lundi 22 juin 2015

Frissons d'horreur / Macchie Solari/Autopsy

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

de Armando Crispino. 1975. Italie. 1h40. Avec Mimsy Farmer, Barry Primus, Ray Lovelock, Carlo Cattaneo, Angela Goodwin, Gaby Wagner, Massimo Serato, Ernesto Colli.

Sortie salles France: 3 Octobre 1979

FILMOGRAPHIEArmando Crispino est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste italien, nĂ© le 18 Octobre 1924 Ă  Biella, Italie, dĂ©cĂ©dĂ© le 6 Octobre 2003 Ă  Rome.
1966: Le Piacevoli notti. 1967: Johnny le bâtard. 1968: Commandos. 1970: Faccia da Schiaffi. 1972: L'Etrusco uccide ancora. 1974: La Badessa di Castro. 1975: Frissons d'Horreur. 1975: Plus moche que Frankenstein tu meurs.


Thriller un peu trop mĂ©connu en dĂ©pit d'une certaine renommĂ©e auprès de cinĂ©philes aguerris, Frissons d'Horreur s'engage dans la voie du thriller (je prĂ©fère bannir le terme Giallo) avec maĂ®trise, efficacitĂ© et subversion pour tenir en haleine le spectateur jusqu'Ă  la rĂ©vĂ©lation du coupable. 

Synopsis: Depuis une vague de suicides perpĂ©trĂ©s sous un climat solaire irrespirable, une doctoresse est hantĂ©e d'horribles hallucinations ! Les cadavres fraĂ®chement dĂ©barquĂ©s de sa morgue revenant Ă  la vie pour la lutiner. Au mĂŞme moment, des proches de son entourage disparaissent mystĂ©rieusement pour laisser sous-entendre le sacrifice du suicide. Avec l'aide d'un curĂ©, Simona tente maladroitement de dĂ©mystifier cette affaire morbide. 

DĂ©couvert par les amateurs Ă©clairĂ©s en location Vhs au prĂ©mices des annĂ©es 80, Frissons d'Horreur distille une aura somme toute particulière au sein du thriller transalpin. De par son goĂ»t pour les visions morbides de cadavres nus gouailleurs et de sinistres mannequins exposĂ©s dans un musĂ©e des horreurs. Ajoutez Ă  cela une connotation sexuelle prĂ©gnante pour le dĂ©sarroi psychologique d'une hĂ©roĂŻne en perte de repère et vous obtenez une sorte d'ovni au vitriol oĂą plane mĂŞme un soupçon de nĂ©crophilie. 


Ainsi, en alliant les meurtres en sĂ©rie d'un mystĂ©rieux assassin avec les suicides de quidams en dĂ©tresse influencĂ©s par un climat tropical, Armando Crispino façonne une ambiance d'Ă©trangetĂ© magnĂ©tique que la posture Ă©quivoque de chacun des personnages accentuera Ă  travers leur nĂ©vrose interne. A l'instar de ce curĂ© irascible Ă  peine remis de sa convalescence psychiatrique et de Simona, femme mĂ©decin plongĂ©e dans la nĂ©vrose depuis la disparition inexpliquĂ©e de ses proches et depuis une volontĂ© de lui nuire par la dĂ©raison. Si bien que par l'entremise d'une sombre conjuration oĂą suspects et faux coupables font bon mĂ©nage, le cinĂ©aste rĂ©ussit Ă  implanter un suspense graduel en dĂ©pit d'une intrigue un peu confuse. Notamment dans sa structure narrative dĂ©sordonnĂ©e d'un montage elliptique et pour l'Ă©ventuelle incohĂ©rence de certains protagonistes (volontairement outranciers ou au contraire mutiques). On ne manquera pas d'ailleurs de souligner Ă©galement le caractère inopinĂ©ment psychotique de certaines confrontations musclĂ©es (Simona s'en prenant brutalement Ă  l'un de ses adjoints après une tentative de viol, le curĂ© s'Ă©gosillant avec les poings Ă  rĂ©sonner un voisin de palier) ajoutant Ă  l'ensemble une atmosphère paranoĂŻaque aussi inquiĂ©tante que fascinante. Outre la prĂ©sence charnelle et dĂ©nudĂ©e d'une Mimsy Farmer pleine d'intensitĂ© Ă©rotique, et le charisme inquiĂ©tant des seconds-rĂ´les masculins, Frissons d'Horreur se permet en outre une sublime partition mĂ©lancolique composĂ©e par l'illustre Ennio Morricone afin de renforcer cette douce ambiance d'Ă©trangetĂ© "romantisĂ©e" que les protagonistes influencent dans leur posture interrogative, Ă©quivoque, suspicieuse ou dĂ©complexĂ©e (le compagnon de Simona).


Tour Ă  tour glauque et Ă©trange, trouble et dĂ©routant, Frissons d'Horreur pâti peut-ĂŞtre d'un manque de clartĂ© dans l'ossature sporadique du scĂ©nario mais dĂ©borde de suspense et d'audace (les visions d'effroi de cadavres d'enfants nus lors du prologue psychotique) Ă  distiller un climat interlope oĂą se mĂŞlent sans complexe sexualitĂ© et dĂ©viances macabres. Un excellent thriller donc toujours plus magnĂ©tique, notamment auprès de son charme Ă  la fois mĂ©lancolique et vĂ©nĂ©neux symptomatique du thriller transalpin. 

*Bruno
14.04.25. 4èx. vf

vendredi 19 juin 2015

Frère de Sang / Basket Case

                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site discreetcharmsandobscureobjects.blogspot.co

de Frank Henenlotter. 1982. U.S.A. 1h35. Avec Kevin Van Hentenryck, Terri Susan Smith, Beverly Bonner, Robert Vogel, Diana Browne, Lloyd Pace.

Sortie salles U.S: Avril 1982

FILMOGRAPHIE: Frank Henenlotter est un réalisateur américain de films d'horreur né le 29 août 1950 à New-York. 1982: Frères de sang. 1988: Elmer, le remue-méninges. 1990: Frères de sang 2. 1990: Frankenhooker. 1992: Frères de Sang 3. 2008: Sex Addict.


Ovni culte des annĂ©es 80 cĂ©lĂ©brĂ© dans les vidĂ©os-clubs en vogue, Frère de Sang fut Ă©galement la rĂ©vĂ©lation du cinĂ©aste underground Frank Henenlotter, petit maĂ®tre de la provocation et du mauvais goĂ»t dans sa conception d'une improbable amitiĂ© morbide entre deux frères siamois. A la croisĂ©e d'Elephant Man pour sa plaidoirie sur le droit Ă  la diffĂ©rence et des films gores d'Herschell Gordon Lewis pour son outrance dĂ©mesurĂ©e, Frère de Sang rĂ©ussit l'exploit d'y communier drĂ´lerie, horreur, dramaturgie par le biais d'exactions vindicatives de Duane et Belial . 

Le PitchAprès avoir Ă©tĂ© sĂ©parĂ©s par des chirurgiens sans scrupule sous l'allĂ©geance d'un père rĂ©futant la monstruositĂ© d'une progĂ©niture siamoise, Duane rĂ©ussit in extremis Ă  sauver de la mort son frère difforme. L'ayant recueilli dans une poubelle après l'opĂ©ration, Duane part se rĂ©fugier chez sa tante afin de le protĂ©ger des badauds et assassins. Quelques annĂ©es plus tard, les deux frères dĂ©cident d'accomplir une vengeance mĂ©thodique pour châtier les responsables de leur sĂ©paration. 


