jeudi 19 septembre 2013

Hostel, Chapitre 2 (Hostel: Part 2)

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Eli Roth. 2007. U.S.A. 1h35. Avec Lauren German, Bijou Philips, Heather Matarazzo, Jay Hernandez, Roger Bart, Vera Jordanova.

Sortie salles France: 11 Juillet 2007. U.S: 8 Juin 2007

FILMOGRAPHIE: Eli Roth est un réalisateur américain, né le 18 Avril 1972 à Boston.
2002: Cabin Fever. 2006: Hostel. 2007: Thanksgiving (faux trailer). 2007: Hostel 2. 2009: Nation's Pride - Stolz der Nation (trailer). 2013: The Green Inferno.


Rares sont les suites qui parviennent Ă  supplanter leur modèle. Jubilatoire et fascinant autant qu'inquiĂ©tant et profondĂ©ment dĂ©rangeant par son ultra perversitĂ© hallucinĂ©e.
Durant le phĂ©nomène du torture porn initiĂ© par Saw, Eli Roth nous offrit Ă©galement sa copie avec un pur film d'exploitation moins roublard mais tout aussi hardcore, Hostel. Un an plus tard, il dĂ©cide de  remettre le couvert avec ce second chapitre toujours produit par son compère Quentin Tarantino. Hostel 2 reprend donc le mĂŞme concept linĂ©aire auquel de traditionnels touristes Ă©garĂ©s en Slovaquie deviendront les futurs cobayes de rupins assoiffĂ©s de sang et de perversitĂ©. Sauf qu'en l'occurrence, les victimes ne sont plus de jeunes dragueurs machistes mais trois fĂŞtardes un peu trop influençables (tout du moins chez 2 d'entre elles). Avec sa photo saturĂ©e et l'aspect flamboyant de dĂ©cors stylisĂ©s (la fĂŞte Ă©sotĂ©rique au sein du village, la pièce des trophĂ©es oĂą sont Ă©tagĂ©es les tĂŞtes dĂ©capitĂ©es, l'antichambre des tortures gĂ©rĂ©e Ă  l'instar d'une forteresse), Eli Roth nous plonge dans un nouveau bain de sang oĂą l'art du supplice est nĂ©gociĂ©e aux enchères par la tĂ©lĂ©phonie mobile de riches notables. De par l'efficacitĂ© d'un suspense expectatif, Hostel 2 joue autant la carte de l'humour noir violemment sardonique que de la perversitĂ© innommable sous l'entremise de deux bourgeois en quĂŞte de plaisir morbide. En apprĂ©ciant la mĂ©chancetĂ© de son intensitĂ© dramatique en crescendo dĂ©nuĂ©e de concession. 


Alors que l'un s'excite Ă  l'idĂ©e de commettre ses horribles mĂ©faits sur une jolie Ă©tudiante, l'autre semble beaucoup plus distant et timorĂ© Ă  oser braver l'interdit. C'est dans la caractĂ©risation de ces antagonistes maladifs, deux pères de familles aisĂ©s qu'Eli Roth prend soin de nous dĂ©velopper leur divergence morale. Roger Bart (dĂ©couvert dans la sĂ©rie Desperate Housewives) insufflant une complexitĂ© psychologique dans son esprit introverti et refoulĂ©, faute d'une mĂ©gère asexuelle, mais nĂ©anmoins rattrapĂ© par ses pulsions misogynes. En père de famille contrairement serein et plein d'aplomb, Richard Burgi (Ă©galement issu de la mĂŞme sĂ©rie TV !) lui partage la vedette avec un cynisme pervers autrement assumĂ©. La densitĂ© nĂ©vrotique qu'ils vĂ©hiculent spontanĂ©ment s'avère donc l'atout capital pour l'entreprise de ce second chapitre. Quand aux trois jeunes Ă©tudiantes, consĂ©cutivement endossĂ©es par Lauren German, Bijou Phillips et Heather Matarazzo, elles rĂ©ussissent Ă  nous retransmettre leur douleur morale et leur affres de la mort avec une fragilitĂ© fĂ©minine beaucoup plus empathique que nos machistes lubriques du prĂ©cĂ©dant opus. En manipulatrice aguicheuse oh combien insidieuse, la sublime et longiligne Vera Jordanova impose l'antinomie d'une prĂ©datrice vĂ©nale sous son regard noisette de louve mesquine.


EmaillĂ© de sĂ©quences chocs douloureuses et radicales (le supplice du bain de sang inspirĂ© par la comtesse Elisabeth Bathory est une scène d'anthologie Ă  marquer d'une pierre blanche), non exempt d'humour potache vers son dernier quart d'heure festif (le dĂ®ner anthropophage que Ruggero Deodato pratique en autodĂ©rision, la partie de foot des orphelins avec une tĂŞte dĂ©capitĂ©e, l'Ă©masculation risible), Hostel 2 bĂ©nĂ©ficie d'un savoir-faire infaillible auprès de son efficacitĂ© mĂ©tronome culminant Ă  l'horreur hardcore aussi incisive que dĂ©rangeante. Son constat social sur la cupiditĂ© dĂ©montrant aussi avec ironie mordante Ă  quel point l'argent, la richesse, le pouvoir peuvent conditionner les bas instincts des fortunĂ©s les plus dĂ©pravĂ©s. Une sĂ©quelle supĂ©rieure Ă  son modèle donc, techniquement mieux maĂ®trisĂ©e, formellement rutilante (avec un sens du dĂ©tail constamment stylisĂ© !), si bien que l'effet de surprise est (miraculeusement) renouvelĂ© de par la densitĂ© psychologique des antagonistes et des victimes soumises s'efforçant de s'extirper de l'atrocitĂ© avec une force d'expression Ă  la fois dĂ©munie et hystĂ©risĂ©e. A ne pas rater, en le priorisant toutefois Ă  un public aguerri (il est d'ailleurs interdit aux - de 16 ans). 

La Chronique de Hostel: http://brunomatei.blogspot.fr/2016/01/hostel.html

*Bruno Matéï
19.09.13. 
23.04.22. 3èx

mercredi 18 septembre 2013

Philadelphia Experiment. Meilleur Film au Fantafestival, 1985

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemapassion.com

de Stewart Raffill. 1984. U.S.A. 1h42. Avec Michael Paré, Nancy Allen, Eric Christmas, Bobby Di Cicco, Louise Latham, Stephen Tobolowsky.

Sortie salles France: 16 Janvier 1985. U.S: 3 AoĂ»t 1984

FILMOGRAPHIE: Stewart Raffill est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 27 Janvier 1942 au Royaume-Uni. 1971: The Tender Warrior. 1974: When the North Wind Blows. 1975: La LibertĂ© Sauvage. 1976: Across the Great Divide. 1978: Les NaufragĂ©s de l'Ă®le perdue. 1981: Les Risques de l'Aventure. 1984: The Ice Pirates. 1984: Philadelphia Experiment. 1988: Mac et Moi. 1991: Mannequin: on the move. 1994: l'Ami Africain. 1994: Tammy and the T-Rex. 1998: Les NaufragĂ©s du Pacifique. 1999: Grizzly Falls. 2001: A Month of Sunday. 2005: Survie: les naufragĂ©s. 2007: Croc (tĂ©lĂ©-film). 2007: Bad Girl Island. 2010: Standing Ovation.


Dans la lignĂ©e de Nimitz, Retour vers l'enferPhiladelphia Experiment inverse sa situation temporelle pour confronter deux gabiers des annĂ©es 40 dans l'Ă©poque contemporaine de 1984. Car suite Ă  une expĂ©rience scientifique destinĂ©e Ă  rendre invisible un navire de guerre des radars ennemis, nos deux matelots se retrouvent projetĂ©s 41 ans plus tard sur le mĂŞme lieu de leur disparition. Au mĂŞme moment, dans une base militaire, le Dr Longstrat s'aperçoit qu'une ville cĂ´tière a entièrement disparu ! InspirĂ© d'une lĂ©gende urbaine fondĂ©e sur l'expĂ©rience de Philadelphie (Project Rainbow) qui aurait consistĂ© Ă  rendre invisible le navire USS Eldridge le 23 Octobre 1943, Philadelphia Experiment joue la carte de la sĂ©rie B en alternant fougueusement action, science-fiction et bons sentiments Ă  rythme mĂ©tronomique.  Nancy Allen / Michael ParĂ© demeurant très attachants en hĂ©ros de dernier ressort apprenant Ă  se connaĂ®tre pour finalement s'Ă©treindre amoureusement au fil d'un cheminement investigateur fertile en mauvaises rencontres policières, courses poursuites (sur bitume et Ă  travers champs) et revirements dramatiques (la disparition de son ami et surtout ses retrouvailles avec Jim et Pamela s'avĂ©rant les moments les plus poignants du film).


