lundi 30 juin 2014

Pulsions Cannibales / Apocalypse Domani

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site en.wikipedia.org

de Antonio Margheriti. 1980. Italie/Espagne. 1h36. Avec John Saxon, Elizabeth Turner, Giovanni Lombardo Radice, Cinzia De Carolis, Tony King.

FILMOGRAPHIE: Antonio Margheriti (Anthony M. Dawson) est un réalisateur italien, né le 19 septembre 1930 à Rome, décédé le 4 Novembre 2002 à Monterosi.
1960: Le Vainqueur de l'espace. 1962: Les Derniers jours d'un empire. 1963: La Vierge de Nuremberg. 1964: La Sorcière Sanglante. 1964: Les Géants de Rome. 1964: Danse Macabre. 1968: Avec Django, la mort est là. 1970: Et le vent apporta le Violence. 1971: Les Fantômes de Hurlevent. 1973: Les Diablesses. 1974: La brute, le colt et le karaté. 1975: La Chevauchée terrible. 1976: l'Ombre d'un tueur. 1979: l'Invasion des Piranhas. 1980: Pulsions Cannibales. 1980: Héros d'Apocalypse. 1982: Les Aventuriers du Cobra d'Or. 1983: Yor, le chasseur du futur. 1985: L'Enfer en 4è vitesse.


Sorti en pleine mouvance du gore transalpin, (Blue Holocaust, Anthropohagous, l'Avion de l'Apocalypse, Zombie Holocaust), quand bien mĂŞme L'Enfer des Zombies venait de remporter un succès international et que Cannibal Holocaust allait semer la controverse Ă  travers le monde, Antonio Margheriti exploite les filons du cannibalisme et du zombie movie (on empruntera plutĂ´t ici le thème d'infectĂ© !) afin de rameuter les foules. 

Le PitchRetenus prisonniers dans un camp de Vietcongs, le sergent Bukowski et son acolyte sont atteints d'anthropophagie lorsque qu'une jeune victime trĂ©buche incidemment dans leur cachot. SauvĂ©s in extremis par leur capitaine, les deux acolytes finissent par retourner dans leur pays pour suivre un traitement psychiatrique. LibĂ©rĂ© de l'hĂ´pital, Bukowski se rend dans un cinĂ©ma au moment mĂŞme oĂą ses pulsions meurtrières le rappellent Ă  la dĂ©mence. 

Dans le sillage de RageRambo, et VoracePulsions Cannibales nous dĂ©crit le calvaire de vĂ©tĂ©rans du Vietnam subitement atteints d'un Ă©trange mal, l'anthropophagie. Ainsi, en abordant les thĂ©matiques sociales du traumatisme de la guerre et de la difficile rĂ©insertion des vĂ©tĂ©rans US, Antonio Margheriti  en exploite un film d'action horrifique typiquement Bis dans sa facture dĂ©bridĂ©e laissant libre court Ă  une poignĂ©e de sĂ©quences chocs dĂ©complexĂ©es. 


Sciemment complaisant mais spectaculaire et jouissif, le sang est ici traitĂ© avec gĂ©nĂ©rositĂ©, d'autant plus que le travail artisanal effectuĂ© par Giannetto De Rossi demeure encore aujourd'hui des plus impressionnants. Petite perle de l'horreur transalpine encensĂ©e par Quentin Tarantino, Pulsions Cannibales allie donc horreur sociale et action ludique parmi l'efficacitĂ© d'une mise en scène nerveuse. Car menĂ© sur un rythme sans faille, cette sĂ©rie B tire parti de sa vigueur Ă  travers sa scĂ©nographie urbaine pour osciller fusillades sanglantes, altercations musclĂ©es, poursuites et meurtres en sĂ©rie sous l'autoritĂ© erratique d'un quatuor de cannibales incapables de refrĂ©ner leurs pulsions ! Il faut dire qu'en pleine agglomĂ©ration, la pagaille est de mise depuis que le sergent Bukowski infecta quelques victimes de son Ă©trange maladie. Sans doute un virus mĂ©connu qu'il choppa au fin fond de la jungle lorsqu'il n'Ă©tait qu'une machine de guerre. Cette maladie contagieuse auquel les assassins sont pourvus d'une addiction incontrĂ´lĂ©e pour dĂ©vorer la chair provoquant une fascination malsaine, de par leur comportement aussi instable qu'incontrĂ´lĂ©, et par leur instinct viscĂ©ral Ă  consommer la viande humaine. TraquĂ©s par les forces de l'ordre puis finalement retranchĂ©s dans les Ă©gouts de la ville, nos cannibales n'auront de cesse d'user de bravoure et constance pour riposter et tenter de survivre. 


De par son attachante galerie de personnages aimablement cabotins (la jeune voisine du capitaine, le chef de police et ses collègues zĂ©lĂ©s, l'Ă©minent mĂ©decin trop influençable ainsi que notre quatuor criminel commandĂ© par un John Saxon sobrement impliquĂ©), Pulsions Cannibales parvient Ă  divertir grâce au savoir-faire de sa rĂ©alisation aussi efficace que nerveuse dĂ©ployant des sĂ©quences horrifiques du plus bel effet sanguinolent. Si bien que les amateurs de gore aux rognons (du moins, dans sa version uncut) continueront de se rĂ©jouir de l'aspect Ă©mĂ©tique de certaines situations scabreuses lorsque nos cannibales usent de sadisme pour alpaguer voracement leurs proies. 

*Bruno
07.11.24. vf. 5èx
17.02.23. 

vendredi 27 juin 2014

Brazil

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site sci-fimovieposters.co.uk

de Terry Gilliam. 1985. Angleterre. 2h23 (version intégrale). Avec Jonathan Price, Robert De Niro, Kim Greist, Katherine Helmond, Ian Richardson, Michael Palin, Bob Hoskins, Ian Holm.

Sortie salles France: 20 Février 1985. Angleterre: 22 Février 1985. Canada: 18 Décembre 1985

FILMOGRAPHIE: Terry Gilliam est un rĂ©alisateur, acteur, dessinateur, scĂ©nariste amĂ©ricain, naturalisĂ© britannique, nĂ© le 22 Novembre 1940 Ă  Medicine Lake dans le Minnesota. 1975: Monty Python: SacrĂ© Graal ! (co-rĂ©alisĂ© avec Terry Jones). 1976: Jabberwocky. 1981: Bandits, bandits. 1985: Brazil. 1988: Les Aventures du Baron de Munchausen. 1991: The Fisher King. 1995: l'ArmĂ©e des 12 Singes. 1998: Las Vegas Parano. 2005: Les Frères Grimm. 2006: Tideland. 2009: L'imaginarium du docteur Parnassus. 2013: Zero Theorem.


"Tous les esprits fonctionnent entre démence et imbécilité, et chacun, dans les 24 heures, frôlent ces extrêmes".
Chef-d’Ĺ“uvre de Terry Gilliam, Brazil demeure son film le plus fou, le plus fondamental, le plus sarcastique. Par sa thĂ©matique visant le totalitarisme et par sa frĂ©nĂ©sie visuelle Ă©rigĂ©e en carnaval fantasque, il donne Ă  la fois le vertige et une sensation d’Ă©touffement irrĂ©vocable.

Le pitch : en tentant de rĂ©soudre une erreur informatique ayant conduit Ă  l’arrestation d’Archibald Buttle, un bureaucrate sans histoire croise l’amour auprès d’une frondeuse caractĂ©rielle, avant de rĂ©aliser - mais si peu ! - qu’il est prisonnier d’une sociĂ©tĂ© aliĂ©nante.