Tourné avec les moyens du bord dans les bas-fonds sinistrés de New-york et en toute illégalité, incarnée par des comédiens amateurs surjouant sans complexe leur prestance extravagante, Frère de sang transpire la série B bisseuse, notamment par le biais d'une photo aussi blafarde que granuleuse. Récit horrifique principalement dédié au gore révulsif et à l'humour sardonique, Frères de sang se complaît à émailler l'intrigue de séquences-chocs redoutablement percutantes (bande-son stridente à l'appui !), tout en parodiant en toile de fond la posture dégénérée d'une foule de marginaux reclus dans un hôtel sordide. Cadre d'aménagement précaire auquel Duane et Belial s'y sont réfugiés le temps de parfaire leur besogne punitive. De par son réalisme crapuleux où les gerbes de sang sont auscultées en gros plan et l'intensité des exactions cruelles d'une créature s'égosillant à tout va sa cruelle condition, Frères de Sang oppose horreur et émotion avec une surprenante empathie. A l'instar de ce flash-back remémorant la tragédie familiale des frères siamois et leur infaillible tendresse impartie l'un pour l'autre. Ainsi, dans le reflet de sa haine meurtrière et par la détresse de son regard habité par la rancoeur de l'injustice, Belial s'avère le véritable pilier émotif, quand bien même la modestie adroite des effets spéciaux parviennent à le crédibiliser dans sa mobilité étriquée, dégingandée. Outre l'aspect spectaculaire des séquences chocs souvent impressionnantes, les ressorts dramatiques impartis à la jalousie possessive de Belial n'hésitent pas à verser dans la cruauté pour les rapports de divergence (et télépathiques) entrepris avec son frère depuis une liaison amoureuse entamée avec une réceptionniste.


Ultra gore, glauque et malsain en diable, drĂ´le, tendre et Ă©mouvant, Frères de Sang idĂ©alise l'objet culte de dĂ©viance pour l'effronterie du scĂ©nario dĂ©bridĂ© alliant Ă©clairs de violence et bouffĂ©es de tendresse parmi l'amour impossible de deux frères infortunĂ©s. Du gore underground aussi trash qu'incroyablement dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, Ă  revoir sans modĂ©ration aucune.  

*Bruno
6èx

jeudi 18 juin 2015

Grace. Prix du Jury, Gerardmer 2010.

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Paul Solet. 2009. U.S.A. 1h25. Avec Jordan Ladd, Stephen Park, Gabrielle Rose, Serge Houde, Samantha Ferris, Kate Herriot, Troy Skog.

Sortie salles U.S: 4 Août 2010

FILMOGRAPHIE: Paul Solet est un réalisateur, acteur, scénariste et producteur américain.
2009: Grace. 2015: Dark Summer.


"Lait noir"
RĂ©compensĂ© du Prix du Jury Ă  GĂ©rardmer, Grace marque les dĂ©buts remarquĂ©s de Paul Solet, rĂ©alisateur viscĂ©ralement inspirĂ©, qui parvient Ă  façonner une atmosphère poisseuse, Ă©touffante, au cĹ“ur d’un foyer hantĂ© par l’ombre d’une mère possessive.

Le Pitch: Enceinte et sur le point d’accoucher, Madeline voit son monde s’effondrer lorsque son mari pĂ©rit dans un accident de voiture. RescapĂ©e in extremis, elle donne naissance Ă  un bĂ©bĂ© mort-nĂ©... qu’elle parvient, contre toute attente, Ă  ramener Ă  la vie. Mais l’enfant a un besoin vital...

Dans la lignĂ©e du Monstre est vivant et de RĂ©pulsionGrace revisite le mythe du bĂ©bĂ© tueur avec un rĂ©alisme oppressant, presque paranoĂŻaque, en s’appuyant sur la dĂ©rive psychique d’une mère accablĂ©e par la tragĂ©die : celle de nourrir son enfant d’hĂ©moglobine. Jusqu’Ă  se faire saigner elle-mĂŞme, livrant son sein Ă  une bouche vorace plus qu’affamĂ©e. Le quotidien devient cauchemar. L’atmosphère se fait fĂ©tide, saturĂ©e d’odeurs de chair, de sang, de pourriture — un maelström sensoriel oĂą mĂŞme les mouches viennent harceler le sommeil du nourrisson, l’une d’elles s’infiltrant jusque dans sa narine.

Entre drame psychologique (Madeline, dĂ©chirĂ©e, se perd dans une errance mentale sans retour) et horreur organique (dĂ©tails macabres, putrescence rampante, corps martyrisĂ©s), le film s’enferme dans un huis clos suffocant, oĂą une mère en deuil, hantĂ©e par ses fausses couches passĂ©es, tente de prĂ©server ce qui reste de sa maternitĂ©. Grace explore les confins de l’obsession maternelle, le deuil infantile, et cette irrĂ©pressible nĂ©cessitĂ© de nourrir, quitte Ă  basculer dans la folie — quitte Ă  tuer.

Par une mise en scène clinique, sans concession, Solet ose mĂŞler une sensualitĂ© trouble Ă  une imagerie morbide, installant un malaise diffus sous une photographie pastel qui tranche avec la cruditĂ© du propos. Lentement, inĂ©luctablement, Grace nous entraĂ®ne dans une descente aux enfers — jusqu’Ă  la confrontation ultime. Jusqu’au sang.


"Le Sang des Innocentes".
Éprouvant, sordide, sensoriel et viscĂ©ralement dĂ©rangeant, Grace est une Ĺ“uvre malsaine qui brouille les lignes entre instinct maternel et pulsion meurtrière. Une expĂ©rience extrĂŞme oĂą l’innocence se drape de sang, oĂą l’amour devient sacrifice, et oĂą la chair — mĂŞme la plus douce — finit par pourrir. Ă€ ne pas mettre entre toutes les mains.

*Bruno
3èx. Vost

mercredi 17 juin 2015

Piranhas

                                                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lavisqteam.fr

de Joe Dante. 1978. U.S.A. 1h34. Avec Bradford Dillman, Heather Menzies, Kevin McCarthy, Keenan Wynn, Barbara Steele, Shannon Collins.

Sortie salles France: 15 Novembre 1978. U.S: 3 Août 1978

FILMOGRAPHIE: Joe Dante (nĂ© le 28 novembre 1946 Ă  Middletown, New Jersey) est un critique, scĂ©nariste, monteur, producteur et rĂ©alisateur amĂ©ricain. Son plus grand succès populaire est, Ă  ce jour, Gremlins (1984). 1966-1975 : The Movie Orgy 1976 : Hollywood Boulevard, co-rĂ©alisĂ© avec Allan Arkush 1978: Piranhas. 1981 : Hurlements. 1983 : La Quatrième Dimension, troisième Ă©pisode, Its a Good Life 1984 : Gremlins 1985 : Explorers 1987 : Cheeseburger film sandwich, 5 sketchs .1987 : L'Aventure IntĂ©rieure. 1989 : Les Banlieusards. 1990 : Gremlins 2, la nouvelle gĂ©nĂ©ration . 1993 : Panic sur Florida Beach . 1998 : Small Soldiers 2003 : Les Looney Tunes passent Ă  l'action . 2006 : Trapped Ashes , premier segment, Wraparound. 2009 : The Hole.


Piranha. DĂ©finition (source Wikipedia): Le terme Piranha est un nom ambigu qui dĂ©signe plusieurs espèces de poissons d'eau douce vivant dans les rivières d'AmĂ©rique du Sud. Les piranhas se regroupent en bancs pour attaquer une proie plus grosse qu'eux. Ils n'en restent pas moins souvent solitaires, quelle que soit leur taille. Leur longueur moyenne est d'environ 15 Ă  25 cm ; ils peuvent cependant ĂŞtre plus grands. La plupart sont des prĂ©dateurs avec des dents aiguĂ«s et un appĂ©tit pour la viande. Contrairement Ă  ce que dit la lĂ©gende, ils ne s'attaquent pas systĂ©matiquement aux ĂŞtres vivants, mais seulement en prĂ©sence de sang dans l'eau. Ils peuvent dĂ©tecter la prĂ©sence d'une goutte de sang dans l'eau Ă  plusieurs dizaines de mètres.