Ainsi, Ă  travers sa folle histoire rocambolesque (estampillĂ©e John Carpenter) et sa mise en scène aussi modeste que scrupuleuse Ă  l'Ă©coute de ses personnages, Stewart Raffill combine avec rĂ©elle efficacitĂ© l'action trĂ©pidante (les diverses courses-poursuites de nos hĂ©ros amorcĂ©es contre les forces de l'ordre, les quelques incidents mortels qui s'ensuivent, l'altercation dans l'hĂ´pital) et l'anticipation technologique Ă©paulĂ©e d'effets spĂ©ciaux assez crĂ©dibles (avec en sus, l'emploi de certaines images de synthèses) pour s'immerger avec voluptĂ© dans la brèche temporelle. EmaillĂ© de surprenants soubresauts (la ville soudainement ensevelie dans l'espace temps) et d'idĂ©es pittoresques (le futur prĂ©sident Ronald Regan jouant les cowboys dans les westerns de sĂ©rie B, la diffusion des Monstres de la mer Ă  la TV d'un bar que nos hĂ©ros reluquent, les punks accoutrĂ©s de crĂŞtes colorĂ©es, le travelo racolant David lors de sa garde Ă  vue !), Philadelphia Experiment se dĂ©cline en palpitant divertissement  plein de charme et de nobles sentiments qu'on ne retrouve guère aujourd'hui. L'humilitĂ© des protagonistes ainsi que la trogne affable des seconds rĂ´les renforçant le charme rĂ©tro de ce voyage temporel inscrit dans la volontĂ© d'y braver ses doutes et ses peurs en tentant de percer la vĂ©ritĂ© d'une expĂ©rience incongrue.


Rondement menĂ© Ă  travers une moisson de sentiments Ă  la fois mĂ©lancoliques et exaltants, d'anticipation dĂ©bridĂ©e et d'actions soumises au fil narratif, Philadelphia Experiment  demeure une rĂ©jouissante sĂ©rie B qui saura encore sĂ©duire la gĂ©nĂ©ration 80 la plus sensible. Si bien que son charme candide dĂ©nuĂ© de toute forme de prĂ©tention nous parait aujourd'hui encore plus probant (ou alors aussi expressif) au sein de notre Ă©poque davantage pisse-froid et obscurantiste, et ce Ă  l'aide d'une pointe de nostalgie gratifiante. Au demeurant, je peux mĂŞme prĂ©tendre aujourd'hui (passĂ© le 4è visionnage !) qu'il s'agit d'une des meilleures sĂ©ries B des annĂ©es 80 (qui plus est beaucoup plus rĂ©ussie, fascinante et captivante que son homologue Nimitz, retour vers l'Enfer). 

*Bruno
24.09.21. 4èx
18.09.13

Ci-joint la chronique video de Jean-Marc Micciche


lundi 16 septembre 2013

Le Facteur sonne toujours 2 fois / "The Postman always rings twice"

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site listal.com

de Bob Rafelson. 1981. U.S.A. 2h00. Avec Jack Nicholson, Jessica Lange, John Colicos, Michael Lerner, William Traylor, John P. Ryan, Angelica Huston.

Sortie salles U.S: 20 Mars 1981

FILMOGRAPHIE: Bob Rafelson est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain né le 21 Février 1933 à New-York. 1968: Head. 1970: Cinq pièces faciles. 1972: The King of Marvin Gardens. 1976: Stay Hungry. 1981: Le Facteur sonne toujours 2 fois. 1986: La Veuve Noire. 1989: Aux Sources du Nil. 1992: Man Trouble. 1996: Blood and Wine. 1998: Poodle Springes (télé-film). 2002: Sans motif apparent.

Remake du film homonyme de Tay Garnett, adaptĂ© du cĂ©lèbre roman de James M. Cain, le Facteur sonne toujours 2 fois adopte une dĂ©marche plus sulfureuse sous la houlette du rĂ©alisateur Bob Rafelson pour l'audace d'un Ă©rotisme torride (le coĂŻt dans la cuisine reste dans toutes les mĂ©moires). RĂ©unissant deux illustres acteurs incarnant avec passion un duo d'amants diaboliques, ce thriller habilement charpentĂ© allie leur romance dĂ©chue avec une acuitĂ© Ă©motionnelle somme toute Ă©lĂ©giaque. 

Le pitchDans le Middle-West des annĂ©es 30, deux amants paumĂ©s vont tenter de se dĂ©barrasser du mari gĂŞnant afin d'assouvir leur nouvelle relation. Mais rien ne se dĂ©roulera comme prĂ©vu...  

AurĂ©olĂ© d'une aura de scandale dès sa sortie internationale pour la verdeur Ă©rotique de sa sĂ©quence prĂ©-citĂ©e, le Facteur sonne toujours deux fois continue toujours de surprendre Ă  travers la violence ardente d'Ă©bats passionnels. Si bien que cette charge torride que Jessica Lange et Jack Nicholson retransmettent vigoureusement enveloppe tout le rĂ©cit par leur complicitĂ© faillible et leur dĂ©sespoir amoureux Ă  tenter de fonder une aubaine conjugale.

Sous ses atours de thriller criminel au suspense sous-jacent et aux rebondissements parfois fortuits - notamment Ă  travers les magouilles Ă©difiantes de la jurisprudence - Bob Rafelson transcende le drame passionnel pour sublimer le portrait subversif d’amants broyĂ©s par leur frustration sociale. Par l’Ă©lĂ©gance formelle de sa mise en scène appliquĂ©e - reconstitution soignĂ©e de l’après-crise de 1929, baignĂ©e d’une photo sĂ©pia - Le Facteur sonne toujours deux fois nous ensorcelle dans un climat feutrĂ© oĂą deux amants s’enfoncent dans la dĂ©veine Ă  mesure que leur entreprise crapuleuse s’accomplit.

En amant meurtrier, Jack Nicholson magnĂ©tise l’Ă©cran, endossant avec ambiguĂŻtĂ© la figure d’un marginal flâneur et infidèle, mais rĂ©solument dĂ©terminĂ© Ă  conquĂ©rir sa dulcinĂ©e. PaumĂ©e et effrontĂ©e, dĂ©bordante de fragilitĂ© amoureuse, Jessica Lange lui donne la rĂ©plique avec une complicitĂ© vĂ©nale empreinte d’idĂ©ologie immorale. La beautĂ© suave qu’elle dĂ©gage, la charge sensuelle violente qu’elle distille Ă  travers son regard doucement carnassier insufflent un jeu de sĂ©duction digne des grandes figures fatales. Corps et âme, les deux interprètes composent un couple fĂ©brile, aussi dĂ©sespĂ©rĂ© que dĂ©lĂ©tère, nourrissant l’envoĂ»tement malsain de leur nĂ©vrose commune.

DĂ©clinaison charnelle portĂ©e par une aura Ă©rotique omniprĂ©sente, un score mĂ©lancolique entĂŞtant et l’alchimie incendiaire du couple Nicholson / Lange, transperçant l’Ă©cran par la fusion de leurs corps et de leurs pulsions, Le Facteur sonne toujours deux fois oppose le thriller Ă©rotique au drame romanesque avec une intensitĂ© Ă©motionnelle profondĂ©ment bouleversante. Un classique ambitieux et rĂ©solument moderniste qui, Ă  mon sens - subjectif et assumĂ© - transcende mĂŞme son modèle notoire, autrement plus prude et docile. Une fois n’est pas coutume. 

