mardi 17 juin 2014

Chaque soir Ă  9 Heures / Our mother's house

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site gallerytheimage.com

de Jack Clayton. 1967. Grande Bretagne. 1h47. Avec Dirk Bogarde, Margaret Brooks, Pamela Franklin, Mark Lester, John Gugolka, Sheldon Williams, Sarah Nicholls, Gustav Henry, Parnum Wallace.

Sortie salles France: 6 Septembre 1973

FILMOGRAPHIE: Jack Clayton est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste anglais, nĂ© le 1er mars 1921 Ă  Brighton, dĂ©cĂ©dĂ© le 26 FĂ©vrier 1995 Ă  Slough (Royaume-Uni). 1959: Les Chemins de la haute ville. 1961: Les Innocents. 1964: Le Mangeur de Citrouilles. 1967: Chaque soir Ă  9 heures. 1974: Gatsby le magnifique. 1983: La Foire des TĂ©nèbres. 1987: The Lonely passion of Judith Hearne. 1992: Memento Mori (tĂ©lĂ©-film).


Six ans après son chef-d'Ĺ“uvre Les Innocents, Jack Clayton renoue avec le thème de l’enfance meurtrie, adaptant un roman de Julian Gloag. Honteusement mĂ©connu pour une raison qui m’Ă©chappe encore, Chaque soir Ă  9 heures est sans doute l’un des plus beaux films jamais consacrĂ©s Ă  l’innocence infantile. Une Ă©preuve de force morale, souvent Ă©prouvante, oĂą des enfants d’une mĂŞme fratrie se retrouvent livrĂ©s Ă  eux-mĂŞmes depuis la disparition de leur mère. Le prologue, Ă  cet Ă©gard, est d’une douleur inouĂŻe : l’une des aĂ®nĂ©es assiste Ă  la mort de sa mère, avant que les autres ne la rejoignent en silence pour se recueillir Ă  ses cĂ´tĂ©s. La mĂ©lodie fragile de Georges Delerue, pudique, souligne cette Ă©motion candide qui transparaĂ®t sur chacun de leurs visages - vision cruelle de la mort, lorsque l’innocence en est le tĂ©moin direct.

Nourris d’un catholicisme profondĂ©ment ancrĂ©, les enfants se rĂ©fugient chaque soir Ă  21 heures dans le jardin, sanctuaire devenu rituel, pour communiquer avec leur mère Ă  travers l’aĂ®nĂ©e, Diana. EnterrĂ©e lĂ , en secret, les soupçons ne tardent pas Ă  naĂ®tre - d’abord dans l’esprit de la maĂ®tresse de maison, puis chez l’institutrice. Par un Ă©trange hasard, leur père, absent depuis des annĂ©es, rĂ©apparaĂ®t et dissipe provisoirement les doutes. D’abord perçu comme bienveillant, il gagne leur confiance - sauf celle d’Elsa, la plus lucide, qui devine rapidement la supercherie : cet homme n’est qu’un imposteur sans vergogne, indiffĂ©rent Ă  leur sort.


Ainsi, dans le dĂ©cor d’une demeure gothique rongĂ©e par le silence (reflet du rigorisme moral de la mère), la première partie nous familiarise avec cette petite communautĂ© d’enfants sous l’autoritĂ© vacillante de Diana. Fragile, endeuillĂ©e, obsĂ©dĂ©e par l’idĂ©e d’un au-delĂ , elle parvient Ă  se persuader - et Ă  convaincre les autres - qu’elle peut dialoguer avec l’absente. Une illusion pieuse, transformĂ©e en code moral, censĂ©e maintenir un semblant d’ordre. Mais son fanatisme nĂ©vrosĂ© empoisonne lentement la dynamique du groupe, jusqu’Ă  produire une scène d’humiliation insupportable.

La seconde moitiĂ© laisse place Ă  l’irruption du père dans toute son hypocrisie - un loser imbibĂ©, plus irresponsable encore que les enfants qu’il prĂ©tend guider. Loin du stĂ©rĂ©otype anecdotique, Clayton choisit de se concentrer sur le combat intĂ©rieur d’Elsa, qui tente par tous les moyens de faire entendre la vĂ©ritĂ© Ă  ses frères et sĹ“urs. Ses affrontements avec Diana, volcanique et tyrannique, deviennent le cĹ“ur battant du rĂ©cit : un duel oĂą se croisent immaturitĂ©, pouvoir et dĂ©sespoir.

Et donc, Ă  travers les thèmes de la dĂ©mission parentale, du fanatisme religieux, de l’apprentissage et de la perte, Clayton signe un drame familial d’une intensitĂ© bouleversante, inscrit dans la chair mĂŞme de l’enfance. Le jeu cru et viscĂ©ral de ses enfants, la tension constante de leurs Ă©changes, nous installent dans un inconfort croissant, jusqu’Ă  ce qu’un terrible secret familial vienne dĂ©chirer le voile de leur foi.


Une initiation à la maturité, aussi fragile que brutale, dont nul ne sort indemne.
DĂ©rangeant et malsain, mais d’une sensibilitĂ© bouleversante, Chaque soir Ă  9 heures porte en lui la marque des plus grands: par sa mise en scène prĂ©cise, son intensitĂ© dramatique aigĂĽe, et le jeu d’une justesse foudroyante, Clayton nous plonge dans un drame familial aussi obscur qu’inoubliable. Ces enfants abandonnĂ©s, si profondĂ©ment attachants, nous laissent hĂ©bĂ©tĂ©s, le souffle court, face Ă  une conclusion sans retour - sans illusion sur leur avenir.

*Bruno
2èx

lundi 16 juin 2014

SUPERARGO CONTRE DIABOLIKUS (Superargo, el hombre enmascarado / Supersonic Man)

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemiscreant.blogspot.com

de Nick Nostro. 1966. Italie/Espagne. 1h28. Avec Giovanni Cianfriglia, Gérard Tichy, Monika Randall, Loredana Nusciak, Jose Castillo Escalona.

FILMOGRAPHIENick Nostro est un réalisateur et scénariste Italien, né le 21 Avril 1931, décédé le 15 Juin 2014.
1962: Il sangue e la sfida. 1962: Blood and Defiance. 1962: 2 Samurai per 100 geishe. 1963: Grazie Zio, c. 1963: Revenge of the Black Knight. 1964: Spartacus and the ten gladiators. 1964: 1964: Il trionfo dei dieci gladiatori. 1965: Operation Counterspy. 1966: Un dĂłlar de fuego. 1966: Tre notti violente. 1966: Superargo contro Diabolikus. 1968: Uno dopo l'altro. 1971: i provo anch'io. 1971: La cieca di Sorrento. 1971: Grazie zio, ci provo anch'io. 


Clairement inspirĂ© par la sĂ©rie d'espionnage des James Bond et les bandes-dessinĂ©es du FumetiSuperargo contro Diabolikus est une production transalpine exploitant le mythe du super-hĂ©ros avec des moyens dĂ©risoires. Autant dire que nous avons affaire ici Ă  une authentique sĂ©rie Z fleurant bon le charme vintage comme seuls les italiens ont le secret. Après avoir accidentellement tuĂ© son adversaire lors d'un match, et afin de se racheter, le catcheur Superargo accepte une mission pĂ©rilleuse de la part du colonel Kinski. Celle de retrouver la trace de Diabolikus, un trafiquant d'uranium exilĂ© sur une base secrète des mers des caraĂŻbes parmi ses hommes de main. Avec sa tenue de catcheur au masque noir et collant rouge, l'apparence moulante de Superargo fait indubitablement parti des supers-hĂ©ros les plus craignos de l'histoire du cinĂ©ma ! Pourvu d'une rĂ©sistance surhumaine Ă  l'eau (il a une capacitĂ© thoracique de 11 litres en plongĂ©e, peut descendre jusqu'Ă  une centaine de mètres de profondeur et peut rester sans respirer 5 Ă  7 mns sans avoir Ă  reprendre son souffle !), Ă  la chaleur du feu, au froid (endurance au vent glacial de 13 noeuds Ă  l'heure !) et Ă  l'Ă©lectricitĂ©, Superargo est Ă©galement prĂ©muni contre l'Ă©preuve des balles grâce Ă  sa nouvelle combinaison. 


