mercredi 31 janvier 2018

FAUTE D'AMOUR. Prix du Jury, Cannes 2017

                                          Photo empruntée sur Google, appartenant au site cinemaclock.com

"Нелюбовь / Loveless" d'Andreï Zviaguintsev. 2017. Russie/France/Allemagne/Belgique. 2h07. Avec Mariana Spivak, Alexeï Rozin, Matveï Novikov, Marina Vasilieva.

Sortie salles France: 20 Septembre 2017. Russie: 1er Juin 2017

FILMOGRAPHIEAndreï Petrovitch Zviaguintsev (en russe : Андрей Петрович Звягинцев) est un cinéaste russe né le 6 février 1964 à Novossibirsk. 2003 : Le Retour. 2007 : Le Bannissement. 2012 : Elena. 2014 : Léviathan. 2017 : Faute d'amour.


Production germano-russo-franco-belge récompensée du Prix du Jury à Cannes, Faute d'amour retrace avec un vérisme implacable la quotidienneté monocorde d'un couple en instance de divorce. Ayant déjà indépendamment prémédité leur nouvelle liaison conjugale auprès d'un nouveau partenaire, ils en oublient de se soucier de leur enfant, Aliocha, 12 ans, parti en fugue après avoir subrepticement entendu une conversation blessante sur son sort. Chacun de leur côté, ils s'efforcent d'épauler la police ainsi qu'une brigade afin de retrouver le plus rapidement leur enfant en vie. Introspection morale d'une cellule familiale en crise dénuée depuis trop longtemps de compassion et de dialogues, Faute d'Amour laisse en état de choc sitôt son générique glaçant écoulé. Autant dire qu'il est impossible de sortir indemne de cette épreuve psychologique du point de vue de parents (limite irresponsables) se vautrant dans une médiocrité morale. 


Totalement immergé dans une ambiance de sinistrose davantage anxiogène au fil de recherches infructueuses et de crises conjugales triviales, Andreï Zviaguintsev s'alloue d'une mise en scène solide, jamais voyeuriste ou complaisante, pour nous décrire avec une froideur parfois insupportable l'étude comportementale d'un couple individualiste préalablement élevé dans des conditions aussi guindées. A l'instar de la mère esseulée de Genia, virago haineuse envers sa propre progéniture pour des raisons orgueilleuses et punitives. Constat d'échec d'une société quasi mutique repliée sur elle même et peu enclin à se soucier de son prochain (à l'instar de la nouvelle jeune compagne de Boris littéralement ingrate, égocentrique et capricieuse), Faute d'Amour nous terrifie de malaise par le biais de joutes verbales d'une cruauté insensée lorsque le couple se reporte mutuellement la faute parentale à chacune de leur houleuse retrouvaille. Autant dire que leurs discordes primaires aussi immatures que vulgaires nous désarment d'impuissance et de désarroi face à leur incapacité d'établir une communication censée et d'y éprouver la noblesse des sentiments. Et ce en dépit de leur angoisse dépressive à redouter une issue dramatique auprès de leur bambin.


Très dur, cruel, voir même malsain d'y dénoncer aussi ouvertement et sans concession une démission parentale en perte des valeurs (notamment depuis leur ascendance elle-même réfractaire à l'enseignement, l'amour et au respect d'autrui), Faute d'amour révèle de la manière la plus brute les conséquences désastreuses, immensément tragiques des parents du divorce lorsque l'enfant doit faire face à l'ignorance. A réserver toutefois à un public adulte et préparé pour la remise en cause de son climat dérangeant jusqu'au-boutiste confinant au traumatisme.  

* Bruno

Récompenses: Prix du Jury au Festival de Cannes, 2017
Prix du Syndicat Français de la Critique de Cinéma 2018 : Meilleur film étranger

mardi 30 janvier 2018

ONLY THE BRAVE

                                          Photo empruntée sur Google, appartenant au site impawards.com

de Joseph Kosinski. 2017. U.S.A. 2h15. Avec Josh Brolin, Miles Teller, James Badge Dale, Alex Russell, Jeff Bridges, Andie MacDowell, Taylor Kitsch, Jennifer Connelly, Scott Haze, Ben Hardy, Thad Luckinbill, Geoff Stults.

Sortie salles France: Prochainement. U.S: 20 Octobre 2017

FILMOGRAPHIEJoseph Kosinski est un réalisateur, producteur et scénariste américain né le 3 mai 1974. 2010 : Tron : L'Héritage. 2013 : Oblivion. 2017 : Only the Brave.


Inspiré d'une histoire vraie survenue à Yarnell, Only the Brave relate la quotidienneté professionnelle (puis familiale, mais j'y reviendrai plus bas) des pompiers d'élite combattant les feux de forêt en Arizona. Epaulé d'une distribution prestigieuse comme de coutume dans le schéma (liminaire) du genre catastrophe (Josh Brolin, l'étoile montante Miles Teller, Alex Russell, Jeff Bridges, Andie MacDowell et toujours l'aussi radieuse Jennifer Connelly), Only the Brave constitue l'anti-blockbuster par excellence. Autant donc avertir fissa le grand public féru d'action et de sensations fortes si bien qu'Only the Brave minimise les morceaux de bravoure ostentatoires si on fait fi de son final à la fois dantesque et cauchemardesque. En dépit de l'impression de déjà vu impartie à la caractérisation de personnages en discorde conjugale, Only the Brave puise sa force grâce à sa dimension humaine aussi attachante que poignante.


Le réalisateur s'attardant scrupuleusement à nous familiariser auprès de deux couples (l'un, jeune père toxico en voie de convalescence, l'autre, Eric Marsh, leader des pompiers respecté de tous), notamment afin de mieux nous immerger dans leur choix cornélien (principalement ce dernier très attentionné à parfaire son équipe tout en s'efforçant de préserver l'amour de son épouse délaissée, faute de ses absences répétées). En alternance, et pour rendre dignement hommage à ces soldats du feu prenant parfois des risques inconsidérés (voir aussi malencontreux), le réalisateur nous fait partager leurs missions à haut risque sous la mainmise du leader très à cheval sur la hiérarchie organisée, le sens de la camaraderie et la valeur de la solidarité. Quant au final littéralement bouleversant et assez inattendu si on ignore le dénouement des faits historiques, le réalisateur nous terrasse d'émotions avec une intensité dramatique difficilement gérable. Les protagonistes frappés par la foudre de l'infortune (et leur famille aussi démunie de douleurs et de fragilité) ne s'apitoyant par sur une sensiblerie factice grâce au jeu sans fard des comédiens lestement dirigés.


Sans révolutionner le genre mais en faisant preuve d'une certaine intelligence à privilégier la caractérisation humaine des protagonistes (certes un peu clichés mais pour autant sincères) plutôt que l'esbroufe formelle, Only the Brave demeure une jolie surprise efficacement menée et interprétée. Avec au bout de l'horizon décharnée un bouleversant hommage aux sacrifiés de Yarnell (la moitié de leur ville ayant été détruite par un incendie de colline qu'ils combattaient en cette triste date du 30 Juin 2013). 

* Bruno

lundi 29 janvier 2018

THREE BILLBOARDS: LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE. Meilleur film, Golden Globes 2018 :

                                                Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr 

"Three Billboards Outside Ebbing, Missouri" de Martin McDonagh. 2017. U.S.A. 1h55. Avec Frances McDormand, Woody Harrelson, Sam Rockwell, John Hawkes, Peter Dinklage, Lucas Hedges, Abbie Cornish.