Foisonnant, exubĂ©rant, dĂ©calĂ©, cauchemardesque, grave, hilarant, romanesque, cruel, Brazil nous projette Ă  la face un tumulte d’Ă©motions contradictoires, rĂ©vĂ©lant le caractère dĂ©risoire d’un futur aussi nocif que blafard. Visionnaire, habitĂ© par la nĂ©vrose, la paranoĂŻa et la schizophrĂ©nie, le film peint au vitriol nos sociĂ©tĂ©s modernes dĂ©shumanisĂ©es, lĂ  oĂą bureaucratie et capitalisme règnent en maĂ®tres. IndividualisĂ©s Ă  l’extrĂŞme, privĂ©s de sentiments car automatisĂ©s par leur paperasse et leurs machines, les travailleurs de cette mĂ©galopole rĂ©trofuturiste ont perdu toute notion de rĂ©volte, de raisonnement et de rĂ©flexion.

Le parti-pris formel de Gilliam, portĂ© par une imagination lunaire Ă  son apogĂ©e, confère au film une singularitĂ© inĂ©galĂ©e. Hormis quelques figures d’insoumission - les attentats de terroristes frappant des restaurants peuplĂ©s d’une clientèle dĂ©catie, rafistolĂ©e au scalpel chirurgical, ou ce plombier casse-cou venant au secours du couple -, l’univers reste saturĂ© de dĂ©cors cafardeux : entreprises-mastodontes de bĂ©ton, foyers oppressĂ©s par des rĂ©seaux de tuyauteries gargantuesques. Ce pĂ©riple cauchemardesque suit un fonctionnaire avide d’Ă©vasion et de romance, qui ne trouve refuge que dans ses rĂŞves Ă©dĂ©niques. Le fantasme devient rĂ©alitĂ© le jour oĂą Jill Layton, frondeuse indĂ©pendante, croise sa route.

HĂ©ritĂ©e de l’expressionnisme et des annĂ©es 30, la direction artistique - tenues vestimentaires, architectures dĂ©mesurĂ©es - se marie Ă  une ironie caustique et cruelle. La force du rĂ©cit rĂ©side dans le contraste entre les envolĂ©es fantaisistes du bureaucrate et la gravitĂ© des situations rĂ©elles, oĂą perce une amertume implacable. L’Ă©pilogue, refusant toute rĂ©demption, glace le sang.

Le Jour des Fous
Parfois Ă©puisant par sa folie en crescendo, Brazil dĂ©borde peut-ĂŞtre de son trop-plein d’imagination et d’Ă©motions Ă©clectiques. Mais cette sarabande, nourrie d’exubĂ©rance et de claustrophobie dĂ©paysante, insuffle une Ă©motion profonde Ă  son plaidoyer vibrant pour la libertĂ© : hymne dĂ©sespĂ©rĂ© au rĂŞve, Ă  l’Ă©vasion - bel hommage au cinĂ©ma d’antan - et Ă  l’amour. Une Ĺ“uvre unique, d’utilitĂ© publique, Ă  revoir Ă  chaque boucle de notre cycle existentiel.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

13.05.22. 4èx

jeudi 26 juin 2014

Under the Skin

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Jonathan Glazer. 2013. Angleterre. 1h47. Avec Scarlett Johansson, Paul Brannigan, Krystof Hadek, Robert J. Goodwin, Michael Moreland, Scott Dymond, Jeremy McWilliams.

Sortie salles France: 25 Juin 2014. U.S: 4 Avril 2014

FILMOGRAPHIE: Jonathan Glazer est un réalisateur anglais, né en 1966.
2000: Sexy Beast. 2004: Birth. 2013: Under the Skin.


"Je ne vois pas pourquoi les gens attendent d'une oeuvre d'art qu'elle veuille dire quelque chose alors qu'ils acceptent que leur vie Ă  eux ne rime Ă  rien." David Lynch.

Dans le secteur privĂ© des E.T prenant notre apparence humaine afin de se fondre dans la population pour mieux apprivoiser notre planète, nous avions eu droit Ă  quelques ovnis parmi lesquels Borrower, le voleur de tĂŞte ou encore The Brother from another Planet. En l'occurrence, le rĂ©alisateur du mĂ©connu mais (oh combien !) remarquable Birth nous invite Ă  une expĂ©rience ineffable. Une Ă©preuve contemplative si obsĂ©dante qu'après le gĂ©nĂ©rique de fin nous ressentions l'Ă©trange sensation d'avoir vĂ©cu quelque chose d'intime avec "l'autre". Dans la mesure oĂą notre psychĂ© s'est littĂ©ralement laissĂ©e aller Ă  l'abandon d'une Ă©preuve Ă©sotĂ©rique parmi l'errance d'une humanoĂŻde. 

PitchUne jeune femme qu'on imagine dĂ©barquĂ©e d'une autre planète aguiche des citadins Ă©cossais pour s'en dĂ©barrasser l'instant d'après. Parmi elle, un geĂ´lier en moto kidnappe Ă©galement certaines victimes pour les lui offrir. 

Ce rĂ©cit linĂ©aire, Jonathan Glazer l'Ă©tale sur une durĂ©e d'1h47 au fil de rencontres impromptues que la jeune femme s'accorde. Si les raisons pour lesquelles elle sĂ©duit les hommes pour s'en dĂ©barrasser ensuite nous ait jamais divulguĂ©, l'intĂ©rĂŞt d'Under the Skin est ailleurs.


Un peu Ă  la manière hermĂ©tique d'Eraserhead, il ne faut pas chercher une quelconque explication Ă  ce que nous voyons et subissions, mais plutĂ´t se laisser happer par une expĂ©rimentation cinĂ©gĂ©nique que le rĂ©alisateur maĂ®trise dans l'art visuel et sensitif. Tant du point de vue formel avec ces visions opaques ou psychĂ©dĂ©liques jamais vues autrement (en cela, Jonathan Glazer se porte en crĂ©ateur d'images !) que du point de vue sensoriel de cet environnement climatique rĂ©frigĂ©rant oĂą la nature suinte de ses pores. Si bien que durant le cheminement hasardeux de la visiteuse, le film ne cesse d'y distiller un malaise trouble lorsqu'elle s'adonne Ă  la drague pour aborder un quidam malformĂ©, lorsqu'elle laisse Ă  l'abandon une famille submergĂ©e par les vagues ou lorsqu'elle entraĂ®ne ces victimes au sein d'un tanière faisant office d'abĂ®me minĂ©rale. AttisĂ©s par sa sexualitĂ© charnelle, la manière transie dont les hommes dĂ©nudĂ©s se laissent envahir par l'eau sans pouvoir contester leur insuffle une impuissance irrĂ©sistible. ExacerbĂ©s de l'incroyable score dissonant de Mica Levi et de la posture lascive de Scarlett Johansson, ces sĂ©quences onirico-cauchemardesques sont parmi les plus ensorcelantes que l'on ait vues depuis longtemps, quand bien mĂŞme le châtiment agrĂ©e Ă  certaines victimes nous laisse dans l'inconfort ! (sans trop en dĂ©voiler, il y est question de liquĂ©faction). Outre la maĂ®trise de la mise en scène oscillant la facture du reportage (toutes les sĂ©quences urbaines oĂą la population semble filmĂ©e contre leur grĂ© et les entretiens qui s'ensuit avec les amants d'un soir) et l'irrationnel opaque (les expĂ©rimentations visuelles, la quĂŞte indĂ©cise de l'E.T face aux rapports humains), Under the Skin tire notamment parti de son pouvoir ensorcelant en la prĂ©sence de Scarlett Johansson. Symbolisant la sĂ©duction d'une femme voluptueuse mais taciturne et sans compassion car n'Ă©prouvant pas le sentiment au prime abord, elle traverse le film Ă  l'instar du nouveau-nĂ© dĂ©couvrant peu Ă  peu un nouveau monde oĂą sa peur finira par Ă©clore.


