliqués ! Sans jamais avoir recours à l'esbroufe d'effets chocs gratuits ou de gore qui tâche, Trauma redouble d'efficacité dans son esprit de suggestion dédié à la psychologie contrariée de ces personnages. Des protagonistes parfaitement attachants dans leur solidarité familiale mais si faillibles et humainement meurtris, puisque mutuellement "possédés" par l'esprit diabolique d'une maison protéiforme. Dans le sens où cette demeure vintage semble désirer se ravitailler du fluide anxiogène de ses occupants et apprivoiser une "mère porteuse" afin de se régénérer pour la pérennité. Avec le témoignage probant de comédiens habités par une prestance aigrie, Trauma insuffle un sentiment d'insécurité permanent auprès de ces occupants, jusqu'à venir déteindre sur l'anxiété du spectateur. Habité par l'accablement, Oliver Reed incarne avec fébrilité un paternel aimant totalement dépassé par des incidents domestiques imbitables et surtout rongé par une dépression fluctuante. Dans celui du jeune fils sévèrement molesté par ce dernier et l'entité de la demeure, Lee Montgomery endosse avec sobriété celui d'un adolescent fragile en perte de repère paternelle. L'immense Bette Davis expose un jeu volontairement sclérosé dans sa pathologie dégénérative, tandis que l'inoubliable Karen Black insuffle une obsession ambivalente pour mettre en évidence sa maternité attendrissante, partagée entre l'amour de sa famille et sa nouvelle demeure. 


Derrière la porte, quelque chose vit...
Emaillé de séquences chocs implacables (les apparitions du chauffeur au rictus dérangé, la mort sacrificielle de la tante, l'attaque des arbres qu'un certain Sam Raimi reprendra dans son fameux Evil-dead !), voir éprouvantes (l'agression de Ben envers son fils dans la piscine, puis un peu plus tard, l'autre tentative de noyade perpétrée sur ce dernier par une force maléfique !), Trauma culmine son apothéose dans un final nihiliste à la violence déchaînée. L'aura trouble et persistante qui émane des pièces de la demeure, l'intensité oppressante de son climat dépressif et l'originalité audacieuse de son intrigue charpentée confinent la série B vers la clef de voûte du genre !

Dédicace à Christophe Colpaert (pour l'offrande de sa précieuse vostf !) et Gérard Giacomini
20.08.13. 6èx
Bruno Matéï

lundi 19 août 2013

THE WOODS

                                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site chuckpalahniuk.net

de Lucky McKee. 2006. U.S.A. 1h30. Avec Agnes Bruckner, Patricia Clarkson, Rachel Nichols, Lauren Birkell, Bruce Campbell, Emma Campbell, Marcia Bennett.

Sortie salles Amsterdam: 24 Avril 2006. Canada: 3 octobre 2006

FILMOGRAPHIELucky Mc Kee est un réalisateur américain né le 1er Novembre 1975 à Jenny Lind (Californie).
2002: All Cheerleaders Die (court). May.
2006: Master of Horror (un épisode). The Woods
2008: Red. Blue Like You.
2011: The Woman.


Tout le monde attendait au tournant le second film de Luckee McKee, réalisateur néophyte nous ayant préalablement offert un coup de maître avec son poème noir, May. Inédit en salles dans nos contrées, The Woods renoue avec la tradition du fantastique vintage. C'est à dire en privilégiant ici une atmosphère d'étrangeté tangible et l'étude caractérielle d'antagonistes particulièrement hostiles.

En 1965, sous l'allégeance de ses parents autoritaires, une jeune fille est envoyée dans un pensionnat. Au sein de l'institut, d'étranges disparitions surviennent auprès de certaines pensionnaires, et la forêt située à proximité semble habitée par une présence maléfique.  