Sortie salles France: 17 Janvier 2018. U.S: 10 Novembre 2017

FILMOGRAPHIEMartin McDonagh est un dramaturge et réalisateur britannique, né le 26 mars 1970 à Camberwell (Londres). 2008: Bons baisers de Bruges. 2012: Sept psychopathes. 2017:  Three Billboards : Les Panneaux de la vengeance


"La colère ne fait qu'engendrer une plus grande colère."
Précédé d'une réputation élogieuse auprès de la critique et affublé de plusieurs récompenses; Three Billboards empreinte la démarche du film policier sous le pilier d'un drame humain à la personnalité marginale. Car baignant dans une atmosphère en demi-teinte de fausse tranquillité (la bourgade d'une Amérique profonde), l'intrigue au sujet grave (une enquête infructueuse auprès d'un viol irrésolu) conjugue loufoquerie (avec même un ou deux éclats de rire nerveux !) et dramaturgie parmi la saisissante audace du politiquement incorrect. De par la posture trop expéditive d'un adjoint de police tire-au-flanc et irascible, et d'une mère de famille aussi grossière et contestataire que provocatrice et vindicative. Indépendamment, tous deux finiront par se confronter à leur propre morale à céder à nouveau à leurs pulsions punitives ou au contraire à contenir leur haine pour panser les plaies de leur passé galvaudé. Le réalisateur prenant soin de ne jamais juger les actions de ses derniers (on dirait de grands enfants s'efforçant malgré eux de survivre parmi leur douleur intime) si bien que le dénouement admirable de sobriété risque de déconcerter certains spectateurs escomptant le happy-end standard.


7 mois se sont écoulés depuis le viol de sa fille disparue dans des circonstances sordides. Afin de provoquer la police à poursuivre leurs recherches et de ranimer le souvenir de la population, Mildre Hayes installe 3 panneaux publicitaires à proximité des lieux du drame. Atteint d'un cancer, le shérif Bill Willoughby s'efforce de calmer les ardeurs de cette dernière. Passionnant, surprenant et poignant, de par l'ossature d'une intrigue à la fois fragile et douloureuse émaillée de rebondissements impondérables, Three Billboards... est avant tout l'étude scrupuleuse d'une variété de personnages forts en gueule mais à la vibrante humanité. Le réalisateur prenant soin de s'écarter de la caricature, notamment grâce à l'intensité des comédiens totalement impliqués dans leur jeu fébrile à provoquer une énigme dénuée d'indices. C'est d'ailleurs la ligne directrice du récit dramatique que de laisser s'exprimer ses protagonistes aussi bien contrariés que torturés car hantés par leur faiblesse caractérielle, par la douleur de leur échec et par la perte de l'être aimé, faute d'un passé familial conflictuel. De par les relations tendues entre flics (réputés pour céder au racisme et aux châtiments) et citadins incivilisés émanent également en background un constat sociétal amer de ne plus croire à l'espoir et à la confiance en la justice.


Magnifiquement mis en scène parmi l'inhabituelle synergie du drame et de la cocasserie, Three Billboards... est également transcendé du jeu autoritaire d'une poignée de comédiens se disputant la mise avec un humanisme désespéré tacite (je privilégie notamment la performance de Sam Rockwell en flicard en quête de rédemption plutôt que la présence iconique de l'immense Frances McDormand en mère marginalisée). Au-delà du plaisir partagé face à ses situations décalées, à sa dramaturgie fragile et à son réseau de rebondissements qu'on ne voit jamais venir, Three Billboards... laisse en mémoire une réflexion sur la réconciliation avec soi même (toute l'intrigue est une initiation à l'amour, au calme et à la sagesse pour accéder à la maturité et mieux panser nos plaies internes) afin de renoncer à une haine contagieuse au sein d'un monde cruel gangrené par l'iniquité. Le terme accrocheur "chef-d'oeuvre" vendu sur l'affiche n'était donc pas usurpé...

* Bruno

Récompenses: Mostra de Venise 2017: prix Orsella pour le meilleur scénario
Festival international du film de Toronto 2017 : prix du public
Festival international du film de La Roche-sur-Yon 2017 : prix du public
Golden Globes 2018 : meilleur film dramatique, meilleure actrice dans un film dramatique pour Frances McDormand, meilleur acteur dans un second rôle pour Sam Rockwell, meilleur scénario

vendredi 26 janvier 2018

A LA LIMITE DU CAUCHEMAR. Saturn Award du meilleur film à petit budget.

                                      Photo empruntée sur Google, appartenant au site iconsoffright.com

"Night Warning / Butcher, Baker, Nightmare Maker" de William Asher. 1982. U.S.A. 1h35. Avec Susan Tyrrell, Bo Svenson, Jimmy McNichol, Bill Paxton, Marcia Lewis, Julia Duffy, Steve Eastin.

Inédit en salles en France. U.S: Février 1982.

FILMOGRAPHIE PARTIELLEWilliam Asher est un réalisateur, producteur et scénariste américain né le 8 août 1921 à New York (États-Unis), et mort le 16 juillet 2012 à Palm Desert. 1957 : The Shadow on the Window. 1957 : The 27th Day. 1960 : No Place Like Home. 1963 : Beach Party. 1963 : Mickey and the Contessa (TV)1964 : Muscle Beach Party. 1964 : Bikini Beach. 1965 : Beach Blanket Bingo. 1965 : How to Stuff a Wild Bikini. 1982 : À la limite du cauchemar (Night Warning). 1985 : Charley's Aunt (TV). 1985 : Movers & Shakers. 1985 : I Dream of Jeannie: 15 Years Later. (TV). 1990 : Return to Green Acres (TV).


Méconnu et très peu diffusé à la télé quand bien même une poignée de vidéophiles des années 80 eurent l'occasion de le louer chez leur video du coin, A la limite du cauchemar n'eut même pas l'opportunité d'une exploitation salles sur notre territoire. D'ailleurs, n'ayant personnellement jamais eu l'occasion d'y jeter un oeil curieux en dépit de sa disponibilité auprès de mon video, il m'aura fallu attendre plus de 35 ans pour tomber incidemment sur une version HD (généreusement postée chez un blog spécifique) et d'y céder après avoir reluqué quelques opinions fougueuses auprès d'un forum. Série B horrifique réalisée par William Asher, spécialiste en séries TV et télé-films, A la limite du cauchemar (titrage français peut-être discutable bien que l'on puisse prêter une vraie allusion au conte horrifique si je me réfère à sa dernière partie d'un onirisme crépusculaire fortuit) nous plonge dans la folie paroxystique d'une tante sexuellement frustrée à la suite d'une adultère en déclin. Ayant perdu ses parents lors d'un tragique accident de voiture, le jeune Billy est recueilli par sa tante protectrice Cheryl Roberts. 14 ans plus tard, à l'aube de sa maturité, celui-ci entame une romance avec une jeune fille dans l'enceinte de son université. Terriblement jalouse et craignant qu'il ne soit soutiré de son cocon familial, Cheryl tente coûte que coûte de préserver son neveu, et ce jusqu'à commettre l'irréparable.


