samedi 5 mars 2011

COMME UNE ETOILE DANS LA NUIT

                                             

de René feret. 2007. France. 1H30. Avec Salomé Stévenin, Nicolas Giraud, Jean-François Stévenin, Marilyne Canto, Guillaume Verdier ...

BIO: René Féret est un cinéaste et acteur français, (26/05/45 à La Bassée, Nord) qui a réalisé 15 longs-métrages (La Communion solennelle, L'Homme qui n'était pas là, La Place d'un autre, Promenades d'été).

L'ARGUMENT: Marc et Anne vivent d'un amour passionnel qui vient à peine de démarrer. Mais le jeune homme va apprendre qu'il est atteint de la maladie de Hodgkin. Leur rêve d'avoir un enfant et de se marier sera inévitablement compromis.

                    

A travers l'histoire poignante d'un homme atteint d'une grave pathologie, René Féret va nous dresser sans pathos ni grandiloquence le portrait d'un couple exemplaire engagé dans l'optimisme pour la liberté d'espérer et d'aimer coûte que coûte. Deux amants amoureux qui vont s'unifier dans leur sentiment pour combattre la maladie et la mort.

Avec une narration aussi éculée se fourvoyant fréquemment dans la mièvrerie et les larmes faciles, Comme une Etoile dans la nuit tire sa distinction, sa force et son éclat dans son refus d'apitoiement sur les personnes au seuil de la mort. Ou tout du moins qu'il sera évitable de se lamenter, se complaindre de manière exacerbée sur la gravité d'une situation aussi dramatique.
Ce qui intéresse en priorité le réalisateur c'est ce combat de la vie contre la mort qui sait ici rester humble et digne de foi pour accéder à une forme de victoire personnelle autant que fusionnelle dans l'épanouissement de l'amour à travers un couple idyllique écorné.
On suit alors la vie quotidienne en demi-teinte, nonchalante et pleine d'espoir de ce jeune couple enrayé par le cancer de la maladie.
C'est leur cheminement que nous allons suivre et perdurer en suivant leur parcours lourdement affecté à travers les va et vient de différents examens pathologiques prescrits pour Marc dans les diverses cliniques spécialisées. Les lourds traitements qu'il doit subir, ses espoirs, ses craintes, ses angoisses, ses interrogations qu'il fera tout autant partager à son amie Anne constamment à ses côtés.
C'est tout autant le point de vue de cette femme amoureuse au courage exemplaire dans sa nouvelle vie pesante que nous allons également côtoyer et analyser.
Sa lucidité devant le fait accompli, sa foi alimentée par l'optimisme, sa force imparable d'aimer jusqu'au bout de la route et offrir avec toute sa vigueur l'immensité de son coeur à l'être aimé.

                    

Tandis que les autres témoins, les réactions exclamées de l'entourage de Marc ou du point de vue de Anne, leurs amies, les attitudes des différents acolytes ou des membres de la famille auront tendance à se mouvoir dans une plainte lamentée, une compassion tragédienne, un excès d'empathie envers l'état physique et la déliquescence du mourant.
Comme les parents de Anne qui refusent à admettre cette tragédie contemplative, n'acceptant pas que leur fille soit sur le fil du rasoir pour son équilibre vital, son avenir dénaturé, son épanouissement à vivre sa liberté lourdement remis en cause du haut de ses 25 ans.
Un père lâche, apathique et défaitiste qui refuse d'accepter que Marc soit potentiellement condamné par la maladie.
Tandis que les amis chers du malade, sa soeur ou ses parents s'apitoieront de manière pathétique sur son sort plutôt que de lui administrer un regain de chaleur, un optimisme rigoureux et une vivacité clairvoyante pour lui permettre de raviver son esprit et son éthique.

LES AMANTS ETERNELS.
Notre couple interprété par la très jolie Samuel Stevenin dans le rôle de Anne et Nicolas Giraud dans celui de Marc sont étonnants de justesse et d'humilité dans leur trajectoire périlleuse, pleine de doute, de craintes, d'espoir mais surtout leur force implacable de vivre jusqu'à la dernière seconde leur passion amoureusement ardente. Combattre le mal par une communion spirituelle promise dans la chair de l'autre.
La lettre bouleversante dans sa morale existentielle que Anne lira à la fin de leur parcours est un florilège de valeurs essentielles contre l'horreur de la mort, une leçon de vie pour y faire face et mieux affronter sa douleur vertueuse ou physique. Un hymne, une victoire de l'amour sur la mort quelqu'en sera notre destin et l'issue invoquée.

                    

LA MELODIE DE L'AMOUR.
Dans une mise en scène épurée sans aucun artifice, pleine de retenue et de candeur, Comme une étoile dans la nuit est un très beau témoignage tout en modestie et pudeur sur un couple alimenté par la confiance et l'uniformisation de deux coeurs confrontés à l'abîme mais confortés dans le culte de l'altruisme. A travers cette expérience douloureuse du combat implacable contre la maladie, le film se veut un vibrant hommage à l'amour dans sa forme la plus expansive, authentifiée dans le reflet de ces âmes éternelles.
Exactement de la même manière que de verser des cendres dans un océan matinal laissant pointé à l'horizon un soleil serein et contemplatif.

A Pina...

                    

vendredi 4 mars 2011

Freeway

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Matthew Bright. 1996. U.S.A. 1h38. Avec Kiefer Sutherland, Reese Witherspoon, Wolfgang Bodison, Dan Hedaya, Amanda Plummer, Brooke Shields, Michael T. Weiss.

BIO: Matthew Bright est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 8 juin 1952 aux États-Unis, responsable de quatres longs-mĂ©trages dont l'excellent Ted Bundy directement sorti en vidĂ©o en 2001. Freeway est sa première rĂ©alisation. Il y tournera enfin sa suite 3 ans plus tard, restĂ©e inĂ©dite en salles en France.


Le pitch : Pendant que sa mère prostituĂ©e et son beau-père droguĂ© sont arrĂŞtĂ©s par la police, Vanessa, jeune fille rebelle, dĂ©cide de s'enfuir de la rĂ©gion pour aller rejoindre sa grand-mère en dĂ©robant la voiture de son assistante sociale. Sur l'autoroute, son vĂ©hicule tombe en panne, mais un aimable pèlerin, psychologue pour enfants, lui prĂŞte main forte pour l'amener Ă  son rendez-vous. Vanessa accepte mais se retrouve embarquĂ©e dans une descente aux enfers oĂą les rĂ´les vont finalement s'inverser: d'innocente victime, elle accĂ©dera au rang de meurtrière vindicative ! 
 
MĂ©fiez vous des apparences ! A l'annonce du pitch convenu, Matthew Bright accouche d'un film monstre aussi bâtard que dĂ©bridĂ©. Entre violence incisive et dĂ©lire sardonique mâtinĂ© de grand-guignol, Ă  mi-chemin entre un Tex Avery vitriolĂ© et le conte de Perrault, Le Petit Chaperon Rouge. Le tout assaisonnĂ© du tempĂ©rament explosif de son actrice nĂ©ophyte, Reese Witherspoon !  PortĂ© par l'incroyable talent d'une jeune comĂ©dienne en roue libre Ă  l'orĂ©e d'une riche carrière (Freeway est dĂ©jĂ  son 6è rĂ´le), la pin-up Reese Witherspoon endosse son rĂ´le effrontĂ© avec une spontanĂ©itĂ©, une incontinence et un naturel imparables. Un personnage haut en couleur de diva sexy, adolescente fragile dĂ©bordante d'impertinence par sa carrure irresponsable.


Il faut la voir affronter courageusement son violeur avec une haine dĂ©glinguĂ©e, ou affronter les provocations gratuites d'une prisonnière impĂ©rieuse dans un pĂ©nitencier pour femmes. Un pugilat fĂ©minin extraverti culminant au dĂ©chaĂ®nement de violence dĂ©saxĂ©e. Ou lorsque la haine de l'injustice pousse Ă  la rĂ©volte criminelle. 
 
Ainsi, Matthew Bright nous transfigure l'attachant portrait d'un chaperon rouge marginalisĂ© d'une sociĂ©tĂ© urbaine en dĂ©liquescence, lĂ  oĂą justice et forces de l'ordre se confondent en parodie corruptible. Vanessa dĂ©ambule au hasard de ces rencontres autoritaires, telle l'enfant Ă©garĂ© dans une forĂŞt hostile, pour retrouver un semblant de patrimoine familial, l'ultime espoir d'une retrouvaille (celle de sa grand-mère) au sein d'une mĂ©tropole aliĂ©nĂ©e. 
 
