vendredi 8 juillet 2016

Tremors

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Ron Underwood. 1990. U.S.A. 1h36. Avec Kevin Bacon, Fred Ward, Finn Carter, Michael Gross,
Reba McEntire, Robert Jayne.

Sortie salles France: 23 Mai 1990. U.S: 19 Janvier 1990

FILMOGRAPHIE: Ron Underwood est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain nĂ© le 6 novembre Ă  Glendale, Californie (États-Unis). 1986 : The Mouse and the Motorcycle (TV). 1988 : Runaway Ralph (TV). 1990 : Tremors. 1991 : La Vie, l'Amour, les Vaches. 1993 : DrĂ´les de fantĂ´mes. 1994 : ChĂ©rie vote pour moi. 1998 : Mon ami Joe. 2002 : Pluto Nash. 2003 : Stealing Sinatra. 2003 : Monk Saison 2 Épisode 2 : Monk part Ă  Mexico. 2004 : Back When We Were Grownups (TV). 2005 : In the Mix. 2006 : La Fille du Père NoĂ«l (TV). 2007 : Un fiancĂ© pour NoĂ«l (TV). 2011 : Trois jours avant NoĂ«l.

 
Tremors — Les mâchoires de la terre.

Succès commercial timorĂ© Ă  sa sortie (211 585 entrĂ©es en France), Tremors s’est taillĂ© au fil des ans une solide rĂ©putation de film culte, notamment grâce Ă  sa carrière vidĂ©o et Ă  son concept aussi loufoque qu’ingĂ©nieux : une menace reptilienne jaillissant des entrailles de la terre. Par leur taille dĂ©mesurĂ©e et leur appĂ©tit vorace, ces monstres souterrains rappellent les fameuses Dents de la Mer de Spielberg, Ă  ceci près que le requin, ici, se faufile sous le sable.

Synopsis
: Dans un hameau isolĂ© du Nevada, deux cowboys de longue date s’allient Ă  une poignĂ©e de citadins, Ă  une sismologue et Ă  un couple de survivalistes passionnĂ©s d’armes pour affronter l’hostilitĂ© de ces vers gĂ©ants tapis sous leurs pieds. Contraints de se rĂ©fugier sur les toits des maisons, puis sur les roches brĂ»lantes du dĂ©sert, ils dĂ©ploient mille ruses et une constance d’acier pour Ă©chapper aux mâchoires de la terre.
 

SĂ©rie B jubilatoire mĂŞlant les codes du western, de la comĂ©die, de l’horreur, de la romance et du film catastrophe, Tremors s’impose comme un modèle d’efficacitĂ© : une action continue, menĂ©e tambour battant, au cĹ“ur d’un cadre naturel magnifiquement exploitĂ©. Ron Underwood ne cesse de varier les lieux, les pièges et les refuges, relançant sans cesse la tension avec une inventivitĂ© dĂ©bordante. Ă€ partir d’une trame simplissime - prĂ©texte Ă  une succession de pĂ©ripĂ©ties toujours au service du rĂ©cit - le cinĂ©aste fait jaillir une gĂ©nĂ©rositĂ© contagieuse, entre surgissement de nouveaux personnages (le couple paramilitaire vaut son pesant de cacahuètes) et stratĂ©gies d’attaque et de dĂ©fense menĂ©es avec un hĂ©roĂŻsme ludique.

PortĂ© par des effets spĂ©ciaux artisanaux d’un rĂ©alisme bluffant, conçus entièrement “Ă  l’ancienne”, Tremors fascine par la prĂ©sence tentaculaire de ces serpents de terre aussi vĂ©loces que chafouins. Grâce Ă  un montage nerveux et un dĂ©coupage habile, les sĂ©quences d’assaut s’enchaĂ®nent Ă  un rythme mĂ©tronomique, d’autant plus haletant que la camaraderie et l’humour des protagonistes Ă©lectrisent chaque instant. Kevin Bacon et Fred Ward forment un duo d’une Ă©nergie irrĂ©sistible, Ă©paulĂ©s par Finn Carter, figure fĂ©minine lumineuse, pleine de naturel et de simplicitĂ©. Tous affichent une bonhomie communicative, s’abandonnant avec ferveur Ă  ce grand jeu du “cours après moi que je t’attrape !”.

Spectacle de survival Ă©pique Ă  la fois familial et trĂ©pidant, Tremors dĂ©ploie une gĂ©nĂ©rositĂ© sans Ă©gale dans son panthĂ©on de bravoures extravagantes. VĂ©ritable dĂ©claration d’amour aux monstres des fifties et Ă  la diversitĂ© harmonieuse des genres, ce petit bijou de sĂ©rie B n’a pas pris une ride. Ă€ redĂ©couvrir d’urgence : la terre tremble encore.

Un dernier mot sur sa restauration 4K : elle exalte les paysages ocres et gris, la poussière brĂ»lante du dĂ©sert, avec une prĂ©cision inĂ©dite. Chaque grain de sable, chaque ride de roche, chaque Ă©clat de lumière semble revivre - comme si la terre, frĂ©missante, reprenait vie sous nos yeux. Les acteurs, juvĂ©niles, ressuscitent dans cet Ă©clat retrouvĂ©, tandis que les crĂ©atures, toujours aussi agressives, n’ont rien perdu de leur pouvoir de fascination, loin s'en faut.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

4èx. 4K Vostf

jeudi 7 juillet 2016

DEMOLITION

                                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinebel.be

de Jean-Marc Vallée. 2015. U.S.A. 1h42. Avec Jake Gyllenhaal, Naomi Watts, Chris Cooper, Judah Lewis, C. J. Wilson, Polly Draper.

Sortie salles France: 6 Avril 2016. U.S: 8 Avril 2016

FILMOGRAPHIE: Jean-Marc Vallée est un réalisateur et scénariste américain, né le 9 Mars 1963 au Québec. 1992: Stéréotypes. 1995: Les Fleurs Magiques. 1995: Liste Noire. 1997: Los Locos. 1998: Les Mots Magiques. 1999: Loser Love. 2005: C.R.A.Z.Y. 2009: Victoria: les jeunes années d'une reine. 2011: Café de Flore. 2013: The Dallas Buyers Club. 2015: Demolition.


Drame psychologique d'une pudeur étonnante pour son traitement conféré à la difficulté d'assumer un deuil conjugal, Demolition bouscule les conventions avec une étonnante originalité. Jean-Marc Vallée façonnant une mise en scène épurée allant droit à l'essentiel pour entraîner le spectateur dans une dérive existentielle à la trajectoire indécise. Par son cheminement narratif impromptu bourré de situations erratiques, Demolition désarçonne le spectateur face à la quête identitaire d'un financier hanté par le remord et la soif de vérité. Celle de connaître ses véritables sentiments pour sa défunte épouse depuis que celle-ci succomba lors d'un accident de voiture. Dans sa dérive morale alternant fragilité, austérité et exubérance, Davis Mitchell multiplie les épreuves d'expiation afin de se soulager du poids de sa culpabilité et pour tenter de lever le voile sur sa nature amoureuse.