Psycho-killer teigneux, symptomatique des années 80 de par son ambiance envoûtante bougrement soignée (score ombrageux à l'appui), A la limite du Cauchemar constitue à mes yeux une surprenante série B horrifique grâce à l'efficacité de son script, certes assez convenu et émaillé de facilités et chemins de traverse, mais bougrement immersif pour tous les fantasticophiles puristes sensibles aux climats tangibles. Car au-delà de la naïveté de quelques situations, du jeu cabotin de certains personnages outranciers (la voisine fureteuse, l'inspecteur Carlson davantage ridicule à daigner accuser Billy d'un crime d'auto-défense) et d'incohérences un peu grossières (Billy ne parvenant jamais à se rendre compte que le lait ingurgité est frelaté), A la limite du Cauchemar nous entraîne dans une lente descente aux enfers sous l'impulsion erratique d'une célibataire incestueuse avide de reconnaissance. Baignant dans un climat malsain assez feutré et sépulcral (notamment ce qui s'y tapie dans la cave !), l'intrigue tourne autour des agissements toujours plus psychotiques de la tante sombrant peu à peu dans une démence meurtrière incontrôlée. Quand bien même son neveu Billy (jouant par la même occasion aux investigateurs à reconsidérer la potentielle légitime défense du crime) tente de la raisonner de son tempérament castrateur avec une fragile persuasion. Captivant et inquiétant, le récit davantage menaçant et délétère converge au déchaînement de violence lors d'un dernier acte riche en estocades meurtrières (ça tranche et plante à tout va parmi la disparité d'armes blanches) et twists itératifs (aussi bien surprenants que légèrement déroutants !).


Saisissant (même si la forme aurait gagné à être mieux maîtrisée, notamment au niveau de la direction d'acteurs) et envoûtant grâce à la faculté du réalisateur à distiller une ambiance horrifique prédominante (et ce dès sa 1ère partie d'autant plus cinglante !) tout en y brossant un étonnant portrait de serial killeuse que Susan Tyrrell endosse avec un charisme outré pour autant impressionnant, A la limite du cauchemar est à découvrir fissa du fait de son extrême rareté et surtout de son savoir-faire à transfigurer le psycho-killer en conte macabre renouant avec nos réminiscences infantiles.  

P.S: Un grand merci à Contrebandevhs

* Bruno

                                                          Photo empruntée sur Google, appartenant à Vhsdb

mercredi 24 janvier 2018

LES ENTRAILLES DE L'ENFER

             Photo empruntée sur Google, appartenant au site cult-trash-in-french-dvd-composite.blogspot.fr

"The Beast Within" de Philippe Mora. 1982. U.S.A. 1h38. Avec Ronny Cox, Bibi Besch, Paul Clemens, R. G. Armstrong, L.Q. Jones.

Inédit en salles en France. U.S: 12 Février 1982

FILMOGRAPHIEPhilippe Mora (né à Paris en 1949) est un réalisateur australien d'origine française. 1969 – Trouble in Molopolis. 1973 – Swastika (doc). 1975 – T'as pas 100 balles ? (doc). 1976 – Mad Dog Morgan. 1982 – Les Entrailles de l'enfer. 1983 – The Return of Captain Invincible. 1984 – A Breed Apart. 1985 – Hurlements 2. 1986 – Death of a Soldier. 1987 – Hurlements 3. 1989 – Communion. 1994 – Art Deco Detective. 1996 – Precious Find. 1997 – Pterodactyl Woman from Beverly Hills. 1997 – Snide and Prejudice. 1997 – Back in Business. 1998 – Joseph's Gift. 1999 – According to Occam's Razor. 1999 – Mercenary II: Thick & Thin. 2001 – Burning Down the House. 2009 – The Times They Ain't a Changin'. 2009 – The Gertrude Stein Mystery or Some Like It Art. 2011 – German Sons. 2012 – Continuity.


Réalisé par l'inénarrable Philippe Mora (Hurlements 2 et 3, The Return of Captain Invincible, excusez du peu !), les Entrailles de l'Enfer fit les beaux jours des vidéophiles à l'orée des années 80. Plaisir coupable du samedi soir si j'ose dire, l'intrigue abracadabrantesque (inspirée d'un roman d'Edward Levy et réactualisé par le scénariste Tom Holland) vaut à elle seule le détour. Jugez en ! Violée par un monstre 17 ans plus tôt lors d'une panne de voiture sur une route campagnarde,  Caroline MacCleary s'inquiète aujourd'hui de l'état dépressif de son fils Michael victime de terrifiants cauchemars nocturnes. Pour preuve, ce dernier semble possédé par l'esprit de Billy Connors sauvagement assassiné 17 ans au préalable dans de mystérieuses circonstances. Alors que ses parents et la police locale tentent d'éclaircir leur sombre passé auprès de l'éventuelle existence d'un monstre-insecte (une cigale humaine plus précisément), les victimes s'allongent. Baignant dans un plaisant climat horrifique gentiment malsain au fil des exactions meurtrières du tueur affamé de chair humaine (et de sexe !), les Entrailles de l'enfer exploite maladroitement la thématique du monstre au sein d'un contexte contemporain.


Armé de clichés, de situations téléphonées et d'invraisemblances autour d'un montage parfois elliptique, Philippe Mora s'efforce pour autant de soigner la forme (en cinémascope) grâce à son amour du genre grand-guignolesque. Car aussi ubuesque soit son intrigue et ses situations gogos (à peine inspirées d'un certain Vendredi 13 - comptez 1 meurtre tous les quarts-d'heure -), les Entrailles de l'Enfer ne provoque jamais l'ennui, tant et si bien qu'il amuse la galerie avec une douce efficacité.  Et ce grâce notamment au jeu cabotin d'une escouade de seconds-couteaux bien connus des amateurs (Ronny Cox, Bibi Besch, R. G. Armstrong, L.Q. Jones, Katherine Moffat, Don Gordon) s'investissant dans leur rôle (investigateur ou interlope) avec un sérieux imperturbable ! Qui plus est, dans celui du tueur névrosé transi d'émoi et de démence, Paul Clemens s'alloue d'un physique assez particulier pour exprimer une terreur viscérale constamment outrancière, et ce pour le plaisir des amateurs de ciné Bis où tout est permis. A ce sujet festif, sa dernière partie complètement hallucinée, débridée et explosive se permet également de mettre en exergue une métamorphose disproportionnée à base de prothèses et de latex que Tom Burman plagie afin de concurrencer le célèbre Hurlements de Joe Dante. Le monstre ressemblant à s'y m'éprendre à un lycanthrope plutôt qu'à une cigale mutante.


Amusant, inquiétant et parfois même hilarant (son final dantesque vaut son pesant de cacahuètes lorsque nos protagonistes armés sèment la pagaille autour du monstre et vice-versa !) sous le pilier d'une intrigue cintrée, les Entrailles de l'Enfer exploite le "saturday night horror movie" avec un certain savoir-faire visuel et technique (fx artisanaux à l'appui) en dépit de l'évidente maladresse de sa réalisation plutôt paresseuse à s'apitoyer sur les redondances. Mais grâce à son climat horrifique gentiment atmosphérique, à ses effets gores parfois croquignolets (dont un arrachage de tête à main nue !) et à la force (faussement) tranquille des comédiens de seconde zone, ce nanar estampillé "80" fleure bon le divertissement impudent si bien qu'il se permet aujourd'hui d'aviver la cocasserie des situations les plus folingues. 

* Bruno

mardi 23 janvier 2018

JUNGLE

                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site dpstream.net

de Greg McLean. 2017. Australie/Colombie. 1h55. Avec Daniel Radcliffe, Alex Russell, Thomas Kretschmann, Joel Jackson, Jasmin Kassim, Jacek Koman

France : 10 janvier 2018 (uniquement en DVD)

FILMOGRAPHIE: Greg McLean est un réalisateur, scénariste et producteur australien.
2005: Wolf Creek. 2007: Solitaire. 2014: Wolf Creek 2. 2016 : The Darkness. 2016 : The Belko Experiment. 2017: Jungle.