SecondĂ© par Kiefer Sutherland il caractĂ©rise Ă  merveille l'emprise du violeur sadique, un tueur d'adolescent pervers dans son jeu de rĂ´le cynique de questions-rĂ©ponses. Rendu dĂ©figurĂ© par sa diva hilare, ce renversement de situation ajoute du piment corrosif Ă  cette traque meurtrière jamais avare de revirements impromptus. Enfin, les apparitions furtives des seconds rĂ´les ne laissent pas non plus indiffĂ©rents. Que ce soit la pĂ©tulante Amanda Plummer dans le rĂ´le dĂ©chu d'une prostituĂ©e au grand coeur, Michael T. Weiss dans celui d'un droguĂ© violeur aussi dĂ©sopilant que pathĂ©tique, ou encore le duo imbu de flics obtus, campĂ©s successivement par Wolfgang Bodison et Dan Hedaya. Je clĂ´ture avec la surprenante apparition de Brooke Shield endossant la femme de Bob, une potiche de service aguicheuse au QI dĂ©ficient, car incapable de dĂ©celer la moindre ambiguĂŻtĂ© sur la double vie de son amant sociopathe.


La Revanche d'une blonde
Pour emprunter le cheminement d'un conte enfantin, Freeway adopte brillamment la dĂ©marche insolente de la farce Ă  la fois cynique et sardonique. De remake trash Ă  cartoon hilare, le cinĂ©aste agence climat insolent de rires nerveux et bouffĂ©es oxygĂ©nĂ©es d'ultra violence. Toutes les situations farfelues ou dramatiques s'exacerbant au rythme d'un ton goguenard, notamment par l'attitude erratique des personnages impudents. Enfin, la posture survitaminĂ©e de Reese Whiterspoon  et l'arrogance dĂ©loyale de Kiefer Sutherland doivent beaucoup Ă  l'attrait dĂ©bridĂ© de cette traque infernale supra jubilatoire. 

Bruno 
18.09.10. 3èx

Récompenses: GRAND PRIX DU JURY AU FESTIVAL DU FILM POLICIER A COGNAC 1997
                        PRIX DE LA CRITIQUE
                        PRIX D'INTERPRETATION FEMININE

NOTE: La durée du film varie selon certains pays !
France : 102 minutes ; Australie : 97 minutes ; Etats-Unis : 97 minutes (cut version)


jeudi 3 mars 2011

THE LAST LITTLE HOUSE ON THE LEFT IN THE PRAIRIE

                                     

de Otto Rivers. 2010. Durée: 7'44".

La vidéo ci-dessous !




HOUSE

             

de Nobuhiko Obayashi. 1977. Japon. 1H32. Avec Kimiko Ikegami, Kumiko Ohba, YĂ´ko Minamida

BIO: Nobuhiko Obayashi (Obayashi Nobuhiko, nĂ© le 9 janvier 1938) est un rĂ©alisateur japonais, scĂ©nariste et monteur de films et de publicitĂ©s pour la tĂ©lĂ©vision qui est bien connu pour son style visuel surrĂ©aliste.
Il fut particulièrement reconnu pour ses films sur le passage à l'age adulte. Des films tels que Exchange Students (1982) et Futari (1991) développent ce thème tout en conservant les éléments de fantaisie surréaliste propre à son univers visuel.
House est son premier long-métrage.
 
                         

L'ARGUMENT: Une jeune fille contrariée fuit le cocon familial après que son père veuf se soit remis avec une nouvelle dulcinée.
Elle décide alors de partir en voyage chez sa tante, en compagnie de quelques amies. Arrivées dans la demeure, d'étranges phénomènes ne vont pas tarder à sa manifester.

MAGICAL MISTERY TOUR !!!
Attention film ovni ne ressemblant Ă  rien de connu, au risque de donner une migraine pour les non avertis !
Dire que le film dâte de 1977 et que Sam Raimi a dû s'en inspirer pour son fameux Evil-Dead, il n'y a qu'un pas à franchir !
 
                    

La première demi-heure du film chatoyante et folichonne sera digne d'un épisode de Candy ! Sept jeunes filles partent en autobus dans une campagne retirée pour retrouver la demeure esseulée d'une tante solitaire introvertie, vivant seule avec son chat siamois.
Cette première partie rose bonbon mélange allégrement scènes niaises et enfantines avec en arrière plan visuel des planches animées, des paysages dessinés à la main dans des couleurs festives arc en ciel. Pour un peu on se croirait renouer avec l'univers du Magicien d'Oz au pays du soleil levant !
La suite vire de bord tout en restant dans le même esprit visuel avec un florilège de séquences chocs macabros humoristiques d'une inventivité hallucinée !
Imaginez un peu sa singularité foisonnante dans sa folie visuelle contagieuse ! Une jeune fille part chercher un pichet d'eau dans un puits pour en sortir une tête tranchée joyeusement égayée de son traitement morbide, valdinguer dans les airs, rebondir de bas en haut et s'en aller taquiner notre camarade éberluée ! Une autre protagoniste se fera gentiment dévorée par son piano pendant que le restant de ses doigts coupées continuera à interpréter une mélodie inspirée ! Des matelas et des draps survoltés vont recouvrir une fille subitement étouffée dans un nuage de plumes démultipliées ! Des lampadaires vivants s'empressent de kidnapper deux de nos héroïnes funambules et lunatiques ! Une tête et une bouche géante traversent la pièce devant nos charmantes invitées stupéfaites des tailles pharaoniques ! Une vitre se brise et se laisse dégouliner des lambeaux de sang fluides et clairs comme de l'eau colorée ! Comme la tête d'une demoiselle se fissurant, telle des bouts de verre déliés pour laisser place aux flammes de l'enfer !
 
                           

Dans un mélange atypique de fantastique onirique, féérie, poésie et terreur parodique, nos sept fidèles japonaises déconcertées mais tout aussi amusées de cet incroyable spectacle infatigable vont facilement se laisser entrainer pour être happées par des forces diaboliques qui se permettent le contrôle absolu sur la réalité des faits.
Les effets spéciaux cheaps, amusants, débridés et désuets ajoutent un charme kitch qui concorde parfaitement à l'esprit cartoonesque du film. Les idées toutes plus frappadingues les unes que les autres pleuvent à foison jusqu'à un final raisonné, tout en calme contenu, d'une philosophie cristalline sur le sens de l'amour.
La partition musicale en demi-teinte souvent mélodieuse et doucereuse tandis que de temps à autre pop et jazzy accusent bien cette ambivalence d'un univers indéfinissable, mis en scène dans des moyens techniques divers et variés comme l'effet d'animation cartoonesque, les scènes vétustes en noir et blanc, l'emploi du ralenti saccadé, les arrêts sur image ou les planches dessinées à la main.
 
                    

LA MAISON DES 1000 TOURS.
House est un film fantastique hors du commun qui ne pourra pas plaire à tout le monde du fait de son climat insolent vraiment particulier, psychédélique et insolite, totalement livré à l'abandon d'un imaginaire expansif et déchainé, entre un Tsui Hark sous ecstasies et un Sam Raimi filmant son film la tête à l'envers avec une affection pour le merveilleux et le kitch criard assumé.
  
                    

22.09.10.

LE SPECTRE DU PROFESSEUR HICHCOCK (The Ghoul / Lo Spettro)

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemapassion.com

de Riccardo Freda. 1963. Italie. 1h38. Avec Barbara Steele, Peter Baldwin , Elio Jotta, Harriet Medin, Carol Bennet, Carlo Kechler, Reginald Price Anderson.

FILMOGRAPHIE: Riccardo Freda (24.02.09 - 20/12/99) est un réalisateur, scénariste et acteur italien à l'origine de 27 longs-métrages réalisés entre 1942 et 1989. Il sera surtout reconnu auprès des amateurs de cinéma fantastique avec Les Vampires, Caltiki, le monstre immortel, Maciste en Enfer ainsi que ses fausses suites l'Effroyable secret du Dr Hichcock, le Spectre du professeur Hichcock.
L'un de ses plus beaux fleurons qui aura marqué toute une génération de cinéphiles restera également Le Chateau des amants maudits (Béatrice Cenci), fresque historique romantique dont Argento s'en serait particulièrement inspiré pour Suspiria (ex: la fille accourant dans les bois sous une pluie battante en scène d'intro).
                