Joliment photographié et superbement éclairé de clairs-obscurs pastels, Lucky McKee nous illustre un conte horrifique légèrement influencé par Suspiria (la hiérarchie castratrice des 3 sorcières, la scénographie inquiétante d'un établissement scolaire exclusivement féminin, le cheminement tortueux de l'héroïne impliquée dans des disparitions meurtrières) mais pourvu d'une ambition personnelle dans sa thématique du sortilège. L'aspect fascinant et onirique qui en émane est prioritairement dû à l'esthétisme ténébreux de sa forêt hostile et de son internat régi par l'autorité d'institutrices perfides. Sur ce dernier point, le réalisateur a scrupuleusement choisi de recruter trois comédiennes au charisme terriblement expressif. Des sexagénaires longilignes tout en élégance hautaine vouées à sacrifier de jeunes internes au nom d'une divinité végétale.
Porté à bout de bras par la prestance renfrognée de la jeune Agnes Bruckner, The Woods nous décrit son cheminement indécis parmi l'amitié d'une souffre-douleur, la tyrannie d'une élève égotiste et la soumission de ses enseignantes impétueuses. Sujette à un don extralucide dans ses songes nocturnes et d'un pouvoir inexpliqué (comme cette capacité surnaturelle de la lévitation des objets), notre jeune pensionnaire semble peu à peu se compromettre aux rites diaboliques d'une étrange communauté !
Si le film s'avère tour à tour inquiétant, palpable et sait faire preuve d'intensité dans les incidents décrits, il est cependant loin de renouer avec les ambitions émotionnelles de May. Fautes à un montage désordonné un peu maladroit et surtout à un final bâclé beaucoup trop vite expédié.


Si The Woods aurait gagné à être beaucoup plus persuasif dans son point d'orgue concis, il ne manquait pas de captiver par son intrigue à suspense bâtie sur la photogénie d'une forêt belliqueuse et de sorcières invocatrices. L'attrait visuel de cet environnement crépusculaire, le caractère attachant de la très convaincante Agnes Bruckner et l'utilisation judicieuse de sa partition chorale les hissent bien au dessus de l'habituel DTV de consommation. 

19.08.13. 2èx
Bruno Matéï

mercredi 14 août 2013

LA PROMISE (The Bride)

                                               Photo empruntée sur Google, appartenant au site flickfacts.com

de Franc Roddam. 1985. Angleterre. 1h58. Avec Sting, Jennifer Beals, Anthony Higgins, Clancy Brown, David Rappaport, Geraldine Page, Cary Elwes.

Sortie salles France: 4 Septembre 1985. U.S: 16 Août 1985

FILMOGRAPHIE: Franc Roddam est un réalisateur, scénariste et producteur anglais, né le 29 Avril 1946
1977: Dummy (télé-film). 1979: Quadrophenia. 1983: La Loi des Seigneurs. 1985: La Promise. 1988: War Party. 1991: K2, l'ultime défi.


Nouvelle variante de la Fiancée de Frankenstein, la Promise est un conte romantique resté dans l'oubli depuis sa sortie au milieu des années 80. Avec, en têtes d'affiche, le chanteur Sting et la débutante Jennifer Beals (révélée 2 ans au préalable dans Flashdance), il y avait de quoi rester dubitatif à l'annonce de cette réactualisation d'un des plus célèbres mythes de l'épouvante. Pourtant, avec une ambition esthétique et une volonté narrative de se démarquer du roman de Mary Shelley, le britannique Franc Roddam réalise un joli conte fantastique particulièrement attachant autour de ces protagonistes molestés.

Alors que le baron Frankenstein vient de créer une compagne pour sa créature, une violente altercation s'ensuit entre les deux hommes suite à une trahison. Durant cette confrontation, un incendie se propage au sein du laboratoire permettant à la créature de s'échapper dans la nature. Sur son chemin bucolique, il sympathise avec un nain avec qui il décide de collaborer pour pouvoir travailler dans un cirque. Pendant ce temps, la promise découvre les joies de l'existence et s'éduque auprès des enseignements du docteur. Mais un jeune dom Juan commence à s'intéresser à cette jolie inconnue venue de nulle part. 