Récit d'aventures à la fois épique et cauchemardesque du point de vue d'un survivant embourbé malgré lui dans la jungle bolivienne, Jungle rend dignement hommage au véritable Yosseph "Yossi" Ghinsberg. Un aventurier israélien influencé par le périple d'un certain Karl Ruchprecter (ruffian énigmatique comme le souligne son générique manuscrit) à dénicher l'une des rares tribus indiennes vivant en autarcie. Accompagné de deux de ses camarades réticents de prime abord à accepter l'invitation, Yossi finit par être livré à lui même à la suite du naufrage de son radeau. Greg McLean, réalisateur du traumatisant et désormais classique Wolf Creek, nous assène un nouvel uppercut à travers Jungle. De par sa faculté aguerrie à nous immerger de plein fouet dans une nature hostile avec un réalisme rigoureux (pour ne pas dire perturbant, notamment lors de sa dernière partie draconienne). Certaines séquences terriblement intenses et suffocantes (celles du radeau) faisant office d'anthologie dans la manière terriblement alerte de nous participer à l'action et d'y saisir l'effroi des protagonistes se dépêtrant de la mort avec un énergie surhumaine.


Mais au-delà de ces séquences liminaires proprement vertigineuses et à couper le souffle (on peut aussi largement citer un peu plus tard l'éprouvante séquence des sables mouvants), Jungle n'est pas une de ces séries B standards soumises à l'esbroufe métronomique pour contenter le grand public. Oubliez donc son titre et son affiche somme toute triviaux et laissez vous guider par l'épreuve de force (aussi bien physique que morale !) de l'aventurier en herbe Yossi Ghinsberg en pleine initiation de survie ! Son parcours du combattant à déjouer intempéries, faune sauvage, pièges et dangers de l'enfer vert nous laissant sur les rotules, quand bien même son générique final faisant intervenir les vrais témoins de l'expédition nous provoque une poignante humilité, (Spoil ! notamment auprès de la carrière professionnelle de Yossi Ghinsberg fin du Spoil). Au-delà du jeu très convaincant de chacun des comédiens (particulièrement Alex Russell en "grande gueule" beaucoup plus droit et intègre qu'il n'y parait !), Daniel Radcliffe (on ne présente plus la saga Harry Potter qui le fit tant connaître) vole la vedette à ses congénères avec une étonnante maturité. Ce dernier parvenant à nous faire croire à sa résilience (surnaturelle ?!) par l'acuité de son jeu viscéral d'une vibrante humanité. De par sa métamorphose corporelle (son enveloppe filiforme/décharnée se prête parfaitement à sa condition précaire !) et l'intensité de son regard désespéré au confins de la démence (habile utilisation de visions hallucinogènes en sus même si on y devine rapidement sa facticité).


Survival inébranlable bâti autour d'une aventure humaine à la fois intense, épique, éprouvante et fascinante (notamment au travers de la beauté de sa nature sauvage), et ce sans se livrer à l'impression de déjà vu (Greg McLean s'efforçant de décrire ce périple authentique avec une efficacité, un réalisme et une intelligence à hauteur d'homme), Jungle transcende la série B ludique sous l'impulsion d'un survivant emblématique (que campe brillamment Radcliffe). Dtv honteusement occulté dans nos salles, Jungle est découvrir toutes affaires cessantes si bien que vous n'êtes pas prêts d'oublier l'endurance titanesque du vrai héros de chair et de sang: Yossi Ghinsberg (notamment à travers sa bouleversante histoire d'amitié !). 

* Bruno

lundi 22 janvier 2018

MISE A MORT DU CERF SACRE. Prix du scénario, Cannes 2017.

                                                Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"The Killing of a Sacred Deer". 2017. U.S.A/Grèce/Angleterre. 2h02. Avec Colin Farrell, Nicole Kidman, Barry Keoghan, Raffey Cassidy, Sunny Suljic, Alicia Silverstone.

Sortie salles France: 1er Novembre 2017 (Int - 12 ans). U.S: 3 Novembre 2017 (Int - 17 ans)

FILMOGRAPHIEYórgos Lánthimos (en grec : Γιώργος Λάνθιμος, né en 1973) est un réalisateur et dramaturge grec. 2005 : Kinetta. 2009 : Canine. 2011 : Alps. 2015 : The Lobster. 2017 : Mise à mort du cerf sacré. 2018 : The Favourite.


Entre l'admirable et le raté (je me demande encore si j'ai vraiment apprécié ce règlement de compte  interlope !), un thriller expérimental nébuleux (métaphore oh combien baroque sur la perte de l'être cher entraînant une vendetta surnaturelle !) qui vaut essentiellement pour sa remarquable interprétation (tant auprès des comédiens adultes que des enfants) et sa mise en scène stylisée (travellings alambiqués un peu trop nombreux reprocheront certains) distillant un envoûtant climat d'étrangeté proche de Shining de Kubrick (notamment grâce à l'utilisation circonspecte de sa musique symphonique). Ca passe ou ça casse...

* Bruno

vendredi 19 janvier 2018

FANTOMAS SE DECHAINE


                                  Photo empruntée sur Google, appartenant au site boxofficestory.com

de André Hunebelle. 1965. France/Italie. 1h40. Avec Jean Marais, Raymond Pellegrin, Louis de Funès, Mylène Demongeot, Jacques Dynam, Michel Duplaix.

Sortie salles France: 8 Décembre 1965

FILMOGRAPHIE: André Hunebelle est un maître verrier et réalisateur français, né le 1er Septembre 1896 à Meudon (Hauts-de-Seine), décédé le 27 Novembre 1985 à Nice. 1948: Métier de fous. 1949: Millionnaires d'un Jour. 1949: Mission à Tanger. 1950: Méfiez vous des Blondes. 1951: Ma Femme est formidable. 1952: Massacre en dentelles. 1952: Monsieur Taxi. 1953: Les Trois Mousquetaires. 1953: Mon Mari est merveilleux. 1954: Cadet Rousselle. 1955: Treize à table. 1955: l'Impossible Monsieur Pipelet. 1956: Casino de Paris. 1956: Mannequins de Paris. 1956: Les Collégiennes. 1957: Les Femmes sont marrantes. 1958: Taxi, roulotte et Corrida. 1959: Le Bossu. 1959: Arrêtez le massacre. 1960: Le Capitan. 1961: Le Miracle des Loups. 1962: Les Mystères de Paris. 1963: Oss 117 se déchaîne. 1963: Méfiez vous Mesdames. 1964: Banco à Bangkok pour Oss 117. 1964: Fantômas. 1965: Furia à Bahia pour Oss 117. 1965: Fantômas se déchaîne. 1967:   Fantômas contre Scotland Yard. 1968: Pas de roses pour Oss 117. 1968: Sous le signe de Monte-Cristo. 1971: Joseph Balsamo. 1974: Les Quatre Charlots Mousquetaires. 1974: Les Charlots en Folie: A nous quatre Cardinal ! 1978: Ca va faire tilt.


Un an après les aventures de Fantômas couronné d'un succès public (4,5 millions d'entrées), André Hunebelle rempile pour une suite aussi réussie, Fantômas se déchaîne. Cette fois-ci, ce dernier est désireux de devenir le maître du monde grâce à l'élaboration d'une machine télépathique capable de commander les esprits des gens. Pour parfaire ses intentions, et après avoir kidnappé un savant, il complote de ravir un autre scientifique, le professeur Lefebvre. Seulement, le journaliste Fandor a l'ingénieuse idée de se faire passer pour celui-ci après avoir usurpé son identité et ce grâce à un masque plus vrai que nature (la propre invention de Fantômas précédemment employée). De son côté, le commissaire Juves et ses sbires en faction vont donc tenter d'alpaguer Fantômas en flagrant délit de rapt du faux professeur.


