Quelle surprenante trajectoire filmique que celle de David Robert Mitchell, depuis le chef-d'œuvre It Follows, Under the Silver Lake réalisé 4 ans plus tard jusqu'à La Fin d'Oak Street, puisque le réalisateur parvient encore à nous surprendre là où on ne l'attend pas. Et si ce pur divertissement spielbergien demeure perfectible, pour ne pas dire inégal, Mitchell possède toutefois plus d'un tour dans sa besace pour bousculer nos habitudes. Ainsi, la première demi-heure demeure tout à fait attachante dans sa représentation d'une famille dysfonctionnelle au sein d'une bourgade que n'aurait pas reniée Steven Spielberg à travers une production Amblin, d'autant plus que l'action se déroule dans les années 80. Le film joue autant sur la corde sensible de la nostalgie d'une génération que sur notre perte de repères, à travers des ruptures de ton susceptibles de déconcerter plus d'un spectateur, comme je le fus parfois.
Le véritable problème réside toutefois dans le rythme, puisqu'aux deux tiers du récit s'opère une véritable cassure qui nous détache quelque peu de l'aventure, pourtant de plus en plus horrifique et inattendue. Certaines situations convenues finissent alors par être observées avec davantage de distance, comme si le film perdait momentanément le fil de son pouvoir d'immersion. Fort heureusement, David Robert Mitchell parvient à relancer l'action dans une trépidante ultime demi-heure, incroyablement tendue à travers des séquences de poursuite et d'agression percutantes, dont le pouvoir immersif demeure infaillible. On reste alors véritablement scotché au siège, avec une appréhension constante, d'autant que le réalisateur prend un malin plaisir à bousculer nos habitudes dès lors qu'il délaisse momentanément ses protagonistes. C'est dire si La fin d'Oak Street sait encore agréablement surprendre à travers des rebondissements inattendus et parfois d'une cruauté inouïe.
Autant le film pêche donc par son rythme dégingandé aux deux tiers du récit, et c'est bougrement dommage, autant nous avons affaire à une véritable série B de luxe réalisée à l'ancienne, d'autant plus que les trucages numériques demeurent irréprochables. Les protagonistes deviennent par ailleurs de plus en plus attachants au fil de leur solidarité démunie, impartie à cette famille dysfonctionnelle, le récit se muant finalement en une initiation à la réconciliation et à l'unité. Car derrière l'invasion des dinosaures, prétexte spectaculaire à cette aventure, se dessine surtout une morale sur la nécessité d'arrêter de se prendre la tête pour des broutilles et de réapprendre à écouter, respecter, pardonner et soutenir ceux qui nous entourent.
Ainsi donc, dans sa finalité, La Fin d'Oak Street demeure quand même bien sympathique, en dépit de ses ruptures de rythme et de son côté parfois prévisible, voire mollasson. Quelques séquences spectaculaires et surtout tendues viennent racheter la mauvaise conduite de ces défauts, avec parfois même une audace incongrue que David Robert Mitchell coordonne avec un certain savoir-faire, en dépit d'un récit qui aurait gagné à être un peu plus surprenant et dense.
— Celui du cÅ“ur noir des images 🖤
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