Photo éclatante, costumes élégants, décors d'architecture grandioses régis autour d'une nature verdoyante du Sud de la France, La Promise accuse déjà un soin formel pour nous séduire avec cette nouvelle confrontation entre un Baron condescendant et ses deux créatures modèles. Dans un premier temps, le réalisateur s'attache à nous décrire le cheminement hasardeux du monstre, rapidement épaulé d'un nain affable avec qui il va entamer une complicité amicale. Toutes les séquences où nos deux compagnons sont solidaires de leur confiance sont soigneusement illustrées avec un sens pittoresque et chaleureux (le feu de camp autour du poulet grillé, la beuverie dans l'auberge, les représentations du numéro de trapèze) mais aussi dramatique pour leurs mésaventures à venir (leur séparation prévisible s'avère poignante) avec un patron de cirque immoral.
En parallèle, nous suivons l'apprentissage d'Eve, la nouvelle créature entretenue par un Frankenstein enseignant, adepte d'une éducation inscrite dans l'indépendance féministe. Une idéologie contradictoire puisque le réalisateur nous caractérise ensuite un baron autoritaire particulièrement jaloux et terriblement possessif depuis qu'un don Juan a décidé de courtiser sa jeune promise. Dans ce rôle antagoniste, Sting s'emploie avec cynisme à exprimer ses sentiments orgueilleux dans une silhouette angélique hautaine (visage pastel et chevelure dorée). En créature soumise mais toujours plus frondeuse, Jennifer Beals s'approprie son rôle avec sobriété d'une sensualité immaculée et aborde un jeu contestataire pour défendre son autonomie existentielle. Enfin, le robuste Clancy Brown se camoufle sous l'apparence du monstre avec un maquillage modéré pour représenter sa physionomie discrètement difforme. La encore, on se laisse facilement convaincre de ses expressions dociles mises en valeur par un jeu de mime jamais ridicule.
Autour de ce trio, Franc Roddam nous brode un conte fantastique où la romance occupe une place de choix (la quête amoureuse et désespérée de la créature pour la promise) mais auquel l'autorité d'hommes égoïstes (le baron dictateur et le séducteur perfide) vont venir compromettre sa nature virginale. A la résolution finale, on s'étonne encore du happy-end prodigué par le réalisateur mais on approuve le souffle romantique (jamais sirupeux) impartie à deux créatures candides auquel l'apparence ne dispose plus d'atout majeur.


Soigneusement mis en scène (l'anthologie spectaculaire accordée au prélude !), visuellement poétique (la festivité du bal de confettis) et privilégié par la présence notable des comédiens, La Promise peut néanmoins déconcerter certains puristes réfractaires aux trahisons littéraires. Toutefois, on ne peut désapprouver la sincérité du réalisateur d'avoir su oser entreprendre un beau spectacle romantique voué aux valeurs nobles de l'amour et de la tolérance. 

14.08.13. 3èx
Bruno Matéï


mardi 13 août 2013

The last will and Testament of Rosalind Leigh

                                        Photo empruntée sur Google, appartenant au site solarvip.info

de Rodrigo Gudino. 2012. Canada. 1h24. Avec Aaron Poole, Vanessa Redgrave, Julian Richings, Stephen Eric McIntyre, Mitch Markowitz.

FILMOGRAPHIE: Rodrigo Gudino est un réalisateur, scénariste et producteur canadien. 
The last will and Testament of Rosalind Leigh est son premier long-métrage.


Première oeuvre de Rodrigo Gudino directement passée par la case "DTV", The last will and Testament of Rosalind Leigh risque sévèrement de diviser le cinéphile averti et d'ennuyer le public lambda par sa lenteur imposée auprès d'une ambiance latente dénuée d'artifices. 

Suite à l'héritage de sa mère récemment disparue, Léon se retrouve isolé dans sa vaste demeure remplie de sculptures divines. Rapidement, d'étranges évènements vont ébranler la tranquillité du nouvel hôte réfutant toute croyance religieuse. 


