Sortie salles France: 17 Juin 1981 (Int - 18 ans). U.S: Inédit en salles.
FILMOGRAPHIE: Walerian Borowczyk est un cinéaste et plasticien polonais né le 2 septembre 1923 à Kwilcz, près de Poznań (Pologne), mort le 3 février 2006 au Vésinet en région parisienne.
1967 : Le Théâtre de monsieur et madame Kabal. 1968 : Goto, l'île d'amour. 1971 : Blanche. 1974 : Contes immoraux. 1975 : L'Histoire du péché. 1975 : La Bête. 1976 : La Marge. 1977 : Intérieur d'un couvent. 1979 : Les Héroïnes du mal. 1979 : Collections privées. 1980 : Lulu. 1981 : Docteur Jekyll et les femmes. 1983 : L'Art d'aimer. 1987 : Emmanuelle 5. 1988 : Cérémonie d'amour
Dr Jekyll et les Femmes - Aberration baroque d’un cauchemar charnel.
Repéré par les vidéophiles lors de son exploitation VHS sous l’emblème sacré de Hollywood Video, Dr Jekyll et les Femmes demeure une aberration filmique comme le paysage horrifique en offre rarement. Déjà intrigués et glacés par sa bande-annonce monocorde, bâtie sur de simples arrêts sur image - plans érotico-gores fondus les uns dans les autres - les amateurs s’étaient rués pour découvrir ce que recelait cet objet supposé sulfureux inspiré de Stevenson. À rebours, Borowczyk ne s’appuie pas sur le roman que nous connaissons, mais sur une ébauche que l’écrivain dut sacrifier sous le joug de son épouse Fanny Van de Grift, jugeant l’œuvre trop fade. C’est cette version fantôme que le cinéaste ressuscite, à renforts de sexe et de sang (le film fut d’ailleurs interdit aux moins de 18 ans) sans sombrer dans l'outrance. À mi-chemin entre film d’auteur et série B provocatrice, Dr Jekyll et les Femmes orchestre une descente aux enfers singulière, au point d’en devenir l’adaptation la plus bizarre, la plus dérangeante et la plus insaisissable jamais projetée sur pellicule.
D’une simplicité presque triviale, le récit expose la nuit de cauchemar que subiront les hôtes aristocratiques du Dr Jekyll dans sa demeure tentaculaire. Depuis qu’une fillette battue à mort a été retrouvée - prologue d’une brutalité malsaine malgré son hors-champ - un maniaque rôde, prêt à frapper. Un à un, les convives périssent entre les mains du mystérieux Edward Hyde, tandis que la fiancée de Jekyll contemple ces exactions avec une fascination troublante. Porté par une brochette d’illustres seconds couteaux chers aux amateurs de Bis (Udo Kier - Du sang pour Dracula -, Marina Pierro - La Morte-vivante -, Patrick Magee - Le Chat Noir -, Gérard Zalcberg - Les Prédateurs de la Nuit -, Howard Vernon - L’Horrible Dr Orlof -, Clément Harari - Inspecteur Labavure), Dr Jekyll et les Femmes distille une atmosphère fétide dans une unité de temps et de lieu étouffante. Saturée d’une partition dissonante - littéralement envoûtante, vénéneuse - la mise en scène auteurisante de Borowczyk s’acharne à composer des cadrages alambiqués, magnifiés par une photo ouatée, parfois traversée d’éclairs d’un onirisme azuréen. Expérimental dans son stylisme et son goût provocateur pour les images scabreuses frôlant un peu la pornographie à travers 2/3 plans, le film se vit comme un cauchemar halluciné, pulvérisant à point nommé les frontières du réel. Les acteurs, possédés par les pulsions de domination et de soumission, se livrent à un jeu outrancier, presque rituel, littéralement fascinant.
"Déliquescence morale de la haute société."
Résolument baroque - notamment cette métamorphose impensable dans une baignoire souillée - et visuellement somptueux dans ses décors gothiques tantôt sensuels, tantôt menaçants, Dr Jekyll et les Femmes renonce à toute morale pour célébrer la funeste étreinte d’amants maudits, submergés par la fascination du meurtre et la perversion sexuelle - jusqu’au vampirisme, voire à un cannibalisme suggéré. Il en émane une œuvre hybride, ineffable, une expérience érotico-horrifique aussi charnelle que diaphane, au risque de diviser les spectateurs peu enclins à apprivoiser un tel délire inconfortable, méphitique et austère. Mais pour les amateurs d’ambiances atypiques baignées d’un surréalisme indicible, Dr Jekyll et les Femmes demeure une expérience hypnotique, unique en son genre, difficile à oublier une fois le générique muet refermé.
— le cinéphile du cœur noir 🖤
Dédicace à Isabelle Rocton
11.12.25. 3èx. VF
Récompense: Prix du Meilleur réalisateur lors du Festival international du film de Catalogne en 1981.




Malheureusement, ce film n'est pas disponible à l'unité, il faut se tourner vers le coffret regroupant plusieurs films de Walerian Borowczyk. Ou l'import, ce que j'ai choisi.
RépondreSupprimerSinon le film est également dispo sur le net auprès du blog: stalkerjany.blogspot.fr (Warning Zone).
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