On ne change pas une équipe et une recette qui gagnent ! André Hunebelle appliquant à la règle les ingrédients du précédent volet (comédie, aventures, action s'enchaînant au gré d'un scénario rocambolesque) sous l'impulsion de notre habituel trio héroïque (De Funès, Jean Marais, Mylène Demongeot) communément fringants à daigner déjouer les stratagèmes de Fantômas (toujours aussi fascinant avec sa voix caverneuse et son masque de latex bleu !). Qui plus est, ce dernier toujours plus mégalo, finaud et délétère possède plus d'un tour dans son sac, telle l'idée incongrue de ressusciter les têtes de ses ennemis après les avoir décapités ! Truffé de quiproquos, gags et gadgets (Juves et son bras amovible pour duper ses adversaires en cas de "haut les mains", son cigare explosif on encore son pilon mitrailleur derrière le déguisement d'un corsaire borgne), sans compter l'action bondissante (corps à corps chorégraphiques provoqués par un Jean Marais particulièrement pugnace) faisant ensuite intervenir poursuites en avion et voiture volante, Fantômes se déchaîne n'en oublie pas pour autant la forme lors du repère futuriste de Fantômas. Un petit palais domestique d'un esthétisme baroque et flamboyant situé à proximité d'un volcan.


Friandise populaire haute en couleurs par sa bonne humeur, ses idées folles et ses éclats de rire (De Funès en forme olympique explose une fois de plus l'écran grâce à ses mimiques et tics impayables), Fantômas se déchaîne perdure son capital comique avec une sincérité et une générosité indéfectibles. 

La chronique de Fantomas: http://brunomatei.blogspot.fr/2012/10/fantomas.html

* Bruno

jeudi 18 janvier 2018

BLOODY MAMA

                                                Photo empruntée sur Google, appartenant au site Cine-bis-art

de Roger Corman. 1970. U.S.A. 1h31. Avec Shelley Winters, Pat Hingle, Don Stroud, Diane Varsi, Bruce Dern, Robert De Niro.

Sortie salles France: 25 Novembre 1970 (Int - 18 ans). U.S: 24 Mars 1970

FILMOGRAPHIE: Roger Corman est un cinéaste américain, né le 5 avril 1926 à Détroit, Michigan
1955: Day the World Ended. 1956: It's Conquered the World. 1957: Rock all Night. 1957: l'Attaque des Crabes Géants. 1957: Not of this Earth. 1957: Vicking Women. 1957: The Undead. 1958: War of the Satellites. 1958: She-Gods of Shark Reef. 1958: Swamp Women. 1958: Teenage Caveman. 1958: Mitraillette Kelly. 1959: Un Baquet de Sang. 1960: La Petite Boutique des Horreurs. 1960: La Chute de la Maison Usher. 1961: Ski Troop Attack. 1961: La Chambre des Tortures. 1961: Atlas. 1962: The Intruder. 1962: l'Enterré Vivant. 1962: l'Empire de la Terreur. 1962: La Tour de Londres. 1963: Le Corbeau. 1963: La Malédiction d'Arkham. 1963: l'Horrible cas du Dr X. 1963: l'Halluciné. 1964: Le Masque de la Mort Rouge. 1964: l'Invasion Secrète. 1965: La Tombe de Ligeia. 1965: Not of this Earth. 1966: Les Anges Sauvages. 1967: l'Affaire Al Capone. 1967: The Trip. 1970: Bloody Mama. 1971: Gas-s-s-s. 1971: Le Baron Rouge. 1990: La Résurrection de Frankenstein.


Perle culte du maître de la série B Roger Corman très peu diffusée à la TV en raison de sa grande violence et de son climat malsain assez fétide (photo sépia à l'appui), Bloody Mama exploite le film de gangsters, tendance Bonnie and Clyde (son final aussi explosif que sanglant peut aussi faire office de clin d'oeil), avec un réalisme étonnamment poisseux ! Censuré en France dès sa sortie, même si au bout d'un mois la sanction fut levée après la coupe de quelques plans et ce grâce à la protestation épistolaire de son auteur, Bloody Mama ne laisse pas indifférent dans son accumulation d'exactions meurtrières qu'une famille dysfonctionnelle exerce dans l'immoralité la plus décomplexée. Dirigés par une matriarche insurgée contre la société et donc choisissant comme seul recours à sa survie le banditisme pour se sortir de la précarité, alors qu'une crise sociale bat son plein (celle de 29 !), ces fils d'autant plus éduqués de manière incestueuse finissent par succomber à une folie meurtrière incontrôlée. Et ce avant de se rebeller contre leur autorité maternelle avec un soupçon de prise de conscience morale eu égard de leur condition soumise, psychotique et dépravée.


Cumulant à un rythme parfois spectaculaire braquages à main armée, rapts et châtiments criminels d'une gratuité insupportable (la noyade dans la baignoire d'une jeune quidam), Bloody Mama nous plonge dans leur virée sauvage et quotidienneté domestique sous l'impériosité de Shelley Winters habitée par son rôle d'orgueilleuse d'un franc-parler intarissable. Outre son interprétation iconique assez impressionnante car d'autant plus expansive; cette dernière est accompagnée d'une flopée de seconds-rôles tous aussi convaincants parmi lesquels Pat Hingle, Don Stroud,  (absolument affirmé en bras droit stoïque !), Diane Varsi, Bruce Dern et le tout jeunot Robert De Niro dans un de ces tous premiers rôles en toxico inconséquent. Au-delà du vérisme de sa reconstitution historique et de la beauté solaire de sa campagne étonnamment paisible, Bloody Mama oppose climat baroque et malsain à la lisière d'une horreur insalubre. Comme en témoigne cette séquence dérangeante tacite à l'angoisse lourde (la tentative de drague d'un De Niro camé auprès d'une baigneuse terrifiée à l'idée de l'embrasser) ou d'autres moments d'une violence âpre (la noyade susnommée, le passage à tabac des 2 fermiers au cours du 1er acte, le cochonnet attaché à la corde d'une barque afin de servir d'appât à un crocodile puis enfin le règlement de compte forcené d'une folie criminelle suicidaire entre les Baker et les forces de l'ordre).


Témoignage glaçant d'une famille dysfonctionnelle sombrant dans la criminalité la plus couarde et fasciste en pleine crise de 29, Bloody Mama façonne intelligemment la série B parmi l'efficacité de son parti-pris documenté aussi fascinant que répulsif. Sa narration et son montage semés d'ellipses et d'une temporalité sporadique renforçant l'aspect foutraque, impromptue de l'expédition meurtrière. A redécouvrir avec un vif intérêt si bien qu'il s'agit probablement de l'oeuvre la plus rugueuse et dérangeante de Corman.

* Bruno
2èx

mercredi 17 janvier 2018

LES FANTOMES DU PASSE

                                                  Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Ég man þig" de Óskar Thór Axelsson. 2017. Islande. 1h44. Avec Jóhannes Haukur Jóhannesson, Ágústa Eva Erlendsdóttir, Thor Kristjansson.

Sortie salles Islande: 5 Mai 2017. U.S: 10 Novembre 2017

FILMOGRAPHIE: Óskar Thór Axelsson est un réalisateur et scénariste islandais. 2012. Svartur á leik. 2017: Les Fantômes du passé.


"Quand quelqu'un meurt par pendaison, la mort est causée par l'arrêt de la circulation sanguine vers le cerveau. Les gens perdent conscience très rapidement. C'est assez peu douloureux, presque comme s'ils s'endormaient."