Sous le concept éculé d'un cas de hantise, ce petit essai indépendant n'a pas pour ambition de renouer aux traditionnelles apparitions fantomatiques à base d'effets-spéciaux spectaculaires et/ou de gore explicite. Le réalisateur préférant se focaliser sur l'aura spirituelle d'une demeure opaque et de nous y balader parmi la présence d'un non-croyant. Avec son rythme languissant quasi fastidieux, nombre de spectateurs risquent fort de décrocher l'expérience par son absence de surprises émanant d'un scénario linéaire uniquement inscrit dans la foi religieuse. Sous l'entremise d'un athée ayant préalablement abdiqué sa propre mère, le récit nous plonge dans une promenade existentielle auquel des esprits ont décidé de le narguer afin de tester sa rationalité. Esthétiquement soigné dans ses décors d'architecture et ses éclairages pastels et assidûment réalisé, The last will and Testament of Rosalind Leigh dégage un charme d'étrangeté où le poids du silence et de la solitude ont une place primordiale. Par intermittence, il faut aussi relever le côté horrifique de quelques rares apparitions monstrueuses provoquant une certaine appréhension dans leur physionomie indiscernable. Je parle bien sûr de la créature animale qui hante la forêt où celles qui ont réussi à s'engouffrer dans certaines pièces de la demeure.  
Néanmoins, pour apprécier à sa juste valeur cette oeuvre originale difficilement accessible mais pleine de bonnes intentions, il faut indubitablement s'y préparer et accepter sa monotonie perpétuelle pleinement assumée par un réalisateur en pleine réflexion mystique. Y'a t'il une vie après la mort ? l'âme y survit-elle ? Dieu est-il responsable de l'univers et notre entité corporelle ? 
Avec simplicité et sensibilité, The last will and Testament of Rosalind Leigh adopte une démarche personnelle pour tendre à prouver qu'il suffit de croire à son destin et aimer son prochain pour pouvoir perdurer après le trépas. 
Après cette expérience ésotérique avec les voix d'outre-tombe et notre questionnement sur la foi, le film se clôt sur un rebondissement inopiné chargé d'une mélancolie incurable. Véritable moment d'émotion d'une intensité toute fragile, le poème prend subitement une ampleur tragique pour mettre en exergue la douleur insurmontable de la solitude ATTENTION SPOILER !!! en relation avec une démission parentale FIN DU SPOILER. Avec le poids de ce twist soudainement révélé, le spectateur semble perdre pied avec la réalité (c'est à dire tout ce qu'il venait d'endurer avec Leon !) et tente de se remémorer son cheminement pour mieux comprendre les tenants et aboutissants du point de vue d'un autre témoin éloquent. 


Dieu e(s)t la solitude
Languissant et laborieux mais inévitablement étrange et fantasmatique, The last will and Testament of Rosalind Leigh ne pourra sans doute séduire que l'amateur de curiosité singulière pour peu qu'il ait été averti de son rythme ardu et de son absence de terreur escomptée. Sa réflexion spirituelle sur notre foi en l'au-delà et l'importance divine impartie à la reconnaissance de l'amour ne nous laissent pas indifférents et nous bouleversent avec l'accablement d'une conclusion funèbre !    

Dédicace au geek canadien indétrônable, Steven Lefrançois !
13.08.13
Bruno Matéï


lundi 12 août 2013

NO PAIN NO GAIN

                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site nopainnogain.fr

de Michael Bay. 2013. U.S.A. 2h09. Avec Mark Wahlberg, Dwayne Johnson, Anthony Mackie, Ed Harris, Tony Shalhoub, Ken Jeong, Rob Corddry.

Sortie salles France: 11 Septembre 2013. U.S: 26 Avril 2013

FILMOGRAPHIE: Michael Bay est un réalisateur et producteur américain, né le 17 Février 1965
1995: Bad Boys. 1996: Rock. 1998: Armageddon. 2001: Pearl Harbor. 2003: Bad Boys 2. 2005: The Island. 2007: Transformers. 2009: Transformers 2. 2011: Transformers 3. 2013: No Pain No Gain.


