vendredi 22 juillet 2011

LA CIBLE HURLANTE (Sitting Target)

     

de Douglas Hickox. 1972. U.S.A/Angleterre.1h33. Avec Oliver Reed, Jill St. John, Ian McShane, Edward Woodward, Frank Finlay, Freddie Jones, Jill Townsend, Robert Beatty, Tony Beckley, Mike Pratt, Robert Russell.

Sortie salles U.S.A. le 19 Juin 1972

FILMOGRAPHIE: Douglas Hickox est un rĂ©alisateur britannique, nĂ© le 10 Janvier 1929 Ă  Londres, dĂ©cĂ©dĂ© le 25 Juillet 1988.
1959: Behemoth the sea Monster (coréalisé avec Eugène Lourié), 1963: It's All Over Town, 1964: Just for you, 1969: Les Bicyclettes de Belsize, 1970: Le Frère, la soeur et l'autre, 1972: La Cible Hurlante, 1973: Théâtre de sang, 1975: Brannigan, 1976: Intervention Delta, 1979: Zulu Dawn, 1983: Le Chien des Baskervilles (télé-film), 1984: The Master of Ballantrae (télé-film), 1985: Blackout.

                        
Hommage subjectif d'un puriste amateur de polar.
VĂ©tĂ©ran du cinĂ©ma de genre adulĂ© par des fans de tous bords, Douglas Hickox nous aura offert au moins trois rĂ©ussites distinctes durant sa brève carrière Ă©clectique. Théâtre de Sang, Zulu Dawn et enfin le titre qui nous intĂ©resse ici, La cible Hurlante, dont je vais m'efforcer de rendre hommage avec le plus de respect mĂ©ritoire. Polar majeur des annĂ©es 70 honteusement ignorĂ© de nos jours, cette oeuvre fondamentale du genre policier, superbement interprĂ©tĂ©e et passionnante, baigne continuellement dans un nihilisme prĂ©gnant sans aucune Ă©chappatoire.

Harry est emprisonnĂ© dans une prison anglaise depuis plus de 10 ans. Dans le parloir, durant une discussion avec sa femme, celle-ci lui avoue envisager de le quitter depuis qu'elle est enceinte d'un quidam qu'elle a rencontrĂ© durant sa longue absence. Fou de rage, Harry brise la vitre du parloir pour assaillir son Ă©pouse et l'Ă©trangler sauvagement. Rapidement maĂ®trisĂ© par les gardiens, il repart en cellule d'isolement en guise de blâme. Après avoir mĂ»rement rĂ©flĂ©chi, aidĂ© de deux comparses, le mari haineux de jalousie est dĂ©terminĂ© Ă  s'Ă©vader du pĂ©nitencier pour jurer d'assassiner sa femme.

                                 

Ca dĂ©marre sur les chapeaux de roue avec une violente rixe parmi un couple en implosion au coeur d'un parloir entre dĂ©tenus pour ensuite suivre l'Ă©vasion spectaculaire de trois prisonniers qui auront consciencieusement prĂ©parer leur fuite. Un morceau d'intense suspense, rĂ©alisĂ© avec prĂ©cision et minutie alors que quelques incidents alĂ©atoires scrupuleusement plausibles, notamment favorisĂ©s par la dĂ©termination sans faille des personnages, vont culminer leur objectif dans un point d'orgue vertigineux Ă  couper le souffle !
Après cette Ă©vasion rĂ©ussie, Harry s'investit immĂ©diatement dans sa mission Ă  haut risque d'assassiner sa propre femme devenue infidèle. Avec son complice Birdy, les deux hommes vont ĂŞtre mĂŞlĂ©s Ă  un concours de circonstances rarement favorables pour leur quĂŞte personnelle et cette folle libertĂ© tant escomptĂ©e.

                                  

Dans une photographie blafarde au coeur de l'urbanisation d'une citĂ© industrielle en dĂ©crĂ©pitude, Douglas Hickox nous entraĂ®ne dans un polar brutal implacable. Une traque saugrenue entrepris par notre anti-hĂ©ros rongĂ© par la trahison conjugale dont le scĂ©nario Ă  peine probable dans les exactions encourues relèvent facilement du suicide implicite.
DominĂ© par l'orageuse prestance de Oliver Reed en taulard fou amoureux mais empli de haine et de violence contre sa dulcinĂ©e, son cheminement funèbre va malencontreusement laissĂ© derrière sa carrure robuste quelques cadavres sans qu'un quelconque Ă©tat d'âme ne vienne le rappeler Ă  la raison. Inflexible, austère et dĂ©nuĂ© d'une quelconque absolution, l'acteur innĂ© pour ce rĂ´le irascible hypnotise l'Ă©cran de sa posture râblĂ©e. Alors qu'il laisse finalement transparaĂ®tre au moment opportun une certaine lamentation, une amertume dĂ©sespĂ©rĂ©e face Ă  l'Ă©chec de son idylle mĂ©crĂ©ante.
Avec l'assistance de son acolyte Birdy Williams, formidablement interprĂ©tĂ© par le charismatique Ian McShane, nos deux malfrats chevronnĂ©s n'ont donc aucune Ă©thique ni repentance pour commettre leur mĂ©faits meurtriers auquel quelques innocentes victimes feront les frais de leur acerbe motivation.
Marginaux vĂ©reux, gardiens corrompus, putes effrontĂ©es et mesquines, gangsters Ă©gotistes s'agencent et se fondent dans un rĂ©cit âpre et violent, haletant et impondĂ©rable, d'oĂą pointe de façon sous-jacente le dĂ©sespoir d'un amour insoluble et dĂ©chu.
On sera tout aussi estomaquĂ© de suivre son point d'orgue jusqu'au-boutiste avec un coup de théâtre perfide que personne n'aura vu venir. Tandis que l'Ă©pilogue cruellement cathartique va enfoncer un peu plus le clou et achever cette love story galvaudĂ©e dans une mĂ©lancolie condamnĂ©e.

                                   

Superbement maĂ®trisĂ© dans une rĂ©alisation rigoureuse et dominĂ© par des interprètes notables aux gueules burinĂ©es criant de charisme viril, La Cible Hurlante est un modèle du polar brut ne relâchant jamais d'une seconde sa tension latente. Remarquablement construit dans sa narration indocile, rythmĂ© de trĂ©pidantes scènes d'actions acĂ©rĂ©es et bĂ©nĂ©ficiant d'un score jazzy aux accents transalpins de Stanley Myers, cette oeuvre opaque nous plaque au fauteuil avec une audacieuse subversion.

22.07.11
Bruno Matéï.




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