Production islandaise, Les Fantômes du Passé est le second long-métrage d'Óskar Thór Axelsson. Réalisateur néophyte méconnu chez nous alors qu'une sortie salles n'est toujours pas prévue dans nos contrées, les Fantômes du Passé est ce que l'on prénomme une pépite horrifique probablement vouée au mutisme ou à l'indifférence faute d'exportation timorée. Suspense horrifique tendu comme un arc autour d'une intrigue à tiroirs impeccablement charpentée, les Fantômes du passé cumule les indices et rebondissements en pagaille à un rythme métronomique, et ce sans JAMAIS céder au racolage pour mieux nous distraire. Autant dire que cette petite production issue des "îles Féroé" joue dans la cour des grands à exploiter le genre horrifique avec une surprenante maturité. De par son refus des convenances (même si on prête parfois une allusion à la Malédiction et autres récits satanistes) et surtout avec l'ambition de rendre convaincante une histoire surnaturelle de fantôme revanchard d'un réalisme souvent froid (notamment parmi l'exploitation de ces superbes paysages réfrigérants se prêtant parfaitement à la monotonie narrative).


Résolument inquiétant et donc toujours plus passionnant autour d'une investigation occulte qu'un psychiatre (rationnel) tente de résoudre afin d'élucider deux disparitions d'enfants (dont celle de son propre fils), les Fantômes du passé entrecroise deux intrigues parallèles pour mieux nous surprendre avec au bout du cheminement sinueux un lien commun entre ces deux tragédies. Le réalisateur faisant notamment preuve d'une finaude gestion Spoil ! de la temporalité des évènements décrits (mais chut, j'en dis peut-être un peu trop !) fin du Spoil.  Dans la lignée du chef-d'oeuvre l'Enfant du Diable de Peter Medak auquel on songe inévitablement pour le cruel châtiment imputé à l'innocence sacrifiée, les Fantômes du passé cultive sobriété et lucidité auprès de la caractérisation des personnages aussi bien tourmentés que démunis car s'efforçant de reconstituer les pièces d'un puzzle ne demandant qu'à s'y consolider. Les comédiens dépouillés (aux réactions censées) et méconnus (sur notre territoire) faisant preuve d'une implication morale pugnace en dépit des dangers permanents imposés sur leur trajectoire (tant auprès des témoins du passé que des intervenants actuels). Et si la terreur des séquences les plus cauchemardesques est aux abonnés absents, Óskar Thór Axelsson privilégie plutôt la dextérité d'une angoisse sous-jacente/feutrée et surtout sur l'intensité d'un suspense à couper au rasoir pour nous scotcher. Le spectateur scrupuleusement attentif à tenter de comprendre les tenants et aboutissants des personnages meurtris étant incapable de détacher son regard de l'écran sitôt le générique (déroutant) écoulé.


L'ange du mal
Thriller fantastique hypnotique transcendé par son scénario en béton réfractaire aux effets de manche et fioritures, Les Fantômes du Passé honore le genre surnaturel parmi la perspicacité de son auteur délibéré à croire à ce qu'il raconte par le biais de sa caméra avisée radiographiant les états d'âmes des protagonistes avec une intensité dramatique non démonstrative (à l'instar d'une découverte macabre dont nous n'apercevrons jamais le corps). A découvrir d'urgence et à propager autour de vous un "bouche à oreille" on ne peut plus intègre d'autant plus que son épilogue si suggestif perdure dans le questionnement avec l'habile intelligence du non-dit. 

* Bruno

mardi 16 janvier 2018

LA PROIE DE L'AUTOSTOP

Photo empruntée sur Google, appartenant au site clubdesmonstres.com

"Autostop Rosso Sangue" de Pascal Festa Campanile. 1977. Italie. 1h44 (uncut). Avec Franco Nero, Corinne Cléry, David Hess, Joshua Sinclair, Carlo Puri, Ignazio Spalla, Leonardo Scavino, Monica Zanchi.

Sortie salles U.S: 12 Juillet 1978. Le film a été classé X en France de 1978 à décembre 1981
Les diverses versions censurées à l'international: Canada, France: 82 mns. UK; 98 mns.

FILMOGRAPHIEPascal Festa Campanile est un réalisateur, scénariste et producteur italien, né le 28 Juillet 1927, décédé le 25 Février 1986. 1984: Uno scandalo perbene. 1983 Il petomane. 1983 Un povero ricco. 1982 Più bello di così si muore. 1982 Bingo Bongo. 1982 La fille de Trieste. 1982: Porca vacca. 1981 Culo e camicia. 1981 Personne... n'est parfait! 1981 Manolesta. 1980 Mon curé va en boîte. 1980 Le larron. 1980 Il ritorno di Casanova. 1979 Il corpo della ragassa. 1979 Week-end à l'italienne (segment "Domenica"). 1978 Gegè Bellavita. 1978 Come perdere una moglie e trovare un'amante. 1977 La proie de l'autostop. 1977 Cara sposa. 1976 Dimmi che fai tutto per me. 1976 La grande bagarre. 1975 En 2000, il conviendra de bien faire l'amour. 1974 La sculacciata. 1973: L'emigrante. 1973 Rugantino. 1972 La calandria. 1972 Jus primae noctis. 1972 Quand les femmes perdirent leur queue. 1971 Ma femme est un violon. 1970 Quand les femmes avaient une queue.  1970 Tu peux... ou tu peux pas? 1969 Scacco alla regina. 1969 Dove vai tutta nuda? 1968 L'amour à cheval. 1968 Il marito è mio e l'ammazzo quando mi pare. 1967 La ceinture de chasteté. 1967 La fille et le général. 1966 Adulterio all'italiana. 1966 Une vierge pour le prince. 1964 Avec amour et avec rage. 1964 Le sexe des anges. 1963 Amour sans lendemain.


Cinéaste italien prolifique, Pascale Festa Campanile est signataire de 43 longs-métrages, pour la plupart des oeuvres mineures destinées à divertir à l'instar de ses comédies polissonnes. Vilain petit canard, La proie de l'auto-stop s'avère son unique incursion dans le road movie "déviant", sans doute aussi afin de surfer sur le filon de quelques "interdits" sulfureux des Seventies parmi lesquels, La Dernière Maison sur la gauche, I spit on your grave, Chiens enragés, Week-end sauvage ou encore la bête tue de sang froidUn couple en discorde conjugale s'égare sur les routes bucoliques de Californie. Le mari, plutôt porté sur l'alcool, ne songe qu'à la violenter et l'insulter en guise d'impériosité. Cette dernière davantage délaissée lui tolère néanmoins ses exactions en espérant un avenir moins complaisant. Mais l'irruption fortuite d'un auto-stoppeur va au contraire les précipiter dans un jeu de provocations toujours plus délétères. Sur le canevas du road movie conjugué au western moderne, Pascale festa Campanile y transcende un survival immoral baignant dans le cynisme et la débauche morale. Celui-ci se focalisant sur la relation tendue entre deux otages et leur tortionnaire évoluant dans le cadre champêtre d'un climat solaire épargné de citadins et d'habitation. De par leur état d'âme corruptible et leur situation sociale précaire, le couple d'otages finira par effleurer la complicité, faute du conflit incongru entre les deux hommes ayant lamentablement échoué leur vocation professionnelle. Durant leur itinéraire impondérable centré sur le huis-clos exigu (l'habitacle d'une voiture tractant une caravane), les deux machiste au franc-parler dévastateur vont s'opposer à renfort de provocations aussi bien verbales que physiques. Leur posture risible émanant d'un complexe de supériorité avec comme motivation majeure la quête de soumission chez l'esprit le plus faible et fragile, en l'occurrence une aguicheuse paumée ballottée tous azimuts.