Parmi la sobriĂ©tĂ© d'une Ă©motion poignante, Jean-Marc VallĂ©e nous interroge sur la complexitĂ© de l'amour et l'essentialitĂ© de la cultiver au quotidien avec le tĂ©moignage d'une autre Ă©pouse (aussi lunatique que Davis) et de sa fille rebelle en crise sexuelle. Autour de ses trois quĂŞtes identitaires (en comptant donc celle de Davis !), le rĂ©alisateur aborde la difficultĂ© de s'accepter et d'assumer ses faiblesses, ses erreurs, tant au niveau de la responsabilitĂ© parentale, de l'infidĂ©litĂ© et de la maturitĂ©. Par ces thèmes actuels Ă©manant d'un malaise sociĂ©tal, Demolition injecte une dose d'ironie acide pour dĂ©tourner les clichĂ©s, notamment afin d'y extraire un vent de libertĂ© et une soif de vivre sous l'impulsion colĂ©rique de Davis et Chris. DĂ©routant, insolite et baroque, le rĂ©cit tentaculaire imparti aux trois protagonistes ne pourra faire l'unanimitĂ© auprès du grand public quand bien mĂŞme l'oeuvre aussi singulière que fragile est Ă©galement transcendĂ©e par le jeu dĂ©complexĂ© de comĂ©diens exprimant une humanitĂ© toute en discrĂ©tion. Au delĂ  des prestances charismatiques du duo Jake Gyllenhaal, Naomi Watts, Demolition est largement favorisĂ© par la prĂ©sence de Judah Lewis (sa troisième apparition Ă  l'Ă©cran !). Epoustouflant de naturel et d'autonomie dans sa condition rebelle, l'acteur juvĂ©nile parvient presque Ă  voler la vedette Ă  ses pairs tant il retranscrit avec subtilitĂ© une personnalitĂ© nĂ©vrosĂ©e aussi attachante que dĂ©gourdie !  


Résurrection
Requiem de la solitude lorsque l'amour ne parvient pas Ă  rĂ©concilier les âmes perdus, rĂ©cit initiatique auprès de son identitĂ© propre et de l'estime de soi sous le mobile d'une fidĂ©litĂ© amicale (principalement la relation paternelle entre Davis et Chris), Demolition dĂ©sarçonne pour mieux surprendre sous l'impulsion d'une violence libĂ©ratrice allouĂ©e Ă  la reconstruction. Superbe. 

Dédicace à Pascal Frezzato
B.M

mercredi 6 juillet 2016

Vendredi 13 (2009) / Friday the 13 th.

                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"" de Marcus Nispel. 2009. U.S.A. 1h46 (Uncut Version). Avec Jared Padalecki, Danielle Panabaker, Amanda Righetti, Travis Van Winkle, Derek Mears, Aaron Yoo, Julianna Guill, Arlen Escarpeta, Willa Ford.

Sortie salles France: 11 Février 2009. U.S: 13 Février 2009

FILMOGRAPHIE: Marcus Nispel est un rĂ©alisateur, producteur allemand, nĂ© le 15 avril 1963 Ă  Francfort-sur-le-Main en Allemagne. 2003: Massacre Ă  la Tronçonneuse. 2004: Frankenstein. 2007: Pathfinder. 2009: Vendredi 13. 2011: Conan. 2014: Backmask.


Après avoir dĂ©poussiĂ©rĂ© Massacre Ă  la Tronçonneuse avec son excellent remake entrepris en 2003, Marcus Nispel s'attaque Ă  la saga Vendredi 13 pour une nouvelle relecture aussi avisĂ©e que palpitante. Reprenant le canevas traditionnel de jeunes vacanciers partis en week-end au camp Crystal Lake, Vendredi 13 apporte toutefois une touche d'originalitĂ© en la prĂ©sence d'une disparue (entrevue dans le prĂ©lude) que son frère s'efforcera de retrouver en cĂ´toyant nos pèlerins. Ca dĂ©marre fort avec un prologue cinglant lorsqu'une poignĂ©e d'ados rĂ©unis autour d'un feu vont se faire Ă©triper par Jason durant une chaude nuit estivale (couple en coĂŻt Ă  l'appui). Étonnamment, on se surprend de la qualitĂ© de la mise en scène s'efforçant d'y distiller un climat anxiogène toujours plus oppressant quant Ă  la vigilance des vacanciers et avant que la terreur ne s'abatte sur leurs Ă©paules sous la dictature erratique de Jason. Confrontant en parallèle deux mises Ă  mort aussi inventives que cruelles, Marcus Nispel dĂ©cuple l'intensitĂ© des affrontements physiques avec l'appui d'une ultra-violence graphique. 


Outre les poursuites nocturnes effrĂ©nĂ©es impactĂ©es d'une bande-son punchy, Vendredi 13 nouvelle mouture cultive la terreur en la prĂ©sence iconique de Jason Voorhees plus agressif et vĂ©loce que jamais ! Charismatique en diable, ce dernier impose une stature saillante, belliqueuse, mastard beaucoup plus rĂ©aliste que n'importe quel opus initiĂ© par Sean S. Cunningham. Et si la suite des vicissitudes de nos ados emprunte le schĂ©ma usuel de la saga (un meurtre sauvage toutes les 10 minutes entre 2 scènes de cul et une partie de dĂ©fonce), la distribution convaincante permet un peu d'Ă©toffer les moments d'angoisse et de stress avant les fameuses exactions primitives. En prime, en alternant avec la claustration d'une disparue secrètement isolĂ©e dans une tanière, Marcus Nispel insuffle un petit suspense autour de sa condition recluse si bien que les Ă©tudiants de Crystal Lake seraient-ils aptes Ă  la dĂ©busquer pour la sauver ? Quant au final haletant se focalisant sur la survie de trois rescapĂ©s (une redite habilement contournĂ©e, notamment parmi leur cohĂ©sion hĂ©roĂŻque), Marcus Nispel renoue avec le mĂŞme climat d'affolement entrevu en prĂ©ambule lors d'une succession de poursuites (souterraines et externes) fertiles en rebondissements. On est Ă©galement ravi de retrouver en ultime Ă©pilogue un clin d'oeil cher Ă  la saga, un "jump-scare" redoutablement incisif afin d'Ă©muler dignement la conclusion inoubliable du premier volet.


Hormis le cĂ´tĂ© rebattu des situations de siège Ă  mi-parcours du rĂ©cit, Vendredi 13 fait preuve de savoir-faire et d'esthĂ©tisme saturĂ© (photo rutilante Ă  l'appui) pour honorer la saga avec l'appui de comĂ©diens juvĂ©niles plus spontanĂ©s que de coutume. Pour parachever, l'aspect vĂ©riste des meurtres gores (version Killer cut en sus) et son climat parfois malsain rehaussent l'aspect prosaĂŻque d'une franchise surfaite si bien que l'on est ici plus proche d'un Carnage de Tony Maylam que de l'attachant modèle de Cunningham

*Bruno 
22.03.25. 3èx. Vost

lundi 4 juillet 2016

GREEN ROOM

                                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site delibere.fr

de Jeremy Saulnier. 2015. U.S.A. 1h35. Avec Anton Yelchin, Imogen Poots, Patrick Stewart, Alia Shawkat, Callum Turner, Joe Cole, Macon Blair.