Mais ce n'est pas tout, la matière particulière de son sang l'empêche également de saigner à la moindre blessure puisqu'il coagule à l'air ! Au niveau des gadgets, il est notamment équipé d'une voiture blindée avec installation radio et télévision, détient des pilules de "mort apparente" pour duper l'ennemi, ainsi qu'un bijou faisant office de micro émetteur récepteur de radio et de télévision afin de communiquer avec les services secrets. Au fil de sa dangereuse mission, il va non seulement devoir combattre les sbires armés de Diabolikus SPOIL !!! mais aussi débusquer un traître de son propre camp et enfin tenter de sauver sa dulcinée prise en otage. Fin du Spoil.
MenĂ© avec intĂ©gritĂ© dans son sĂ©rieux inĂ©branlable, Superargo contre Diabolikus nous invoque un sourire impayable avec son florilège de situations toutes plus grotesques les unes que les autres. Le lot ininterrompu de dialogues impayables et la mine renfrognĂ©e des protagonistes laissant transparaĂ®tre un humour involontaire souvent hilarant. A l'instar de la posture combative de notre super-hĂ©ros, son attitude inexpressive Ă©tant uniquement dominĂ©e par un jeu de regard des plus inflexibles ! En ce qui concerne l'action encourue, le minimum syndical nous est adressĂ© avec toutefois quelques sĂ©quences nerveuses de gunfights pĂ©taradants (mitraillettes Ă  l'appui) et d'explosion de bâtiments ! Mais outre les expĂ©riences de rĂ©sistance physique et de torture commises sur notre hĂ©ros, l'attrait le plus enthousiasmant provient surtout de la rivalitĂ© du duo Superargo/Diabolikus, car ne cessant de se disputer la victoire de la manière la plus imbue et narquoise ! 


InĂ©dit en dvd mais enfin exhumĂ© de l'oubli grâce Ă  Artus FilmsSuperargo contre Diabolikus est une pĂ©pite Z aussi hilarante que puĂ©rile dans son lot de pĂ©ripĂ©ties lourdingues et de personnages mĂ©contents. Une sympathique curiositĂ© au look rĂ©tro qu'auraient tort de se priver les amateurs indĂ©fectibles de nanars !

A la mémoire de Nick Nostro Merci à Artus Films !
Bruno Matéï

vendredi 13 juin 2014

Une journée bien remplie

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Cinemapassion.com

de Jean Louis Trintignant. 1973. France. 1h30. Avec Jacques Dufilho, Luce Marquand, Franco Pesce, Albin Guichard, Andrée Bernard, Louis Malignon, T. Requenae, Jacques Doniol-Valcr.

Sortie salles France: 8 Mars 1973

FILMOGRAPHIEJean Louis Trintignant est un acteur et réalisateur français, né le 11 Décembre 1930 à Piolenc. 1972: Une Journée bien remplie. 1978: Le Maître-nageur.


Illustre acteur de théâtre et de cinĂ©ma, hĂ©ritier d'une filmo proĂ©minente, Jean Louis Trintignant s'Ă©tait notamment attelĂ© Ă  la rĂ©alisation Ă  deux uniques reprises, quand bien mĂŞme sa première oeuvre fit office de vĂ©ritable coup de maĂ®tre. EstampillĂ© film-culte et ovni surrĂ©aliste au sein de notre patrimoine français, Une JournĂ©e bien remplie relate la virĂ©e meurtrière d'un père de famille accompagnĂ© de sa mère, communĂ©ment installĂ©s dans un side-car afin de venger la mort de son fils. Durant leur itinĂ©raire, ils sillonnent les contrĂ©es provinciales pour exterminer un Ă  un le membres des jurĂ©s qui firent condamner un jeune matelot de 22 ans. Satire du dysfonctionnement judiciaire, farce macabre exploitant la loi du talion avec une dĂ©rision proprement irrĂ©sistible, Une JournĂ©e bien remplie peut servir de modèle dans les Ă©coles de cinĂ© pour son sens allouĂ© Ă  l'efficacitĂ© optimale. Or, sur une intrigue Ă©culĂ©e oĂą deux complices perpĂ©tuent le rituel meurtrier d'une implacable vengeance, comment ne pas lasser son public Ă  force de rĂ©pĂ©ter sans modĂ©ration les traditionnelles exactions criminelles ?! 


En tablant sur l'effet du subterfuge (suggĂ©rer la prĂ©sence du criminel alors qu'il s'agit d'un modeste quidam), sur la duperie du coupable mis en cause, sur la cocasserie des situations d'anxiĂ©tĂ© et sur l'inventivitĂ© du crime qui s'ensuit, quand bien mĂŞme la posture studieuse du vengeur ironique s'y symbolise ange de la mort ! Mais ce n'est pas tout, car tout aussi inspirĂ© et imaginatif qu'il soit, Jean Louis Trintignant peaufine sa rĂ©alisation en maĂ®trisant le montage (utilisation habile du fondu enchaĂ®nĂ© pour amener la sĂ©quence suivante), en expĂ©rimentant des procĂ©dĂ©s visuels dissemblables (pause sur image afin d'alerter l'expression du danger, fouiner la cavitĂ© buccale d'une gorge asphyxiĂ©e, ou chorĂ©graphier une harmonie musicale avant-coureuse du clip !) et en versant dans l'hommage emphatique (la reprĂ©sentation de Macbeth), burlesque (les influences de Chaplin et Tati sont de la partie !). Qui plus est, avec sa musique pittoresque variant parfois le ton d'une symphonie orchestrale, l'oeuvre marginale renforce son cĂ´tĂ© dĂ©calĂ© pour y adopter une allure de conte dĂ©sincarnĂ© baignant gĂ©nialement dans l'extravagance. 


Hymne à l'imaginaire, une fête de cinéma de chaque instant.
Avec ses courses-poursuites rocambolesques (en voiture et Ă  vĂ©lo svp), ses situations de danger incessantes et ses revirements alĂ©atoires (après s'ĂŞtre trompĂ©s de victime et accomplis leurs mĂ©faits Ă  visage dĂ©couvert, Jean Rousseau et sa mère doivent Ă©galement affronter les forces de l'ordre dĂ©ployĂ©es en masse !), Une JournĂ©e bien remplie impose le rythme alerte d'une rĂ©alisation littĂ©ralement prodigieuse. Enfin, les prĂ©sences iconiques de Jacques Duffilo et Luce Marquand laissent en mĂ©moire un duo de meurtriers dĂ©sopilants dans leur posture flegmatique, Ă  marque d'une pierre blanche. Tout bien considĂ©re, on peut prĂ©tendre que nous avons affaire Ă  un chef-d'oeuvre d'humour noir incomparable dans le paysage français. 


*Bruno
2èx

jeudi 12 juin 2014

La Planète des Vampires / Terrore nello spazio

                                                                
                   (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site Allocine. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)
 
de Mario Bava. 1965. Italie/Espagne. 1h28. Avec Barry Sullivan, Norma Bengell, Angel Aranda, Evi Marandi, Franco Andrei, Federico Boido.