Phantasm
Si vous souhaitez Ă©prouver l'expĂ©rience sensorielle du "bad trip", Under the Skin est conçu pour vous provoquer cette sensation Ă©perdue d'ailleurs et d'incomprĂ©hension. Ou plus viscĂ©ralement vous faire participer Ă  une expĂ©rience cinĂ©matographique comparable Ă  l'avènement existentiel d'une seconde naissance. Attention toutefois Ă  l'hermĂ©tisme du projet ! Ca passe ou ça casse. 

*Bruno
04.12.24.
2èx. Vost.

mercredi 25 juin 2014

Au-delà du Réel / Altered States

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site deathbymovies.com

de Ken Russell. 1980. U.S.A. 1h45. Avec William Hurt, Blair Brown, Bob Balaban, Charles Haid, John Larroquette, George Gaynes, Olivia Michelle.

Sortie salles France: 30 Septembre 1981. U.S: 25 Décembre 1980

FILMOGRAPHIE: Ken Russell est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, acteur, producteur, monteur et directeur de la photographie britannique nĂ© le 3 juillet 1927 Ă  Southampton. 1967 : Un cerveau d'un milliard de dollars, 1969 : Love , 1970 : The Music Lovers, 1971 : Les Diables, 1971 : The Boy Friend, 1972 : Savage Messiah, 1974 : Mahler, 1975 : Tommy, 1975 : Lisztomania, 1977 : Valentino, 1980 : Au-delĂ  du rĂ©el, 1984 : Les Jours et les nuits de China Blue,1986 : Gothic, 1988 : Salome's Last Dance , 1988 : Le Repaire du ver blanc ,1989 : The Rainbow ,1991 : La Putain, 2002 : The Fall of the Louse of Usher, 2006 : Trapped Ashes segment "The Girl with Golden Breasts".

 
"L’Homme qui Toucha l’Absolu".
RĂ©alisĂ© par le visionnaire (et fou) Ken Russell, Au-delĂ  du rĂ©el n’a pas volĂ© son statut de film culte Ă  l’orĂ©e des annĂ©es 80, bien qu’il soit aujourd’hui relĂ©guĂ© Ă  une discrĂ©tion curieuse parmi les initiĂ©s. C’est une vĂ©ritable Ă©preuve mĂ©taphysique que nous inflige ici le cinĂ©aste, dans sa tentative vertigineuse de dĂ©mystifier les secrets de l’existence Ă  travers les yeux d’un anthropologue en transe.

Le pitch : enfermĂ© dans un caisson d’isolation sensorielle, Edward Jessup libère ses fantasmes les plus enfouis sous l’effet d’une puissante drogue hallucinogène ramenĂ©e du Mexique. HantĂ© de visions mystiques, de figures divines et de tĂ©nèbres archaĂŻques — avec en point d’orgue une imagerie infernale dantesque — il se lance dans une quĂŞte dĂ©vorante : atteindre l’origine de la vie par les trĂ©fonds de sa propre conscience. Mais un jour, alors qu’il renouvelle l’expĂ©rience, son corps se met Ă  rĂ©gresser gĂ©nĂ©tiquement, amorçant une transformation simiesque irrĂ©versible.

Trip sensoriel et expĂ©rimental, Au-delĂ  du rĂ©el interroge avec furie l’essence mĂŞme de notre existence — jusqu’Ă  faire Ă©merger l’amour comme unique lumière au bout du tunnel. Oscillant entre science-fiction, fantastique et romance, le film convoque un vertige digne d’un Ă©pisode fiĂ©vreux de La Quatrième Dimension.

Fascinant et fulgurant par ses thĂ©matiques abyssales, ce cheminement intĂ©rieur nous happe dans l’une des expĂ©riences Ă©sotĂ©riques les plus insensĂ©es du cinĂ©ma. William Hurt, transi d’Ă©motion en anthropologue possĂ©dĂ©, devient le vecteur d’un rĂ©cit inquiĂ©tant qui Ă©pouse peu Ă  peu la forme d’un cauchemar Ă©veillĂ©. Ă€ mesure que son esprit chavire, son corps se plie aux hallucinations, jusqu’Ă  muter. RĂ©duit Ă  l’Ă©tat de primate velu, le voilĂ  errant dans les rues nocturnes, traquant une biche dans l’instinctuel chaos. Mais cette drogue n’ouvre pas seulement la porte du divin : elle fait dĂ©border l’au-delĂ  sur notre monde, libĂ©rant un autre plan d’existence, rĂ©gi par une Ă©nergie brute et sans nom. Vision du nĂ©ant, lumière aveuglante, implosion du moi — Au-delĂ  du rĂ©el devient une plongĂ©e dans l’abĂ®me hermĂ©tique du tout dĂ©but, lĂ  oĂą naĂ®t l’effroi primitif de l’ĂŞtre.

Ă€ travers l’obsession d’un homme prĂŞt Ă  se perdre pour atteindre l’absolu, Ken Russell sonde aussi l’idĂ©e d’une rĂ©volution scientifique aux frontières de la folie, susceptible de rĂ©concilier l’homme avec sa foi… ou de l’anĂ©antir. Seuls l’amour, la tendresse et l’instant prĂ©sent permettent, peut-ĂŞtre, de ne pas sombrer tout entier.

Car l’ultime vĂ©ritĂ©, c’est qu’il n’y a pas de vĂ©ritĂ© ultime.


L'ultime vérité, c'est qu'il n'y a pas de vérité ultime.
Au-delĂ  du rĂ©el, au-delĂ  de sa rĂ©flexion sur l’orgueil scientifique et son vertige mĂ©taphysique, s’Ă©rige aussi en poème d’amour. Celui d’Edward et Emily, deux âmes entremĂŞlĂ©es dans la tempĂŞte. DĂ©bridĂ©, ensorcelant, le film nous confronte Ă  nous-mĂŞmes — et grave dans notre « moi conscient » le souvenir d’une expĂ©rience inclassable.

*Bruno
4èx


mardi 24 juin 2014

Sisters

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site classic-horror.com

de Douglas Buck. 2006. U.S.A. 1h32. Avec Lou Doillon, Stephen Rea, Chloe Sevigny, William B. Davis, Gabrielle Rose, Whittni Wright, Talia Williams, Rachel Williams, Erica Van Briel.

Sortie Dvd: 2 Octobre 2008

FILMOGRAPHIE: Douglas Buck est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 3 Septembre 1966. 2003: Prologue. 2003: Family portraits. 2006: Sisters. 2011: The Theatre Bizarre (The Accident).

En 2006 paraĂ®t dans une indiffĂ©rence quasi gĂ©nĂ©rale - et en catimini chez nous, directement relĂ©guĂ© au DVD - Sisters, remake du classique Ă©ponyme de Brian De Palma. Loin du copiĂ©-collĂ©, l’intĂ©rĂŞt de cette dĂ©clinaison "moderne" rĂ©side dans une ambiance terriblement malsaine et oppressante, ainsi que dans des thĂ©matiques bien plus fouillĂ©es sous la houlette de Douglas Buck. RĂ©alisateur iconoclaste dĂ©jĂ  responsable du dĂ©rangeant Family Portrait - anthologie de trois courts mĂ©trages auscultant la frustration existentielle de familles amĂ©ricaines - et du segment bouleversant The Accident, aperçu dans The Theatre Bizarre, Buck provoque le spectateur par un rĂ©alisme acĂ©rĂ©. DĂ©rive cauchemardesque aux confins de la folie schizophrène, Sisters relate l’Ă©preuve psychologique de deux sĹ“urs siamoises confrontĂ©es aux ravages d’un traitement mĂ©dicamenteux illĂ©gal, prescrit par l’inquiĂ©tant docteur Lacan.

