mercredi 28 août 2013

Un Justicier dans la ville / Death Wish

                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site silverferox.blogspot.fr

de Michael Winner. 1974. U.S.A. 1h33. Avec Charles Bronson, Hope Lange, Vincent Gardenia, Steven Keats, William Redfield, Stuart Margolin, Stephen Elliott.

Sortie salles France: 18 Octobre 1974. U.S: 24 Juillet 1974

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Michael Winner est un réalisateur britannique, né le 30 Octobre 1935 à Londres, décédé le 21 Janvier 2013.
1964: Dans les mailles du filet. 1967: Qu'arrivera-t-il après ? 1971: Les Collines de la Terreur. 1971: l'Homme de la Loi. 1971: Le Corrupteur. 1972: Le Flingueur. 1973: Le Cercle Noir. 1973: Scorpio. 1974: Un Justicier dans la Ville. 1976: Won Ton Ton, le chien qui sauva Hollywood. 1977: La Sentinelle des Maudits. 1978: Le Grand Sommeil. 1979: l'Arme au Poing. 1982: Un Justicier dans la Ville 2. 1983: La Dépravée. 1985: Le Justicier de New-York. 1988: Rendez vous avec la mort. 1990: Double Arnaque. 1993: Dirty Week-end.


PrĂ©curseur du Vigilante movie qui fit couler tant d’encre Ă  sa sortie, Un Justicier dans la Ville rĂ©vèle une figure devenue emblĂ©matique du cinĂ©ma d’action : l’implacable Charles Bronson. AdaptĂ© du roman Death Wish de Brian Garfield, ce polar brutal retrace l’expĂ©dition meurtrière d’un homme dĂ©cidĂ© Ă  purger les rues de leurs voyous arrogants.

Synopsis: Trois dĂ©linquants s’introduisent chez une mère et sa fille. La première, battue Ă  mort, succombe Ă  ses blessures ; la seconde, violĂ©e, est internĂ©e dans un institut psychiatrique, ravagĂ©e par le traumatisme. RongĂ© par le deuil et l’impuissance d’une police inerte, Paul Kersey s’arme et s’abandonne Ă  une vendetta expĂ©ditive.

Film-choc Ă  la violence glaciale et implacable, dont le prologue - passage Ă  tabac d’une mère et de sa fille dans l’intimitĂ© de leur foyer - conserve aujourd’hui encore une brutalitĂ© sidĂ©rante, Un Justicier dans la Ville frappe par son radicalisme : il expose une violence nue, gratuite, miroir d’une insĂ©curitĂ© urbaine en pleine recrudescence. Si la polĂ©mique fut immĂ©diate, c’est parce que le film joue dangereusement avec une thĂ©matique rĂ©actionnaire, esquissant le portrait psychotique d’un adepte de l’autodĂ©fense. Michael Winner dĂ©peint avec un rĂ©alisme clinique la lente dĂ©gĂ©nĂ©rescence d’un architecte respectĂ©, happĂ© par une spirale meurtrière pour venger sa femme. Son premier meurtre, commis dans un sursaut de bravoure, l’Ă©crase de dĂ©goĂ»t - il en vomit ses tripes dans les toilettes. Mais peu Ă  peu, ses exĂ©cutions lui procurent une satisfaction trouble, puis une cĂ©lĂ©britĂ© malsaine, Ă  mesure que la criminalitĂ© recule. PhĂ©nomène de sociĂ©tĂ©, le justicier inspire une partie de la population qui se met, elle aussi, Ă  prendre les armes. DĂ©semparĂ©e, la police hĂ©site Ă  l’arrĂŞter, craignant d’Ă©riger un martyr et de voir les taux de criminalitĂ© remonter en flèche.

Avec une efficacitĂ© redoutable, Winner livre un polar ultra-violent, tendu de sĂ©quences d’action acĂ©rĂ©es, sans jamais cĂ©lĂ©brer la justice individuelle. Car il rĂ©vèle plutĂ´t la vĂ©nalitĂ© d’un tueur radical, pris dans l’ivresse de son propre vertige sanglant. Son Ă©pilogue Ă©difiant - ce sourire narquois de Kersey, doigt en revolver pointĂ© sur d’Ă©ventuels agresseurs - rĂ©sume toute l’ironie morbide du personnage. Non pas l’apologie d’une violence fascisante, mais l’avertissement d’une dĂ©rive immorale oĂą la vendetta personnelle dĂ©vore la raison.

Alternant enquĂŞte policière et action expĂ©ditive, Un Justicier dans la Ville demeure un polar brutal, fulgurant, construit sur une vengeance putassière. Michael Winner y scrute aussi l’Ă©chec d’une police impuissante face Ă  une criminalitĂ© impunie. MagnĂ©tique et impassible, Charles Bronson Ă©clabousse l’Ă©cran et grave dans le marbre l’ambiguĂŻtĂ© d’un justicier rĂ©actionnaire, glaçant, pervers et fascinant Ă  la fois.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

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