jeudi 5 septembre 2013

LE FLIC DE BEVERLY HILLS. (Beverly Hills Cop)

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site hollywood80.com

de Martin Brest. 1984. U.S.A. 1h43. Avec Eddy Murphy, Judge Reinhold, John Ashton, Lisa Eilbacher, Ronny Cox, Steven Berkoff, James Russo, Jonathan Banks.

Sortie salles France: 27 Mars 1985. U.S: 5 Décembre 1984

FILMOGRAPHIE:  Martin Brest est un rĂ©alisateur, producteur, acteur, monteur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 8 AoĂ»t 1951 dans le Bronx de New-York.
1972: Hot Dogs for Gaugin. 1977: Hot Tomorrows. 1979: Going in Style. 1984: Le Flic de Beverly Hills. 1988: Midnight Run. 1992: Le Temps d'un Week-end. 1998: Rencontre avec Joe Black. 2003: Amours Troubles.


Enorme succès lors de sa sortie en salles (aux States, il Ă©tait l'un des 10 plus grands hits commerciaux de tous les temps !), Le Flic de Beverlly Hills permis Ă  Eddy Murphy d'accĂ©der Ă  la notoriĂ©tĂ© après s'ĂŞtre rĂ©vĂ©lĂ© dans 48 heures et Un Fauteuil pour deux. ComĂ©die d'action menĂ©e tambour battant, cette production Bruckeimer doit sa renommĂ©e sur l'abattage de son acteur afro, ancien humoriste ayant prĂ©alablement fait ses preuves dans le cĂ©lèbre show: Saturday Night LiveAprès l'assassinat de son ami, un flic de DĂ©troit dĂ©cide de mener sa propre enquĂŞte sans l'accord de son supĂ©rieur. Durant l'investigation, il dĂ©couvre que son acolyte travaillait pour le compte d'un riche entrepreneur implantĂ© Ă  Beverly Hills. Ce dernier exerçant des malversations, il va tenter par la mĂŞme occasion de dĂ©manteler un rĂ©seau de contrebande avec le soutien de deux inspecteurs studieux. 


Il y a des comĂ©dies lucratives conçues sur une idĂ©e somme toute sommaire mais construites avec une telle dextĂ©ritĂ© qu'elles dĂ©passent le stade du produit aseptique. Reposant sur la bonhomie impayable d'un acteur extrĂŞmement attachant, le Flic de Beverly Hills fait parti de ces petits miracles de cocasserie auquel Eddy Murphy va y apporter son potentiel comique dans sa "cool attitude" ! En insufflant une verve irrĂ©sistible, l'ancien humoriste rĂ©ussit Ă  extĂ©rioriser un jeu cabotin de facĂ©ties dĂ©sinvoltes et d'imitations extravagantes. Avec la complicitĂ© de deux adjoints aussi attachants (Judge Reinhold et John Ashton forment un tandem avec une tendre bonhomie), le Flic de Beverly Hills distille un charme naturel comme peu de comĂ©dies familiales ont su le retransmettre. Au delĂ  de la cocasserie impartie aux dialogues et au mimĂ©tisme de Murphy, le rĂ©alisateur Martin Brest y introduit une pincĂ©e d'action dans son prologue rocambolesque (carambolage en pagaille lors d'une poursuite entre un camion et des cars de flics) et son final pĂ©taradant (les gunfight fusent tous azimuts dans le repère du mafieux Victor Maitland). Et pour parachever, je ne manquerai pas non plus d'Ă©voquer le fameux tube entraĂ®nant interprĂ©tĂ© par Patti Labelle - Stir it up !


Entre action et drĂ´lerie, Le Flic de Beverly Hills compte sur l'efficience d'une intrigue bien construite et surtout sur la prĂ©sence d'un acteur expansif pour nous divertir sans prĂ©tention. A travers cette aventure diablement rĂ©jouissante Ă©mane la simplicitĂ© d'une comĂ©die bonnard sous l'impulsion de seconds-rĂ´les aussi sympathiques dans leur fonction de faire-valoir. AntidĂ©pressif, le Flic de Beverly Hills constitue au terme un bain de jouvence d'une fraĂ®cheur aussi capiteuse qu'Ă  l'Ă©poque de sa conception.

05.09.13. 3èx
B-M


mercredi 4 septembre 2013

30 Jours de Nuit / 30 Days of Night

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site necronomiblog.canalblog.com

de David Slade. 2007. U.S.A. 1h53. Avec Josh Hartnett, Melissa George, Danny Huston, Ben Foster, Mark Boone Jr, Mark Rendall.

Sortie salles France: 9 Janvier 2008. U.S: 19 Octobre 2007

FILMOGRAPHIE: David Slade est un rĂ©alisateur britannique, nĂ© le 26 Septembre 1969 au Royaume Uni. 2005: Hard Candy. 2007: 30 Jours de Nuit. 2010: Twilight - Chapitre 3: HĂ©sitation. 2011: R.E.M (TV). 2012: The Last Voyager of Demeter. Daredevil reboot.


PlutĂ´t mĂ©connu, David Slade prouva son habile talent de metteur en scène avec son premier film, Hard Candy, thriller psychologique confinĂ© dans un huis-clos Ă©prouvant. Deux ans plus tard, il rĂ©cidive qualitativement parlant pour peaufiner son potentiel artistique avec l'adaptation d'un comic créé par Steve Niles et Ben Templesmith. DĂ©claration d'amour au travail artisanal de John Carpenter (photogĂ©nie esthĂ©tisante d'un environnement aussi rĂ©frigĂ©rant que reculĂ©, charisme frappant des comĂ©diens, photo immaculĂ©e encadrĂ©e au format scope, score mĂ©tronome, atmosphère anxiogène palpable, ambiance angoissante envoĂ»tante), 30 Jours de Nuit se rĂ©approprie du thème vampirique avec un souci formel bluffant. Le pitchEpargnĂ©s du soleil durant 30 jours de nuit hivernale dans un village de l'Alaska, un shĂ©rif et une poignĂ©e de survivants vont tenter de dĂ©jouer la menace d'une horde de vampires assoiffĂ©s de sang. Ainsi, Ă  partir de ce concept trivial, on ne peut pas dire que David Slade compte sur l'originalitĂ© d'une intrigue Ă©prouvĂ©e avec son lot d'attaques impromptues auprès de victimes esseulĂ©es. D'autant plus que l'on a la gĂŞnante impression d'assister Ă  une temporalitĂ© fallacieuse si bien que ces 30 nuits semblent se dĂ©rouler en un temps beaucoup plus restreint (Ă  peine 2 ou 3 jours !) du point de vue des motivations des hĂ©ros ! Mais avec une foi et un respect pour l'amour du genre, le rĂ©alisateur rĂ©ussit Ă  contrecarrer une narration aseptique pour sublimer de prime abord une atmosphère tĂ©nĂ©breuse au sein d'un huis-clos rĂ©frigĂ©rant.


