lundi 28 octobre 2013

L'HOMME AU MASQUE DE CIRE (House of Wax)

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fearsforqueers.blogspot.com

d'André De Toth. 1953. U.S.A. 1h28. Avec Vincent Price, Paul Picerni, Frank Lovejoy, Phyllis Kirk, Carolyn Jones, Charles Bronson.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: AndrĂ© De Toth (Endre von Toth) est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur et acteur amĂ©ricain, d'origine austro-hongroise, nĂ© le 15 Mai 1912 Ă  Mako (Csongrad), dĂ©cĂ©dĂ© le 27 Octobre 2002 Ă  Burbank (Californie). 1942: Le Livre de la Jungle (rĂ©alisation de 2è Ă©quipe). 1944: Dark Waters. 1947: Femme de feu. 1947: l'OrchidĂ©e Blanche. 1951: Le Cavalier de la mort. 1952: Les ConquĂ©rants de Carson City. 1953: L'Homme au Masque de cire. 1954: Chasse au gang. 1955: La Rivière de nos amours. 1959: La ChevauchĂ©e des bannis. 1960: Contre-espionnage. 1961: Les Mongols. 1963: l'Or des CĂ©sars. 1968: Enfants de salaud.


"L'un des plus beaux films en couleurs dans l'histoire du cinéma d'épouvante", à découvrir impérativement en HD !

Remake d'un petit classique oubliĂ© des annĂ©es 30, l'homme au Masque de Cire va largement dĂ©passer son modèle sous la houlette d'AndrĂ© De Toth, cinĂ©aste plus habituĂ© aux westerns traditionnels que de l'Ă©pouvante gothique. Pourvu d'un Technicolor resplendissant et de l'interprĂ©tation magnĂ©tique du monstre Vincent Price, ce chef-d'oeuvre inspirĂ© du FantĂ´me de l'OpĂ©ra suscite toujours la mĂŞme fascination, sans tenir compte du procĂ©dĂ© 3D rĂ©volutionnaire de l'Ă©poque. Le PitchRĂ©gisseur d'un musĂ©e de cire, Henry Jarrod voue un amour immodĂ©rĂ© pour ses mannequins de cire. Un soir, son associĂ© cupide dĂ©cide d'incendier l'Ă©tablissement afin de toucher une prime d'assurance de 25 000 dollars. PortĂ© disparu, Henry Ă©labore une vengeance diabolique au sein de ses nouvelles crĂ©ations. 


Ainsi, Ă  travers la vengeance morbide d'un sculpteur entièrement vouĂ© Ă  sa passion, AndrĂ© De Toth livre un classique d'Ă©pouvante d'une santĂ© florissante auprès de sa rĂ©alisation alerte prenant soin de tailler une carrure Ă  ses divers personnages. Que ce soit notre "monstre au masque" accompagnĂ© de sbires disciplinĂ©s (dont l'un d'eux est incarnĂ© par le tout jeune nĂ©ophyte Charles Bronson !), l'investigatrice Sue Allen (très convaincante dans son rĂ´le de limier scrupuleuse !) et son fidèle amant, ou encore les policiers fureteurs aux rĂ©parties sarcastiques. Chacun de ces protagonistes s'impliquant dans l'action avec intĂ©gritĂ© pour faire progresser les Ă©vènements dans une notion de suspense habilement dosĂ©e. L'amour dĂ©sespĂ©rĂ© que porte Henry pour son (nouveau) modèle fĂ©minin et l'enquĂŞte suspicieuse menĂ©e par cette dernière (Sue Allen) demeurant les principaux moteurs Ă©motionnels oĂą leur confrontation s'avèrera toujours plus intense et risquĂ©e ! Outre l'esthĂ©tisme raffinĂ© imparti Ă  sa scĂ©nographie gothique du musĂ©e de cire, l'Homme au masque de cire est donc rehaussĂ© d'une intrigue solide (mĂŞme si classique) alternant rebondissements horrifiques, humour noir et Ă©tude policière. Au delĂ  de la prestance sacrĂ©e de Vincent Price, artiste maudit fĂ©ru d'amour pour sa "Marie Antoinette", la fascination exercĂ©e est notamment dĂ©cuplĂ©e par les mannequins historiques qui jalonnent le musĂ©e dans une reconstitution minutieuse afin de mieux coller Ă  la rĂ©alitĂ© des faits exposĂ©s. Cette aura fantastique sous jacente qui enveloppe le rĂ©cit est d'autant plus trouble quand on sait que sous l'apparence Ă©trangement humaine de ces figures encaustiques s'y planque un cadavre humain !


Au-delà de son attrait irrésistiblement ludique, son incroyable rutilance formelle et la densité des personnages, l'Homme au Masque de cire aborde en sous-texte une réflexion sur l'art perfectible, la quête du sensationnalisme au sein de l'entertainment (le public en quête d'émotions toujours plus intenses !) et surtout la passion dévorante allant à l'encontre de la raison. Or, sous l'allégeance indéfectible de Vincent Price et de ces fameux mannequins de cire, cette vengeance macabre s'est également immortalisée en classique inoxydable !

*Bruno
29.02.24. 6èx
28.10.13. 


samedi 26 octobre 2013

TOP SECRET !

                                          Photo empruntĂ©e sur Google appartenant au site fan-de-cinema.com

de Jim Abrahams, Jerry et David Zucker. 1984. U.S.A/Angleterre. 1h30. Avec Val Kilmer, Lucy Gutteridge, Billy J. Mitchell; Christopher Villiers, Michael Gough, Sydney Arnold, Jim Carter, Omar Sharif, Peter Cushing, Jeremy Kemp.

Sortie salles France: 26 Septembre 1984. U.S: 8 Juin 1984


FILMOGRAPHIE: David Zucker est un réalisateur, producteur, scénariste, acteur, cascadeur américain, né le 16 Octobre 1947 à Milwaukee, Wisconsin (Etats-Unis). 1980: Y'a t-il un pilote dans l'avion ? 1984: Top Secret. 1986: Y'a t-il quelqu'un pour tuer ma femme ? 1988: Y'a-t'il un flic pour sauver la reine. 1991: Y'a t'il un flic pour sauver le président ? 1993: For Goodness Sake. 1998: BASEketball. 2003: Mon boss, sa fille et moi. 2003: Scary Movie 3. 2006: Scary Movie 4. 2008: An American Carol.
Jim Abrahams est un scénariste, réalisateur, producteur et acteur américain, né le 10 Mai 1944 à Shorewood. 1980: Y'a t-il un pilote dans l'avion ? 1984: Top Secret. 1986: Y'a t-il quelqu'un pour tuer ma femme ? 1988: uand les jumelles s'emmêlent. 1990: Roxy est de retour. 1991: Hot Shots ! 1993: Hot Shots 2. 1997: Au risque de te perdre. 1998: Le Prince de Sicile.
Jerry Zucker est un producteur, réalisateur, scénariste et acteur américain, né le 11 Mars 1950 à Milwaukee, Wisconsin. 1979: Rock 'n' Roll Hgh School. 1980: Y'a t-il un pilote dans l'avion ? 1984: Top Secret. 1986: Y'a t-il quelqu'un pour tuer ma femme ? 1990: Ghost. 1995: Lancelot. 2001: Rat Race.


