dimanche 1 février 2026

Jojo Rabbit

                       (Crédit photo : image trouvée via Imdb, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

Laissez tout vous arriver. 
La beauté et la terreur.
Continuez d'avancer. 
Aucun sentiment n'est définitif.
               Rainer Maria Rilke. 

Révision d'un immense choc du cœur pour ce Jojo Rabbit surgit de nulle part. Conte initiatique d’une audace folle, qui ose tourner en dérision les horreurs de l’Allemagne nazie à la fin de la Seconde Guerre mondiale, en adoptant le regard candide et déformant d’un enfant de dix ans, Jojo, plein d'étoiles filantes dans les yeux. Endoctriné, manipulé, asservi par une idéologie haineuse qu’il prend pour un jeu, il va pourtant, au fil de sa relation avec Elsa, jeune juive cachée dans un placard par sa mère, apprendre à aimer. Apprendre la tendresse. Retrouver, lentement, les vraies valeurs.

Le duo formé par Roman Griffin Davis et Thomasin McKenzie est d’une justesse bouleversante. Leur confrontation morale, faite de piques, de peurs, de rires crispés, se mue peu à peu en une amitié fragile, puis en un sentiment pudique, traversé par une cocasserie et une poésie aussi réjouissantes que déchirantes. Une alchimie juvénile terriblement attachante.

Taika Waititi déploie toute la puissance émotionnelle de son film dans une rupture de ton magistrale. La première heure, dominée par l’humour - souvent noir, souvent grinçant - cède progressivement la place à une dramaturgie inattendue, parfois cruelle, parfois tragique. La dernière demi-heure devient un torrent d’émotions, un assaut frontal contre le cœur, jusqu’aux larmes, avec, cerise sur le gâteau, une brève chorégraphie musicale sublime.

Par ailleurs, il faut saluer le jeu tout en nuance et délicatesse de Scarlett Johansson, d'une bienveillance dépouillée, presque déshinibée, qui passe par une forme de caricature parodique assumée. Une manière pour elle de raisonner son fils, de le confronter à sa propre bêtise, à son absurdité d'applaudit la guerre et la haine. Par le rire, par l'amour, par l'exemple. Sur ce fil fragile, Scarlett Johansson livre une interprétation profondément bouleversante et infiniment attendrissante, sans effet de manche. 

Au final, Jojo Rabbit est un sublime conte qui ridiculise la barbarie nazie sans jamais la rendre complaisante, transfigurant l’amour, la tendresse et l’amitié comme seuls remparts possibles face à la haine. Un film pudique autant qu'onirique, jamais outrancier, qui choisit l’ellipse plutôt que l’insoutenable. Et l’on en sort transformé, comme Jojo et Elsa, le cœur à vif, les yeux en larmes, traversé par une lumière fragile mais tenace. La tristesse cédant à la joie et à l'apaisement. 
À mes yeux, Jojo Rabbit restera l’un des plus beaux moments d’émotion dans ma vie de cinéphile.

— le cinéphile du cœur noir 🖤

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