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
16.09.13. 3èx


vendredi 13 septembre 2013

La Colline a des yeux / The Hills Have Eyes. Prix du Jury Ă  Catalogne

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site thefilmpilgrim.com

de Wes Craven. 1977. U.S.A. 1h29. Avec Susan Lanier, Robert Houston, Martin Speer, Dee Wallace Stone, Russ Grieve, John Steadman, James Whitworth, Virginia Vincent, Lance Gordon, Michael Berryman.

Sortie salles France: 20 Juin 1979. U.S: 22 Juillet 1977

FILMOGRAPHIE: Wesley Earl "Wes" Craven est un réalisateur, scénariste, producteur, acteur et monteur né le 2 Aout 1939 à Cleveland dans l'Ohio. 1972: La Dernière maison sur la gauche, 1977: La Colline a des yeux, 1978: The Evolution of Snuff (documentaire), 1981: La Ferme de la Terreur, 1982: La Créature du marais, 1984: Les Griffes de la nuit, 1985: La Colline a des yeux 2, 1986: l'Amie mortelle, 1988: l'Emprise des Ténèbres, 1989: Schocker, 1991: Le Sous-sol de la peur, 1994: Freddy sort de la nuit, 1995: Un Vampire à brooklyn, 1996: Scream, 1997: Scream 2, 1999: la Musique de mon coeur, 2000: Scream 3, 2005: Cursed, 2005: Red eye, 2006: Paris, je t'aime (segment), 2010: My soul to take, 2011: Scream 4.


                      "Ma première dĂ©cision a Ă©tĂ© de filmer comme dans les actualitĂ©s". Wes Craven
 
"Carnage au bout du désert".
Cinq ans après le traumatisme La Dernière Maison sur la Gauche, Wes Craven renoue avec l’ultra-violence en mode docu-vĂ©ritĂ© avec La Colline a des Yeux. Vaguement inspirĂ© d’une lĂ©gende Ă©cossaise du XVe siècle, le film retrace la survie d’une famille de vacanciers face Ă  l’offensive d’une bande de cannibales, quelque part dans le dĂ©sert du Nouveau-Mexique. Non content d’avoir Ă©branlĂ© des millions de spectateurs avec son premier long, Craven persiste dans l’horreur craspec avec ce survival d’une rare intensitĂ©.

Grâce Ă  un concept aussi dĂ©bridĂ© qu’original — planquĂ©e derrière ses collines, une famille de rednecks sauvages attaque les voyageurs pour les bouffer — La Colline a des Yeux provoque une stupeur inĂ©dite. La trogne patibulaire des cannibales, leur dĂ©froque de peaux de bĂŞtes, Ă©voquent un retour brutal Ă  l’Ă©poque de NĂ©andertal. Et les paysages rocailleux, brĂ»lĂ©s de soleil, renforcent ce sentiment de dĂ©paysement insolite qu’on observe avec une fascinante anxiĂ©tĂ©. LĂ -dessus, Craven excelle Ă  instiller dans sa première partie une atmosphère crĂ©pusculaire, presque suffocante, lorsque les vacanciers, dĂ©sorientĂ©s, errent autour de leur caravane après la disparition du père, trop longtemps absent.

PassĂ©e cette mise en place d’une angoisse sourde, Craven fait exploser une violence insoutenable : deux des cannibales parviennent Ă  s’introduire dans la caravane, et ce qui suit relève d’un carnage d’un rĂ©alisme sec, frontal, glaçant. La brutalitĂ© saisit Ă  la gorge. Les corps tombent. L’horreur devient insupportable, tant la sauvagerie s’abat sur ces victimes avec une cruautĂ© implacable. Le spectateur, clouĂ©, subit cette dĂ©ferlante de haine et d’inhumanitĂ©. La femme paie le prix fort. Un bĂ©bĂ© frĂ´le la mort. La tension atteint son paroxysme, et elle n’a rien perdu de sa puissance, mĂŞme aujourd’hui.

La dernière partie — la plus incisive, la plus nerveuse — s’engage alors dans la voie du revenge. Dans un Ă©lan de survie, les derniers rescapĂ©s retournent la violence contre leurs tortionnaires. Ils improvisent, piègent, tuent. Comme dans La Dernière Maison sur la Gauche, Craven interroge la frontière entre justice et barbarie. Il ausculte ce point de bascule oĂą l’homme civilisĂ©, brisĂ© par l’injustice, devient Ă  son tour un monstre, mĂ» par une pulsion primitive plus haineuse encore que celle de ses agresseurs. Le montage nerveux, les altercations haletantes, la rage brute des corps au combat : tout nous implique. On serre les dents avec eux, on s’enfonce dans cette rancune malsaine qui gomme les diffĂ©rences entre l’homme et l’animal.


"Anthropophagie américaine".
Des dĂ©cennies après sa sortie, La Colline a des Yeux n’a rien perdu de sa vigueur estomaquante ni de son efficacitĂ© sauvage. Son humour noir, sec, vitriolĂ©, en renforce encore l’Ă©trangetĂ© grinçante. Une Ĺ“uvre culte, puissamment Ă©prouvante — peut-ĂŞtre l’une des plus viscĂ©rales de son auteur, si l’on accepte, çà et lĂ , une certaine rudesse de mise en scène.
 
*Bruno
13.09.13. 6èx
 
Récompense: Prix du Jury au Festival International de Catalogne, 1977

La Chronique de la Colline a des Yeux (2006): http://brunomatei.blogspot.fr/20…/…/la-colline-des-yeux.html

"Visiblement, ce film de Wes Craven est destiné à épouvanter. C'est surtout sa médiocrité qui fait peur"
Jean-Paul Grousset, Le Candard Enchaîné, 27 Juillet 1979

"C'est horrible et totalement abject." Jean Wagner, Télérama, 04 Juillet 1979

"Lorsque le réalisateur n'a d'autre préoccupations que de mettre en images un spectacle de violence complaisant flattant les plus bas instincts de racisme et d'intolérance, on n'obtient des films comme (...) l'odieux La Colline a des Yeux. (...) Par son efficacité et par son sens de l'effet immédiat, La Colline a des Yeux est, ni plus ni moins, une incitation au crime."
Gilles Gressard, Mad Movies, Juin 1980.

"La Colline a des yeux est le film le plus écoeurant et le plus estomaquant que j'ai vu de toute ma vie."
Sam Raimi.

La réception de la Colline a des yeux en France n'a rien de glorieux. Il sort discrètement durant le mois de Juillet 1979. Sans vraie promotion, le film est descendu en flèche par la majorité des critiques. Moins offensés qu'affligés, ils témoignent de leur consternation devant cette "chose" qu'ils ne comprennent pas. Seul, l'ECRAN FANTASTIQUE se fend, sur le tard, d'une critique élogieuse.

jeudi 12 septembre 2013

ATTENTION, LES ENFANTS REGARDENT

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemapassion.com

de Serge Leroy. 1978. 1h43. France. Avec Alain Delon, Sophie Renoir, Richard Constantini, Thierry Turchet, Tiphaine Leroux, Adelita Requena, Henri Vilbert.

FILMOGRAPHIE: Serge Leroy est un réalisateur français, né le 14 Mai 1937 à Paris, décédé le 27 Mai 1993.
1973: Le Mataf. 1975: La Traque. 1977: Les Passagers. 1978: Attention, les enfants regardent. 1981: Pause-café. 1982: Légitime Violence. 1983: L'Indic. 1985: Double Face (téléfilm). 1985: Le Quatrième Pouvoir. 1988: Contrainte par corps. 1989: Pause-café, pause tendresse. 1989: Une saison de feuilles (télé-film). 1991: Les Cahiers Bleus (télé-film). 1992: Maigret chez les Flamands (télé-film). 1992: Maigret et le corps sans tête (télé-film). 1993: Taxi de Nuit.