DĂ©marquage sardonique des Dents de la Mer, Piranhas prĂ´ne l'amour de la sĂ©rie B sous la houlette du rĂ©alisateur nĂ©ophyte Joe Dante (il s'agit de son second long-mĂ©trage) et du cĂ©lèbre producteur Roger Corman. Le Pitch: Faute d'expĂ©riences gĂ©nĂ©tiques de l'armĂ©e et de l'inadvertance d'une journaliste, des piranhas d'eau douce parviennent Ă  s'Ă©chapper de leur bassin d'expĂ©rimentation pour rejoindre la rivière du coin. Un jeune couple vaillant tente d'alerter la population locale au moment mĂŞme ou le corps militaire s'efforce d'Ă©touffer l'affaire. L'insouciance des bambins d'une colonie de vacances et les touristes d'une station balnĂ©aire vont prochainement servir d'appât aux poissons carnassiers. Avec les moyens du bord mais beaucoup de perspicacitĂ© dans la confection d'effets spĂ©ciaux adroits et dans l'utilisation judicieuse d'une bande-son grĂ©sillante, Joe Dante en extrait un petit modèle d'efficacitĂ©. La manière sagace Ă  laquelle il s'emploie Ă  suggĂ©rer les exactions des piranhas relevant du prodige par la vigueur du montage et l'impact graphique de certains cadavres lacĂ©rĂ©s ! 


Pourvu d'une photo soignĂ©e afin de souligner l'ambiance estivale de son environnement champĂŞtre, Piranhas insuffle une belle atmosphère solaire autour de l'Ă©panouissement de vacanciers quand bien mĂŞme la couleur du sang va venir ternir le paysage Ă©dĂ©nique ! EmaillĂ© de sĂ©quences chocs aussi intenses qu'Ă©piques, l'intrigue s'avère d'autant plus haletante parmi l'autoritĂ© solidaire d'un couple de hĂ©ros dĂ©tournant l'hypocrisie de l'armĂ©e et des forces de l'ordre (stratĂ©gie d'Ă©vasion, vol de vĂ©hicule de police, course automobile) au profit de la survie des baigneurs. Fustigeant au passage les manipulations gĂ©nĂ©tiques expĂ©rimentĂ©es pour la guerre bactĂ©riologique et chimique, Joe Dante cultive un goĂ»t pour la provocation en pointant du doigt l'hypocrisie amĂ©ricaine jamais remise de la guerre du Vietnam. Outre le caractère jouissif de deux sĂ©quences de panique assez intenses en terme de dramaturgie (au passage, les enfants trinquent), Piranhas doit autant son attrait ludique parmi  les attachantes trognes de seconde zone pleins de charisme. Outre la bonhomie badine que forme le duo hĂ©roĂŻque Bradford Dillman / Heather Menzies, on y croise Ă©galement Kevin McCarty en savant-fou nĂ©vrosĂ©, Belinda Balaski en monitrice vertueuse et Paul Bartel en directeur bourru de colonie de vacances. Quand bien mĂŞme du cĂ´tĂ© des antagonistes vĂ©reux on y cĂ´toie l'acteur fĂ©tiche Dick Miller en magistrat couard, la reine de l'horreur gothique Barbara Steele en mĂ©decin affabulatrice et Bruce Gordon en colonel indigne.  


ScandĂ©e de la partition lancinante de Pino Donaggio aux accents fragiles, Piranhas exploite le filon horrifico-catastrophique initiĂ© par Spielberg avec un goĂ»t prononcĂ© pour la dĂ©rision ainsi qu'une pointe de tendresse au travers de sĂ©quences intimistes innocentes. Bougrement ludique, ce petit classique du B movie allie d'autant mieux les sĂ©quences-chocs percutantes et le suspense exponentiel avec un sens infaillible de l'efficacitĂ© !

Bruno
06.05.23. 6èx

La Chronique de Piranha 3D: http://brunomatei.blogspot.fr/2016/02/piranha.html

mardi 16 juin 2015

L'Antre de la Folie / In the mouth of madness. Prix de la Critique, Fantasporto 96.

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site arkhamdrive-in.com

de John Carpenter. 1994. U.S.A. 1h35. Avec Sam Neil, JĂĽrgen Prochnow, David Warner, Charlton Heston, Julie Carmen, John Glover, Frances Bay.

Sortie salles France: 8 Février 1995. U.S: 3 Février 1995

FILMOGRAPHIE: John Howard Carpenter est un réalisateur, acteur, scénariste, monteur, compositeur et producteur de film américain né le 16 janvier 1948 à Carthage (État de New York, États-Unis). 1974 : Dark Star 1976 : Assaut 1978 : Halloween, la nuit des masques 1980 : Fog 1981 : New York 1997 1982 :The Thing 1983 : Christine 1984 : Starman 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin 1987 : Prince des ténèbres 1988 : Invasion Los Angeles 1992 : Les Aventures d'un homme invisible, 1995 : L'Antre de la folie 1995 : Le Village des damnés 1996 : Los Angeles 2013 1998 : Vampires 2001 : Ghosts of Mars 2010 : The Ward.


Ultime volet de sa trilogie de l'apocalypse initiĂ©e par The Thing et Prince des TĂ©nèbres, l'Antre de la Folie est l'un des rares films d'avoir su traiter du thème de la folie avec autant de puissance d'Ă©vocation, de par son imagerie paranoĂŻde hĂ©ritĂ©e de l'univers de Lovecraft. Si le scĂ©nario n'est en rien le prototype d'un des romans de l'Ă©crivain, John Carpenter lui rend dignement hommage Ă  travers un rĂ©cit tortueux suggĂ©rant plus qu'il ne montre l'ascension du Mal, entre fiction et rĂ©alitĂ© jusqu'Ă  la conjonction. D'une Ă©tonnante subtilitĂ© pour le cheminement schizophrène d'un assureur rationnel peu Ă  peu gagnĂ© par la perplexitĂ©, l'Antre de la folie transcende son investigation parano Ă  travers l'influence d'un Ă©crivain portĂ© disparu. Ce dernier s'avĂ©rant le maĂ®tre de cĂ©rĂ©monie de la folie progressive après s'ĂŞtre laissĂ© inspirĂ© par des crĂ©atures tapies dans l'ombre des enfers.


TruffĂ© de sĂ©quences anxiogènes irrĂ©sistiblement effrayantes ou dĂ©stabilisantes Ă  travers leur facture baroque particulièrement sardonique, l'Antre de la Folie est entièrement dĂ©diĂ© Ă  la singularitĂ© d'un scĂ©nario retors littĂ©ralement ensorcelant. Le Mal Ă©tant le pilier d'une malĂ©diction conçue pour annihiler l'espèce humaine. Rien que ça ! Car par l'entremise des Ă©crits diaboliques d'un roman d'horreur prenant forme dans la rĂ©alitĂ© de notre quotidien et possĂ©dant un Ă  un les esprits du lectorat (avec en filigrane une rĂ©flexion sur les dangers du fanatisme Ă©prouvant plus d'intĂ©rĂŞt Ă  se tailler une raison existentielle au sein de la fiction), les forces du Mal ont dĂ©cidĂ© de parachever leur dessein afin de matĂ©rialiser l'apocalypse sur terre. Leur suprĂ©matie, leur arme infaillible pour duper l'ennemi: l'extension de la folie du point de vue d'un public fanatique addicte aux romans d'horreur ! Cette mise en abyme, l'enchâssement insinueux de la fiction au sein de notre quotidennietĂ©, John Carpenter la maĂ®trise Ă  la perfection par le biais d'une rĂ©alisation vertigineuse renouvelant sans cesse l'angoisse des situations inĂ©dites. A l'instar de son final espiègle dĂ©sireux de railler cette fois-ci l'esprit du spectateur pour le contaminer Ă  son tour dans une folie contagieuse. Cette ironie mordante cultivĂ© par un venin reptilien est Ă©galement une des forces du mĂ©trage afin de mettre en exergue l'esprit sarcastique de son thème principal: la paranoĂŻa collective engendrant l'hystĂ©rie meurtrière tout en nous interrogeant sur notre rĂ©alitĂ© potentiellement créée/manipulĂ©e par un alchimiste, un crĂ©ateur, un apprenti sorcier apatride, 


Une expérience schizo douée d'organisme.
RĂ©flexion sur l'identitĂ©, la paranoĂŻa et le fanatisme, mĂ©ditation sur le pouvoir de persuasion Ă  travers l'autoritĂ© d'un auteur mais aussi du point de vue visionnaire d'un cinĂ©aste, l'Antre de la Folie semble avoir Ă©tĂ© Ă©crit par un diable ricaneur tant la puissance de ses images dĂ©rangeantes nous transfigure l'avènement de l'apocalypse. Chef-d'oeuvre schizo s'il en est, (dansl'Antre de la Folie (titre on ne peut mieux appropriĂ©) est Ă©galement un jubilatoire exorcisme Ă  nos pire frayeurs pour sa parabole impartie Ă  l'influence du Mal et Ă  notre attrait irrĂ©sistible pour la fiction conçue pour nous ensorceler.