Quatre ans après le succès phĂ©nomène Y'a t'il un pilote dans l'avion ?, le trio Jim Abrahams, David et Jerry Zucker rĂ©cidive dans la parodie afin de rendre hommage en l'occurrence Ă  l'espionnage et l'action belliqueuse. Pour anecdote, l'apparition clin d'oeil d'Omar Sharif (franchement Ă  l'aise dans un rĂ´le aussi grotesque !) est d'ailleurs une note d'intention au film d'espionnage homonyme de Black Edwards rĂ©alisĂ© en 1974. ComĂ©die dĂ©bridĂ©e au non-sens que n'aurait pas reniĂ© les Monty Python, Top Secret brasse tous azimuts les classiques vintage des annĂ©es 40/50 (la Grande Evasion, le Magicien d'Oz, l'Homme qui en savait trop, Stalag 17) et les produits modestes des annĂ©es 80, Ă  l'instar de l'inĂ©narrable le Lagon bleu, gros succès "fleur bleue" des annĂ©es 80. A travers la simplicitĂ© d'un scĂ©nario improbable (avec l'aide de rĂ©sistants, un chanteur de rock va tenter de faire Ă©vader un savant notoire emprisonnĂ© en Allemagne de l'Est pour l'achèvement d'une arme secrète), nos rĂ©alisateurs perpĂ©tuent leur tradition du pastiche cartoonesque avec toujours autant de verve impayable.


En comptant un gag visuel ou verbal toutes les 15 Ă  20 secondes, Top Secret ne peut pas concourir Ă  la perfection de l'hilaritĂ©. Mais l'abattage des comĂ©diens (Val Kilmer en tĂŞte, imitant spontanĂ©ment Elvis Presley dans la peau de Nick Rivers !), les numĂ©ros musicaux chorĂ©graphiĂ©s avec entrain et sa frĂ©nĂ©sie visuelle lorgnant vers le fantastique (la dĂ©marche et le langage verso du bibliothĂ©caire incarnĂ© par Peter Cushing, la scĂ©nographie d'un saloon subitement rĂ©gie sous la mer !) nous plongent dans un dĂ©lire anarchique oĂą l'absurditĂ© est Ă  son apogĂ©e. Si les Ă©clats de rire ne sont pas aussi probants que leur indĂ©modable premier chef-d'oeuvre, les ZAZ ont tout de mĂŞme procréé l'objet culte d'une farce impĂ©tueuse !

26.10.13
Bruno Matéï



vendredi 25 octobre 2013

Les RĂ©voltĂ©s de l'an 2000 / ¿QuiĂ©n puede matar a un niño? / Who can kill a child ?

                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinaff.com

de Narciso Ibanez Serrador. 1976. Espagne. 1h50. Avec Lewis Fiander, Prunella Ransome, Antonio Iranzo, Miguel Narros, Maria Luisa Arias, Marisa Porcel, Juan Cazalilla.

Sortie salles France: 2 Février 1977. Espagne: 26 Avril 1976

FILMOGRAPHIE: Narciso Ibanez Serrador est un scénariste, producteur et réalisateur uruguayen, né le 4 Juillet 1935 à Montevideo (Uruguay).
1969: La RĂ©sidence. 1976: Les RĂ©voltĂ©s de l'An 2000 

 
"Et l’enfant Ă©gorgea le monde".
Longtemps restĂ© inĂ©dit en DVD/Blu-ray en France, Les RĂ©voltĂ©s de l'an 2000 est une perle rare signĂ©e par un cinĂ©aste discret, natif d’Espagne, qui avait dĂ©jĂ  Ă©branlĂ© les cinĂ©philes avec un premier chef-d'Ĺ“uvre de perversitĂ© gothique : La RĂ©sidence. Sur une petite Ă®le, un couple de vacanciers doit affronter une ribambelle d’enfants tueurs. Cette trame, aussi linĂ©aire qu’improbable, s’Ă©rige sous la camĂ©ra de Narciso Ibáñez Serrador en acmĂ© d’effroi, par sa tension Ă©prouvante, dĂ©nuĂ©e de toute concession.

La force incisive de ce cauchemar hermĂ©tique Ă©mane de son thème – l’enfance meurtrie – et d’une mise en scène alerte, qui rejette toute gaudriole grand-guignolesque. Ă€ l’image de son gĂ©nĂ©rique abominable, franchement insoutenable jusqu’aux larmes, oĂą dĂ©filent des images d’archives de crimes de guerre perpĂ©trĂ©s contre des enfants. Cette introduction, d’une brutalitĂ© extrĂŞme, illustre ce que l’humanitĂ© peut envisager de pire pour sa propre progĂ©niture en cas de gĂ©nocide. PassĂ©e cette turpitude, le film en extrait une fable contestataire, oĂą des bambins passent Ă  l’action du talion contre la cruautĂ© des adultes.

Quoi de plus banal, après tout, qu’un garçonnet innocent batifolant avec ses camarades dans une ruelle ? Sauf qu’ici, leur environnement insulaire est Ă©pargnĂ© de toute prĂ©sence parentale. Serrador tisse alors, avec un sens du suspense latent et un climat de mystère littĂ©ralement permĂ©able, une toile d’araignĂ©e autour de ce couple dĂ©sorientĂ©, pris dans le mutisme pesant des citadins.

Et c’est Ă  travers le tĂ©moignage de deux survivants qu’ils prendront la mesure du danger. Car ici, les bambins fripons Ă  la bouille angĂ©lique tuent, sans la moindre hĂ©sitation, tout Ă©tranger majeur. Aucune justification n’est donnĂ©e pour leurs exactions vengeresses — si ce n’est l’hypothèse d’une haine transmise par tĂ©lĂ©pathie. Ce refus d’explication rationnelle renforce d’autant plus le malaise diffus que perçoit le spectateur, happĂ© dans une impuissance de plus en plus dĂ©sespĂ©rĂ©e.

L’enjeu de survie auquel le couple est confrontĂ© devient alors d’autant plus malsain que la rigueur du rĂ©cit les pousse Ă  riposter par une violence intolĂ©rable. Mais que dire des enfants goguenards, capables d’exercer des sĂ©vices indĂ©cents contre l’Ă©tranger ? Le vieillard battu Ă  mort Ă  coups de bâton, le jeu de la serpe, la dĂ©funte dĂ©shabillĂ©e par des enfants ricanants, le lynchage du père provoquĂ© par sa propre fille… Par son rĂ©alisme âpre et une dimension psychologique terrassante, Ibáñez Serrador orchestre une impitoyable descente aux enfers pour la frĂŞle destinĂ©e de ses hĂ©ros. Ă€ l’image de son final nihiliste, d’une intensitĂ© dramatique sans compromis, jusqu’au malaise moral.


"L’Ă®le aux enfants perdus".
InquiĂ©tant et dĂ©rangeant, psychologiquement effrayant et d’une cruautĂ© inouĂŻe, Les RĂ©voltĂ©s de l’an 2000 est une Ă©preuve de force d’une rare puissance Ă©motionnelle et d’Ă©vocation. Ă€ l’image insensĂ©e de ce fĹ“tus exterminant, de l’intĂ©rieur de l’abdomen, sa propre gĂ©nitrice — il fallait oser pareille idĂ©e tordue ! L’originalitĂ© burnĂ©e du scĂ©nario, la rigueur d’un climat d’Ă©trangetĂ© irrespirable et le jeu Ă©trangement naturel des enfants n’ont jamais Ă©tĂ© aussi convaincants pour transcender la thĂ©matique de l’enfant tueur.