En prime, et pour renchérir l'esprit corrosif de cette farce ubuesque, l'auto-stoppeur (utopiste) sollicitera à l'époux de lui écrive un livre, une autobiographie sur ces frasques dépravées. Celui-ci subordonné à son bourreau se révélant un journaliste peu ambitieux, car tire-au-flanc, accroc à l'alcool et surtout assujetti à un méprisant égotisme. Au centre de ce duo primaire d'une rare médiocrité, la jeune femme soumise fait office d'objet sexuel lors de leur compétition machiste. L'intrigue linéaire pour autant constamment efficace et tendue chez la psychologie de ces misanthropes et de la femme incapable de s'affirmer tient donc en haleine grâce à leur confrontation sur le fil du rasoir. Durant le périple, quelques incidents impromptus vont d'autre part leur permettre de les mettre à l'épreuve meurtrière de par leur penchant pour la dégradation morale où les coups les plus couards seront permis. L'itinéraire sans issue s'acheminant à la tragédie sardonique auprès du dénouement nihiliste où les rôles vont être amenés à s'inverser ! (la dernière image est à ce titre diablement éloquente !). Dans celui du journaliste moustachu vil, rustre et persifleur maltraitant à sa guise sa femme tel un pantin, Franco Nero est détestable d'hypocrisie et de lâcheté Spoil ! et ce jusqu'à ces agissements de dernier ressort d'une audace amorale Fin du Spoil. Psychopathe inculte à la fois décérébré et vicié, David Heiss lui partage la vedette avec le charisme licencieux qu'on lui connait dans ce genre de rôle sans vergogne fondé sur l'exaction criminelle et la débauche sexuelle. Concupiscente en diable dans une fausse innocence et d'une charnalité plantureuse, Corinne Cléry y symbolise la potiche victimisée en dépit d'une certaine ambiguïté masochiste à se laisser trop facilement livrer aux abus sexuels des 2 lurons (face au témoignage impuissant de son époux ligoté, simule t'elle vraiment l'orgasme afin de se venger de ces années d'humiliation conjugale ?). La scène du viol volontairement provocante mais habilement sobre lors des ébats et échanges de regards complices restant un modèle de perversité où chaque témoin s'y condamne un peu plus. On peut aussi noter l'aspect quelque peu ironique du score d'Ennio Morricone afin de grossir le trait mesquin de la situation de soumission (celle équivoque de l'épouse mais aussi du mari contraint de la reluquer sans pouvoir lui porter secours).  


Affreux, sales et méchants
Avec sa bande-son disparate "pop et banjo" sensiblement en décalage avec son cheminement dramatique, La Proie de l'auto-stop est une de ces séries B impertinentes à l'aura de souffre toujours plus palpable (son final trivial nous laissant sur le bitume de la déconvenue !). Une oeuvre insolente à la liberté de ton provocatrice dans son alliage de cynisme lubrique et de violence escarpée flattant les bas instincts du marginal le plus irresponsable. Sous couvert de Road trip d'exploitation typiquement transalpin (notamment à travers le sous-genre du Rape and revenge s'invitant en fin de parcours) y émane une oeuvre culte particulièrement vrillée que Pascale Festa Campanile imprime sans complexe avec une personnalité résolument sarcastique. 

Bruno
16.01.18. 3èx
08.03.11. (975 v)

lundi 15 janvier 2018

THE STRANGE ONES

                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Christopher Radcliff et Lauren Wolkstein. 2017. U.S.A. 1h22. Avec Alex Pettyfer, James Freedson-Jackson, Emily Althaus, Gene Jones, Owen Campbell.

Sortie salles France: 27 Juin 2018. U.S: 5 Janvier 2018

FILMOGRAPHIE: Christopher Radcliff est un réalisateur, scénariste et producteur américain.
Lauren Wolkstein est une réalisatrice et scénariste américaine, né le 20 Mars 1982 à Baltimore.
2017: The Stranger Ones.


En 2011, deux jeunes cinéastes fans de shorts s'associaient pour The Strange Ones, un court d'une quizaine de minutes. En 2017, nos deux cinéastes, Christopher Radcliff et Lauren Wolkstein, proposent une version longue avec des changements notables. La force du court était son atmosphère et un jeu fait d'ambivalences.

Le thriller psychologique a toujours offert des productions solides. En 2008 par exemple, Tom Shankland et son The Children nous invitaient dans la noirceur d'un scénario par moments jubilatoires. De même, en 2005, David Slade et son Hard Candy distillaient le malaise avec une certaine aisance.
En 2017, The Strange Ones apporte sa pierre à la chapelle ténébreuse. Le scénario du film suit le périple d'un jeune garçon et de son frère. Un voyage énigmatique, les réalisateurs jouant d'ellipses narratives et de flashbacks pour mieux égarer le spectateur. Pas simple au début de replacer les pièces d'un puzzle subtilement enchevêtrées. Et tout l'art de cette bobine ne se résume pas seulement à la nébuleuse qui embrasse cette histoire riche de sens quand on sait patienter.

On en vient ainsi au seul problème du film, susceptible de faire perdre patience aux plus exigeants : son rythme est loin des canons chers à notre bon vieux metteur en scène de comptoir, je parle de Michael Bay. Mais revenons à The Strange Ones et à son rythme, il faudra se montrer stoïque tout au long du récit. Il est certain que la lenteur assumée a de quoi rebuter l'individu sous acide, ou le simple spectateur à la sempiternelle remarque : "Il ne se passe rien dans ce film". Mon gars, ce n'est pas parce que tu ne vois pas des tirs de pistolet toutes les 3 minutes 22 que tu peux affirmer qu'il ne se passe rien. J'ajouterai : "Même quand tu vas aux chiottes, il se passe un truc."
Garçon, cela s'appelle un thriller psychologique, et je peux l'affirmer, The Strange Ones est une oeuvre de qualité. Son rythme indolent épouse parfaitement les contours d'un récit qui va peu à peu se dramatiser. Habilement, Radcliff et Wolkstein vont s'ingénier à nous perdre ; à altérer notre façon d'envisager la chose.

Une des forces de film aura été d'y ajouter un soupçon de fantastique. Un fantastique énigmatique, jamais pleinement assumé. Cela donne à cette bobine une certaine allure, offrant à l'ambiance déjà parfaitement maîtrisée et troublante, une richesse étonnante. On mettra aussi en avant les deux acteurs principaux, Alex Pettyfer (Time Out, 2011) et le jeune James Freedson-Jackson (Cop Car, 2015). Ils jouent parfaitement et sont dirigés avec talent.
La réal est faite d'un cadrage parfois sublime, d'un photo au diapason, d'un montage sensé et de...

De par ses thèmes traités, ce film est à réserver à un public averti.

Cet article a été écrit par Hcar 1

vendredi 12 janvier 2018

LA FORME DE L'EAU. Lion d'or, Venise 2017.

                                                                             Photo empruntée sur Google

"The Shape of Water" de Guillermo Del Toro. 2017. U.S.A. 2h03. Avec Sally Hawkins, Michael Shannon, Octavia Spencer, Doug Jones, Michael Stuhlbarg, Lauren Lee Smith.