Le pitch : Ă©prise d’affection pour un jeune mĂ©decin lors de sa visite en clinique, AngĂ©lique l’entraĂ®ne quelques heures plus tard dans l’intimitĂ© de sa demeure. Le lendemain, après avoir passĂ© la nuit ensemble et commandĂ© un gâteau d’anniversaire, l’amant est sauvagement assassinĂ© par la probable sĹ“ur jumelle d’AngĂ©lique. TĂ©moin du meurtre, une journaliste mĂ©ticuleuse, Grace Collier, entame une investigation de longue haleine avec l’aide d’un collègue proche.

Film d’horreur clinique entièrement dĂ©vouĂ© Ă  son austĂ©ritĂ©, Sisters instille un malaise dès son prologue : un spectacle pour enfants placĂ© sous l’autoritĂ© d’adultes, dans le jardin d’un Ă©tablissement psychiatrique. En filmant avec minutie les jeux de regards Ă©quivoques entre AngĂ©lique, le jeune mĂ©decin et le docteur Lacan, Douglas Buck diffuse une anxiĂ©tĂ© rampante qui ne cessera de croĂ®tre au fil du cheminement psychologique des sĹ“urs.

La première partie installe avec une maĂ®trise feutrĂ©e un climat Ă©thĂ©rĂ© de tension autour de la relation naissante entre AngĂ©lique et le mĂ©decin, ce dernier soupçonnant peu Ă  peu son comportement versatile. La camĂ©ra s’attarde sur les corps avec une sensualitĂ© troublante, mais aussi une fascination viscĂ©rale teintĂ©e de rĂ©pulsion lorsque ses doigts effleurent l’Ă©trange cicatrice d’AngĂ©lique - Cronenberg n’est jamais loin. Pour accentuer cette dimension voyeuriste, des camĂ©ras de vidĂ©osurveillance sont dissĂ©minĂ©es dans l’appartement afin que le docteur Lacan espionne les faits et gestes d’AngĂ©lique et d’Annabelle.

La sĂ©quence du meurtre qui s’ensuit orchestre un suspense suffocant autour de Grace Collier, prise dans un triple Ă©tau : la fouille illĂ©gale du bureau du docteur Lacan, l’agonie du mĂ©decin observĂ©e depuis la fenĂŞtre d’en face, et l’impuissance face Ă  deux policiers incrĂ©dules. L’interrogatoire qu’elle tente ensuite auprès d’AngĂ©lique se rĂ©vèle particulièrement trouble, la jeune femme hĂ©sitant Ă  livrer une vĂ©ritĂ© qui la condamnerait. La suite exploite les profils psychologiques des sĹ“urs siamoises, dissociĂ©es entre le Bien (AngĂ©lique) et le Mal (Annabelle), tandis que l’enquĂŞte s’enfonce dans les mĂ©andres de l’institution psychiatrique. Dans un climat de malaise exponentiel, Buck nous entraĂ®ne dans un cauchemar schizophrène oĂą illusion et rĂ©alitĂ© s’entrelacent. En exhumant un secret familial, le film assène l’horreur d’une liaison compromise, convoquant les thèmes du double, de la hantise, de la pĂ©dophilie, du traumatisme, de la toxicomanie et de la schizophrĂ©nie, interrogeant la responsabilitĂ© morale d’AngĂ©lique et son rapport intime Ă  la chair - Cronenberg, encore et toujours, en embuscade.

La chair et le sang

PortĂ© par la densitĂ© d’une intrigue dĂ©rangeante entièrement vouĂ©e Ă  la relation siamoise et Ă  ses âmes torturĂ©es, Douglas Buck entretient le mystère avant de laisser Ă©clater la vĂ©ritĂ© d’une idylle pervertie par la chair et le sang. Magnifiquement incarnĂ© par un trio au charisme contrariĂ© - Lou Doillon, Stephen Rea et ChloĂ« Sevigny -, Sisters distille un malaise proche de l’asphyxie, nourri par des liaisons imposĂ©es et toxiques. De leur dĂ©rive meurtrière Ă  l’amertume d’une conclusion quasi surnaturelle, le film esquisse une rĂ©flexion sur l’influence des sentiments, le pouvoir de persuasion, l’exploitation mĂ©dicale et la coexistence indissociable du Bien et du Mal au sein d’un mĂŞme corps. Cauchemar baroque, relique maudite dĂ©fendue bec et ongles par Mad Movies lors de sa sortie DVD, Sisters s’adresse Ă  un public averti, notamment pour son imagerie sanglante de dernier recours, frontalement malaisante.

le cinéphile du cœur noir 🖤
23/12/23. Vostfr
24/06/14
22/12/11

 


lundi 23 juin 2014

THE RAID 2: BERANDAL

                                                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site marvelll.fr

de Gareth Evans. 2014. Indonésie. 2h28. Avec Iko Uwais, Tio Pakusodewo, Julie Estelle, Yayan Ruhian, Arifin Putra.

Sortie salles France: 23 Juillet 2014. Indonésie: 28 Mars 2014

FILMOGRAPHIE: Gareth Evans est un producteur, scénariste et réalisateur américain.
2006: Footsteps. 2009: Merantau. 2011: The Raid. 2013: V/H/S 2 (segment "Safe Haven"). 2014: The Raid 2. 2015: The Raid 3.


Après la rĂ©vĂ©lation The Raid, dĂ©couverte en 2011, Gareth Evans remet le couvert avec une suite encore plus ambitieuse dans son lot de bastons et cascades Ă©bouriffantes oĂą l'intrigue gagne lĂ©gèrement en profondeur et oĂą l'esthĂ©tisme se fait plus stylisĂ©. Après les Ă©vènements du prĂ©cĂ©dent volet, le jeune flic Rama est Ă  nouveau recrutĂ© pour une dangereuse mission, celle d'infiltrer un clan mafieux de Jakarta. Pour cela, il doit purger une peine de prison afin d'approcher Uco, le fils d'un leader indonĂ©sien. EtalĂ© sur une durĂ©e excessive de 2h30, Gareth Evans prend son temps Ă  bâtir une intrigue Ă©culĂ©e en mettant en place une galerie d'antagonistes issues de la pègre locale et de la corruption policière. Celle des mafias et des yakuzas Ă©rigĂ©s sous l'allĂ©geance de magnats du crime organisĂ©.


Pour la conduite du rĂ©cit, si elle s'avère sans surprise et se focalise sur la lutte de clans mafieux que notre hĂ©ros tente de piĂ©ger, la caractĂ©risation des personnages d'Uco et de son père est le centre d'intĂ©rĂŞt dans leur rapport de divergence qui entraĂ®nera une dĂ©route. S'il y avait au prĂ©alable un code de conduite Ă  respecter au sein de leur tradition criminelle, Uco va oser transgresser cette loi avec une audace inĂ©dite dĂ©nuĂ©e de vergogne. Ce jeune tueur d'apparence distinguĂ©e est l'attraction principale du film puisqu'il s'avère inĂ©vitablement dĂ©testable dans son comportement sournois et mĂ©galo, quand bien mĂŞme ses exactions criminelles (trancher la gorge Ă  5 otages en toute dĂ©contraction !) nous provoquent dĂ©goĂ»t et injustice. Si la direction d'acteur aurait mĂ©ritĂ© Ă  ĂŞtre perfectible, notamment le hĂ©ros trop discret dans son attitude mutique, les comĂ©diens endossant les rĂ´les de mĂ©chants rĂ©ussissent nĂ©anmoins Ă  imposer une stature fielleuse dans leur costard tachetĂ© de sang ! Si le rĂ©alisateur n'improvise pas une grosse tension autour du sort rĂ©servĂ© Ă  Rama s'il Ă©tait amenĂ© Ă  se faire Ă©pingler par ses alliĂ©s, le coup de théâtre improvisĂ© Ă  mi-parcours dĂ©ploie une vigueur vertigineuse lors d'une rĂ©action en chaĂ®ne d'incidents meurtriers. Avec l'efficacitĂ© de l'action encourue et l'agilitĂ© d'une rĂ©alisation aussi virtuose qu'inventive, le rĂ©alisateur se dĂ©chaĂ®ne Ă  Ă©taler quotidiennement des sĂ©quences de bastons furieusement dantesques. D'une barbarie inouĂŻe dans son ultra violence gĂ©nĂ©rĂ©e, les confrontations physiques perpĂ©trĂ©es Ă  main nue ou Ă  l'arme blanche nous donnent le vertige par la rapiditĂ© des coups assĂ©nĂ©s, quand bien mĂŞme l'audace visuelle dĂ©ploie souvent un gore dĂ©complexĂ©. Toutes ses sĂ©quences clefs chorĂ©graphiĂ©es avec une fluiditĂ© inĂ©dite dans des dĂ©cors parfois restreints (ceux d'une allĂ©e de couloir, de l'intĂ©rieur d'une voiture, d'un compartiment ou d'une cellule de prison !) n'ont aucune peine Ă  figurer dans les anthologies de bastonnades les plus sauvagement exĂ©cutĂ©es sur un Ă©cran !