Et si un jour leur rĂ©volte avait lieu… serions-nous capables d’enrayer pareille menace planĂ©taire ? Visionnaire au possible, cette date de l’horreur reste d’une maturitĂ© indĂ©fectible.

Note : En raison de sa violence jugée insupportable, le film fut interdit en Finlande et en Islande.

RĂ©compensePrix de la Critique Ă  Avoriaz, 1977

*Bruno
23.07.24. 4èx. Version anglaise


jeudi 24 octobre 2013

Le Blob / The Blob

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site backtothemovieposters.blogspot.com

de Chuck Russel. 1988. U.S.A. 1h35. Avec Kevin Dillon, Shawnee Smith, Donovan Leitch, Ricky Paull Goldin, Jeffrey DeMunn, Candy Clark, Joe Seneca, Del Close.

Sortie salles U.S: 5 Août 1988. France: 1er Février 1989

FILMOGRAPHIE: Chuck Russel est un rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 6 AoĂ»t 1952 Ă  Highland Park dans l'Illinois (Etats-Unis). 1987: Freddy 3. 1988: Le Blob. 1994: The Mask. 1996: l'Effaceur. 2000: l'Elue. 2002: Le Roi Scorpion. 2014: Arabian Nights.


Remake d'un petit classique des annĂ©es 50 incarnĂ© par le tout jeune dĂ©butant Steve McQueen, Le Blob revient 30 ans plus tard sous la houlette du nĂ©ophyte Chuck Russel. Après avoir succĂ©der Ă  Wes Craven  et Jack Sholder pour l'entreprise du 3è opus de Freddy, cet habile faiseur de sĂ©rie B Ă©labore avec son second mĂ©trage une rĂ©actualisation beaucoup plus stimulante que son ancĂŞtre. Si bien que grâce aux incroyables effets spĂ©ciaux conçus en partie par la sociĂ©tĂ© Dream Quest Images, le Blob redouble de punch, d'intensitĂ©, d'efficacitĂ© d'Ă©laborer des sĂ©quences cinglantes aussi inventives que spectaculaires. Or, dans un esprit cartoonesque parfois Ă©paulĂ© d'une dose de dĂ©rision sardonique, les attaques rĂ©currentes de la fameuse gĂ©latine organique s'avèrent redoutablement jouissives lorsqu'elle s'attaque aux quidams pour les ingurgiter. A l'instar de ce pauvre clochard ayant osĂ© toucher la masse visqueuse Ă  l'aide d'un bâton après avoir Ă©tĂ© tĂ©moin du crash d'un mĂ©tĂ©ore. 


Ainsi donc, avec originalité et une surprenante maîtrise au niveau du dynamisme du montage et de sa réalisation avisée allant droit à l'essentiel, Chuck Russel rivalise d'audaces à piéger les victimes au sein d'endroits familiers lors des confrontations avec la chose. Que ce soit à l'intérieur d'une cabine téléphonique ou d'une voiture, dans une chambre d'hôpital ou sous la bouche d'un évier, au plafond d'un cinéma ou encore dans les sous-sols de conduits, le Blob se faufile et s'infiltre dans chaque recoin avec une sagacité redoutable ! Car plus elle ingurgite de victimes, plus sa masse protéiforme s'amplifie ! Néanmoins, cette germe tueuse venue de l'espace par la faute de l'homme possède une faille, celle de ne pas supporter la température extrême du froid. Alors qu'un couple d'adolescents à la fois attachants, réfléchis et débrouillards (une fois n'est pas coutume au sein du moule de la série B de Samedi soir !) tentera d'avertir les autorités et la population du danger exponentiel, une équipe de confinement biologique (des bactériologues véreux) tentera de préserver la chose pour l'asservir en arme de guerre au péril des citadins.


Attention au Blob, ça colle !
De par sa mise en scène rigoureusement nerveuse et son intrigue efficiente multipliant courses-poursuites, action explosive et scènes gores inventives sous le pilier d'un monstre d'un rĂ©alisme visqueux Ă  couper au rasoir, le Blob parvient Ă  divertir avec un savoir-faire artisanal dĂ©bordant de gĂ©nĂ©rositĂ©. A l'instar de ces remarquables trucages (j'insiste) adroitement peaufinĂ©s afin d'y caractĂ©riser l'horreur graphique ainsi que l'aspect dĂ©vastateur d'une gĂ©latine rose d'une redoutable voracitĂ©. Enfin, le duo fraternel formĂ© par les deux amants pugnaces (Kevin Dillon n'est autre que le frère de Matt Dillon dans une sobriĂ©tĂ© hĂ©roĂŻque jamais outrĂ©e) contourne le stĂ©rĂ©otype du teenager Ă©cervelĂ© avec une dose d'humanitĂ© lestement intègre. Un modèle de sĂ©rie B n'ayant pas pris une ride (Ă  2/3 plans cheap près).

*Bruno
26.04.23. 4èx
24.10.13. 

mercredi 23 octobre 2013

Mother's Day

                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site backtothemovieposters.blogspot.com

de Charles Kaufman. 1980. 1h31. U.S.A. Avec Nancy Hendrickson, Deborah Luce, Tiana Pierce, Holden McGuire, Billy Ray McQuade, Robert Collins, Rose Ross.

Sortie salles U.S: Septembre 1980

FILMOGRAPHIE: Charles Kaufman est un réalisateur, producteur et scénariste américain. Il est le frère du producteur de la firme Troma. 1977: The Secret Dreams of Mona. 1980: Mother's Day. 1982: Ferocious Female Freedom Fighters? 1985: When Nature Calls. 1988: Jakarta.


"Mother’s Day : la tendresse crasse d’une mère indigne".
Hit vidĂ©o des annĂ©es 80, Mother’s Day fit les beaux jours des fantasticophiles friands de bandes horrifiques dĂ©complexĂ©es. Et si aujourd’hui cette bisserie estampillĂ©e Troma a un peu sombrĂ© dans l’oubli, on se surprend encore de l’efficacitĂ© de ce concept familial soumis Ă  un survival aussi brutal que sardonique.

Le pitch : trois amies cĂ©libataires s’offrent un week-end bucolique en camping sauvage. La nuit tombĂ©e, elles tombent sur une bande de rednecks affamĂ©s de violence. SurexcitĂ©s par leurs trophĂ©es vivants, ces brutes les livrent aussitĂ´t Ă  leur gĂ©nitrice.

D’entrĂ©e, le ton est donnĂ© : impossible d’oublier ce prologue goguenard, oĂą un jeune couple paie le prix d’une panne simulĂ©e. Ă€ l’orĂ©e du sentier forestier, deux hommes masquĂ©s surgissent, les prennent en chasse : dĂ©capitation sèche du pauvre hère, passage Ă  tabac de la fille sous nos yeux — et, face Ă  cette tuerie, une mamie hilare applaudit, tout sourire, les exploits de ses rejetons. Fondu au noir : gĂ©nĂ©rique. Bienvenue chez Mother’s Day, dont le titre seul est dĂ©jĂ  une blague de mauvais goĂ»t. Par le prisme du psycho-killer couplĂ© au survival, Charles Kaufman orchestre une farce sanglante, bardĂ©e de clichĂ©s empruntĂ©s aux bandes dĂ©viantes seventies (Massacre Ă  la Tronçonneuse, La Colline a des Yeux) et au phĂ©nomène Vendredi 13, sorti quatre mois plus tĂ´t.