Sortie salles France: 27 Avril 2016. U.S: 1er Avril 2016

FILMOGRAPHIEJeremy Saulnier est un réalisateur, scénariste et directeur de la photographie américain. 2007 : Murder Party. 2013 : Blue Ruin. 2015 : Green Room



RĂ©vĂ©lĂ© par l'excellent Blue Ruin, Jeremy Saulnier nous revient 2 ans plus tard avec Green Room, un survival primitif d'une violence Ă  couper au rasoir ! Après leur concert, un groupe de punks se retrouvent piĂ©gĂ©s Ă  l'intĂ©rieur d'une chambre après avoir tĂ©moignĂ©s d'un meurtre. Refusant d'alerter la police, les responsables de la boite dĂ©cident d'Ă©liminer tous tĂ©moins gĂŞnants. Une course pour la survie s'engage entre victimes et assaillants. Thriller Ă  suspense conçu sur l'efficacitĂ© d'affrontements bellicistes qu'un groupe de jeunes musiciens doit opĂ©rer en guise de survie, Green Room renoue avec le survival brut de dĂ©coffrage par son rĂ©alisme tranchĂ©. D'une ultra violence aussi barbare que sauvage, le rĂ©cit multiplie les situations d'auto-dĂ©fense et les exactions meurtrières sous le pilier d'une intensitĂ© dramatique en crescendo. Les victimes molestĂ©es et prises pour cibles tentant dĂ©sespĂ©rĂ©ment de s'extirper de leur tanière avec une bravoure suicidaire !


Fort d'un climat ombrageux déroutant et d'une tension permanente, Green Room insuffle un climat d'insécurité omniprésent au sein d'une scénographie opaque. Le réalisateur exploitant habilement les sombres corridors de l'établissement que nos héros arpentent avec une vigilance apeurée. En dépit de la facilité de certaines situations éculées faisant parfois preuve d'incohérences (l'un des héros faisant croire à son agresseur qu'il fait parti de son équipe !), Green Room parvient à susciter une tension alerte au fil d'un cheminement de survie précaire où la moralité n'a plus lieu d'être. Les victimes adoptant contre leur gré un comportement meurtrier toujours plus hargneux si bien que le réalisateur redouble de cruauté à les confronter au trépas de manière souvent impromptue et avec l'hostilité de chiens cerbères (l'agressivité primitive des pit-bulls). Insufflant une sobre empathie pour leur esprit de cohésion et leur ascension héroïque, les comédiens juvéniles témoignent d'expressivité viscérale pour faire naître l'émotion.


Si on peut regretter le classicisme de son intrigue conçue sur l'itĂ©rativitĂ© des affrontements meurtriers, Green Room redore le sens du survival primal en exploitant assez efficacement une ultra-violence en roue libre. Par le biais de cette Ă©preuve de force dĂ©shumanisĂ©e Ă©mane Ă©galement le caractère dĂ©routant d'un climat baroque au confins du genre horrifique. 


jeudi 30 juin 2016

Ginger Snaps. Prix Spécial du Jury, Toronto 2000.

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

de John Fawcett. 2000. U.S.A. 1h48. Avec Emily Perkins, Katharine Isabelle, Kris Lemche, Mimi Rogers, Jesse Moss, Danielle Hampton

Sortie salles Canada: 11 Mai 2001. Inédit en salles en France.

FILMOGRAPHIE: John Fawcett est un réalisateur américain, né le 5 Mars 1968 à Edmonton, Alberta, Canada. 1997: The Boys Club. 2000: Ginger Snaps. 2001: Lucky Girl (télé-film). 2005: The Dark. 2008: The quality of life. 2006: Issue Fatale.

"La lune des filles perdues." 

InĂ©dit en salles en France et sorti discrètement en DVD, Ginger Snaps aborde la lycanthropie avec une rare intelligence dans le traitement de ses personnages : deux sĹ“urs insĂ©parables, fascinĂ©es par le morbide (elles se mettent en scène dans diverses tentatives de suicide Ă  travers leur camĂ©ra) et tiraillĂ©es entre le goĂ»t de la mort et les premiers dĂ©sirs de sĂ©duction qui accompagnent leur pubertĂ©, malgrĂ© la prĂ©sence d’ados machistes et libidineux.

Synopsis : sauvagement agressĂ©e une nuit par un loup-garou dans un parc, Ginger change peu Ă  peu de comportement, tandis que sa sĹ“ur cadette, Brigitte, impuissante, tente de comprendre. Unies par un lien fusionnel, elles vont lutter ensemble contre le mal qui dĂ©vore Ginger de l’intĂ©rieur.

Sur le papier, le scĂ©nario pouvait laisser craindre une banale resucĂ©e du film de loup-garou. Mais John Fawcett en dĂ©cortique une mĂ©taphore vibrante : celle de la crise adolescente et du passage Ă  l’âge adulte, vus d’un point de vue fĂ©minin. Un angle rare dans la mythologie lycanthrope, qui renouvelle les clichĂ©s tout en convoquant Carrie de De Palma (notamment lors de la première menstruation post-transformation de Ginger) ou encore le si mĂ©sestimĂ© Jennifer’s Body, qu’il serait urgent de rĂ©habiliter.

Avec tact, rĂ©alisme tranchĂ© (notamment pour les sauvages scènes d'agression vĂ©ritablement terrifiantes, mĂŞme si suggĂ©rĂ©es par le montage ultra dynamique) et une tendresse sobre, Fawcett dresse le portrait fragile de deux adolescentes rebelles. Ginger Snaps adopte une approche quasi documentaire pour transformer sa tragĂ©die horrifique en Ă©tude de caractère. En scrutant le malaise adolescent et la peur de la mort Ă  travers deux sĹ“urs marginales, le film, sous ses dehors de sĂ©rie B au formalisme Ă©tonnamment glauque, dĂ©ploie une surprenante vigueur psychologique dans sa chronique d’une descente aux enfers identitaire. Autant du cĂ´tĂ© de la victime, rongĂ©e par des pulsions sexuelles et sanguinaires incontrĂ´lĂ©es, que de celui de la sĹ“ur tĂ©moin, bouleversĂ©e par la lente mĂ©tamorphose et dĂ©terminĂ©e Ă  trouver un remède.

Impeccablement portĂ©es par deux actrices juvĂ©niles - Emily Perkins et Katharine Isabelle - d’une spontanĂ©itĂ© troublante, les hĂ©roĂŻnes irradient une complicitĂ© affectĂ©e, presque vĂ©nĂ©neuse, qui confine au vertige. On jurerait qu’elles sont sĹ“urs dans la vie tant la fusion paraĂ®t si authentique.

Le rĂ©alisme du contexte horrifique, aussi improbable que dĂ©rangeant, surprend par la brutalitĂ© crĂ©dible des crimes commis par cette crĂ©ature indomptable. Les effets spĂ©ciaux mĂ©caniques, solides et organiques, donnent corps au monstre sans excès de complaisance, tandis que les scènes gores s’attardent juste assez sur les chairs dĂ©chirĂ©es et le sang coagulĂ© pour nourrir le malaise. Ce climat insalubre, presque clinique, glace d’autant plus qu’il documente la bestialitĂ© avec une prĂ©cision morbide et dĂ©senchantĂ©e.