*Bruno
28.08.24. 4èx. Vostfr

lundi 15 juin 2015

L'Incroyable Alligator

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site imgsoup.com

"Alligator" de Lewis Teague. 1980. U.S.A. 1h31. Avec Robert Forster, Robin Riker, Michael V. Gazzo, Dean Jagger, Sydney Lassick, Jack Carter, Perry Lang, Henry Silva.

Sortie salles France: 16 Juin 1982. U.S: 2 Juillet 1980

FILMOGRAPHIE: Lewis Teague (nĂ© le 8 mars 1938 Ă  Brooklyn, New-York, Etats-Unis) est un rĂ©alisateur, monteur, acteur et directeur de la photographie amĂ©ricain. 1974: Dirty O'Neil. 1979: The Lady in red. 1980: L'Incroyable Alligator. 1982: Fighting Back. 1983:Cujo. 1985: Cat's Eye. 1985: Le Diamant du Nil. 1989: Collision Course. 1990: Navy Seals: les meilleurs. 1991: Wedlock.


Un formidable B movie parvenant avec des moyens modestes Ă  nous faire croire Ă  l'improbable en la prĂ©sence incongrue d'un alligator gĂ©ant ! 
Dans la lignĂ©e de C.H.U.D et d'Epouvante sur New-York rĂ©alisĂ©s quelques annĂ©es plus tard et d'une poignĂ©e de sĂ©ries Z (Killer Crocodile, Alligator, Crocodile), L'incroyable Alligator exploite le filon du gigantisme animalier lorsqu'un croco devient la victime d'une mutation gĂ©nĂ©tique Ă  la suite d'un produit toxique dĂ©versĂ© dans les Ă©gouts par des scientifiques peu scrupuleux. ConfinĂ© dans les canalisations, il hante les lieux Ă  la quĂŞte de proies humaines. Après la dĂ©couverte de cadavres dĂ©chiquetĂ©s, les mĂ©dias s'emparent de l'affaire et crĂ©ent un vent de panique alors que l'inspecteur David Madison est chargĂ© de l'enquĂŞte. InspirĂ© des Dents de la mer pour reprendre son concept horrifico-catastrophiste, l'Incroyable Alligator se porte Ă©galement hĂ©ritier des classiques alarmistes des annĂ©es 50 parmi lesquels Des monstres attaquent la ville ou la Chose surgie des tĂ©nèbres. DĂ©nonçant en filigrane les dĂ©rives illĂ©gales de la vivisection lorsque des scientifiques sans vergogne ont dĂ©cidĂ© d'expĂ©rimenter un produit chimique (un dĂ©rivĂ© de la testostĂ©rone) sur des animaux de labo, Lewis Teague aborde les dangers de la pollution en guise d'agroalimentaire. Outre sa volontĂ© militante de fustiger les dĂ©rives de la science sans toutefois en châtier ses responsables, l'intrigue met surtout en pratique l'investigation ardue d'un dĂ©tective et d'une charmante scientifique afin de dĂ©busquer l'alligator.


Arpentant sans succès les Ă©gouts parmi une escorte de spĂ©cialistes, David Madison est Ă©galement compromis par l'accueil impromptu d'un chasseur mĂ©galo avant de se rĂ©conforter dans les bras de sa collègue. Si sa structure narrative conventionnelle (massacres, enquĂŞte, idylle amoureuse, traque en règle) fait preuve de paresse pour renouveler son concept horrifique, la bonhomie attachante du couple de hĂ©ros formĂ© par Robert Foster et Robin Riker, et l'aspect fascinant de la crĂ©ature disproportionnĂ©e cultivent une constante efficacitĂ© Ă  l'ensemble purement divertissant. Notamment par le biais de deux sĂ©quences aussi spectaculaires qu'audacieuses dans leur schĂ©ma catastrophique, tĂ©moignage de masse d'une population en panique Ă  l'appui ! L'alligator ayant parvenu Ă  rejoindre les ruelles de la ville, particulièrement celle oĂą une rĂ©ception bat son plein parmi l'Ă©lite d'invitĂ©s mondains. Avec modestie, et afin de renforcer son degrĂ© de rĂ©alisme, le cinĂ©aste combine astucieusement la qualitĂ© d'effets mĂ©caniques avec l'authenticitĂ© d'un saurien dĂ©ambulant autour de maquettes très rĂ©ussies. Ainsi, en dĂ©pit de son aspect bricolĂ© pour autant pĂ©tri de charme, ses sĂ©quences jouissives parviennent autant Ă  amuser qu'Ă  provoquer frisson et fascination, effets gores soignĂ©s en sus.


Si l'Incroyable Alligator pâti d'un manque de densité à travers sa structure narrative et d'une absence de psychologie du point de vue de nos héros bonnards, la décontraction amusée de l'excellent Robert Foster, ses seconds rôles tous aussi charismatiques (Henry Silva en tête !), ses touches d'humour fantaisistes (l'intrusion grotesque du poseur de bombe dans le commissariat, le merchandising autour de la célébrité de l'alligator), son savoir-faire technique, comme le souligne la présence surdimensionnée du caïman, parviennent à élever cette attrayante série B au rang de classique du Monster movie.

*Bruno Matéï
11/03/22.
4èx.

vendredi 12 juin 2015

Les Monstres de la Mer / Humanoids from the deep/Monster

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site boblarkin.blogspot.com

de Barbara Peeters. 1980. U.S.A. 1h20. Avec Doug McClure, Ann Turkel, Vic Morrow, Cindy Weintraub, Anthony Penya, Denise Galik-Furey, Lynn Theel.

Sortie salles : 28 Août 1980

FILMOGRAPHIE: Barbara Peeters est une réalisatrice, scénariste, actrice et productrice américaine. 1970: Je suis une hard-girl. 1972: Bury me an Angel. 1974: Summer School Teachers. 1978: Starhops. 1980: Les Monstres de la Mer.


Produit par Roger Corman, juste avant qu’il ne se consacre Ă  d’autres projets tout aussi dĂ©bridĂ©s (La Galaxie de la Terreur, Mutants), Les Monstres de la mer peut sans conteste rejoindre ce duo gagnant tant il est conçu avec autant d’intention sincère que de maladresse. Cette contradiction engendre un divertissement d’une dĂ©rision irrĂ©sistible, portĂ© par des ressorts dramatiques que la rĂ©alisatrice aborde gravement, Ă  l’aide d’un montage sporadique mais efficace. BourrĂ© de clichĂ©s et de personnages stĂ©rĂ©otypĂ©s, Barbara Peeters en abuse sans complexe pour divertir un public complice, venu frissonner le sourire aux lèvres. DominĂ© par d’aimables trognes de seconde zone bien connues des amateurs (Doug McClure et le regrettĂ© Vic Morrow !), Les Monstres de la mer s’Ă©difie en concentrĂ© d’horreur bisseuse, uniquement vouĂ© au plaisir innocent du samedi soir.