Si les personnages potaches (mais attachants) et les situations attendues foisonnent durant la première demi-heure, la suite bascule dans un spectacle cartoonesque, bĂŞte et mĂ©chant — pour ne pas dire jouissif. HĂ©ritier des sĂ©ries B d’exploitation, Mother’s Day aligne viols, sĂ©vices et humiliations comme un calvaire grotesque pour nos trois hĂ©roĂŻnes. CloĂ®trĂ©es dans une bicoque infecte, noyĂ©e sous les tĂ©lĂ©s, les dĂ©chets et la junk food, elles s’acharnent Ă  s’Ă©vader, soudĂ©es par leur sororitĂ©. L’intrigue, classique, vaut surtout pour le portrait dĂ©lirant du trio familial : deux crĂ©tins gavĂ©s de pub, de tĂ©lĂ© et de malbouffe, dressĂ©s Ă  la dure par une rombière narcissique qui les mène Ă  la baguette pour mieux sacrifier les Ă©garĂ©s. Leur entraĂ®nement spartiate est d’ailleurs un sommet d’ironie crasse, quand ils rivalisent d’acrobaties sous l’Ĺ“il humide de fiertĂ© maternelle.

Pour relancer le survival, Kaufman entremĂŞle courses-poursuites dans les bois et bascule vers un rape and revenge Ă©maillĂ© de soubresauts empathiques (le sort tragique de l’une des victimes). Ă€ bout de nerfs et de chair, les filles organisent une vengeance d’une sauvagerie animale : hache dans les testicules, aiguille dans le cou, acide dans le gosier, tĂ©lĂ©viseur encastrĂ© dans la tronche, strangulation, charcutage au couteau Ă©lectrique ! Autant dire que la cruautĂ© fuse Ă  un rythme de dessin animĂ© furieux, jouant la catharsis Ă  pleine puissance. Et dans ce dĂ©ferlement, l’amitiĂ© brute, la rage sororale, la revanche viscĂ©rale se cristallisent en un dernier feu d’artifice de bestialitĂ© libĂ©ratrice.


"Quand Maman applaudit le carnage".
PortĂ© par sa folie potache inĂ©galable, Mother’s Day se croque comme une sucrerie empoisonnĂ©e : l’humour noir du clan dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, la cohĂ©sion Ă©reintĂ©e de ses proies, la satire viciĂ©e d’une AmĂ©rique sous perfusion de pop culture en font un petit monument d’irrĂ©vĂ©rence, mĂ©chamment subversif et joyeusement immoral. On osera dire qu’il compte parmi les psycho-killers les plus finauds et inattendus de l’ère 80.
À réserver aux estomacs lestés.
 
Bruno
11/08/18. 6èx
23.10.13. 

Jaquette Vhs appartenant au site l'Antre de l'horreur

Gravity

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site comingsoon.net

de Alfonso Cuaro. 2013. U.S.A/Angleterre. 1h31. Avec Sandra Bullock, George Clooney, Ed Harris.

Sortie salles France: 23 Octobre 2013. U.S: 4 Octobre 2013

FILMOGRAPHIE: Alfonso Cuaro est un rĂ©alisateur, acteur, scĂ©nariste et producteur mexicain, nĂ© le 28 Novembre 1961 Ă  Mexico. 1991: Solo con tu pareja. 1995: Le Petite Princesse. 1998: De Grandes EspĂ©rances. 2001: Y tu mama tambien. 2004: Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban. 2006: Les Fils de l'Homme. 2013: Gravity.


Repoussant les limites du réalisme au cinéma, Gravity marque un nouvel échelon au sein du space opera dans une forme minimaliste réfutant la surenchère traditionnelle. Nous sommes donc ici à contre-emploi des blockbusters lucratifs conçus pour épater le public ado friand de batailles intergalactiques. Ici, c'est une invitation au voyage en apesanteur auquel nous participons de plein gré. Une contemplation de notre système stellaire tel que nous ne l'avions jamais observé auparavant ! Qui plus est, avec l'entremise du relief, ce procédé perfectible n'aura jamais été aussi inhérent afin de s'immiscer dans l'action où l'immensité de l'espace, la structure détaillée des navettes fissiles ainsi que les pluies fortuites de projectiles déploient une profondeur de champ irréelle !


Ainsi, Ă  travers la survie d'une astronaute perdue au milieu de l'infini, sĂ©vèrement perturbĂ©e par moult incidents techniques et intempĂ©ries de particules, Alfonso Cuaro nous entraĂ®ne dans une dĂ©rive cauchemardesque oĂą la tension s'avère toujours plus expressive ! Car 1h30 durant, nous sommes immergĂ©s dans la conscience fĂ©brile de Ryan Stone, doctoresse prĂ©alablement meurtrie par le deuil accidentel de sa fille et prise de marasme lorsque le manque d'oxygène de sa combinaison s'y fait sentir. A travers son cheminement personnel partagĂ© entre l'instinct de survie et le dĂ©sir du sacrifice, le rĂ©alisateur cĂ©lèbre le courage et le dĂ©passement de soi. La capacitĂ© psychologique de pouvoir se relever en dĂ©sespoir de cause et obstruer ses pensĂ©es les plus noires, notamment la dignitĂ© du baroud d'honneur pour la reconquĂŞte d'une vie terrestre. Bouleversante quand elle livre ses confidences morales face Ă  notre tĂ©moignage ou devant son poste Ă©metteur en guise de solitude, Sandra Bullock livre une interprĂ©tation viscĂ©rale Ă  coeur ouvert. La puissance Ă©motionnelle qui Ă©mane de son dĂ©sespoir existentiel et sa volontĂ© de dĂ©jouer son dĂ©faitisme nous accablant d'une manière d'autant plus intimiste que personne ne peut lui venir en aide au coeur de cet abyme mutique.


Alone
Prouesse technique et visuelle Ă©tourdissante de virtuositĂ© Ă  tel point que certaines images anthologiques confinent au vertige (les astronautes incessamment livrĂ©s au vide de l'apesanteur) ou Ă  la claustration suffocante (l'intĂ©rieur des sas auquel Ryan est contrainte de se blottir), Gravity exalte le lyrisme poĂ©tique d'un cinĂ©aste entièrement vouĂ© Ă  l'humanitĂ© de son personnage. ConfrontĂ©s Ă  un enjeu de survie redoublant de vicissitudes mortelles, Alfonso Cuaro nous fait participer Ă  une expĂ©rience cinĂ©matographique sensitive, nouveau langage expĂ©rimental Ă©tabli via une camĂ©ra amovible. Et de porter Ă  l'Ă©difice un magnifique portrait de femme fragile oĂą la dernière image, symbolique, nous dĂ©chire le coeur de par son onirisme naturaliste.  

23.10.13
Bruno Matéï

    

mardi 22 octobre 2013

Ne vous retournez pas / Don't look now

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site movieramblings.com

de Nicolas Roeg. 1973. Angleterre/Italie. 1h50. Avec Donald Sutherland, Julie Christie, Hilary Mason, Clelia Matania, Massimo Serato, Renato Scarpa.

Sortie salles France: 18 Septembre 1974

FILMOGRAPHIE: Nicolas Roeg est un rĂ©alisateur anglais et directeur de photo, nĂ© le 15 AoĂ»t 1928 Ă  Londres. 1970: Performance. 1971: La RandonnĂ©e. 1973: Ne vous retournez pas. 1976: l'Homme qui venait d'ailleurs. 1980: EnquĂŞte sur une passion. 1984: Eureka, 1985: Insignificance. 1986: Castaway. 1988: Track 29. 1990: Les Sorcières. 1991: Cold Heaven. 1995: Two Deaths. 2007: Puffball.