John Fawcett transcende ainsi la sĂ©rie B pour en extraire une Ă©tude de caractère d’une intensitĂ© dramatique inattendue. Ginger Snaps devient un documentaire brut sur l’Ă©moi pubère, sublimĂ© par deux comĂ©diennes transies de vĂ©ritĂ© fraternelle. En injectant un vĂ©ritable drame humain dans la chair du film de monstre, le rĂ©alisateur signe, sans conteste, l’un des plus beaux films de loup-garou jamais tournĂ©s -digne de La Nuit du Loup-Garou, Hurlements ou Le Loup-Garou de Londres.
Quant Ă  sa suite, tout aussi impactante, autrement plus funeste et Ă©touffante, on y reviendra plus tard…

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

4èx. Vostf

Récompenses: Prix spécial du jury, lors du Festival international du film de Toronto en 2000.
Prix du meilleur film, meilleure actrice pour Emily Perkins et meilleurs effets spéciaux, lors de la Semaine du cinéma fantastique de Málaga en 2001.
Prix du meilleur film sorti en DVD, par l'Académie des films de science-fiction, fantastique et horreur en 2002.
Prix du meilleur film, lors des International Horror Guild Awards en 2002.



mardi 28 juin 2016

Salut l'ami, adieu le trésor / Chi trova un amico, trova un tesoro

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com
 
de Sergio Corbucci. 1981. Italie. 1h44. Avec Bud Spencer, Terence Hill, Sal Borgese, John Fujoka, Luise Bennett, Terry Moni Papuana.

Sortie salles France: 16 Décembre 1981. Italie: Décembre 1981

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Sergio Corbucci est un réalisateur et scénariste italien, né le 6 Décembre 1927 à Rome, décédé le 1er Décembre 1990. 1962: Romulus et Remus. 1963: Danse Macabre (co-réalisé avec Antonio Margheriti). 1966: L'Homme qui rit. 1966: Django. 1966: Ringo au pistolet d'or. 1966: Navaja Joe. 1968: Le Grand Silence. 1969: Le Spécialiste. 1970: Companeros. 1972: Mais qu'est ce que je viens foutre au milieu de cette révolution ? 1978: Pair et Impair. 1980: Un Drôle de flic. 1981: Salut l'ami, adieu le trésor. 1989: Night Club.


Gros succès en salles Ă  sa sortie, Salut l’ami, adieu le trĂ©sor est aujourd’hui l’occasion pour moi de rendre hommage Ă  Bud Spencer, avec un brin de nostalgie, depuis que j’ai eu la chance de le dĂ©couvrir en salle. AccompagnĂ© de mon père, un samedi après-midi Ă  l’Apollo Lens, c’est un souvenir d’ado inoubliable que je garde prĂ©cieusement en mĂ©moire. Aujourd’hui, je le redĂ©couvre pour la troisième fois, avec un enthousiasme teintĂ© d’Ă©motion. Autant pour la perte de cet acteur de seconde zone, aussi modeste qu’introverti, que pour celle d’un genre de comĂ©die Ă©pique dont les Italiens s’Ă©taient faits les maĂ®tres. Car il faut l’avouer : les films du duo Bud Spencer / Terence Hill ne brillaient pas par leur subtilitĂ©, mais par leur simplicitĂ© narrative et surtout par la bonhomie de nos « gros durs » - une tendresse sincère qu’on ne retrouve plus, ou si rarement, dans le cinĂ©ma d’aujourd’hui.

                                       

Ă€ la recherche d’un trĂ©sor dans une Ă®le du Pacifique, Alan (Terence Hill) embarque clandestinement sur le bateau de Charlie O’Brien (Bud Spencer). Après leurs querelles incessantes, qui les mènent Ă  l’abandon du navire, les deux compères rejoignent Ă  la nage une Ă®le autrefois occupĂ©e par l’armĂ©e japonaise d’après-guerre. Ă€ peine la chasse au trĂ©sor entamĂ©e, ils sont accueillis par les indigènes, avant que pirates et gangsters ne s’en mĂŞlent pour s’approprier le magot. 

Entre quiproquos insolents, gags improbables et rebondissements farfelus, Salut l’ami, adieu le trĂ©sor s’appuie autant sur l’extravagance des seconds rĂ´les que sur l’inimitiĂ© complice du duo pour dĂ©clencher la jubilation. Terence Hill campe un espiègle chafouin, toujours prĂŞt Ă  titiller les nerfs de son partenaire taciturne ! PortĂ©e par un rythme nerveux, jamais ennuyeux, l’intrigue multiplie les rivalitĂ©s contre des antagonistes hauts en couleur, permettant Ă  nos hĂ©ros de distribuer mandales et baffes tonitruantes avec une inventivitĂ© insatiable. DĂ©paysant par son climat tropical Ă©clatant et entĂŞtant grâce Ă  sa partition antillaise dĂ©licieusement datĂ©e, Salut l’ami, adieu le trĂ©sor conserve un charme aussi folingue que surrĂ©aliste, orchestrĂ© par l’autoritĂ© intègre de Sergio Corbucci, cinĂ©aste notoire dĂ©jĂ  signataire de Django et du Grand Silence (excusez du peu).

Spectacle familial dĂ©bordant de fantaisie et nourri d’une naĂŻvetĂ© bon enfant, Salut l’ami, adieu le trĂ©sor reste une perle bis de la comĂ©die italienne, immortalisĂ©e par le duo lĂ©gendaire Bud Spencer / Terence Hill et leur concours de baffes dĂ©coiffantes.

A Bud Spencer (31.10.29 / 27.06.16)

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

lundi 27 juin 2016

Frogs

  
                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de George Mc Cowan. 1972. U.S.A. 1h32. Avec Ray Milland, Sam Elliott, Joan Van Ark, Adam Roarke, Judy Pace, Lynn Borden, Mar Mercer, David Gilliam.

Sortie salles France: 2 Octobre 1974. U.S: 10 Mars 1972

FILMOGRAPHIE PARTIELLE: George Mc Cowan est un réalisateur canadien né le 27 Juin 1927, décédé le 1er Novembre 1995. 1971: Face-Off. 1972: Frogs. 1972: La Chevauchée des 7 mercenaires. 1974: The Inbreaker. 1974: To kill the King. 1976: Shadow of the Hawk. 1979: Alerte dans le cosmos. 1990: Sanity clause (télé-film).


SĂ©rie B horrifique rĂ©alisĂ©e par un artisan de sĂ©ries TV (l'Ă®le Fantastique, DrĂ´le de dames, Shannon, l'Homme Ă  l'orchidĂ©e, Starsky et Hutch, Cannon, les Envahisseurs, etc...), Frogs emprunte la thĂ©matique des animaux meurtriers sous couvert de manifeste anti-pollution (les pesticides employĂ©es ici Ă  outrance par un propriĂ©taire cossu). D'une simplicitĂ© narrative, de riches rĂ©sidents d'une bâtisse insulaire se voient agressĂ©s par des animaux Ă  proximitĂ© de leurs Ă©tangs et de la forĂŞt. Quand bien mĂŞme un journaliste Ă©colo tente de leur prĂŞter main forte malgrĂ© l'intransigeance du patriarche Ă  ne pas cĂ©der Ă  l'affolement. Avec son affiche cartoonesque aussi grotesque que pittoresque, Frogs cultive l'esprit Bis d'un nanar ricain assez fallacieux. Dans la mesure oĂą malgrĂ© leur omniprĂ©sence Ă  l'Ă©cran (croassement rĂ©barbatif Ă  l'appui !), ni grenouilles ni crapauds Ă©prouvent une pulsion meurtrière si on excepte l'ultime sĂ©quence lorsqu'ils se rĂ©unissent en masse pour provoquer une attaque cardiaque chez le propriĂ©taire. Outre cet Ă©cart de conduite, nos batraciens occupent leur temps Ă  observer inlassablement les exactions meurtrières de leurs congĂ©nères. 