En dépit d'une intrigue et d'une psychologie sommaires ainsi qu'une direction d'acteurs amendable, The Raid 2 est suffisamment bien troussé par sa réalisation alerte déployant avec efficacité moult séquences d'action au paroxysme de l'ultra violence. Rien que pour cette démesure d'affrontements sanglants souvent régis en masse, The Raid 2 fait office de spectacle frénétique !

Bruno Matéï


vendredi 20 juin 2014

Happy Birthday / Happy Birthday to me

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Ecranlarge.com

de Jack Lee Thompson. 1981. Canada. 1h52. Avec Melissa Sue Anderson, Glenn Ford, Lawrence Dane, Sharon Acker, Frances Hyland.

Sortie France: 06 Janvier 1982, sortie U.S: 15 Mai 1981

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: J. Lee Thompson, de son vrai nom John Lee Thompson, est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur britannique nĂ© le 1er aoĂ»t 1914 Ă  Bristol (Royaume-Uni), dĂ©cĂ©dĂ© le 30 aoĂ»t 2002 Ă  Sooke (Canada).
1961 : Les Canons de Navarone, 1962 : Les Nerfs Ă  vif , Tarass Boulba, 1972 : La ConquĂŞte de la planète des singes, 1973 : La Bataille de la planète des singes, 1974 : Huckleberry Finn, 1978 :L'Empire du Grec,1979 : Passeur d'hommes,1980 : Caboblanco , 1981 : Happy Birthday to Me, 1983 :Le Justicier de minuit , 1984 : L'Enfer de la violence, 1984 : Chantage en IsraĂ«l , 1985 : Allan Quatermain et les Mines du roi Salomon, 1986 : La Loi de Murphy ,1986 : Firewalker. 1987 : Le justicier braque les dealers,1988 : Le Messager de la mort , 1989 : Kinjite, sujets tabous.

 
"Souffler les bougies, raviver les cauchemars".
En plein essor du psycho-killer inaugurĂ© par Halloween et Vendredi 13, Happy Birthday exploite le filon avec l’efficacitĂ© d’une intrigue un brin plus consistante que la traditionnelle. ImpermĂ©able au genre, on s’Ă©tonne pourtant de retrouver derrière la camĂ©ra l’aimable vĂ©tĂ©ran J. Lee Thompson, maĂ®tre d’Ĺ“uvre des Canons de Navarone et d’une flopĂ©e de films d’auto-dĂ©fense portĂ©s par son acteur fĂ©tiche, Charles Bronson. Mais ce n’est pas tout : aussi improbable que cela paraisse, Glenn Ford et Melissa Sue Anderson s’invitent eux aussi Ă  la fĂŞte, investissant le territoire horrifique avec une certaine dĂ©contraction. D’ailleurs, le charme suave de l’interprète de La Petite Maison dans la Prairie contribue largement Ă  l’empreinte psychologique du film, malgrĂ© quelques clichĂ©s et maladresses narratives.

Pitch: Alors qu’un mystĂ©rieux tueur Ă©limine un Ă  un les amis de Virginia, celle-ci consulte son mĂ©decin, hantĂ©e par une fragilitĂ© mentale tenace. Depuis un terrible Ă©vĂ©nement, elle souffre d’un traumatisme l’ayant privĂ©e de mĂ©moire. Sujet de visions et cauchemars morbides, elle en vient peu Ă  peu Ă  douter d’elle-mĂŞme… Et si l’assassin, c’Ă©tait elle ?

Avec son pitch classique, ses situations Ă©culĂ©es et ses personnages stĂ©rĂ©otypĂ©s, Happy Birthday ne peut Ă©viter la redite dans sa première partie : Thompson empile les faux suspects sans jamais susciter un vrai suspense — le spectateur ayant toujours une longueur d’avance, conscient que les Ă©vidences sont des leurres. Pourtant, sans jamais sombrer dans l’ennui, le film parvient Ă  capter l’attention grâce Ă  la fragilitĂ© nĂ©vrosĂ©e de son hĂ©roĂŻne. On suit le fil, intriguĂ©, cherchant Ă  dĂ©nouer les ramifications de son traumatisme et les possibles implications de ses proches. Si la psychologie des personnages secondaires flirte avec la caricature, ils conservent une forme de sympathie naĂŻve, s’amusant de farces macabres dans une camaraderie bon enfant.

PassĂ©s les premiers meurtres inventifs — notamment celui, savoureux, des haltères et l’anthologique brochette plantĂ©e dans la gorge — l’intrigue recentre ses tensions sur Virginia, Ă©paulĂ©e par son mĂ©decin fidèle. L’empathie devient inĂ©vitable : piĂ©gĂ©e dans la tourmente de sa paranoĂŻa, elle vacille, instable, malgrĂ© l’aide mĂ©dicale et paternelle. Le film adopte alors un rythme plus soutenu, le suspense monte crescendo jusqu’Ă  la rĂ©vĂ©lation finale — celle de son passĂ© refoulĂ© et de l’identitĂ© du vĂ©ritable coupable. Dans l’ironie macabre d’une fĂŞte d’anniversaire, J. Lee Thompson orchestre un bal mortuaire au parfum de Grand-Guignol, parachevĂ© par un ultime coup de théâtre. Inattendu, peut-ĂŞtre dispensable, mais justifiĂ© par un procĂ©dĂ© que je me garderai bien de dĂ©voiler ici.

 
"Candélabres sanglants sur le gâteau du trauma".
En dĂ©pit des clichĂ©s du genre, Happy Birthday trouve sa voie, son rythme, et sa chair — lĂ  oĂą l’emporte la psychĂ© plus que le choc. Avec mĂŞme un zeste de nostalgie, il demeure l’un des plus singuliers reprĂ©sentants du psycho-killer des annĂ©es 80.

Dédicace à Gérald Giacomini
*Bruno
4èx

jeudi 19 juin 2014

Phase IV. Prix spécial du jury à Avoriaz, 1974.

                                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site the-drone.com

de Saul Bass. 1974. U.S.A. 1h24. Avec Michael Murphy, Nigel Davenport, Lynne Frederick, Alan Gifford, Robert Henderson.

Sortie salles France: 1 Septembre 1975. Box Office France: 745 779 entrĂ©es

Récompense: Prix Spécial du Jury au Festival d'Avoriaz, 1974.

FILMOGRAPHIE: Saul Bass est un graphiste et réalisateur américain, né le 8 Mai 1920 à New-York, décédé le 25 Avril 1996 à Los Angeles.
1974: Phase 4.