Inédit en salles en France.

FILMOGRAPHIE:  Mario Bava est un rĂ©alisateur, directeur de la photographie et scĂ©nariste italien, nĂ© le 31 juillet 1914 Ă  Sanremo, et dĂ©cĂ©dĂ© d'un infarctus du myocarde le 27 avril 1980 Ă  Rome (Italie). Il est considĂ©rĂ© comme le maĂ®tre du cinĂ©ma fantastique italien et le crĂ©ateur du genre dit giallo. 1946 : L'orecchio, 1947 : Santa notte1947 : Legenda sinfonica1947 : Anfiteatro Flavio1949 :  Variazioni sinfoniche1954 : Ulysse (non crĂ©ditĂ©),1956 : Les Vampires (non crĂ©ditĂ©),1959 : Caltiki, le monstre immortel (non crĂ©ditĂ©),1959 : La Bataille de Marathon (non crĂ©ditĂ©),1960 : Le Masque du dĂ©mon,1961 : Le Dernier des Vikings (non crĂ©ditĂ©),1961 : Les Mille et Une Nuits,1961 : Hercule contre les vampires,1961 : La RuĂ©e des Vikings, 1963 : La Fille qui en savait trop,1963 : Les Trois Visages de la peur, 1963 : Le Corps et le Fouet, 1964 : Six femmes pour l'assassin, 1964 : La strada per Fort Alamo, 1965 : La Planète des vampires, 1966 : Les Dollars du Nebraska (non cĂ©ditĂ©), 1966 : Duel au couteau,1966 : OpĂ©ration peur 1966 : L'Espion qui venait du surgelĂ©, 1968 : Danger : Diabolik ! , 1970 : L'ĂŽle de l'Ă©pouvante ,1970 : Une hache pour la lune de miel ,1970 : Roy Colt e Winchester Jack1971 : La Baie sanglante, 1972 : Baron vampire  , 1972 : Quante volte... quella notte1973 : La Maison de l'exorcisme, 1974 : Les Chiens enragĂ©s,1977 : Les DĂ©mons de la nuit (Schock),1979 : La Venere di Ille (TV).


Invisible en salles chez nous, mais exhumĂ© en VHS, sur chaĂ®nes câblĂ©es puis en DVD et Blu-ray quelques dĂ©cennies plus tard, La Planète des Vampires a tout du film culte bricolĂ© avec des bouts de ficelle mais portĂ© par une inventivitĂ© prolifique. ÉchouĂ©s sur une planète inconnue, un Ă©quipage doit affronter d’Ă©tranges incidents meurtriers orchestrĂ©s par une menace invisible. Avec cette intrigue tĂ©nue et son budget famĂ©lique, Mario Bava transcende ses limites par l’ambition formelle de façonner un univers hors norme. Quoi de plus audacieux que de rĂ©inventer son arsenal gothique en l’exilant aux confins d’une galaxie !

En modulant la variĂ©tĂ© de ses dĂ©cors Ă  coups d’Ă©clairages polychromes et de volutes baroques, Bava nous convie Ă  une expĂ©dition opaque et toxique. Sa manière de distiller l’inquiĂ©tude Ă  travers l’errance incertaine de ces astronautes nous plonge dans un cauchemar hypnotique, oĂą la menace, impalpable et persistante, se rit d’eux avec une ironie cruelle. Car ici, Ă  mesure que s’Ă©grène l’exploration, chaque membre de l’Ă©quipage s’Ă©teint dans d’insondables circonstances. Mais quelle est donc cette vibration extraterrestre, et pourquoi s’acharne-t-elle Ă  les faucher un Ă  un ? Bava nourrit ce suspense feutrĂ© avant de souffler la vĂ©ritĂ© dans une dernière partie foisonnante de rebondissements - jusqu’Ă  un Ă©pilogue au twist farouchement pessimiste.

Nappes de brouillard flottant, cadavres d’outre-tombe, carcasses de squelettes cyclopĂ©ens et vaisseaux aux gĂ©omĂ©tries angoissantes : La Planète des Vampires rĂ©invente le dĂ©cor spatial avec un stylisme vĂ©nĂ©neux, sculptant un Ă©crin insolite. HĂ©ritier des classiques alarmistes (L’Invasion des Profanateurs), prĂ©curseur de The Thing (la paranoĂŻa de la possession) et ancĂŞtre revendiquĂ© d’Alien (le canevas est le mĂŞme), Bava Ă©treint la thĂ©matique extraterrestre sous sa forme la plus baroque et pernicieuse. 


"FantĂ´mes cosmiques et cauchemars chromatiques".
En mariant l’horreur, la poĂ©sie et la science-fiction, Mario Bava rĂ©enchante les genres dans une forme artistique fiĂ©vreuse : il cristallise un futurisme tangible et fascinant, tour Ă  tour onirique et suffocant. La Planète des Vampires prouve qu’avec trois fois rien, l’imaginaire peut exploser en visions retorses et trouvailles plastiques Ă  perte de vue. Un bijou SF trop ignorĂ©, Ă  exhumer d’urgence, encore et encore.

Remerciement Ă  Artus Films

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
3èx 

      
(Crédit photo : image trouvée via Google, provenant du site thebloodypitofhorror.blogspot.com utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

mercredi 11 juin 2014

L'Obsédé / The Collector

                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site discreetcharmsandobscureobjects.blogspot.co

de William Wyler. 1965. U.S.A/Angleterre. 1h58. Avec Terence Stamp, Samantha Eggar, Mona Washbourne, Maurice Dallimore.

Sortie salles U.S: 17 Juin 1965

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: William Wyler (Wilhelm Weiller) est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain d'origine suisse, nĂ© le 1er Juillet 1902 Ă  Mulhouse, dĂ©cĂ©dĂ© le 27 Juillet 1981 Ă  Los Angeles (Californie). 1926: Lazy Lightning. 1930: La Tourmente. 1935: La Bonne FĂ©e. 1939: Les Hauts de Hurlevent. 1940: Le Cavalier du DĂ©sert. 1941: La Vipère. 1946: Les Plus belles annĂ©es de notre vie. 1952: Un Amour DĂ©sespĂ©rĂ©. 1953: Vacances Romaines. 1955: La Maison des Otages. 1956: La Loi du Seigneur. 1958: Les Grands Espaces. 1959: Ben Hur. 1961: La Rumeur. 1965: L'ObsĂ©dĂ©. 1966: Comment voler un million de dollars. 1968: Funny Girl. 1970: On n'achète pas le silence.


Grand classique mĂ©connu, enfin disponible en DVD sous la bannière Wild Side Video, L’ObsĂ©dĂ© explore de manière originale les rapports conflictuels entre un kidnappeur et sa victime. Magnifiquement incarnĂ©s par Terence Stamp et Samantha Eggar — tous deux saluĂ©s Ă  Cannes pour leur prĂ©sence saisissante de vĂ©ritĂ© — le film repose entièrement sur leurs Ă©paules. Pendant près de deux heures, nous partageons leur intimitĂ© dans un huis clos aussi anxiogène que cruel. Après avoir enlevĂ© Miranda, une jeune artiste dont il est follement Ă©pris, Freddie Clegg l’enferme dans sa cave pour la convaincre qu’une idylle est possible. D’abord effrayĂ©e, pleine de craintes pour sa survie, Miranda apprend peu Ă  peu Ă  connaĂ®tre son ravisseur — solitaire introverti, totalement vouĂ© Ă  la protĂ©ger, malgrĂ© ses consignes drastiques. Dans une mise en scène studieuse Ă  l’esthĂ©tisme gothique, sublimĂ©e par une photo sĂ©pia, drame et suspense s’entrechoquent dans une intensitĂ© psychologique poignante, au cĹ“ur d’une bâtisse bucolique confinĂ©e autour d’une cave peu Ă©clairĂ©e, mais amĂ©nagĂ©e pour l’accueillir.