A savoir, serpents, lĂ©zards, crocodiles et volatiles communĂ©ment complices pour se venger de la morale irrĂ©vĂ©rencieuse de l'homme. Si l'intrigue sans surprises tourne Ă  vide et que la direction d'acteurs est inĂ©gale de par l'aspect attachant des personnages parfois crĂ©tins dans leur maigre effort Ă  repousser la menace, les sĂ©quences chocs qui empiètent le rĂ©cit font preuve d'une certaine vigueur dans leur mise Ă  mort Ă  la fois viscĂ©rale et malsaine. Non pas que le cinĂ©aste ne cède aux effusions de sang mais qu'il insiste Ă  dĂ©crire de manière documentĂ©e l'agonie cruelle des victimes lorsqu'elles sont sauvagement prises Ă  parti avec les reptiles. Et Ă  ce niveau on ressent bien la patine  insalubre d'une oeuvre plutĂ´t rĂ©aliste (tous les animaux, omniprĂ©sents et repoussants, sont authentiques !) symptomatique de l'Ă©poque des Seventies. En prime, le cadre insĂ©cure de l'environnement naturel dans lequel Ă©voluent les animaux insuffle un climat hostile assez envoĂ»tant (bruitages dissonants Ă  l'appui fonctionnant Ă  merveille). Si 1 ou 2 attaques chocs sombrent un peu dans le ridicule, faute du comportement incohĂ©rent ou ridicule des protagonistes (une des victimes s'efforçant maladroitement de se dĂ©fendre contre un alligator au sein d'un Ă©tang, une autre se vautrant bĂŞtement dans une fumĂ©e toxique au lieu de s'en Ă©carter !), les animaux charismatiques, car bien communĂ©ment rĂ©els, provoquent terreur et rĂ©pulsion viscĂ©rale prĂ©gnantes !


Day of the Animals
SĂ©rie B mineure Ă  la rĂ©alisation stĂ©rile et Ă  la distribution timorĂ©e bien qu'attachante (Ray Milland  cabotine aimablement dans sa prestance patriarcale) mais nĂ©anmoins rehaussĂ©e d'un climat anxiogène constamment inquiĂ©tant, Frogs constitue un fort sympathique divertissement pour les amateurs de relique bisseuse Ă  l'aura gĂ©nialement licencieuse (marque de fabrique des Seventies pour le genre).  

*Bruno
24.01.23. 5èx
27.06.16
10.03.10

vendredi 24 juin 2016

Severance

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site aureliehuet.com 

de Christopher Smith. 2006. Angleterre. 1h30. Avec Danny Dyer, Laura Harris, Tim McInnerny, Toby Stephens, Claudie Blakley, Andy Nyman.

Sortie salles France: 18 Octobre 2006. Angleterre: 25 Août 2006

FILMOGRAPHIE: Christopher Smith est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste britannique, nĂ© le 16 AoĂ»t 1970 Ă  Bristol. 2004: Creep. 2006: Severance. 2009: Triangle. 2010: Black Death. 2011: Paris I'll Kill You. 2014: Get Santa.


Empruntant le schĂ©ma du survival dans la tradition du genre (chasse Ă  l'homme en milieu forestier), le rĂ©alisateur british Christopher Smith (rĂ©vĂ©lĂ© par l'excellent Creep !) parvient Ă  contourner les clichĂ©s par le biais d'un humour sardonique particulièrement fĂ©roce. Car outre les situations aussi extravagantes qu'inventives et les comportements dĂ©calĂ©s des personnages, Severance se laisse Ă©galement influencĂ© par le Tortur'Porn (en vogue) avec un rĂ©alisme viscĂ©ral. 

Synopsis: Sept managers partent en week-end pour une partie de Pain-ball en pleine forĂŞt hongroise. EpiĂ©s par une prĂ©sence invisible et sĂ©vèrement mis Ă  mal par moult pièges implantĂ©s dans les sentiers, ils deviennent la cible d'un groupuscule terroriste dĂ©libĂ©rĂ© Ă  les pourchasser jusqu'Ă  ce que mort s'ensuive. 

Satire du milieu de l'entreprise auquel 7 employĂ©s n'auront de cesse de tester leur performance morale et physique avec un esprit d'Ă©quipe anarchique, Severance amorce la descente aux enfers d'un jeu de massacre oĂą les coups les plus couards y seront permis. En comptant notamment sur la spontanĂ©itĂ© attachante des personnages (notamment la romance improvisĂ©e entre le duo hĂ©roĂŻque), Christopher Smith divertit gĂ©nĂ©reusement avec l'habiletĂ© d'un script dĂ©tonnant embrayant avec la montĂ©e en puissance d'un rythme homĂ©rique. Ce dernier exploitant Ă©galement habilement les lieux-clos et son espace naturel pour les allĂ©s et venus de nos touristes s'efforçant de contourner la mort Ă  travers  chausse-trapes et courses-poursuites en roue libre. 


De par la modestie du rĂ©alisateur Ă  façonner un pur divertissement de sĂ©rie B, Severance constitue un spectacle retors constamment plaisant et haletant dans son lot de gags sardoniques et d'ultra-violence vitriolĂ©e. Une farce macabre redoutablement efficace au demeurant, pied de nez Ă  la course Ă  l'armement portĂ© avec une dĂ©rision cinglante. 

*Bruno
10.11.24. 3èx. VF

jeudi 23 juin 2016

INCASSABLE

                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fmaker.unblog.fr

"Unbreakable" de Night M. Shyamalan. 2000. U.S.A. 1h47. Avec Bruce Willis, Samuel L. Jackson, Robin Wright Penn, Spencer Treat Clark, Charlayne Woodard, Eamonn Walker, Leslie Stefanson

Sortie salles France: 27 Décembre 2000. U.S: 22 Novembre 2000

FILMOGRAPHIE: M. Night Shyamalan est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain, d'origine indienne, né le 6 Août 1970 à Pondichéry.
1992: Praying with Angers. 1998: Eveil à la vie. 1999: Sixième Sens. 2000: Incassable. 2002: Signs. 2004: Le Village. 2006: La Jeune fille de l'eau. 2008: Phenomènes. 2010: Le Dernier maître de l'air. 2013: After Earth. 2015: The Visit.


Un an après le succès notoire du 6è SensM. Night Shyamalan recrute Ă  nouveau Bruce Willis pour le glisser dans la peau d'un super-hĂ©ros hĂ©tĂ©rodoxe. Car Ă  travers ce thème mythologique, l'intrigue audacieuse fait fi de surenchère homĂ©rique afin de privilĂ©gier la dimension torturĂ©e de deux personnages en discorde morale. David Dunn poursuivant durant son cheminement existentiel une quĂŞte identitaire sous l'influence d'un fĂ©ru de bande dessinĂ©e. Miraculeusement indemne après un tragique accident ferroviaire, il rencontre Elijah Price, artiste peintre de BD atteint d'une maladie rare, l'ostĂ©ogenèse (grande fragilitĂ© des os dĂ» Ă  une anomalie congĂ©nitale). Ce dernier tente de convaincre David, agent de sĂ©curitĂ© dans un stade de foot, qu'il est affublĂ© de pouvoirs surhumains Ă  l'instar d'un super-hĂ©ros. RĂ©futant cette thĂ©orie improbable mais hantĂ© par son don pour la survie, David ne cesse de se remettre en question parmi le tĂ©moignage de son fils toujours plus intriguĂ© par sa santĂ© prospère. Mais comme tous les personnages super-hĂ©roĂŻques, ce dernier pâti d'un point faible qu'Elijah va tenter d'Ă©lucider.