    Thriller à suspense méconnu car peu diffusé à la TV et occulté par une majorité de cinéphiles, Attention, les Enfants regardent est, à l'instar de Demain les Mômes, l'une des rares réussites françaises à avoir su traiter du thème de l'enfance diabolique. Avec la présence notable d'Alain Delon, en vagabond condescendant, et un quatuor d'enfants étonnamment crédibles, cette oeuvre dérangeante pointe du doigt les effets néfastes de la TV envers son jeune public, particulièrement l'influence de la violence complaisamment illustrée au cinéma.


    A la suite de la noyade de leur majordome, des enfants livrés à eux mêmes, car dispensés de l'autorité parentale, profitent de leur autonomie au sein d'une villa familiale. Mais un inconnu, préalablement témoin de l'accident meurtrier, décide de les faire chanter afin de pouvoir séjourner dans la maison.
    Avec rĂ©alisme et efficacitĂ©, le rĂ©alisateur de la Traque autopsie ici la dĂ©gĂ©nĂ©rescence morale d'une bande de marmots indisciplinĂ©s, car livrĂ©s Ă  l'anarchie depuis que leurs parents ont pliĂ© bagage Ă  l'Ă©tranger. Profitant d'une libertĂ© totale, nos quatre bambins s'autorisent tous les excès afin de pouvoir s'Ă©panouir dans les loisirs et refonder un semblant de vie quotidienne en s'inspirant de celle de leurs parents. Malencontreusement, ils vont devoir se mesurer Ă  l'intrusion d'un Ă©trange inconnu surgi de nulle part. Avec l'influence perverse de l'aĂ®nĂ©e autoritaire, les cadets vont peu Ă  peu se laisser endoctriner pour tenter de commettre un assassinat. DĂ©jĂ  responsable de la mort accidentelle de la bonne, les enfants semblent de plus en plus dĂ©tachĂ©s de leur nouveau train de vie pour oser commettre l'irrĂ©parable. Sous le mode du thriller psychologique, Serge Leroy allie le drame social tristement actuel puisqu'ici, des gosses de riches vont s'inspirer de la violence vue Ă  la tĂ©lĂ© pour se dĂ©barrasser d'adultes autoritaires afin de prolonger leur libre indĂ©pendance.


    CarrĂ© blanc 
    Cri d'alarme envers la dĂ©mission parentale auquel l'enfant indisciplinĂ©, dĂ©nuĂ© de repère, n'a plus aucune notion du bien et du mal, Attention les Enfants regardent vĂ©hicule une inquiĂ©tude sous-jacente jusqu'au malaise Ă©prouvĂ© face Ă  la culpabilitĂ© des mĂ©dias. Avec une certaine audace, Serge Leroy façonne un curieux suspense psychologique, d'autant plus que l'innocence machiavĂ©lique des enfants insuffle une aura insolite au climat Ă©thĂ©rĂ© de la pellicule. 

    La Chronique de La Traque: http://brunomatei.blogspot.fr/2016/03/la-traque.html
    12.09.13. 2èx
    Bruno Matéï

    mercredi 11 septembre 2013

    Explorers

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site zootropita.wordpress.com

    de Joe Dante. 1985. U.S.A. 1h46 (1h49 extented cut). Avec Ethan Hawke, River Phoenix, Jason Presson, Dick Miller, Bobby Fite.

    Sortie salles France: 18 Décembre 1985. U.S: 12 Juillet 1985

    FILMOGRAPHIE: Joe Dante (né le 28 novembre 1946 à Middletown, New Jersey) est un critique, scénariste, monteur, producteur et réalisateur américain. Son plus grand succès populaire est, à ce jour, Gremlins (1984). 1966-1975 : The Movie Orgy 1976 : Hollywood Boulevard, co-réalisé avec Allan Arkush 1978: Piranhas,1981 : Hurlements (The Howling) 1983 : La Quatrième Dimension (Twiling Zone the Movie), troisième épisode, Its a Good Life 1984 : Gremlins 1985 : Explorers 1987 : Cheeseburger film sandwich (Amazon Women on the Moon), 5 sketches 1987 : L'Aventure intérieure, 1989 : Les Banlieusards (The 'burbs) 1990 : Gremlins 2, la nouvelle génération (Gremlins 2 The New Batch) 1993 : Panic sur Florida Beach (Matinee) 1998 : Small Soldiers 2003 : Les Looney Tunes passent à l'action (Looney Tunes : Back in Action) 2006 : Trapped Ashes , premier segment,Wraparound. 2009: The Hole.


    De la magie à l'état pur injustement infortunée, bain de jouvence afin de stimuler l'enfant tapi en nous.
    Un après le succès planĂ©taire de Gremlins, Joe Dante revient avec un cinĂ©ma plus intime pour autant fantasque et dĂ©bridĂ© (l'anthologie du final cartoonesque) dans ce moment de fĂ©erie en apesanteur que symbolise Explorers. Une aventure spatiale insensĂ©e auquel un trio de bambins malicieux dĂ©cide de voyager dans l'espace Ă  l'aide d'une capsule confectionnĂ©e de bric et de broc. Divertissement familial par excellence, Explorers s'inscrit dans une dĂ©marche si intègre Ă  daigner illustrer un conte fantastique influencĂ© par le sens du merveilleux. A l'instar lyrique de ces sĂ©quences de rĂŞve aĂ©riennes que l'un de nos hĂ©ros matĂ©rialise durant son sommeil afin de s'Ă©vader de sa routine. Avec d'Ă©tonnantes plages de poĂ©sie aux trucages toujours aussi persuasifs (les premiers essais scientifiques avec la bulle, leur escapade nocturne Ă  bord de leur capsule, l'odyssĂ©e spatiale qui s'ensuit et leur rencontre extravagante avec les E.T), Explorers nous entraĂ®ne dans une expĂ©dition fantasmatique parmi la curiositĂ© de gamins avides de dĂ©couverte auprès d'univers insondables. Ainsi, de par le refus des conventions et du stĂ©rĂ©otype, Joe Dante nous caractĂ©rise des aventuriers infantiles infiniment attachants et fragiles Ă  travers leur carapace humaine. Dans la mesure d'une rĂ©flexion existentielle avec la nature belliqueuse de l'homme (son instinct dĂ©libĂ©rĂ©ment destructeur entraperçu Ă  travers le cinĂ©ma de sĂ©rie B) et d'une quĂŞte sentimentale pour leurs premiers Ă©mois amoureux (la relation naissante de Ben avec sa voisine de palier). 


    Pas de marmots turbulents donc complaisamment interprĂ©tĂ©s mais de p'tits gĂ©nies attendrissants fĂ©rus de soif de dĂ©couverte auprès des galaxies stellaires. Au-delĂ  de son hymne Ă  l'exaltation du rĂŞve, Explorers demeure notamment un vibrant hommage au cinĂ©ma de science-fiction des annĂ©es 50, (particulièrement la Guerre des mondes) Ă  travers l'aspect exubĂ©rant des extra-terrestres et des dĂ©cors kitchs particulièrement insolites (le dĂ©dale industriel du vaisseau spatial jonchĂ© de chambres multiformes ne cesse de nous dĂ©payser avec curiositĂ©). Mais l'aspect le plus jouissif s'avère la confrontation entreprise entre nos voyageurs en herbe et les monstres tentaculaires d'apparence "fluo".  Et donc, Ă  travers leur tentative de communication, Joe Dante nous Ă©nonce en filigrane une satire acide de la sous-culture, du consumĂ©risme et du pouvoir de la tĂ©lĂ©vision auquel les ĂŞtres humains s'y sont vulgairement abreuvĂ©s ! (mĂŞme si ici ce sont les enfants qui sont pointĂ©s du doigt). Si bien que depuis des siècles, nos extra-terrestres contemplatifs ont pu s'instruire Ă  travers nos retransmissions audiovisuelles de jeux tĂ©lĂ©visĂ©s, de B movies et de show animĂ©s. Tenant un discours incohĂ©rent face Ă  leurs invitĂ©s terriens en parodiant machinalement les sketchs saugrenues de show TV, les martiens ironisent en diable Ă  nous caricaturer tels des Ă©trangers Ă©cervelĂ©s d'autant plus hostiles Ă  travers notre dĂ©marche destructrice (annihiler l'Ă©tranger stellaire est le thème rĂ©current abordĂ© dans la sĂ©rie B de science-fiction). 