Grand classique de la science-fiction des annĂ©es 70, Phase IV reste l'unique rĂ©alisation de Saul Bass, graphiste attitrĂ© d'Otto Preminger et d'Hitchcock (c'est Ă  lui que l'on doit le gĂ©nĂ©rique de Psychose ainsi que la conception de la fameuse sĂ©quence de la douche). Dans la mouvance des invasions d'insectes mutants parfois atteints de gigantisme (les Insectes de feu, Ants, The Savages Beesl'Empire des fourmis gĂ©antes), Phase IV joue la carte de sobriĂ©tĂ© Ă  valeur pĂ©dagogique avec refus d'esbroufe grand-guignolesque. Car ici prime l'aspect scientifique d'un duo de savants observant Ă  l'aide d'ordinateurs les diffĂ©rentes colonies de fourmis prochainement aptes Ă  envahir notre civilisation. RĂ©fugiĂ©s dans leur laboratoire au milieu d'un dĂ©sert, ils tentent d'entrer en contact avec elles afin d'Ă©tablir en amont une communication pacifiste. Mais par le biais d'une entitĂ© extra-terrestre, les fourmis Ă©prises d'Ă©gotisme n'ont comme seul dessein de vouloir nous dominer afin de rĂ©gir un nouveau monde. C'est donc une lutte sans merci que doivent se livrer l'homme et l'insecte avant que la catastrophe annoncĂ©e n'entre en phase IV ! 


Dépourvu du moindre effet-spécial afin de caractériser la morphologie des fourmis (elles se révèlent authentiques dans leur apparence minuscule mais amplifiées par une vision microscopique afin de mieux cerner leur évolution et diverses stratégies), Saul Bass nous décrit avec souci documentaire un scénario catastrophe aussi fascinant qu'inquiétant. Durant 1h20, nous sommes reclus en interne d'un labo scientifique où deux savants paranos ainsi qu'une jeune rescapée vont pratiquer toutes sortes d'expériences afin d'étudier la nouvelle déontologie des fourmis et avant d'essayer de les anéantir. Toujours plus nombreuses, coriaces et combatives, car dirigées par une reine redoutablement perfide, ces insectes n'auront de cesse de surmonter les obstacles et défier la volonté de l'homme grâce à leur redoutable intelligence. Avec peu de moyens mais des idées retorses et formelles ainsi que l'atout de rendre réaliste un scénario catastrophe à la limite du plausible, Phase IV déroute notre inconscient et trouble notre imaginaire à observer cette guerre d'un nouveau genre où l'insecte semble beaucoup plus érudit que l'homme afin de le remplacer. SPOIL!!! Ou tout du moins fonder la nouvelle race d'une symbiose homme/insecte (sans en connaître le véritable but !) comme le laisse sous-entendre son étonnante chute finale ! Fin du SPOIL.


Fascinant et passionnant par son caractère scientifique oĂą l'aspect documentaire prend le pas sur la fiction, baroque et insolite dans ses plages de poĂ©sie mĂ©taphysique, Phase IV prĂ©conise le pouvoir de suggestion avec l'entremise d'un microcosme oĂą l'infiniment petit est apte Ă  nous conquĂ©rir. Avec son atmosphère solaire presque surnaturelle d'oĂą plane la sensation d'une fin d'un monde, Saul Bass nous interpelle sur la hiĂ©rarchie des fourmis, leur nombre surĂ©levĂ© (il y aurait plus de 12000 espèces dans le monde), leur sens de communication et leur capacitĂ© Ă  dĂ©chiffrer les Ă©nigmes.   

Bruno Matéï
3èx


mercredi 18 juin 2014

JOE. Prix Marcello-Mastroianni pour Tye Sheridan, Mostra de Venise 2013

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de David Gordon Green. 2013. U.S.A. 1h57. Avec Nicolas Cage, Tye Sheridan, Ronnie Gene Blevins, Gary Poulter, Adrienne Mishler, Sue Rock, Heather Kafka.

Sortie salles France: 30 Avril 2014. U.S: 11 Avril 2014

Récompenses: Prix Marcello-Mastroianni pour Tye Sheridan lors de la Mostra de Venise, 2013.

FILMOGRAPHIE: David Gordon Green est un rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 9 Avril 1975 Ă  Little Rock (Arkansas). 2000: George Washington. 2003: All the real girls. 2004: L'Autre rive. 2007: Snow Angels. 2008: DĂ©lire Express. 2009: Kenny Powers. 2011: Votre MajestĂ©. 2011: Black Jack (tĂ©lĂ©-film). 2012: Baby-sitter malgrĂ© lui. 2013: Prince of Texas. 2013: Joe. 2014: Manglehorn.


"Tant que je me maîtrise, je reste en vie...Ca m'empêche de finir en taule."
Après avoir accumulé nombre de nanars impayables depuis une bonne dizaine d'années, Nicolas Cage nous revient enfin en grande forme dans son rôle sur mesure d'ancien taulard en perdition. Film coup de poing habité par la colère et la rage de survivre au sein d'une Amérique profonde peuplée de clodos et de marginaux véreux, Joe rend hommage à la condition ouvrière avant de relater la dérive justicière d'un loup solitaire épris d'amitié pour un ado maltraité. Le pitchAlors que son paternel alcoolo passe son temps à évacuer l'ennui dans la bouteille, le jeune Gary tente de trouver un job d'intérim afin de subvenir aux besoins de sa famille. C'est auprès de Joe Ransom qu'il réussit à se faire embaucher pour abattre les arbres d'une forêt sinistrée. Peu à peu, une solide amitié se noue entre eux quand bien même Gary continue de subir les humiliations quotidiennes de son père


Superbes portraits d'Ă©corchĂ©s vifs impartis Ă  un quadra impulsif rongĂ© par l'injustice d'un passĂ© judiciaire, et Ă  celui d'un adolescent en recherche paternelle, Joe juxtapose leurs blessures morales dans une intrigue tortueuse oĂą le danger omniprĂ©sent ne cesse de rattraper leur destin. La qualitĂ© première de ce drame psychologique particulièrement tendu et pessimiste Ă©mane de la sobriĂ©tĂ© des comĂ©diens incarnant avec naturel des protagonistes marginaux en quĂŞte de rĂ©insertion dans une AmĂ©rique gangrenĂ©e de misère. Celle de la campagne texane oĂą se cĂ´toient prolĂ©taires, crapules Ă  la petite semaine, prostituĂ©es de bordel miteux et laissĂ©s pour compte. Ainsi, en alternant les sĂ©quences intimistes de personnages hantĂ©s par l'amertume, le regret et l'Ă©chec, David Gordon Green insuffle une poĂ©sie lyrique Ă  travers leur dĂ©marche hagarde au sein d'un environnement solaire terni par la dĂ©sillusion sociale. AccentuĂ© d'une musique mĂ©lancolique et d'effets de ralenti extatiques, le film distille un climat d'envoĂ»tement Ă©thĂ©rĂ© avant de nous prĂ©cipiter dans le gouffre d'une intrigue nĂ©buleuse constamment sur le qui-vive. Et si Ă  mi-chemin, on imagine le drame prĂ©visible qui se dessine après avoir Ă©tĂ© tĂ©moin d'un Ă©vènement crapuleux particulièrement innommable, le rĂ©alisateur adopte un virage pour repousser l'attente d'un inĂ©vitable concours de circonstances oĂą le dĂ©chaĂ®nement de violence ne laissera aucune place Ă  l'absolution. Autour de ces instants de tension exponentielle oĂą la rage d'un ex taulard commence Ă  prendre du galon pour laisser s'exprimer rĂ©volte suicidaire et dĂ©sir de vengeance, Joe met en exergue l'ultime ambition d'un père Ă©pris de sacrifice pour prĂ©munir la vie d'un fils qu'il n'a jamais pu engendrer. Cette histoire d'amitiĂ© paternelle entretenue entre lui et Gary laissant exprimer une Ă©motion intense Ă  travers leur rapport de tendresse et de confiance, leur permettant ainsi de converger Ă  une initiation responsable malgrĂ© l'improvisation d'une issue tragique. 


