jeudi 28 mars 2019

Highwaymen : La Poursuite infernale

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Robert Harmon. 2004. U.S.A/Canada. 1h20. Avec Jim Caviezel, Rhona Mitra, Frankie Faison, Colm Feore, Gordon Currie, Andrea Roth, Noam Jenkins.

Sortie salles France: 4 Août 2004. U.S: 13 Février 2004

FILMOGRAPHIE: Robert Harmon est un réalisateur américain. 1986: Hitcher. 1993: Cavale sans issue. 1996: Gotti (télé-film). 2000: The Grossing. 2002: Astronauts (télé-film). 2002: Le Peuple des Ténèbres. 2004: Highwaymen. 2004: Ike: opération overlord (télé-film). 2005: Stone Cold (télé-film). 2006: Jesse Stone: Night Passage (télé-film). 2006: Jesse STone: Death in paradise (télé-film). 2007: Jesse Stone: Sea Change (télé-film). 2009: Jesse Stone: Thin Ice (télé-film). 2010: Jesse Stone: sans remords (télé-film). 2010: Une lueur d'espoir (télé-film). 2012: Jesse Stone: Benefit of the Doubt (télé-film).


Vengeance bicéphale.
Synopsis: à la suite de la mort de sa femme, James s'efforce d'y traquer le responsable, un serial-killer routier lui même féru de vengeance depuis leur précédente confrontation musclée.

Du réalisateur du mythique Hitcher, Highwaymen emprunte clairement la démarche de la série B du samedi soir à travers son lot de cascades et poursuites en règle qu'un conducteur estropié renchérit sur sa route en guise de vengeance mais aussi d'orgueil sadique. Et si l'impressionnante 1ère demi-heure fait mouche à travers son enchaînement d'explosion et tôles froissées aussi bien meurtrières qu'inédites (et ce même si le montage pâtit un peu d'autorité), la suite s'avère également captivante lorsqu'on y lève le voile sur la caractérisation du serial-killer. Sorte de robocop paraplégique, ancien assureur gagné par la psychopathie faute d'un paternel abusif.


Quand bien mĂŞme le couple incarnĂ© par Jim Caviezel  / Rhona Mitra n'a aucune peine Ă  nous attacher Ă  leur rapport timidement amical mais aussi Ă©quivoque puisque celle-ci se retrouve contrainte d'accepter le compromis de son partenaire Cray nĂ©gociĂ© avec le tueur avant leur concertation hĂ©roĂŻque conjointement liĂ© au traumatisme routier. On peut Ă©galement apprĂ©cier les rapports conflictuels entre Cray et le flic afro en filature apprenant peu Ă  peu Ă  se connaĂ®tre et Ă  s'accepter après les confidences dramatiques  imparties aux exactions du tueur quasi increvable. Ainsi, en dĂ©pit de sa courte durĂ©e (1h17 sans le gĂ©nĂ©rique), Highwaymen dĂ©gage un vĂ©ritable charme quelque peu rĂ©tro auprès de son atmosphère modestement envoĂ»tante, Robert Harmon alternant les plages intimes du couple dĂ©muni avec les poursuites sur bitume magnifiquement filmĂ©es (notamment sur grue ou sur traveling) auprès de panoramas reculĂ©s Ă  la lisière de l'irrationnel. Une belle petite surprise d'une efficacitĂ© nerveuse et d'une insolence vrillĂ©e auprès de son concept improbable pour autant fascinant, ludique, anxiogène au demeurant. 

*Bruno
3èx. 27.08.24. Vostfr

mercredi 27 mars 2019

Les Aventures du baron de Munchausen

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"The Adventures of Baron Munchausen" de Terry Gillian. 1988. Allemagne/Angleterre. 2h06. Avec John Neville, Eric Idle, Sarah Polley, Oliver Reed, Jonathan Pryce, Winston Dennis, Charles McKeown, Jack Purvis, Robin Williams, Bill Paterson, Uma Thurman, Ray Cooper, Sting, Terry Gillian.

Sortie salles France: 8 Mars 1989

FILMOGRAPHIE: Terry Gilliam est un réalisateur, acteur, dessinateur, scénariste américain, naturalisé britannique, né le 22 Novembre 1940 à Medicine Lake dans le Minnesota. 1975: Monty Python: Sacré Graal ! (co-réalisé avec Terry Jones). 1976: Jabberwocky. 1981: Bandits, bandits. 1985: Brazil. 1988: Les Aventures du Baron de Munchausen. 1991: The Fisher King. 1995: l'Armée des 12 Singes. 1998: Las Vegas Parano. 2005: Les Frères Grimm. 2006: Tideland. 2009: L'imaginarium du docteur Parnassus. 2013: Zero Theorem. 2018 : L'Homme qui tua Don Quichotte.


Spectacle de la dĂ©mesure aux ruptures de ton parfois dĂ©concertantes, les Aventures du baron de Munchausen se solda par un cuisant Ă©chec commercial en dĂ©pit de ces critiques globalement fructueuses. Ce qui n'est guère Ă©tonnant de la part de l'Ă©lectron libre Terry Gilliam Ă  nouveau terriblement inspirĂ© pour rĂ©actualiser cette aventure baroque au sein d'un contexte historique sciemment théâtral, dĂ©complexĂ©, dĂ©calĂ©, dĂ©jantĂ©, pĂ©tulant, dĂ©bridĂ©. Fourmillant de personnages gĂ©nialement barrĂ©s sous l'impulsion de super-hĂ©ros du 3è âge (l'homme qui court plus vite que son ombre nous vaut 2 sĂ©quences d'anthologie - notamment grâce au dynamisme du montage et de ses FX retors -, le nabot au souffle tempĂ©tueux, le nègre encore plus mastard que l'incroyable Hulk et enfin le tireur avisĂ© Ă  faire pâlir de jalousie Luky Luke !), les Aventures du baron de Munchausen nous embarque dans un pĂ©riple capiteux eu Ă©gard de la folie crĂ©atrice de son auteur militant pour le droit au rĂŞve et Ă  l'Ă©vasion sous couvert d'une diatribe acerbe contre le conformisme (notamment en y singeant les conflits guerriers Ă  travers leur Ă©gocentrisme et leur idĂ©ologie ultra conservatrice). 


Et donc Ă  travers les thèmes de la vieillesse et du goĂ»t du risque pour l'aventure, l'intrigue omnibus se ramifie en divers Ă©pisodes tantĂ´t inĂ©gaux, surtout si je me rĂ©fère Ă  l'amerrissage sur la lune, faute de la posture d'un Robin Williams irritant en roi de la lune, pour ne pas dire assommant Ă  force d'outrance simiesque et de rĂ©parties saugrenues qu'il se chamaille avec son Ă©pouse et qu'il intimide auprès de nos hĂ©ros. Pour autant, transcendĂ© par ces sublimes dĂ©cors aussi bien surrĂ©alistes, stellaires, fĂ©eriques ou tropicaux, et Ă  travers le souci du dĂ©tail de moult trucages (notamment auprès d'une magnifique matĂ©rialisation de la Faucheuse en personne !), les Aventures du baron de Munchausen fleure bon la sincĂ©ritĂ© et la gĂ©nĂ©rositĂ© en dĂ©pit de son intrigue perfectible pas si passionnante que prĂ©vu (voire mĂŞme un peu fourre-tout en y empruntant la mise en abyme). Outre son impressionnant budget colossal tĂ©moignant Ă©galement d'une foule de figurants frĂ©tillants, on se rattache souvent Ă  la fraternitĂ© amicale de nos hĂ©ros en voie de renaissance qu'une fillette leur incite Ă  rĂ©animer avec son attachante innocence. Tant et si bien qu'Ă  travers son parti-pris auteurisant, Terry Gilliam conjure son amour immodĂ©rĂ© pour le pouvoir du rĂŞve et de l'Ă©vasion Ă  travers l'esprit fougueux de ces vieillards peu Ă  peu dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  se laisser influencer par l'ambition de leur mentor (affabulateur ?) afin de retrouver leur Ă©ternelle jeunesse.  