    Cap sur les Etoiles. 
    Bijou immuable de fantaisie, d'inventivitĂ©, de tendresse et de fĂ©erie Ă  l'instar d'une expĂ©dition humaine inoubliable, Explorers constitue une denrĂ©e caustique pour le divertissement familial car il s'adresse autant aux enfants mĂ©ditatifs qu'aux adultes Ă©rudits pour sa satire assĂ©nĂ©e Ă  la sous-culture.  

    *Bruno
    03.01.23. 4èx
    11.09.13.

    mardi 10 septembre 2013

    Mad-Max: Au delĂ  du Dome du Tonnerre / Mad Max: Beyond Thunderdome

    Photo empruntée sur Google, appartenant au site lluviadeestrellasenlaloberia.blogspot.com

    de Georges Miller et George Ogilvie. 1985. Australie/U.S.A. 1h47. Avec Mel Gibson, Tina Turner, Bruce Spence, Adam Cockburn, Frank Thring, Angelo Rossitto, Paul Larsson.

    Sortie salles France: 25 Septembre 1985. U.S: 10 Juillet 1985

    FILMOGRAPHIE: Georges Miller est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur australien, nĂ© le 3 Mars 1945 Ă  Chinchilla (Queensland). 1979: Mad-Max. 1981: Mad-Max 2. 1983: La 4è Dimension (dernier segment). 1985: Mad-Max : Au-delĂ  du dĂ´me du Tonnerre. 1987: Les Sorcières d'Eastwick. 1992: Lorenzo. 1997: 40 000 ans de rĂŞve (documentaire). 1998: Babe 2. 2006: Happy Feet. 2011: Happy Feet 2. 2014: Mad Max 4; Fury Road. 

    Avant-propos (du 24/05/23) : En espĂ©rant que, depuis la regrettable disparition de Tina Turner, ce magnifique opus humaniste soit enfin reconsidĂ©rĂ© Ă  sa juste valeur — avec une touche aujourd’hui autrement Ă©lĂ©giaque.

    Quatre ans après le phĂ©nomène planĂ©taire Mad Max 2, George Miller rempile pour un troisième opus influencĂ© par la notion humaniste de son hĂ©ros dĂ©chu. Alors que des millions de fans espĂ©raient un avatar aussi homĂ©rique que son modèle barbare, la dĂ©ception fut rude pour une majoritĂ© d’aficionados. Or, avec luciditĂ© — et le refus de remaker l’Ă©lite d’un western post-apo truffĂ© de cascades Ă©bouriffantes — Miller prend le risque de dĂ©concerter son public avec ce troisième volet, autrement docile, assagi et optimiste que ses aĂ®nĂ©s. En jouant la carte du lyrisme et du dĂ©paysement, Mad Max 3 nous dĂ©voile cette fois un guerrier de la route apaisĂ©, idĂ©alisĂ© par la candeur d’une escouade de sauvageons en quĂŞte d’apprentissage.

    Pitch : Dans la citĂ© de Trocpolis, oĂą son vĂ©hicule vient d’ĂŞtre dĂ©robĂ©, Max est contraint de combattre vaillamment un adversaire colossal pour rĂ©cupĂ©rer son bien et prendre le contrĂ´le du monde souterrain. Épargnant in extremis son rival, il est condamnĂ© par leur leader au Goulag, vaste dĂ©sert aride dĂ©nuĂ© de toute prĂ©sence humaine. Ou presque. Car une tribu d’enfants pacifistes, gouvernĂ©e par la matriarche Savanah, va lui porter secours, persuadĂ©e que cet inconnu est le messie d’une ancienne prophĂ©tie : le Capitaine Walker. Une opportunitĂ© inespĂ©rĂ©e leur permettant d’envisager la rĂ©paration de leur Boeing accidentĂ© et l’espoir d’amorcer un pĂ©riple vers la contrĂ©e inexplorĂ©e d’une terre promise.

    Ĺ’uvre maudite (euphĂ©misme), tant elle fut dĂ©prĂ©ciĂ©e et conspuĂ©e par des puristes littĂ©ralement intransigeants, Mad Max 3 s’offre pourtant la subtilitĂ© de ne pas bĂŞtement reproduire l’anthologie des cascades homĂ©riques sublimĂ©e dans les opus prĂ©cĂ©dents. InfluencĂ© ici par le pĂ©plum (toute la première partie, trĂ©pidante, confinĂ©e autour du DĂ´me) et par le lyrisme exaltant de Lawrence d’Arabie (la traversĂ©e du dĂ©sert de Max et sa confrĂ©rie), George Miller ne manque pas d’ambition pour nous transposer une flamboyante aventure humaine.

    Un spectacle chargĂ© de souffle romanesque, portĂ© par un onirisme limpide et une quĂŞte initiatique de l’apprentissage. Sous l’Ă©gide d’une tribu d’enfants utopistes, Max rĂ©apprend Ă  vivre, Ă  renouer avec la cohĂ©sion fraternelle, en tentant d’exaucer une prophĂ©tie fantaisiste. Croire au rĂŞve, croire en son destin : « Croyez en vos rĂŞves et ils se rĂ©aliseront peut-ĂŞtre. Croyez en vous, et ils se rĂ©aliseront sĂ»rement », disait Martin Luther King. VoilĂ , Ă  mon sens, le message d’espoir qu’on peut dĂ©celer dans cette solidaritĂ© entre Max et sa troupe de bambins innocents, unis dans leur volontĂ© de renouer avec civilisation et savoir.

    Fort de ses dĂ©cors Ă©clectiques — aussi insolites (la citĂ© de Trocpolis) qu’idylliques (l’oasis des enfants perdus) — Mad Max 3 renouvelle une fois encore sa scĂ©nographie post-apo, avec une ampleur singulière. Soin esthĂ©tique d’une photo ocre pour transcender l’urbanisation primitive en mutation, puretĂ© opaline d’un dĂ©sert clairsemĂ© : George Miller nous fait partager, avec exaltation, un conte post-apo chargĂ© d’optimisme, cristallisant l’horizon d’un avenir meilleur. Sans renier pour autant les fans d’action vrombissante, il renouvelle sa virtuositĂ© technique et son imagination fertile — dans une première partie spectaculaire (toute l’action intense centrĂ©e Ă  l’intĂ©rieur du DĂ´me, dont la conception s’avère d’un rĂ©alisme scrupuleux), et un point d’orgue frĂ©nĂ©tique qui renoue clairement avec l’esprit guerrier de Mad Max 2. Ă€ ce titre, la dernière course-poursuite, menĂ©e entre bolides erratiques et locomotive archaĂŻque, culmine en une Ă©chappĂ©e aĂ©rienne Ă  nous clouer au fauteuil.


    A Tina...
    Parmi l’apparition surprise de la chanteuse Tina Turner — surprenante de charisme animal, portĂ©e par le naturel d’un instinct belliqueux — et celle d’une tribu d’enfants dociles Ă  l’aura presque fĂ©erique, Mad Max 3 rĂ©fute les conventions et la redite pour proposer un spectacle flamboyant, transi de lyrisme, de chaleur humaine et de poĂ©sie prude, tout en divertissant en bonne et due forme.

    ScandĂ© de l’inoubliable tube We Don’t Need Another Hero, ce troisième opus s’Ă©rige en magnifique odyssĂ©e humaine, dans la quĂŞte initiatique d’une terre nouvelle et la prĂ©sence d’un hĂ©ros quasi mystique. Un spectacle Ă©pique, d’une beautĂ© immaculĂ©e, qu’il serait temps de rĂ©habiliter — d’autant qu’il ne cherche jamais Ă  se prendre au sĂ©rieux (l’humour malicieux Ă©tant omniprĂ©sent), tout en prĂ©servant, avec une grande sensibilitĂ©, une ambiance de quiĂ©tude, portĂ©e par une gĂ©nĂ©ration sacrifiĂ©e en voie de renaissance.

    *Bruno
    10.09.13. 4èx

    Récompense: NAACP Image Award 1986: Meilleure Actrice pour Tina Turner.