Valse du tueur
De par son climat poisseux imbibĂ© de sinistrose et du portrait en dĂ©crĂ©pitude assĂ©nĂ© aux rednecks burinĂ©s, Joe ne cesse de confronter dĂ©chĂ©ance humaine, dĂ©sillusion et dĂ©sir de rĂ©demption autour d'un justicier incontrĂ´lable et d'un ado persĂ©vĂ©rant. Nicolas Cage et le jeune Tye Sheridan formant de manière prude un duo complĂ©mentaire dans leur rage de survivre, quitte Ă  s'y brĂ»ler les ailes. Grand moment d'Ă©motion, du cinĂ©ma viril âpre et hargneux !

Bruno Matéï

mardi 17 juin 2014

Chaque soir Ă  9 Heures / Our mother's house

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site gallerytheimage.com

de Jack Clayton. 1967. Grande Bretagne. 1h47. Avec Dirk Bogarde, Margaret Brooks, Pamela Franklin, Mark Lester, John Gugolka, Sheldon Williams, Sarah Nicholls, Gustav Henry, Parnum Wallace.

Sortie salles France: 6 Septembre 1973

FILMOGRAPHIE: Jack Clayton est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste anglais, nĂ© le 1er mars 1921 Ă  Brighton, dĂ©cĂ©dĂ© le 26 FĂ©vrier 1995 Ă  Slough (Royaume-Uni). 1959: Les Chemins de la haute ville. 1961: Les Innocents. 1964: Le Mangeur de Citrouilles. 1967: Chaque soir Ă  9 heures. 1974: Gatsby le magnifique. 1983: La Foire des TĂ©nèbres. 1987: The Lonely passion of Judith Hearne. 1992: Memento Mori (tĂ©lĂ©-film).


Six ans après son chef-d'Ĺ“uvre Les Innocents, Jack Clayton renoue avec le thème de l’enfance meurtrie, adaptant un roman de Julian Gloag. Honteusement mĂ©connu pour une raison qui m’Ă©chappe encore, Chaque soir Ă  9 heures est sans doute l’un des plus beaux films jamais consacrĂ©s Ă  l’innocence infantile. Une Ă©preuve de force morale, souvent Ă©prouvante, oĂą des enfants d’une mĂŞme fratrie se retrouvent livrĂ©s Ă  eux-mĂŞmes depuis la disparition de leur mère. Le prologue, Ă  cet Ă©gard, est d’une douleur inouĂŻe : l’une des aĂ®nĂ©es assiste Ă  la mort de sa mère, avant que les autres ne la rejoignent en silence pour se recueillir Ă  ses cĂ´tĂ©s. La mĂ©lodie fragile de Georges Delerue, pudique, souligne cette Ă©motion candide qui transparaĂ®t sur chacun de leurs visages - vision cruelle de la mort, lorsque l’innocence en est le tĂ©moin direct.

Nourris d’un catholicisme profondĂ©ment ancrĂ©, les enfants se rĂ©fugient chaque soir Ă  21 heures dans le jardin, sanctuaire devenu rituel, pour communiquer avec leur mère Ă  travers l’aĂ®nĂ©e, Diana. EnterrĂ©e lĂ , en secret, les soupçons ne tardent pas Ă  naĂ®tre - d’abord dans l’esprit de la maĂ®tresse de maison, puis chez l’institutrice. Par un Ă©trange hasard, leur père, absent depuis des annĂ©es, rĂ©apparaĂ®t et dissipe provisoirement les doutes. D’abord perçu comme bienveillant, il gagne leur confiance - sauf celle d’Elsa, la plus lucide, qui devine rapidement la supercherie : cet homme n’est qu’un imposteur sans vergogne, indiffĂ©rent Ă  leur sort.


Ainsi, dans le dĂ©cor d’une demeure gothique rongĂ©e par le silence (reflet du rigorisme moral de la mère), la première partie nous familiarise avec cette petite communautĂ© d’enfants sous l’autoritĂ© vacillante de Diana. Fragile, endeuillĂ©e, obsĂ©dĂ©e par l’idĂ©e d’un au-delĂ , elle parvient Ă  se persuader - et Ă  convaincre les autres - qu’elle peut dialoguer avec l’absente. Une illusion pieuse, transformĂ©e en code moral, censĂ©e maintenir un semblant d’ordre. Mais son fanatisme nĂ©vrosĂ© empoisonne lentement la dynamique du groupe, jusqu’Ă  produire une scène d’humiliation insupportable.

La seconde moitiĂ© laisse place Ă  l’irruption du père dans toute son hypocrisie - un loser imbibĂ©, plus irresponsable encore que les enfants qu’il prĂ©tend guider. Loin du stĂ©rĂ©otype anecdotique, Clayton choisit de se concentrer sur le combat intĂ©rieur d’Elsa, qui tente par tous les moyens de faire entendre la vĂ©ritĂ© Ă  ses frères et sĹ“urs. Ses affrontements avec Diana, volcanique et tyrannique, deviennent le cĹ“ur battant du rĂ©cit : un duel oĂą se croisent immaturitĂ©, pouvoir et dĂ©sespoir.

Et donc, Ă  travers les thèmes de la dĂ©mission parentale, du fanatisme religieux, de l’apprentissage et de la perte, Clayton signe un drame familial d’une intensitĂ© bouleversante, inscrit dans la chair mĂŞme de l’enfance. Le jeu cru et viscĂ©ral de ses enfants, la tension constante de leurs Ă©changes, nous installent dans un inconfort croissant, jusqu’Ă  ce qu’un terrible secret familial vienne dĂ©chirer le voile de leur foi.


Une initiation à la maturité, aussi fragile que brutale, dont nul ne sort indemne.
DĂ©rangeant et malsain, mais d’une sensibilitĂ© bouleversante, Chaque soir Ă  9 heures porte en lui la marque des plus grands: par sa mise en scène prĂ©cise, son intensitĂ© dramatique aigĂĽe, et le jeu d’une justesse foudroyante, Clayton nous plonge dans un drame familial aussi obscur qu’inoubliable. Ces enfants abandonnĂ©s, si profondĂ©ment attachants, nous laissent hĂ©bĂ©tĂ©s, le souffle court, face Ă  une conclusion sans retour - sans illusion sur leur avenir.

*Bruno
2èx

lundi 16 juin 2014

SUPERARGO CONTRE DIABOLIKUS (Superargo, el hombre enmascarado / Supersonic Man)

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemiscreant.blogspot.com

de Nick Nostro. 1966. Italie/Espagne. 1h28. Avec Giovanni Cianfriglia, Gérard Tichy, Monika Randall, Loredana Nusciak, Jose Castillo Escalona.

FILMOGRAPHIENick Nostro est un réalisateur et scénariste Italien, né le 21 Avril 1931, décédé le 15 Juin 2014.
1962: Il sangue e la sfida. 1962: Blood and Defiance. 1962: 2 Samurai per 100 geishe. 1963: Grazie Zio, c. 1963: Revenge of the Black Knight. 1964: Spartacus and the ten gladiators. 1964: 1964: Il trionfo dei dieci gladiatori. 1965: Operation Counterspy. 1966: Un dĂłlar de fuego. 1966: Tre notti violente. 1966: Superargo contro Diabolikus. 1968: Uno dopo l'altro. 1971: i provo anch'io. 1971: La cieca di Sorrento. 1971: Grazie zio, ci provo anch'io. 