RĂ©cit d'anticipation Ă©maillĂ© de rebondissements (l'Ă©volution morale de David et Elijah donne lieu Ă  une complicitĂ© ambivalente !) et de plages d'intimitĂ© d'une pudeur fragile (la complicitĂ© autant amicale que paternelle de David avec son fils, ses rapports conjugaux en quĂŞte de rĂ©conciliation), Incassable prend le contre-pied du divertissement lambda pour transcender le mythe du super-hĂ©ros avec sobriĂ©tĂ© imperturbable. DĂ©nuĂ© d'aucune prĂ©tention, M. Night Shyamalan exploite tous les codes du genre avec une rare subtilitĂ© (la prise de conscience surhumaine de David avec la sĂ©ance des haltères) tout en offrant au passage une dĂ©claration d'amour Ă  la bande dessinĂ©e (le gĂ©nĂ©rique introductif, l'analyse d'un dessin pictural !). A l'aide d'une rĂ©alisation alambiquĂ©e, le cinĂ©aste prend son temps pour peaufiner un rĂ©cit diaphane Ă  travers les profils contrariĂ©s de personnages en proie Ă  la dĂ©livrance. RĂ©flexion sur l'identitĂ©, la rĂ©demption, le but de notre destinĂ©e mais aussi celui du sacrifice (sur ce dernier terme, le point de vue est Ă©tabli par le "mĂ©chant"), Incassable oppose les sentiments contradictoires de vengeance et de justice avec singularitĂ©. Shyamalan multipliant les rivalitĂ©s psychologiques avec un humanisme fragile plutĂ´t que la tradition des confrontations musclĂ©es (un seul pugilat est Ă  relever !). Tant pour la remise en question de David hantĂ© par sa condition surhumaine (une tare l'empĂŞchant de façonner sa vie de famille), la posture admirative du fils puis sa crise morale Ă  vouloir dĂ©masquer l'identitĂ© de son père, que de la condition versatile d'Elijah depuis son handicap congĂ©nital.


Avec le parti-pris de dĂ©concerter le grand public, M. Night Shyamalan a pris d'Ă©normes risques Ă  traiter sobrement de l'univers des super-hĂ©ros et de la bande dessinĂ©e en misant essentiellement sur la dimension humaine de personnages partagĂ©s entre rĂ©volte et reconnaissance ou quĂŞte de rĂ©demption et quiĂ©tude existentielle. Outre le brio technique du cinĂ©aste conteur, on peut Ă©galement prĂ´ner le jeu flegme des comĂ©diens communĂ©ment impliquĂ©s dans la vigueur Ă©motionnelle. DĂ©routant mais passionnant sous le pilier de ses thèmes universels.  

2èx

mercredi 22 juin 2016

LA SECTE SANS NOM. Prix du jury, prix de la critique, prix du jury jeune et Prix de la découverte, Gerardmer 2000.

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site papystreaming.com

"Los sin nombre" de Jaume BalaguerĂł. 1999. Espagne. 1h39. Avec Emma Vilarasau, Karra Elejalde, Tristán Ulloa, Toni Sevilla, Brendan Price, Jordi Dauder

Sortie salles France: 23 Août 2000. Espagne: 19 Novembre 1999

FILMOGRAPHIE: Jaume Balaguero est un réalisateur et scénariste espagnol d'origine catalane, né le 2 Novembre 1968 à Lérida.
1999: La Secte sans Nom. 2002: Darkness. 2005: Fragile. 2006: A Louer (moyen métrage). 2007: REC (co-réalisé avec Paco Plaza). 2009: REC 2 (co-réalisé avec Paco Plaza). 2011: Malveillance. 2014: REC Apocalypse.


Premier long-métrage oh combien éprouvant du prodige Jaume Balaguero, la Secte sans nom fut salué à travers le monde par de multiples récompenses. En témoigne son accueil reçu en France lorsqu'il s'est vu attribué le Prix du jury, le Prix de la Critique, le Prix du Jury Jeune et le Prix de la Découverte Ciné-Live au Festival de Gérardmer. Thriller horrifique sans doute influencé par Rosemary's Baby, Seven et le Silence des Agneaux, la Secte sans nom fait parti de ses rares métrages où l'atmosphère putride et la terreur cérébrale nous saisissent à la gorge sans jamais lâcher prise ! A l'instar de son prélude auquel une fillette tuméfiée est retrouvée vitriolée après avoir été plongée dans un bain d'acide ! Une séquence morbide d'un réalisme halluciné d'autant plus dérangeante que le symbole candide est immolé au nom d'une confrérie néo-nazie.


Cinq ans après ce tragique évènement, Claudia reçoit un appel de sa défunte fille lui suppliant de partir à sa recherche. Oh départ dubitative mais gagnée par la curiosité et une soif de vérité, elle se lance à sa recherche avec l'aide d'un ex policier. Au même moment, un journaliste enquête en parallèle pour tenter de lever le voile sur ces sinistres disparitions d'enfants auquel Santini et un médecin nazi en seraient les principaux commanditaires. Prenant pour thème le satanisme (même si le mot n'est jamais ou si peu prononcé me semble t'il !), la pédophilie et le snuff movie, La Secte sans nom baigne dans un climat malsain difficilement respirable. Epaulé d'une photo désaturée et de décors désaffectés où plane une ombre hostile, l'ambiance poisseuse que Jaume Balaguero façonne scrupuleusement nous magnétise l'esprit sans complaisance. En dépit d'une intrigue complexe conçue comme un puzzle à devinettes, le cinéaste sème doute, trouble et confusion pour mieux nous plonger dans le désarroi sous l'impulsion délétère d'un ésotérisme parareligieux en concertation avec le nazisme. Cette secte ayant pour mission de synthétiser la pureté du mal autour des personnages martyrs d'Angela et de sa mère. Remarquablement interprété, les comédiens s'investissent dans leur rôle avec une mine aussi contrariée que sentencieuse. Les protagonistes avides de vérité s'efforçant de résoudre l'énigme avec une foi mêlée d'appréhension et de désespoir.


Une pellicule impure habitĂ©e par le Mal. 
ProfondĂ©ment malsain, trouble, dĂ©rangeant et rĂ©ellement terrifiant lors de moments d'intimitĂ© chargĂ©s d'ambiguĂŻtĂ© (l'apartĂ© avec Santini, la posture gouailleuse et viciĂ©e du gourou), La Secte sans nom laisse des sĂ©quelles psychologiques sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique Ă©coulĂ©. De par son effrayante conclusion bâtie sur le nihilisme et son rĂ©alisme cru confĂ©rĂ© aux faits de sociĂ©tĂ© tels que les enlèvements d'enfants et le satanisme. EpaulĂ© d'une bande-son stridente, il en Ă©mane un chef-d'oeuvre du genre d'une angoisse dĂ©pressive dans sa manière capiteuse de susciter l'Ă©moi au coeur d'un surnaturel laissĂ© en suspens. 