    La critique de Mad-Max 2http://brunomatei.blogspot.fr/…/mad-max-2-mad-max-2-road-wa…

    Dédicace à Jean-Marc Micciche

    lundi 9 septembre 2013

    HEADHUNTERS (Hodejegerne)

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmosphere.com

    de Morten Tyldum. 2011. Norvège/Allemagne. 1h40. Avec Aksel Hennie, Nikolaj Coster-Waldau, Synnove Macody Lund.

    Sortie Dvd : 4 Septembre 2013

    FILMOGRAPHIE: Mortem Tydum est un rĂ©alisateur et producteur. 2002: Folk flest bor i Kina (seghment "H"). 2003: Buddy. 2008: Varg Veum -Falne engler.  2011: Headhunters.


    Amateurs de thriller roublard dĂ©nuĂ© de fioritures et menĂ© sur un rythme alerte, Headhunters est conçu pour vous ! Injustement inĂ©dit en salles dans nos contrĂ©es, cette production venue de Norvège rĂ©fute Ă  nous embarquer dans les situations balisĂ©es du divertissement policier grâce Ă  un scĂ©nario saugrenu Ă©blouissant de perspicacitĂ© ! Après avoir volĂ© un tableau de grande valeur chez un ancien mercenaire, un cambrioleur va devoir user de stratagème pour sauver sa peau. Si la bonhomie de sa première demi-heure laisse craindre un polar conformiste, la suite des pĂ©ripĂ©ties va redoubler de surprises et d'intensitĂ© pour mettre en exergue un survival implacable dans son esprit sardonique. Dans la lignĂ©e du protagoniste malchanceux de After Hours de ScorceseHeadhunters nous caractĂ©rise ici un antagoniste hĂ©tĂ©rodoxe dans sa petite posture (il mesure 1m 68 !) en cambrioleur rusĂ© prochainement livrĂ© Ă  la dĂ©veine. Par amour pour son Ă©lĂ©gante Ă©pouse avec qui il ne souhaite pas s'engager dans la paternitĂ©, Roger Brown cambriole des oeuvres d'art afin de pouvoir lui favoriser une vie luxueuse. Jaloux et possessif, notre chasseur de tĂŞte va bientĂ´t se confronter Ă  la rivalitĂ© d'un concurrent dragueur, Clas Greve, cadre supĂ©rieur autrefois mercenaire.



    A partir d'un revirement banal inscrit dans l'adultère, le réalisateur Morten Tyldum va embarquer son anti-héros dans une dérive meurtrière aussi inopinée qu'improbable. Mais là où ce thriller retors frappe juste et fort, c'est dans sa manière de confronter nombre de vicissitudes avec réalisme et souci du détail alarmiste (à l'instar du jeu de regards monolithiques observé entre nos deux rivaux à travers une voiture accidentée) ! Par une succession de bévues aléatoires, Roger va donc devoir essayer de sauver sa peau contre un mercenaire opiniâtre mais aussi tenter d'effacer les preuves qu'il laisse derrière son chemin afin de masquer sa culpabilité ! La dextérité à laquelle Morten Tyldum fait preuve pour façonner une structure narrative incontrôlée ne cesse de nous surprendre pour mettre en valeur une chasse à l'homme ironiquement sanglante. Sévèrement malmené par ses rivaux hostiles et contraint de perpétrer des bravoures insensées pour sauver sa peau, Roger va se retrouver embarqué dans une odieuse machination où la cupidité règne en maître. En alternant les péripéties bondissantes totalement imprévisibles et l'empathie indécise confrontée au couple Adrian/Roger, le réalisateur peaufine un thriller frénétique rehaussé d'une poignante psychologie dans l'initiation du chasseur de tête. Car au-delà de l'aspect jouissif de cet intrépide survival, Headhunters peaufine notamment une histoire d'amour et de maturité dans la remise en question du malfrat infidèle, contraint de transcender sa jalousie et son manque de confiance par une bravoure exténuante.


    Mis en scène avec une diabolique habiletĂ© et redoublant de revirements toujours plus insolents, Headhunters est le genre de petit thriller mĂ©connu gagnant au fil du bouche Ă  oreille son statut de perle du genre. Une oeuvre mĂ©chamment espiègle qui ne cesse de surprendre dans son florilège d'incidents meurtriers. Enfin, le duo infatigable formĂ© par Aksel Hennie (au physique volontairement trivial) et Nikolaj Coster-Waldau (tout en virilitĂ© cynique !) vĂ©hicule une densitĂ© antinomique dans leur idĂ©ologie cupide. 

    * Bruno
    DĂ©dicace Ă  Cid Orlandu
    09.09.13

    vendredi 6 septembre 2013

    Messe Noire / Evilspeak. Uncut Version

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site torrentbutler.eu

    d'Eric Weston. 1982. U.S.A. 1h33. Avec Clint Howard, R.G Armstrong, Joseph Cortese, Claude Earl Jones, Haywood Nelson.

    Sortie salle France: 26 FĂ©vrier 1982. U.S: 26 FĂ©vrier 1982

    FILMOGRAPHIE: Eric Weston est un réalisateur, scénariste et producteur américain.
    1981: Messe noire. 1983: Marvin and Tige. 1989: The Iron Triangle. 1992: To protect and serve. 2001: Pressure Point. 2002: Ambition Fatale. 2002: Hitters. 2011: Hyenas.


    Pour une première oeuvre horrifique rĂ©alisĂ©e avec des bouts de ficelle, le dĂ©butant Eric Weston Ă©branla une gĂ©nĂ©ration de vidĂ©ophiles après qu'ils louèrent ce B movie au titre Ă©vocateur, Messe Noire, au sein de leur vidĂ©o club. 

    Le pitchDans une acadĂ©mie militaire, un souffre-douleur invoque les forces du mal via ordinateur pour se venger de ces camarades railleurs. 

    A partir de cet argument simpliste (la vengeance sanglante d'un martyr au service du Mal) dĂ©jĂ  Ă©voquĂ© dans le chef-d'oeuvre Carrie Eric Weston en tire un modèle d'efficacitĂ© dans son suspense exponentiel et l'ambiance dĂ©lĂ©tère qui s'y dĂ©gage au sein d'une cave abritĂ©e par le malin. Reposant sur les Ă©paules du jeune Clint Howard (dĂ©livrant ici son meilleur rĂ´le dans toutes les mĂ©moires), Messe Noire s'Ă©rige en fascinante descente aux enfers par l'entremise originale de l'ordinateur. Mais revenons d'abord sur l'interprĂ©tation sidĂ©rante de vĂ©ritĂ© de cet acteur de seconde zone car si ce divertissement sardonique rĂ©ussit autant Ă  captiver, c'est notamment en partie grâce Ă  l'empathie accordĂ©e pour Coopersmith, Ă©tudiant maladroit incessamment molestĂ© par ses camarades de classe.


    Avec sa bonhomie somme toute naĂŻve et son regard candide, Clint Howard rĂ©ussit instinctivement Ă  nous impliquer dans son dĂ©sarroi quotidien et nous amène lentement Ă  frĂ©quenter le malin sous l'intervention d'Estaban. Un sorcier sataniste condamnĂ© plus tĂ´t par l'Ă©glise pour hĂ©rĂ©sie mais qui s'Ă©tait jurĂ© de se venger des siècles plus tard. Toute l'intrigue se focalise donc sur les tentatives de Coopersmith Ă  daigner invoquer une vĂ©ritable messe noire par une dĂ©marche moderne, l'utilisation Ă©lectronique de l'ordinateur ! Et quand vient la vengeance tant escomptĂ©e, on ne peut que comprendre (ou plutĂ´t fantasmer) sa rancoeur Ă  oser bafouer le fondement du Bien en commettant des mĂ©faits criminels sous influence dĂ©moniaque. A cet Ă©gard, on peut dire que son point d'orgue apocalyptique dĂ©ploie des sĂ©quences cinglantes oĂą le gore craspec se dispute Ă  l'horreur pure Ă  travers des FX de choix ! DĂ©capitations en sĂ©rie, Ă©ventration, dĂ©membrements, corps embrasĂ©s nous sont Ă©talĂ©s sans concession dans un dĂ©luge de feu et de sang. Qui plus est, et avec une audace sarcastique, le carnage se confine dans le cadre religieux d'une chapelle auquel des porcs carnassiers s'y sont soudainement invitĂ©s ! Au delĂ  de son indĂ©niable sens de l'efficacitĂ© et de sa force Ă©motionnelle gĂ©nialement fascinante, Messe Noire insuffle une ambiance lugubre du plus bel effet, renforcĂ© par la chaleur d'une photo sĂ©pia. Tant en interne du sous-sol de la cave auquel Coopersmith pratique son rite ou dans le cadre religieux d'un oratoire. Avec rigueur et intĂ©gritĂ© pour le genre, le rĂ©alisateur distille donc un climat pernicieux diffus en vantant les mĂ©rites d'une dĂ©monologie contemporaine.