Le Château des amants maudits
Un an après le succès de son chef-d'oeuvre L'Effroyable secret du Dr Hichcock, Riccardo Freda reprend sous son aile son actrice fĂ©tiche Barbara Steele pour parfaire un second bijou d'Ă©pouvante. Cette fausse sĂ©quelle se rĂ©approprie d'une ambiance gothique raffinĂ©e qui comblera les amateurs Ă  travers une narration machiavĂ©lique mettant en exergue des personnages perfides sans vergogne. Deux amants vont comploter un stratagème criminel pour supprimer le mari moribond et s'approprier sa fortune en guise d'hĂ©ritage. Mais les sinistres amants ne sont pas au bout de leur peine et de leur surprise lorsqu'ils seront tĂ©moins du spectre du professeur hantant les nuits de la demeure maudite. Au sein d'une bâtisse gothique d'une beautĂ© sĂ©pulcrale ornĂ©e d'Ă©clairages bleutĂ©s, Riccardo Freda nous entraĂ®ne dans un huis-clos malsain oĂą les nombreux revirements se soumettent Ă  narration charpentĂ©e au rythme d'un suspense latent. En dehors de son aspect visuel flamboyant qui ne pourra que pâmer de bonheur les amateurs d'ambiance gothique (candĂ©labres dĂ©goulinants de cire, crane humain, costumes victoriens, caveau vĂ©tuste, tableaux picturaux), Le Spectre... s'Ă©difie en passionnant jeu de pouvoir entre des personnages insidieux communĂ©ment cupides.                

Niveau distribution, la divine Barbara Steele nous magnĂ©tise le regard de sa posture de maĂ®tresse complotiste Ă  la fois orgueilleuse et impassible. VĂ©nĂ©neuse en diable, elle magnĂ©tise l'Ă©cran de ses yeux noirs habitĂ©s par la soif du Mal. Peter Baldwin lui prĂŞte la vedette avec l'autoritĂ© d'un sĂ©duisant dandy aussi pernicieux et autrement mesquin dans sa manoeuvre criminelle. Dans un jeu en demi-teinte Ă©pris d'aigreur et de pulsions vengeresses, Ellio Jotta endosse le Dr Hichcok sous un physique famĂ©lique, notamment de par son teint blafard et sa mine anxiogène. Dans une silhouette froide et mortuaire, Harriet Madin campe l'indocile gouvernante sous une sinistre robe noire et un chignon Ă©triquĂ©.   
                  
Le FantĂ´me vivant
MĂŞme s'il n'Ă©gale pas son premier coup de maĂ®tre tournĂ© un an au prĂ©alable, le Spectre du professeur Hichcock constitue une formidable contribution au genre gothique autour d'un jeu de massacre sans Ă©chappatoire. Nanti d'une fulgurance visuelle traditionnellement raffinĂ©e, d'une science du suspense savamment planifiĂ©  et surtout d'une galerie pathĂ©tique d'antagonistes couards, Le Spectre... Ă©pouse un climat malsain d'autant plus audacieux si je me rĂ©fère Ă  sa sĂ©quence de meurtre particulièrement sanguine. Pour parachever, on finit d'Ă©voquer cette magnifique comptine musicale inscrite dans l'amertume qu'une boite Ă  musique amorce dans une intonation lancinante, Ă©trange et mĂ©lancolique. 

24.09.10
Bruno Matéï 

L'ATTAQUE DE LA FEMME A 50 PIEDS (Attack of the 50 Foot Woman)

                          

de Nathan Juran. 1958. U.S.A. 1H08. Avec allisson Hayes, William Hudson, Yvette Vickers, Roy Gordon, Georges Douglas, Ken Terrell, Otto Waldis.

BIO: Nathan Juran est un réalisateur, scénariste et directeur artistique américain, (01.09.1907 / 23.10.2002) totalisant une filmographie de 27 longs-métrages réalisés entre 1947 et 1973.
On lui doit d'excellents westerns de série B mais surtout des classiques et autres chefs-d'oeuvre du fantastique comme La Chose surgie des ténèbres, A des millions de kms de la Terre, le Cerveau de la planète Arous, Jack le tueur de géants et Les Premiers Hommes dans la Lune.
Son chef-d'oeuvre absolu reste Le 7è Voyage de Sinbad, réalisé en 1958.

                                   

L'ARGUMENT: A la suite d'une violente dispute avec son mari, Nancy Archer décide de s'enfuir en voiture dans le désert californien quand une sphère rouge lui illumine les yeux ! Un homme géant en sort pour lui barrer la route ! Paniquée, elle prend la fuite et se réfugie au commissariat du coin raconter son impropable expérience avec cet extra-terrestre éberlué !

                             

LA BLONDE CONTRE-ATTAQUE !
Bienvenu dans un nanar célèbre des années 50 qui vaut plus par la texture de sa magnifique et prometteuse affiche que son contenu maigrelet et vain à cause d'une narration aussi dérisoire que risible.
La trame est Ă  elle seul un sommet d'ineptie et de niaiserie absolue !!! Voyez le topo !
Pendant qu'on annonce à la radio la potentielle apparition d'un mystérieux satellite aperçu par des témoins dans un désert californien, un riche couple accumule les violentes rixes interposées à cause du mari volage qui passe son temps à roucouler dans le bar du coin avec une jeune décervelée affriolante. Tandis que la femme jalouse et impuissante face à cette coutumière infidélité se noie dans l'alcool en attendant des jours meilleurs.
Ces séquences conventionnelles aussi banales que maladroitement mises en scène vont s'étirer durant 40 minutes (le film totalise 1H05 en dvd !) avant que ne surgisse le fameux coup de théâtre tant promis sur l'affiche kitch faramineuse: la taille devenue gigantesque d'une femme vindicative élevée à 50 pieds, bien décidée à faire payer à son mari ses mensonges et son irrévérence envers son infidélité.
Et ne me demandez pas de quelle manière et pourquoi cette femme atteint une taille subitement anormale car nous ne le serons jamais ! Mis à part le fait qu'elle se soit fait enlever quelques heures auparavant par un extra-terrestre géant vêtu comme un lutteur romain chauve en jupette de carnaval ! (là aussi, rire garanti à chacune de ses apparitions !)

                                 

L'idiotie du récit totalement dénuée d'épaisseur psychologique pour un aussi faible enjeu dramatique, les dialogues involontairement drôles, les comédiens caricaturaux mais attachants dans leur véracité à vouloir convaincre, les FX peu nombreux, cheaps et plutôt risibles de manière générale concluent à rendre un nanar amusant qui ne cède pourtant jamais à l'ennui.

Le final bordélique qui fait intervenir la revanche de Nancy rendue physiquement géante vaut son pesant de situations farfelues, de poésie surranée quand elle traverse en petite tenue sexy la ville pour s'en aller retrouver son mari dénigré. De son impressionnante taille et masse musculaire, Nancy, telle un king-kong féminin sans poil (ou si peu !) fracassera de ses mains une toiture et autre fenêtre d'un hôtel, cherchant pertinemment son époux modèle pour l'écraser de ses propres mains !
La conclusion étonnement dramatique que drolatique n'avait pas lieu d'être et si le souhait du réal était de fébrilement nous émouvoir, l'effet est totalement inversé à cause de sa morale neuneu à peine injustifiée.

BIKINI MAD WOMAN.
RĂ©alisĂ© avec un budget dĂ©risoire par des acteurs rigolos, L'attaque de la Femme Ă  50 pieds  n'est surement pas ce que nous a offert de mieux le maitre de la sĂ©rie B, Nathan Juran, mais il reste malgrĂ© tout un bon petit nanar distrayant au charme vintage jamais ennuyeux. D'ailleurs, sa rĂ©putation est telle qu'un remake rĂ©alisĂ© par Christopher Guest avec Daryl Hannah dans le rĂ´le titre (en faite, il s'agit d'un tĂ©lĂ©-film dĂ©guisĂ©) fut entrepris en 1993.

                   

26.09.10

STOIC

                           

de Uwe Boll. 2009. 1H30. Canada. Avec Furlong Edward, Levinson Sam, Mennekes Steffen, Sipos Shaun, Switch Jamie

BIO: Uwe Boll est un réalisateur, scénariste et producteur allemand, né le 22 juin 1965 qui répercute déjà 31 longs-métrages à son actif.
Surnommé par le presse américaine comme le nouveau Ed Wod ou le Master of error, ses films généralement aseptisés et ses adaptations de jeux vidéo souvent pitoyables de médiocrité se complaisent maladroitement dans la prétention et le racolage quand il ne s'agit pas de simple nanars affriolants et rebattus.
Jusqu'au jour ou débarque un film que personne n'attendait ! STOIC !!!