Qui plus est, avec l'efficacitĂ© d'une action cinglante terriblement spectaculaire et d'un gore sanguinolent au rĂ©alisme saisissant, 30 Jours de Nuit frĂ©tille pour distiller un climat anxiogène diffus au fil d'affrontements intrĂ©pides perpĂ©trĂ©s par des vampires erratiques. C'est simple, il y avait belle lurette que nous n'avions pu contempler face Ă©cran des goules aussi hargneuses et fĂ©tides de par leur morphologie taillĂ©e Ă  la serpe. VĂŞtus en costard noir, David Slade est parvenu Ă  donner chair Ă  ces goules Ă©pouvantablement vicieuses Ă  travers leurs exactions meurtrières (elles surveillent leurs proies du haut des toitures des maisons pour ensuite encercler certaines d'entre elles avec une vanitĂ© condescendante !). Il faut les voir se faufiler sous les chalets et se projeter Ă  une vĂ©locitĂ© vertigineuse sur les victimes pour les Ă©gorger avec une sauvagerie primitive ! Par consĂ©quent, en jouant le plus souvent la carte du huis-clos oppressant, le rĂ©alisateur insuffle un suspense continuel pour l'Ă©preuve de force impartis aux survivants contraints d'accĂ©der d'un refuge Ă  un autre pour se prĂ©munir de la menace vampirique. La puissance visuelle de sa scĂ©nographie nocturne contrastant avec la clartĂ© d'une neige endeuillĂ©e nous immergeant dans un environnement cauchemardesque particulièrement cinĂ©gĂ©nique. Au point d'orgue escomptĂ©, on pardonne l'aspect un tantinet dĂ©cevant de son revirement hĂ©roĂŻque (dès que leur leader est anĂ©anti par l'un des survivants, la clique des vampires dĂ©cide trop facilement de rebrousser chemin) et on se rattrape sur son Ă©pilogue dĂ©senchantĂ© d'une beautĂ© onirique poignante.


Sobrement dominĂ© du caractère valeureux des protagonistes (Josh Hartnett et Melissa George forment un duo d'amants attachants dans leur reconversion sentimentale), 30 Jours de Nuit mise sur la fonction du divertissement efficace avec son lot d'action cinglante, de tension anxiogène et d'Ă©claboussures de sang ici dĂ©nuĂ©es de concession. RehaussĂ©e d'une atmosphère cauchemardesque terriblement palpable, on reste surtout impressionnĂ© par l'aspect dĂ©lĂ©tère de ces vampires contemporains incroyablement classieux dans leur morphologie dĂ©moniale. Et puis formellement, le cadre crĂ©pusculaire demeure  aussi hyper photogĂ©nique sous l'impulsion d'une violence tranchĂ©e que l'on a si peu coutume de voir dans une prod Hollywoodienne.   

*Bruno
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03.08.22. 
04.09.13. 

mardi 3 septembre 2013

Watchmen. Director's Cut

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google

de Zack Snyder. 2009. U.S.A. 3h06. Avec Patrick Wilson, Jackie Earle Haley, Malin Akerman, Billy Crudup, Matthew Goode, Jeffrey Dean Morgan, Carla Gugino, Stephen McHattie.

Sortie salles France: 4 Mars 2009. U.S: 6 Mars 2009

FILMOGRAPHIE: Zack Snyder est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et acteur amĂ©ricain nĂ© le 1er mars 1966 Ă  Green Bay, Wisconsin (États-Unis). 2004 : L'ArmĂ©e des morts (Dawn of the Dead). 2007 : 300. 2009 : Watchmen. 2010 : Le Royaume de Ga'hoole : La LĂ©gende des gardiens. 2011 : Sucker Punch. 2012 : Superman: Man of Steel.


Film fleuve d'une durĂ©e excessive de 3h06, Watchmen est l'adaptation du comic homonyme d'Alan Moore et Dave Gibson publiĂ©e entre 1986 et 1987. SituĂ© dans une rĂ©alitĂ© alternative des annĂ©es 80, le film nous dĂ©crit la rĂ©surgence d'une poignĂ©e de super-hĂ©ros, dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  empĂŞcher une 3è guerre mondiale provoquĂ©e entre les Etats-Unis et la Russie. Au mĂŞme moment, alors qu'un mystĂ©rieux tueur s'en prend Ă  ces justiciers masquĂ©s, une machination de grande ampleur est sur le point de converger au pĂ©ril de la survie de millions d'innocents. Après l'entreprise de son habile remake, l'ArmĂ©e des Morts et du peplum ultra stylisĂ©, 300Zack Snyder redouble d'ambition pour reproduire en live une bande dessinĂ©e rĂ©putĂ©e inadaptable en s'interrogeant sur la notion du hĂ©ros. Divertissement cĂ©rĂ©bral prĂ©conisĂ© pour un public adulte, Watchmen nous Ă©tabli avec flamboyance formelle l'Ă©tat des lieux d'une terre en perdition, engluĂ©e dans les sempiternels conflits politiques entre dirigeants Ă©gotistes. 


Avec son ambiance crĂ©pusculaire terriblement pessimiste, Zack Snyder idĂ©alise une somptueuse fresque oĂą des hĂ©ros dĂ©saxĂ©s sont ici sĂ©vèrement malmenĂ©s par leur hiĂ©rarchie hĂ©roĂŻque, faute de leur tempĂ©rament contradictoire et d'une notoriĂ©tĂ© exubĂ©rante. A contre emploi du traditionnel super-hĂ©ros fraternel et avenant, ces gardiens sont caractĂ©risĂ©s comme des personnages sclĂ©rosĂ©s en quĂŞte existentielle, contrariĂ©s par un hĂ©roĂŻsme dĂ©nuĂ© de signification. Puisqu'ici, l'infidĂ©litĂ©, la manipulation, la trahison et le meurtre font parti de leur faille humaine et sont implicitement engendrĂ©s par un monde bestial toujours plus incivilisĂ©. ConfrontĂ©s Ă  une morale dĂ©chue, ces gardiens passĂ©istes vont tenter une seconde fois de renouer avec l'honneur de la bravoure pour prĂ©munir le citoyen d'une 3è guerre mondiale et se racheter une conduite devant la souverainetĂ© d'un divin en pleine dĂ©pression ! Dans une solide narration privilĂ©giant l'Ă©tude caractĂ©rielle de ses marginaux parfois sanguinaires (les exactions vindicatives de Rorschach, la haine meurtrière du ComĂ©dien), volages (l'adultère du Hibou II entrepris avec le Spectre Soyeux II), voir mĂŞme pervers (le viol du ComĂ©dien commis sur Sally Jupiter), Watchmen retransmet avec autant de souffle Ă©pique que de lyrisme leur indĂ©cise destinĂ©e avec une empathie moribonde. 


Tant qu'il y aura des hommes
RĂ©flexion mĂ©taphysique, allĂ©gorie politique sur l'avilissement du pouvoir et l'instinct destructeur de l'homme, Watchmen propose un spectacle subversif d'une audace peu commune dans son alternance d'ultra violence et de dĂ©faillance existentielle. Mise en abĂ®me de notre propre sociĂ©tĂ© en crise oĂą l'insurrection du peuple s'avère toujours plus indisciplinĂ©e devant l'autoritĂ©. La rigueur de sa mise en scène stylisĂ©e, la bande son nostalgique d'une pop-rock rĂ©tro et surtout la dimension humaine impartie Ă  ses anti-hĂ©ros nĂ©vrosĂ©s transcendent Watchmen au rang d'ovni hermĂ©tique, vĂ©ritable pied de nez au rĂŞve amĂ©ricain ! 

03.09.13. 2èx
Bruno Matéï

vendredi 30 août 2013

Wolf Creek

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site baranfilm27.org

de Greg McLean. 2005. Australie. 1h44. Avec Nathan Philipps, Cassandra Magrath, Kestie Morassi, John Jarratt.

Sortie salles France: 9 Août 2006. Australie: 3 Novembre 2005

FILMOGRAPHIE: Greg McLean est un réalisateur, scénariste et producteur australien.
2005: Wolf Creek. 2007: Solitaire


Chaque annĂ©e, en Australie, 30 000 personnes sont portĂ©es disparues. 90 % d'entre elles sont retrouvĂ©es en l'espace d'un mois. Certaines disparaissent Ă  jamais. 

