de Gilles Béhat. 1984. France. 1h47. Avec Bernard Giraudeau, Christine Boisson, Bernard-Pierre Donnadieu, Michel Auclair, Jean Pierre Kalfon, Corinne Dacla, Nathalie Courval, Jean Pierre Sentier, Jean Claude Dreyfus, Jean-Claude Dreyfus, Jean-Claude Van Damme (figurant, scène d'arrivée dans la police).
Sortie salles France: 4 Janvier 1984
FILMOGRAPHIE: Gilles Béhat (Gilles Marc Béat) est un réalisateur et acteur français, né le 3 Septembre 1949 à Lille (Nord). 1978: Haro. 1981: Putain d'histoire d'amour. 1984: Rue Barbare. 1985: Urgence. 1986: Charlie Dingo. 1986: Les Longs Manteaux. 1988: Le Manteau de Saint-Martin. 1990: Dancing Machine. 1994: Le Cavalier des nuages. 1997: Un Enfant au soleil. 2000: Une Mère en colère. 2009: Diamant 13.
Gros succès surprise à sa sortie (2 050 496 spectateurs), Rue Barbare fit l’effet d’une bombe et provoqua même un tollé chez les critiques bien-pensantes, n’y voyant qu’un pseudo film d’action se complaisant dans une violence putassière. Adapté d’un roman de David Goodis, Gilles Béhat ne cache pas son inspiration de La Lune dans le caniveau de Beineix pour transcender le climat insolite d’une banlieue crépusculaire, fréquentée par des voyous sans vergogne.
Ce qui frappe d’emblée, lorsqu’on revoit aujourd’hui Rue Barbare, c’est l’onirisme stylisé qui se dégage d’un quartier glauque, livré à la débauche et à la délinquance criminelle, dans un isolement existentiel poisseux. Une véritable faune de rockers délurés occupe les sous-sols des immeubles et scrute les ruelles borgnes pour agresser, violer, assassiner les plus démunis, sous l’allégeance du leader Matt. Au cœur de cette jungle urbaine en délitement, un ancien voyou reconverti porte secours à une jeune Asiatique molestée. Un geste qui va sévèrement contrarier son ex-ami Matt, bien décidé à kidnapper la gamine.
La tonalité insolente des dialogues triviaux, le comportement erratique des marginaux et l’atmosphère fantasmatique qui imprègne le récit surprennent par un ton résolument décalé, franchement atypique dans le paysage français. Grâce au naturel décomplexé d’interprètes communément flamboyants, Rue Barbare attise un pouvoir de fascination halluciné et une empathie troublante pour l’errance désenchantée d’un ancien rebelle, pris entre rédemption et vengeance. Un homme solitaire cohabitant avec sa famille et son épouse dans un appartement sordide, mais peu à peu épris d’affection pour une ancienne idylle corrompue.
Pour incarner ce rôle à la fois contenu et rageur, Bernard Giraudeau parvient admirablement à briser son image de bellâtre, insufflant une densité virile mêlée de désespoir, tiraillé entre l’honneur à préserver et la tendresse qu’il s’autorise à accorder à ses deux maîtresses. En compagne esseulée, assujettie à l’autorité de Matt, Christine Boisson livre un superbe portrait de femme versatile au caractère trempé, irradiant une sensualité torride à travers sa silhouette longiligne. En mafieux rongé par une haine orgueilleuse, costume blanc bientôt teinté de sang, l’imposant Jean-Pierre Donnadieu magnétise l’écran de façon insidieuse, imposant son autorité déloyale à des sbires désœuvrés. Les seconds rôles, tous marqués par des gueules burinées et éclatées, renforcent encore cette galerie extravagante de délinquants sans vergogne.
Pour parachever le spectacle de cette rivalité anthologique, impossible de taire l’ultime mano à mano entre les deux antagonistes, qui fit couler tant d’encre à l’époque. Un affrontement d’une sauvagerie inouïe, à mains nues, coups de chaîne, barre de fer et poing américain. Point d’orgue chorégraphique d’une violence barbare, crue et sanguinolente, encore aujourd’hui. Visages tuméfiés, transpirant de sang, de sueur et surtout d’épuisement.
Porté par la musique envoûtante de Bernard Lavilliers, Rue Barbare s’impose comme une chronique de violence à mains nues. Une expérience de cinéma à la fois pulsatile et sensorielle, illustrant de manière underground l’insécurité gangrenant les quartiers défavorisés, là où toute présence policière demeure illusoire. Son onirisme très urbain et son ambiance insolite préservent une œuvre étrange, charnelle et ensorcelante, profondément ancrée dans les années 80, dont le look rétro distille un charme singulier. L’un des grands films français de cette décennie, à la marginalité de ton inégalée, dans un genre - le film de gang - que le cinéma hexagonal n’a que trop rarement osé affronter frontalement.
— le cinéphile du cœur noir 🖤
A Pascal...
18.12.25. 26.02.13




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