L'ARGUMENT: Un homme se suicide dans se cellule de prison. Quelques heures plus tard ses trois co-détenus sont interrogés un à un pour connaitre les véritables raisons de cet acte insensé.

                                 

UWE BOLL: LA RESURRECTION !
Dire que l'on n'attendait pas grand chose du nouveau film d'un réalisateur vilipendé par la majorité de la critique et du public est un mince euphémisme tant sa réputation n'est plus à plaindre.
Total revirement de situation, virage à 180 degrés, uppercut dans ta face ! Uwe Boll réalisé une bombe, un film choc, un drame psychologique implacable à la limite de la nausée dont personne ne pourra sortir indemne !

L'introduction nous amène à montrer un homme entrain de se pendre dans sa cellule. La suite nous fera intervenir la présentation de ses 3 compagnons avec qui la victime partageait sa taule. Un à un, les détenus vont se livrer à leur témoignage aux autorités tandis qu'en intermittence, de nombreux flash-back viendront nous épauler sur le véritable déroulement du récit, sur la vie antécédente de nos quatre prisonniers co-existés en communauté le temps d'une interminable journée au bout de l'horreur.

TournĂ© en 6 jours dans un style proche du documentaire, manipulĂ© par une photo dĂ©saturĂ©e et d'une camĂ©ra mobile filmĂ©e souvent Ă  l'Ă©paule, Uwe Boll   nous envoie directement dans une impitoyable descente aux enfers Ă  travers ce huis-clos claustrophobe et sonder les trĂ©fonds de l'âme (in)humaine, de ce qu'elle peut commettre de pire quand elle en est rĂ©duite Ă  se retrouver en hiĂ©rarchie restreinte dans un endroit isolĂ© de tous pour une durĂ©e (in)dĂ©terminĂ©e.
A cause de la bêtise d'un pari stupide qu'un nouveau détenu a osé concourir, ce même prisonnier va se retrouver embarqué malgré lui dans un incessant jeu d'humiliations davantage éprouvés sur sa personne. Jusqu'à lui saborder des actes insensés de torture et de barbarie dont la victime réduite à un jouet de soumission ne pourra jamais se remettre de tant d'épreuves innommables dans sa moralité introspective décharnée.
Parce que cet homme refusera d'avaler un tube de dentifrice qu'il avait lui même proposer de soumettre au perdant lors d'une partie de poker, ses 3 voisins de cellule vont lamentablement se proposer à lui faire subir ces multiples sévices autant physiques que psychologiques.

                                

La grande qualité de Stoic viendra avant tout de la caractérisation précise de chaque personnage remarquablement interprété et élucidé dans leur tourment de l'horreur, le plaisir pervers de se fourvoyer dans la bassesse humaine et la peur de se confronter face à l'autorité de son adversaire influent et leader.
A cause d'un effet de groupe, d'une influente complicité où la loi du plus fort prédomine, nos trois tortionnaires iront jusqu'au bout de leur désirs meurtriers, au point de non retour et cela même si l'un de leur acolyte épris de remord, d'une parcelle de conscience et de compassion face à tant de sévices infligés tentera désespérément de résonner ses amis.

LES CHAROGNES.
Il faut saluer l'interprétation de nos quatre comédiens tous aussi impliqués et convaincants les uns des autres. Que ce soit la victime démunie campée par Shaun Sipos, un quidam rendu misérable totalement déchu de l'intérêt de sa personne, dénué d'émotion au fur et à mesure de son long calvaire, de son impitoyable sevrage à subir les ultimes bravades et brimades de ses camarades putassiers.
Edward Furlong (le jeune fils de Sarah Connor dans terminator 2) est presque méconnaissable, surprenant en prisonnier antipathique, physiquement un peu enveloppé dans son surpoids inopiné. Peut-être le bourreau le plus pervers, le plus dangereux abjecte salopard à ne pas manifester un chouilla de remord ou d'affectation face à sa victime lapidée.
Steffen Mennekes en grand complice du leader imposé, aux allures de Skin refoulé est l'un des personnages les plus pathétiques dans son viol commis pour la première fois devant ses camarades surpris de cette révélation éhontée. Pathétique aussi dans ses interrogatoires hypocrites, ses véritables remords à concevoir un tel sacrilège inhumain, sa honteuse conscience d'avoir commis les actes les plus extrêmes et impardonnables. Avant d'oser verser quelques larmes contraignantes...
Sam levinson dans le rôle du détenu le moins répressible est parfaitement convaincant, grisonnant dans son personnage lamenté, torturé dans ses estocades de prise de conscience, sa révulsion à avoir assisté, participé à ce lynchage festif commis en communauté.
Envahit par la peur d'être à son tour le prochain bouc émissaire, impuissant d'oser transgresser les barrières de leur propre loi établie, ce prisonnier est sans doute le personnage le plus à plaindre dans sa conscience morale à cause du regain d'amitié qu'il éprouvait face à sa victime et le triste sort qu'il sera obligé de lui réserver malgré son désistement.
   
                               

SENTENCE D'UNE DELIVRANCE.
InspirĂ© d'une histoire vraie (qui s'en Ă©tonnera ?), Uwe boll  surprend Ă©normĂ©ment avec Stoic dans ce huis-clos nausĂ©eux extrĂŞmement malsain et dĂ©rangeant. Sa mise en scène sobre et sans effet de style mise tout sur la psychologie de ses personnages interprĂ©tĂ©s avec une intense conviction, imposĂ©s dans un climat glacial et sa froide brutalitĂ© Ă©tablie jusqu'au vertige du malaise. Son introspection Ă  observer les Ă©tats-d'âme d'ĂŞtres humains rĂ©duits Ă  l'Ă©tat animal dans leur environnement barricadĂ© sans clartĂ© ou nuance de lueur habilitĂ©e.
Cette descente aux enfers nous interpelle autant qu'elle dĂ©motive dans son effrayant constat humain livrĂ© sans anesthĂ©sie.  
Stoic choque de manière lamentée et désarme sans jamais céder à la gratuité ou au plaisir rudimentaire de choquer son spectateur aigri d'avoir été le témoin de cette triste requête à la limite de l'improbable.
Bienvenu dans les tréfonds de l'âme inhumaine...

NOTE: En février 2009, Uwe Boll a reçu : le Razzie Award du pire réalisateur de l'année 2008 pour Postal, King Rising (In the Name of the King: A Dungeon Siege Tale) et Tunnel Rats un Razzie Award pour avoir réussi la pire carrière
En juin 2008, Uwe Boll a reçu : le prix du meilleur réalisateur pour Postal au festival du cinéma d'Hoboken (New-Jersey)
En septembre 2010 : Darfur est élu meilleur long-métrage international au Festival du Film Indépendant de New-York

                              

27.09.10

La Chasse Sanglante / Open Season / Los Cazadores

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Peter Collinson. 1974. 1h45. Etats-Unis / Suisse / Espagne / Angleterre / Argentine. Avec Peter Fonda, Richard Lynch, John Phillip Law, Alberto de Mendoza, Cornelia Sharpe, William Holden, Simon Andreu.

Sortie salles France: 18 Août 1982

BIO Peter Collinson (01.04.36 / 16.12.80) est un rĂ©alisateur anglais responsable de 17 longs-mĂ©trages mis en scène entre 1967 et 1980 (l'or se barre, la nuit des alligators, 10 petits nègres).

 
"Au bout du fusil, la bĂŞte humaine".
Dans la lignĂ©e de DĂ©livrance, de La Chasse du comte Zaroff, des Chiens de paille ou de Week-end sauvage, La Chasse sanglante s’inscrit dans ce rĂ©alisme cru, viscĂ©ral et poisseux typique des Seventies - atmosphère granuleuse, sordide, moite. Sa grande force rĂ©side dans une efficacitĂ© narrative Ă  la tension rampante, jusqu’Ă  basculer dans un inattendu rape and revenge.

Le pitch : rĂ©unis le temps d’un week-end, trois amis de longue date kidnappent un jeune couple pour une distraction bien particulière : la chasse au gibier humain.

La première partie s’Ă©tire comme un jeu de brimades : des agresseurs goguenards, des victimes rĂ©duites Ă  la soumission, puis une beuverie de trop qui dĂ©borde en dĂ©rive meurtrière. La perversitĂ© sourd sous chaque ricanement, chaque Ĺ“il trouble, chaque geste trivial. L’angoisse grimpe sur les visages livides, jusqu’Ă  ce que Nancy comprenne l’horrible dessein : cette sĂ©questration n’est qu’un prĂ©lude, un caprice sauvage pour s’adonner, en bonne et due forme, Ă  la chasse Ă  l’homme dans une forĂŞt livide.