K.O. et dĂ©primĂ© Ă  la sortie de la projo de Wolf Creek. Pour une première Ĺ“uvre, Greg McLean signe un coup de maĂ®tre avec ce survival aride, saturĂ© d’un climat d’insĂ©curitĂ© permanent. Une Ă©preuve de force physique et morale, infligĂ©e Ă  un trio d’Ă©tudiants malmenĂ©s par un tueur en sĂ©rie dans l’immensitĂ© brĂ»lante du dĂ©sert australien magnifiquement photographiĂ©.

Ă€ partir d’un concept Ă©culĂ©, nourri des classiques des seventies - Massacre Ă  la Tronçonneuse en tĂŞte, pour l’affliction hystĂ©risĂ©e des victimes, la moiteur de son atmosphère et son authenticitĂ© malsaine - McLean renouvelle la terreur avec un esprit anti-ludique, refusant toute distraction facile pour mieux nous Ă©branler. Car Wolf Creek n’a rien du traditionnel “ouh, fais-moi peur” rĂ©confortant, avec tueur dĂ©cĂ©rĂ©brĂ© courant après des proies ingĂ©nues. Non. Ici, il s’agit d’une expĂ©rience extrĂŞme, toujours plus Ă©prouvante, refusant les compromis, la complaisance, la facilitĂ© - et exprimant une terreur crue, jusqu’au malaise.

Les victimes, enchaĂ®nĂ©es, hurlent de douleur ou d’impuissance face Ă  la monstruositĂ© d’un prĂ©dateur pervers, jouissant de ses pulsions dans un laps de temps indĂ©fini. En toute libertĂ©, au cĹ“ur d’un dĂ©sert crĂ©pusculaire, ce tueur mĂ©thodique s’amuse Ă  piĂ©ger des touristes dans un hangar rouillĂ©, les torturant Ă  sa guise dès que le goĂ»t du sordide lui revient. Une effroyable descente aux enfers d’une redoutable efficacitĂ©, que Greg McLean relate avec un souci glaçant de rĂ©alisme. Car Wolf Creek s’inspire librement d’un fait rĂ©el : le rapt de deux touristes par Bradley John Murdoch, condamnĂ© pour meurtre en 2005. En rĂ©alitĂ©, une seule victime fut retrouvĂ©e, et bien loin du fameux cratère : Ă  plus de 2000 kilomètres…

Le tempo bourdonnant d’un score monocorde, la rigueur de la mise en scène exploitant l’hostilitĂ© sublime de ces paysages dĂ©solĂ©s, la scrupuleuse radiographie de la dĂ©tresse humaine - tout ici exacerbe un malaise si insidieux que le spectateur, pris de vertige, se retrouve piĂ©gĂ© dans cette claustration Ă©touffante. Jusqu’au-boutiste et sans concession : aucun Ă©chappatoire Ă  l’horizon. Et si certaines tentatives d’Ă©vasion semblent audacieuses, la mort - brutale, lâche - les rattrape inexorablement.


Chef-d’Ĺ“uvre du survival niant toute notion de divertissement facile, Wolf Creek nous prend aux tripes, pour nous plonger dans l’authenticitĂ© d’une horreur vĂ©cue. Celle de voyageurs malchanceux croisant un inconnu affable… alors qu’un monstre Ă  visage humain s’apprĂŞte Ă  tomber le masque pour infliger les sĂ©vices les plus crapuleux. On en ressort d’autant plus traumatisĂ© que les comĂ©diens, inconnus au bataillon mais criants de vĂ©ritĂ©, nous touchent avec une empathie Ă  vif, profondĂ©ment meurtrie.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

26.07.25. 3èx. Vostf. 4k
30.08.13. 2èx

La critique de Wolf Creek 2: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/04/wolf-creek-2.html




mercredi 28 août 2013

Un Justicier dans la ville / Death Wish

                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site silverferox.blogspot.fr

de Michael Winner. 1974. U.S.A. 1h33. Avec Charles Bronson, Hope Lange, Vincent Gardenia, Steven Keats, William Redfield, Stuart Margolin, Stephen Elliott.

Sortie salles France: 18 Octobre 1974. U.S: 24 Juillet 1974

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Michael Winner est un réalisateur britannique, né le 30 Octobre 1935 à Londres, décédé le 21 Janvier 2013.
1964: Dans les mailles du filet. 1967: Qu'arrivera-t-il après ? 1971: Les Collines de la Terreur. 1971: l'Homme de la Loi. 1971: Le Corrupteur. 1972: Le Flingueur. 1973: Le Cercle Noir. 1973: Scorpio. 1974: Un Justicier dans la Ville. 1976: Won Ton Ton, le chien qui sauva Hollywood. 1977: La Sentinelle des Maudits. 1978: Le Grand Sommeil. 1979: l'Arme au Poing. 1982: Un Justicier dans la Ville 2. 1983: La Dépravée. 1985: Le Justicier de New-York. 1988: Rendez vous avec la mort. 1990: Double Arnaque. 1993: Dirty Week-end.


PrĂ©curseur du Vigilante movie qui fit couler tant d’encre Ă  sa sortie, Un Justicier dans la Ville rĂ©vèle une figure devenue emblĂ©matique du cinĂ©ma d’action : l’implacable Charles Bronson. AdaptĂ© du roman Death Wish de Brian Garfield, ce polar brutal retrace l’expĂ©dition meurtrière d’un homme dĂ©cidĂ© Ă  purger les rues de leurs voyous arrogants.

Synopsis: Trois dĂ©linquants s’introduisent chez une mère et sa fille. La première, battue Ă  mort, succombe Ă  ses blessures ; la seconde, violĂ©e, est internĂ©e dans un institut psychiatrique, ravagĂ©e par le traumatisme. RongĂ© par le deuil et l’impuissance d’une police inerte, Paul Kersey s’arme et s’abandonne Ă  une vendetta expĂ©ditive.

Film-choc Ă  la violence glaciale et implacable, dont le prologue - passage Ă  tabac d’une mère et de sa fille dans l’intimitĂ© de leur foyer - conserve aujourd’hui encore une brutalitĂ© sidĂ©rante, Un Justicier dans la Ville frappe par son radicalisme : il expose une violence nue, gratuite, miroir d’une insĂ©curitĂ© urbaine en pleine recrudescence. Si la polĂ©mique fut immĂ©diate, c’est parce que le film joue dangereusement avec une thĂ©matique rĂ©actionnaire, esquissant le portrait psychotique d’un adepte de l’autodĂ©fense. Michael Winner dĂ©peint avec un rĂ©alisme clinique la lente dĂ©gĂ©nĂ©rescence d’un architecte respectĂ©, happĂ© par une spirale meurtrière pour venger sa femme. Son premier meurtre, commis dans un sursaut de bravoure, l’Ă©crase de dĂ©goĂ»t - il en vomit ses tripes dans les toilettes. Mais peu Ă  peu, ses exĂ©cutions lui procurent une satisfaction trouble, puis une cĂ©lĂ©britĂ© malsaine, Ă  mesure que la criminalitĂ© recule. PhĂ©nomène de sociĂ©tĂ©, le justicier inspire une partie de la population qui se met, elle aussi, Ă  prendre les armes. DĂ©semparĂ©e, la police hĂ©site Ă  l’arrĂŞter, craignant d’Ă©riger un martyr et de voir les taux de criminalitĂ© remonter en flèche.