Ciblant pour thème la pollution via le DNA 5, substance conçue pour stimuler l’hormone de croissance des saumons gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©s Ă  des fins agroalimentaires, l’intrigue n’est qu’un prĂ©texte Ă  Ă©mailler, Ă  intervalles rĂ©guliers, agressions sanglantes d’amphibiens humanoĂŻdes, Ă©treintes sexuelles de jeunes touristes en rut et stratĂ©gies d’attaque menĂ©es par les rĂ©sidents d’un port ! Car après avoir dĂ©vorĂ© ces saumons mutants, les cĹ“lacanthes (poissons crossoptĂ©rygiens) ont fini par adopter une mutation gĂ©nĂ©tique semblable Ă  celle de l’homme-poisson.


Si l’on songe naturellement au Continent des hommes-poissons de Martino, leur anatomie visqueuse Ă©voque tout autant la crĂ©ature du lac noir de Jack Arnold. Et si ces crĂ©atures quasi omniprĂ©sentes prĂŞtent Ă  sourire par leur apparence grand-guignolesque et leur posture tantĂ´t meurtrière, tantĂ´t lubrique (elles n’hĂ©sitent pas Ă  violer des filles en bikini, Ă©tendues sur la plage, pour parachever leur Ă©volution !), la qualitĂ© des maquillages fascine nĂ©anmoins par leur aspect Ă©tonnamment rĂ©aliste. On est en tout cas loin de la dĂ©froque caoutchouteuse des Kaijus japonais issus de la Toho.

DĂ©libĂ©rĂ©e Ă  façonner un pur produit d’exploitation dĂ©diĂ© Ă  la vigueur trĂ©pidante, Barbara Peeters ne perd pas de temps et embraye dès les premières minutes : deux rebondissements tragiques prĂ©cèdent une hilarante baston de rue, oĂą les coups pleuvent sous l’Ĺ“il hilare de la foule d’un bal populaire. L’intrigue se recentre ensuite sur les tensions entre un pĂŞcheur raciste (Vic Morrow), très remontĂ© contre la dĂ©fiance d’un Indien placide, et un pĂŞcheur pacifiste (Doug McClure), venu prĂŞter main-forte au second avant de dĂ©couvrir l’origine des humanoĂŻdes, Ă©paulĂ© d’une scientifique.

Pour parachever ce traditionnel concept catastrophiste hérité des Dents de la mer, Les Monstres de la mer surenchérit avec la fête annuelle de la station balnéaire, où les créatures, réunies en masse, vont ébranler la tranquillité des invités. Une scène de panique anthologique, fertile en rebondissements sanglants et en explosions, quand bien même la drôlerie involontaire de la plupart des affrontements naît autant de la frénésie risible des monstres que de celle des protagonistes, surjouant leur condition épeurée.


DĂ©bordant de gĂ©nĂ©rositĂ© entre action homĂ©rique, sexe polisson et effusions de gore parfois spectaculaires, Les Monstres de la mer alterne cocasserie et fascination. Par le biais de ses crĂ©atures avides de rancĹ“ur meurtrière et de la prestance cabotine de comĂ©diens de seconde zone, sobrement impliquĂ©s dans leur hĂ©roĂŻsme en herbe, il Ă©mane de cette savoureuse sĂ©rie B un charme bonnard, aussi grotesque que jouissif, frĂ©quemment rehaussĂ© par le grand-guignol d’effets spĂ©ciaux adroits et de gore cracra.

*Eric Binford.

Clin d'oeil Ă  Jean-Pierre Putters.
01.06.26. 4èx
23/09/21.

La Chronique de Mutanthttp://brunomatei.blogspot.com/2012/01/mutant-forbidden-world-grand-prix-du.html
La chronique de la Galaxie de la Terreur (la): http://brunomatei.blogspot.fr/…/la-galaxie-de-la-terreur.ht…

La critique de Mathias Chaput:
Produit par Roger Corman en pleine apogée des films fantastiques et d'horreur qui fleurissaient outre Atlantique et qui remplissaient les drive-in et les salles obscures, il faut être honnête et reconnaitre que ce "MONSTRES DE LA MER" est un véritable régal, un petit bijou du genre...

Le film s'apparente sans difficultĂ©s aux « pop corn movies » qui firent le bonheur des aficionados puis bien après des vidĂ©astes, friands de films gore de monstres, pimentĂ©s par un soupçon d'Ă©rotisme et un sens de l'action innĂ©, qui fit l'apanage et la marque de fabrique du père Corman, qui rencontra un gros succès grâce Ă  cette recette parfaitement huilĂ©e et Ă  l'efficacitĂ© inaltĂ©rable et inaltĂ©rĂ©e...
Doug Mac Clure (l'inoubliable acteur des films de Kevin Connorsur les continents oubliés, "LE SIXIEME CONTINENT", "LE CONTINENT OUBLIE" et consorts) tient une composition honnête dans son rôle de redresseur de torts bourru et forçant la sympathie et les autres comédiens sont parfaitement impliqués, amplifiant la crédibilité du métrage qui pousse même le détail sur une origine de l'apparition des monstres parfaitement concevable et identifiable pour le spectateur...

Il y a une logique Ă  tout cela, les « monstres » issus de mutations gĂ©nĂ©tiques ne tombent pas lĂ  comme un cheveu dans la soupe, leur prĂ©sence est la rĂ©sultante de faits bien prĂ©cis !
La réalisation est soignée, les effets gore font mouche (notamment dans la scène de l'attaque lors de la foire, qui vire à la pantalonnade !) jusqu'à un dénouement particulièrement graveleux et cradingue, à réserver aux plus aguerris d'entre nous...

Une bonne histoire, un bon scénario, des moyens conséquents, tout cela fait prendre la mayonnaise correctement et l'ensemble s'avère convaincant et particulièrement réussi !
Un petit bijou, témoignage d'une époque révolue, où naïveté se conjuguait avec imagination via un postulat délirant certes, mais qui tient parfaitement la route !
Excellent ! 8,5/10




jeudi 11 juin 2015

2000 Maniacs / Two Thousand Maniacs

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site horrorsociety.com

d'Herschell Gordon Lewis. 1964. U.S.A. 1h27. Avec William Kerwin, Connie Mason, Jeffrey Allen, Ben Moore, Gary Bakeman, Jerome Eden.

Sorti uniquement en video en France. Sortie salles U.S: 20 Mars 1964

FILMOGRAPHIE: Herschell Gordon Lewis est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur, directeur de photographie, acteur et compositeur amĂ©ricain, nĂ© le 15 Juin 1926 Ă  Pittsburgh, Pennsylvanie (Etats-Unis). 1963: Blood Feast. 1964: 2000 Maniacs. 1965: Monster a go-go. 1965: Color me blood red. 1967: A taste of blood. 1970: The Wizard of Gore. 1972: The gore gore girls. 2002: Blood Feast 2.

 
"2000 Maniacs : rires et viscères". 
Un an après avoir rĂ©volutionnĂ© le cinĂ©ma d’horreur avec Blood Feast, premier film sanglant de l’histoire, le nĂ©ophyte Herschell Gordon Lewis exploite Ă  nouveau son filon sanguinolent avec 2000 Maniacs, considĂ©rĂ© Ă  juste titre comme son film le plus ludique. Partant d’un concept aussi original qu’ubuesque, 2000 Maniacs relate les Ă©preuves de loisir endurĂ©es par trois couples de touristes Ă©garĂ©s Ă  Pleasant Valley, après un dĂ©tour fatal. Accueillis en grande pompe par le maire et sa populace sudiste, ces derniers n’ont qu’un dessein : sacrifier ces jeunes yankees pour fĂŞter, dans la viande fraĂ®che, le centenaire de la guerre de SĂ©cession.