La seconde partie, autrement suffocante et cruelle, se mue en survival abrupt, d’une violence physique et surtout morale Ă  la limite du soutenable. Nancy, proie hagarde, suppliant de vivre, abandonnĂ©e Ă  la terreur nue - image glaçante d’un rĂ©alisme moite, sans aucun racolage graphique, qui lacère bien après le gĂ©nĂ©rique. Pas Ă©tonnant que le film ait Ă©tĂ© classĂ© X outre-Atlantique et interdit aux moins de 18 ans chez nous.

Le dernier acte, d’un cynisme sec, boucle la boucle du prologue, relançant une seconde chasse - bestiale, vengeresse - oĂą l’auto-justice expĂ©ditive se fait catharsis et condamnation.


CĂ´tĂ© casting, Peter Fonda, tranquille et venimeux, brille en prĂ©dateur sans scrupules, laissant planer une fausse tendresse pour Nancy, maĂ®tresse de Martin. Richard Lynch, au regard de fauve, et John Phillip Law, bonhomme rassurant, forment un duo dĂ©licieusement pervers. Mais c’est Alberto De Mendoza qui touche le plus : mari infidèle, spectateur impuissant, broyĂ© entre les humiliations de ses tortionnaires et l’Ă©garement Ă©thylique de sa femme. Cornelia Sharpe, radieuse et pourtant brisĂ©e, irradie une vulnĂ©rabilitĂ© si nue qu’elle dĂ©range, Ă©veille une pitiĂ© douloureuse, presque insupportable. Quant Ă  William Holden, son apparition inattendue injecte une dernière gorgĂ©e de subversion : justicier froid, impassible, autoritaire, père vengeur.
 

"Une chasse crue pour un film oublié".
Tendu, fangeux, brutal jusqu’Ă  l’inconfort moral, La Chasse sanglante reste un classique du survival horrifique, sans racolage mais regorgeant de sĂ©vices et d’humiliations en roue libre. CarrĂ©, sec, portĂ© par un casting gouailleur, le film condamne une fois de plus l’instinct de prĂ©dation tapie sous le vernis civilisĂ©. Dommage que cette perle, jadis murmurĂ©e comme le film qu’on ne verrait jamais Ă  la tĂ©lĂ©vision (remember RenĂ© Chateau), ait sombrĂ© dans l’oubli le plus Ă©hontĂ©. Car La Chasse sanglante n’a rien perdu de sa morsure dramatique, ni de sa sauvagerie si emblĂ©matique d’une Ă©poque charnière oĂą tout, dĂ©jĂ , vacillait.

*Bruno
Dédicace à Mathias Chaput

04.10.10


GRIZZLY, LE MONSTRE DE LA FORET (Grizzly, l’orso che uccide / Claws / Killer Grizzly)

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site avoir-alire.com

de William Girdler. 1976. U.S.A. 1h37. Avec Christopher George, Andrew Prine, Richard Jaeckel, Joan McCall, Joe Dorsey.

FILMOGRAPHIE: William Girdler est un compositeur, producteur, réalisateur et scénariste américain, né le 22 octobre 1947 à Louisville, dans le Kentucky aux États-Unis, et décédé le 21 janvier 1978 à Manille aux Philippines.
1972: Three on a Meathook. 1974: Quand la ville tremble. 1974: Abby. 1975: l'Antre de l'horreur. 1975: Sheba, Baby. 1976: Grizzly. 1976: Project: Kill. 1977: Day of the Animals. 1978: Le Faiseur d'Epouvante.


Surfant sur le succès des Dents de la mer sorti un an au prĂ©alable, Grizzly, le Monstre de la ForĂŞt est un dĂ©marquage bisseux du chef-d'oeuvre de Spielberg. Bâti sur le mĂŞme canevas narratif (meurtres en pagaille commis sur des vacanciers par une crĂ©ature monstrueuse, cupiditĂ© du directeur Ă  laisser l'entrĂ©e libre de son parc forestier, traque finale de la bĂŞte par des chasseurs pugnaces), le film de William Girdler est une modeste sĂ©rie B tirant profit de son concept horrifico-catastrophiste avec un grain de violence gore (un gamin se fait arracher la jambe devant le tĂ©moignage horrifiĂ© de sa mère). Avec l'aimable participation de Christopher Georges et de trognes de seconds zone toutes aussi avenantes (Richard Jaeckel en tĂŞte !), Grizzly emprunte ses clichĂ©s rebattus sans complexe mais avec la foi d'un rĂ©alisateur obstinĂ©. Dans le sens oĂą il s'Ă©vertue tant bien que mal Ă  rendre attachant un spectacle ludique par l'efficacitĂ© de situations alertes auquel un animal enragĂ© va multiplier ses attaques sanglantes. NĂ©anmoins, les protagonistes qui Ă©voluent durant le rĂ©cit s'avèrent plutĂ´t superficiels et maladroits dans leur dĂ©marche hĂ©roĂŻque ou couarde. Mais leur partie de cache-cache improvisĂ©e au sein de la forĂŞt s'avère assez ludique quand certains des vacanciers se retrouvent incessamment traquĂ©s par la bĂŞte. Alors que plus tard, les rĂ´les vont s'inverser vis Ă  vis de braconniers dĂ©terminĂ©s Ă  le prendre en chasse.
Le point d'orgue inévitable compromis à l'habituelle traque du monstre s'avère notamment cocasse quand trois de nos comparses ont fermement décidé de mettre un terme à ces exactions meurtrières. Enfin, la manière expéditive et couillue dont la bête est exterminée par l'un d'eux ne manque pas non plus d'attrait fantaisiste.


Les Dents de la Terre
Pour les amateurs de nanars dĂ©rivĂ©s des annĂ©es 70, Grizzly est un petit produit d'exploitation assez distrayant et pittoresque. La mise en scène superficielle, le cabotinage des acteurs, les situations redondantes qui empiètent le rĂ©cit et l'absence d'intensitĂ© renforcent son capital sympathie par la foi du rĂ©al de nous avoir bricolĂ© un ersatz du film de monstre. Les apparitions du Grizzly prĂŞtant plus Ă  sourire qu'Ă  provoquer l'effroi escomptĂ©. 
A voir également d'un oeil amusé pour son dépaysement écolo, sa violence débridée ainsi que la bonhomie des vétérans de seconde zone !

NOTE: Grâce au succès du film, une suite intitulée Grizzly II : the Predator avait été mise en chantier, avec George Clooney et Charlie Sheen dans les rôles principaux. Faute de financements et de quelques problèmes liés aux effets spéciaux, cette suite n'aura jamais vu le jour.

26.04.13. 3èx
Bruno Matéï



THE EXPENDABLES

                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site expendables.wikia.com

de Sylvester Stallone. 2010. U.S.A. 1H44. Avec Bruce Willis, Arnold Schwarzenegger, David Zayas, Terry Crews, Sylvester Stallone, Jet Lee, Jason Statham, Micker Rourke...

BIO: Sylvester Enzio Gardenzio Stallone, né le 6 juillet 1946 à New York, est un acteur, réalisateur, scénariste et producteur de cinéma américain.
Tributaire de 8 longs-métrages en tant que metteur en scène, il démarre la réalisation en 1978 avec La Taverne de l'enfer. Il tourne ensuite un an plus tard la suite de Rocky pour renouer avec l'étalon italien dans Rocky 3, l'oeil du tigre en 1982. Oublions le pathétique Staying Alive sorti en 1983 pour retrouver de nouveau l'énième suite des aventures du boxeur de Philadelphie dans un 4è volet entrepris en 1985.
Après une longue abscence derrière la caméra, Stallone renoue avec l'ambition de ses plus grands succès commerciaux pour tenter de donner suite en 2006 et 2008 aux mythes que sont Rocky et Rambo. Deux de ces icones les plus célèbres d'une riche carrière en demi-teinte.
En 2010, il entreprend The Expendables qui se veut un ultime hommage au cinéma d'action ludique qui aura bercé des millions de fans dans les années 80, rassemblant une tête d'affiche hors pair pour le genre viril et codifié.

L'ARGUMENT: Une bande de mercenaires sont envoyés en mission par la CIA pour renverser un dictateur du pays Sud-américain.