Grand spectacle atypique conçu Ă  l'instar d'un rĂŞve Ă©veillĂ© si bien que fiction et rĂ©alitĂ© s'uniformisent pour le meilleur et le moins attractif, les Aventures du baron de Munchausen n'en demeure pas moins un divertissement adulte assez excitant Ă  travers l'exubĂ©rance de son univers hybride vouĂ© Ă  nous Ă©vader auprès des divagations d'un Baron obnubilĂ© par la fulgurance de ces mĂ©moires utopiques.  

*Bruno
4èx

Récompenses
BAFTA Awards 1990 :
Meilleurs décors
Meilleurs costumes
Meilleurs maquillages
Ruban d'argent 1990 :
Meilleure photographie
Meilleurs costumes
Meilleurs maquillages

mardi 26 mars 2019

Bienvenue Ă  Marwen

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"Welcome to Marwen" de Robert Zemeckis. 2019. U.S.A. 1h56. Avec Steve Carell, Leslie Mann, Diane Kruger, Falk Hentschel, Janelle Monáe, Eiza González.

Sortie salles France: 2 Janvier 2019. U.S: 21 Décembre 2018

FILMOGRAPHIE: Robert Zemeckis est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 14 Mai 1951 à Chicago (Illinois). 1978: Crazy Day. 1980: La grosse Magouille. 1984: A la Poursuite du diamant vert.1985: Retour vers le Futur. 1988: Qui veut la peau de Roger Rabbit. 1989: Retour vers le Futur 2. 1990: Retour vers le Futur 3. 1992: La Mort vous va si bien. 1994: Forrest Gump. 1997: Contact. 2000: Apparences. 2000: Seul au monde. 2004: Le Pôle Express. 2007: La Légende de Beowulf. 2009: Le Drôle de Noël de Mr Scrooge. 2013: Flight. 2015: The Walk. 2018: Bienvenue à Marwen.


Merveille de fĂ©erie et de romantisme Ă©perdu que l'Ă©minent Robert Zemeckis illustre Ă  nouveau avec un sens onirique singulier (Ă©paulĂ© de trucages en "performance capture" irrĂ©prochables !), Bienvenue Ă  Marwen renoue avec le cinĂ©ma le plus Ă©purĂ© lorsqu'il s'agit d'immerger le spectateur Ă  travers la douloureuse introspection d'une victime traumatisĂ©e par sa brutale agression. Et pour cause, souffrant d'amnĂ©sie Ă  la suite d'un coma, Mark, autrefois dessinateur de talent, se rĂ©fugie dans la chimère de sa nouvelle passion pour les figurines qu'il photographie dans un village miniaturisĂ©, Marwen durant la pĂ©riode de la seconde guerre mondiale. Constamment harcelĂ© par des soldats SS fĂ©rus de haine, il compte pour autant sur la solidaritĂ© indĂ©fectible de 5 guerrières farouches afin de venir Ă  bout de ces tortionnaires. Or, de retour dans la solitude de sa rĂ©alitĂ© quotidienne, Mark parvient difficilement Ă  renouer avec l'Ă©quilibre d'une vie sociale harmonieuse, quand bien mĂŞme son addiction pour les anti-dĂ©presseurs lui engendre diverses hallucinations (que Zemeckis parvient brillamment Ă  mettre en exergue au grĂ© d'un montage vĂ©loce conjuguant fiction et rĂ©alitĂ© au sein du mĂŞme cadre).


C'est alors qu'il fait la connaissance de Nicol, sa nouvelle voisine de palier fascinĂ©e par le rĂ©alisme de son village miniature auquel y Ă©voluent des figurines d'un sens du dĂ©tail naturel. Ode au rĂŞve et au goĂ»t de l'Ă©vasion Ă  travers le refuge de l'art, manifeste pour le droit Ă  la diffĂ©rence (Mark adore porter des talons de femmes par engouement passionnel), Bienvenue Ă  Marwen dĂ©gage une sensibilitĂ© inusitĂ©e Ă  travers sa scĂ©nographie flamboyante alternant sĂ©quences d'animation tantĂ´t belliqueuses, tantĂ´t romantiques, et situations intimistes d'une rĂ©alitĂ© anxiogène que Mark endure quotidiennement en dĂ©pit du soutien de ses 5 amies attentionnĂ©es. Ainsi donc, Ă  travers le vibrant portrait de ce dessinateur traumatisĂ© par la violence de l'homme (ici symbolisĂ© par des fascistes avinĂ©s), Robert Zemeckis y radiographie sa fragile schizophrĂ©nie avec une Ă©motion candide bouleversante. Dans la mesure oĂą s'y dĂ©roule intensĂ©ment devant nos yeux, et avec une Ă©tonnante alchimie fĂ©erique, la lente thĂ©rapie de Mark combattant ses dĂ©mons les plus prĂ©judiciables (la fameuse sorcière belge Deja Thoris, mĂ©taphore de ses pilules bleues). Tant auprès de son imagination florissante qu'il parvient Ă  matĂ©rialiser Ă  travers l'univers rassurant de ses figurines que de l'amour en herbe que sa nouvelle voisine Nicol pourrait probablement lui rĂ©veiller avec une attention profondĂ©ment humaine.


"Notre douleur est notre carburant"
DĂ©bordant de romantisme, de fragilitĂ© et de sensibilitĂ© torturĂ©e sous l'impulsion nĂ©vralgique d'une victime en quĂŞte de catharsis (que Steve Carell insuffle avec un incroyable naturel introverti), Bienvenue Ă  Marwen traite avec une douloureuse acuitĂ© humaine des thèmes de la rĂ©silience et du dĂ©passement de l'affres Ă  travers le gain de la crĂ©ation artistique et du pouvoir salvateur de l'amour. Moment de cinĂ©ma personnel en apesanteur, Bienvenue Ă  Marwen renoue avec le 7è art le plus candide Ă  travers l'incandescence du surrĂ©alisme mĂ©taphorique. Infiniment bouleversant, tĂ©nu et magique (si bien qu'on lui pardonne une situation de procès tirant lĂ©gèrement sur la corde sensible, menu reproche Ă  murmurer auprès de ce futur classique). 

*Bruno

lundi 25 mars 2019

Onde de choc

                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site gzhorreurfilmvhs.blogspot.com

"Blind Date" de Nico Mastorakis. 1984. Grèce. 1h46. Avec Joseph Bottoms, Kirstie Alley, James Daughton, Lana Clarkson.

Sortie salles France: 24 Avril 1985

FILMOGRAPHIE: Nico Mastorakis est un réalisateur, scénariste et producteur grec né le 28 Avril 1941 à Athènes. 1976: Ta paidia tou Diavolou. 1976: To koritsi vomva. 1990: In the Cold of the Night. 1990 Hired to Kill. 1989 Ninja Academy. 1988 Glitch! 1988 Nightmare at Noon. 1987: Meurtre dans l'objectif. 1986 The Wind (Video). 1986 Heros Boys. 1985 Sky High. 1984 To kynigi tou ekatommyriou (Video). 1984 The Time Traveller. 1984 Onde de choc. 1992: The Naked Truth. 2002: .com for Murder.


Synopsis: Après un choc violent, Jonathan Ratcliffe perd la vue. Alors, il accepte d'être le cobaye d'un système expérimental qui lui permettra, à l'aide d'une interface informatique et de capteurs cérébraux, de percevoir son environnement sous forme de traits lumineux.
Pendant ce temps un dangereux psychopathe, chauffeur de taxi, enlève des filles pour se livrer à quelques dissections mortelles à coup de scalpels. Les chemins de Jonathan et du psycho-killer vont se croiser, et l'homme aveugle va tout faire pour arrêter le tueur...