    Soutenu du superbe score religieux de Roger Kellaway faisant Ă©cho Ă  La MalĂ©diction de Donner, Messe Noire n'a point usurpĂ© son statut de classique moderne du film sataniste en faisant preuve Ă©galement lors de son dernier acte d'une violence barbare littĂ©ralement dantesque ! En apprenti sorcier sĂ©vèrement malmenĂ©, Clint Howard apporte une indĂ©niable intensitĂ© humaine Ă  travers sa revanche spectrale dĂ©sespĂ©rĂ©ment nihiliste ! Inoxydable. 

    *Bruno
    30.03.25. 6èx. Vost
    06.09.13. 

    jeudi 5 septembre 2013

    LE FLIC DE BEVERLY HILLS. (Beverly Hills Cop)

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site hollywood80.com

    de Martin Brest. 1984. U.S.A. 1h43. Avec Eddy Murphy, Judge Reinhold, John Ashton, Lisa Eilbacher, Ronny Cox, Steven Berkoff, James Russo, Jonathan Banks.

    Sortie salles France: 27 Mars 1985. U.S: 5 Décembre 1984

    FILMOGRAPHIE:  Martin Brest est un rĂ©alisateur, producteur, acteur, monteur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 8 AoĂ»t 1951 dans le Bronx de New-York.
    1972: Hot Dogs for Gaugin. 1977: Hot Tomorrows. 1979: Going in Style. 1984: Le Flic de Beverly Hills. 1988: Midnight Run. 1992: Le Temps d'un Week-end. 1998: Rencontre avec Joe Black. 2003: Amours Troubles.


    Enorme succès lors de sa sortie en salles (aux States, il Ă©tait l'un des 10 plus grands hits commerciaux de tous les temps !), Le Flic de Beverlly Hills permis Ă  Eddy Murphy d'accĂ©der Ă  la notoriĂ©tĂ© après s'ĂŞtre rĂ©vĂ©lĂ© dans 48 heures et Un Fauteuil pour deux. ComĂ©die d'action menĂ©e tambour battant, cette production Bruckeimer doit sa renommĂ©e sur l'abattage de son acteur afro, ancien humoriste ayant prĂ©alablement fait ses preuves dans le cĂ©lèbre show: Saturday Night LiveAprès l'assassinat de son ami, un flic de DĂ©troit dĂ©cide de mener sa propre enquĂŞte sans l'accord de son supĂ©rieur. Durant l'investigation, il dĂ©couvre que son acolyte travaillait pour le compte d'un riche entrepreneur implantĂ© Ă  Beverly Hills. Ce dernier exerçant des malversations, il va tenter par la mĂŞme occasion de dĂ©manteler un rĂ©seau de contrebande avec le soutien de deux inspecteurs studieux. 


    Il y a des comĂ©dies lucratives conçues sur une idĂ©e somme toute sommaire mais construites avec une telle dextĂ©ritĂ© qu'elles dĂ©passent le stade du produit aseptique. Reposant sur la bonhomie impayable d'un acteur extrĂŞmement attachant, le Flic de Beverly Hills fait parti de ces petits miracles de cocasserie auquel Eddy Murphy va y apporter son potentiel comique dans sa "cool attitude" ! En insufflant une verve irrĂ©sistible, l'ancien humoriste rĂ©ussit Ă  extĂ©rioriser un jeu cabotin de facĂ©ties dĂ©sinvoltes et d'imitations extravagantes. Avec la complicitĂ© de deux adjoints aussi attachants (Judge Reinhold et John Ashton forment un tandem avec une tendre bonhomie), le Flic de Beverly Hills distille un charme naturel comme peu de comĂ©dies familiales ont su le retransmettre. Au delĂ  de la cocasserie impartie aux dialogues et au mimĂ©tisme de Murphy, le rĂ©alisateur Martin Brest y introduit une pincĂ©e d'action dans son prologue rocambolesque (carambolage en pagaille lors d'une poursuite entre un camion et des cars de flics) et son final pĂ©taradant (les gunfight fusent tous azimuts dans le repère du mafieux Victor Maitland). Et pour parachever, je ne manquerai pas non plus d'Ă©voquer le fameux tube entraĂ®nant interprĂ©tĂ© par Patti Labelle - Stir it up !


    Entre action et drĂ´lerie, Le Flic de Beverly Hills compte sur l'efficience d'une intrigue bien construite et surtout sur la prĂ©sence d'un acteur expansif pour nous divertir sans prĂ©tention. A travers cette aventure diablement rĂ©jouissante Ă©mane la simplicitĂ© d'une comĂ©die bonnard sous l'impulsion de seconds-rĂ´les aussi sympathiques dans leur fonction de faire-valoir. AntidĂ©pressif, le Flic de Beverly Hills constitue au terme un bain de jouvence d'une fraĂ®cheur aussi capiteuse qu'Ă  l'Ă©poque de sa conception.

    05.09.13. 3èx
    B-M


    mercredi 4 septembre 2013

    30 Jours de Nuit / 30 Days of Night

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site necronomiblog.canalblog.com

    de David Slade. 2007. U.S.A. 1h53. Avec Josh Hartnett, Melissa George, Danny Huston, Ben Foster, Mark Boone Jr, Mark Rendall.

    Sortie salles France: 9 Janvier 2008. U.S: 19 Octobre 2007

    FILMOGRAPHIE: David Slade est un rĂ©alisateur britannique, nĂ© le 26 Septembre 1969 au Royaume Uni. 2005: Hard Candy. 2007: 30 Jours de Nuit. 2010: Twilight - Chapitre 3: HĂ©sitation. 2011: R.E.M (TV). 2012: The Last Voyager of Demeter. Daredevil reboot.


    PlutĂ´t mĂ©connu, David Slade prouva son habile talent de metteur en scène avec son premier film, Hard Candy, thriller psychologique confinĂ© dans un huis-clos Ă©prouvant. Deux ans plus tard, il rĂ©cidive qualitativement parlant pour peaufiner son potentiel artistique avec l'adaptation d'un comic créé par Steve Niles et Ben Templesmith. DĂ©claration d'amour au travail artisanal de John Carpenter (photogĂ©nie esthĂ©tisante d'un environnement aussi rĂ©frigĂ©rant que reculĂ©, charisme frappant des comĂ©diens, photo immaculĂ©e encadrĂ©e au format scope, score mĂ©tronome, atmosphère anxiogène palpable, ambiance angoissante envoĂ»tante), 30 Jours de Nuit se rĂ©approprie du thème vampirique avec un souci formel bluffant. Le pitchEpargnĂ©s du soleil durant 30 jours de nuit hivernale dans un village de l'Alaska, un shĂ©rif et une poignĂ©e de survivants vont tenter de dĂ©jouer la menace d'une horde de vampires assoiffĂ©s de sang. Ainsi, Ă  partir de ce concept trivial, on ne peut pas dire que David Slade compte sur l'originalitĂ© d'une intrigue Ă©prouvĂ©e avec son lot d'attaques impromptues auprès de victimes esseulĂ©es. D'autant plus que l'on a la gĂŞnante impression d'assister Ă  une temporalitĂ© fallacieuse si bien que ces 30 nuits semblent se dĂ©rouler en un temps beaucoup plus restreint (Ă  peine 2 ou 3 jours !) du point de vue des motivations des hĂ©ros ! Mais avec une foi et un respect pour l'amour du genre, le rĂ©alisateur rĂ©ussit Ă  contrecarrer une narration aseptique pour sublimer de prime abord une atmosphère tĂ©nĂ©breuse au sein d'un huis-clos rĂ©frigĂ©rant.