Avec une efficacitĂ© redoutable, Winner livre un polar ultra-violent, tendu de sĂ©quences d’action acĂ©rĂ©es, sans jamais cĂ©lĂ©brer la justice individuelle. Car il rĂ©vèle plutĂ´t la vĂ©nalitĂ© d’un tueur radical, pris dans l’ivresse de son propre vertige sanglant. Son Ă©pilogue Ă©difiant - ce sourire narquois de Kersey, doigt en revolver pointĂ© sur d’Ă©ventuels agresseurs - rĂ©sume toute l’ironie morbide du personnage. Non pas l’apologie d’une violence fascisante, mais l’avertissement d’une dĂ©rive immorale oĂą la vendetta personnelle dĂ©vore la raison.

Alternant enquĂŞte policière et action expĂ©ditive, Un Justicier dans la Ville demeure un polar brutal, fulgurant, construit sur une vengeance putassière. Michael Winner y scrute aussi l’Ă©chec d’une police impuissante face Ă  une criminalitĂ© impunie. MagnĂ©tique et impassible, Charles Bronson Ă©clabousse l’Ă©cran et grave dans le marbre l’ambiguĂŻtĂ© d’un justicier rĂ©actionnaire, glaçant, pervers et fascinant Ă  la fois.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

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mardi 27 août 2013

Le Labyrinthe de Pan / El laberinto del fauno

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site locecine.info

de Guillermo Del Toro. 2006. Espagne/Mexique. 1h59. Avec Ivana Baquero, Doug Jones, Sergi Lopez, Maribel Verdu, Ariadna Gil, Alex Angulo.

Sortie salles France: 1er Novembre 2006. Espagne: 11 Octobre 2006. Cannes: 27 Mai 2006

FILMOGRAPHIE: Guillermo Del Toro est un réalisateur, scénariste, romancier et producteur américain, né le 9 Octobre 1964 à Guadalajara (Jalisco, Mexique).
1993: Cronos. 1997: Mimic. 2001: l'Echine du Diable. 2002: Blade 2. 2004: Hellboy. 2006: Le Labyrinthe de Pan. 2008: Hellboy 2. 2013: Pacific Rim.

Deux ans après Hellboy, Guillermo Del Toro renoue avec le fantastique intimiste qu’il avait dĂ©jĂ  explorĂ© dans L’Échine du Diable, sous le spectre du franquisme. Dans Le Labyrinthe de Pan, conte onirique et drame de guerre se tĂ©lescopent avec une verdeur qui en aura brusquĂ© plus d’un. La faute revient Ă  une affiche trompeuse, promettant une aventure fĂ©erique expurgĂ©e de toute cruautĂ©. Or Del Toro n’a rien d’un illusionniste candide : il frappe sans dĂ©tour pour dĂ©noncer les horreurs du fascisme durant la guerre d’Espagne, au point de rendre son film constamment Ă©prouvant, surtout Ă  travers le regard dĂ©sabusĂ© d’une enfant. Car ce sont ses yeux de rĂŞveuse, cherchant Ă  fuir la brutalitĂ© qui l’engloutit, qui nous ouvrent les portes d’un monde obscur, habitĂ© de crĂ©atures hybrides Ă©chappĂ©es des contes les plus inquiĂ©tants.

Synopsis. Avec sa fille Ofelia, Carmen rejoint l’armĂ©e de son mari, le capitaine Vidal, tyran impitoyable. Tandis que les rĂ©sistants traquent l’officier et que sa mère enceinte dĂ©pĂ©rit, Ofelia se rĂ©fugie dans un royaume de contes, guidĂ©e par un insecte. Un faune lui confie une mission : retrouver le labyrinthe qui lui permettrait de renaĂ®tre princesse. Mais l’Ă©preuve est implacable : sacrifier la vie de son futur petit frère pour accĂ©der Ă  l’Ă©ternitĂ© du monde souterrain.


Avec une audace rare, Del Toro juxtapose la quĂŞte spirituelle et la cruautĂ© belliqueuse, Ă©rigeant un contraste foudroyant entre chimère et rĂ©alitĂ© sanguinaire. L’esthĂ©tique oscille entre flamboyance (le royaume souterrain, la forĂŞt peuplĂ©e de crĂ©atures difformes) et tĂ©nèbres (le camp de Vidal, la grange des prisonniers). Tout repose sur l’imaginaire fragile d’une fillette isolĂ©e dans un monde oĂą le fascisme impose sa doctrine, Ă©rigeant l’injustice en dogme. Les monstres de contes, Ă©trangement expressifs, rĂ©sonnent comme les reflets cauchemardĂ©s d’une guerre sans pitiĂ©. En parallèle, Del Toro filme sans relâche les corps suppliciĂ©s, la dĂ©tresse d’une maternitĂ© vouĂ©e Ă  l’Ă©chec. Il refuse toute indulgence, cherchant Ă  nous Ă©branler face Ă  la barbarie fasciste qui broie l’enfance et profane la vie. Ses scènes de torture et d’exĂ©cutions, d’une vĂ©racitĂ© suffocante, deviennent le miroir nausĂ©eux du rĂŞve d’Ofelia, obstinĂ©e Ă  croire en un ailleurs purifiĂ© de toute douleur. De cette opposition jaillit une Ă©motion dĂ©chirante : lyrisme dĂ©sespĂ©rĂ© d’un conte qui tente de rĂ©conforter, mĂŞme au cĹ“ur du dĂ©sastre.

PortĂ© par la partition Ă©lĂ©giaque de Javier Navarrete, Le Labyrinthe de Pan s’impose comme un chef-d’Ĺ“uvre du fantastique transgressif. Dans l’alliance singulière de l’horreur crue et de la fĂ©erie, Del Toro sculpte une Ĺ“uvre dure, inconfortable, mais d’une beautĂ© mĂ©taphorique saisissante. Une poĂ©sie de l’abĂ®me, oĂą la dignitĂ© du sacrifice s’Ă©rige en ultime lumière.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

27.08.13. 2èx
 
Récompenses: Oscars de la meilleure Photographie, Meilleure Direction Artistique et Meilleurs Maquillages, 2006.
Meilleur Film et Meilleur Acteur (Sergi Lopez) Ă  Fantasporto, 2007
Meilleur Film International, Meilleure jeune Actrice, Ivana Baquero, au Saturn Awards, 2007
Meilleur Film au NSFC Awards, 2007
Meilleur Long-métrage au Prix Hugo, 2007


lundi 26 août 2013

Un Elève doué / Apt Pupil

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site dl-more.eu

de Bryan Singer. 1998. U.S.A/France. 1h50. Avec Brad Renfro, Ian McKellen, David Schwimmer, Ann Dowd, Bruce Davison, Elias Koteas, Joe Morton.

Sortie salles France: 20 Janvier 1999. U.S: 23 Octobre 1998

FILMOGRAPHIE: Brian Singer est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 17 Septembre 1965 Ă  New-York aux Etats-Unis. 1993: Ennemi Public. 1995: Usual Suspects. 1998: Un Elève DouĂ©. 2000: X Men. 2003: X Men 2. 2006: Superman Returns. 2009: Walkyrie. 2013: Jack, le Chasseur de GĂ©ants. 2014: X Men: Days of Future Past.


Trois ans après Usual Suspects, Bryan Singer s’attelle Ă  l’adaptation d’une nouvelle de Stephen King (DiffĂ©rentes Saisons) pour retracer l’itinĂ©raire sulfureux d’un adolescent fascinĂ© par le Mal tapi chez un ancien criminel de guerre. Son Ă©chec commercial et l’accueil critique mitigĂ© tiennent sans doute Ă  l’ambiguĂŻtĂ© d’un scĂ©nario audacieux, au rapport masochiste qui lie les deux antagonistes, et au climat dĂ©lĂ©tère que Singer distille sans vergogne autour de leurs gestes et de leurs silences. Plus encore, en refusant de les juger, il choisit d’explorer leur cheminement vĂ©nĂ©neux, nourri d’arrivisme, de perversitĂ©, de sadisme et de soif de domination. CoincĂ© dans ce terrain instable, le spectateur se sent complice, voyeur, happĂ© par un duel psychologique partagĂ© avec deux monstres Ă©rudits.

