dimanche 1 février 2026

Nino

                   (Crédit photo : image trouvée via Imdb, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

"On va pas faire comme si tout allait bien? Mais on fait déjà tous ça"

Nino, premier long métrage français réalisé par Pauline Loquès, est ce genre de film rare où, quitte à forcer un peu le trait, on pourrait presque parler de coup de maître. Pour une première réalisation, la maîtrise est sidérante : une justesse, une finesse, une intelligence de mise en scène absolument imparables. Un film entièrement dénué de pathos, d’émotions programmées, porté par une direction d’acteurs remarquable. Des visages inconnus, des corps neufs, tous d’une sobriété bouleversante, au jeu dépouillé, naturel, spontané, pétri d’humanité et d’humilité, et surtout débarrassé de toute diction théâtrale - ce qui, dans le paysage du cinéma français, n’est pas si courant, loin s'en faut.

Ce très beau drame intime retrace donc l’introspection morale de Nino, 29 ans, qui apprend brutalement qu’il est atteint d’un cancer de la gorge. Le film épouse alors son parcours intérieur, ses errances, ses amitiés, ses élans sentimentaux, au cœur d’un Paris jamais écrasant, jamais démonstratif. Et ce qui touche profondément, c’est l’immense pudeur avec laquelle Pauline Loquès dessine le profil psychologique de ce jeune homme, percuté de plein fouet par une révélation pathologique qui fissure tout.

On suit son cheminement moral avec une attention presque fébrile, tant le film respecte sa fragilité, sa sensibilité, mais aussi sa force : celle de regarder en face ce qui pourrait ébranler sa vie, voire l’interrompre. Nino est un drame intime magnifique sur la prise de conscience de l’extrême fragilité de l’existence, lorsque la maladie surgit au moment le plus arbitraire, le plus injuste.

La grande force de ce film, d’ailleurs multirécompensé à travers le monde, réside dans cette pudeur constante, cette finesse de regard et cette intelligence d’écriture qui refusent toute complaisance, toute apitoiement sur le sort de ce personnage. Et son final, absolument poignant sans jamais être appuyé, est admirable dans sa manière de laisser l’avenir en suspens : entre le pire et un possible renouveau, entre la menace de la mort et l’espoir d’une nouvelle vision du monde, forgée dans l’épreuve.

Merci Pauline Loquès, hâte de poursuivre ta carrière en herbe.

— le cinéphile du cœur noir 🖤

Récompenses: Festival de Cannes 2025 / Semaine de la Critique : Prix Louis-Roederer de la révélation pour Théodore Pellerin
Festival du cinéma américain de Deauville 2025 : Prix d'Ornano-Valenti
Les Visiteurs du Soir de Valbonne 2025 : Prix du public et Prix des Lycéens
Prix Pierre-Chevalier pour Pauline Loquès
Festival international du film francophone de Namur 2025 : Bayard du meilleur scénario, Bayard de la meilleure première oeuvre, Prix Be Tv
Festival international du film de Rome 2025 : Grand Prix du jury
Festival international du film de Varsovie 2025 : Grand Prix, Prix du jury jeune Fipresci, Prix du jury oecuménique
Festival international du film de Valladolid 2025 : Mention spéciale
Festival Cinémania de Montréal 2025 : Prix Canal+ Distribution du meilleur film
Lumières 2026 : Meilleur premier film

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