    Qui plus est, avec l'efficacitĂ© d'une action cinglante terriblement spectaculaire et d'un gore sanguinolent au rĂ©alisme saisissant, 30 Jours de Nuit frĂ©tille pour distiller un climat anxiogène diffus au fil d'affrontements intrĂ©pides perpĂ©trĂ©s par des vampires erratiques. C'est simple, il y avait belle lurette que nous n'avions pu contempler face Ă©cran des goules aussi hargneuses et fĂ©tides de par leur morphologie taillĂ©e Ă  la serpe. VĂŞtus en costard noir, David Slade est parvenu Ă  donner chair Ă  ces goules Ă©pouvantablement vicieuses Ă  travers leurs exactions meurtrières (elles surveillent leurs proies du haut des toitures des maisons pour ensuite encercler certaines d'entre elles avec une vanitĂ© condescendante !). Il faut les voir se faufiler sous les chalets et se projeter Ă  une vĂ©locitĂ© vertigineuse sur les victimes pour les Ă©gorger avec une sauvagerie primitive ! Par consĂ©quent, en jouant le plus souvent la carte du huis-clos oppressant, le rĂ©alisateur insuffle un suspense continuel pour l'Ă©preuve de force impartis aux survivants contraints d'accĂ©der d'un refuge Ă  un autre pour se prĂ©munir de la menace vampirique. La puissance visuelle de sa scĂ©nographie nocturne contrastant avec la clartĂ© d'une neige endeuillĂ©e nous immergeant dans un environnement cauchemardesque particulièrement cinĂ©gĂ©nique. Au point d'orgue escomptĂ©, on pardonne l'aspect un tantinet dĂ©cevant de son revirement hĂ©roĂŻque (dès que leur leader est anĂ©anti par l'un des survivants, la clique des vampires dĂ©cide trop facilement de rebrousser chemin) et on se rattrape sur son Ă©pilogue dĂ©senchantĂ© d'une beautĂ© onirique poignante.


    Sobrement dominĂ© du caractère valeureux des protagonistes (Josh Hartnett et Melissa George forment un duo d'amants attachants dans leur reconversion sentimentale), 30 Jours de Nuit mise sur la fonction du divertissement efficace avec son lot d'action cinglante, de tension anxiogène et d'Ă©claboussures de sang ici dĂ©nuĂ©es de concession. RehaussĂ©e d'une atmosphère cauchemardesque terriblement palpable, on reste surtout impressionnĂ© par l'aspect dĂ©lĂ©tère de ces vampires contemporains incroyablement classieux dans leur morphologie dĂ©moniale. Et puis formellement, le cadre crĂ©pusculaire demeure  aussi hyper photogĂ©nique sous l'impulsion d'une violence tranchĂ©e que l'on a si peu coutume de voir dans une prod Hollywoodienne.   

    *Bruno
    05.03.24. 4èx vost
    03.08.22. 
    04.09.13. 

    mardi 3 septembre 2013

    Watchmen. Director's Cut

                                                                                Photo empruntĂ©e sur Google

    de Zack Snyder. 2009. U.S.A. 3h06. Avec Patrick Wilson, Jackie Earle Haley, Malin Akerman, Billy Crudup, Matthew Goode, Jeffrey Dean Morgan, Carla Gugino, Stephen McHattie.

    Sortie salles France: 4 Mars 2009. U.S: 6 Mars 2009

    FILMOGRAPHIE: Zack Snyder est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et acteur amĂ©ricain nĂ© le 1er mars 1966 Ă  Green Bay, Wisconsin (États-Unis). 2004 : L'ArmĂ©e des morts (Dawn of the Dead). 2007 : 300. 2009 : Watchmen. 2010 : Le Royaume de Ga'hoole : La LĂ©gende des gardiens. 2011 : Sucker Punch. 2012 : Superman: Man of Steel.


    Film fleuve d'une durĂ©e excessive de 3h06, Watchmen est l'adaptation du comic homonyme d'Alan Moore et Dave Gibson publiĂ©e entre 1986 et 1987. SituĂ© dans une rĂ©alitĂ© alternative des annĂ©es 80, le film nous dĂ©crit la rĂ©surgence d'une poignĂ©e de super-hĂ©ros, dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  empĂŞcher une 3è guerre mondiale provoquĂ©e entre les Etats-Unis et la Russie. Au mĂŞme moment, alors qu'un mystĂ©rieux tueur s'en prend Ă  ces justiciers masquĂ©s, une machination de grande ampleur est sur le point de converger au pĂ©ril de la survie de millions d'innocents. Après l'entreprise de son habile remake, l'ArmĂ©e des Morts et du peplum ultra stylisĂ©, 300Zack Snyder redouble d'ambition pour reproduire en live une bande dessinĂ©e rĂ©putĂ©e inadaptable en s'interrogeant sur la notion du hĂ©ros. Divertissement cĂ©rĂ©bral prĂ©conisĂ© pour un public adulte, Watchmen nous Ă©tabli avec flamboyance formelle l'Ă©tat des lieux d'une terre en perdition, engluĂ©e dans les sempiternels conflits politiques entre dirigeants Ă©gotistes. 


    Avec son ambiance crĂ©pusculaire terriblement pessimiste, Zack Snyder idĂ©alise une somptueuse fresque oĂą des hĂ©ros dĂ©saxĂ©s sont ici sĂ©vèrement malmenĂ©s par leur hiĂ©rarchie hĂ©roĂŻque, faute de leur tempĂ©rament contradictoire et d'une notoriĂ©tĂ© exubĂ©rante. A contre emploi du traditionnel super-hĂ©ros fraternel et avenant, ces gardiens sont caractĂ©risĂ©s comme des personnages sclĂ©rosĂ©s en quĂŞte existentielle, contrariĂ©s par un hĂ©roĂŻsme dĂ©nuĂ© de signification. Puisqu'ici, l'infidĂ©litĂ©, la manipulation, la trahison et le meurtre font parti de leur faille humaine et sont implicitement engendrĂ©s par un monde bestial toujours plus incivilisĂ©. ConfrontĂ©s Ă  une morale dĂ©chue, ces gardiens passĂ©istes vont tenter une seconde fois de renouer avec l'honneur de la bravoure pour prĂ©munir le citoyen d'une 3è guerre mondiale et se racheter une conduite devant la souverainetĂ© d'un divin en pleine dĂ©pression ! Dans une solide narration privilĂ©giant l'Ă©tude caractĂ©rielle de ses marginaux parfois sanguinaires (les exactions vindicatives de Rorschach, la haine meurtrière du ComĂ©dien), volages (l'adultère du Hibou II entrepris avec le Spectre Soyeux II), voir mĂŞme pervers (le viol du ComĂ©dien commis sur Sally Jupiter), Watchmen retransmet avec autant de souffle Ă©pique que de lyrisme leur indĂ©cise destinĂ©e avec une empathie moribonde. 


    Tant qu'il y aura des hommes
    RĂ©flexion mĂ©taphysique, allĂ©gorie politique sur l'avilissement du pouvoir et l'instinct destructeur de l'homme, Watchmen propose un spectacle subversif d'une audace peu commune dans son alternance d'ultra violence et de dĂ©faillance existentielle. Mise en abĂ®me de notre propre sociĂ©tĂ© en crise oĂą l'insurrection du peuple s'avère toujours plus indisciplinĂ©e devant l'autoritĂ©. La rigueur de sa mise en scène stylisĂ©e, la bande son nostalgique d'une pop-rock rĂ©tro et surtout la dimension humaine impartie Ă  ses anti-hĂ©ros nĂ©vrosĂ©s transcendent Watchmen au rang d'ovni hermĂ©tique, vĂ©ritable pied de nez au rĂŞve amĂ©ricain ! 

    03.09.13. 2èx
    Bruno Matéï