Thriller psychologique austère, saturĂ© d’une ambiance fĂ©tide et implacable, Un Élève DouĂ© nous plonge dans l’intimitĂ© d’un ancien criminel nazi, Kurt Dussander, contraint de collaborer avec un jeune voisin qui l’oblige Ă  rĂ©vĂ©ler les dĂ©tails de ses exactions meurtrières. FascinĂ© par la mort, Todd, brillant Ă©tudiant, parvient Ă  dĂ©busquer le masque de ce monstre authentique. Il dĂ©cide alors de le faire chanter, avide de sonder jusqu’au vertige l’idĂ©ologie du meurtre et de la cruautĂ©.

DominĂ© par les prestations souveraines de l’illustre Ian McKellen et du jeune Brad Renfro - glaçant de naturel impassible -, Un Élève DouĂ© met Ă  nu l’influence corruptrice du Mal. La relation que tisse Todd avec son ascendant le dĂ©shumanise peu Ă  peu : Ă©chec scolaire, retrait de soi, sentiments atrophiĂ©s. Bâtie sur le chantage, la trahison et la manipulation, leur alliance est avant tout un jeu d’asservissement, une quĂŞte de domination individuelle, et finalement l’aveu voilĂ© d’une culpabilitĂ© partagĂ©e.


NĂ© pour tuer.
HermĂ©tique, aurĂ©olĂ© de soufre, ce duel malsain entre deux gĂ©nĂ©rations provoque un malaise tangible, une perversion qui contamine l’Ă©cran. PortĂ© par l’intensitĂ© du duo McKellen / Renfro, le film nous confronte Ă  la contagion du Mal, au dĂ©sir de soumission et Ă  l’instinct cruel gouvernĂ© par la mĂ©galomanie. On en sort fangeux, avec la brĂ»lure impĂ©rieuse de se laver sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique clos.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

05.09.25. 3èx. Vost
26.08.13. 






vendredi 23 août 2013

The Conjuring

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site comingsoon.net

de James Wan. 2013. U.S.A. 1h52. Avec Vera Farmiga, Patrick Wilson, Lili Taylor, Ron Livingston, Mackenzie Foy, Shannon Kook-Chun, Joey King, Hayley McFarland.

Sortie salles France: 21 AoĂ»t 2013. U.S: 19 Juillet 2013

FILMOGRAPHIEJames Wan est un producteur, rĂ©alisateur et scĂ©nariste australien nĂ© le 27 FĂ©vrier 1977 Ă  Kuching (Malaisie), avant de dĂ©mĂ©nager Ă  Perth (Australie).
2004: Saw, 2007: Dead Silence, Death Sentence, 2010: Insidious. 2013: The Conjuring. 2013: Insidious 2.


"Possession Ă  l’ancienne, peur Ă  vif".
Trois ans après l’Ă©patant Insidious, dĂ©clinaison Ă  peine voilĂ©e de Poltergeist, James Wan renoue avec l’Ă©pouvante acadĂ©mique des esprits frappeurs et de la possession, en rendant hommage cette fois-ci Ă  Amityville et L’Exorciste — foi catholique Ă  l’appui, en bonne et due forme. PrĂ©cĂ©dĂ© d’une rĂ©putation flatteuse avant mĂŞme sa sortie, The Conjuring s’Ă©rige sur un fait divers supposĂ©, rapportĂ© par les cĂ©lèbres enquĂŞteurs du surnaturel, Ed et Lorraine Warren. Ce couple de chasseurs de fantĂ´mes est cette fois appelĂ© Ă  la rescousse d’une famille en dĂ©tresse : les Perron, emmĂ©nagĂ©s dans une demeure poussiĂ©reuse rongĂ©e par une entitĂ© diabolique.

Ce pitch archĂ©typal, dĂ©clinaison directe du thème de la hantise, emprunte aux classiques du genre comme aux DTV les plus rances. Et pourtant. James Wan, passionnĂ© jusqu’au bout des ongles par les films de possession et de maisons maudites, s’Ă©vertue, avec intĂ©gritĂ© et ferveur, Ă  ressusciter la trouille sur grand Ă©cran. Ă€ l’instar du trĂ©pidant train fantĂ´me qu’Ă©tait Insidious, il ne recule pas devant l’usage de ficelles usĂ©es, mais les affine, les tend, les affĂ»te, jusqu’Ă  en faire des pièges redoutables.

ConcoctĂ©e Ă  partir d’une vieille formule — mĂŞme l’Ă©poque se cale sur les seventies ! — cette nouvelle mouture fonctionne Ă  tel point que l’on croit dur comme fer que la maison des Perron est infestĂ©e par le Diable lui-mĂŞme. La peur du noir, une porte qui grince ou claque, un saut dans le vide, trois claps de mains, un placard mesquin, des volatiles suicidaires, une poupĂ©e sardonique, une cave mortuaire… et surtout, surtout, une entitĂ© malĂ©fique dont on redoute la moindre rĂ©surgence. Et ça marche. Ă€ la perfection.

Pour asseoir son rĂ©cit surnaturel, James Wan prend d’abord le temps d’humaniser ses protagonistes : il peaufine la vie conjugale des Perron, mais aussi celle des Warren. Il cultive une empathie viscĂ©rale pour cette famille harcelĂ©e par l’invisible, et creuse en parallèle les liens affectifs qui unissent le couple d’exorcistes. La sobriĂ©tĂ© des comĂ©diens, empreints d’une fragilitĂ© contenue, confère Ă  l’ensemble une humanitĂ© touchante — les enfants, notamment, sont admirables de justesse dans leur peur nue. Ă€ tel point qu’on en vient, au fil du rĂ©cit, Ă  Ă©prouver une Ă©motion poignante Ă  l’idĂ©e de leur destin vacillant.

La crĂ©dibilitĂ© des personnages se double d’un volet quasi documentaire autour du couple Warren : James Wan crĂ©dibilise leur fonction avec force dĂ©tails, mĂŞlant images d’archives et foi catholique fervente. Leur manière de dissocier le vrai du faux, leur solidaritĂ© mutuelle face aux forces du Mal, leur connaissance des domaines occultes… tout cela renforce l’Ă©paisseur de leur rĂ´le. Jusqu’Ă  cette pièce secrète, oĂą s’entassent les objets maudits rĂ©coltĂ©s au fil des exorcismes — reliques du cauchemar ordinaire.

Si la première heure, parfois terrifiante, distille avec brio la suggestion d’une angoisse tapie dans l’ombre, la seconde bascule dans une intensitĂ© sensorielle presque insoutenable. La peur prend chair, se densifie, s’Ă©panche dans un crescendo de visions d’effroi culminant lors d’un exorcisme fiĂ©vreux et dĂ©sespĂ©rĂ©.


"Panique sacrée".
Grâce Ă  cette densitĂ© dramatique, James Wan signe avec The Conjuring un film d’Ă©pouvante d’une redoutable efficacitĂ©. Rigoureux, affolant, et d’une maĂ®trise technique Ă©clatante (plan-sĂ©quence d’ouverture, travellings aĂ©riens, cadrages alambiquĂ©s), il exploite Ă  merveille les recoins tĂ©nĂ©breux d’une bâtisse gothique, tout en convoquant de vĂ©ritables poussĂ©es d’angoisse — brutales, irrationnelles, jamais racoleuses. Car ici, on ne sait jamais d’oĂą viendra l’attaque. Ni qui sera la prochaine proie.