Par la puissance humaine des deux protagonistes, L’ObsĂ©dĂ© devient un superbe affrontement psychologique, oĂą un collectionneur et sa proie doivent coexister, dans l’espoir que cette dernière succombe au pouvoir de l’amour. Au-delĂ  de la quĂŞte dĂ©sespĂ©rĂ©e de libertĂ© pour Miranda, et celle d’amour pour Freddie, le film explore un jeu cruel de domination et de soumission, de diffĂ©rences sociales et culturelles, et d’opposition des caractères. Tandis que Freddie s’est rĂ©fugiĂ© depuis toujours dans la solitude de sa maison, absorbĂ© par sa collection de papillons, Miranda goĂ»tait la vie avec la fougue d’une artiste passionnĂ©e. Par des stratagèmes mĂŞlant sĂ©duction et amitiĂ©, elle tente d’amadouer son ravisseur pour s’en sortir avant que son simulacre ne se brise. Cette liaison impossible, prĂ©caire et cruelle, s’impose avec une empathie qui nous entraĂ®ne dans le dĂ©sarroi de leur dĂ©route. Poignant, bouleversant, tragique et sans illusions, L’ObsĂ©dĂ© finit par nous tirer les larmes, dans ce lien troublant tissĂ© de possessivitĂ©, de dĂ©sillusion, de dĂ©sir de manipulation, et d’une sincĂ©ritĂ© fragile.


Grâce Ă  l’alchimie incroyable entre Terence Stamp et Samantha Eggar, L’ObsĂ©dĂ© nous plonge dans la tension oppressante du huis clos, oĂą les rapports intimes se consument au nom d’un amour impossible. Par cette Ă©tude minutieuse des caractères, William Wyler nous convie Ă  un grand moment de cinĂ©ma, oĂą l’intensitĂ© psychologique rivalise avec le pouvoir fascinant qui s’en dĂ©gage.

*Bruno 
24.07.24. 4èx. Vostfr

mardi 10 juin 2014

KRIMINAL

Photo empruntée sur Google, appartenant au site thekillerlikescandy.blogspot.com

d'Umberto Lenzi. 1966. 1h35. Italie. Avec Glenn Saxson, Helga Line, Andrea Bosic, Susan Baker, Dante Posani, Ivano Staccioli, Mary Arden, Esmeralda Ruspoli, Umberto raho.

FILMOGRAPHIE: Umberto Lenzi est un réalisateur et scénariste italien, né le 6 Aout 1931 à Massa Marittima, dans la province de Grosseto en Toscane (Italie).
1962: Le Triomphe de Robin des Bois, 1963: Maciste contre Zorro, Sandokan, le Tigre de Bornéo, 1964: Les Pirates de Malaisie, 1966: Kriminal, 1967: Les Chiens Verts du Désert, 1968: Gringo joue et gagne, 1969: La Légion des Damnés, Si douces, si perverses, 1970: Paranoia, 1972: Le Tueur à l'orchidée, 1972: Au pays de l'Exorcisme, 1973: La Guerre des Gangs, 1974: Spasmo, La Rançon de la Peur, 1975: Bracelets de Sang, 1976: Brigade Spéciale, Opération Casseurs, La Mort en Sursis, 1977: Le Cynique, l'infâme et le violent, 1978: Echec au gang, 1980: La Secte des Cannibales, l'Avion de l'Apocalypse, 1981: Cannibal Ferox, 1983: Iron Master, la guerre du fer, 1988: Nightmare Beach, la Maison du Cauchemar, 1991: Démons 3, 1996: Sarayevo inferno di fuoco.


InspirĂ© de la bande-dessinĂ©e italienne Ă©ponyme, publiĂ©e entre 1964 et 1976, Kriminal dĂ©barque pour la première fois en France en Dvd sous l'enseigne d'Artus Films. Dans la lignĂ©e de Fantomas, Arsène Lupin, Danger Diabolik et Satanik, cette bisserie transalpine fleure bon l'aventure exaltante sous la houlette d'un drĂ´le anti-hĂ©ros, un cleptomane en combinaison de squelette n'hĂ©sitant pas Ă  commettre le crime pour parvenir Ă  ses fins. CondamnĂ© Ă  la pendaison pour ses antĂ©cĂ©dents mĂ©faits, Kriminal parvient Ă  s'Ă©chapper grâce au stratagème imposĂ© par l'inspecteur Milton. Cette Ă©vasion volontaire suggĂ©rĂ©e par ce dernier est donc une supercherie afin de pouvoir mettre la main sur la couronne d'Angleterre. Mais Kriminal est dĂ©jĂ  sur un autre coup aussi onĂ©reux, celui de dĂ©rober une poignĂ©e de diamants.


DĂ©couvrir pour la première fois ce joyau kitch typiquement transalpin comble d'autant plus notre curiositĂ© qu'il souligne notre incomprĂ©hension face Ă  la raretĂ© du produit au sein de notre pays. Baignant dans une extravagance anticonformiste oĂą les coups les plus perfides sont permis, Kriminal brosse le portrait d'une poignĂ©e d'antagonistes communĂ©ment avides de cupiditĂ© et prĂŞts Ă  se trahir pour emporter la mise. Face Ă  eux, le roi de la cambriole va tenter de les entourlouper avec plus de vĂ©locitĂ© dans ses combines diaboliques et dĂ©guisements d'improvisation. L'aspect irrĂ©sistiblement attrayant et jouissif du film Ă©mane de son intrigue impeccablement charpentĂ©e car bourrĂ©e de rebondissements et de subterfuges qu'on voit rarement arriver. Avec la complicitĂ© sournoise de mantes religieuses et l'autoritĂ© du voleur autonome, Umberto Lenzi dĂ©sinhibe leur caractĂ©risation dans une posture illĂ©gale Ă  braver les lois. EngagĂ©s dans une course-poursuite effrĂ©nĂ©e au pays d'Istanbul pour la quĂŞte des diamants, il n'auront de cesse de se nĂ©gocier une transaction avant d'imposer leur trahison avec l'Ă©ventuelle complicitĂ© d'autres comparses. Pendant ce temps, l'inspecteur Milton tentera difficilement de faire Ă©quipe avec un agent Ă©tranger afin de mieux alpaguer notre redoutable criminel. 


DĂ©paysant (on se dĂ©place de Londres Ă  Rome en passant par Madrid et Istanbul !), pittoresque, parfois macabre (les quelques cadavres qui empiètent le rĂ©cit) ou spectaculaire (les cascades improvisĂ©es sur le toit du train) et baignant dans un esprit "fumetti" particulièrement insolent, Kriminal transpire la bisserie d'aventures policières avec un ton aussi kitch qu'extravagant !

Un grand merci Ă  Artus Films !
Bruno Matéï

lundi 9 juin 2014

THE BLACK PANTHER

                                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site michaelarmstrong.co.uk

de Ian Merrick. 1977. Angleterre. 1h38. Avec Donald Sumpter, Debbie Farrington, Marjorie Yates, Sylvia O'Donnell, Andrew Burt, Alison Key, Ruth Dunning, David Swift...