POUR UNE POIGNEE DE HEROS
Maintes fois annoncĂ© et fantasmĂ© Ă  grand renfort de teasers et bande annonces prometteuses concoctĂ©s pour une horde de fans surexcitĂ©s de voir Ă  nouveau rĂ©unis sur grand Ă©cran leurs hĂ©ros intrĂ©pides aux muscles saillants, Sylvester Stallone nous avait promis un hommage sincère et respectueux envers ces sĂ©ries B d'exploitation de la vieille Ă©cole. Des plaisirs coupables tournĂ©s sans prĂ©tention aucune (ou si peu) qui ont notamment envahi avec succès les rayons VHS des annĂ©es 80.   Pour citer les exemples les plus Ă©loquents, les amateurs virils se repassent toujours en boucle Tango et Cash, Haute SĂ©curitĂ©, Cobra, Le Dernier Samaritain, RĂ©mo, sans arme et dangereux, Oeil pour oeil, Full contact, Bloodsport ou encore Commando. Le rĂ©sultat est-il Ă  la hauteur de nos espĂ©rances ? En partie, on peut dire que oui tant cette nouvelle production remise au goĂ»t du jour reprend les ingrĂ©dients conventionnels des sĂ©ries B survitaminĂ©es d'antan avec ce juste dosage d'action et d'humour. Mais aussi un mauvais goĂ»t assumĂ© pour les scènes gores violentes et cartoonesques (hormis cette fâcheuse manie indolente Ă  se laisser commander par des CGI aseptisĂ©s). NĂ©anmoins, son prologue maladroit aurait pu annoncer le pire des vicissitudes Ă  venir. En effet, cette sĂ©quence d'introduction mollement mise en scène dĂ©bute sur un trafalgar peu inspirĂ© dans ses actions tempĂ©rĂ©es, son caractère spectaculaire tombant ici Ă  plat. La suite s'annonce un peu bancale avec la caractĂ©risation folichonne de certains de nos personnages pour les retrouvailles familiales de l'Ă©quipe de choc. Et cela en dĂ©pit de clins d'oeil plutĂ´t cocasses, Bruce Willis et Arnold Scwarzeneger se moquant d'eux mĂŞme avec une dĂ©contraction spontanĂ©e. Cette narration dĂ©sordonnĂ©e impose donc de prime abord et d'une façon malhabile les enjeux de nos mercenaires prĂŞts Ă  partir au combat et annihiler l'ennemi.

Le scĂ©nario balisĂ© (une guerre est dĂ©clarĂ©e entre les bons et les mĂ©chants avec en guise d'appât une jeune rebelle farouche dont Stallone s'Ă©prendra de manière affectueuse) n'est pas plus mauvais que nos productions eighties citĂ©es au prĂ©alable. Mais la sympathie de nos personnages hĂ©roĂŻques casse-cou et les sĂ©quences d'action qui vont intervenir au bout de 30 minutes ravivent notre contentement soulagĂ© d'assister Ă  un spectacle gĂ©nĂ©reux et ludique. C'est notamment ce dĂ©filĂ© de stars complices qui fait vraiment plaisir Ă  retrouver ici pour un fantasme qui relevait auparavant de l'utopie. Que ce soit Mickey Rourke, Dolph Lundgren, Steve Austin, Bruce Willis, Arnold Schwarzeneger, Jet Lee, Eric Roberts, Jason Stathan, et bien sur l'inoxydable Sylvester Stallone. Il est d'ailleurs dommageable que Steven Seagal et Jean Claude Vandamme n'aient pas rĂ©pondu prĂ©sent pour une telle opportunitĂ© !
Dans le rĂ´le du leader chevronnĂ©, Sylvester Stallone impose avec dĂ©contraction son habituelle bonhomie et sa sympathie innĂ©e de briscard Ă  la trogne burinĂ©e, du haut de ses 64 printemps. Il reste tout de mĂŞme dans une belle forme physique pour ses talents d'acrobaties, de cogneur pugnace et de coureur fugace. Jason Statham, nouveau jeune prodige du cinĂ©ma d'action, prĂŞte son alliance avec une fougue dĂ©libĂ©rĂ©e pour servir ce commando atypique parti en guerre contre une armĂ©e de soldats et un tyran pernicieux. Sa prestance aussi juvĂ©nile que virile est un atout de charme et son maniement habile du couteau fait illusion pour dĂ©fendre la vie des plus dĂ©munis. Jet Lee transcende l'action par l'art martial de ses combats chorĂ©graphiĂ©s avec vigueur et sensualitĂ© pour les coups assĂ©nĂ©s contre l'ennemi dĂ©sarçonnĂ©. Quand Ă  Eric Roberts vouĂ© au bad guy d'un trafiquant de drogue, il incarne avec mesquinerie un personnage orgueilleux tout Ă  fait dĂ©testable dans son snobisme hautain et sa lâchetĂ© mĂ©prisante.

The Expendables n'est donc pas le film d'action ultime fantasmĂ© par une armĂ©e de fidèles amateurs mais il reste un bon divertissement agrĂ©able Ă  suivre en dĂ©pit d'une première partie laborieuse. La dĂ©contraction de nos illustres stars (vĂ©tustes ou contemporaines) du cinĂ©ma bourrin, la loufoquerie de certains dialogues et sa naĂŻvetĂ© assumĂ©e, les sĂ©quences d'action jouissives (malgrĂ© une scène de poursuite automobile illisible) et son final apocalyptique concourent de nous offrir un spectacle assez honnĂŞte Ă  contrario d'un manque d'ambition et d'Ă©motion. 

06.10.10
Bruno Matéï

                    

TOUT CE QUI BRILLE


de Hervé Mimran, Géraldine Nakache. 2010. France. 1H40. Avec Leïla Bekhti, Virginie Ledoyen, Géraldine Nakache, Audrey Lamy, Manu Payet, Linh-Dan Pham.

BIO: Il s'agit de la première réalisation de Hervé Mimran et Géraldine Nakache (01.01.80), tous deux scénaristes du film. Géraldine Nakache est également actrice dans une série TV (Kaamelot) et quelques comédies frenchies (Comme t'y es belle, RTT, Jusqu'à toi, Tu peux garder un secret ?).Elle a aussi supervisé les casting des émissions Groland sur Canal +, puis en tant qu'assistante-réalisatrice sur les fictions des Guignols de l'info. En 2000 elle travaille sur la chaîne Comédie et y passe d'assistante-productrice et productrice exécutive. De 2003 à 2005, elle se met en scène dans Starloose Academy et La Télooose, deux émission parodiant les programmes télévisés.

TOUT CE QUI BRILLE EST EPHEMERE.
Portrait intime d'un duo de jeunes filles utopistes Ă  la recherche du bonheur et d'un dĂ©sir de luxe pour l'illusion perdue des paillettes et des noctambules imbus de leur condition extravagante. A travers l'itinĂ©raire de ces deux jeunes filles pĂ©tillantes de vitalitĂ© et d'esprit de camaraderie, nos deux rĂ©alisateurs dĂ©peignent une introspection dans leur fidèle amitiĂ© et des conflits qui en Ă©manent. Un tĂ©moignage lucide dĂ©bordant de chaleur humaine sur le sens et les valeurs de l'amitiĂ© lorsque qu'une situation fructueuse pour l'une fera le malheur de l'autre. Ely et Lila se connaissent depuis leur tendre enfance et partagent leur journĂ©e Ă  flâner, imiter leurs idoles caricaturĂ©es, savourer les instants anodins de la vie imprĂ©vue quand elles ne trouvent pas de petits boulots intermĂ©diaires de vendeuse de pop-corn dans un cinĂ© ou de babysitting forcĂ©. Au fil des rencontres inopinĂ©es, elles vont se lier d'amitiĂ© avec un duo de lesbiennes chics et bon genres, tributaires de nuits dĂ©bridĂ©es dans les soirĂ©es mondaines. Mais l'univers artificiel des bourgeoises vampirisĂ©es par l'or et l'argent vont faire tourner la tĂŞte Ă  Lila jusqu'Ă  dĂ©laisser son amie de longue dâte et entreprendre sa nouvelle destinĂ©e, un semblant de vie plus harmonieuse. 