Clairement inspirĂ© par la sĂ©rie d'espionnage des James Bond et les bandes-dessinĂ©es du FumetiSuperargo contro Diabolikus est une production transalpine exploitant le mythe du super-hĂ©ros avec des moyens dĂ©risoires. Autant dire que nous avons affaire ici Ă  une authentique sĂ©rie Z fleurant bon le charme vintage comme seuls les italiens ont le secret. Après avoir accidentellement tuĂ© son adversaire lors d'un match, et afin de se racheter, le catcheur Superargo accepte une mission pĂ©rilleuse de la part du colonel Kinski. Celle de retrouver la trace de Diabolikus, un trafiquant d'uranium exilĂ© sur une base secrète des mers des caraĂŻbes parmi ses hommes de main. Avec sa tenue de catcheur au masque noir et collant rouge, l'apparence moulante de Superargo fait indubitablement parti des supers-hĂ©ros les plus craignos de l'histoire du cinĂ©ma ! Pourvu d'une rĂ©sistance surhumaine Ă  l'eau (il a une capacitĂ© thoracique de 11 litres en plongĂ©e, peut descendre jusqu'Ă  une centaine de mètres de profondeur et peut rester sans respirer 5 Ă  7 mns sans avoir Ă  reprendre son souffle !), Ă  la chaleur du feu, au froid (endurance au vent glacial de 13 noeuds Ă  l'heure !) et Ă  l'Ă©lectricitĂ©, Superargo est Ă©galement prĂ©muni contre l'Ă©preuve des balles grâce Ă  sa nouvelle combinaison. 


Mais ce n'est pas tout, la matière particulière de son sang l'empêche également de saigner à la moindre blessure puisqu'il coagule à l'air ! Au niveau des gadgets, il est notamment équipé d'une voiture blindée avec installation radio et télévision, détient des pilules de "mort apparente" pour duper l'ennemi, ainsi qu'un bijou faisant office de micro émetteur récepteur de radio et de télévision afin de communiquer avec les services secrets. Au fil de sa dangereuse mission, il va non seulement devoir combattre les sbires armés de Diabolikus SPOIL !!! mais aussi débusquer un traître de son propre camp et enfin tenter de sauver sa dulcinée prise en otage. Fin du Spoil.
MenĂ© avec intĂ©gritĂ© dans son sĂ©rieux inĂ©branlable, Superargo contre Diabolikus nous invoque un sourire impayable avec son florilège de situations toutes plus grotesques les unes que les autres. Le lot ininterrompu de dialogues impayables et la mine renfrognĂ©e des protagonistes laissant transparaĂ®tre un humour involontaire souvent hilarant. A l'instar de la posture combative de notre super-hĂ©ros, son attitude inexpressive Ă©tant uniquement dominĂ©e par un jeu de regard des plus inflexibles ! En ce qui concerne l'action encourue, le minimum syndical nous est adressĂ© avec toutefois quelques sĂ©quences nerveuses de gunfights pĂ©taradants (mitraillettes Ă  l'appui) et d'explosion de bâtiments ! Mais outre les expĂ©riences de rĂ©sistance physique et de torture commises sur notre hĂ©ros, l'attrait le plus enthousiasmant provient surtout de la rivalitĂ© du duo Superargo/Diabolikus, car ne cessant de se disputer la victoire de la manière la plus imbue et narquoise ! 


InĂ©dit en dvd mais enfin exhumĂ© de l'oubli grâce Ă  Artus FilmsSuperargo contre Diabolikus est une pĂ©pite Z aussi hilarante que puĂ©rile dans son lot de pĂ©ripĂ©ties lourdingues et de personnages mĂ©contents. Une sympathique curiositĂ© au look rĂ©tro qu'auraient tort de se priver les amateurs indĂ©fectibles de nanars !

A la mémoire de Nick Nostro Merci à Artus Films !
Bruno Matéï

vendredi 13 juin 2014

Une journée bien remplie

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Cinemapassion.com

de Jean Louis Trintignant. 1973. France. 1h30. Avec Jacques Dufilho, Luce Marquand, Franco Pesce, Albin Guichard, Andrée Bernard, Louis Malignon, T. Requenae, Jacques Doniol-Valcr.

Sortie salles France: 8 Mars 1973

FILMOGRAPHIEJean Louis Trintignant est un acteur et réalisateur français, né le 11 Décembre 1930 à Piolenc. 1972: Une Journée bien remplie. 1978: Le Maître-nageur.


Illustre acteur de théâtre et de cinĂ©ma, hĂ©ritier d'une filmo proĂ©minente, Jean Louis Trintignant s'Ă©tait notamment attelĂ© Ă  la rĂ©alisation Ă  deux uniques reprises, quand bien mĂŞme sa première oeuvre fit office de vĂ©ritable coup de maĂ®tre. EstampillĂ© film-culte et ovni surrĂ©aliste au sein de notre patrimoine français, Une JournĂ©e bien remplie relate la virĂ©e meurtrière d'un père de famille accompagnĂ© de sa mère, communĂ©ment installĂ©s dans un side-car afin de venger la mort de son fils. Durant leur itinĂ©raire, ils sillonnent les contrĂ©es provinciales pour exterminer un Ă  un le membres des jurĂ©s qui firent condamner un jeune matelot de 22 ans. Satire du dysfonctionnement judiciaire, farce macabre exploitant la loi du talion avec une dĂ©rision proprement irrĂ©sistible, Une JournĂ©e bien remplie peut servir de modèle dans les Ă©coles de cinĂ© pour son sens allouĂ© Ă  l'efficacitĂ© optimale. Or, sur une intrigue Ă©culĂ©e oĂą deux complices perpĂ©tuent le rituel meurtrier d'une implacable vengeance, comment ne pas lasser son public Ă  force de rĂ©pĂ©ter sans modĂ©ration les traditionnelles exactions criminelles ?! 


En tablant sur l'effet du subterfuge (suggĂ©rer la prĂ©sence du criminel alors qu'il s'agit d'un modeste quidam), sur la duperie du coupable mis en cause, sur la cocasserie des situations d'anxiĂ©tĂ© et sur l'inventivitĂ© du crime qui s'ensuit, quand bien mĂŞme la posture studieuse du vengeur ironique s'y symbolise ange de la mort ! Mais ce n'est pas tout, car tout aussi inspirĂ© et imaginatif qu'il soit, Jean Louis Trintignant peaufine sa rĂ©alisation en maĂ®trisant le montage (utilisation habile du fondu enchaĂ®nĂ© pour amener la sĂ©quence suivante), en expĂ©rimentant des procĂ©dĂ©s visuels dissemblables (pause sur image afin d'alerter l'expression du danger, fouiner la cavitĂ© buccale d'une gorge asphyxiĂ©e, ou chorĂ©graphier une harmonie musicale avant-coureuse du clip !) et en versant dans l'hommage emphatique (la reprĂ©sentation de Macbeth), burlesque (les influences de Chaplin et Tati sont de la partie !). Qui plus est, avec sa musique pittoresque variant parfois le ton d'une symphonie orchestrale, l'oeuvre marginale renforce son cĂ´tĂ© dĂ©calĂ© pour y adopter une allure de conte dĂ©sincarnĂ© baignant gĂ©nialement dans l'extravagance. 


Hymne à l'imaginaire, une fête de cinéma de chaque instant.
Avec ses courses-poursuites rocambolesques (en voiture et Ă  vĂ©lo svp), ses situations de danger incessantes et ses revirements alĂ©atoires (après s'ĂŞtre trompĂ©s de victime et accomplis leurs mĂ©faits Ă  visage dĂ©couvert, Jean Rousseau et sa mère doivent Ă©galement affronter les forces de l'ordre dĂ©ployĂ©es en masse !), Une JournĂ©e bien remplie impose le rythme alerte d'une rĂ©alisation littĂ©ralement prodigieuse. Enfin, les prĂ©sences iconiques de Jacques Duffilo et Luce Marquand laissent en mĂ©moire un duo de meurtriers dĂ©sopilants dans leur posture flegmatique, Ă  marque d'une pierre blanche. Tout bien considĂ©re, on peut prĂ©tendre que nous avons affaire Ă  un chef-d'oeuvre d'humour noir incomparable dans le paysage français. 


*Bruno
2èx