Pierre angulaire du fantastique cĂ©rĂ©bral, Ne Vous retournez pas est l'une des rares expĂ©riences cinĂ©matographiques Ă  avoir su transcender l'inquiĂ©tude oppressante de manière Ă©thĂ©rĂ©e si bien que nos sentiments troubles se laissent voguer au rythme d'une intrigue latente perpĂ©tuellement envoĂ»tante. A contrario de son point d'orgue terrifiant culminant vers un meurtre graphique Ă  la vision d'effroi, Nicolas Roeg brode une intrigue machiavĂ©lique oĂą la (hantise de la) mort, le faux semblant et la prĂ©monition s'avèrent les thèmes essentiels de cette excursion avec le mysticisme. Car par l'entremise du prĂ©lude traumatique auquel une fillette en manteau rouge vient de perdre la vie en se noyant dans une rivière, Ne vous retournez pas suit le cheminement des parents endeuillĂ©s au sein de la ville spectrale de Venise.


Ainsi, à travers une photo naturaliste, c'est un véritable voyage touristique que le réalisateur nous guide parmi la présence de citadins instinctivement craintifs de présence étrangère. Dans cette région mutique aux ruelles obscures, John et Laura Baxter établiront la connaissance de deux soeurs décaties dont l'une s'avère médium. Réfractaire à l'existence d'un au-delà alors qu'au moment de la mort de sa fille un présage inscrit sur une diapositive se révéla à lui, John se retrouve confronté à son scepticisme face au témoignage d'incidents alarmistes. De son côté, sa femme Laura se réconforte dans les bras de l'extralucide après avoir appris que sa fille se trouve en harmonie dans un au-delà serein. Néanmoins, un avertissement divinatoire les mettra en garde pour le sort de John. Tandis que ce dernier sera nouveau être témoin d'une étrange vision (sa propre femme vêtue de noir en compagnie des soeurs inséparables), un mystérieux tueur accoutré d'une capuche rouge perpétue ses crimes dans les parages.


La peur innĂ©e de la mort, notre questionnement sur l'existence d'un "ailleurs", la paranoĂŻa s'insinuant dans notre fragilitĂ© lorsqu'un deuil familial vient de nous accabler, Nicolas Roeg traite ces thèmes avec un pouvoir de suggestion aussi trouble qu'hypnotique. Sa mise en scène avisĂ©e et expĂ©rimentale, exploitant Ă  merveille le cadre touristique d'un Venise diaphane, s'enrichit d'un montage rigoureux afin de nous perturber les sens entre prĂ©sent, passĂ© et futur. Qui plus est, le jeu viscĂ©ral du couple Julie Christie / Donald Sutherland (Ă  l'instar de leur Ă©treinte charnelle oĂą l'Ă©rotisme ne fut jamais aussi virginal Ă  l'Ă©cran) agrĂ©mente un climat sensitif oĂą nos facultĂ©s semblent dĂ©libĂ©rĂ©ment s'abandonner Ă  l'alchimie crĂ©atrice du cinĂ©aste. Errance obsĂ©dante avec l'insolite d'une rĂ©alitĂ© indĂ©cise, balade crĂ©pusculaire avec la mort et ses prĂ©monitions, Ne vous retournez pas s'accapare de notre psychĂ© Ă  la manière sensorielle du paternel rongĂ© par son deuil filial. Ainsi, Ă  travers son parcours introspectif (auquel il est aussi permis d'Ă©voquer le rĂŞve de sa culpabilitĂ©), Nicolas Roeg Ă©voque une rĂ©flexion spirituelle sur l'angoisse de l'inconnu, sur l'illusion de notre rĂ©alitĂ© ("rien n'est ce qu'il semble ĂŞtre") et sur la force de l'intuition en interne d'un cauchemar insurmontable.

*Bruno
31.05.24. 4èx. Vostfr
22.10.13. 

lundi 21 octobre 2013

All the boys love Mandy Lane

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ecranlarge.com

de Jonathan Levine. 2006. U.S.A. 1h30. Amber Heard, Anson Mount, Whitney Able, Michael Welch, Edwin Hodge, Aaron Himelstein, Luke Grimes.

Sortie salles U.S: 11 Octobre 2013 (sortie limitée). Angleterre: 15 Février 2008. France, uniquement en Dvd: 3 Août 2010

FILMOGRAPHIE:  Jonathan Levine est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 18 Juin 1976 Ă  New-York. 2006: All the Boys love Mandy Lane. 2008: Wackness. 2011: 50/50. 2013: Warm Bodies.


InĂ©dit en salles en France et tardivement programmĂ© aux States (il est sorti le 13 Octobre 2013), faute d'une dĂ©faite financière des distributeurs (l'insuccès du dyptique Boulevard de la mort / Planet Terror), All the Boys love Mandy Lane aura connu bien des dĂ©boires pour accĂ©der Ă  son exploitation commerciale. Le pitchUne bande d'ados dĂ©cide de passer un long week-end bucolique dans le ranch familial d'un de leurs camarades. C'est aussi l'occasion pour les garçons de courtiser la jeune Mandy Lane, fille candide Ă  la beautĂ© renversante. Mais une sĂ©rie de meurtres violents Ă©branle leur festivitĂ©. Sous le mode opĂ©ratoire du psycho-killer de base influencĂ© par Vendredi 13, le rĂ©alisateur  Jonathan Levine se rĂ©approprie des clichĂ©s avec une ambition somme toute personnelle afin de se dĂ©marquer de l'ornière. On est d'abord frappĂ© par la beautĂ© naturelle de ces images poĂ©tiques (mĂ©taphore de la pubertĂ©) mais aussi impressionnĂ© par la troublante Mandy Lane lorsqu'elle dĂ©ambule dans son lycĂ©e sous le regard Ă©perdu des adolescents. Cette Ă©gĂ©rie sexuelle attisant d'autant plus curiositĂ©, concurrence et jalousie qu'elle semble faire preuve d'abstinence pour la luxure.


Ce personnage central, Jonathan Levine en tire un archĂ©type fĂ©ministe oĂą l'aura trouble de sa prĂ©sence virginale planera durant tout le rĂ©cit. Au niveau des stĂ©rĂ©otypes impartis Ă  la description des protagonistes (le dragueur, la blonde potiche, le bouffon, la grande gueule, le quidam valeureux, etc...) le rĂ©alisateur les fait voler en Ă©clat en accordant une certaine humanitĂ© dans leur malaise pubère insolent. Car si nos jeunes fĂŞtards continuent Ă  se droguer et forniquer lors d'une insouciance libertaire, le tĂ©moignage innocent de Mandy Lane ainsi que la prĂ©sence meurtrière d'un tueur aux aguets vont les rappeler Ă  l'ordre de la raison. Ou lorsque le psycho-killer rencontre la chronique sociale d'une jeunesse dĂ©shumanisĂ©e par la compĂ©tition. En dĂ©pit de la stature imposĂ©e Ă  ces personnages si souvent dĂ©considĂ©rĂ©s Ă  travers l'iconographie du genre, All the Boys love Mandy Lane est notamment transcendĂ© de la stylisation d'une mise en scène rigoureuse (voire parfois mĂŞme expĂ©rimentale) en multipliant les prises de risque. Celles d'y bousculer les habitudes du spectateur pour son ton anti ludique et son refus de concession si bien que l'aspect spectaculaire des meurtres n'a ici rien de divertissant. Si bien que la violence est froide, crue, mĂŞme si parfois hors-champs afin d'Ă©viter la complaisance, et son rĂ©alisme dĂ©sespĂ©rĂ© nous laisse dans une certaine contrainte Ă©motionnelle quant Ă  son ultime demi-heure rigoureusement Ă©prouvante, surprenante, impressionnante. Quand bien mĂŞme l'aspect Ă©quivoque du personnage de Mandy Lane accentue cette force Ă©motive nous laissant au final un arrière goĂ»t fort amer dans la bouche. En crescendo, Jonathan Levine distillant une terreur moite davantage ardue pour le sort des ados, alors que son point d'orgue nihiliste nous laisse sur le carreau pour la rĂ©vĂ©lation du meurtrier ainsi que son parti-pris Ă  la fois immoral et dĂ©senchantĂ©.


