jeudi 24 février 2022

Batman

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Tim Burton. 1989. U.S.A. 2h06. Avec Michael Keaton, Jack Nicholson, Kim Basinger, Robert Wuhl, Michael Gough, Pat Hingle, Billy Dee Williams, Jack Palance, Jerry Hall. 

Sortie salles France: 13 Septembre 1989. U.S: 23 Juin 1989

FILMOGRAPHIE: Timothy William Burton, dit Tim Burton, est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 25 Août 1958 à Burbank en Californie. 1985: Pee-Wee Big Adventure. 1988: Beetlejuice. 1989: Batman. 1990: Edward aux mains d'argent. 1992: Batman, le Défi. 1994: Ed Wood. 1996: Mars Attacks ! 1999: Sleepy Hollow. 2001: La Planète des Singes. 2003: Big Fish. 2005: Charlie et la Chocolaterie. 2005: Les Noces Funèbres. 2008: Sweeney Todd. 2010: Alice au pays des Merveilles. 2012: Dark Shadows. 2012: Frankenweenie. 2014: Big Eyes. 2016 : Miss Peregrine's Home for Peculiar Children. 2019 : Dumbo.


Infiniment plus substantiel qu'un simple divertissement de super-héros, une oeuvre d'art à la fois bâtarde et gracieuse.
Succès commercial et critique (alors que dans mes souvenirs j'en soupçonnais la controverse) rameutant plus de 2 362 087 spectateurs dans nos salles hexagonales, Batman dĂ©passe de loin le simple cadre du film de super-hĂ©ros si bien qu'il ne s'adresse point au public familial en bonne et due forme. Car portant la pate si personnelle de Tim Burton (en pleine ascension de son inspiration onirico-gothique) signant ici un chef-d'oeuvre formel (en 4K c'est mĂŞme une rĂ©surrection !), Batman nous fait confronter celui-ci avec le Joker immortalisĂ© par un Jack Nicholson dĂ©chainĂ© mais d'une justesse imparable en bouffon sardonique d'une cruautĂ© sans morale (alors que lĂ  aussi dans mes souvenirs un certain cabotinage parfois outrancier laissait Ă  dĂ©sirer). Les dĂ©cors architecturaux, grandioses (pour ne pas dire disproportionnĂ©s) au stylisme expressionniste; ou encore classieux, telle la salle Ă  manger de Wayne ou la rĂ©ception dans son manoir, nous inondant la vue de sa fulgurance frĂ©quemment baroque. A l'instar (en guise d'apothĂ©ose) du final infiniment crĂ©pusculaire dans l'immensitĂ© d'une Ă©glise longiligne (peu de le dire !). Tim Burton densifiant autour de son esthĂ©tisme parfois horrifique (quelle audace donc au sein du film de super-hĂ©ros !) et du genre du film noir d'après-guerre la confrontation morale entre le Bien et le Mal que se disputent Batman et le Joker reliĂ©s par un passĂ© meurtrier qui changeront Ă  jamais leur destinĂ©e. 

L'intrigue aussi obscure que dramatique nous dĂ©voilant finalement leur point commun d'une vengeance Ă  double tranchant, notamment eu Ă©gard de la suspicion des citadins de Gotham envers l'homme chauve-souris aussi discret que mystĂ©rieux. Le Joker reportant la faute de ses crimes sur lui afin de s'attirer la sympathie du public en liesse. Outre la puissance de jeu imparable de Nicholson très Ă  l'aise dans son rĂ´le de mĂ©galo diablotin, on peut autant prĂ´ner l'incroyable charisme de Michael Keaton aussi prudent et distinguĂ© en milliardaire prĂ©tendant qu'impassible et renfrognĂ© en super hĂ©ros tĂ©nĂ©breux au latex saillant. Une posture photogĂ©nique qui laisse pantois d'admiration le spectateur sous l'impulsion de cadrages obliques ou de plans serrĂ©s ombrageux. Tim Burton sublimant chacune de ses prĂ©sences bipolaires Ă  l'aide d'un onirisme baroque littĂ©ralement hypnotique (souvent en harmonie avec une nature sombre et mystĂ©rieuse). On peut Ă©galement relever la prĂ©sence gironde de Kim Basinger envoĂ»tant le spectateur de sa posture de blonde classieuse en dĂ©pit de ses expressions laconiques un tantinet perfectibles. Quoiqu'il en soit, l'actrice parvient Ă  se dĂ©tacher de sa simple apparence sensuelle en imprimant une fragilitĂ© attendrie non nĂ©gligeable pour le super-hĂ©ros frappĂ© d'un passĂ© traumatique (et donc en requĂŞte de tendresse rĂ©demptrice). Et si les scènes d'actions sont loin d'ĂŞtre lĂ©gions (le jeune ado actuel risque de trouver le spectacle ennuyeux !), elles n'en demeurent pas moins agrĂ©ablement troussĂ©es, notamment auprès de ses effets spĂ©ciaux artisanaux rĂ©solument soignĂ©s (Ă  1 ou 2 plans conçus en maquettes). Alors que les moyens de dĂ©placement de Batman font appel Ă  un attirail technologique au pouvoir de fascination clinquant. 


Une oeuvre d'art malade
Pur film fantastique Ă  la croisĂ©e des genres (film noir, horreur, science-fiction, romance, action, féérie, et animation s'entrechoquent dans la fluiditĂ©), Batman demeure une oeuvre hybride d'une beautĂ© funeste Ă  damner un saint. A la fois grandiose, somptueux, dĂ©cadent, dĂ©calĂ© et dotĂ© d'un humour noir parfois dĂ©concertant (notamment l'incroyable sĂ©quence horrifique de la mort des parents de Wayne sous un brouillard couard), Batman transcende le simple film de super-hĂ©ros de par la personnalitĂ© hĂ©tĂ©rodoxe de son auteur fĂ©ru d'amour pour un macabre enchanteur. A revoir d'urgence donc, avec la surprenante impression que cette oeuvre quasi inclassable s'est bonifiĂ©e au fil du temps de par sa scĂ©nographie littĂ©ralement picturale et le charisme de ses acteurs dirigĂ©s entre la rĂ©serve et l'insolence.   

*Bruno Matéï
3èx

Ci-joint la chronique de Batman le dĂ©fi: http://brunomatei.blogspot.fr/2015/11/batman-le-defi.html

Récompenses:
62e cérémonie des Oscars : Meilleure direction artistique pour Anton Furst
17e cérémonie des Saturn Awards : prix du président du jury

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