Un thriller d'anticipation soporifique ne possédant aucun sens du rythme à travers son suspense aseptique ni de maîtrise technique (notamment cette vue subjective informatisée que l'aveugle perçoit à l'instar d'un jeu video). La faute à une mise en scène à la fois obsolète et bâclée, et à une direction d'acteurs plutôt maladroite en dépit de la bonne volonté des acteurs exprimant des répliques d'une rare banalité.
Bref, Circulez y'a rien Ă  voir !

*Bruno

vendredi 22 mars 2019

Opération Peur

                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site scoreexperience.blogspot.com

"Operazione paura / Kill Baby Kill" de Mario Bava. 1966. Italie. 1h23. Avec Giacomo Rossi-Stuart, Erika Blanc, Fabienne Dali, Piero Lulli, Luciano Catenacci.

InĂ©dit en salles en France. U.S: 8 Octobre 1968

FILMOGRAPHIE:  Mario Bava est un rĂ©alisateur, directeur de la photographie et scĂ©nariste italien, nĂ© le 31 juillet 1914 Ă  Sanremo, et dĂ©cĂ©dĂ© d'un infarctus du myocarde le 27 avril 1980 Ă  Rome (Italie). Il est considĂ©rĂ© comme le maĂ®tre du cinĂ©ma fantastique italien et le crĂ©ateur du genre dit giallo. 1946 : L'orecchio, 1947 : Santa notte1947 : Legenda sinfonica1947 : Anfiteatro Flavio1949 : Variazioni sinfoniche1954 : Ulysse (non crĂ©ditĂ©),1956 : Les Vampires (non crĂ©ditĂ©),1959 : Caltiki, le monstre immortel (non crĂ©ditĂ©),1959 : La Bataille de Marathon (non crĂ©ditĂ©),1960 : Le Masque du dĂ©mon,1961 : Le Dernier des Vikings (non crĂ©ditĂ©),1961 : Les Mille et Une Nuits,1961 : Hercule contre les vampires,1961 : La RuĂ©e des Vikings, 1963 : La Fille qui en savait trop,1963 : Les Trois Visages de la peur, 1963 : Le Corps et le Fouet, 1964 : Six femmes pour l'assassin, 1964 : La strada per Fort Alamo, 1965 : La Planète des vampires, 1966 : Les Dollars du Nebraska (non cĂ©ditĂ©), 1966 : Duel au couteau,1966 : OpĂ©ration peur 1966 : L'Espion qui venait du surgelĂ©, 1968 : Danger : Diabolik ! , 1970 : L'ĂŽle de l'Ă©pouvante ,1970 : Une hache pour la lune de miel ,1970 : Roy Colt e Winchester Jack1971 : La Baie sanglante, 1972 : Baron vampire  , 1972 : Quante volte... quella notte1972: Lisa et le Diable, 1973 : La Maison de l'exorcisme, 1974 : Les Chiens enragĂ©s,1977 : Les DĂ©mons de la nuit (Schock),1979 : La Venere di Ille (TV).

 
"Hypnose et sorcellerie sous l’Ĺ“il du maĂ®tre".
InĂ©dit en salles chez nous mais exhumĂ© de l’oubli quelques dĂ©cennies plus tard grâce Ă  l’Ă©mission Quartier Interdit de Jean-Pierre Dionnet, OpĂ©ration Peur demeure une clef de voĂ»te singulière du gothisme transalpin. Sous prĂ©texte d’un conte de fantĂ´me enfantin terrorisant un village maudit, Mario Bava se livre, corps et âme, en artiste prodige, façonnant un florilège d’images picturales, jaillies d’un cauchemar Ă©veillĂ©. Le rĂ©cit, peu Ă  peu, se dissout dans un onirisme surrĂ©aliste, Ă  mesure que les repères vacillent et que l’illusion phagocyte la rĂ©alitĂ©.

Le pitch : dans un hameau reculĂ© du Nord de l’Italie, le mĂ©decin Eswai est dĂ©pĂŞchĂ© par l’inspecteur Kruger pour Ă©lucider une succession de morts inexpliquĂ©es. Les villageois, terrorisĂ©s par l’apparition spectrale d’une fillette, semblent tous soumis Ă  son emprise maligne. DĂ©pourvu de toute foi superstitieuse, Eswai va pourtant dĂ©couvrir l’atroce vĂ©ritĂ©.

Sous l’Ă©pure d’un synopsis classique — sorcellerie et revenants — Bava signe une Ĺ“uvre de fulgurance macabre, capiteuse et vĂ©nĂ©neuse. DĂ©claration d’amour au gothique baroque, incrustĂ©e dans une Ă©poque hantĂ©e de croyances sourdes, il envoĂ»te les sens du spectateur, pris au piège d’un chassĂ©-croisĂ© avec la mort — ou plus exactement avec l’ombre rancunière d’une enfant exsangue, suçant la vie des paysans par hypnose et malĂ©fice. D’une efficacitĂ© troublante, par sa camĂ©ra aussi libre qu’expĂ©rimentale, Bava orchestre un cache-cache morbide entre ses figures effarĂ©es et cette gamine vengeresse, silhouette au sourire pĂ©trifiĂ©.

Par une photographie sĂ©pia/ocre aux Ă©clairages ciselĂ©s — oĂą l’orange, le jaune, le vert, le bleu et le rouge s’enlacent au mĂŞme cadre — il magnifie nĂ©cropole et forĂŞts en brume, chapelles, ossuaires, jardins de statues muettes. Dans une chambre d’enfant oĂą traĂ®nent poupĂ©es de porcelaine, cadres fanĂ©s, candĂ©labres engluĂ©s de toiles, rideaux frissonnant au souffle nocturne, la lumière ensorcelle plus qu’elle n’effraie. PlutĂ´t que d’imposer la terreur brute, Bava distille un climat de trouble rampant, nouĂ© Ă  une intrigue jalonnĂ©e de faux-semblants. Le village, morne labyrinthe, engouffre le spectateur dans un songe Ă©sotĂ©rique oĂą le temps se distend sous l’emprise d’une sorcière, d’une veuve Ă  l’âme calcinĂ©e, du spectre de Melissa. Comme dans ce vertige insensĂ© oĂą Eswai, courant après Monica disparue derrière une porte, tourne en rond Ă  l’infini, prisonnier du mĂŞme seuil, jusqu’Ă  croiser son double qu’il saisit par l’Ă©paule. Comme encore Monica, prĂ©cipitĂ©e dans un escalier en colimaçon sans fin, toujours retenue au-dessus de la dernière marche.

Si l’ossature du rĂ©cit s’ancre dans le fantĂ´me vengeur, Bava, habile, inspirĂ©, ivre de visions, brode un piège spectral oĂą la villa elle-mĂŞme devient entitĂ© mouvante — dĂ©cor Ă  part entière, dĂ©dale vivant.


"Opération Peur : la nursery gothique de Mario Bava".
Par sa poĂ©sie sĂ©pulcrale, son cauchemar diffus oĂą le spectateur s’Ă©gare Ă  l’unisson des âmes terrifiĂ©es, OpĂ©ration Peur se dresse en chef-d’Ĺ“uvre expĂ©rimental, viscĂ©ral, fĂ©rocement hypnotique. Sa bande-son dissonante, râles d’outre-tombe et rires d’enfant moqueur, sculpte un univers parallèle, sans logique, sans Ă©chappatoire. Sous ses dehors de sĂ©rie B triviale, Bava Ă©lève un pur joyau gothique, diaphane et envoĂ»tant, portĂ© par un casting fĂ©brile, suspendu entre effroi et extase.

*Bruno
11.11.24. 5èx. Vostfr
22.03.19. 
08.01.13. (78 v)

jeudi 21 mars 2019

Larry le dingue, Mary la garce / Dirty Mary Crazy Larry

Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de John Hough, 1973. U.S.A. 1h33. Avec Peter Fonda, Susan George, Adam Roarke, Vic Morrow, Roddy McDowall.