Pensé comme un train fantôme en guise de déclaration d'amour au film de possession et de demeures hantées, The Conjuring ne se repose jamais sur une vacuité mercantile. Il tient ses promesses. Et provoque une peur panique comme le cinéma horrifique nous en offre trop rarement. Un électrochoc spectral, orchestré avec foi et frisson.

*Bruno

La Chronique de The Conjuring 2: http://brunomatei.blogspot.fr/…/conjuring-2-le-cas-endfield…

02.06.25. 3èx. 4K Vost
24.08.13 (232)
20.06.16



                                       

Dead Silence

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site screen-play.fr

de James Wan. 2007. U.S.A. 1h31. Avec Ryan Kwanten, Amber Valleta, Donnie Wahlberg, Michael Fairman, Joan Heney, Bob Gunton, Laura Regan.

Sortie salles France: 21 Novembre 2007. U.S: 16 Mars 2007

FILMOGRAPHIE: James Wan est un producteur, réalisateur et scénariste australien né le 27 Février 1977 à Kuching (Malaisie), avant de déménager à Perth (Australie).
2004: Saw, 2007: Dead Silence, Death Sentence, 2010: Insidious. 2013: The Conjuring. 2013: Insidious 2.


Au 6è siècle avant J.-C., on croyait que les esprits des morts parlaient du ventre des vivants. 
Des mots latins VENTER: "ventre" et LOQUI: "parler" vient le mot VENTRILOQUE (ventriloquist)

"Dead Silence : la langue des morts".
Trois ans après le cultissime Saw, James Wan poursuit son sillon horrifique et rend hommage, cette fois, au conte d’Ă©pouvante avec Dead Silence. Un titre on ne peut plus juste : ici, pour survivre, il ne faut surtout pas crier… mais garder le silence.

Synopsis: Un couple reçoit un colis anonyme contenant une poupĂ©e ventriloque. Peu après, la femme est retrouvĂ©e morte, la langue arrachĂ©e. Jamie Nash, son Ă©poux, entame alors sa propre enquĂŞte, laquelle le ramène dans sa ville natale, lĂ  oĂą plane encore l’ombre de Mary Shaw, spectre vengeur qui terrorise les vivants.

Le premier Ă©loge Ă  faire au nouveau prodige de l’horreur, c’est l’Ă©clat esthĂ©tique de sa scĂ©nographie gothique, d’un raffinement classieux. PortĂ© par une photo dĂ©saturĂ©e tranchant avec un rouge rutilant, Dead Silence Ă©blouit : James Wan cisèle ses cadres avec une ambition picturale rare. Qu’il s’agisse d’un amphithéâtre flambant neuf ou tombĂ© en ruines, d’un cimetière diaphane, d’une bâtisse aux lignes mortuaires ou d’un village fantĂ´me, tout suinte la beautĂ© glaciale d’un cauchemar ancien.
Cette atmosphère sĂ©culaire d’une Ă©pouvante gothico-onirique captive d’autant plus que le pitch recycle habilement de vieilles ficelles — peur du noir, angoisse du mutisme — pour mieux les rĂ©inventer sous les traits d’une mĂ©gère flĂ©trie flanquĂ©e d’une poupĂ©e sardonique.

Ă€ l’image d’un prologue terrifiant, James Wan orchestre un montage fin, distillant l’apprĂ©hension d’un danger diffus et sculptant le silence avec une prĂ©cision sonore acĂ©rĂ©e. En jouant sur la peur enfantine de la poupĂ©e figĂ©e, il dĂ©clare son amour aux automates hagards, ici possĂ©dĂ©s par l’esprit vengeur de Mary Shaw. Dans un Ă©lan d’originalitĂ©, il revisite la figure du spectre maudit sous les traits d’une sexagĂ©naire hargneuse, dĂ©cidĂ©e Ă  faire taire Ă  jamais les enfants insolents en leur tranchant la langue.

Si Dead Silence parvient efficacement Ă  ressusciter une Ă©pouvante archaĂŻque, on peut peut-ĂŞtre se dĂ©solidariser de son Ă©pilogue, totalement dĂ©risoire. Un rebondissement faisant Ă©cho Ă  l’effet de stupeur dĂ©jĂ  invoquĂ© dans Saw, pour Ă  nouveau dĂ©coiffer le spectateur. Or, cet Ă©pilogue poursuit sa ligne de conduite narrative Ă  manipuler Ă  sa guise l'ultime victime telle un pantin dĂ©sarticulĂ©. 


"Le cri dans la gorge, le silence en héritage".
Efficacement troussĂ© dans une intrigue captivante et parsemĂ© de moments vĂ©ritablement effrayants — son prologue meurtrier, les apparitions de Mary Shaw, la première reprĂ©sentation de Billy devant un public suffoquĂ©, ou encore le final confinĂ© sous une tribune poussiĂ©reuse — Dead Silence joue avec une macabre dĂ©rision et un soin formel redoutable. Il orchestre avec brio le ballet sinistre entre silence oppressant et cri interdit.

*Bruno
09.06.25. 4èx. Vost
23.08.13. 

"Le bois grince, les ventres se taisent" — Dead Silence, James Wan (2007).
Il y a dans ce film quelque chose d’inhumainement froid. Un vide creusĂ© dans la bouche des morts. Un hurlement qu’on n’a pas entendu, mais dont l’Ă©cho racle encore les murs de nos nerfs.

James Wan, jeune architecte de cauchemars, dĂ©laisse ici les chaĂ®nes et les pièges de Saw pour bâtir un mausolĂ©e gothique, un théâtre du silence oĂą les morts parlent par l’intermĂ©diaire du bois poli et des yeux de verre. Dead Silence n’est pas un film qui crie. C’est un murmure humide. Une comptine que chuchotent les cercueils fermĂ©s.

Au cĹ“ur du rĂ©cit, Mary Shaw, spectre aux lèvres figĂ©es, fait de ses poupĂ©es les prolongements d’un traumatisme irrĂ©solu. Elle ne tue pas. Elle recompose, dĂ©coupe les corps pour mieux en faire des accessoires de théâtre. Elle sculpte les âmes avec la prĂ©cision d’un artisan maudit. Ses marionnettes sont des cercueils miniatures, des orphelins sans fils visibles.

Et Jamie, lui, traverse ce rĂ©cit comme un mort-vivant Ă©garĂ©. Son visage de veuf prĂ©maturĂ© se dĂ©compose Ă  mesure que les secrets remontent, que le passĂ© familial remonte par la trachĂ©e, comme une bile noire. La vĂ©ritĂ©, au fond, c’est que tout le monde est dĂ©jĂ  mort. Les vivants ne sont que des pantins avec un peu d’illusion dans les yeux.

Le théâtre abandonnĂ©, l’Ă©clairage au nĂ©on malade, les chambres vides, tout semble exsangue. La mise en scène respire par spasmes. Chaque plan est une crypte. Chaque coupe, un cercueil qui claque.

Et puis vient la fin. Le dernier retournement. Celui qui serre la gorge et laisse une brĂ»lure dans les amygdales. Le père mort depuis longtemps, manipulĂ© comme un pantin humain… Mary Shaw qui vit encore, parasite silencieux logĂ© dans une nouvelle hĂ´te. Alors Jamie crie. Et c’est ce cri — enfin — qui le condamne.

Dans ce monde-lĂ , ce n’est pas la mort qui tue, c’est le son.

Dead Silence, derrière sa trame de sĂ©rie B assumĂ©e, Ă©voque la transmission du mal comme un virus gĂ©nĂ©alogique, un poison logĂ© dans la langue. C’est un film hantĂ©, pas seulement par des fantĂ´mes, mais par les mots qu’on n’a pas su taire, les cris qu’on a laissĂ©s sortir. Un conte cruel pour adultes endormis.