DĂ©pourvu de toute ambition psychologique, portĂ© par des comĂ©diens amateurs et bricolĂ© avec trois bouts de ficelle, 2000 Maniacs mise tout sur l’inventivitĂ© de ses meurtres et l’euphorie d’une population ivre de festivitĂ©s. Ă€ ce titre, et avec plusieurs dĂ©cennies d’avance, Lewis peut se vanter d’avoir semĂ© la graine du "torture porn", tant ses crimes absurdes redoublent de cruautĂ© sous l’Ĺ“il hilare d’une foule hystĂ©rique ! Du supplice Ă©quin au massacre Ă  la hache, de l’Ă©preuve du tonneau cloutĂ© Ă  celle du rocher, chaque mise Ă  mort, planifiĂ©e au cĹ“ur d’une kermesse champĂŞtre, distille une cocasserie morbide malgrĂ© le ridicule des maquillages. Lewis s’attarde sur les gros plans de chairs fendues, de membres tranchĂ©s, de plaies bĂ©antes, baignant dans un sang criard et visqueux. Et cela fonctionne, mine de rien : l’hĂ©moglobine dĂ©goulinante a toujours son petit effet de rĂ©pulsion. DĂ©pourvu de suspense et de vĂ©ritables enjeux dramatiques, le film concède malgrĂ© tout un mince frisson du cĂ´tĂ© du dernier couple en cavale. Qu'importe, il s'y dĂ©gage un tel charme (rĂ©volu) de la pellicule vintage que l'on se laisse aguicher jusqu'au gĂ©nĂ©rique de fin. 


"Guerre de SĂ©cession et kermesse de l’horreur".
Perle vintage, oĂą l’intrigue gĂ©nialement improbable s’effrite au profit du grand-guignol de dĂ©fouloir, 2000 Maniacs reste aussi plaisant que dĂ©lirant, et imprime Ă  jamais sa marque sur l’autel du cinĂ©-gore. Grâce Ă  l’audace de ses exĂ©cutions crapuleuses, la verve pittoresque de ses rednecks incultes et l’atmosphère estivale de sa kermesse banjo en bandoulière, 2000 Maniacs mĂ©rite d’ĂŞtre vu et revu, avec un plaisir sardonique inchangĂ©.

*Bruno
26.08.19. 5èx

mercredi 10 juin 2015

Les Prédateurs / The Hunger

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site pixshark.com

de Tony Scott. 1983. U.S.A./Angleterre. 1h36. Avec Catherine Deneuve, David Bowie, Susan Sarandon, Cliff De Young, Beth Ehlers, Dan Hedaya, Rufus Collins, Suzanne Bertish, James Aubrey, Ann Magnuson... 

Sortie salles France13 juillet 1983   U.S.A: 29 avril 1983

FILMOGRAPHIE: Tony Scott (nĂ© le 21 juillet 1944 Ă  Stockton-on-Tees, Royaume-Uni - ) est un rĂ©alisateur, producteur, producteur dĂ©lĂ©guĂ©, directeur de la photographie, monteur et acteur britannique. 1983 : Les PrĂ©dateurs1986 : Top Gun, 1987 : Le Flic de Beverly Hills 2, 1990 : Vengeance,1990 : Jours de tonnerre, 1991 : Le Dernier Samaritain,1993 : True Romance, 1995 : USS Alabama,1996 : Le Fan,1998 : Ennemi d'État, 2001 : Spy Game, 2004 : Man on Fire,   2005 : Domino, 2006 : DĂ©jĂ  Vu, 2009 : L'Attaque du mĂ©tro 123, 2010 : Unstoppable.


"La Soif et le Silence".
Premier essai derrière la camĂ©ra de Tony Scott, Les PrĂ©dateurs marqua toute une gĂ©nĂ©ration de spectateurs, principalement grâce Ă  son Ă©pure formelle scandant un requiem d’amour et de mort autour de l’avarice vampirique pour une jeunesse Ă©ternelle. Novateur dans son refus hĂ©tĂ©rodoxe du thème Ă©culĂ©, Tony Scott ose Ă©galement confronter Ă  l’Ă©cran deux icĂ´nes singulières que le duo David Bowie / Catherine Deneuve transfigure avec une grâce Ă©lĂ©giaque.
 
Le Pitch: Ă€ New York, John et Myriam sont des vampires, unis dans un amour passionnel depuis des millĂ©naires. Jusqu’au jour oĂą John, frappĂ© par une Ă©trange maladie – peut-ĂŞtre la progĂ©ria –, commence Ă  vieillir Ă  vitesse accĂ©lĂ©rĂ©e. CondamnĂ©, Myriam accepte difficilement le fardeau avant de reporter son affection sur Sarah, une doctoresse spĂ©cialisĂ©e dans la longĂ©vitĂ©, contactĂ©e par John en ultime recours.


"Les Derniers Soupirs de l’Immortel".
Échec public Ă  sa sortie, peut-ĂŞtre en raison de son rythme languide, entièrement dĂ©vouĂ© Ă  la beautĂ© des images et Ă  la fragilitĂ© de ses personnages en perdition, Les PrĂ©dateurs s’impose comme une Ĺ“uvre atypique dans le paysage vampirique. En tĂ©moigne son prologue musical : clip new wave dans une boĂ®te punk, oĂą John et Myriam, lunettes noires et cuir noir, attirent leurs proies dans leur appartement pour une Ă©treinte macabre. Le tube Bela Lugosi’s Dead de Bauhaus intensifie cette sĂ©quence hypnotique, entre exactions sanglantes et romantisme mortuaire.
En montage parallèle, Scott juxtapose deux sĂ©quences : la fureur d’un singe dĂ©vorant son compagnon et l’union charnelle de John et Myriam avant leur rituel sacrificiel. Leur Ankh, bijou Ă©gyptien renfermant une lame, scelle le destin de leurs victimes.
PassĂ© cet interlude expĂ©rimental, l’ambiance bascule dans la douceur d’une mĂ©lodie classique, nous immergeant dans le cocon victorien du couple. La première partie, anxiogène et poignante, relate la dĂ©gĂ©nĂ©rescence inexorable de John. Les maquillages hyperrĂ©alistes de Dick Smith impressionnent dans leur prĂ©cision Ă  dĂ©catir Bowie Ă©tape par Ă©tape, jusqu’aux macchabĂ©es du final, saisis dans une putrescence glaciale. Ces instants de poĂ©sie charnelle Ă©veillent une empathie profonde pour ce vampire en bout de course. Ue Ă©motion Ă©lĂ©giaque Ă©merge, magnifiĂ©e par l’esthĂ©tisme Ă©purĂ© de Tony Scott
 

"Sous les draps de soir, le néant".
Les PrĂ©dateurs explore la fatalitĂ© de la mort sous le prisme de l’injustice du temps, qui Ă©rode inexorablement jusqu’Ă  ce que nos restes rejoignent la poussière. Mais pour le vampire, point de repos ni de salut : seulement l’errance dans l’opacitĂ©, accompagnĂ© des soupirs d’ancĂŞtres parcheminĂ©s pleurant leur immortalitĂ©.
La seconde partie s’oriente vers l’attraction de Sarah pour Myriam. Une union saphique consumĂ©e dans la douceur d’un appartement soyeux, drapĂ© de linceuls, sculptures et soieries, oĂą l’Ă©rotisme langoureux se mĂŞle au poison. Sarah, sĂ©duite, devient l’hĂ©ritière conjugale, remplaçant John, mais rattrapĂ©e bientĂ´t par le doute et la culpabilitĂ©.
Que dire de ce casting ? Qui aurait imaginé Catherine Deneuve, icône française, aux côtés de David Bowie dans un film fantastique ?
Deneuve, tout en distance, froideur et majestĂ©, incarne une vampire aristocratique, briseuse de cĹ“urs, lasse de voir ses amants faner. Bowie, bouleversant dans sa posture de mourant, s’accroche dĂ©sespĂ©rĂ©ment Ă  un reste de vie, jusqu’au dernier sacrifice. Susan Sarandon, quant Ă  elle, s’impose par sa sensibilitĂ© confuse, tiraillĂ©e entre dĂ©sir et rĂ©demption.