Sortie salles Royaume-Uni: 26 Décembre 1977

FILMOGRAPHIE: Ian Merrick est un réalisateur, scénariste et producteur anglais.
1977: The Black Panther. 2000: The Sculptress


Premier film de la brève carrière de Ian Merrick, The Black Panther relate l'itinĂ©raire d'un authentique tueur en sĂ©rie et cambrioleur, Donald Neilson, ayant sĂ©vi dans la campagne anglaise entre 1967 et 1974. Dans un souci documentĂ©, le rĂ©alisateur s'attache donc Ă  nous dĂ©crire son parcours meurtrier avec le rĂ©alisme du climat austère. De par la caractĂ©risation peu commune du sociopathe renfrognĂ© et par l'aspect clinique d'une photographie particulièrement blafarde. L'intĂ©rĂŞt du film rĂ©side surtout Ă  mettre en appui le profil psychologique d'un criminel narcissique cumulant les maladresses dans sa dĂ©rive dĂ©linquante. Peu adroit et vĂ©loce, son amateurisme s'avère d'autant plus risible qu'il perdure ses exactions durant quelques annĂ©es. On se demande alors comment notre pied nickelĂ© (un "Pierre Richard" du crime en somme !) ait pu passer Ă  travers les mailles de la police après avoir planifiĂ© autant de risques inconsidĂ©rĂ©s !


Incarné par Donald Sumpter, l'acteur possède un charisme que l'on oublie pas à travers son regard noir particulièrement impassible car dénué de moindre vergogne. A l'instar du peu de considération qu'il porte envers sa famille (son épouse et sa fille ne cessent d'être verbalement dénigrées pour être réduites à l'esclavage), Donald Neilson crache son venin à la société et l'humanité entière en s'engageant dans une série hasardeuse de cambriolages où sa haine culminera à une violence aveugle. Assoiffé d'orgueil depuis son surnom alloué à la "panthère noire", obnubilé à l'idée de se croire inflexible et infaillible, il élabore même en cachette un journal pour inscrire sur papier ses sinistres exploits. Si la première partie s'attache à nous décrire ses brefs instants de vie familiale et ses vols répétés engendrant de lâches assassinats, la suite se focalise sur le rapt d'une jeune coiffeuse que notre tueur décide de kidnapper afin d'exiger une rançon. Plus intense et captivant, ce nouvel acte joue la carte du suspense quand au sort réservé à la victime séquestrée au fond d'un égout et continue de mettre en exergue les sempiternelles maladresses que le tueur laisse sur son chemin. Jusqu'au jour où un indice éloquent finira par lui porter préjudice et avant qu'il ne commette une tragédie supplémentaire !


Correctement interprĂ©tĂ© et rĂ©alisĂ©, The Black Panther fait office de curiositĂ© mĂ©connue qu'on aurait tort de se priver tant le film captive Ă  dĂ©crire de manière brutale le parcours indĂ©cis d'un tueur capricieux dans sa condition d'utopiste empotĂ©. 

Un grand merci au Ciné-club de l'Antre
Bruno Matéï

Bio: Donald Neilson (nĂ© Donald Nappey le 1er aoĂ»t 1936 - 18 dĂ©cembre 2011), connu sous le surnom de panthère noire, est un meurtrier et un voleur Ă  main armĂ©e britannique qui a tuĂ© quatre personnes dans les annĂ©es 1970. Il effectua plus de 400 vols entre 1967 et 1974. Après avoir tuĂ© trois employĂ©s des postes lors de vols Ă  main armĂ©e entre 1971 et 1974, il tua une coiffeuse, Lesley Whittle, au dĂ©but de 1975, ce que les journaux britanniques soulignèrent. Neilson fut arrĂŞtĂ© Ă  la fin de 1975 et condamnĂ© Ă  la prison Ă  perpĂ©tuitĂ© en 1976, oĂą il demeura jusqu'Ă  sa mort 35 ans plus tard.

vendredi 6 juin 2014

ATTAQUE A MAINS NUES (Firecracker / Naked Fist)

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant Dailygrindhouse.com

de Cirio H. Santiago. 1981. U.S.A/Philippines. 1h22. Avec Jillian Kesner, Tony Ferrer, Vic Diaz, Rey Malonzo, Darby Hinton.

Sortie salles: 30 Septembre 1981

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Cirio H. Santiago est un rĂ©alisateur et producteur philippins, nĂ© le 18 Janvier 1936 Ă  Manila, Philippines, dĂ©cĂ©dĂ© le 26 Septembre 2008, Makati City, Philippines.
1957: Pusakal. 1958: Water Lily. 1973: Savages ! 1976: Trois panthères au combat. 1978: Vampire Hookers. 1978: Le Samouraï Noir. 1981: Attaque à mains nues. 1983: Stryker. 1983: Caged Fury. 1984: Mission finale. 1985: Les Guerriers du Futur. 1987: Apocalypse Warriors. 1987: Killer Instinct. 1988: The Sisterhood. 1988: The Expendables. 1997: Vulcan. 2003: When Eagles Strike. 2005: Bloofist 2050 (télé-film).


"J'aurais du faire un remake de ce film au lieu de faire KILL BILL". Quentin Tarantino.

Film d'action bisseux, estampillĂ© "nanar" que les vidĂ©ophiles des annĂ©es 80 ont bien connu sous la bannière de Sunset Video, Attaque Ă  mains nues est une production amĂ©ricano-philippine rĂ©alisĂ©e par un briscard en la matière, Cirio H. Santiago  (Stryker, Mission Finale, Caged Fury, les Guerriers du Futur et Killer Insinct, c'Ă©tait lui !). Le scĂ©nario est Ă  lui tout seul une plaisanterie Ă©culĂ©e que l'on approuve encore lorsqu'il est rĂ©alisĂ© avec autant de maladresses, de faux raccords et de drĂ´lerie involontaire. Tout n'est donc ici prĂ©texte qu'Ă  de furieux règlements de compte entre une guerre de narcotrafiquants face au tĂ©moignage d'une experte en karatĂ© particulièrement sexy !
Depuis la disparition de sa soeur partie en reportage, Susan Carter rejoint les Philippines pour tenter de la retrouver. Sur place, son enquĂŞte l'oriente auprès du directeur d'un night-club Ă©galement rĂ©gisseur de combats clandestins. Monitrice et ceinture noire en karatĂ©, elle dĂ©cide de participer aux Ă©preuves sans savoir qu'il s'agit d'un rĂ©seau mafieux impliquĂ© dans un trafic de drogue. Alors qu'une mystĂ©rieuse escorte s'empare de leur marchandise au moment d'une livraison, Susan va devoir user de bravoure pour combattre Ă  mains nues l'ennemi dont le redoutable Chuck Donner !  


