vendredi 13 février 2026

Halloween de David Gordon Green. 2018. U.S.A. 1h46.

                  (Crédit photo : image trouvée via Imdb, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

Halloween (2018) est à mon sens le grand retour du Boogeyman en bonne et due forme. Un retour respectueux du genre et du mythe, au point que David Gordon Green efface volontairement toutes les suites pour ne prolonger que le chef-d’œuvre matriciel de John Carpenter. Ici, nous avons affaire à une véritable suite, frontale, assumée, à nouveau clinquante et fascinante.

On sent Green impliqué, avisé, circonspecte. Son film est un formidable psycho-killer, mené avec intelligence, notamment dans la caractérisation de Laurie Strode. Quarante ans plus tard, elle est moralement fracassée, torturée. Paranoïaque, recluse, retranchée derrière des armes et des pièges. Sa maison est devenue une forteresse customisée, un bunker domestique prêt à exploser. Elle incarne une Amérique malade, celle de l’ère Trump, gagnée par le survivalisme et cette fascination innée pour les armes comme ultime rempart contre le chaos. Laurie ne vit plus : elle se prépare clairement à la guerre.

J’aime aussi beaucoup les clins d’œil disséminés tout au long du récit, habilement détournés, parfois même inversés au niveau du rôle des personnages. Green s’amuse, retors, à jouer avec notre mémoire. Il rend hommage à l’œuvre matricielle sans la singer, et l’on savoure ces échos déformés avec un plaisir malicieux.

Le film est terrifiant, surtout dans l’attente afin de travailler notre imaginaire. Comme Carpenter, Green travaille la peur dans la durée. Certaines séquences domestiques sont d’une efficacité redoutable : la présence invisible de Michael Myers, tapie hors champ, nous glace. Puis lorsqu’il frappe, la violence est plus brutale, bien que ritualisée, plus sanglante, car toujours ancrée dans un certain réalisme. Les meurtres des journalistes dans les toilettes comptent parmi les scènes les plus dures. Ça fait mal car c'est sans concession, quasi bestial, primal, sans l'outrance assumée d'un Rob Zombie (que je vénère toutefois). Alors qu'à un autre moment aussi inquiétant et insécure dans sa végétation feutrée, Gordon ose filmer l'immontrable lors d'une cruelle altercation, sans se complaire dans une violence graphique impardonnable.  

On est à nouveau face à un véritable film d’ambiance un peu plus contemporain. Michael est ici plus terrestre, moins abstrait, moins fantomatique qu’autrefois, mais il reste une silhouette glaçante, une menace immédiate dès qu’elle surgit dans le cadre.

Le personnage du psychiatre, interprété par Haluk Bilginer, apporte une variation intéressante en écho au docteur Loomis. Obnubilé, fasciné par Michael, il incarne une obsession presque maladive qui enrichit le propos de manière couillue dans un retournement de situation.  

Il faut aussi rappeler que Carpenter est producteur exécutif et compositeur du film. Le leitmotiv mythique résonne toujours, percutant, accompagné d’un score plus nerveux qui épouse le rythme de cette séquelle visuellement splendide, parfois presque onirico-funeste lors de ses éclairages nocturnes.

Tous les acteurs sont investis, mais Jamie Lee Curtis domine. Elle dégage une force expressive tenace, intraitable, à la fois fragile et stoïque. Et le final, tendu, spectaculaire, dans la maison transformée en piège, fonctionne admirablement dans son action et sa terreur communes.

Halloween 2018 est donc une variation franchement réussie : un psycho-killer intelligent, psychologique, fébrile et percutant, qui redore le blason d’une saga et s’impose comme l’un de ses meilleurs opus - avec son chapitre final infortuné: Halloween Ends

— le cinéphile du cœur noir 🖤

3èx. 4K. Vost 

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