Sortie salles France: 3 Octobre 1974. U.S.A. 17 Mai 1974.

FILMOGARPHIEJohn Hough est un rĂ©alisateur britannique, nĂ© le 21 novembre 1941 Ă  Londres (Royaume-Uni). 1969 : Wolfshead : The Legend of Robin Hood, 1970 : Eyewitness, 1971 : Les SĂ©vices de Dracula, 1972 : L'ĂŽle au trĂ©sor , 1973 : La Maison des damnĂ©s, 1974 : The Zoo Gang (sĂ©rie TV) , 1974 : Dirty Mary, Crazy Larry , 1975 : La Montagne ensorcelĂ©e , 1978 : Les Visiteurs d'un autre monde, 1978 : La Cible Ă©toilĂ©e , 1980 : Les Yeux de la forĂŞt , 1981 : Incubus , 1982 : Le Triomphe d'un homme nommĂ© cheval , 1985 : Black Arrow (TV) , 1985 : Mission casse-cou (sĂ©rie TV) , 1986 : Biggles , 1987 : Les Hasards de l'amour , 1988 : Hurlements IV , 1988 : American Gothic , 1989 : Le Cavalier masquĂ© (TV) , 1990 : A Ghost in Monte Carlo (TV) , 1992 : Duel of Hearts (TV) , 1998 : Something to Believe In , 2002 : Bad Karma.

                                       

Trois ans après Point Limite Zero, John Hough rĂ©alise en 1974 un road movie autrement dĂ©complexĂ© et ludique, Larry le dingue, Mary la garce, tirĂ© du roman de Richard UnekisThe Chase. On peut d'ailleurs rappeler que la mĂŞme annĂ©e sortit Ă  quelques mois d'intervalle un autre mĂ©trage bien connu des amateurs et ayant fait l'objet d'un remake aseptique, la Grande Casse (Gone in 60 seconds), quand bien mĂŞme deux ans plus tard explose sur les Ă©crans Cannonbal, suivi du modèle du genre; Driver de Walter Hill ! Mais la mode des films de course-poursuites sur bitume atteindra son apogĂ©e en 1979 avec un premier film issu d'Australie, une bombe ayant dĂ©frayĂ© la censure de l'Ă©poque, le bien nommĂ© Mad-Max ! 

Le pitch: Un pilote de course et son co-Ă©quipier cambriolent l'argent d'un supermarchĂ© afin de pouvoir financer leur participation Ă  un cĂ©lèbre circuit de championnat automobile. Ils prennent la fuite Ă  bord de leur voiture en compagnie de Mary, une jeune aguicheuse d'un soir que Larry aborda avec regret. Rapidement, la police locale est lancĂ©e Ă  leur trousse sous la houlette d'un capitaine irascible ayant jurĂ© d'avoir leur peau Ă  bord de son hĂ©lico. 

VĂ©ritable objet de culte depuis sa sortie  (Starfix le nomma d'ailleurs dans leur revue comme l'un des 100 meilleurs films d'action amĂ©ricains !), Larry le dingue, Mary la garce (quel titre gĂ©nialement provoc !) est une bouffĂ©e d'air frais dans le cinĂ©ma de genre politiquement incorrect hĂ©ritĂ© du courant contre-culturel d'Easy Rider. Superbement incarnĂ© par un trio de comĂ©diens en roue libre (Peter Fonda / Susan George dans son meilleur rĂ´le en potiche au grand coeur / Adam Roarke), ce road movie rondement menĂ© sur rythme trĂ©pidant constitue un pur plaisir de cinĂ©ma "grindhouse" pour l'amateur d'action virile menĂ©e par des anti-hĂ©ros Ă  la p'tite semaine ! Car coordonnĂ©e par deux malfrats accompagnĂ©s d'une attachante tĂŞte Ă  claque, leur virĂ©e champĂŞtre est autant compromise par leur discorde amicale (principalement auprès des chamailleries houleuses entre Mary et Larry) que par les force de l'ordre lancĂ©s Ă  leur trousse durant 1h30 de courses-poursuites aux cascades sans faille.

                                      

Tant et si bien que durant leur traque incessante avec la police, le spectateur tĂ©moin de leurs faits et gestes s'identifie aimablement Ă  leur insouciance libertaire. Comme si nous Ă©tions Ă©galement devenus des marginaux anarchistes complices de leur pĂ©riple aux actions truffĂ©es de dĂ©rision. En prime, les rĂ©parties pleine d'humour sardonique entre Larry et Mary et le sĂ©rieux allouĂ© Ă  Deke, tĂ©moin malgrĂ© lui de leur crise conjugale (Larry n'en n'a que faire de Mary !) insufflent une ambiance dĂ©complexĂ©e, tantĂ´t cocasse, tantĂ´t dĂ©lirante, notamment lors de leurs prises de risques inconscientes pour l'adrĂ©naline de la vitesse. Quand bien mĂŞme les policiers, impuissants, constamment ridiculisĂ©s, n'auront de cesse de les pourchasser avec une hargne aussi dĂ©jantĂ©e. Mais depuis l'intrusion rigoureuse d'un chef de police chevronnĂ© et obtu, Franklyn (endossĂ© par le renfrognĂ© Vic Morrow), la course poursuite s'exacerbera d'un cran lors du survol d'un hĂ©licoptère les traquant sans relâche durant toute l'aventure. On sera d'ailleurs bougrement surpris du brutal revirement de ton auprès de son estocade finale ! Une forme de rappel Ă  l'ordre, un retour Ă  la triste rĂ©alitĂ© des consĂ©quences de l'insouciance, une mise en garde auprès des casse-cousOn peut enfin rappeler que l'Ă©patante Susan George (les Chiens de Paille / Venin) dĂ©gage un formidable naturel dans sa prestance de garce survoltĂ©e Ă  la fois dĂ©sinvolte et insolente car souvent ridiculisĂ©e par son amant de fortune que Peter Fonda endosse avec un machisme Ă  la fois impĂ©rieux, gouailleur, prĂ©somptueux. Pour autant as du volant aussi bien belliqueux que vĂ©loce, Peter Fonda se fond dans le corps d'un pilote intraitable avec une fringance constamment jubilatoire.

                                      

Un pur trip du road movie "grindhouse" d'une énergie et d'une insolence à tombeau ouvert !
Classique vintage des annĂ©es 70, Larry le dingue, Mary le dingue garde intact son pouvoir attractif de par la spontanĂ©itĂ© pĂ©tulante des comĂ©diens aussi insolents que burnĂ©s et des poursuites automobiles impeccablement orchestrĂ©es. Bref une toute autre Ă©poque subversive rĂ©solument vĂ©riste si bien que les nouveaux anti-hĂ©ros tape Ă  l'oeil, musclĂ©s et tatouĂ©s et leurs bimbos siliconĂ©es font bien pâle figure chez la saga Fast and Furious (alors qu'elle multiplie par 10 son lot de cascades numĂ©riques improbables afin de combler l'ado en mal de sensation). 

*Bruno
05.03.25. 5èx. Vost
21.03.19. 
31.03.11. 678 v

                                   

NoteAttention Spoiler !! La scène du crash apparaĂ®t dans le gĂ©nĂ©rique liminaire de la sĂ©rie tv des 80's L'homme qui tombe Ă  pic avec Lee Majors. Ne me demandez pas pour quelle raison, je n'en n'ai aucune idĂ©e !

mercredi 20 mars 2019

The Candy Snatchers

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site blu-ray.com

de Guerdon Trueblood. 1973. U.S.A. 1h33. Avec Tiffany Bolling, Ben Piazza, Susan Sennett, Brad David, Vince Martorano, Bonnie Boland.