Titre français encore mieux appropriĂ© que celui de son modèle (mĂŞme si la blonde utilise Ă©galement le bâton pour se faire entendre !), Attaque Ă  mains nues est un Ă©nième film de drive-in dĂ©complexĂ© multipliant avec gĂ©nĂ©rositĂ© sĂ©quences de bastons, poursuites et gunfights. Parfois mĂŞme Ă©maillĂ© de sĂ©quences gores (empalements au sabre, tĂŞte tranchĂ©e Ă  la circulaire, yeux crevĂ©s au bâton) et Ă©rotiques (dont une scène intime de coĂŻt particulièrement stylisĂ©e !), cette sĂ©rie B possède tous les atouts pour ne jamais ennuyer le spectateur, embarquĂ© de bon grĂ© dans une aventure dĂ©paysante ! A titre de bravoure immanquable, imaginez une donzelle charismatique se faire courser par deux bandits dans un hangar qui n'auront de cesse de s'agripper Ă  ses vĂŞtements pour la dĂ©vĂŞtir en bout de course ! Ne reste plus alors pour Susan que de les combattre farouchement en petite culotte sans jamais ĂŞtre indisposĂ©e de son anatomie ! Des sĂ©quences jouissives et improbables de cet acabit, Attaque Ă  mains nues en regorge d'autres et dĂ©cuple son capital sympathique avec l'entremise amicale de comĂ©diens inexpressifs rivalisant de sĂ©rieux et de grimaces pour jouer les durs Ă  cuire ! Afin de renouveler l'intrigue, Cirio H. Santiago n'hĂ©site pas non plus Ă  insĂ©rer certains rebondissements, Ă  l'instar de l'infiltration d'une taupe impliquĂ©e chez les sbires d'Erik Stone. Toujours plus incohĂ©rent (notamment le comportement Ă©quivoque de certains protagonistes) dans son cheminement hasardeux de luttes des clans, d'espionnage policier et d'investigation de tĂ©moin disparu, le film s'avère nĂ©anmoins efficace dans la vigueur de son rythme tirant inĂ©vitablement vers la bande dessinĂ©e oĂą les arts-martiaux règnent en maĂ®tre ! Si on est Ă  l'opposĂ© des bastonnades ultra speed d'un The Raid, la chorĂ©graphie des combats s'avère tout de mĂŞme pro si j'ose dire et on se prend plaisir Ă  suivre la fluiditĂ© des coups assĂ©nĂ©s Ă  l'adversaire sans subir de mal de crâne comme il est de coutume de nos jours !


Vous l'aurez compris, pour tout amateur de nanar jouissif et fun en diable, Attaque Ă  mains nues est un incontournable du genre encore plus savoureux aujourd'hui qu'Ă  sa sortie, du fait du charme surannĂ© qui en Ă©mane. Pour parachever, on peut aussi louer le punch de son score au tempo aussi cadencĂ© que rĂ©pĂ©titif ainsi que la beautĂ© animale qui se dĂ©tache de Jillian Kesner, une karatĂ©ka bondissante aussi inexpressive qu'intègre dans sa fonction de justicière redresseuse de tort !

Un grand merci au Chat qui fume pour cette inestimable pĂ©pite ! 
Bruno Matéï



jeudi 5 juin 2014

CHEAP THRILLS. Grand Prix du PIFF, 2013

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site aucoeurdelhorreur.com
de E.L. Katz. 2013. U.S.A. 1h25. Avec Pat Healy, Ethan Embry, David Koechner, Sara Paxton, Amanda Fuller, Brighton Sharbino.

Sortie salles U.S: 24 Mars 2014

FILMOGRAPHIE: E.L. Katz est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain, né le 7 Janvier 1981 à New-York.
2013: Cheap Thrills. 2014: ABCs of Death 2.


... c'est incroyable à quel point la cupidité, l'envie, la prétention, la grossièreté, l'avidité et, en général, tout cet ensemble d'attributs qui forment la condition humaine, transparaissent sur un visage, dans une démarche, dans un regard. Ernesto Sabato.

Craig et Vince sont deux amis d'enfance ayant de sĂ©rieux soucis financiers. Alors qu'un soir ils se retrouvent par hasard dans un bar, ils rencontrent un couple richissime qui leur propose de participer Ă  des paris d'argent. Ce qui commençait comme une distraction bon enfant va rapidement se transformer en jeu de massacre impitoyable. 


ComĂ©die au vitriol d'une fĂ©rocitĂ© dĂ©rangeante, Cheap Thrills est Ă  deux doigts d'effleurer le registre dramatique tant les situations de dĂ©fi que se relèvent nos protagonistes ne prĂŞtent vraiment pas Ă  rire. Avec ces personnages antipathiques, tantĂ´t losers, tantĂ´t nantis, E.L. Katz distille un malaise tangible toujours plus inconfortable lorsque deux acolytes sans le sou sont prĂŞts Ă  aller jusqu'au bout de l'interdit pour s'accaparer d'un juteux butin. Pendant cette rivalitĂ©, un couple fortunĂ© observe la grossière attraction avec un cynisme presque impassible ! (reflet de leur lassitude Ă  se vautrer depuis longtemps dans leur confort). Satire sociale dĂ©nonçant les effets pervers du pouvoir et de l'argent, que ce soit au niveau du nanti (rĂ©gisseur d'un jeu grotesque pour Ă©vacuer son ennui), que du cĂ´tĂ© des paumĂ©s (dindons de la farce confrontĂ©s aux gageures toujours plus audacieuses), E.L. Katz n'y va pas avec le dos de la cuillère pour montrer Ă  quel point le citoyen fauchĂ© est capable de transcender les barrières de la tolĂ©rance. Si certaines situations de dĂ©fi toujours plus absurdes pourraient paraĂ®tre un peu fortes de cafĂ©, nos deux Ă©nergumènes usent de courage et se retrouvent impliquĂ©s dans une rĂ©action en chaĂ®ne toujours plus fructueuse afin de se disputer la mise. L'ambiance malsaine que le couple aisĂ© a insidieusement mis en place en guise d'anniversaire (celui de cĂ©lĂ©brer sa femme !), l'emprise de drogue et d'alcool qui y coule librement, l'audace risquĂ©e des bravades et l'Ă©preuve de force que les participants doivent se mesurer finissent par nous convaincre de leur dĂ©termination. Dès lors, l'amitiĂ© qu'ils se partageaient depuis leur enfance va se dissoudre et voler en Ă©clat jusqu'au point de non retour. Outre la modestie de sa mise en scène exploitant avec efficacitĂ© l'intĂ©rieur du huis-clos, on peut mĂ©riter la conviction des comĂ©diens communĂ©ment impliquĂ©s dans les sentiments de vice, de provocation et d'individualisme. 


Les uns font semblant de se ruiner ; c'est pour émouvoir la compassion des gens simples. Les autres font semblant de s'enrichir ; c'est pour surexciter les instincts d'envie et de cupidité des masses.
Farce caustique d'une ironie profondĂ©ment dĂ©rangeante, Cheap Thrills retrace la descente aux enfers de deux comparses perdants peu Ă  peu le contrĂ´le de leurs actes et leur probitĂ© afin d'accĂ©der Ă  la prospĂ©ritĂ©. Il en Ă©mane un dĂ©lire de comptoir rase-bitume d'une effroyable noirceur pour fustiger l'influence de l'argent et son insidieuse corruption. 

Bruno Matéï  

mercredi 4 juin 2014

TOAD ROAD

                                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Jason Banker. 2012. U.S.A. 1h16. Avec Sara Anne Jones, James Davidson, Whitleigh Higuera, Jamie Siebold.

RĂ©compenses: Meilleur long mĂ©trage, au Festival de Lausanne mĂ©tro Film and Music, 2012
Prix ​​du meilleur rĂ©alisateur et Prix du Meilleur Acteur au Festival Fantasia, 2012

FILMOGRAPHIE: Jason Banker est un réalisateur, producteur et scénariste américain.
2012: My name is Faith (Documentaire). 2012: Toad Road. 2013: Squatter (Documentaire - post-production). 


