de Mario Bava. 1960. Italie. 1h23. Avec Barbara Steele, John Richardson, Andrea Checchi, Ivo Garrani, Arturo Dominici, Enrico Olivieri, Antonio Pierfederici, Tino Bianchi, Clara Bindi.
Sortie salles France: 29 Mars 1961. U.S: 15 Février 1961
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FILMOGRAPHIE: Mario Bava est un réalisateur, directeur de la photographie et scénariste italien, né le 31 juillet 1914 à Sanremo, et décédé d'un infarctus du myocarde le 27 avril 1980 à Rome (Italie).
Il est considéré comme le maître du cinéma fantastique italien et le créateur du genre dit giallo.
1946 : L'orecchio, 1947 : Santa notte, 1947 : Legenda sinfonica, 1947 : Anfiteatro Flavio, 1949 : Variazioni sinfoniche, 1954 : Ulysse (non crédité),1956 : Les Vampires (non crédité),1959 : Caltiki, le monstre immortel (non crédité),1959 : La Bataille de Marathon (non crédité),1960 : Le Masque du démon,1961 : Le Dernier des Vikings (non crédité),1961 : Les Mille et Une Nuits,1961 : Hercule contre les vampires,1961 : La Ruée des Vikings, 1963 : La Fille qui en savait trop,1963 : Les Trois Visages de la peur, 1963 : Le Corps et le Fouet, 1964 : Six femmes pour l'assassin, 1964 : La strada per Fort Alamo, 1965 : La Planète des vampires, 1966 : Les Dollars du Nebraska (non cédité), 1966 : Duel au couteau,1966 : Opération peur 1966 : L'Espion qui venait du surgelé, 1968 : Danger : Diabolik ! , 1970 : L'Île de l'épouvante ,1970 : Une hache pour la lune de miel ,1970 : Roy Colt e Winchester Jack, 1971 : La Baie sanglante, 1972 : Baron vampire , 1972 : Quante volte... quella notte, 1973 : La Maison de l'exorcisme, 1974 : Les Chiens enragés,1977 : Les Démons de la nuit (Schock),1979 : La Venere di Ille (TV).
Le Pitch: Au XVIIe siècle, une sorcière et son amant, condamnĂ©s au bĂ»cher, jurent de se venger. Deux siècles plus tard, par la faute d’un mĂ©decin et de son assistant, les revenants brisent leur tombe pour venir hanter les hĂ©ritiers de la famille Vadja.
Dans une atmosphère typiquement latine, saturĂ©e de sensualitĂ© morbide, Le Masque du DĂ©mon incarne la quintessence du cinĂ©ma d’Ă©pouvante. Un gĂ©nie de la photographie s’y essaie pour la première fois au long-mĂ©trage horrifique, et ce, dans un florilège d’images flamboyantes oĂą l’esthĂ©tisme charnel Ă©pouse un baroque tĂ©nĂ©breux. Le film se contemple comme un livret d’images un soir d’hiver, sous la pleine lune. Dès l’ouverture, le ton est donnĂ© : sous une nuit automnale, brumeuse, oĂą les arbrisseaux famĂ©liques se dressent, dĂ©charnĂ©s, des bourreaux encapuchonnĂ©s prĂ©parent leur rituel. Deux amants, accusĂ©s de vampirisme, sont attachĂ©s Ă un pilier ; leur visage sera transpercĂ© d’un masque de bronze hĂ©rissĂ© de pointes. Cette ambiance macabro-onirique, nĂ©e de la lumière crĂ©pusculaire et d’un cadrage pictural, confine Ă l’art gothique pur.
La suite est un enchaĂ®nement d’images dantesques, conçues pour happer le spectateur dans un cauchemar somptueux, chargĂ© de rĂ©fĂ©rences au mythe vampirique. Chaque pĂ©ripĂ©tie semble ciselĂ©e pour graver dans la mĂ©moire des plages d’onirisme saisissantes : la dĂ©couverte d’une chapelle dĂ©charnĂ©e par deux voyageurs Ă©garĂ©s ; la première apparition de Katia, escortĂ©e de deux dobermans ; la promenade inquiète d’une fillette troublĂ©e par un bruissement de bosquet ; ou encore la rĂ©surrection d’Asa dans une crypte archaĂŻque. Tout ici n’est qu’effervescence, splendeur, apparat — au sein d’une horreur sĂ©culaire.
PassĂ©es ces plages de poĂ©sie rutilante, après l’exhumation des amants maudits, la narration se recentre sur un chassĂ©-croisĂ© entre les morts et les vivants, enfermĂ©s dans un château truffĂ© de pièges. Un Ă un, les membres de la famille Vadja sont persĂ©cutĂ©s ou possĂ©dĂ©s par l’esprit d’Asa et d’Igor. L’assistant du Dr Kruvajan, secrètement Ă©pris de Katia (double vivant d’Asa), tentera tout pour la sauver.
Impossible d’ignorer la prestance magnĂ©tique de l’icĂ´ne de l’horreur vintage, Barbara Steele. D’une beautĂ© tĂ©nĂ©breuse, avec sa physionomie sensuelle et son regard d’encre, elle ensorcelle l’Ă©cran dans son rĂ´le de sorcière dĂ©lĂ©tère. Mais l’actrice se paie aussi le luxe de nous charmer avec suavitĂ© en incarnant la princesse Katia, victime asservie par sa propre ascendance. Divine et opaque Ă en mourir.
Parfois audacieux dans ses effets chocs, Mario Bava transgresse l’horreur avec une poĂ©sie morbide et viscĂ©rale : un cadavre dĂ©couvert au bord d’une rivière ; le visage putrĂ©fiĂ© d’Igor s’exhumant de sa tombe ; la rĂ©surrection d’Asa, ses orbites grouillant d’insectes ; un crapaud sautillant dans la boue ; l’immolation du prince Vadja… Et ce trucage remarquable, lorsque Katia se voit possĂ©dĂ©e par Asa : son visage se fane, vieillit sous nos yeux — un prodige de lumière colorĂ©e, hĂ©ritĂ© du Dr Jekyll and Mr Hyde de Mamoulian, et uniquement rĂ©alisable en noir et blanc.
"Les Amants d'outre-tombe".
Sans jamais singer ses illustres aĂ®nĂ©s de la Hammer, Mario Bava imprime au mythe vampirique sa propre empreinte, fulgurante, macabre, Ă damner un saint. D’une beautĂ© sĂ©pulcrale ensorcelante, Le Masque du DĂ©mon ne ressemble Ă rien d’autre. Ĺ’uvre d’un cinĂ©aste expĂ©rimental, il ose la photo monochrome Ă l’instant mĂŞme oĂą la Hammer fait Ă©clater ses couleurs. Le noir et blanc devient ici sortilège.
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03.05.12. 5è
Bruno Matéï


















