Sortie salles France: Inédit. U.S: Juin 1973

FILMOGRAPHIE: Guerdon Trueblood est un réalisateur, producteur et scénariste américain, né le 3 Novembre 1933 à San Jose, Costa Rica. 1977: Barnaby Jones (TV Series) (1 episode). - The Inside Man. 1973: The Candy Snatchers


Pur sĂ©rie B d'exploitation surfant sur le succès de la Dernière maison sur la gauche sorti un an au prĂ©alable (suffit de zieuter son affiche ultra rĂ©fĂ©rentielle !), The Candy Snatchers relate dans une facture "grindhouse" le rapt (oh combien laborieux !) d'un trio de malfrats dĂ©cervelĂ©s dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  faire chanter le père de la victime en l'Ă©change d'une traditionnelle rançon (ici des diamants). Or, celui-ci cupide et sans vergogne rĂ©fute Ă  sauver sa propre fille pour l'enjeu d'un juteux hĂ©ritage. Au bord de la crise de nerf dans leur soif de libertĂ© et de fortune, le trio complote alors d'autres stratĂ©gies pour parvenir Ă  leurs fins. Si on songe finalement Ă  un croisement entre Chiens EnragĂ©s de Bava et Ă  la Rançon de la peur de Lenzi, de par la caractĂ©risation immorale d'une galerie de salopards tous plus fĂ©tides les uns les autres, la rĂ©alisation approximative du mĂ©connu Guerdon Trueblood (c'est d'ailleurs son unique mĂ©trage), sa violence irrĂ©aliste et surtout le surjeu amateur des acteurs bisseux finissent par plomber le potentiel de son suspense pervers. Dans la mesure oĂą l'intrigue itĂ©rative se dĂ©lite progressivement pour tourner en rond, notamment Ă  force des divergences que s'Ă©changent inlassablement les malfrats gogos, si bien que l'auto-parodie est souvent effleurĂ©e Ă  force d'outrances tantĂ´t verbales tantĂ´t sauvages (principalement son final en roue libre). On se rĂ©conforte toutefois auprès de quelques situations couillues d'un humour noir plutĂ´t corsĂ© (l'attitude perverse du marmot mutique refusant de porter assistance Ă  la victime inhumĂ©e vivante et Spoil ! le coup de théâtre final qui s'ensuit de par son action criminelle fin du Spoil, le paternel toujours plus dĂ©lĂ©tère au fil d'un cheminement brutal oĂą tous les coups sont permis, l'Ă©pouse se laissant sexuellement sĂ©duire par l'un des violeurs), tant et si bien qu'avec indulgence les fans de curiositĂ©s introuvables (il fut d'ailleurs inĂ©dit en salles en France si je ne m'abuse) devraient nĂ©anmoins y trouver leur compte Ă  condition de s'en distraire au 10è degrĂ©.


*Bruno

mardi 19 mars 2019

La Mule

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"The Mule" de Clint Eastwood. 2018. U.S.A. 1h56. Avec Clint Eastwood, Bradley Cooper, Laurence Fishburne, Michael Peña, Dianne Wiest, Andy García, Clifton Collins Jr., Alison Eastwood

Sortie salles France: 23 Janvier 2018. U.S: 9 Septembre 2016

FILMOGRAPHIE: Clint Eastwood est un acteur, rĂ©alisateur, compositeur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 31 Mai 1930 Ă  San Francisco, dans l'Etat de Californie. 1971: Un Frisson dans la Nuit. 1973: L'Homme des Hautes Plaines. 1973: Breezy. 1975: La Sanction. 1976: Josey Wales, Hors la Loi. 1977: L'Epreuve de Force. 1980: Bronco Billy. 1982: Firefox, l'arme absolue. 1982: Honkytonk Man. 1983: Sudden Impact. 1985: Pale Rider. 1986: Le MaĂ®tre de Guerre. 1988: Bird. 1990: Chasseur Blanc, Coeur Noir. 1990: Le Relève. 1992: Impitoyable. 1993: Un Monde Parfait. 1995: Sur la route de Madison. 1997: Les Pleins Pouvoirs. 1997: Minuit dans le jardin du bien et du mal. 1999: JugĂ© Coupable. 2000: Space Cowboys. 2002: CrĂ©ance de sang. 2003: Mystic River. 2004: Million Dollar Baby. 2006: MĂ©moires de nos pères. 2006: Lettres d'Iwo Jima. 2008: L'Echange. 2008: Gran Torino. 2009: Invictus. 2010: Au-delĂ . 2011: J. Edgar. 2014: Jersey Boys. 2015: American Sniper. 2016: Sully. 2017: 2018: Le 15h17 pour Paris. 2018: La Mule. 2021: Cry Macho. 


InspirĂ© de l'histoire vraie de Leo Sharp, ancien militaire retraitĂ©, passeur de drogue pour le compte d'un puissant cartel, le dernier des gĂ©ants Clint Eastwood s'offre une nouvelle renaissance Ă  travers La Mule. Un road movie existentiel d'une acuitĂ© fragile Ă  travers son manifeste pour les valeurs familiales que Clint Eastwood incante avec une prude Ă©motion. Car maĂ®trisĂ© de bout en bout, tant auprès de sa direction d'acteurs dĂ©nuĂ© de prĂ©tention (mĂŞme Bradley Cooper s'avère dĂ©pouillĂ© de force tranquille en agent de la DEA partageant d'ailleurs un point commun d'ordre familial avec le passeur !) que de la rĂ©alisation posĂ©e prenant son temps Ă  conter son rĂ©cit, La Mule y dĂ©peint l'introspection morale d'un nonagĂ©naire rongĂ© de honte et de regret faute de sa dĂ©mission Ă  la fois parentale et conjugale. J'ignore le passĂ© secrètement intime de Clint Estwood mais j'ai la trouble impression qu'Ă  travers son personnage singulier de pourvoyeur il eut probablement vĂ©cu une mĂŞme situation de dissension familiale, faute d'y avoir privilĂ©giĂ© son illustre carrière professionnelle que l'on connait. Pour autant, Ă  travers ce passĂ©iste inopinĂ©ment marginal, et au vu du dĂ©nouement inĂ©vitablement dramatique, l'argent ne fera que renchĂ©rir sa profonde solitude et son malaise existentiel. Dans la mesure Ă©galement du contexte social qu'Eastwood pointe du doigt en filigrane pour alerter de la condition prĂ©caire des retraitĂ©s chargĂ© de dettes et dĂ©nuĂ©s de subvention.


Outre son cri d'amour et de dĂ©sespoir scandĂ© Ă  l'honneur de la famille (un des plus justes et bouleversants vus depuis des lustres sur un Ă©cran !), Eastwood s'avère rĂ©solument Ă©mouvant lorsqu'il traite Ă©galement de la vieillesse (notamment Ă  travers le choc des gĂ©nĂ©rations oĂą le modernisme - cellulaire / informatique - asservit les plus influents) et de la peur de la maladie Ă  travers son âge avancĂ©. Ainsi, sans verser dans le mĂ©lo standard, et par le biais de brèves sĂ©quences intimistes d'une sensibilitĂ© Ă©purĂ©e, il parvient Ă  capter l'Ă©motion la plus honnĂŞte lorsque la mule tĂ©moigne impuissant de l'injustice du cancer sur le point d'achever une nouvelle victime. Une sĂ©quence pĂ©nible, tant auprès des confidences intimes que des silences entre les mots afin d'ausculter sans complaisance les regards dĂ©munis. Pour autant, et en conjuguant avec une Ă©tonnante alchimie les composantes du polar et du drame psychologique, La Mule n'est point couvert de sinistrose et encore moins de pessimisme si bien que Eastwood ne manque pas d'humour, de dĂ©rision et de lĂ©gèretĂ© Ă  dĂ©crire l'improbable itinĂ©raire de ce passeur burnĂ© du 3è âge comptant potentiellement renouer avec sa famille avec ses nouvelles liasses de dollars. C'est donc un rĂ©cit initiatique plein d'imprĂ©vus et de ruptures de ton (auprès de sa trajectoire dramatique expiatrice) que nous dĂ©peint Clint Eastwood plus vigoureux et frĂ©tillant que jamais (contrairement Ă  ses apparences sclĂ©rosĂ©s). Notamment lorsqu'il y fustige sobrement en filigrane le racisme et l'abus de pouvoir du corps policier par de brèves sĂ©quences de contrĂ´le identitaire.