Sortie salles France: 21 Février 2018. U.S: 8 Décembre 2017 (Int - 17 ans)

FILMOGRAPHIE: Guillermo Del Toro est un réalisateur, scénariste, romancier et producteur américain, né le 9 Octobre 1964 à Guadalajara (Jalisco, Mexique). 1993: Cronos. 1997: Mimic. 2001: l'Echine du Diable. 2002: Blade 2. 2004: Hellboy. 2006: Le Labyrinthe de Pan. 2008: Hellboy 2. 2013: Pacific Rim. 2015: Crimson Peak. 2017: La Forme de l'Eau.


      "Heureux sont les yeux qui n'ont pas besoin d'illusion pour voir que le spectacle est grand !".

Précédé d'une réputation élogieuse (en témoignent ses récompenses énumérées en fin d'article), le film "évènement" de Guillermo Del Toro et une nouvelle invitation au rêve et à la magie du 7è art. Ainsi, localisant l'intrigue durant la guerre froide des années 60, Guillermo del Toro nous déclare sa flamme au cinéma vintage et à ces anciens fauteuils, ossature en bois et assises d'un rouge velours. A l'instar de la Dernière séance qu'Eddie Mitchell et sa serveuse réanimèrent durant les années 80 à travers notre lucarne parentale. Mais derrière cette franche tendresse pour le cinéma de papa, Del Toro empreinte la mise en abyme pour mieux télescoper son conte de fée si bien que les héros eux-mêmes se fascinent pour l'écran géant avec ce même regard infantile (à ce titre leur retrouvaille dans la salle de cinéma distille une émotion improvisée exaltante, aussi brève soit-elle). Hymne à l'amour des monstres et à l'ardeur des sentiments par le biais du droit à la différence, La Forme de l'Eau est touché par la grâce du réalisateur (à nouveau) au firmament de son génie créatif si bien que son récit, pour autant d'une grande simplicité, nous frappe droit au coeur par sa vibrante sincérité. Un peu à la manière linéaire de Spielberg lors du phénomène E.T. avec ce même don narratif et ce parti-pris pour l'émotion virginale. Variation personnelle de l'Etrange créature du lac noir d'un point de vue résolument romantique, fou et épuré, la Forme de l'eau nous fait partager durant plus de 2h l'amour incongru entre une domestique muette, Elisa, (elle exerce le ménage chez une entreprise scientifique tenue secrète) et un amphibien récemment découvert par ses supérieurs.


Sur le point d'être disséqué au prix de leur recherche scientifique au moment même ou des agents russes tentent de s'en emparer (de manière autrement sournoise), Elisa va tenter de lui sauver la vie en le ramenant chez elle parmi les complicités de son voisin de palier, d'un scientifique et d'une autre concierge. Si le cheminement de l'intrigue déjà conté au préalable n'apporte pas vraiment de surprises quant au dénouement escompté, la forme de l'Eau parvient haut la main à nous émerveiller grâce à la faculté du réalisateur de nous faire croire à l'improbable via l'outil de sa caméra. Qui plus est, il s'agit ici de nous retracer de manière couillue et jusqu'au-boutiste un conte de fée jamais décrit au préalable (on y traite tout de même de zoophilie sans aucune trivialité et encore moins de mauvais goût puisque c'est tout l'inverse qui se produit !). Del Toro, totalement impliqué à donner chair à sa sublime créature plus vraie que nature, possédant le même brio que Spielberg à nous narrer avec passion circonspecte une romance d'un genre prude mais si singulier. Autant dire que l'émotion candide, d'une sensibilité éminemment douce et fragile, nous donne souvent le vertige à témoigner d'une complicité amoureuse entre deux coeurs que rien ne présageait. Si la charnalité de quelques étreintes avait de quoi effleurer le mauvais goût, voir sombrer dans le ridicule, Del Toro s'extirpe des conventions et de la complaisance en nous sublimant un jeu sensuel de la gestuelle et des regards touchés par l'alchimie de la tendresse. Le moment fantasmatique de la valse tournée en noir et blanc (clin d'oeil évident au genre musical de la belle époque) et à laquelle l'héroïne retrouve subitement la voix, nous inscrivant une chorégraphie enchanteresse d'un onirisme bouleversant (j'en ai versé les larmes de bonheur en omettant le caractère si illusoire de la fiction).


Spectacle envoûtant de féerie romantique comme vous n'en n'avez jamais contemplé sur la toile, la Forme de l'Eau renoue avec le fantastique le plus "authentique" (la créature expressive est un nouvel emblème du bestiaire imaginaire) grâce à l'immense sincérité de son auteur à inscrire sur pellicule une romance audacieuse en militant autant pour la tolérance (on y traite notamment de racisme à travers la communauté noire et d'homophobie discréditée par les ricains) qu'au droit à la différence. Il en émane une oeuvre sensible, gracile et épurée ponctuée de moments d'intimité à l'émotion jamais programmée, et qui derrière un manifeste pour la cause animale (la maltraitance et la vivisection y sont brièvement dénoncées), ne cesse de proclamer la donation de l'amour avec une liberté d'esprit bouleversante. Et pour parachever de manière un peu plus personnelle, je déclare ma flamme à l'actrice Sally Hawkins littéralement incandescente de tendresse et bouleversante de bienveillance de par l'art du non-dit (le mimétisme) à travers son corps filiforme et ses petits yeux scintillants ! 

* Bruno

Récompenses: Mostra de Venise 2017 : Lion d'or
African-American Film Critics Association Awards 2017 : 7e du Top 10 annuel
Festival du film de Hollywood 2017 : meilleur montage pour Sidney Wolinsky
American Film Institute Awards 2018 : film de l'année
Golden Globes 2018 :
Meilleur réalisateur pour Guillermo del Toro
Meilleure musique pour Alexandre Desplat

mercredi 10 janvier 2018

ENEMY.

                                                Photo empruntée sur Google, appartenant au site themindreels.com

"Enemy Mine" de Wolfgang Petersen. 1985. U.S.A/Allemagne. 1h48. Avec Dennis Quaid, Louis Gossett Jr., Brion James, Richard Marcus, Carolyn McCormick, Bumper Robinson.

Sortie salles France: 5 Mars 1986. U.S: 20 Décembre 1985

FILMOGRAPHIE: Wolfgang Petersen est un réalisateur allemand né le 14 Mars 1941 à Emden.
1974: Einer von uns beiden. 1977: La Conséquence. 1981: Le Bateau. 1984: L'Histoire sans Fin. 1985: Enemy. 1991: Troubles. 1993: Dans la ligne de mire. 1995: Alerte ! 1997: Air force one. 2000: En pleine tempête. 2004: Troie. 2006: Poséidon.


Abordant le problème du racisme dans le cadre du divertissement familial ponctué de traits d'humour (et ce en dépit de la violence de 2/3 règlements de compte et d'un écart gore étonnamment intense et percutant), Enemy constitue un sympathique spectacle SF à condition de faire preuve d'indulgence et de le privilégier auprès d'un public ado. L'aventure humaine finalement prévisible et routinière cédant trop aux conventions parmi la facilité des bons sentiments. En prime, faute du développement des personnages vite expédiés et du surjeu parfois irritant de Dennis Quaid en héros pacifiste redresseur de tort, Enemy manque sérieusement de vigueur, d'émotions et d'enjeux. Et ce en dépit de la bonne volonté de Wolfgang Petersen (préalablement ambitieux et inventif avec le formidable l'Histoire sans fin) plus intéressé à fignoler la forme par le biais d'un désert stellaire aussi rutilant que dépaysant et d'habiles FX artisanaux conçus par le spécialiste du genre Chris Wallas.

* Bruno

Récompenses: Prix de la C.S.T., Antenne d’or, Avoriaz 86