Objet expĂ©rimental et mĂ©taphysique, Toad Road nous dĂ©crit sous une forme documentĂ©e la quotidiennetĂ© de jeunes adolescents livrĂ©s Ă  leur dĂ©fonce d'alcool et de drogues hallucinogènes telles que acides et LSD. Si je me rĂ©fère Ă  la vĂ©ritable dĂ©finition de "Found Footage" (littĂ©ralement "enregistrement trouvĂ©"), terme dĂ©signant la rĂ©cupĂ©ration de pellicules impressionnĂ©es dans le but d'enregistrer un autre film, Toad Road se rapproche plus du docu-fiction (le rĂ©alisateur avait dĂ©jĂ  tâtĂ© du documentaire !), sachant qu'en prime, aucun acteur ne porte traditionnellement la camĂ©ra Ă  l'Ă©paule pour tĂ©moigner en direct des vicissitudes de ses compagnons. IncarnĂ© avec conviction par des comĂ©diens non professionnels, la mise en scène studieuse de Jason Banker recherche Ă  tous pris le rĂ©alisme du direct lorsque les protagonistes semblent vĂ©ritablement Ă©pris d'ivresse ou d'Ă©tourdissement lors des prises d'alcool et de drogue. Sans parler des exhibitions explicites ou de l'Ă©preuve des coups de poing que Slacker acceptera en guise d'expiation ! 


Cette dynamique de groupe sujette aux expĂ©riences les plus extatiques s'avère d'autant plus crĂ©dible dans leur Ă©tat second et complicitĂ© de camaraderie qu'ils finissent pas nous immerger dans leur intimitĂ© de dĂ©bauche. La première partie nous illustre donc leur virĂ©e dans les bois ou leur isolement au domicile afin de consommer rĂ©gulièrement nombre de drogues synthĂ©tiques. Parmi eux, la nouvelle du groupe, Sara, se rapproche du leader, Slacker, et finit par entamer une liaison futilement amoureuse. DĂ©sireuse de goĂ»ter elle aussi au plaisir des drogues, elle finit par s'en accoutumer puis propose Ă  son compagnon de franchir les portes de l'enfer. Cette Ă©preuve est en faite inspirĂ©e d'une lĂ©gende urbaine dĂ©signant le passage de 7 portails dans la contrĂ©e forestière de Toad avant de culminer en enfer. C'est Ă  ce moment qu'intervient la seconde partie du rĂ©cit focalisĂ©e sur l'escapade du couple parti en forĂŞt pour consommer des acides, quand bien mĂŞme Sara tentera d'influencer vainement son compagnon Ă  expĂ©rimenter les 7 portails. C'est la qu'un drame inexpliquĂ© va sĂ©vèrement fustiger l'inconscience de Slacker ! 
Ovni aussi rĂ©aliste que dĂ©sincarnĂ©, Toad Road tente de plonger le spectateur dans une expĂ©rience psychĂ©dĂ©lique particulièrement diaphane, celle de confronter l'existence au repos de l'enfer. Hymne Ă  la mort ou au repos Ă©ternel si j'ose dire, selon l'interprĂ©tation personnelle du spectateur, Toad Road s'avère d'autant plus obscur et hermĂ©tique qu'il bĂ©nĂ©ficie d'une aura toute particulière, sachant que l'hĂ©roĂŻne principale est dĂ©cĂ©dĂ©e dans les mĂŞmes circonstances que ce que l'oeuvre laisse sous-entendre. Connaissant de prime abord son triste sort, on dĂ©couvre alors le film sous un aspect spirituel d'autant plus immersif que le fantĂ´me de Sara semble inscrire la pellicule. Ce sentiment de solitude et de nĂ©ant que l'hĂ©roĂŻne nous dĂ©clare en voix-off s'avère d'autant plus dĂ©rangeant qu'elle semble vĂ©ritablement Ă©prise d'une attirance et d'un apaisement pour l'absence de l'existence ! 


Avec son score envoûté et sa photo naturaliste chargée de couleurs vives pour sensibiliser l'écologie, Toad Road attise la nonchalance, provoque la perplexité face au mystère irrésolu et nous interpelle sur l'intérêt de notre existence sans repère. Austère, fragile et inquiétant, ce bad-trip porte finalement en témoignage le deuil précipité d'une jeune fille de 24 ans, Sara Anne Jones, disparue le 4 Septembre 2012. Un drame survenu quelques semaines à peine avant la première du film...

A Sara...
Bruno Matéï


Sara Anne Jones est née en Février 1988 à Baltimore, Maryland, États-Unis. Elle était une actrice connue pour son rôle dans Toad Road. Elle est décédée le 4 Septembre 2012 à New York, USA.


mardi 3 juin 2014

LES AMANTS D'OUTRE-TOMBE (Amanti d'Oltretomba / Nightmare Castle)

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site esbilla.wordpress.com

de Mario Caiano. 1965. Italie. 1h44. Avec Barbara Steele, Paul Muller, Helga Line, Laurence Clift, John Mc Douglas, Rik Battaglia,

FILMOGRAPHIE: Mario Caiano est un réalisateur, scénariste, producteur, acteur italien, né le 13 Février 1933 à Rome.
1962: Ulysse contre Hercule. 1963: Le Signe de Zorro. 1963: La Griffe du Coyote. 1963: Goliath et l'Hercule noir. 1964: Maciste, gladiateur de Sparte. 1964: La Fureur des Gladiateurs. 1964: Mon colt fait la loi. 1965: Les Amants d'Outre-Tombe. 1965: Erik le Viking. 1965: Un Cercueil pour le ShĂ©rif. 1966: Ombre pour le Liban. 1967: La Vengeance de Ringo. 1967: Adios Hombre. 1967: L'assalto al centro nucleare. 1968: Un Train pour Durango. 1968: Son nom crie vengeance. 1969: Komm, suber Tod. 1970: Ombre roventi. 1972: L'Occhio nel labirinto. 1973: Les Contes de Viterbury. 1973: ShangaĂŻ Joe. 1975: A tutte le auto della polizia. 1976: Terror Commando. 1977: Fraulein SS. 1977: La Malavita attacca. La Polizia risponde. 1977: Assaut sur la ville. 1980: Ombre. 1988: Nosferatu Ă  Venise. 1999: Tre addii (tĂ©lĂ©-film). 1999: Mai con i quadri (tĂ©lĂ©-film). 1999: La vita in briciole. 1999: L'amore oltre la vita (tĂ©lĂ©-film). 2001: Per amore per vendetta. 2002: Io ti salvero. 


Perle mĂ©connue et introuvable que l'Ă©diteur Artus Film a enfin exhumĂ© de sa torpeur, Les Amants d'Outre-tombe est un poème gothico-funèbre dont les italiens ont le secret. Interdit au moins de 18 ans lors de sa sortie, on est surpris durant son prĂ©lude de retrouver une violence sadique plutĂ´t osĂ©e pour l'Ă©poque et auquel Lucio Fulci aurait pu emprunter cette influence pour l'Au-dela ! Je songe aux diverses tortures qui Ă©taient invoquĂ©es sur le peintre Schweick par des villageois assoiffĂ©s de vengeance et de bestialitĂ© ! Chez le cinĂ©aste Mario Caiano, un mĂ©decin pratiquant d'Ă©tranges expĂ©riences dĂ©cide de se venger de l'infidĂ©litĂ© de sa femme en torturant au fer rouge et Ă  l'acide les amants enchaĂ®nĂ©s ! DĂ©pitĂ© d'avoir Ă©tĂ© trahi pour sa succession d'hĂ©ritage, il dĂ©cide de contacter l'unique bĂ©nĂ©ficiaire, la soeur de la dĂ©funte, Jenny. Avec l'aide de sa servante, il complote une machination afin de pouvoir s'emparer du patrimoine. 