Le chant du Cygne
Poème funèbre pour autant profondĂ©ment humain, salutaire et d'une sensibilitĂ© quasi Ă©corchĂ©e vive, la Mule revigore la personnalitĂ© d'Eastwood, acteur et rĂ©alisateur du 3è âge, Ă  travers sa thĂ©matique universelle sur la famille que celui-ci scande tacitement (et ouvertement) Ă  travers chaque plan. Ainsi donc, avec la grâce humaine qu'on lui connaĂ®t tant, probablement venions nous d'assister Ă  son ultime chef-d'oeuvre d'une florissante carrière aussi bigarrĂ©e et dĂ©complexĂ©e qu'Ă©mancipĂ©e et personnelle ! (?). 

*Bruno

lundi 18 mars 2019

La Vallée de la Mort

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Death Valley" de Dick Richards. 1982. U.S.A. 1h33. Avec Paul Le Mat, Catherine Hicks, Stephen McHattie,  Wilford Brimley, Peter Billingsley

Sortie salles France: 13 Juillet 1982

FILMOGRAPHIE: Dick Richards est un réalisateur américain né en 1936 à New York. 1972 : La Poussière, la Sueur et la Poudre. 1975 : Rafferty and the Gold Dust Twins. 1975 : Adieu ma jolie. 1977 : Il était une fois la Légion. 1982 : Death Valley. 1983 : Un homme, une femme, un enfant. 1986 : Banco (Heat).


Thriller horrifique surfant sur la vague du psycho-killer à l'orée des années 80, La Vallée de la Mort est un nanar gentillet pour qui apprécie les séries B vites vues vite oubliées. Car classiquement réalisé sans inspiration avec d'aimables interprètes pas très retors, la Vallée de la Mort pâtit d'un script gogo à partir du concept du survival. A savoir qu'un marmot est ici pourchassé par un serial-killer faute d'avoir dérobé un collier dans une caravane abandonnée. Or, le lendemain, la police découvre le bâtiment en cendre avec à l'intérieur 2 cadavres. En villégiatures avec sa mère et son beau-père (auquel le réal s'attarde beaucoup trop à exposer l'inimitié entre celui-ci et le bambin) dans la vallée de la mort, Billy est harcelé par le tueur délibéré à l'assassiner (en faisant preuve de beaucoup de maladresses dans son imprudence, voir de ridicule à travers son orgueil comme celui de courir sur la toiture d'une maison pour terrifier ses victimes ou de leur balancer par la fenêtre divers outils de garage !).


TruffĂ© d'incohĂ©rences (le vrai coup de feu dans le musĂ©e juste avant l'intervention insouciante d'un couple de pèlerins), de facilitĂ©s (Billy trouvant refuge comme pas hasard dans la voiture du tueur) et de rebondissements crĂ©tins (la trouvaille binaire pour relancer l'action finale), la VallĂ©e de la mort cultive le minimum syndical pour divertir le spectateur embarquĂ© dans un survival Ă  suspense pour autant jamais ennuyeux. Car Ă  force de naĂŻvetĂ©, du surjeu de certains seconds-rĂ´les (la baby-sitter ventripotente, le serial-killer dĂ©nuĂ© du moindre charisme patibulaire), de la bouille avenante de Peter Billingsley et de l'aspect facĂ©tieux des courses-poursuites meurtrières, la VallĂ©e de la mort amuse la galerie de par sa dĂ©rision involontaire et son absence de prĂ©tention. A titre subsidiaire, on peut notamment se rĂ©conforter auprès de son cadre naturel joliment photographiĂ© et auprès de 2/3 petites scènes gores Ă©tonnamment complaisantes (le coup de pieu, les 2 Ă©gorgements quasi filmĂ©s en gros plan).


*Bruno
2èx

vendredi 15 mars 2019

Les Chatouilles

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Andréa Bescond et Éric Métayer. 2018. France. 1h43. Avec Andréa Bescond, Cyrille Mairesse, Karin Viard, Clovis Cornillac, Pierre Deladonchamps, Grégory Montel

Sortie salles France: 14 Novembre 2018

FILMOGRAPHIE: AndrĂ©a Bescond, nĂ©e le 12 juin 1979 en Bretagne, est une danseuse, comĂ©dienne, metteuse en scène, scĂ©nariste et rĂ©alisatrice française. 2018: Les Chatouilles.
Éric Métayer est un comédien et metteur en scène de théâtre français né le 23 janvier 1958 à Paris.


"1 enfant sur 5 est victimes de violences sexuelles selon le conseil de l'Europe. 
700 enfants par an meurent des suites de maltraitance en France."
Electro-choc d'une rigueur Ă©motionnelle proche du malaise (tout du moins auprès du public le plus sensible), Les Chatouilles traite de la pĂ©dophilie avec un vĂ©risme hallucinant de vĂ©ritĂ©. Tant auprès de la prestance Ă©corchĂ©e vive de la rĂ©alisatrice et actrice AndrĂ© Bescond, (elle mĂŞme victime d'abus sexuels durant son enfance), puisque portant le film sur ses Ă©paules avec une puissance d'expression quasi nĂ©vralgique; que de la mise en scène aussi bien inventive que chiadĂ©e naviguant avec les ruptures de ton sous l'impulsion d'un montage d'une fluiditĂ© gĂ©omĂ©trique (on peut mĂŞme parler de modèle du genre !). D'ailleurs, Ă  travers la fĂ©erie d'un climat tantĂ´t surrĂ©aliste dĂ©gageant une Ă©nergie inouĂŻe autour du personnage instable d'Odette, AndrĂ© Bescond nous radiographie un portrait sensible rĂ©solument pulsatile. De par son tempĂ©rament Ă  la fois volcanique et pĂ©tulant Ă©manant de son trauma infantile et de son apprĂ©hension timorĂ©e d'hurler sa douleur, son dĂ©sespoir auprès d'un entourage (familial/amical/conjugal/thĂ©rapeutique) contradictoire. Notamment auprès des rapports conflictuels avec sa mère aveuglĂ©e par l'orgueil, la condescendance, l'Ă©goĂŻsme et la vanitĂ© que Karin Viard (CĂ©sar du Meilleur Second RĂ´le) exprime avec une conviction infiniment dĂ©testable.


InĂ©vitablement bouleversant, parfois mĂŞme insoutenable sans cĂ©der une seule seconde Ă  la complaisance auprès d'un sujet aussi dĂ©rangeant (et dieu sait si certaines situations malsaines provoquent la nausĂ©e jusqu'au malaise cĂ©rĂ©bral, voir mĂŞme viscĂ©ral !), Les Chatouilles nous immerge de plein fouet dans l'introspection morale d'Odette (de son enfance martyr Ă  sa maturitĂ© troublĂ©e) en quĂŞte de catharsis. Une danseuse marginale fĂ©rue d'ambition et tentant d'exorciser ses dĂ©mons Ă  travers le rythme de son corps Ă©pileptique constamment habitĂ© par le tempo musical. Ainsi donc, en alternant prĂ©sent et passĂ© jusqu'Ă  parfois les confondre au sein d'un seul et mĂŞme plan onirique, les Chatouilles dĂ©gage un sentiment de libertĂ© et de lĂ©gèretĂ© hyper communicatif si bien que la joie "bipolaire" d'Odette nous distille une amère gaietĂ© dĂ©stabilisante. Pour autant suffoquant (au sens le plus large) et hyper dĂ©rangeant au fil d'un cheminement dramatique davantage ombrageux, les Chatouilles nous met en Ă©tat de transe de par sa facultĂ© Ă  suggĂ©rer de manière aussi singulière que crue le thème de la pĂ©dophilie au grĂ© d'un vĂ©nĂ©neux climat de libertĂ© permissive. Et ce afin de mieux retranscrire les Ă©tats d'âme bafouĂ©s d'Odette se comportant telle une punkette frondeuse pour pallier  sa dĂ©tresse morale.