3èx

Récompenses: Meilleure actrice pour Emma Vilarasau, meilleure photo pour Xavi Giménez au Festival international du film de Catalogne de Sitges. Prix du meilleur film international au festival FanTasia de Montréal.
Prix du jury, prix de la critique, prix du jury jeune et Prix de la découverte Ciné-Live au festival de Fantastic'Arts 2000 de Gérardmer.
Corbeau d'or au Festival international du film fantastique de Bruxelles.
Prix de la critique et prix du meilleur réalisateur du meilleur film international fantastique au Fantasporto à Porto.

mardi 21 juin 2016

SSSSnake

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Sssssss" de Bernard L. Kowalski. 1973. U.S.A. 1h39. Avec Strother Martin, Dirk Benedict, Heather Menzies-Urich, Richard B. Shull, Tim O'connor.

Sortie salles France: 8 Mai 1974

FILMOGRAPHIE: Bernard L. Kowalski est un réalisateur et producteur américain, né le 2 Août 1929 à Brownsville, Texas, décédé le 26 Octobre 2007 à Los Angeles, Californie. 1958: Hot car girl. 1958: Night of the Blood Beast. 1959: Attack of the Giant Leeches. 1959: Blood and Steel. 1961: Las Vegas Beat. 1968: Krakatoa à l'est de Java. 1969: Stiletto. 1970: Macho Callahan. 1971: Panique en plein ciel (télé-film). 1971: Black Noon (télé-film). 1972: Women in chains (télé-film). 1972: Two for the Money (télé-film). 1972: The New Healers (télé-film). 1972: The Woman Hunter (télé-film). 1973: SSSnake. 1975: The Supercops (télé-film). 1976: Risko. 1977: Flight to holocaust (télé-film). 1978: The Nativity (télé-film). 1979: Marciano (télé-film). 1980: Nick and the Dobermans (télé-film). 1980: Turnover Smith (télé-film). 1980: Patrouille de nuit à Los-Angeles (télé-film). 1983: Johnny Blue (télé-film). 1988: Miracle at Beekman's Place (télé-film). 1989: Nashville Beat (télé-film).

                                            

Autrefois inédit en Vhs et mais diffusé à l'époque sur la chaîne TV6 au coeur des années 80, SSSSnake marqua une génération de téléspectateurs pour ceux ayant eu l'opportunité de le découvrir un dimanche soir. Réalisateur prolifique ayant aussi bien oeuvré au cinéma qu'à la TV (on lui doit des épisodes de Magnum, K2000, Supercopter, Tonnerre de Feu, Mike Hammer, Simon et Simon, les Petits génies, Chips, Barreta, etc...), Bernard L. Kowalski réalise en 1973 une série B horrifique plutôt efficace par son rythme soutenu largement rehaussé du réalisme documenté imparti aux reptiles. Car comme le souligne son avertissement liminaire, tous les serpents sont bel et bien d'authentiques spécimens ramenés de Bangkok (les Cobras royaux) et de Singapour (le Python) et non de vulgaires effets spéciaux façonnés à base de prothèses et latex. 155 étaient d'ailleurs présents sur le tournage dont la moitié venimeux ! Quant à la métamorphose de David en reptile humain, si les effets cheap peuvent timidement prêter à sourire, le réalisme imparti à sa souffrance physique (râles d'agonie à l'appui !) finit rapidement par provoquer l'effroi avec une empathie teintée de désespoir. Certaines séquences fortement dérangeantes insufflant d'ailleurs un climat résolument malsain, tant pour la déchéance humaine des sujets (le héros en mutabilité puis celui exposé dans un cirque !) que du combat réalisé sans trucage entre une mangouste et un cobra royal ! Ainsi, en fustigeant la moralité du cinéaste, on peut donc se scandaliser de cette éventuelle maltraitance animale !

                                         

Prenant pour thème le savant fou dĂ©libĂ©rĂ© ici Ă  expĂ©rimenter du venin reptilien sur un cobaye humain au profit de notre survie (c'est Ă  dire s'immuniser contre la pollution, les flĂ©aux, la famine et l'holocaust), SSSnake emprunte le schĂ©ma classique d'une sĂ©rie B horrifique Ă  l'aura de souffre permĂ©able. De par ces quelques situations et clichĂ©s Ă©culĂ©es (le rival aux gros bras molestant la tranquillitĂ© du couple avant une riposte punitive) et ses sĂ©quences chocs censĂ©es provoquer l'effroi (l'agression sous la douche puis celle dans la cave), SSSnake ne peut laisser indiffĂ©rent l'amateur de dĂ©viance horrifique. Et en dĂ©pit de son cheminement inĂ©vitablement prĂ©visible entrecoupĂ© d'une situation sentimentale censĂ©e dramatiser la romance (la fille du docteur ne doit pas avoir de rapport sexuel avec David au risque d'ĂŞtre contaminĂ©e !), SSSSnake insuffle un suspense anxiogène quand au sort de ses amants (sobrement incarnĂ©s par Dirk Benedict et Heather Menzies-Urich) soumis Ă  l'influence paternelle de Stoner. Ce dernier rivalisant de cynisme et sournoiserie Ă  parfaire ses expĂ©rimentations inhumaines après avoir osĂ© improviser une vendetta meurtrière. Tout un programme expĂ©ditif donc dĂ©nuĂ© de moralitĂ©. Strother Martin endossant avec charisme l'archĂ©type du savant faussement affable habitĂ© d'un dessein littĂ©ralement exubĂ©rant pour notre grand bonheur de rĂ©cit vrillĂ©. Si la première partie n'apporte pas grand chose Ă  l'Ă©volution du rĂ©cit (en dĂ©pit des enjeux humains pour l'idylle du couple), les personnages s'avèrent suffisamment attachants et la mise en scène assez adroite, notamment lorsqu'elle s'efforce de crĂ©dibiliser numĂ©ros d'exhibition et expĂ©rimentations avec les reptiles. Mais c'est lors de son second acte que SSSSnake renchĂ©rit dans l'effroi viscĂ©ral avec la condition torturĂ©e de David rĂ©duit Ă  l'Ă©tat de Cobra royal ! La encore, les effets spĂ©ciaux artisanaux parviennent sobrement Ă  transcender l'improbable en insistant sur la dimension humaine de la crĂ©ature soumise. Le final franchement malsain et audacieux s'avĂ©rant par ailleurs d'une grande cruautĂ© dans son refus de compromis, sachant que l'image se fige sur un hurlement insoutenable.

                                           

En dĂ©pit de son aspect tĂ©lĂ©visuel (non dĂ©nuĂ© de charme) et du manque d'ambition d'un concept aussi saugrenu que dĂ©bridĂ© (Bernard L. Kowalski survole Ă  mon sens le potentiel de son intrigue), SSSSnake parvient sans peine Ă  fasciner, terrifier, rĂ©vulser et impressionner par son climat malsain oĂą (l'omniprĂ©sence) de rĂ©els reptiles se prĂŞtent Ă  la complicitĂ© des comĂ©diens avec troublante hostilitĂ© ! A l'instar du combat final imparti entre le savant et le cobra domestique. Une authentique perle culte donc rehaussĂ©e d'une aura de soufre toujours plus tangible (la dernière demi-heure est immanquable) si bien qu'il m'a aujourd'hui beaucoup plus impressionnĂ© que lors de sa diffusion TV dans les annĂ©es 80. 