Dans le rĂ´le d'Eli, GĂ©raldine Nakache  apporte la touche de douceur avec son physique traditionnel, rehaussĂ© d'un charme de fraĂ®cheur auquel elle apporte une belle vĂ©ritĂ© humaine. Une âme en peine au fil de la progression du rĂ©cit car attĂ©nuĂ©e par la douleur affective. C'est dans les bras d'un enfant pour son rĂ´le improvisĂ© en Baby-sitter qu'elle tentera de retrouver un regain de douceur et de tendresse entre deux blagues involontaires de son autre amie, une prof de sport extravertie souvent tĂ©moin des conflits orageux. LeĂŻla Bekhti interprète la jolie Lila avec tempĂ©rament dans son caractère brut, traversĂ© de crises de dĂ©lires ausis amusĂ©s qu'effrontĂ©s et sa froide fermetĂ© Ă  ne pas se laisser marcher sur les pieds. Charmante et rayonnante dans son physique enjĂ´leur mais aussi Ă©prouvĂ©e, lamentĂ©, déçue par une idylle perfide, davantage en prise de remord pour son amitiĂ© Ă©cornĂ©e. Lila est avant tout une fille fragilisĂ©e, profondĂ©ment blessĂ©e par l'absence d'un père fuyant, parti refaire sa vie au Maroc avec une autre dulcinĂ©e. Elle se rĂ©vèle souvent touchante, juste et intense dans ses expressions amères livrĂ©es au dĂ©senchantement. Dans celle de la bonne copine de service, Audrey Lamy est une prof de gym hilarante par ces allures de garçon manquĂ©. Elle trouve le juste Ă©quilibre pour son talent irrĂ©sistible Ă  provoquer le rire dans ses rĂ©parties verbales et son esprit rancunier Ă  ne plus se laisser gentiment profiter par ses deux acolytes complices.

Avec sa superbe BO entraĂ®nante, HervĂ© Mimran et GĂ©raldine Nakach nous offrent ici une comĂ©die de moeurs pĂ©tillante, pleine de fraĂ®cheur et de tempĂ©rament, illuminĂ© par le formidable duo de jeunes actrices novices extraverties inscrites dans la spontanĂ©itĂ©. Tout ce qui brille traitant avec beaucoup d'humanitĂ© autant que d'humour dĂ©bridĂ© les relations Ă©troites, Ă©phĂ©mères, tendancieuses ou fidèles de l'amitiĂ© sans facilitĂ© ni pathosLe film observe Ă©galement au passage les rapports familiaux avec cette nouvelle gĂ©nĂ©ration plus indĂ©pendante et affirmĂ©e quant Ă  l'Ă©volution de la fille au sein de notre sociĂ©tĂ© contemporaine. Un joli premier long-mĂ©trage fougueux, sincère qui sort du lot traditionnel des productions françaises et qui pourrait aussi rappeler sur le mĂŞme thème le magnifique la Vie rĂŞvĂ©e des Anges d'Eric Zonka, avec ici une tonalitĂ© plus optimiste et vigoureuse.

07.10.10

mercredi 2 mars 2011

Le Cercle Infernal / Full Circle / The Haunting of Julia. Grand Prix Ă  Avoriaz 1978.

   

de Richard Loncraine. 1977. Canada/Angleterre.1H38. Avec Mia Farrow, Keir Dullea, Tom Conti, Jill Bennett, Robin Gammell, Cathleen Nesbitt, Anna Wing, Edward Hardwicke, Mary Morris, Pauline Jameson, Arthur Howard...

Sortie salles France: 3 Mai 1978

FILMOGRAPHIE: Richard Loncraine est un rĂ©alisateur britannique nĂ© le 20 Octobre 1946 Ă  Cheltenham du Gloucestershire, Grande Bretagne. 1975: Flame. 1977: Le Cercle Infernal1982: DrĂ´le de missionnaire. Pierre qui brĂ»le. 1995: Richard III. 2004: La Plus belle victoire. 2006: Firewall. 2009: My One and Only


"S’introduire comme un rĂŞve dans l’esprit d’une femme est un art. En sortir, un chef-d’Ĺ“uvre."
Sous couvert d’une demeure hantĂ©e, Richard Loncraine aborde en 1978 les thèmes du deuil familial et de la perte de l’innocence Ă  travers une rĂ©fĂ©rence absolue du genre (au mĂŞme titre que les Innocents, la Maison du Diable, Ne vous retournez pas). Un douloureux drame psychologique transplantĂ© dans une Ă©pouvante gothique instantanĂ©ment onirique. Possession, folie, rĂ©incarnation, autosuggestion : autant de pistes s’entrelacent dans une prude discrĂ©tion. RĂ©compensĂ© du Grand Prix Ă  Avoriaz, Le Cercle Infernal laisse libre cours Ă  un au-delĂ  insaisissable, exutoire d’une mère traumatisĂ©e, transie d’amour pour sa dĂ©funte fille.

Le pitch :
Lors d’un dĂ©jeuner, Julia et son Ă©poux Magnus assistent Ă  l’Ă©touffement de leur fille, un morceau de pomme coincĂ© dans la gorge. PaniquĂ©e, Julia tente une trachĂ©otomie de fortune avant l’arrivĂ©e tardive des secours. Deux mois plus tard, après un sĂ©jour en hĂ´pital psychiatrique, elle quitte son mari et leur maison pour s’installer seule dans un vaste pavillon londonien. Mais une Ă©trange prĂ©sence semble hanter les lieux. L’intervention de mĂ©diums aguerris ne fera qu’amplifier son trouble, l’enfonçant dans un abĂ®me d’insĂ©curitĂ© et de rĂ©signation face Ă  une vĂ©ritĂ© innommable.


Dès l’ouverture, un prologue d’une brutalitĂ© tragique nous submerge. Une scène domestique d’un rĂ©alisme cruel : une fillette agonise, un fruit pour seule sentence, tandis que sa mère tente l’impossible, un couteau Ă  la main. Le plan suivant, fixe, glaçant : Julia, hagarde, tremblante, un tablier souillĂ©, figĂ©e sur le seuil devant des secouristes pĂ©trifiĂ©s. Une scène anthologique au montage adroit, distillant une intensitĂ© si malaisante qu’elle en devient insupportable. Car quoi de plus indicible que d’observer - sans complaisance - la lente agonie d’un enfant ?

Après ce fardeau tĂ©tanisant, Julia se retrouve seule, deux mois plus tard, dans une maison poussiĂ©reuse Ă  l’Ă©lĂ©gance gothique. Peu Ă  peu, son isolement la submerge, nourrissant un sentiment d’inquiĂ©tude mĂŞlĂ© d’attirance pour ce lieu feutrĂ©. Lors d’une sĂ©ance de spiritisme improvisĂ©e, conseillĂ©e par la belle-sĹ“ur de son Ă©poux, le malaise se densifie : l’au-delĂ  semble frapper, et Julia plonge. ObsĂ©dĂ©e par des rĂ©vĂ©lations aussi invraisemblables que galvanisantes, elle entreprend une enquĂŞte fiĂ©vreuse, espĂ©rant lier ce mystère Ă  la mort de sa fille - et peut-ĂŞtre, sauver une âme en peine. Entre visions, avis de recherche et rĂ©vĂ©lations interlopes, son empathie est ravivĂ©e par un autre drame infantile, comme un miroir funeste de sa propre expĂ©rience.


Ă€ moins que tout ne soit que le fruit de son esprit en ruine - la psychĂ© brisĂ©e d’une mère coupable cherchant un refuge, une Ă©chappatoire spirituelle Ă  son dĂ©sespoir. MĂ» par la suggestion et un envoĂ»tement sensoriel Ă  damner un saint, Loncraine cristallise dans Le Cercle Infernal un drame de la solitude, dissimulĂ© sous un suspense aussi dense que brumeux, aussi ensorcelant qu'inquiĂ©tant, baignĂ© d’une atmosphère gothico-funèbre difficilement saisissable, irrĂ©sistiblement enivrante. La narration, d’une sournoiserie insidieuse, s’Ă©paissit Ă  mesure que progresse la quĂŞte spirituelle de cette femme en berne, hantĂ©e par des forces obscures.

Dans le rĂ´le de Julia, Mia Farrow incarne avec une sensibilitĂ© bouleversante cette fragilitĂ© nĂ©vrosĂ©e qui fait d’elle un ĂŞtre poreux, entĂŞtĂ©, Ă©garĂ© entre les vivants et les morts. Son regard azur, son corps fluet, son souffle vacillant nourrissent sa vulnĂ©rabilitĂ© morale. DĂ©munie mais habitĂ©e par ses convictions, elle semble soumise Ă  une victime dĂ©moniale - jusqu’Ă  dĂ©river vers un Ă©chappatoire qu’elle ne contrĂ´le plus. Elle irradie l'Ă©cran avec une sensibilitĂ© Ă©corchĂ©e. Peut-ĂŞtre le rĂ´le le plus habitĂ© de toute sa carrière (plus encore que dans l'inoubliable Rosemary's Baby).