"Éternité en cendres"
RĂ©flexion sur la vieillesse comme lente agonie, sur le temps qui efface les visages et sur l’illusion de l’amour Ă©ternel, Les PrĂ©dateurs s’Ă©rige en poème funèbre, oĂą l’obscuritĂ© s’impose comme ultime refuge.
Entre la fulgurance d’une photographie picturale aux accents classiques et le score Ă©lectro-baroque de Rubini et Jaeger, ce chef-d’Ĺ“uvre sensuel et glaçant irradie une beautĂ© morbide. Le film distille une aura trouble, incandescente, suspendue entre deux baisers : Deneuve / Bowie, Deneuve / Sarandon. Deux crĂ©puscules, deux tragĂ©dies. Une seule Ă©ternitĂ©.

Bruno Matéï
09.01.11. 4èX. (137 vues)
10.06.14. 5èx


                                     

vendredi 5 juin 2015

PSYCHOSE

                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site emkafilms7.over-blog.com

Psycho d'Alfred Hitchcock. 1960. U.S.A. 1h49. Avec Anthony Perkins, Vera Miles, Janet Leigh, John Gavin, Martin Balsam, John McIntire, Simon Oakland, Patricia Hitchcock.

Sortie salles France: 2 Novembre 1960. U.S: 16 Juin 1960

FILMOGRAPHIE: Alfred Hitchcock est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste anglo amĂ©ricain, nĂ© le 13 AoĂ»t 1899, dĂ©cĂ©dĂ© le 29 Avril 1980. 1935: Les 39 Marches. 1936: Quatre de l'Espionnage. Agent Secret. 1937: Jeune et Innocent. 1938: Une Femme Disparait. 1939: La Taverne de la Jamaique. 1940: Rebecca. Correspondant 17. 1941: Soupçons. 1942: La 5è Colonne. 1943: l'Ombre d'un Doute. 1944: Lifeboat. 1945: La Maison du Dr Edward. 1946: Les EnchainĂ©s. 1947: Le Procès Paradine. 1948: La Corde. 1949: Les Amants du Capricorne. 1950: Le Grand Alibi. 1951: L'Inconnu du Nord-Express. 1953: La Loi du Silence. 1954: Le Crime Ă©tait presque parfait. FenĂŞtre sur cour. 1955: La Main au Collet. Mais qui a tuĂ© Harry ? 1956: l'Homme qui en savait trop. Le Faux Coupable. 1958: Sueurs Froides. 1959: La Mort aux Trousses. 1960: Psychose. 1963: Les Oiseaux. 1964: Pas de Printemps pour Marnie. 1966: Le Rideau DĂ©chirĂ©. 1969: l'Etau. 1972: Frenzy. 1976: Complot de Famille.


PrĂ©curseur du psycho-killer, chef-d'oeuvre du 7è art classĂ© 18è sur les 100 meilleurs films amĂ©ricains et 1er sur les 100 meilleurs thrillers par l'American Film Institute, Psychose rĂ©volutionna le cinĂ©ma d'horreur au moment mĂŞme oĂą il rĂ©vĂ©la au public le jeune acteur Anthony Perkins. LittĂ©ralement habitĂ© par son rĂ´le dĂ©moniaque, ce dernier parvenant Ă  magnĂ©tiser l'esprit du spectateur dans ses Ă©changes de regard mĂŞlĂ©s de fourberie et de perversitĂ©. L'intensitĂ© ensorcelante qui Ă©mane de sa prestance s'avère si subtile qu'on jurerait avoir affaire Ă  un authentique serial-killer, quand bien mĂŞme le spectateur s'Ă©branlera de stupeur sur l'origine de sa pathologie impartie au dĂ©doublement de personnalitĂ©. Solitaire vivant reclus dans un motel et hantĂ© par la mort de sa mère au point de se travestir en elle, Norman Bates caractĂ©rise le tueur dĂ©saxĂ© dans sa plus terrifiante dĂ©finition ! Dans le sens du repli sur soi et d'une perte de contact avec la rĂ©alitĂ©, Norman Ă©tant obsĂ©dĂ© par l'amour maternel, la jalousie, l'infidĂ©litĂ©. Modèle de suspense Ă  la tension exponentielle oĂą l'horreur gothique vient s'infiltrer autour d'une Ă©trange bâtisse rĂ©sidĂ©e par une rombière, Psychose allie crime passionnel et investigation policière sous l'autoritĂ© d'un dĂ©tective privĂ© et d'un couple Ă  la recherche d'une disparue. Marion Crane ayant osĂ© dĂ©rober 40 000 dollars Ă  son patron afin de fuir son Ă©tat pour s'exiler avec son amant. Sur sa route, une pluie battante la contraint de sĂ©journer vers un motel le temps d'une nuit de sommeil. La suite, les millions de fans continuent d'applaudir le tour de force technique allouĂ© Ă  sa mise Ă  mort ! 


Un homicide gratuit aussi brutal que suggéré quand bien même les spectateurs de l'époque ne se remirent jamais d'un rebondissement aussi couillu ! A savoir supprimer l'héroïne au bout de 47 minutes de métrage alors que le public lui vouait une indéniable empathie malgré son indignité. Du jamais vu pour l'époque ! Ce meurtre anthologique perpétré sous la douche valut d'ailleurs à son auteur 7 jours de tournage pour 45 secondes de plans ! Outre la virtuosité de cette séquence choc dont un prochain meurtre aussi percutant viendra confirmer l'agissement méthodique du coupable, Psychose cultive une puissance de fascination par l'élaboration d'un suspense implacable et par la direction hors-pair de comédiens suscitant la tourmente. Par le biais des rapports de force entretenus entre nos protagonistes et Bates, Alfred Hitchcock joue avec leur esprit de suspicion qu'ils éprouvent dans l'inimitié afin d'éclaircir ou de taire la disparition inexpliquée. Bates cumulant au fil de ses interrogatoires les contradictions malgré son flegme faussement avenant, une maladresse qui éveillera la curiosité des investigateurs avides de preuves. Côté horreur oppressante, le cinéaste transfigure l'esthétisme gothique d'une demeure imposante, véritable personnage du film, alors que Madame Bates suggère de temps à autre sa silhouette derrière la fenêtre de sa chambre ! Le sentiment d'insécurité perçu chez nos inquisiteurs sillonnant la demeure, leur inquiétude grandissante d'y découvrir l'identité d'une mégère (potentiellement décédée) et la posture instable de Norman Bates insufflant au fil de leur vaillance une angoisse tangible qui s'acheminera vers un climax littéralement cauchemardesque.


Hypnotique et glaçant dans sa science affûtée d'un suspense à couper au rasoir, Psychose s'édifie en leçon de mise en scène par le brio machiavélique de son auteur, la percussion stridente de Bernard Hermann et l'impulsion diabolique d'Anthony Perkins. Jouant subtilement avec l'inquiétude et l'angoisse de situations indécises, l'oppression et la terreur d'oser y percer un secret mortifère, Psychose cumule les morceaux d'anthologie avec une régularité jubilatoire.

La Chronique de Psychose 2: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/05/psychose-2-psycho-2.html

                            Psychose 3: http://brunomatei.blogspot.fr/2016/08/psychose-3.html
Bruno 
5èx

jeudi 4 juin 2015

THE SMELL OF US

                                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site aufeminin.com

de Larry Clark. 2015. France. 1h28. Avec Lukas Ionesco, Diane Rouxel, Théo Cholbi, Hugo Behar-Rhinières, Rayan Ben Yaiche, Maxime Terin, Adrien Binh Doan.

Sortie salles France: 14 Janvier 2015. Interdit au - de 16 ans.