*Bruno
02.11.22
21.06.16

"Tous les reptiles montrés dans ce film sont réels. Les cobras royaux ont été importé de Bangkok, le python de Singapour. Nous souhaitons remercier l'équipe et les acteurs pour leur courage... car ils ont été exposés à des conditions très dangereuses."

jeudi 16 juin 2016

EMPRISE. Prix du Meilleur Film, Horror Guild Awards, 2003

                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

"Frailty" de Bill Paxton. 2002. U.S.A. 1h39. Avec Bill Paxton, Matthew McConaughey, Levi Kreis, Powers Boothe, Matt O'Leary, Jeremy Sumpter

Sortie salles France: 15 Mai 2012. U.S: 12 Avril 2002

FILMOGRAPHIE: Bill Paxton est un acteur et réalisateur américain, né le 17 mai 1955 à Fort Worth (Texas). 1982: Fish Heads (court métrage). 2002: Emprise. 2005: Un parcours de légende.


Premier et avant-dernier métrage de l'acteur Bill Paxton, Emprise aborde les thématiques de la superstition et du fanatisme religieux avec une ambiguïté dérangeante. Spoil ! A l'instar de son final révélateur à contre emploi de tout ce que le réalisateur semblait nous dénoncer ! Par ce revirement inopiné, le film adopte dès lors une tournure beaucoup plus effrayante pour mettre en exergue une réflexion sur l'existence du Mal et la foi catholique depuis une injonction divine. Fin du Spoil ! Profondément malsain par son climat étouffant souvent régi en vase clos, par son idéologie religieuse rappelant un célèbre précepte de la bible (la tâche d'Abraham et son fils) et la barbarie qui émane des sacrifices humains (même si le hors-champs est louablement prescrit !), Emprise nous immerge dans la mission divine d'un père persuadé de sacrifier des quidams depuis une vision angélique. Selon une liste ciblée de personnes, il est contraint de les assassiner à la hache depuis que les démons les habitent. Dans son délire mystique, il s'efforce d'endoctriner ses deux fils vers l'initiation criminelle afin de contenter la parole de Dieu.


Remarquablement interprĂ©tĂ©, tant par la prestance parano de Bill Paxton en paternel castrateur, le  flegme rassurant de Matthew McConaughey en narrateur que par le duo infantile que forment spontanĂ©ment Jeremy Sumpter et (surtout) Matt O'Leary, Emprise honore le genre horrifique sous le pilier du drame psychologique. D'une intensitĂ© cruelle, l'intrigue ne cesse de nous dĂ©stabiliser lorsque ces enfants candides tĂ©moignent impuissants Ă  la gratuitĂ© d'une sĂ©rie de crimes sauvages. Ce sentiment anxiogène de fragilitĂ© et de perplexitĂ© qu'ils nous insufflent se traduit surtout en la prĂ©sence de Fenton persuadĂ© que son père n'est qu'un charlatan depuis ses exactions barbares. Multipliant vainement les tentatives d'Ă©vasion et de rĂ©volte alors que son frère cadet se conforte Ă  l'emprise du père, Fenton provoque une digne empathie quant Ă  sa pugnacitĂ© et son courage juvĂ©niles (notamment son Ă©preuve de force endurĂ©e dans le cachot). Outre ses moments horrifiques oĂą le suspense ne cesse de rebondir quant aux tentatives dĂ©sespĂ©rĂ©es de Fenton Ă  s'extraire de la folie homicide (notamment lorsque son père lui ordonne de tuer un otage), Emprise se permet en prime de parachever cette sordide affaire familiale par le biais d'un thriller perfide quant aux tenants et aboutissants des personnages. Sa conclusion dĂ©lĂ©tère s'avĂ©rant aussi salvatrice que perturbante !


La Nuit du Chasseur
Onirique (les allers-retours dans le jardin des roses, la reconversion de Fenton au travers de plans chimĂ©riques), dĂ©rangeant et machiavĂ©lique pour son final retors oĂą Bien et Mal se contredisent, et d'une densitĂ© psychologique Ă©prouvante quant Ă  la condition soumise d'enfants innocents, Emprise transcende l'horreur rĂ©aliste en oscillant les composantes du drame, du fantastique et du thriller. Fort d'un scĂ©nario solide bâti sur le sens du sacrifice et la fraternitĂ© familiale, il en Ă©mane un manifeste (Ă©quivoque) sur la foi religieuse et notre conviction morale Ă  tolĂ©rer l'obĂ©dience divine. 

Récompenses: Prix du meilleur film, lors des International Horror Guild Awards en 2003.
Prix Bram Stoker du meilleur scénario en 2003.

mercredi 15 juin 2016

LES ARDENNES

                                                          Photo empruntĂ©e sur Imdb.com, appartenant au site Google

de Robin Pront. 2015. Belgique/Hollande. 1h32. Avec Jeroen Perceval, Kevin Janssens, Veerle Baetens, Jan Bijvoet, Sam Louwyck, Viviane De Muynck

Sortie salles France: 13 Avril 2016. Belgique: 14 Octobre 2015.

FILMOGRAPHIE: Robin Pront est un réalisateur et scénariste belge. 2015: Les Ardennes.


Drame psychologique sur fond de film noir, Les Ardennes relate la relation conflictuelle d'un trio d'amants maudits. Alors que Dave vient d'échapper à une peine de prison pour braquage, son frère Kenny écope de 7 ans de réclusion après avoir été alpagué. Quatre ans plus tard, il retrouve sa liberté mais sa fiancée Sylvie a décidé de rompre leur relation depuis qu'elle entretient une liaison avec Dave. Sévèrement contrarié, Kenny accumule les sautes d'humeur au moment même où le couple s'efforce de lui avouer la vérité.


Une trame convenue que Robin Pront parvient à transcender avec intensité psychologique pour les rapports insidieux du trio d'amants, quand bien même à mi-parcours le réalisateur relance l'intrigue par le biais d'un revirement inopiné. Si la première partie préfigure donc un drame de la jalousie, le second acte adopte une tournure beaucoup plus sordide quant aux règlements de compte en roue libre où les coups les plus couards y seront tolérés. Brossant avec réalisme et sans romantisme le tableau dérisoire de deux marginaux en quête impossible de rédemption, Robin Pront y dénonce l'influence du frère aîné ayant perpétuellement entraîné sa compagne et son frère vers la grande délinquance. Les Ardennes dressant sans concession les conséquences dramatiques de ce personnage aussi influent que perfide si bien que le frère cadet s'efforce désespérément de s'extirper de son emprise. Outre le soin de la mise en scène que le novice Robin Pront maîtrise avec brio, le jeu naturel des comédiens (trognes burinées en sus !) et la justesse des dialogues parviennent à nous familiariser à travers un jeu de massacre où la rigueur dramatique ira crescendo. Ce dernier multipliant rebondissements et situations insolites (seconds rôles excentriques à l'appui !) avec une inventivité insolente.


Prenant pour cadre la Belgique profonde avant de nous confiner dans la moiteur crĂ©pusculaire des vallĂ©es ardennaises, les Ardennes juxtapose film noir (on peut aussi songer Ă  l'univers sardonique des frères Cohen !) et drame social pour mettre en exergue la dĂ©liquescence morale de deux frères incapables de s'extirper de leur mĂ©diocritĂ©. Baroque, glauque et poignant, les Ardennes nous laisse dans une impression amère de dĂ©chĂ©ance criminelle depuis la dĂ©route d'une rĂ©insertion sociale.  

Dédicace à Mylène Lam