ScandĂ© par la sublime mĂ©lodie Ă©lĂ©giaque de Colin Towns (le plus beau score du monde) irradiant chaque fragment de la pellicule, Le Cercle Infernal se rĂ©vèle chef-d’Ĺ“uvre diaphane, d’une puissance Ă©motionnelle aussi dĂ©charnĂ©e que dĂ©licate, suspendue Ă  un rĂ©cit irrĂ©solu. Richard Loncraine illustre avec pudeur la dĂ©rive d’une mère endeuillĂ©e, en quĂŞte d’un bras tendu depuis l’au-delĂ . L’angoisse se fait ouate, lente, diffuse. La sĂ©ance de spiritisme (glaciale malgrĂ© son silence), la tortue ensanglantĂ©e dans le parc, les rĂ©vĂ©lations sordides d’un tĂ©moin, les aveux d’une mère grabataire : autant d’instants troubles qui, sans crier, dĂ©rangent et fascinent profondĂ©ment.
 
"La maison où pleure une mère."
Poème hantĂ© auquel on ne souhaiterait jamais s'y extraire, frappant la vue et l'imaginaire auprès d'une matière visuelle extrĂŞmement chiadĂ©e, Le Cercle Infernal se referme sur un Ă©pilogue capiteux, volontairement filandreux, laissant le spectateur sidĂ©rĂ©, suspendu Ă  l’image figĂ©e, infiniment mĂ©lancolique, de son dernier souffle. Ce final, d’une beautĂ© funèbre sensorielle, agit comme un venin doux, lent et persistant, sans nous consoler de sa rĂ©solution. Diamant noir chĂ©tif, comparable Ă  une porcelaine fissurĂ©e, Le Cercle Infernal s’Ă©rige en drame maternel unique, tendu sur le fil tĂ©nu d’une Ă©motion obscure, vacillante, dĂ©chue, lancinante. L’un des plus funestes poèmes d’amour maternel que le cinĂ©ma ait su graver, avec une grâce endeuillĂ©e, une gravitĂ© implacable et la douceur fragile d’un ciel dĂ©chu. Une Ĺ“uvre maudite, Ă  la fois pudique, immatĂ©rielle et possĂ©dĂ©e, que je porterai avec moi jusqu’Ă  la tombe. Parole de cinĂ©phile endeuillĂ©, murmure venu du cĹ“ur noir.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
16.10.10.  
07.05.21
15.08.25. 5èx. vo

Récompense: GRAND PRIX, Avoriaz 78.

Versailles

 
de Pierre Schoeller. 2008. France. 1H53. Avec Guillaume Depardieu, Max Baissette de Malglaive, Aure Atika, Judith Chemla, Brigitte Sy, Patrick Descamps.

BIO: Pierre Schoeller est un RĂ©alisateur français, compositeur, scĂ©nariste, dialoguiste, adaptateur nĂ© en 1961. Versailles est son second film, rĂ©alisĂ© 4 ans après ZĂ©ro DĂ©faut et en attendant son prochain projet: l'Exercice de l'Ă©tat.

Sur le thème dĂ©licat de l’exclusion, qui engendre une marginalitĂ© consolidĂ©e dans sa conviction dĂ©chue, Versailles dĂ©crit avec justesse et rĂ©alisme le destin croisĂ© de trois ĂŞtres dĂ©missionnaires d’une sociĂ©tĂ© individualiste, toujours plus ingrate et irrĂ©vĂ©rencieuse.

Nina, une jeune mère, et son fils Enzo, sans domicile fixe, vivent au jour le jour, tant bien que mal, dans un Ă©tat d’esprit oĂą l’insalubritĂ©, l’ennui et le dĂ©sespoir de survivre coĂ»t que coĂ»te pèsent un peu plus Ă  chaque matin nĂ©gligeable. Sur leur chemin impromptu, ils rencontrent Damien, un SDF vivant loin de la civilisation, dans une cabane au fond des bois de Versailles. Un matin, après avoir fait l’amour Ă  cet inconnu, Nina part brusquement, sans prĂ©venir personne, abandonnant son fils aux bras de Damien. Les deux vagabonds, livrĂ©s Ă  eux-mĂŞmes, vont apprendre Ă  se connaĂ®tre, Ă  vivre ensemble, sans savoir ce que leur rĂ©serve le lendemain dĂ©risoire.

Pierre Schoeller raconte sans pathos ni misĂ©rabilisme le portrait douloureux d’un duo brisĂ© par la vie, qui ne leur aura jamais fait de cadeau. Le dĂ©but nocturne, oĂą l’on observe un enfant de cinq ans avec sa mère, trouvant refuge sur des planches de carton disposĂ©es sur le bitume, annonce la tonalitĂ© aigrie Ă  laquelle nous allons assister. La première partie nous plonge dans une leçon de vie que nous ne connaissons guère, en dĂ©pit des documentaires tĂ©lĂ©visĂ©s consacrĂ©s Ă  ces jeunes dĂ©soeuvrĂ©s, jetĂ©s dans l’existence du jour au lendemain.

C’est celle de Damien et Enzo que nous suivons, dans un environnement forestier dĂ©pourvu de prĂ©sence humaine, exceptĂ© quelques fidèles amis venus parfois leur rendre visite. Nos deux SDF, uniformisĂ©s par la prĂ©caritĂ©, poursuivent d’inlassables nuits mornes, sans Ă©toiles ni espoir, Ă©clairĂ©es par un discret feu de camp avant de s’endormir ensemble dans une cabane, pour se protĂ©ger de l’indiffĂ©rence et du manque de reconnaissance. Peu Ă  peu, Enzo, enfant hĂ©sitant et fragile, s’accommode de cette nouvelle vie de bohème, se familiarise avec Damien pour se complĂ©ter avec ce “paternel” improvisĂ©.

La deuxième partie, plus harmonieuse, retrouve un mode de vie plus orthodoxe, revigorant, oĂą la dĂ©cision parentale pour l’amour infantile devient une Ă©thique pĂ©dagogique. Un espoir permis et salvateur pour le petit Enzo jusqu'Ă  cette rencontre… 

Guillaume Depardieu, dans le rĂ´le de Damien, est impĂ©rial de vĂ©ritĂ© humaine. Son personnage, minĂ© par une vie misĂ©rable et moribonde, est un marginal endurci, rongĂ© par la solitude et la rancune envers une sociĂ©tĂ© condescendante, capable de dĂ©nigrer et d’avilir les plus dĂ©munis - jusqu’Ă  jeter du javel dans un vide-ordures rempli d’aliments encore consommables. Son interprĂ©tation, viscĂ©rale et animale, incarne la dĂ©tresse et la colère d’un SDF laminĂ© par l’intolĂ©rance et le pouvoir d’un système rĂ©pressif. Physiquement, il est un baroudeur taillĂ© Ă  la serpe au sein d’un climat blafard ; humainement, une âme dĂ©pitĂ©e, brimĂ©e par des annĂ©es de marginalisation. L’arrivĂ©e inopinĂ©e d’Enzo lui apporte cependant un regain d’intĂ©rĂŞt, une indulgence et une tentative de reconstruire la vie d’un enfant innocent dans un dernier acte Ă  la fois optimiste et acerbe. Guillaume Depardieu est, ici, divin : bouleversant d’amertume et d’acuitĂ© humaine.

Max Baissette de Malglaive, quant Ă  lui, brille dans le rĂ´le d’Enzo. Ă€ cinq ans, il offre une prĂ©sence instinctive et photogĂ©nique, un regard innocent mais chargĂ© de sensibilitĂ© dĂ©soeuvrĂ©e. Son parcours, inflexible et poignant, capte l’attention et nous attache profondĂ©ment Ă  cet enfant confrontĂ© Ă  la vie, Ă  la prĂ©caritĂ© et Ă  l’abandon, avant de renouer avec un semblant de stabilitĂ©.

Sur une note musicale hĂ©sitante de clavecin, dans une photographie naturaliste aux dĂ©cors ternes et aseptisĂ©s, Versailles est un drame social d’une force implacable. Ses relations introverties et taciturnes, sans niaiserie ni mièvrerie, racontent la destinĂ©e de deux ĂŞtres qui se sont mutuellement sauvĂ©s le temps d’un moment, avant de rĂ©affronter leur rancune et les liens parentaux. L’histoire narre aussi celle d’un homme esseulĂ©, dĂ©finitivement rompu avec une sociĂ©tĂ© qui choisit de prĂ©server l’avenir d’un enfant vagabond plutĂ´t que sa propre rĂ©demption.

Une œuvre humble, insoumise et profondément modeste par son talent à authentifier les sentiments, sans artifices. Dure, émouvante, et impossible à oublier une fois la projection achevée.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

19.10.