Baignant dans un noir et blanc aussi tĂ©nĂ©breux que raffinĂ©, Ă  l'instar de la prĂ©sence iconique de Barbara Steele dans un rĂ´le binaire, Les Amants d'Outre-tombe est une machine Ă  suspense dans laquelle une poignĂ©e d'antagonistes vont devoir s'opposer pour l'appât d'un gain et la quĂŞte de vĂ©ritĂ©. En jouant sur l'aspect perfide d'un duo d'amants sans vergogne (la liaison extra-conjugale du docteur Arrowsmith avec sa majordome), Mario Caiano compte sur leurs diverses stratĂ©gies afin de distiller une tension sur le sort de la pauvre Jenny. DĂ©libĂ©rĂ©s Ă  la rendre folle Ă  l'aide d'une drogue hallucinogène, cette dernière rĂ©ussit nĂ©anmoins Ă  entrer en contact avec l'au-delĂ  par l'entremise des amants autrefois sacrifiĂ©s ! EpaulĂ©e d'un mĂ©decin intègre toujours plus mĂ©fiant envers les mesquineries d'Arrowsmith, Jenny pourra notamment compter sur son soutien afin de ne pas sombrer dans la folie. En empruntant les thèmes du vampirisme, du savant fou et des spectres vengeurs rĂ©duits Ă  l'Ă©tat de cadavres putrescents, Mario Caiano les synthĂ©tisent avec une vraie efficacitĂ© pour enrichir une intrigue captivante non exempte de rebondissements, et cela juste avant l'irruption des forces de l'au-delĂ  ! L'empathie que l'on Ă©prouve pour l'affable mĂ©decin et Jenny (Barbara Steele vĂ©hicule des tourments instables dans sa fonction de victime droguĂ©e !) s'opposent Ă  l'aversion que l'on ressent pour le docteur Arrowsmith (Paul Muller se surpasse Ă  imposer une attitude Ă©triquĂ©e dans son caractère Ă©gotiste) et son insidieuse gouvernante (Helga Line sĂ©duit par sa sombre beautĂ© mais nous trahi de sa cupiditĂ© et sa soif d'Ă©ternelle jeunesse !). 


Les amants diaboliques vs les amants d'outre-tombe
Avec son climat gothique irrĂ©sistiblement oppressant et l'influence vĂ©nale d'antagonistes capricieux, Les Amants d'Outre-Tombe allie une horreur audacieuse pour sa cruautĂ© sanglante et un suspense des plus haletants pour le sort rĂ©servĂ© Ă  une Barbara Steele fĂ©brile.  

Clin d'oeil Ă  Artus Films ! 
Bruno Matéï
3èx



lundi 2 juin 2014

The Human Centipede 2 (Full Sequence)

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Tom Six. 2011. U.S.A. 1h31. Avec Laurence R. Harvey, Ashlynn Yennie, Maddi black, Dominic Borrelli, Dan Burman, Kandace Caine, Daniel Jude Gennis, Georgia Goodrick, Lucas Hansen, Bill Hutchens.

Sortie U.S: 22 Septembre 2011. Pays Bas: 20 Juin 2012

FILMOGRAPHIE: Tom Six est un réalisateur néerlandais, né le 29 Juin 1973 à Alkmaar.
2004: Gay. 2007: Honeyz. 2008: I Love Dries. 2009: The Human Centipede (First Sequence). 2011: The Human Centipede 2 (Full Sequence). 2014: The Human Centipede 3 (Final Sequence). 2014: The Onania Club.


Deux ans après l'inattendu succès de The Human Centipede, film-culte adoubĂ© par son pitch aussi couillu que vrillĂ©, Tom Six utilise cette fois-ci le contre-pied de son modèle afin de rivaliser de surenchère dans le mauvais goĂ»t et le gore vomitif. Le pitchSurveillant de parking, Martin Ă©vacue l'ennui en matant son film fĂ©tiche: The Human Centipede. Epris d'obsession pour la pratique morbide de former un mille-pattes avec des humains soudĂ©s de la bouche Ă  l'anus les uns aux autres, il dĂ©cide de dĂ©fier les travaux du Dr Heitzer en reproduisant l'expĂ©rience avec 12 personnes ! Après l'effet de surprise invoquĂ© par son 1er volet, Tom Six continue d'exploiter son concept avec un goĂ»t prononcĂ© pour le gore, lĂ  oĂą son modèle privilĂ©giait la suggestion et la force de caractère du personnage principal. TournĂ© en noir et blanc afin de renforcer son atmosphère malsaine et poisseuse (bien qu'aujourd'hui il existe une version colorisĂ©e), mais aussi pour contourner dame censure, The Human Centipede 2 est une fois de plus servi par la prestance d'une "gueule" aussi charismatique, Laurence R. Harvey ! Incarnant un personnage mutique Ă  dĂ©ficience mentale, cet acteur en herbe compte sur l'apparence de son physique particulier afin de vĂ©hiculer une hostilitĂ© sournoise. Dans la mesure oĂą malgrĂ© son regard globuleux plein de vice, l'acteur laisse Ă©galement transparaĂ®tre une timiditĂ© de par sa personnalitĂ© refoulĂ©e et sa petite taille rondouillarde. AccoutrĂ© d'un slip trop large et d'une blouse blanche, il perpĂ©tue ses mĂ©faits meurtriers avec autant de jubilation que d'angoisse contrariĂ©e pour la rĂ©alisation de son chef-d'oeuvre ! C'est Ă  dire concevoir le plus grand appareil digestif au monde ! (ah ah !). 


L'ambiance glauque et irrespirable est Ă©galement habilement entretenue pour faire naĂ®tre l'anxiĂ©tĂ©. Tant auprès du domicile de Martin co-existant en compagnie d'une mère castratrice, oĂą du hangar rubigineux, refuge de ses innommables expĂ©riences. Qui plus est, Tom Six y accentue une ambiance d'autant plus insolite parmi l'intervention de personnages sans vergogne (la mère suicidaire de Martin, le mĂ©decin barbu aux penchants pervers, le voisin tatouĂ© adepte de musique hardcore). Mais le clou du malaise est indĂ©niablement causĂ© par les exactions de Martin afin de parfaire son mille-pattes humain ! Et comme le tueur n'est pas un Ă©minent chirurgien, il s'y emploi Ă  l'arrache et sans anesthĂ©sie (les bouches des victimes Ă©tant simplement agrafĂ©es et non cousues sur le postĂ©rieur du voisin !). Sans doute pour combler l'attente des fans de gore qui eurent Ă©tĂ© déçus par le premier volet, Tom Six rivalise donc de trash et de mauvais goĂ»t pour illustrer un florilège de sĂ©quences chocs plutĂ´t Ă©mĂ©tiques ! A l'instar de ce cassage de dents perpĂ©trĂ© au marteau ou des tranchages de tĂŞte commis au couteau ! Bien que parfois insoutenable et franchement Ă©coeurant (l'orgie de dĂ©jection fĂ©cale !), le rĂ©alisateur rĂ©ussit Ă  faire passer la pilule de l'innommable (le bĂ©bĂ© Ă©crasĂ© sous la pĂ©dale d'accĂ©lĂ©rateur par une mère en panique !) Ă  grand renforts de dĂ©rision macabre (rictus nerveux et gĂ©missements de joie du tueur Ă  l'appui !).


Une farce vitriolée au goût de vomi et d'excréments
Volontairement outrancier jusqu'Ă  overdose, The Human Centipede 2 exploite son filon avec la facilitĂ© de l'effet-choc. IndĂ©niablement moins percutant et surprenant que son modèle, il n'en demeure pas moins atmosphĂ©rique, expĂ©rimental, fun, dĂ©glinguĂ© et dĂ©lirant Ă  travers sa dĂ©viance morbide, quand bien mĂŞme Laurence Harvey marque de sa petite empreinte une posture gĂ©nialement gouailleuse !  

Pour Public averti

Bruno 
2èx