Ne criez pas.

Elle écoute.


jeudi 22 août 2013

TONNERRE DE FEU (Blue Thunder)

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

de John Badham. 1983. U.S.A. 1h49. Avec Roy Scheider, Warren Oates, Candy Clark, Daniel Stern, Paul Roebling, David Sheiner, Joe Santos, Malcolm McDowell.

Sortie salles France: 17 Août 1983. U.S: 13 Mai 1983

FILMOGRAPHIE: John Badham est un réalisateur et producteur britannique, né le 25 Août 1939 à Luton.
1976: Bingo. 1977: La Fièvre du samedi soir. 1979: Dracula. 1981: C'est ma vie après tout. 1983: Tonnerre de feu. 1983: Wargames. 1985: Le Prix de l'exploit. 1986: Short Circuit. 1987: Etroite Surveillance. 1990: Comme un oiseau sur la branche. 1991: La Manière Forte. 1992: Nom de code: Nina. 1993: Indiscrétion Assurée. 1994: Drop Zone. 1995: Meurtre en suspens. 1997: Incognito. 1998: Road Movie.

"IL" EST LA...
Pilotant l'arme la plus redoutable jamais conçue...
Le "TONNERRE DE FEU" !
En son pouvoir, une caméra infra rouge voit au travers des murs de votre chambre.
Un micro enregistre toutes vos conversations intimes.
Et un canon électronique, magnum de 20 mm à six barillets, peut transformer votre quartier en un véritable enfer d'apocalypse.
Il vole, LA, juste au dessus de vous !
Et SEUL, un homme peut l'empêcher d'être utilisé contre vous.



RĂ©alisĂ© John Badham, briscard du cinĂ©ma de genre, Tonnerre de Feu fit grand bruit lors de sa sortie en salles en 1983 pour la facture ultra spectaculaire de son action explosive et l'idĂ©e singulière d'un appareil de filature façonnĂ© pour l'espionnage. D'après un scĂ©nario de Dan O'Bannon, le film s'approprie d'un argument d'anticipation afin de mettre en garde les dĂ©rives des technologies modernes et les nouveaux procĂ©dĂ©s de surveillance Ă  distance. En l'occurrence, John Badham imagine la conception rĂ©volutionnaire du Blue Thunder (en français: tonnerre bleue !). Un hĂ©licoptère ultra perfectionnĂ© apte Ă  espionner par camĂ©ra infrarouge Ă  travers les murs, Ă©couter et enregistrer les conversations indiscrètes Ă  l'aide d'un micro, et tirer Ă  canon Ă©lectronique sur n'importe quelle cible. Cette arme ultra moderne Ă©tant principalement conçue pour mieux dĂ©jouer la violence urbaine et le terrorisme de grande ampleur Ă  l'approche des jeux olympiques. Suite Ă  l'agression meurtrière d'une militante contre la dĂ©linquance, Spoil ! l'officier Frank Murphy va dĂ©couvrir que cet assassinat avait Ă©tĂ© prĂ©mĂ©ditĂ© par des dirigeants policiers et magistrats afin de vanter l'efficacitĂ© novatrice du Blue Thunder. Conscient de son utilisation illicite, Frank dĂ©cide de dĂ©rober l'appareil et tente de dĂ©voiler aux mĂ©dias une conspiration politique. Fin du Spoil.


Avec sa mise en scène virtuose dĂ©ployant des sĂ©quences homĂ©riques au souffle Ă©pique, Tonnerre de Feu coiffe au poteau la plupart des films d'action entrepris durant la dĂ©cennie 80. Et il faudra attendre le maĂ®tre Ă©talon du genre, Die Hard de John Mc Tiernan pour retrouver une telle efficacitĂ© narrative et surtout une ampleur visuelle dĂ©coiffante imputĂ©e Ă  sa pyrotechnie. Avec la prĂ©sence attachante de trois gueules burinĂ©es invĂ©tĂ©rĂ©es (Roy Scheider magnĂ©tise l'Ă©cran avec son traditionnel charme viril, Warren Oates lui donne la rĂ©plique avec retenue et Malcolm McDowell excelle Ă  les provoquer dans celui d'un traĂ®tre sarcastique !), John Badham possède un don innĂ© pour Ă©laborer un spectacle attractif Ă  partir d'une rĂ©flexion alarmiste sur la vidĂ©osurveillance. Car il faut bien le dire, l'aspect fascinant de son argument en revient tout autant Ă  la star charismatique du "Blue Thunder", engin aĂ©rien pourvu de gadgets indĂ©cents afin de prĂ´ner l'institution du "big brother". Il faut le voir se faufiler entre les buildings des citĂ©s urbaines pour contrecarrer moult poursuites endiablĂ©es parmi des avions de chasse ! A cet Ă©gard, durant ces 45 ultimes minutes, John Badham nous peaufine assidĂ»ment un spectacle ahurissant de haute voltige Ă  la technicitĂ© fluide (looping Ă  l'appui !). C'est simple, nous sommes vĂ©ritablement immergĂ©s dans la peau d'un pilote d'aĂ©ronef survolant en plein ciel sa trajectoire avec la souplesse d'une action virevoltante (chassĂ©s croisĂ©s avec rivaux qualifiĂ©s pourchassant Murphy Ă  l'aide de missiles orientĂ©s vers des tours d'immeubles !).


D'une efficacitĂ© optimale par sa densitĂ© narrative et sa puissance formelle, Tonnerre de Feu transcende le cinĂ©ma d'action sous l'impulsion d'un appareil de sĂ©curitĂ© anti-terroriste apte Ă  violer notre vie privĂ©e par le truchement de dissidents. Jouissif en diable, il demeure un grand spectacle de virtuositĂ© technique d'un rĂ©alisme rigoureux et Ă  la thĂ©matique visionnaire. 

22.08.13. 3èx
BM

mercredi 21 août 2013

THIRTEEN. Prix de la mise en scène à Sundance. Prix du Jury à Deauville.

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site moviepostershop.com

de Catherine Hardwicke. 2003. U.S.A. 1h35. Avec Holly Hunter, Evan Rachel Wood, Nikki Reed, Jeremy Sisto, Brady Corbet, Kip Pardue, deborah Kara Unger.

Sortie salles France: 10 Décembre 2003. U.S: 21 Août 2003

FILMOGRAPHIE:  Catherine Hardwicke est une rĂ©alisatrice, scĂ©nariste et chef dĂ©coratrice amĂ©ricaine, nĂ© en 1955 Ă  Cameron (Texas, Etats-Unis).
2003: Thirteen. 2005: Les Seigneurs de Dogtown. 2006: La Nativité. 2008: Twilight, chapitre 1. 2011: Le Chaperon Rouge. 2012: Plush.


Pour son premier long-mĂ©trage, la future rĂ©alisatrice du 1er tome de Twilight a entrepris avec Thirteen un vĂ©ritable coup de maĂ®tre en autopsiant l'adolescence en perdition face Ă  une Ă©ducation parentale atone. A cause d'une mauvaise influence, une jeune collĂ©gienne de 13 ans sombre dans la marginalitĂ© et la drogue devant l'impuissance de sa mère. FilmĂ© Ă  l'arrachĂ© dans un souci documentaire, Thirteen est une oeuvre forte d'une fragilitĂ© acerbe pour souligner le malaise existentiel d'une jeune adolescente prise au piège de la mauvaise influence d'une camarade de lycĂ©e. Ensemble, elles dĂ©cident de former un tandem d'allumeuses impertinentes pour draguer les beaux mâles du quartier tout en se livrant Ă  une vie dĂ©linquante en commettant divers larcins dans les boutiques friquĂ©es. Tatouages et piercings imprimĂ©s sur leur corps dans des dĂ©froques aguichantes, ces dernières s'entreprennent de brĂ»ler leur vie sous l'influence du sexe, de la drogue et de l'alcool !