FILMOGRAPHIELarry Clark est un rĂ©alisateur, photographe, directeur de la photographie, nĂ© le 19 Janvier 1943 Ă  Tulsa dans l'Oklahoma.
1995: Kids. 1998: Another Day in Paradise. 2001: Bully. 2002: Teenage Caveman (tĂ©lĂ©-film). 2002: Ken Park. 2004: Wassup Rockers. 2006: Destricted (segment Impaled). 2012: Marfa Girl (uniquement dispo sur le net). 2015: The Smell of us.


« Larry a perdu le contrĂ´le, il est devenu barge ! Je suis sorti de cette expĂ©rience lessivĂ© et abattu. » Lukas Ionesco.

Pour son nouveau long-métrage, Larry Clark continue de s'épancher sur le malaise adolescent, principalement du point de vue de l'homosexualité d'un couple en perdition dont l'un est contraint de se livrer à la prostitution pour subvenir à ses besoins. Nouvelle descente aux enfers de la déshumanisation sociétale à renfort de séquences scabreuses alternant le fétichisme, l'hébéphilie et l'inceste, The Smell of Us provoque un malaise viscéral par notre fonction voyeuriste à observer ces ados avides de défonce et de sexe, ultime échappatoire d'une morne existence destituée de tendresse parentale. C'est donc leur quotidienneté blafarde que nous subissons inlassablement avec souci de réalisme extrêmement dérangeant, certains ébats sexuels ou situations obscènes n'hésitant pas flirter avec la pornographie, quand bien même la posture décomplexée de certains adultes s'avère aussi compromise à la déchéance. Mis en scène avec maîtrise et personnalité, Larry Clark possède un talent singulier à filmer la pudeur des corps en quête extatique, ce parti-pris sensitif de nous confondre dans leur peau en mal de sensations et d'expériences de tous bords. A l'instar de leur pratiques sexuelles échangées avec des sexagénaires tout aussi démunis d'affection, faute de leur âge décati. Ces derniers n'hésitant pas à s'autoriser de consommer une jeunesse impassible afin d'effleurer un semblant de compensation à leur solitude. Par le biais de ces protagonistes en perdition, on peut saluer la prestance pleine d'aplomb des jeunes comédiens en roue libre n'hésitant pas à se mettre à nu devant la caméra dans des situations parfois glauques (les attouchements pervers du sexagénaire dans la boite de nuit) ou immorales (l'inceste forcé d'une mère en ébriété auprès de son fils).


Les enfants du chaos
Constat alarmiste d'une gĂ©nĂ©ration abdiquĂ©e de ligue parentale et assujetti aux outils de communication modernes (internet et les smartphones incitant la jeunesse Ă  frĂ©quenter la pornographie mainstream), The Smell of Us arbore le documentaire scrupuleux dans son parti-pris de ne nous faire Ă©changer la dĂ©chĂ©ance morale d'adolescents frigides dĂ©connectĂ©s d'humanitĂ©. Il en Ă©mane une oeuvre aussi austère et dĂ©sespĂ©rĂ©e qu'antipathique, d'autant plus difficilement accessible dans sa manière clinique de cumuler les sĂ©quences-chocs jusqu'Ă  la gĂŞne viscĂ©rale. Que l'on adhère ou que l'on rejette en bloc, l'Ă©preuve laisse des traces pour rester difficilement digĂ©rable. 

Pour public averti.

Bruno Matéï 

mercredi 3 juin 2015

Communion Sanglante / Alice sweet Alice / Holly Terror / Communion / Alice douce Alice

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Horreur.net.

d'Alfred Sole. 1976. 1h50. Avec Linda Miller, Paula Sheppard, Brooke Shields, Louisa Horton Hill, Antonio Rocca, Lillian Roth.

Sortie salles U.S: 13 Novembre 1976

FILMOGRAPHIE: Alfred Sole est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et chef dĂ©corateur amĂ©ricain, nĂ© le 2 Juillet 1943 Ă  Paterson, New-Jersey. 1972: Deep Sleep. 1976: Alice, sweet Alice. 1980: Tanya's Island. 1982: Pandemonium.


InĂ©dit en salles en France, discrĂ©ditĂ© d'audience commerciale et relativement passĂ© inaperçu lors de sa sortie Vhs retitrĂ©e Communion Sanglante, Alice sweet Alice ne trouva les faveurs des cinĂ©philes et des critiques qu'après revisionnage(s). Prenant pour thèmes la religion, l'adultère, le trouble psychologique, l'engagement parental et la vengeance, ce psycho-killer malsain par son ambiance diaphane, son climat Ă©touffant et sa violence rugueuse (le premier homicide dans l'Ă©glise est d'une audace effroyable) dĂ©concerte par le biais d'exactions meurtrières d'une silhouette enfantine. 

Synopsis: Après le meurtre de la petite Karen au sein d'un presbytère, sa soeur aĂ®nĂ©e Alice est suspectĂ©e par l'entourage familial et la police d'en ĂŞtre la potentielle responsable. Quelques jours plus tard, c'est au tour de sa tante d'ĂŞtre sauvagement agressĂ©e par un individu affublĂ© d'un impermĂ©able jaune et d'un masque sur le visage (le mĂŞme accoutrement que portait Karen quelques heures avant son dĂ©cès). TĂ©moin de l'agression, Alice persuade la police qu'il s'agit de sa soeur prĂ©alablement dĂ©cĂ©dĂ©e. DĂ©clarĂ©e perturbĂ©e pour ses penchants cruels et coupable après s'ĂŞtre soumise au dĂ©tecteur de mensonge, elle est envoyĂ©e dans un institut spĂ©cialisĂ©. 


Combinant les codes du psycho-killer et ceux du giallo pour la caractérisation fétichiste du tueur masqué accoutré d'une combinaison criarde, Alice sweet Alice façonne un suspense latent au fil du cheminement psychologique d'Alice et de son entourage tout en alternant les séquences-chocs particulièrement âpres. De par son souci de cruauté auprès des meurtres sévèrement perpétrés où l'environnement glauque d'une banlieue blafarde y intensifie le malaise éprouvé (le supplice intenté dans une industrie désaffectée). Sans accorder une grande importance à démasquer l'identité de l'assassin indécelable, Alfred Sole prend avant tout parti de dénoncer l'obscurantisme au coeur d'une bourgade profondément catholique tout en remettant en cause la responsabilité parentale lorsque les enfants du divorce pâtissent d'une détresse affectueuse. La grande force du film résidant dans le développement de ces personnages torturés, déchus ou peu fréquentables (le voisin ventripotent aux tendances pédophiles vivant reclus dans un appartement insalubre) évoluant autour de la fragilité d'une fillette à tendances perverses. Par la tragédie des exactions criminelles où l'innocence paye le lourd tribut de la responsabilité des adultes, la religion se retrouve destituée d'angélisme au sein même du refuge de Dieu. Outre la sobre prestance des comédiens jusqu'aux seconds-rôles charismatiques, on peut s'attarder sur le visage mi-angélique, mi-démoniaque de Paula Sheppard symbolisant avec ambivalence la dégénérescence psychologique d'une ado réfugiée dans la perversion et la jalousie depuis sa privation d'attention, de gratitude.


Glauque et malsain, trouble et cruel, Communion Sanglante (pour reprendre l'alternative du titre français plus Ă©vocateur Ă  mon sens) renoue avec la tradition du psycho-killer en privilĂ©giant l'Ă©tude des caractères de ses personnages partagĂ©s entre leur foi catholique, leur culpabilitĂ© et le dysfonctionnement d'un fanatisme religieux. Sombre requiem sur l'innocence galvaudĂ©e, ce grand film schizophrène d'une froideur antipathique est Ă  rĂ©habiliter d'urgence tant son atmosphère licencieuse (score lancinant Ă  l'appui) nous hante la mĂ©moire.

*Bruno
18.04.25. 5èx. Vost