Ce sont les choses simples qui comptent dans la vie. Daniel voulait seulement être comme tout le monde. Tous ces gens qui veulent leur part du rêve américain.

"Tout ce que je voulais c'était avoir la même chose que tous les autres. Pas plus, mais pas les miettes que j'avais l'habitude d'avoir. Bon j'ai vraiment tenté le tout pour le tout vous savez ! Mais pendant un moment j'ai vécu comme j'ai toujours voulu vivre. J'étais l'un de vous et ça faisait du bien. Les gens me voyaient enfin comme je m'voyais et on ne peut rien demander de plus. Mais j'ai demandé plus ! A un moment donné ça ne m'a plus suffit d'être l'égal des autres. Je voulais être mieux que les autres. Et c'est le meilleur moyen de se faire mal. Ca ne veut pas dire qu'on baisse les bras. On se repose, on panse ses plaies et on reprend les altères. Je sais que la vie va me donner une autre série et je vais y aller à fond parce que je m'appelle Daniel Lugo et je vis pour la culture physique !"

Spécialiste de l'actionner bourrin décérébré, Michael Bay s'accorde une pause avec No Pain No Gain, comédie caustique tirée d'un fait-divers improbable survenu à Miami entre 1994 et 1995. Le film relatant les vicissitudes incongrues d'un groupe de bodybuilders délibérés à escroquer des gens fortunés par simple esprit de cupidité. Leur leader, un manager culturiste utopiste, finira par mener ses deux comparses vers une dérive meurtrière particulièrement crapuleuse.


Prétendre à dire que No Pain No Gain s'avère le meilleur film de son auteur n'est pas pléthorique tant cette comédie débridée surprend par son judicieux rapport entre humour noir et dramaturgie. Sans rire aux éclats (à quelques gags près !), l'aspect pittoresque des multiples péripéties engagées par nos pieds nickelés nous amuse par leurs inépuisables maladresses émanant d'une totale inconscience. Avec sa mise en scène alerte et inventive, on sent un Michael Bay particulièrement inspiré à retranscrire l'incroyable odyssée de ces bodybuilders compromis au kidnapping et l'assassinat par simple motivation du gain. Outre son rythme parfaitement équilibré n'accordant pour le coup aucune outrance spectaculaire (l'action s'avère discrète et clairsemée !), le film joue intelligemment sur notre empathie accordé aux protagonistes rétrogrades avec une antinomie contraignante. Puisque cet alliage de délire caustique et d'authenticité dramatique nous distille une certaine forme de malaise toujours plus palpable au fil de leurs exactions dénuées de morale (si ce n'est une éthique opportuniste inscrite dans la mégalomanie individuelle).
Mais outre la qualité de son scénario fortuit fondé sur l'arrivisme et l'apparence du luxe, la réussite de ce divertissement peu commun est notamment impartie à la complicité amicale de comédiens à la verve impayable ! Dans celui du dirigeant inébranlable, Mark Whalberg fulmine avec spontanéité pour dicter ses ambitions cupides érigés sous le symbole du "rêve américain". Dans celui de l'ancien détenu dévot à la bonhomie nigaude, Dawyne Johnson lui partage la vedette avec une dérision irrésistible tant le comédien s'amuse à se parodier de son personnage viril à la posture herculéenne. Enfin, le troisième allié est incarné par Anthony Mackie, jeune black reconverti dans la musculation pour l'handicap de son impuissance sexuelle, mais en pleine ascension amoureuse avec une secrétaire ventripotente.


L'Ivresse de l'Argent
Satire acerbe du rêve américain et des paillettes de silicone pour la cristallisation d'un empire en carton, No Pain No Gain détonne et bouscule le spectateur dans son cocktail explosif de situations scabreuses et de délires saugrenues. Et il faut remonter à The Island pour retrouver l'éloquence d'un Michael Bay aussi leste, parodiant ici l'odyssée grossière d'un impensable fait-divers ! 

12.08.13
Bruno Matéï