Elephant. 
Etrangement poĂ©tique, dĂ©sabusĂ©, dĂ©rangeant mais aussi poignant, All the Boys love Mandy Lane rĂ©fute la redite triviale pour nous livrer un psycho-killer littĂ©ralement vĂ©nĂ©neux, fascinant, hypnotique en somme. Le soin formel accordĂ© aux images graciles et la beautĂ© envoĂ»tante de Mandy Lane se complĂ©tant harmonieusement pour laisser en mĂ©moire une Ă©lĂ©gie dĂ©faitiste, malaise social du constat de l'amour du point de vue de l'ado ici provocateur, vulgaire, Ă©goĂŻste, bonimenteur. Pour un premier long-mĂ©trage aussi atypique, on peut peut-ĂŞtre Ă©voquer le coup de maĂ®tre de cet auteur sagace infiniment attentionnĂ© d'y dĂ©peindre un malaise existentiel aux consĂ©quences factieuses.

*Bruno 
21.10.13
21.07.2024. Vostfr

samedi 19 octobre 2013

A HIJACKING. (Kapringen)


de Tobias Lindholm. 2012. Danemark. 1h39. avec Pilou Asbæk, Søren Malling, Dar Salim, Roland Møller

Sortie salles France: 10 Juillet 2013

FILMOGRAPHIE: Tobias Lindholm est un réalisateur, scénariste et acteur danois.
2010: R
2012: A Hijacking


Dans l'ocĂ©an Indien, sept marins danois vont devenir les victimes d'une prise d'otages Ă  bord de leur navire. Leur entreprise professionnelle va tenter de nĂ©gocier avec les terroristes une demande de rançon exorbitante afin de la réévaluer et sauver l'Ă©quipage. 


Un film choc d'un réalisme décoiffant et au jeu d'acteur bluffant de vérité ! Le réalisateur danois réinventant ici le concept d'une prise d'otage avec un souci de vérité faisant office de documentaire. Principalement dans les rapports de force étroits que des hommes d'affaires et un affréteur doivent entretenir avec des terroristes afin d'établir un consensus sur la somme désirée. Alors que nos bureaucrates vont tout mettre en oeuvre pour réduire le montant de la rançon, les pirates n'auront de cesse à pratiquer le chantage contre la vie d'innocents afin d'exiger une somme extravagante.
Du point de vue des victimes, le réalisateur privilégie une émotion viscérale envers leur traitement infligé pour des problèmes d'hygiène et auquel humiliations et jeu de soumission sont pratiquées par des rebelles sans vergogne. Un sentiment tangible de claustration est également transmis au spectateur à travers leur interminable embrigadement au sein du navire. En auscultant leur humanisme sévèrement contrarié par la chance de survie car contraints de patienter durant des mois une décision majeure, A Hijacking met en exergue leur épreuve de force toujours plus ardue jusqu'au traumatisme psychologique. Sans parler de l'attente des familles stressées, sévèrement malmenées par une situation insoutenable.
A la manière d'un reportage, le réalisateur nous immerge donc dans un cauchemar en haute mer oppressant où l'abattement semble également nous atteindre. Au delà du jeu rigoureux de l'interprétation, on peut également louer la prestance des comédiens somaliens aux gueules faméliques éludées de moindre empathie. Impassibles et opiniâtres, même si parfois épris d'une certaine sympathie pour les otages (la séquence de beuverie qu'ils se partagent aux premières semaines des négociations), leur posture belliqueuse laisse augurer le pire quand à la mise de rançon incessamment remaniée par des notables obtus !


Avec le rĂ©alisme tranchĂ© d'une situation de crise interminable, A Hijacking nous fait traverser le calvaire d'une prise d'otage dans une volontĂ© immersive de nous impliquer en interne des nĂ©gociations. Sa mise en scène Ă©purĂ©e Ă©ludĂ©e de moindre fioriture, son Ă©motion parfois ardue (le final en demi-teinte laisse une trace indĂ©lĂ©bile dans l'esprit du spectateur) et surtout le jeu authentique des comĂ©diens laissent en mĂ©moire un suspense Ă©prouvant oĂą le courage de survie est mis Ă  rude Ă©preuve.   

Bruno Matéï
19.10.13


vendredi 18 octobre 2013

Le Village des Damnés / Village of the Damned

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site todoelterrordelmundo.blogspot.com

de John Carpenter. 1995. U.S.A. 1h39. Avec Christopher Reeve, Kirstie Alley, Linda Kozlowski, Michael Paré, Meredith Salenger, Mark Hamil.

Sortie salles France: 16 Août 1995. U.S: 28 Avril 1995

FILMOGRAPHIEJohn Howard Carpenter est un rĂ©alisateur, acteur, scĂ©nariste, monteur, compositeur et producteur de film amĂ©ricain nĂ© le 16 janvier 1948 Ă  Carthage (État de New York, États-Unis).
1974 : Dark Star 1976 : Assaut 1978 : Halloween, la nuit des masques 1980 : Fog 1981 : New York 1997 1982 : The Thing 1983 : Christine 1984 : Starman 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin 1987 : Prince des tĂ©nèbres 1988 : Invasion Los Angeles 1992 : Les Aventures d'un homme invisible 1995 : L'Antre de la folie 1995 : Le Village des damnĂ©s 1996 : Los Angeles 2013 1998 : Vampires 2001 : Ghosts of Mars 2010 : The Ward


Si tout le monde (ou presque) s'accorde Ă  dire que Le Village des DamnĂ©s fait parti d'un des mĂ©trages les moins renommĂ©s de la carrière de John Carpenter, il serait toutefois temps de réévaluer cette petite pĂ©pite d'angoisse parano, remake intelligemment rĂ©actualisĂ© en couleurs d'un scope Ă©clatant. AdaptĂ© du cĂ©lèbre roman de John Wyndham (The Midwich Cuckoos) et dĂ©jĂ  portĂ© Ă  l'Ă©cran par Wolf Rilla en 1960, le Village des DamnĂ©es doit sa rĂ©ussite Ă  son traitement original d'une menace surnaturelle envers l'apparence anodine de chĂ©rubins blonds. Avec une certaine Ă©motion, c'est Ă©galement l'occasion de retrouver dans un dernier rĂ´le valide le grand Christopher Lee, parfaitement Ă  l'aise dans celui d'un mĂ©decin flegmatique au destin valeureux. Le PitchDans la petite ville de Midwich, plusieurs habitants s'Ă©vanouissent Ă  un endroit prĂ©cis de la rĂ©gion après qu'un nuage invisible vogua au dessus de leur banlieue. RĂ©veillĂ©s quelques heures plus tard, plusieurs femmes se retrouvent inexplicablement enceintes afin d'enfanter des rejetons aux pouvoirs surnaturels !