Face au laxisme d'une mère aimante et attendrissante, sa fille Tracy en profite pour dicter sa loi et sa rébellion mais ne peut refréner ses scarifications commises sur son poignet, faute d'un malaise existentiel toujours plus ingérable et du manque affectif d'un paternel inexistant. Dépassée par les évènements, la mère démunie éprouve une impuissance grandissante à tenter de renouer les liens familiaux. Sans misérabilisme ni pathos, Catherine Hardwicke suit la pénible dérive de cette mère et la descente aux enfers de ces deux adolescentes avec un souci de réalisme ardu pour mettre en exergue la responsabilité parentale bannie de sa notion enseignante. Si Thirteen s'avère aussi froid et bouleversant, il le doit notamment au talent de ces comédiennes d'une justesse confondante. Pour incarner une mère instable desservie par un récent divorce, Holly Hunter apporte une gracile dimension humaine pour tenter de raisonner sa fille plongée dans la spirale de l'insouciance. Pétillante d'énergie mais aussi démunie par sa fragilité morale, Evan Rachel Wood insuffle une contrariété latente vibrante de vérité pour retranscrire son désarroi existentiel d'une crise adolescente face à l'influence peu recommandable de son acolyte. Nikki Reed lui partage donc la vedette avec sournoiserie et désinvolture afin de souligner son caractère inconscient d'allumeuse dévergondée.


Moi, Tracy F... 13 ans, droguée et scarifiée
OvationnĂ© et rĂ©compensĂ© dans divers festivals, Thirteen marche sur les traces d'un Larry Clark pour mettre en relief le difficile cap de l'adolescence (en l'occurrence, du point de vue fĂ©minin !), compromis entre la fascination de l'interdit, le dĂ©sir d'Ă©mancipation et l'influence des mauvaises frĂ©quentations. Il en ressort une oeuvre bouleversante faisant office de vĂ©ritable documentaire pour souligner l'introspection douloureuse d'une adolescente en crise existentielle, tout en s'attardant sur la remise en question parentale. 

21.08.13.
2èx

Récompenses: Prix de la mise en scène au Festival de Sundance.
LĂ©opard d’argent au Festival de Locarno, 2003.
Prix du jury au Festival du cinéma américain de Deauville.
Prix spécial décerné à Evan Rachel Wood pour sa prestation dans le film en 2003 au Bratislava International Film Festival

lundi 19 août 2013

The Woods

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site chuckpalahniuk.net

de Lucky McKee. 2006. U.S.A. 1h30. Avec Agnes Bruckner, Patricia Clarkson, Rachel Nichols, Lauren Birkell, Bruce Campbell, Emma Campbell, Marcia Bennett.

Sortie salles Amsterdam: 24 Avril 2006. Canada: 3 octobre 2006

FILMOGRAPHIELucky Mc Kee est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 1er Novembre 1975 Ă  Jenny Lind (Californie). 2002: All Cheerleaders Die (court). May. 2006: Master of Horror (un Ă©pisode). The Woods
2008: Red. Blue Like You. 2011: The Woman.


Ă€ l’Ă©poque, on attendait au tournant le second film de Lucky McKee, rĂ©alisateur du coup de maĂ®tre May, poème noir littĂ©ralement bouleversant. InĂ©dit en salles dans nos contrĂ©es, The Woods renoue avec la tradition d’un fantastique vintage assumĂ©, privilĂ©giant une atmosphère d’Ă©trangetĂ© pleinement tangible, sous la mainmise d’une Ă©tude caractĂ©rielle d’antagonistes particulièrement hostiles.

Le pitch : en 1965, sous l’autoritĂ© de parents autoritaires, une jeune fille est envoyĂ©e dans un pensionnat isolĂ©. Très vite, d’Ă©tranges disparitions frappent certaines pensionnaires, tandis que la forĂŞt avoisinante semble habitĂ©e par une prĂ©sence malĂ©fique.

Joliment photographiĂ© dans un monochrome soignĂ© et superbement Ă©clairĂ©, McKee façonne un conte horrifique teintĂ© d’influences Ă©videntes : Carrie (humiliation, harcèlement, pouvoirs surnaturels, perte de l’innocence) et Suspiria (hiĂ©rarchie castratrice de sorcières, Ă©tablissement fĂ©minin anxiogène, cheminement tortueux de l’hĂ©roĂŻne chrysalide, lait empoisonnĂ©). Autant de rĂ©miniscences intĂ©grĂ©es toutefois Ă  une ambition plus personnelle, centrĂ©e sur la thĂ©matique du sortilège.


L’aspect fascinant et onirique Ă©mane de l’esthĂ©tique tĂ©nĂ©breuse d’une forĂŞt hostile et d’un internat gouvernĂ© par l’autoritĂ© perfide d’institutrices inquiĂ©tantes. Sur ce point, le rĂ©alisateur choisit avec justesse trois comĂ©diennes au charisme redoutable : des sexagĂ©naires longilignes, drapĂ©es d’une Ă©lĂ©gance hautaine, vouĂ©es au sacrifice de jeunes internes au nom d’une divinitĂ© vĂ©gĂ©tale.

PortĂ© par la prestance renfrognĂ©e d’Agnes Bruckner, The Woods dĂ©crit le cheminement indĂ©cis de son hĂ©roĂŻne entre l’amitiĂ© d’une souffre-douleur, la tyrannie d’une Ă©lève Ă©gotiste et la soumission imposĂ©e par des enseignantes impĂ©tueuses. DotĂ©e d’un don extralucide rĂ©vĂ©lĂ© par ses songes et de pouvoirs inexpliquĂ©s - jusqu’Ă  la lĂ©vitation d’objets - la jeune pensionnaire semble peu Ă  peu se compromettre dans les rites diaboliques d’une communautĂ© obscure.

Si le film se rĂ©vèle tour Ă  tour inquiĂ©tant, palpable, fascinant et envoĂ»tant dans son approche psychologique, et s’il sait instaurer une rĂ©elle intensitĂ© dramatique, son final bâclĂ© et expĂ©ditif, manifestement imposĂ© par les producteurs, l’empĂŞche hĂ©las d’accĂ©der au statut de rĂ©fĂ©rence. Pour autant, reste une conclusion horrifique voilĂ©e et spectaculaire, loin d’ĂŞtre dĂ©shonorante ou nĂ©gligeable, surtout Ă  la revoyure.


Ainsi, si The Woods aurait gagnĂ© Ă  davantage de subtilitĂ© et de cohĂ©rence dans son point d’orgue, il demeure profondĂ©ment captivant grâce Ă  son intrigue Ă  suspense, nourrie par la photogĂ©nie d’une forĂŞt belliqueuse et de sorcières invocatrices. L’attrait visuel de cet univers crĂ©pusculaire, la prestation convaincante d’Agnes Bruckner et l’utilisation judicieuse d’une partition chorale entĂŞtante Ă©lèvent l’Ĺ“uvre bien au-dessus de la mĂŞlĂ©e des DTV de consommation courante. Hautement recommandable, donc, tant Lucky McKee continue d’y dĂ©clarer sa flamme au genre, malgrĂ© les entraves de producteurs margoulins, manifestement Ă©trangers au fantastique le plus noble et ensorcelant.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

27.12.25. 3èx
19.08.13. 2èx