Une Etoile est née.
Sommet d'intensitĂ©s fĂ©briles Ă  travers la frĂ©nĂ©sie d'Ă©motions aussi bien vertigineuses que dĂ©contractĂ©es, Les Chatouilles emprunte de manière audacieusement lunaire les ruptures de ton afin de mieux traduire la fracture morale d'une femme violentĂ©e en reconstruction identitaire. Traumatisant autant que libĂ©rateur, les Chatouilles a beau ĂŞtre glaçant d'horreur innommable, il n'en demeure pas moins digne, salutaire, arc en ciel car porteur d'espoir auprès du fragile tĂ©moignage d'Odette timidement dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  transcender son handicap moral pour se forger une seconde renaissance. Attention toutefois Ă  la mĂ©chante gueule de bois sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique Ă©coulĂ© ! 

*Bruno

Récompenses: Festival du cinéma américain de Deauville 2018 : Prix d'Ornano-Valenti pour Andréa Bescond et Éric Métayer
Festival du film de Hambourg 2018 — « VoilĂ ! » : Prix du meilleur film pour AndrĂ©a Bescond et Éric MĂ©tayer
César 2019:
César de la meilleure adaptation pour Andréa Bescond et Éric Métayer
César de la meilleure actrice dans un second rôle pour Karin Viard

jeudi 14 mars 2019

Souviens-toi l'été dernier / I Know What You Did Last Summer

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jim Gillespie. 1997. U.S.A. 1h41. Avec Jennifer Love Hewitt, Sarah Michelle Gellar, Ryan Phillippe, Freddie Prinze Jr., Bridgette Wilson, Johnny Galecki.

Sortie salles France: 28 Janvier 1998. U.S: 17 Octobre 1997

FILMOGRAPHIE: Jim Gillespie est un scĂ©nariste et rĂ©alisateur britannique. 1997 : Souviens-toi... l'Ă©tĂ© dernier. 2002 : D-Tox - Compte Ă  rebours mortel. 2002: The Legacy (tĂ©lĂ©-film). 2005 : Venom. 2016 : Ransom Games (Titre original : Take down).


Un an après le succès inattendu de Scream, le scĂ©nariste Kevin Williamson ne pouvait s’arrĂŞter en si bon chemin pour rĂ©activer le filon du psycho-killer avec Souviens-toi l’Ă©tĂ© dernier, confiĂ© au nĂ©ophyte Jim Gillespie. Pur produit d’exploitation jouant des codes avec habiletĂ© et efficacitĂ©, le film sĂ©duit autant par le jeu modestement convaincant de ses jeunes comĂ©diens (principalement les hĂ©roĂŻnes investigatrices, menĂ©es par une Jennifer Love Hewitt filiforme, fragile et studieuse) que par un suspense miraculeusement tenace. Mineur dans son concept Ă©culĂ©, il parvient pourtant Ă  crĂ©er la surprise. Grâce Ă  une intrigue binaire, bâtie sur deux tragĂ©dies accidentelles et le poids de la culpabilitĂ© (quatre jeunes responsables d’un accident mortel, fuyant leur crime une annĂ©e plus tĂ´t), le rĂ©cit se densifie sous la menace d’un pĂŞcheur vengeur armĂ© de son crochet. Iconique dans son apparence, le tueur impose un charisme inĂ©dit qui efface presque le ridicule ; Gillespie, avec un certain savoir-faire, donne chair Ă  ce fantĂ´me impassible, poursuivant ses victimes avec une tranquillitĂ© glaçante.


Difficile de ne pas sourire, avec un brin d’ironie, face au final haletant : le duo survivant traquĂ© dans le bateau labyrinthique du tueur, au grĂ© de ses assauts criminels frĂ©nĂ©tiques, Ă©voque un Vendredi 13 aussi lambda que nerveux. Mais la rĂ©ussite du film tient surtout Ă  ses personnages. Car malgrĂ© les cris parfois trop stridents des hĂ©roĂŻnes paniquĂ©es, les quatre protagonistes incarnent une humanitĂ© palpable : rongĂ©s par le remords, minĂ©s par le scepticisme, tenaillĂ©s par l’apprĂ©hension, ils intensifient leur survie par une dĂ©termination investigatrice, loin des archĂ©types d’ados Ă©cervelĂ©s. Certes, quelques clichĂ©s tachent la toile - morts gratuites de personnages secondaires, cadavres disparaissant comme par magie, faux coupable parachutĂ© chez l’assassin - mais la mise en scène parvient Ă  transcender ces incohĂ©rences grâce Ă  son atmosphère horrifique, admirablement ancrĂ©e dans le dĂ©cor inĂ©dit d’une bourgade cĂ´tière. L’immersion agit avec efficacitĂ©. Ă€ cela s’ajoute une sĂ©quence de poursuite meurtrière d’une cruautĂ© sèche, qui culmine dans un dĂ©nouement escarpĂ© baignĂ© d’un onirisme Ă©trangement festif. Seul regret : une violence trop sage, Ă©dulcorĂ©e pour ne pas heurter les adolescents en quĂŞte de frissons sans blessures.


Souviens-toi l’Ă©tĂ© dernier demeure ainsi un B-movie bonnard du samedi soir, exploitant avec respect et une pointe d’esthĂ©tisme (notamment sa photographie nocturne, vĂ©nĂ©neuse Ă  souhait) le sous-genre poussif du psycho-killer. Un hommage honorable, destinĂ© autant Ă  sĂ©duire une nouvelle gĂ©nĂ©ration avide de frissons qu’Ă  divertir les aficionados nostalgiques des annĂ©es 80.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

2èx

mercredi 13 mars 2019

Signs

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de M. Night Shyamala. 2002. U.S.A. 1h46. Avec Mel Gibson, Joaquin Phoenix, Rory Culkin, Abigail Breslin, Cherry Jones, Patricia Kalember, Merritt Wever.

Sortie salles France: 16 Octobre 2002. U.S: 2 août 2002

FILMOGRAPHIE: M. Night Shyamalan est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain, d'origine indienne, né le 6 Août 1970 à Pondichéry. 1992: Praying with Angers. 1998: Eveil à la vie. 1999: Sixième Sens. 2000: Incassable. 2002: Signs. 2004: Le Village. 2006: La Jeune fille de l'eau. 2008: Phenomènes. 2010: Le Dernier maître de l'air. 2013: After Earth. 2015: The Visit. 2017: Split. 2019: Glass.


Oeuvre magnifique touchĂ©e par la grâce de sa pudeur humaine en voie d'espoir et de rĂ©conciliation, Signs milite pour la foi au dĂ©miurge (ou tout du moins en une force supĂ©rieure) parmi le tĂ©moignage d'une famille en berne tentant de saisir le sens du deuil inĂ©quitable par l'entremise d'une invasion extra-terrestre. Si bien qu'ici M. Night Shyamalan nous livre l'antithèse d'IndĂ©pendance Day de par son parti-pris Ă©thĂ©rĂ© Ă  retarder au maximum l'apparition extra-terrestre sous l'impulsion du pouvoir de suggestion. Ainsi donc, grâce Ă  ce refus dĂ©monstratif d'une invasion Ă  grande Ă©chelle que l'on discernera uniquement Ă  travers les infos TV ou dans les champs de maĂŻs (les fameux cercles de culture), Signs fascine et inquiète Ă  la fois. De par le brio de sa mise en scène Ă©purĂ©e et surtout le jeu si naturel des comĂ©diens terriblement attachants au sein de leur communion fraternelle (casting hors pair j'vous dis !). On peut d'ailleurs fĂ©liciter M. Night Shyamalan (digne hĂ©ritier de Spielberg dans son art de conter, dans son sens du merveilleux et dans la profonde humanitĂ© des personnages !) grâce Ă  sa facultĂ© innĂ©e d'y diriger la candeur des enfants terriblement expressifs, poignants, Ă©mouvants Ă  travers leur capacitĂ© de rĂ©flexion, voir mĂŞme leur bagage culturel (je songe au fils aĂ®nĂ© particulièrement Ă©rudit pour ce qui tourne autour de l'astrologie et l'Ă©ventuelle existence des OVNI).