Avec sa rĂ©alisation consciencieuse peaufinant l'espace du cadre au sein d'un esthĂ©tisme flamboyant, John Carpenter possède le don innĂ© de nous plonger dans des contes cauchemardesques oĂą l'aura trouble s'insinue naturellement en nous. L'art de narrer un sujet original oĂą de petits blondinets possèdent la facultĂ© de lire et contrĂ´ler nos pensĂ©es par un simple regard tĂ©lĂ©pathique et dont le but Ă©gotiste et d'y rĂ©gir notre monde. RĂ©flexion spirituelle sur l'indĂ©pendance de l'âme, l'impulsion de l'amour et notre sens humaniste nĂ©cessaire Ă  la clef de survie, le Village des DamnĂ©es contraste ces thèmes parmi l'immoralitĂ© d'une colonie d'enfants impassibles, mĂ©taphore sur la fascisme. Des marmots dĂ©lĂ©tères Ă  la conscience collective incontrĂ´lable, dĂ©nuĂ©s de compassion et de sentiments pour pouvoir s'adapter avec la race humaine. Ainsi, dans une Ă©thique d'asservissement et de dictature, leur dĂ©ontologie est donc essentiellement vouĂ©e Ă  se reproduire biologiquement afin d'accĂ©der Ă  la suprĂ©matie. A travers ce rĂ©cit fantastique aussi envoĂ»tant (les enfants possèdent un magnĂ©tisme psychologique rĂ©ellement inquiĂ©tant avec leurs yeux scintillants), intense et captivant (les enjeux de survie sont toujours plus alarmistes jusqu'au point d'orgue vertigineux), John Carpenter renouvelle le principe du remake avec l'habiletĂ© du conteur studieux.


Pourvu d'une narration privilégiant l'étude de caractère des personnages en oscillant intelligemment avec les scènes chocs horrifiques (le bras plongé dans un bain d'eau bouillante, le cuisinier carbonisé sur son barbecue) ou explosives (la fusillade sanglante perpétrée entre les forces de l'ordre, l'ultime confrontation psychologique entre le docteur et les enfants), Le Village des Damnés est un efficace jeu d'angoisse en acmé, métaphore sur la soumission et le totalitarisme. Un cauchemar d'autant plus inquiétant, trouble, anxiogène qu'il est transcendé du charisme surnaturel de ces charmantes têtes blondes et d'une partition envoûtante si chère à Carpenter

*Bruno
18.10.13. 3
11.09.24. 4èx.Vostfr


jeudi 17 octobre 2013

La Malédiction Finale / The Final Conflict

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site blushots.weebly.com

de Graham Baker. 1981. U.S.A. 1h48. Avec Sam Neill, Rossano Brazzi, Don Gordon, Lisa Harrow, Barnaby Holm, Mason Adams.

Sorties salles France: 7 Octobre 1981

FILMOGRAPHIE: Graham Baker est un réalisateur, producteur et scénariste américain.
1981: La Malédiction Finale. 1984: Impulse. 1988: Futur Immédiat, Los Angeles 1991. 1990: The Recruit. 1991: Ni dieu ni maître (Born to Ride). 1999: Beowulf


"Regarde le Lion de Juda ! Le messie qui est venue d'abord enfant et ne revient pas enfant, mais en Roi des Rois, pour régner dans la gloire à jamais !"

Dernier volet d’une trilogie Ă  succès (en Ă©pargnant le calamiteux tĂ©lĂ©film des annĂ©es 90), La MalĂ©diction Finale scelle l’achèvement de l’AntĂ©christ, dĂ©sormais mĂ» par des motivations politiques.
Car Ă  prĂ©sent âgĂ© de 32 ans, Damien Thorn vient d’ĂŞtre nommĂ© ambassadeur en Grande-Bretagne, après s’ĂŞtre dĂ©barrassĂ© de son prĂ©dĂ©cesseur. Tandis que la renaissance du NazarĂ©en approche, il met tout en Ĺ“uvre pour l’Ă©radiquer, aidĂ© de ses fidèles disciples.

CinĂ©aste discret, mais auteur de deux sĂ©ries B fort honorables (Impulse, Futur ImmĂ©diat), Graham Baker contourne l’horreur cinglante du second opus pour retrouver la sobriĂ©tĂ© psychologique du chef-d’Ĺ“uvre de Donner, avec un esthĂ©tisme gothique plus affirmĂ© - ruines monumentales oĂą se rĂ©unissent les moines, final crĂ©pusculaire dans une abbaye fantomatique oĂą Damien s’est retranchĂ©.
RenforcĂ© par l’interprĂ©tation inquiĂ©tante de Sam Neill, tout en magnĂ©tisme contenu, La MalĂ©diction Finale se montre plus ambitieux que son prĂ©dĂ©cesseur, prĂ©fĂ©rant explorer les stratĂ©gies politiques de Damien pour accĂ©der Ă  son omnipotence.

Exit donc le rythme effrĂ©nĂ© d’une horreur spectaculaire : place Ă  un thriller politico-spirituel, traversĂ© par le combat Ă©ternel du Mal contre le Bien.
C’est un Damien au sommet de sa puissance, mais hantĂ©, que nous dĂ©voile Baker, sa crainte de la rĂ©surrection du Christ devenant plus viscĂ©rale Ă  l’approche d’une date prophĂ©tique : le 24 mars, entre minuit et six heures.
En parallèle, une confrĂ©rie de sept moines, guidĂ©e par les Écritures et les signes astraux, s’apprĂŞte Ă  dĂ©jouer ses plans, tentant de l’Ă©liminer Ă  l’aide des fameuses dagues sacrĂ©es.

Et si la mise en scène, constamment efficace, accuse parfois quelques facilitĂ©s (la rapiditĂ© avec laquelle la maĂ®tresse de Damien dĂ©cèle le chiffre 666 sous sa chevelure, ou un affrontement final peut-ĂŞtre trop vite expĂ©diĂ©), la tension alarmiste et la densitĂ© des enjeux tiennent le spectateur en haleine jusqu’Ă  la chute inĂ©luctable du Fils du Diable.

L’horreur graphique s’efface au profit d’une dimension mystique, mais certaines morts restent redoutablement percutantes : le suicide mĂ©canique du premier ambassadeur, une balle dans la bouche dĂ©clenchĂ©e par un ingĂ©nieux dispositif ; le chrĂ©tien foudroyĂ© et brĂ»lĂ© vif sur un plateau tĂ©lĂ©visĂ© ; ou encore cette chasse Ă  courre d’une brutalitĂ© implacable, galvanisĂ©e par le souffle homĂ©rique de la mise en scène.
Ajoutons à cela une dimension tragique, quasi biblique, lors des harangues de Damien à ses fidèles ou face au Christ de pierre, dans un monologue aussi intime que glaçant.

"Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux.
La mort ne sera plus. Il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance,
car le monde ancien a disparu."
Apocalypse 21:4

Avec son format scope classieux, La MalĂ©diction Finale s’impose comme une conclusion digne, subtilement distincte de ses aĂ®nĂ©es. Un scĂ©nario solide, une mise en scène Ă©lĂ©gante, l’aura troublante de Sam Neill, la puissance grĂ©gorienne de Jerry Goldsmith
Autant d’Ă©lĂ©ments qui parachèvent cette passionnante trilogie vers une Ă©piphanie finale aussi tĂ©mĂ©raire que mystique.

Bruno — cinĂ©phile du cĹ“ur noir

La critique de La Malédictionhttp://brunomatei.blogspot.fr/2013/10/la-malediction.html
La critique de Damien: La Malédiction 2http://brunomatei.blogspot.fr/2013/10/damien-la-malediction-2-damien-omen-2.html

28.04.25. 5èx. Vost
26.11.24. 
17.10.13. 

mercredi 16 octobre 2013

Damien: La Malédiction 2 / Damien: Omen II

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site esplatter.com
 
de Don Taylor. 1977. U.S.A. 1h46. Avec William Holden, Lee Grant, Jonathan Scott-Taylor, Robert Foxworth, Nicholas Pryor, Lew Ayres, Sylvia Sidney.

Sortie salles France: 16 Août 1978. U.S: 9 Juin 1978

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Don Taylor est un réalisateur, acteur, scénariste et producteur américain, né le 13 Décembre 1920 à Freeport, Pennsylvanie (Etats-Unis), décédé le 29 Décembre 1998 à Los Angeles (Californie). 1969: 5 hommes armés. 1971: Les Evadés de la Planète des Singes. 1973: Tom Sawyer. 1977: L'île du Docteur Moreau. 1978: Damien: la malédiction 2. 1980: Nimitz, retour vers l'enfer.


"Ces hommes-lĂ  sont de faux apĂ´tres, des ouvriers trompeurs, dĂ©guisĂ©s en apĂ´tres du Christ". 

Second opus d’une trilogie passionnelle consacrĂ©e Ă  l’avènement de l’AntĂ©christ sur Terre, Damien : La MalĂ©diction 2 poursuit son chemin de croix apocalyptique Ă  travers l’Ă©veil d’un adolescent en quĂŞte d’identitĂ©. Richard Donner n’Ă©tant plus aux commandes, la rĂ©alisation Ă©choit Ă  Don Taylor, artisan habile de la sĂ©rie B fantastique (Les ÉvadĂ©s de la planète des singes, L’ĂŽle du Dr Moreau, Nimitz). Quant Ă  William Holden, qui avait dĂ©clinĂ© le rĂ´le de père adoptif dans le premier volet pour cause de rĂ©ticence envers le satanisme, il revient cette fois-ci, convoquĂ© par le triomphe planĂ©taire du chef-d’Ĺ“uvre initial, pour incarner le frère de Robert Thorn.

Certaines scènes sont signĂ©es par le scĂ©nariste Mike Hodges (le dĂ®ner avec la tante, la visite de l’usine, l’enseignement militaire), mais des dĂ©saccords avec la production le poussent Ă  quitter le projet. C’est donc Ă  Don Taylor que revient l’honneur d’achever cette entreprise infernale.

Le pitch : aujourd’hui âgĂ© de 12 ans, Damien Thorn est recueilli par son oncle Richard et son Ă©pouse, suite aux tragiques Ă©vĂ©nements ayant emportĂ© ses parents adoptifs. Inscrit dans une Ă©cole militaire, le jeune garçon s’initie peu Ă  peu Ă  sa vĂ©ritable nature, guidĂ© par les murmures de ses disciples, tandis que de mystĂ©rieux accidents meurtriers sèment l’effroi au sein de son nouveau foyer.

Deux ans après La MalĂ©diction, cette suite, lancĂ©e dans la foulĂ©e, ne retrouve pas l’intensitĂ© tragique de son prĂ©dĂ©cesseur, mais elle s’impose comme une Ĺ“uvre rigoureuse, axĂ©e sur un florilège de morts violentes orchestrĂ©es par les forces du Mal - parfois incarnĂ©es par la figure Ă©nigmatique d’un corbeau noir magnĂ©tique.

Don Taylor mise sur l’efficacitĂ© brute, privilĂ©giant des sĂ©quences choc, vertigineuses dans leur cruautĂ© sèche : l’agression d’une femme par des corbeaux sur une route bucolique, la noyade sous la glace d’un vieil homme aspirĂ© par les courants, ou encore le dĂ©membrement d’un mĂ©decin dans la cage d’un ascenseur pris de folie mĂ©canique. Autour de ces morts plus explicites que dans le premier volet, le film s’attache Ă  la montĂ©e en puissance du jeune Damien, dĂ©sormais Ă©lève modèle dans un Ă©tablissement martial, siège de sa mĂ©tamorphose.

Si le rĂ©cit s’avère un peu moins dense, il reste captivant, soutenu par une mise en scène nerveuse et stylisĂ©e : l’attaque des corbeaux sur cette femme au manteau rouge flamboyant, ou la sĂ©quence du lac gelĂ©, vĂ©ritable coup de froid claustrophobe gravĂ© dans la rĂ©tine. Le couple William Holden / Lee Grant, bien que moins imposant que Gregory Peck et Lee Remick, apporte une prestance suffisante pour ancrer la narration, surtout grâce Ă  la stature rassurante de Holden.

Mais c’est Jonathan Scott Taylor, au regard impassible et troublant, qui irradie. Son interprĂ©tation glacĂ©e insuffle Ă  Damien une aura ensorcelante, sur le fil entre innocence perdue et dĂ©termination malĂ©fique. Adolescent surdouĂ© - comme en tĂ©moigne ce duel oral fulgurant avec son professeur d’histoire - il bascule progressivement dans l’ombre, conscient de sa destinĂ©e. Et si, parfois, une hĂ©sitation, un remords, viennent fissurer la carapace, la perte de valeur humaine est dĂ©jĂ  amorcĂ©e.

 
Son pouvoir infini est sa solitude. Sa splendeur, la fatalitĂ© qui l’Ă©treint.
"Le jour viendra, Damien, oĂą le monde saura qui tu es..."
Soutenue par la partition enragĂ©e de Jerry Goldsmith (dans une version plus moderne mais tout aussi saisissante), Damien : La MalĂ©diction 2 joue brillamment la carte du divertissement intelligent. Suspense horrifique, action brutale, tension spirituelle : tout s’harmonise dans un crescendo de damnation. L’empreinte de Damien, adolescent maudit en pleine mutation, demeure fascinante. Son regard transperce, ses choix dĂ©rangent, et son chemin, jalonnĂ© de sang et de renoncements, continue de hanter la mĂ©moire du spectateur. Notamment dans ces sĂ©quences marquantes : sa joute pĂ©dagogique, son sacrifice final, ou l’Ă©clair de luciditĂ© qui scelle son abandon Ă  la noirceur.
Une excellente sĂ©quelle, maĂ®trisĂ©e et fiĂ©vreuse, dont la mise en scène resserrĂ©e capte chaque battement de cĹ“ur… ou d’horreur.

Bruno — cinĂ©phile du cĹ“ur noir

La chronique de La Malédiction http://brunomatei.blogspot.fr/2013/10/la-malediction.html
La chronique de La Malédiction Finalehttp://brunomatei.blogspot.fr/2013/10/la-malediction-finale-final-conflict.html

16.10.13.
08.10.20. 4èx