Car aussi bouleversant soit-il (pour ne pas dire dĂ©chirant lors d'une ultime retrouvaille morbide, une sĂ©quence gravĂ©e dans ma mĂ©moire de par l'acuitĂ© d'un regard aussi effrayĂ© et dĂ©sespĂ©rĂ© que moribond), Signs ne s'apitoie pas sur le sort des personnages incessamment mis Ă  l'Ă©preuve du courage, de l'espoir, de la rĂ©silience, de la persĂ©vĂ©rance, (voire de l'adversitĂ© Ă©galement) afin de redorer un sens Ă  leur existence Ă©plorĂ©e. Qui plus est, parmi cette touche de sensibilitĂ© prude jamais complaisante, le cinĂ©aste parvient Ă  capter les silence entre les mots pour les remplir de sens, d'humanitĂ© de par ses regards anxiogènes pour autant confrontĂ©s Ă  canaliser leurs angoisses de trĂ©passer. L'intrigue de Signs utilisant donc le prĂ©texte d'une hostilitĂ© extra-terrestre afin d'y dresser avec fine attention psychologique la reconstruction morale de cette famille brisĂ©e par l'injustice du deuil mais dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  combattre leurs dĂ©mons internes (principalement le père de famille rongĂ© par la dĂ©sillusion que Mel Gibson incarne avec une force d'expression saillante, davantage Ă©mouvante). Ainsi donc, en les confrontant Ă  un contexte de survie au coeur de leur cocon familial, et en les mettant Ă  l'Ă©preuve de la paranoĂŻa et de la peur la plus interrogative, l'intrigue de Signs les convergent Ă  une remise en question cĂ©rĂ©brale par le biais d'une rĂ©flexion sur le hasard et les signes (ou les miracles) que chaque ĂŞtre humain pourrait tĂ©moigner selon son idĂ©ologie existentielle.


Détruire une vie pour en sauver une autre.
Aussi bien fascinant qu'excitant (ah ces 2 furtives apparitions extra-terrestres entrevues Ă  travers une fenĂŞtre puis le reflet d'un tĂ©lĂ©viseur !), poignant et bouleversant auprès d'une intensitĂ© exponentielle, Signs traite de la gravitĂ© d'un argument fantastique pour mieux opposer la rĂ©flexion spirituelle / athĂ©iste sur les coĂŻncidences et les signes que chacun de nous pourrait thĂ©oriser selon nos fondements personnels. En tous Ă©tat de cause, M. Night Shyamalan nous livre ici (avec le splendide Sixième Sens tout aussi vibrant d'humanisme et optimiste quant Ă  la question de l'au-delĂ ) son oeuvre la plus sensible, la plus fragile, la plus personnelle, la plus positive du point de vue d'un drame familial mis Ă  l'Ă©preuve de la confiance en soi et en l'avenir en y rĂ©primant leurs peurs les plus rĂ©prĂ©hensibles. A condition de croire en son destin (tracĂ© d'avance ?). 

*Bruno
2èx

mardi 12 mars 2019

Matrix

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Lana et Lilly Wachowski. 1999. U.S.A. 2h16. Avec Keanu Reeves, Carrie-Anne Moss, Laurence Fishburne, Hugo Weaving, Gloria Foster, Joe Pantoliano, Marcus Chong.

Sortie salles France: 23 Juin 1999

FILMOGRAPHIE: Lana Wachowski, née le 21 Juin 1965 à Chicago, et Lilly Wachowski, né le 29 Décembre 1967 à Chicago sont des réalisatrices américaines. 1996: Bound. 1999: Matrix. 2003: Matrix Reloaded. 2003: Matrix Revolutions. 2008: Speed Racer. 2012: Cloud Atlas. 2015: Jupiter: le Destin de l'Univers.



« Nous vous l’avions bien dit, ça devait arriver : Ă  force de produire des machines pour vous servir, vous ĂŞtes devenus vous-mĂŞmes les esclaves de vos instruments. »
— Patrice Maniglier,

Le pitch: Thomas A. Anderson apprend via son ordinateur personnel que sa propre rĂ©alitĂ© n'est qu'un monde virtuel rĂ©gi par une machine incontrĂ´lable, la matrice. Avec l'aide de Morpheus, Trinity et quelques acolytes, il tentera nĂ©anmoins de contrecarrer son emprise planĂ©taire ayant rĂ©duit les ĂŞtres humains en esclaves dans leur cocon virtuel. 


Phénoménal succès international lors de sa sortie, Matrix est parvenu à révolutionner la science-fiction (aussi multi référentiel soit-il !) via ses FX numériques redoutablement inventifs et percutants, ainsi que son stimulant concept de base alertant des dangers de l'informatique apte à asservir notre condition terrestre dans un avenir prochain. Et si aujourd'hui ce divertissement métaphysique préserve son pouvoir de fascination, il le doit autant à sa fulgurance visuelle (d'autant plus chorégraphique auprès des gunfights et arts-martiaux hyper musclés si bien que la rigueur des coups portés s'avèrent étonnamment crédibles) qu'à sa complexité narrative truffée de thèmes éthiques sur l'origine de la vie et l'existence d'un Dieu créateur, sur le contrôle des masses à travers l'esclavage de nos sociétés modernes, sur la chimère de notre réalité (la vie n'est qu'un long rêve dont la mort nous réveille) et sur la confiance en sa propre foi afin de se surpasser et par la même occasion influencer la démographie humaine.


Sobrement interprĂ©tĂ© par des acteurs clinquants affublĂ©s de cuir et latex au sein d'une vĂ©nĂ©neuse ambiance nĂ©o-gothique, Matrix est prioritairement guidĂ© par l'intensitĂ© charismatique de Keanu Reeves en pleine notoriĂ©tĂ©. HĂ©ros juvĂ©nile en herbe en voie d'hĂ©roĂŻsme (aussi bien corporel que cĂ©rĂ©bral) si bien que le cheminement narratif (combat stoĂŻque entre le bien et le mal) dĂ©pend de l'audace de ses stratĂ©gies belliqueuses notamment Ă  travers sa capacitĂ© Ă  se remettre en question (et ce grâce Ă  son mentor NĂ©o mais aussi aux prĂ©ceptes de l'oracle). Et si sa dernière demi-heure avait gagnĂ© Ă  ĂŞtre un peu moins homĂ©rique Ă  travers la rĂ©currence de son action outre-mesure, on reste pour autant plaquĂ© au siège de par la vigueur de son imagerie Ă©lectrisante laissant libre court Ă  une virtualitĂ© dystopique Ă  la fois dĂ©lĂ©tère, tentaculaire, insidieuse (pour ne pas dire cauchemardesque !). Un excellent divertissement donc, carrĂ©, efficace, stylisĂ©, voir mĂŞme subtilement charnel (uniquement pour la prĂ©sence de l'envoĂ»tante Carrie-Anne Moss apportant une petite notion romantique Ă  l'intrigue) mĂŞme si son melting-pot philosophique pourrait faire grincer des dents aux plus exigeants.

*Bruno
3èx

Récompenses: Oscars 2000
Meilleur montage
Meilleurs effets visuels
Meilleur montage de son
Meilleur mixage sonore
BAFTA 2000
Meilleur son
Meilleurs effets visuels
26e cérémonie des Saturn Awards 2000
Meilleur film de science-fiction
Meilleure réalisation
Empire Awards 2000
Meilleur film
Meilleur espoir féminin pour Carrie-Anne Moss